‹ Les souvenirs d'un artisteChapitre 46 sur 46 · C® DE NIEUWERKERKE · texte numérisé non relu

C® DE NIEUWERKERKE

N'est-ce pas le comble de l’audace dans l’art comme dans la politique? Comme on reconnait bien là le cachet des familiers du 2 décembre !

Mon groupe des Naufragés me fut demandé pour le parc de Montsouris, mais la puissance qui faisait reléguer mes ouvrages dans l'ombre aux Expositions fut assez forte pour m'empêcher de les vendre.

Enfin, à bout de forces, ayant mis à louer mon grand atelier, ce qui est une grande douleur pour un artiste, je pris part, inutilement, à plusieurs concours, notamment à celui qui eut lieu pour le monument du Pérou, et j'envoyai un projet qui me parut le meilleur, et où la Liberté montre au monde civilisé les blessures faites à son cœur par les bombardements de Valparaiso et de Callao ; mais on préféra un monument en hauteur composé d’une légère colonne, ce qui est ingénieux pour un pays à tremblements de terre; puis, à celui de Masséna, qui fut jugé à huis-clos, sans exposition publique.

Enfin, en 1868, j'offris mon dernier sacrifice à la mémoire de mon maitre, M. Ingres. Avec la statue que demandait le programme et que j'avais faite trèsressemblante, trop ressemblante peut-être, j'envoyai au concours un second projet. Ce projet se composait de la statue d’Ingres assis. M. Ingres, la palette à la main, était placé devant son œuvre immortelle, l'A pothéose d'Homère reproduite en bas-relief.

Mon modèle fut mis hors de concours par l'Institut.

Retiré à Mers, dans la solitude, j'écrivis la lettre suivante à celui qui était en apparence le chef suprème

de tout ce qui avait rapport aux beaux-arts. à M. le maréchal Vaillant :

€ Monsieur le maréchal et ministre,

» Je lis dans le Moniteur de ce jour le beau discours que vous avez adressé aux élèves de l’École des beauxarts, ici, à Mers, dans un village situé au bord de la mer, où je suis exilé faute de travaux commandés en statuaire monumentale, depuis surtout que, sous votre règne, gouverne M. de Nieuwerkerke, le surintendant des beaux-arts.

» L'histoire impartiale que vous invoquez, monsieur le maréchal, l’histoire dira que dans les arts, sous Napoléon If, Antoine Étex à été rayé de la liste des artistes vivants depuis 1851, et par qui? par des impuissants qui ne pouvaient lui pardonner d’être à la fois sculpteur, architecte et peintre, à l'exemple des maîtres anciens, et d’avoir produit, en sculpture : le groupe de Gain imité, depuis 4833, par MM. Garraud et Carpeaux; les deux grands groupes de PAre de l'Étoile ; le groupe du Choléra ; le monument de Vauban aux invalides; le monument de François Ie; le groupe colossal des Naufragés, ni acheté ni commandé; des statues, des bas-reliefs, des bustes, des médaillons, ete. En peinture : Eurydice, admis à l’exs position universelle de 1855; Joseph et le Martyre de saint Sébastien, exposés en 1844; la Mort du prolétaire, exposée en 1845; la Gloire des États-Unis, grande toile à New-York depuis 1853. En architecture : les tombeaux de Géricault, de M" Raspail, de M. Schæl-

SOUVENIRS D'UN ARTISTE. 303 cher, du poëte Brizeux; neuf projets publiés dans la Revue municipale, 1858 : d’un projet d'Opéra, 1861; d’une école de natation, salon de 1864; d’une église, salon de 1855.

» L'histoire impartiale dira aussi que les réformes apportées à l’École des beaux-arts ont été dictées, en 1862, par la brochure publiée en 1860, à tel point qu'en lisant dans le Moniteur ces réformes apportées a l'École des beaux-arts, je cherchais au bas ma signature.

» Elle dira encore, cette véridique histoire, que la grande médaille d'honneur en sculpture, de cette année, a été donnée à un ouvrage qui était complétement inspiré par le Saint Benoît d'Antoine Étex, figure couchée et en marbre exposée au salon de 1865.

» Enfin, elle dira qu’en juillet dernier, au ridicule concours de la statue de Ingres, Antoine Étex, son plus ancien élève, le premier élève de son atelier, couronné à l’Institut, en 1828, avait envoyé sous le n° 4 bis, avec l’épigraphe Væ Vichs! le seul monument d'Ingres, son À pothéose d'Homère.

» La statue de l’auteur de ce chef-d'œuvre le représentait assis devant son œuvre, non pas en costume de sénateur, mais bien en costume d’atelier, la palette à la main. Aussi, ce modèle étant le seul raisonnable, comme l’on devait s’y attendre, a-t-il été mis hors de concours.

» Mais Antoine Étex a la conscience d’avoir une fois de plus accompli son devoir en témoignant sa reconnaissance à la mémoire de son maitre,

» Je vous sais homme d'esprit, monsieur le maréchal, je vous ai connu ainsi chez le général Pelet, parent de Me Étex. C’est pourquoi, en m'adressant à vous directement, j'ai dû me voir autorisé, au nom de ce souvenir, à vous parler le langage énergique de la vérité.

» Agréez, etc. d

» ÉTEX, » Sculpteur, architecte et peintre, » 2, rue Carnot. »

Le jour même où, dans ma lettre adressée au maréchal Vaillant, je lançais ainsi comme une dernière flèche à ceux qui m'ont si longtemps martyrisé, je recevais de l’autre extrémité de la France, de Montauban, une lettre qui me priait d'envoyer une photographie de mes projets à la commission du monument de M. Ingres.

N'ayant pas le temps de faire photographier mes projets, je me décidai à les porter moi-même à Montauban.

La veille même de mon arrivée à Montauban, un ärticle envoyé de Paris par Phomme le plus influent de Montauban, dans l'affaire Ingres, avait passé dans le journal. C’était une réclame en faveur du concurrent favorisé de l’Institut.

En réponse à cet article J'écrivis une lettre, dont le public apprécia la sincérité. Ma statue fut trouvée plus ressemblente que celle choisie par l’Institut. Songeant que j'étais peintre, architecte et sculpteur, pour donner au public l’idée du monument, tel qu’il serait dans l'exécution, je fis, en quelques jours, une ébauche du monument, une sorte de décor de onze mètres de

SOUVENIRS D'UN ARTISTE. 305 haut sur onze mètres de large qui me fut demandé par la Commission.

Cet essai réussit au delà de mes espérances. Vingtdeux voix sur vingt-quatre votants me furent favorables.

Le vote avait eu lieu le dimanche, et le lundi j'étais de retour à Mers, auprès de ma femme. ÿ

Je me mis à l’œuvre avec ardeur. Mais la ville de Montauban oublia bien vite M. Ingres. Pour vainere tant de mauvaise volonté, J’envoyai au salon de 1869 le modèle de mon bas-relief et de ma statue, avec un vrai décor sur toile donnant une idée de l’ensemble de Parchitecture du monument.

Depuis l’exposition de mon groupe de Cain en 1833, je n'avais pas obtenu pareil succès. Un traité sérieux fut signé avec la ville de Montauban. Bien que le devis, fait avec larchitecte et l'entrepreneur de la ville, s’élevât à 46 000 fr., je dus traiter pour la somme de 30 000 fr. Le fondeur, qui devait avoir terminé son travail à la fin de juin 1870, fut à peine prêt au mois de septembre. Aussi, les bronzes, mis au chemin de fer d'Orléans, durent-ils revenir à Paris, les Prussiens s’étant emparés de la ligne du Midi.

Hélas ! oui, notre malheureux pays était envahi. J'écrivis au maire du VI° arrondissement que j'arrivais à Paris, et je le priais de m'inscrire sur la liste des gardes nationaux, malgré mes soixante-deux ans.

Ne pouvant faire partie de la garde nationale active je me fis inscrire aux vétérans de mon AD ibMént, et, presque malgré moi, je fus nommé chef de mon bataillon.

Mais, peu de temps après, je fus obligé de donner ma démission ; des jeunes gens impatients, ne comprenant pas la différence des deux dates de 1792 et de 1870, amenèrent la dissolution du bataillon.

Je dois, à propos de la garde nationale, signaler un fait qui est un hommage rendu à la mémoire de lhonnête Gustave Lambert.

IF vint un jour me trouver et me dit :

« Vous pensez comme moi qu'il doit y avoir trois bans dans la garde nationale. Le premier ban doit comprendre tous ceux qui, jeunes et vigoureux, iront chercher l’ennemi partout où 1l sera ; le deuxième ban, celui des sédentaires, gardera les remparts; ceux du troisième, les gardes civiques, garderont leur quartier.

» N’êtes-vous pas d'avis que l’on forme une seule légion des vingt bataillons de la garde civique? Dans ce cas, je vous demanderais à en être le colonel, si vous consentiez à être en sous-ordre avec moi. »

Je répondis qu'aussitôt que la garde civique serait formée, je m’empresserais d'en faire partie comme simple garde.

Le pouvoir refusa de reconnaitre cette garde ; Gustave Lambert s’engagea comme simple soldat, et mourut des suites de la blessure qu’il reçut à l'affaire de Buzenval, qui causa tant de larmes aux familles parisiennes et”donna si peu de gloire aux généraux de notre armée.

Atteint d’une fausse fluxion de poitrine, gagnée à une faction de nuit de deux heures, par un froid de quinze degrés, je demandai que l’on me laissât monter

SOUVENIRS D'UN ARTISTE. 907 en ballon, et mourir à l'endroit qui me serait assigné. On ne voulut pas de moi.

L'armistice du 98 janvier fit ce que n'avaient pu faire pendant vingt jours et vingt nuits les obus sifflant audessus de ma tête. Rien ne me découragea !

Voici la circulaire que je laissais imprimée et distribuée à Paris avant mon départ pour Montauban :

CITOYENS

La leçon est rude, elle est cruelle, elle est terrible! Nous servira-t-elle, à Français au cœur léger ? Espérons-le.…. Si notre vanité native, notre fol orgueil, l'intérêt d’une dynastie, — et quelle exécrable dynastie que celle des Napoléons ! — ont poussé par la guerre la nation française aux abimes, que la paix et ses bienfaits dans sa grandeur viennent tarir à jamais la source impure des révolutions violentes! Trop de ruines jonchent le soi de la France depuis 1793. Combien de nouvelles infortunes, que de larmes, quelles souffrances, que de douleurs !... Que de cris de blessés, que de morts !.. Et les mères qui sanglotent depuis cette horrible guerre ; et les pères qui n’ont plus de larmes ; et les veuves et les orphelins !... Hélas! nos malheurs présents sont bien grands, et nos armées décimées, et nos glorieux marins vaincus !.…

Mais ils peuvent être réparés, à condition toutefois que nous voulions bien ne pas oublier les fautes commises, et faire tous, et d’un commun accord, notre med culpä.

Que la nation française se recueille en cette heure solennelle ; que chacun apporte avec fierté sa part d’abnégation, sa part de dévouement, et notre régénération est faite. Pour cela, nous avons de bien grands devoirs à accomplir.

Arrière la foule empirique d’ambitieux de bas étage, hommes sans vertus, comme ils sont sans talents. Esclaves de leurs vices, ils se vendent à tous les gouvernements, suscitant à l'occasion le désordre pour pêcher en eau trouble et s'élever sur nos ruines.

C’est au moment néfaste qu'ils apparaissent et qu'ils grimpent sur leurs échasses de tribuns : car ils veulent être à tout prix des hommes politiques de profession. Arrière ces gens-là !…

Que les bons citoyens se rapprochent, qu'ils serrent leurs rangs, et qu'ils fassent une guerre à outrance à tous ces charlatans de toutes nuances, de toutes couleurs. Sus à cette horde parasite de voraces éhontés des faveurs et des emplois publics ; haro sur ce tas de fainéants qui vont mendier de porte en porte les suffrages de leurs concitoyens, promettant fout avant lélection, pour ne s'occuper ensuite, et dès qu’ils sont nommés, que d'eux-mêmes et de leurs petits intérêts personnels, oubliant ceux de la patrie !

Certes, ce ne sont pas ceux-là qu’il nous faut nommer, si nous voulons, en relevant le drapeau national, arriver aux réformes radicales de notre budget. Que de gaspillages, que de choses, que d'emplois à supprimer !

Électeurs de la France ! si le mal est profond, le remède est en vos mains. Faites vos affaires vous-mêmes, citoyens : choisissez vous-mêmes vos représentants, n’attendez pas qu'on vous les impose.

Cherchez avec soin vos candidats, scrutez profondément leur vie, qu’elle soit pure et sans tache, et surtout laborieuse. Comprenez toute l'importance de ce que vous allez faire en nommant vos constituants. Songez à limportance morale de lPAssemblée que vous allez nommer. C'est elle qui va traiter souverainement avec vos plus cruels ennemis ; de vos députés vont dépendre les destinées futures de notre France. Ce sont eux, les députés, qui vont faire la paix ou la guerre ; ce sont eux qui vont faire notre Constitution.

Citoyens français, mes chers concitoyens! nous voici arrivés à l'une de ces heures suprêmes des nations vaincues. Pensez-Y, réfléchissez.. Cherchez et vous trouverez; mais, de grâce, prenez la peine de chercher; ce qu’il nous faut avant tout, et dans une pareille crise, ce sont des caractères et des mieux trempés, des hommes désintéressés et sans attache avec le passé, des hommes libres, sincères dans leur virilité, de vrais braves en un mot, qui aient conscience du lourd devoir qui leur est imposé ; se sentant d'autant plus forts pour accomplir la grande tâche, la

SOUVENIRS D'UN ARTISTE. 309 grande œuvre du sauvetage de la nation, que, sérieux mandataires de leurs concitoyens sans lavoir sollicité, ils seront vraiment élus par eux. Alors ils se sentiront de force à lutter avec l’aide de Dieu, et d'affirmer, par leur exemple, l’honneur de la France, la noblesse de son cœur même dans sa défaite, dans sa profonde douleur ; mais aussi leur foi dans l'avenir d’une France régénérée les aidera puissamment à fonder la République d’une façon inébranlable par l’ordre, le progrès, la liberté, le devoir, la solidarité, sur la base immortelle et immuable de la justice dans l’humanité ! Sinon, la République est impossible en France.

La patrie avant tout!

Salut et fraternité, ANTOINE ÉTEX.

A la suite de la page écrite à mes concitoyens, dans la nuit du 28 janvier, J’entendis la voix du devoir vibrer en moi. Je me dis : Les Allemands nous ont vaincus par la guerre. Montrons-leur que la France vit encore par son travail, par son industrie et par son art. Il y a un homme qui les a rudement battus, ces bons Allemands, à l'Exposition universelle de 1855 : c’est notre maitre à tous, M. Ingres. Allons à Montauban lui ériger un monument digne de lui; et l'Europe saura que la France ne demande qu’à prouver au monde entier qu’elle a pu être vaincue, mais qu’elle est encore pleine de vie, puisqu'elle élève des monuments à ceux qui l'ont illustrée dans les arts de la paix.

Fort de cette pensée, Je traversai les légions prussiennes, et un homme de cœur, M. Solacroup, directeur du chemin de fer d'Orléans, trouva le moyen de me faire arriver à Montauban, avec ma statue d’Ingres en bronze et mon bas-relief de l'A pothéose d'Homère.

Rien n'était prêt, mais je me mis à l’œuvre, et le 25 mai, le travail était reçu par la commission.

J'étais à ce moment avec M" Étex et dans sa famille, du côté de Toulouse.

J’appris à mon retour qu'une dépêche venait d’arriver, qui disait que Paris brülait.

J’accourus à Paris, pour relever mes ruines; l’explosion de la poudrière du Luxembourg avait causé d’horribles ravages à ma maison et à mes ateliers. Je me remis au travail le plus promptement possible. Je complétai mon tableau de l’Expiation auquel de douloureux événements donnaient un vif intérêt d'actualité.

Tandis que mes ateliers s’effondraient avec mes œuvres, le groupe de la Résistance à l'Are de l'Étoile élait massacré par les obus qui venaient de Neuilly et du Mont-Valérien.

J'étais ainsi frappé aux deux extrémités de Paris.

Souvent, dans mes Souvenirs, il m'est arrivé de ne pouvoir retenir le cri de mes douleurs.

