MÉDINET-I1AB0U
Pendant mon séjour à Karnac, Saint-Saëns vint plusieurs fois me voir. Et puis j’allai le retrouver à Louqsor. Nous avons fait ensemble vingt promenades.
Un jour que nous regardions les colosses de Memnon, — il était sur son bourriquet, moi sur le mien, — le. paysage fut si beau que nous sommes restés en arrêt assez longtemps. Saint- Saëns ouvrait les yeux tout grands et murmurait :
— C’est beau! c’est beau !...
Je remarquai que ses doigts pianotaient avec agilité sur le pommeau de sa selle et je lui demandai :
— Qu’est-ce que tu fais?...
11 me répondit :
— C’est beau!... C’est parfaitement beau!... Mais, moi, dans un mois et demi, je donne un concert à Naples; et je n’ai pas envie que mes doigts se rouillent, pendant que j’admire le paysage; je n’en ai pas du tout envie !...
Le matin, dans sa chambre, il chantait à tue-tête. 11 sortait de très bonne heure, en costume de flanelle; et il allait s’acheter au marché de petits oignons d’Egypte, dont il était friand. Puis il rentrait, avec ses provisions de gourmandise; il retournait sa cuvette, posait dessus une lampe à esprit-de-vin, une casserole, et commençait à se fabriquer une soupe, au milieu de ses paperasses toutes couvertes de musique...
— Des oignons d’Égypte! s’écriait-il... Ab! il n’y a rien de meilleur au monde !...
11 touillait sa soupe et il chantait; et, comme je faisais des objections sur l’odeur que dégagait sa cuisine, il me répliquait :
— Tais-toi !... Tu n’y connais rien... Cléopâtre n’avait pas mieux pour son déjeuner du matin !...
Un jour, nous avons rencontré mon ami André Chevrillon, qui préparait alors le beau livre qu’il a écrit sur Thèbes. Il me demanda de le présenter à Saint-Saëns, ce que je fis... Mais j’avais oublié de l’avertir que je le présentais à M. Badois. Il dit: ' — J’ai la plus vive admiration pour vous, monsieur Saint-Saëns...
Et aussitôt, Saint-Saëns lui tourna le dos. Je compris... Tout bas, j’avertis Chevrillon :
— Appelez-le M. Badois...
— Monsieur Badois...
M. Badois fut charmant.
Saint-Saëns me quitta pour aller visiter l’île de Philæ. Moi, je partais pour Abydos, où je devais passer quelque temps en compagnie d’Amélineau et où Saint-Saëns devait venir me retrouver plus tard.
Mon séjour à Abydos fut très agréable, grâce à la gentillesse de mon hôte et grâce à la beauté de cette région, plus gaie, plus fertile que la région thébaine. Ici, on travaille, on cultive; ce n’est pas seulement un pays de mort et de passé aboli, mais les vivants y prennent la peine de vivre pour euxmêmes. J’habitais une extraordinaire maison, dépourvue de fenêtres. La viande de nos repas était accrochée aux murs; et les oiseaux entraient, par la porte entr’ouverte, pour becqueter cette viande.
Amélineau s’occupait de dégager la nécropole d’Abydos. Il faisait de superbes trouvailles.
FIN DU VOYAGE D’ÉGYPTE
Saint-Saëns vint me retrouver à Abydos, et nous sommes partis en dahabié, lui, Bouriant, Jouguet et moi, pour le Nil... Nous avions à bord un piano qui était le bonheur de M. Badois. Quelquefois, les matelots égyptiens qui faisaient notre service et qui manœuvraient l’embarcation se mettaient à chanter. C’étaient de singulières et touchantes musiques, douces, mélancoliques et d’un caractère étrange. Saint-Saëns les écoutait avec une attention rêveuse; et il notait les airs qui lui plaisaient le mieux...
Il était habillé, pour la navigation sur le Nil, comme ceci : le casque en tête, bien entendu; et puis une grande robe japonaise, des babouches et un éventail. Et il passait toutes ses journées étendu nonchalamment. Un jour, il me montra sa manchette, qu’il avail tirée de ses larges manches et sur laquelle il venait de noter une chanson d’Egypte. Cela faisait de bizarres hiéroglyphes, intelligibles à lui seul; et il me dit :
— Tiens, le voilà, ce qu’il chante!...
Cette complainte était plus belle que les autres, et plus triste, semblait-il. Elle avait de lents détours et de molles reprises. Comme le matelot parlait un peu français, nous l’avons appelé, pour qu’il nous traduisît les paroles. Mais, non, il ne voulait pas. J’insistai. Il prenait des mines confuses et faisait de grands gestes de dénégation'. Il s’intimidait et il avait envie de rire, en même temps.
— Voyons, c’est absurde!... Qu’est-ce que ça veut dire, ce que tu chantes? Dis-le!...
— Non, je ne peux pas...
— Pourquoi ne peux-tu pas?
— Je ne peux pas traduire... parce que c’est dégoûtant !
Et il partit, en éclatant de rire. Cette musique qui nous attristait n’était qu’une chanson polissonne... Ainsi, les musiques des peuples divers sont dissemblables comme leurs langages, et, entre les âmes humaines, il n’y a même pas l’accord d’une commune mélodie.
Ce que jouait Saint-Saëns sur le piano, les fellahs ne le comprenaient pas du tout. Ils riaient comme nous rions à des musiques sauvages.
Des notes qu’il avait prises sur les chansons de nos fellahs, Saint-Saëns tira cette grande symphonie égyptienne, qui fut exécutée d’abord aux concerts du Conservatoire et ensuite partout, et qui est si belle.
Il était, en dahabié, plus heureux que nulle part. Un piano, de beaux paysages, une vie lointaine et tranquille, voilà son idéal de félicité. La nuit, de temps en temps, il me réveillait pour me donner une leçon d’astronomie, car il est passionné poulies étoiles : il sait leurs noms, leurs célestes itinéraires et tout ce qu’on dit sur leur compte...
FIN DU VOYAGE D’ÉGYPTE
Quand nous fûmes à la hauteur d’un village où le chemin de fer aboutit, il nous quitta, bien à regret. Son concert de Naples ne lui permettait plus de flâner. 11 fut désolé de troquer sa robe japonaise contre un costume un peu plus européen. Nous avions décidé de le conduire jusqu’à la gare. 11 y avait, du Nil à cette station, deux cents mètres à travers champs. Saint-Saëns n’avançait qu’en rechignant, tant il lui coûtait de s’en aller. Et nous arrivâmes à la gare, comme le train s’apprêtait à partir. Alors Saint-Saëns s’aperçut qu’il avait oublié ses clés, son argent, sa musique et il poussa des cris de paon :
— - Ma sacoche, ma sacoche!... Je ne peux pas partir sans ma sacoche!... C’est épouvantable!...
Il fallut qu’un fellah courût comme un dératé jusqu’au bateau. Je crois que le train nous attendit. Enfin, M. Badois partit, très ému, très agité :
— Au revoir, monsieur Badois, au revoir!...
Au Caire, j’ai retrouvé de Morgan, qui me fit présent d’un album où il avait lui-même dessiné, à l’encre de Chine, les plus beaux points de mon itinéraire. 11 partait pour le Sinaï, en tournée, et il m’emmena, ainsi que Legrain et un jeune archéologue suisse, M. Jéquiet.
Je ne vais pas vous décrire le Sinaï, bien sûr !... Les moines de ce couvent sont, pour la plupart, des moines russes qui, au mont Athos, ne se conduisaient pas à merveille ou bien avaient des velléités d'hétérodoxie; on les envoie s’amender au Sinaï. .
J’e me promenais un jour dans le couvent, avec l’un d’eux. Il me montra, au faîte d’une muraille, une dizaine de pierres qui portaient une inscription dont voici l’histoire sommaire. A l’époque de
l’occupation de l’Egypte, — c’est consigné dans les annales du couvent, — - un officier français et une vingtaine de soldats étaient, une nuit, arrivés, exténués et demandant asile. D’où venaient-ils, exactement ? On ne le sut jamais. Ils disaient qu’ils s’étaient perdus. On leur lit accueil, et ils restèrent au couvent quelques semaines. En reconnaissance de l’hospitalité qu’ils recevaient, ils aidèrent les moines à reconstruire une muraille qui s’abîmait et ils gravèrent cette inscription en mémoire de leur séjour...
— Et puis ?
— Et puis, ils sont partis, par là...
Le moine désignait l’occident...
— Et jamais on ne les a revus. Jamais on n’a plus rien su d’eux, rien, absolument rien... Je crois qu’ils se sont encore perdus, dans le désert.
Au Sinaï, je tombai malade, et gravement. Je ne sais pas au juste ce que j’avais. De la fatigue, et puis les longs séjours que j’avais faits dans les ruines, dans la terre remuée, dans la compagnie des momies et de toutes ces exhumations m’avaient peut-être empoisonné le sang. J’eus la fièvre. Impossible d’être soigné au Sinaï. De Morgan, inquiet et vigilant, me ramena. 11 me fallut faire à dos de chameau ce. long chemin ; ce me fut un véritable supplice et, quand j’arrivai au Caire, j’étais à bout de force.
Je repris ma chambre, dans l’hôtel de Mme Bochmann et j’y fus enfermé pour plus de deux mois.
Ce fut pénible atrocement. La sensation d’être loin, que j’aime tant en voyage, me devint tout à coup intolérable, dans cette chambre d’hôtel où je croyais bien que j’allais mourir... Un pauvre diable de fellah me veillait nuit et jour, la nuit
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couché sur la carpette de mon lit, le jour assis à peu de distance de moi et ne cessant de m’épier. Si j’étais plus accablé de fièvre et plus abattu, je le voyais qui, de son bon regard d’esclave dévoué, s’appliquait à m’encourager sans mot dire. Si j’allais un peu mieux, il tâchait de me distraire avec ses récits; parlant à demi-voix un français rudimentaire, il me racontait ceci ou cela de son existence passée, de sa famille. Un jour, il me donna un petit ouvrage de perles enfilées que sa fillette avait fait pour moi : cela devait servir à mettre des fleurs.
La chaleur était cruelle. Ma fenêtre restait ouverte tout le temps sur un ciel dont le bleu bientôt m’offensa. Ët, parfois, à ma fenêtre, se présentaient des éperviers... Cet oiseau sacré de l’ancienne Egypte, qui fut le symbole visible du dieu Hor, fils d’Osiris, et qui symbolisa aussi l’âme humaine, l’âme errante des morts, est maintenant au Caire à peu près ce que sont à Constantinople les chiens : il est maraudeur et ramasseur d’ordures. Ce que jettent les gens par les rues, il l’emporte et le mange. Telle est la déchéance du symbole de Hor et de l’âme humaine!... Les éperviers venaient, à deux ou trois, regarder dans ma chambre, avec leurs yeux terribles, s’il n’y avait rien dont se pût contenter leur appétit. Mais ils ne voyaient que de la pharmacie et ils fuyaient avec un grand bruit d’ailes. J’étais nerveux et ils me déplaisaient extrêmement. J’avais tant de fois vu leur image dans les tombeaux qu’ils me semblaient chargés d’une mission funèbre; et, fébrile, je ne savais plus s’ils venaient chercher mon âme ou mon corps. Ma colère leur répondait :
— Pas encore ! pas encore !...
Et, quand ils s’en allaient, déçus, ces fds d’Osiris qui ont mal tourné, je me réjouissais de leur départ; mais ils me laissaient une sorte de crainte pénible...
