‹ Les souvenirs d'un peintreChapitre 1 sur 21 · RUE DE GRENELLE · texte numérisé non relu

RUE DE GRENELLE

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Mon cher Beaunier ,

Mes bavardages sont devenus un livre : c'est une étonnante aventure!...

...Je vous montrais les albums où sont les croquis du temps de ma jeunesse , je relisais avec vous des lettres anciennes , je vous racontais les anecdotes gaies ou tristes qui furent ma vie de jadis et d’hier... A remuer ce passé , proche ou lointain, j'éprouvais des émotions douces et pénibles. Je voyais ce passé bien petit, bien effacé déjà dans ma mémoire et dans la réalité des choses... Il me semblait que tout cela n'était plus que des fleurs

fanées , comme on en trouve d'oubliées entre les feuillets des vieux volumes...

Mais vous , comme les enfants à qui Von dit des histoires , vous me demandiez : « Et puis alors?... »

Je voulais garder pour moi ces souvenirs. Vous m'avez persuadé de vous les donner. Notre amitié , votre délicate discrétion , talent m'encoura-

geaient à vous laisser choisir , parmi les incidents de mes heures douloureuses ou belles , ceux dont vous feriez pour le public un récit véritable. A ces

fleurs fanées vous avez rendu leur fraîcheur et

leur parfum; je ne sais pas comment vous avez fait!...

Je savais que vous respecteriez ma volonté de mettre au premier plan mes amis et de me laisser à la place modeste où je me plais. Ce volume , qui est de vousy on ne peut l'appeler mémoires; mais il serait plutôt encore les mémoires de mes amis que les miens , et les mémoires de Régnault surtout , de qui je suis heureux qu'une exacte image soit tracée.

De mes croquis vous avez fait des tableaux émouvants et charmants. Je souhaite que vos lecteurs les apprécient .

Pour moi , je me félicite de vous avoir prouvé , mon cher Beaunier , ma grande amitié et de vous avoir offert V occasion d'écrire encore un beau livre .

Croyez-moi votre ami ,

Georges Clairin.

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