À. TROGNON
Le prince m’envoyait un porte-crayon, orné d’un diamant.
M. Granet, mon voisin de l’Institut, m'écrivait du fond de la Provence, où 1l se tenait le plus qu’il pouvait après la mort de sa femme :
« Bon voisin, je vous remercie de votre souvenir. Votre petite lettre m’a confirmé que vous êtes un homme de cœur. L'on est bien heureux d’en rencontrer dans le siècle où nous vivons. Gardez donc bien précieusement cette rare qualité. Du talent et du cœur ; voilà mes amis, voilà ceux que j'aime et avec quije désire passer le reste de ma vie. Toute autre réunion n'a plus de charme pour moi. Causer simplement de notre bel art, voilà la seule chose qui me distraira de tous mes malheurs ; j'espère vous retrouver pour faire cette douce partie, et vous faire complimentsur votre collection d’eaux-fortes, que vous avez gravées. Vous êles jeune, vous avez de la marge. Employez cette belle époque de la vie à produire de beaux ouvrages quand même. Je ne pense pas vous suivre; je suis vieux à présent. Cependant, je fais toujours un peu de peinture; je ne vous assure pas qu'elle soit bonne, mais elle occupe mes moments d’ennui, et ils ne sont pas rares, malgré notre beau soleil de Provence. La lumière fûüt-elle mille fois plus brillante, elle ne peut pas me rendre l'ange que j'ai perdu. Vous la connaissiez ! Dieu l’a voulu, je me résigne. Notre pauvre Legendre est comme moi, il n’est pas heureux. Celui-là a un noble cœur; je vous le recommande. Il vous aime, vous devez vous entendre parfaitement. Soignez-le. Je ne vous parle pas de mes autres amis; ils sont occupés de leurs affaires, c’est Juste. Adieu, cher et bon voisin; présentez mes respectueux
SOUVENIRS D'UN ARTISTE. r 237 hommages à M°° Etex, et vous, comptez sur votre dévoué,