J’étais soigné par deux médecins admirables de science et de bonté. Sans eux, sans leur dévouement et leur habileté, je ne vous raconterais pas aujourd’hui ces histoires, mais j’aurais émigré vers « l’autre terre » et je labourerais avec les morts, les champs d’Aïlou. Ce sont les docteurs Brossard et Fouquet : Brossard, un Lyonnais, grand gaillard, superbe, une figure un peu rabelaisienne, ami des bons repas et du bonheur, et son bel amour de la vie l’incite à la plus généreuse activité; Fouquet, un beau Normand, à la grande barbe blonde, un esprit délicat, lettré, un collectionneur averti... On doit h Brossard la fondation d’un hôpital français au Caire. Son heureuse initiative a tout fait; il a fallu triompher de résistances opiniâtres, il a fallu trouver les ressources, convaincre, agir. Il est directeur de cet hôpital et il y prodigue son zèle excellent. Fouquet est médecin de la mission française. Ft les archéologues l’adorent, parce qu’il ne se contente pas de les soigner, mais il leur fournit, cà l’occasion, de précieux documenls pour leurs travaux. Il est archéologue lui-même. Il a donné au Louvre, aux musées de Lille, de Lyon, de Sèvres, d’Angers, de Bouen, de Péronnc, des centaines d’objets, céramiques, émaux, verreries, étoffes... Il a publié de nombreux ouvrages; et dans sa bibliographie se mêlent agréablement et utilement la médecine et l’archéologie. Quelquefois même, avec lui, l’une de ces sciences apporte à l’autre sa contribution la plus imprévue et la plus ingénieuse : c’est ainsi que Fouquet a décrit
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mieux que personne les procédés d’embaumement qui avaient cours au temps de la XXIe dynastie; et c’est encore ainsi qu’il a étudié sur une momie l’arthrite déformante du maxillaire supérieur. Cette momie-là se croyait, depuis longtemps, abandonnée des médecins; pas du tout! le docteur Fouquet l’a travaillée, et, s’il ne l’a pas guérie, du moins sait-il à merveille de quoi elle est morte !...
Au moment dont je vous parle, il y avait au Caire le choléra; une grave épidémie; et mes pauvres docteurs étaient sur les dents... Comment trouvaient-ils encore le temps de venir me voir plusieurs fois chaque jour? c’est le secret de leur dévouement. Ils me soignaient et ils bavardaient avec moi; ils s’efforcaient de me remonter, car j’étais dans le marasme.
Je me rappelle qu’un jour Fouquet arriva en habit noir, sans pardessus, tant la chaleur était forte, mais en habit noir,. gilet ouvert et cravate blanche... Il était deux heures de l’après-midi...
— Quelle toilette !... C’est magnifique !
— Voilà! me répondit Fouquet. Je n’ai plus autre chose à me mettre. Tous mes autres vêtements sont à désinfecter. Ils ont tous été faire visite aux cholériques... C’est le tour du frac; mais qui sait si demain vous ne me verrez pas en pyjama?...
Le pauvre docteur avait un mal de tous les diables à soigner sa clientèle misérable. Pour obtenir d’un fellah qu’il veuille prendre les remèdes qu’on lui ordonne et renonce aux pratiques d’une médecine superstitieuse, il faut mille cérémonies. Une négresse était particulièrement difficile. File avait la conviction forte que les potions qu’on lui présentait l’empoisonneraient; et
le bon Fouquet., pour lui démontrer le contraire, devait, deux ou trois fois le jour, absorber des gorgées de cette potion dont il n’avait, lui, pas du tout besoin...
— De sorte, concluait-il, que je n’ai vraiment pas le choléra... Je ne l’ai terriblement pas!...
Quand j’étais plus déprimé que jamais, il me racontait des anecdotes gaies ou bien il flattait mon vieux romantisme en me récitant des vers d’Hugo.
Comme il était gentil! Je ne puis pas assez le dire...
