‹ Les souvenirs de Félicie L**Chapitre 1 sur 3 · D. GENLIS · texte numérisé non relu

D. GENLIS

J^^ACCUEIL si favorable que le public a daij^né faire à ces Souvenirs dispersés dans trente volumes de la Bibliothèque des Romans, et si souvent copiés dans les journaux, n'auroit pu m'engpger à les réunir de suite, car je suis encore persuadée qu'i/ faut un plan aux longs ouvrages; mais sachant qu'on a déjà recueilli dans un gros volume tous ces morceaux épars, et que ce volume est imprimé dans les pays étrangers, j'îai dû me décider à en faire moi-même une édition , afin de prévenir une côntrefaction qui se préparoit en France.

Nous avions déjà en français deux ouvrages qui portent ce titre de Souvenirs. Le premier (à tons égards) est le charmant volume intitulé ; Les Souvenirs de madame de Cnylus. Tout est parfait dans ce petit ouvrage, les scntiinons, la manière de conter, la grâce, le naturel- d'aiUeurs, iJ lliut avouer que

les Souvenirs de Louis-le- Grand et de sa Cour, sont plrs intéressons qne cenx du rè^nc de Louis xv. Quant aux Souvenirs de madame Neckei-, le public les a juges d'une manière qui a pu paroîtrc sévère aux partisans de l'auteur, mais qui n'est qu'équitable : j'ose même dire que, sans la réputation si méritée de cette femme célèbre, sans la pureté de sa condiiile et de sa vie, ce triste ouvrage eût fait Ijcaucoiqî de tort à son caractère dans l'opinion de toutes les personnes sensibles : on n'eût point excusé celle qui se permet la critique et la moquerie la plus piquante sur son amie au lit de la mort, et à laquelle elle avoit prodigué tant d'éloges et les assurances d'une si tendre et si vive aîFcction*. On eût été révolté de ce ton méprisant avec lequel l'auteur parle souvent des gens de sa société, et même de ses amis** :

* Aîadame Gcoffiin.

** Entr' autres, du comte d'Albaret, homme Irès-csiimable, rempli de talens agréables , et

PRÉFACE. g

enfin on eût trouvé aussi peu de bonté que de grâce et de goût dans cette multitude de petites anecdotes insipides et malignes, et la plupart fausses , dont ce recueil est rempli. Rien dans cet ouvrage n'a du me blesser personnellement j je n'y suis cités que d'une manière agréable et flatteuse j mais l'auteur y parle avec une extrême injustice et' très-injurieusement d'une personne que je cbéiis, et l'anecdote insignifiante qu'elle rapporte à ce sujet est un mensonge. Ainsi j'avoue que, sensiblement offensée, je fus en même temps encouragée à publier une partie de mes journaux sous le nom supposé de Fclicie L***j avec une manière d'écrire simple et naturelle , on pouvoit se flatter d'offrir au public, en ce genre, un ouvrage moins ennuyeux que celui de madame Ncckcr. J'avoue encore que l'Avertissement qui

qui fut l'un des plus sincères amis de madaj::»- Keckcr»

précède mes Souvenirs , n'éloit qu'une petite critique de ceux de madame Ncc- Icer. Mes ressentimens particuliers ne me rendront jamais injuste, même dans mes premiers mouvemensj cette critique étoit parfaitement fondée j je ne l'ai point su[)primée dans cette édition, et l'on conviendra qu'il m'eût été bien facile de la rendre plus piquante. Je ne veux point me faire un mérite de cette modération, le seul bon goût auroit suffi pour la prescrire j le respect dû aux vertus et au mérite si distingué de madame Necker, ne permet de la critiquer qu'avec ménagement, ou avec le ton de l'estime.

Je donnerai successivement, dans le Mercure, la suite de ces Souvenirs, et je ne rassemblerai ces morceaux cpars pour en former un second volume, que dans deux ou trois ans.

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