MÉDINET-HABOU
— C’est une impression plaisante, en voyage, quand on est bien dépaysé, quand avec le paysage toutes les conditions de la vie sont devenues autres, de retrouver, à un détail, le souvenir de la terre natale ou de son voisinage...
A Karnac, un jour, cela m’arriva, d’une façon comique ; voici :
A côté du temple, il y avait un petit champ, que le propriétaire, un assez pauvre homme, cultivait lui-même. Pour de tels travaux, durant la belle saison, là-bas, on simplifie son costume; si bien que cet agriculteur était tout nu, bêchant. Sa femme survint, elle enveloppée d’éto es sombres, noires, — et violemment en colère. Elle criait, baragouinait je ne sais quoi : sa mimique, à défaut de son langage, indiquait son irritation, ses injures et ses menaces. L’autre ne répliquait pas beaucoup et ressemblait à la statue d’un dieu, contre laquelle une démente invective. L’épouse véhémente, emportée par sa fureur, commença de ramasser des mottes de terre pour les lancer à son mari. Elle s’agita, de sorteque ses
voiles s’écartèrent : je vis son visage, ses bras, son cou. Mais elle m’aperçut et soudain s’emmitoufla de nouveau: je ne vis plus, comme il sied, que ses deux yeux et les deux doigts qui retenaient, à la hauteur de son nez, son manteau. Alors, Ja querelleuse fut immobile et, sans gestes, se contenta de grogner. Je m’éloignai pour ne gêner personne. A mesure que je m’éloignais, j’entendis, pendant quelque temps, plus de vacarme...
Et je me rappelais une autre scène de ménage à laquelle j’avais assisté en Bretagne, — à Carnac!... Un champ, comme ici. Deux paysans, homme et femme, en costume breton. Ils se lancent de terribles sottises et commencent de se cogner, quand soudain YAngelus sonne. La femme, alors :
— C’est YAngelus, canaille... A genoux!...
Armistice immédiat. L’homme et la femme se mettent à genoux, l’un auprès de l’autre, font leur prière. La grêle cloche de l’église éparpille sa chanson pieuse dans le silence doux du crépuscule. Et puis, elle se tait. Alors, le ménage irrité bâcle un signe de croix, se relève : les injures repartent, et les coups, solides, drus, oublieux de tout mysticisme...
Pendant que je séjournais à Karnac, je suis allé passer quelques jours, de l’autre côté du Nil, à Médinet-llabou. Médinet-IIabou, c’est-â-dire la ville de llabou; seulement, on ne sait rien de ce Habou qui a donné son nom à cette ville. Une grande butte de terre amoncelée, qui provient de la destruction d’une ville copte bâtie autrefois sur l’emplacement de plusieurs monuments pharaoniques. 11 reste de grands pans de murs du temple de Ramsès III, et ils sont ornés de bas-reliefs