‹ Les Soviets et l'impérialisme mondialChapitre 3 sur 14 · L. TROTSKY · texte numérisé non relu

L. TROTSKY

Que faut-il entendre par la révolution? Pour certains, tels que Krestovnikoff, ou Rjabouchinsky, la révolution est consommée lorsqu'on à réussi à

éloigner le souverain ou à changer les ministres.

Mais la révolution n’est pas cela. Elle consiste

à éclairer, à soulever les bas-fonds du peuple, ceux qui sont les plus méprisés, les plus accablés, ceux qui sont privés de tout droit, ceux qui

peiñent sans relâche comme des bêtes de somme Sous le joug. La révolution les réveille et leur démontre qu'ils ne sont traités qu’en esclaves et

en bêtes de somme. La révolution n’est pas autre chose. Elle ne s'arrête point au changement de

Quelques ministres, ou au détrônement du souverain. 51 elle s’arrêtait là, ce ne serait qu’un avortement de révolution, tandis que le véritable et sain accouchement c’est quand la classe opprimée en

… se soulevant, s'empare du pouvoir et s’en sert. pour établir un nouvel ordre, où l'exploitation d’une classe par une autre n’est plus possible, où toute l'industrie, toutes les ressources du Pays, toutes ses richesses tombent entre les mains de la classe des travailleurs. Cette classe se trouve alors dans la position d’un bon maître dans son propre domaine; il sait combien de terres, combien de semences, combien de bestiaux il possède, quel est l'inventaire dont il dispose, quel est le > lot de terre qu'il faut d’abord cultiver: tout lui M cst connu, tout est noté et escompté.Les choses se passent ainsi dans une propriété privée, Mais

- à côté il y a d’autres propriétés qui lui font concurrence. landis que nous voulons que la classe laborieuse soit en possession de la terre entière qui ne doit former qu’un seul domaine et que tout. lui appartienne: qu’elle sache les terres dont elle dispose, quelles sont ses riches-

ses naturelles en métaux, en houille, etc.; combien

il y a de machines, combien de travailleurs y sont employés, combien de mafières brutes elles

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exigent, combien il y a de blé tout doit être pesé et compté, afin de pouvoir répartir ces biens ainsi que le travail d’une facon égale comme le fait un bon maitre, —le peuple étant lui-même

D patron et manœuvre. Et cette commune frater- |

nelle réalisera justement ce que nous appelons l'Economie Communiste.

: 0 D. On prétend que cet idéal est utopique, que

- jamais il ne pourra être réalisé, c'est le refrain de ceux, auxquels cela profite et qui ont vendus leurs âmes aux classes riches. Pour ceux-là, comme de raison, nos tendances ne sont qu’une utopie. Mais, je vous dis, camarades, que si les

à hommes n’arrivaient pas à cela, s'ils ne savaient pas

atteindre ce but, ce serait à désespérer de l'humanité.

. Elle demeurerait éternellement un bétail peinant sous le joug; elle serait plus bas, pire que l’ani-

malité, parce que les animaux ne connaissent pas

. de division de classes: un bœuf n’est pas le: ”

maitre d'un autre; un cheval ne commande pas à un auütre. Nous l’avons toujours répété: que si nous avons dû passer par cette école des classes, Cest pour nous élever plus haut: nous dexvons lutter contre l'inégalité des classes, et si = © l'épreuve qui s'impose, à présent que le pouvoir de est entre nos mains, si cette épreuve, dis-je, se trouvait être au-dessus de nos forces, toutes nos

— espérances, tous nos plans, la Science, les arts,

tout ce qui éveille l'intérêt des hommes, l'idéal

n O que nous poursuivois et pour lequel nous lut-

tons—{tout ne serait que mensonges et l'humanité entière ne serait qu'un misérable charnier après cette terrible guerre de trois ans, où les hommes se sont exterminés par centaines de milles et par. millions, que pour laisser finalement toutes choses à leur place. C’est pourquoi nous répondons à nos ennemis qui nous critiquent: «Nous savons fort bien que la fin n’est pas -encore proche, qué nous avons encore un long chemin devant nous,

