LD. TROTSKY
ses taudis dans la rue, il revêt la capote militaire, on lui dit: «Marchons à l'ennemi, nous le vaincrons et tout changera, tout se transformera». Surgissent les espérances. L'homme quitte la charrue ou le chantier. En temps de paix cet
homme ne pensait à rien et voici qu'à présent :
on lui soumet un nouveau problème. Il voit des milliers de soldats, tous surexcités; la musique militaire le grise: on lui promet d'éclatantes victoires et de grandes espérances naissent en lui; il espère d’heureux changements parce qu'il ne s'imagine rien de pire que sa condition pré-
sente. La guerre sera une guerre de délivrance . qui lui aménera quelque chose de nouveau.
C'est pourquoi nous avons constaté que, dans tous les pays sans exception, la première période de la guerre excite le patriotisme populaire. La bourgeoisie, de son côté, s’affermit. Elle pense
que tout le peuple est avec elle. Sous ses dra- ‘4
peaux se rassemblent les travailleurs des champs
et des villes. Tout se fond dans un seul élan.
patriotique. Mais la guerre développe. bientôt
son travail destructeur au cœur même du pays;
elle dévaste la contrée, saigne les populations,
enrichit quelques centaines de tripoteurs, favorise.
la carrière des généraux et des diplomates, tandis que les masses populaires s’appauvrissent de plus en plus et que l’ouvrière, l'épouse, la mère s'arrêtent ayec épouvante devant leur tâche de jour en jour plus difficile. Comment nourrir les enfants? Cette misère suscité l’indignation et finit par soulever les masses. D’abord la guerre
relève le moral en suscitant des espérances.
trompeuses; puis elle fait retomber le travailleur avec. une tellé violence que’ l’on entend
craquer ses os. Il souffre, sa pensée travaille, des
questions naissent en son cerveau: Comment?
Pourquoi? Quelles sont les causes? Mais la bour- geoisie veille; elle ne manque pas de prévoyance: