‹ Les souvenirs d'un artisteChapitre 34 sur 46 · DUPIN · texte numérisé non relu

DUPIN

Pas de mois, pas d'année.

Sur un papier à tèle, où 11 y a Chambre des députés, je reçus, le ÆS juillet, de Ruffigny une lettre ainsi conçue :

«Je regrette bien, monsieur, de ne vous avoir plus trouvé à Clamecy, mais je ne suis pas moins charmé que vous y soyez venu avec M. [uvé, pour vous entendre avec lui, afin que votre bel ouvrage soit dignement placé, et qu'il puisse être apprécié, comme 1l le mérite, par les nombreux voyageurs qui traversent notre cité.

» Votre bien affecté (sic), Durin. »

J'avais fait ce premier voyage pour voir quelle était cette belle église de Clamecy. De retour à Paris, j'allai trouver M. Cavé, directeur des Beaux-Arts, et lui demander le payement de ma statue ; iln’offrit quatre mille francs. J'étais si indigné de cette mauvaise foi, que j'allai lui chercher les reçus de mon praticien, qui s’élevaient à plus de trois mille francs, sans compter le marbre, les frais de modèles, de moulage, d'ateliers, etc., et mon travail donc !

M. Cavé me promit, comme compensation, un beau travail ; et ce beau travail, je l’attends encore.

M. Dupin et M. Huvé firent faire à la sourdine, et sans me consulter, un piédestal en marbre sculpté qui es bien la pluslaide chose, comme art,que j'aie vue dema vie.

L'année suivante, il me fallut refaire le voyage de Clamecy et assister au placement de ma statue sur son affreux piédestal. Je fis le médaillon du père de M. Dupin, vieillard octogénaire, à l'œil sec et très-dur, et cela à la sollicitation de l’ami de M. Dupin aîné, percepteur, à qui j'avais été adressé par lui à Clamecy

M. Dupin aurait voulu que je restasse à Clamecy, pour me montrer comme une bôte curieuse à ses électeurs, le jour du comice agricole.

Cette fois, comme toujours, j’eus soin de me soustraire à cette corvée, et J’engage de toute ma force mes confrères à faire comme moi, à ne Jamais assister à inauguration de leurs ouvrages sur une place publique, par respect pour les autres et par dignité pour euxmêmes,

Le 8 novembre, je recevais, datée de Paris, la lettre suivante de M. Dupin aîné :

« Monsieur,

«Je n'ai pas été assez heureux pour me rencontrer avec vous à Clamecy. J'ai voulu, du moins, profiter de la réunion du comice pour proclamer devant les représentants de tous les cantons de l'arrondissement le mérite de votre ouvrage et Le nom de son auteur. Je repars samedi prochain.

» Votre bien affectionné et dévoué,

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