ni immense RL. a une nn tar dé ne. | 4 ces, mais’ nous avons déjà déblayé quelque peu de terrain. Quand il s’agit d'ériger une nouvelle … Fa | . construction sur le lieu d un sinistre, il faut com-. a À mencer par en éloigner les décombres, par tout nettoyer d’abord. C’est ainsi que nous avons anéanti le pouvoir de la bourgeoisie et que nous . commençons maintenant un nouvel, édifice. Le . pouvoir est dès à présent à nous et nous décla- … rons hautement devant tous nos ennemis, qu’en aucun cas nous ne le laisserons échapper de nos mains. a Je reviens à la grave question de Abel Constituante. Que représente le droit de suffrage universel? Ce n’est qu'une consultation de toute . - la nation. Si nous voulions recourir'à cette con | ! sultation, queiles en seraient les conséquences? Les uns se rangeraient d’un côté et les autres— . de, l’autre. Mais nous sommes pressés d'agir. Il. est évident que les divers partis poursuivraient des buts différents. Comme consultation générale l’Assemblée Constituante est utile, mais pour QUES travail révolutionnaire créateur, où il s’agit délai borer de nouvelles conditions d'existence, une : pareille assemblée ne vaut rien. Nous avons pu | interroger la nation sans recourir à la Consti- ; tuante. Milioukoff et plus tard Kérensky trainaient ire question de mois en mois; ils ne se décidaient . ï pas à convoquer l’Assemblée. Et que serait-elle a …. présent même s'il était possible de faire revivre son cadavre? —il n’est pas, à mon avis, dans le monde, de magicien et de remèdes capables d'un ©: tel miracle. Mais, admettons un instant que ee l’Assemblée Constituante soit convoquée. Qu’arriverait-il? Il arriverait que dans un coin de gauche se tasseraient les ouvriers qui diraient: «Donnez nous le pouvoir! Nous voulons que la classe ouvrière devienne l'instrument de l'abolition de se " toute sans de toute pros de ae .

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D'un autre côté. les représentants. de la bour- . geoisie exigeraient que le pouvoir restât entre leurs mains. Naturellement ïls S’exprimeraient d’une facon polie, ils diraient: «Le pouvoir doit appartenir aux classes cultivées», ils éviteraient de nommer la bourgeoïsie mais la question n’en reste pas moins là. Les politiciens, penchant l tantôt à droite, tantôt à gauche, tiendraient le milieu entre les deux. C’est la position des men- + chéviks et des socialistes-révolutionnaires. Ils di- - raient: «Partageons le pouvoir entre les différen + tes classes». | | Mais, camarades, le pouvoir n'est pas un gateau qu’on peut trancher en deux, en quatre: parts etsainsi de suite. Le pouvoir est un instrument à Vaide duquel une classe sociale impose sa domination, Ou cet instrument sert à la classe 1° ouvrière, ou il se tourne contre elle. Il n'existe ” pas d'autre alternative. Si deux ennemis se font face—la bourgeoisie et le prolétariat, et'avec ce dernier les paysans les plus pauvres, et s'ils se battent chacun pour leurs propres intérêts, il est clair qu'ils ne peuvent pas se servir de la même arme. On n’a jamais vu le même fusil, le même : canon, employé en, même temps par les deux . be ‘ camps ennemis. Ces armes ne servent ordinaifement qu'à une seule armée. De même, l'état est. une organisation qui ne peut servir qu'à la classe ouvrière. contre la bourgeoisie, ou bien à cette + derniére contre la classe ouvrière. Ceux qui tien- si nent le milieu entre les deux tâchent de concilier des intérêts opposés: courtiers et entremet-, teurs qui prétendent avoir dans leur poche un reméde secret, un moyen magique, pour forcer lé Gouvernement à contenter également les travailleurs et les bourgeois. Mais nous, camarades, nous ne connaissons pas de pareils secrets, et lorsque ces secrets ‘furent dévoilés par la poli- à tique des Tzérételli et des —lchernoff nous vimes

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clairement que le canon ne tirait que dans uné . |:

. direction—contre les travailleurs. Nous n’aspirons,

nullement à recommencer l'expérience de cebte politique. | Cependant, camarades, du temps du Tsarisme notre parti Communiste et les Soviets furent pour l’Assemblée Constituante, pour un vote général, parce que c'était alors un progrès; mais lorsque le Tsar fut détrôné nous nous sommes dit: «A présent nous pouvons nous mettre à l’œuvre» et il importe que le pouvoir revienne à ceux qui sont appelés à rebâtir la Russie sur une nouvelle base; le pouvoir doit être aux mains de la classe ouvrière. Nous ne nous faisons pas d'illusions sur les difficultés qui s’élèveront sur notre che-! min et nous ne «Voulons tromper personne, au contraire nous proclamons ouvertement que nous allons à la rencontre de terribles obstacles, qu'il faudra vaincre, que la bourgeoisie va nous oppo: ser, uné formidable résistance, non seulement la bourgeoisie russe qui par elle-même est faible, mais encore la bourgeoïsie internationale, parce qu'en Russie la bourgeoisie n’est qu'un écho de la bourgeoisie mondiale. En ce moment elles se font la guerre, elles ont des désaccords, mais. \ pour la question capitale-—celle de conserver la propriété et tous les privilèges qui s’y rattachent, elles sont d'accord. Vous vous souvenez sans doute combien de partis s'étaient formés au sein de classe bourgeoise, parmi les propriétaires ru-

raux, dans les milieux de la haute et de la

petite bourgeoisie. IL y avait les Noirs, les Nationalistes, les Octobristes, les Octobristes de pro-

vince, les Progressistes de gauche, les Cadets,

etc; une nuée de partis. Que représentaient-ils?. … Tous ne faisaient que défendre le droit de propriété. Les uns voulaient sauver les vastes pro- priétés foncières, les autres les petites propriétés,

ou même les lots minimes: ceux-là défendaient.

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rentes nations. Mais avant d'atteindre à

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les banques et leurs énormes capitaux, d’autres—

les intérêts des gens lettrés, diplomés, professeurs, médecins, avocats, ingénieurs, etc., etc. C’est pourquoi tant de groupes se sont formés, tant de schismes, tant de partis. Mais lorsque la révolution souleva le peuple, tous ces partis disparurent, se fondant pour ne laisser place qu’au

seul parti des Cadets, englobant toutes les clas-\

ses aisées, afin de protéger le camp sacré des

propriétaires contre l’assaut des travailleurs.

La mème chose, camarades, à lieu maintenant

parmi la bourgeoisie internationale. Elle fait des guerres effroyables, mais dès que surgit la révo-

lution, dès que se soulèvent les prolétaires, me-

| naçant les fondements du capitalisme, les bour-

sSeois s'unissent en se faisant toutes sortes de

concessions mutuelles, afin de créer une alliance . universelle contre la terrible menace de la révo-

lution. Nous luttons précisément pour le communisme, parce qu'il ny aura plus après sa victoire de luttes ni entre les classes, ni entre les difréa cel état de choses nous devons nous préparer à subir de

rudes attaques, à soutenir une lutte sans merci - dans notre propre pays comme sur ses frontières.

Car, à mesure que nous avancerons, le bloc de la bourgeoisie mondiale se consolidera davantage. L'Europe est appelée à passer par les plus grands

. cataclysmes sociaux, par le feu d’une terrible | guerre sociale, et la bourgeoisie russe tentera

encore plus d’un effort en s'appuyant sur la bourgeoisie des autres pays. C'est pourquoi nous qui.

, voulons la paix, nous aurons encore à connaitre maintes luttes armées des classes ouvrières contre

les oppresseurs, les exploiteurs, les impérialistes de tous les pays. Mais nous irons dans cette voie

jasqu' au bout. Nous devons nous y préparer, camarades! Celui qui s’imaginé que nous avons Fe atteint le but, ne connait pas l’histoire. Elle n'est

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pas une hiète oies ‘à out, protégeant FU es travailleurs, mais plutôt une marâtre, quipar, e sanglants exemples enseigne aux travailleurs 5 qu'il faut faire pour parvenir à leurs fins. C'est là le drame de la vie du peuple. J’ai souvent dit et je le répète encore aux camarades, qu'ils ont la mémoire courte, qu’ils oublient trop aisément et inclinent trop à l'indulgence. A peine ‘ont-ils atteint quelque succès, qu’il leur semble ‘déjà que la besogne est faite; ils sont enelins à la générosité, à l’inaction, ils sont prêts à cesser * Ja lutte, tandis que les "classes riches, grandies. dans l’atmosphère d’une résistance constante aux aspirations des masses ne se lassent pas de com- battre. Le moindre laisser aller de notre part, la moindre indécision, le doute, leur dévoilent notre … . côté faible et l'expose à leurs coups; cela veut de dire que nous pouvons nous attendre demain ou après demain à une nouvelle attaque de nos - adversaires. La classe ouvrière a besoin d’uné fermeté, d'une volonté implacable; elle doit se + pénétrer de la conviction que sans de cruels combats pour chaque pouce de terrain conquis, à 22 chaque pas en avant, sans une constante et forns. midable lutte, il n’y à point de délivrance, point . de salut. | Je vous le dirai franchement, camarades: nous DL appelons dans les rangs du parti communiste les à | ouvriers, et tous ceux qui leur sont dévoués, mais 4.4 quelqu un porte dans le fond de son âme * l'hésitation et le doute, il fera mieux de rester * en dehors. Nous aimons mieux voir parmi nous um lutteur durei à la peine, que dix hommes » faibles et indécis, car au moment décisif dix ÿ # hommes faibles peuvent entrainer ou retenir un homme fort: mais\si les forts s'unissent, ils Si entraîneront ‘au contraire les faibles. C’est pour- … quoi, nous n’appellons dans nos rangs que ceux à ani 8e rendent bien Re qu un cornhat fai

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