Nous étions trois artistes, au Caire, et tous les trois malades dangereusement. Un, peintre mourut du choléra. Un sculpteur, qui étant venu en mission pour étudier les bijoux de l’ancienne Egypte, Vernier, fut pris d’un épouvantable rhumatisme aux yeux, qui le tortura, qui le mit longtemps dans l’obscurité... Je demandais de ses nouvelles; on me disait qu’il allait mieux, mais je sentais bien qu’on m’entourait d’optimisme et, en dépit de tout ce qu’on pouvait me dire, je savais que l’épidémie allait son train d’enfer.
Un jour, j’entendis des cris, des ululements entrer de la rue par ma fenêtre. Malgré l’avis de mon fellah, je me levai brusquement et j’allai voir ce qu’il y avait... Un cortège passait, un cortège funèbre qui portait un mort au cimetière. Le cercueil était appuyé sur les épaules de six fellahs; et derrière allaient, farouches, agitées de convulsions singulières, les pleureuses. Elles tenaient de la main droite une étoffe, comme un mouchoir, qu’elles secouaient avec fureur pour écarter du défunt le mauvais esprit;. et elles chantaient, piaillaient, répandaient un vacarme atroce... Je me recouchai; mais la scène, vraiment sauvage, m’avait ému.
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Et, depuis lors, combien de fois, de mon lit de fièvre, enfermé sous la moustiquaire, — car cétte plaie d’Egypte aussi me tourmentait, —combien de fois n’ai-je pas entendu les cris plaintifs, la cruelle lamentation de ces pleureuses qui passaient!... Leur clameur, dans la chaleur des lourds après-midi, éclatait et se prolongeait, traînait longtemps par les rues, multipliée par les échos, obstinée, affreuse. C’était sinistre... Mon fellah faisait de son mieux pour me distraire ; mais le chant de mort emplissait mes oreilles et ma pensée./.
Mes amis étaient délicieusement gentils pour moi. Cogordan venait me voir aussi souvent que son service le lui permettait. De Morgan, très inquiet, multipliait les attentions, les prévenances. Le bon petit Philipoteaux communiquait à ma famille, en France, le bulletin de ma santé. On fut aux petits soins. Et l’excellente Mme Rochmann, dont j’encombrais l’hôtel désagréablement, au lieu de se plaindre du mauvais voyageur, chercha les occasions de l’obliger et de lui marquer sa compassion.
Au bout de deux mois, j’allais décidément mieux et j’entrai en convalescence... Je retrouvai le malheureux Vernier. Ses yeux étaient rafistolés. Seulement, les rhumatismes lui étaient tombés dans les jambes et il ne marchait qu’appuyé sur des béquilles. Moi, j’étais si faible qu’il me fallait deux cannes pour me soutenir. Nous avons offert à nos bons docteurs un dîner où nous ne fûmes pas très brillants. Tout de même, nous nous sentions tirés d’un mauvais pas. Et tel est le charme de l’Egypte que nous ne lui gardions pas rancune de nous avoir éprouvés... Je serais reparti vers les sables d’or où dormen t les temples, si la .science médicale ne m’eût enjoint de rentrer en France, pour changer d’air le plus tôt possible.
— Voilà, cher ami, quelques-uns de mes souvenirs. Ce n’est pas l’histoire de ma vie, et vos lecteurs l’auront bien vu. 11 y a, dans une existence humaine, tant de fatras inutiles! A quoi bon recueillir tout cela?...
Je n’ai voulu vous raconter que les épisodes agréables ou émouvants et dont les personnages sont dignes d’être connus... Le reste, c’est pour moi.
Une tragique aventure a traversé ma destinée : la mort de liegnault. J’en garde le chagrin persistant.
Cependant ma vie fut heureuse. D’incomparables amitiés l’ont embellie, en ont été l’honneur et le plaisir. Je ne suis pas du tout un pessimiste. Je n’ai pas vu l’humanité mauvaise et laide comme on assure qu’elle l’est; et, quant à la nature, ses paysages, admirables ou délicieux, m’ont enchanté. Il me semble que les mécontents d’ici-bas oublient de regarder autour d’eux et méprisent un précieux divertissement. C’est leur faute, et je n’ai pas le temps de les plaindre !...