Eh bien! je reste convaincu que presque tous les artistes contemporains diront : « De quoi se plaint-il? Et nous donc? »

A cela je leur répondrai qu’en racontant sincèrement ce qui m'est arrivé, J'ai cru servir leur cause, celle des jeunes artistes surtout, en leur prêchant d'exemple le travail et la persévérance. Et je trouve très-naturel qu'ils puissent se dire presque tous : Nous accepterions volontiers l'épreuve aux mêmes conditions que lui. Ge qui me fait dire, en terminant, que peut-être je ne suis et n'ai été malheureux que par ma faute. À d’autres de mieux

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faire. Quant à moi, j'ai fait tout ce que j'ai pu. Tout en me défendant, j'aurais bien voulu ne faire à mon prochain aucune blessure.

En 1872, poussé par des réclamations de payement d’hypothèques , j'allai trouver à son cabinet M. Jules Simon, ministre des beaux-arts, à qui je portais en même temps les mémoires des entrepreneurs à payer pour les réparations de ma maison et de mes ateliers de la rue Carnot. M. Jules Simon envoya à mon atelier M. de Ronchaux, chargé de voir ce qui serait digne d’être acquis par l'administration des beaux-arts.

Mon groupe de Bacchus et [no fut indiqué par lui au ministre, qui voulut bien en faire l'acquisition. Je lui en fus tout à fait reconnaissant.

M. Thiers eut la bonté de se souvenir que, depuis 1833, il avait été pour moi un père. Mais M. Charles Blanc me fut des plus hostiles, en souvenir de 1848 sans aucun doute. M. de Chennevières, aide de camp de M. de Nieuwerkerke après le 2 décembre, qui le remplaça à la direction des beaux-arts, quand je vins Jui demander du travail, me répondit tout de suite : «Rien, rien, rien. » |

Voilà où j'en suis, obligé, à l’âge de soixante-huit ans bientôt, de changer d'état, de faire de la peinture presque exclusivement, avec l'espoir de vendre un jour mes toiles.

Qui pourrait dire ce qui m'attend!

J'aime toujours l’art sous toutes ses formes, dans toutes ses manifestations. Lorsque, la palette à la main, je me trouve devant la nature, je me sens plus jeune et

plus amoureux que jamais du beau et du vrai. Je sens que je vois mieux. Souvent la fatigue me prend; mais cela ne m’empèche pas de désirer de faire encore, de faire toujours, et de faire de mieux en mieux. Quand je passe à la sculpture, où souvent le dégoût me prend, à cause de la fatigue matérielle et des ennuis qu’elle n’a causés, je me prends à trouver que ce bel art est supérieur à la peinture.

Quant à l'architecture, je pense que c’est l’art de l’âge viril de Partiste. Un grand architecte ne peut être qu’un homme d’une expérience consommée.

Aussi, la vie de Michel-Ange reste-t-elle la vie d’artiste la plus admirable et la plus complète.

Michel-Ange sculpte et peint dès sa jeunesse, mais il n’a l’occasion de bâtir qu’à la belle époque de sa maturité. Aussi, l'immense basilique de Saint-Pierre restet-elle la dernière page du testament que ce sublime artiste a légué aux hommes.

Aucun artiste ne peut être comparé au grand Michel- Ange. Il n’y a eu et il n'y aura qu’un Michel-Ange. II faut dire la même chose de Raphaël, de Rembrandt, de Vélasquez et de Rubens comme de Beethoven. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de suivre l’enseignement, la tradition des œuvres de ces grands génies, en ayant soin de fouiller en nous-mêmes lorsqu'il s’agit de produire un ouvrage.

Les seuls artistes qui comptent sont ceux qui portent leur part d'originalité, et la vraie originalité, c’est la naïveté dont La Fontaine est l'exemple le plus saisissant.

SOUVENIRS D'UN ARTISTE. 913 Avec de la sincérité, de la bonne foi et beaucoup de travail, on peut se poser carrément en face de n'importe qui, sans avoir à baisser les yeux. Et je le sens par moimême, malgré la vie péniblement laborieuse que je viens d’esquisser, à l'heure où je viens rendre compte aux hommes de ma conduite, avant de comparaitre devant Dieu, dont on m’épouvante depuis que je suis au monde.

Je tiens à dire que je meurs sans crainte, ayant vécu sans reproche, pour les choses importantes de la vie.

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