‹ Les spadassins de l'opéraChapitre 17 sur 17 · L K S SH A U A S S I X · texte numérisé non relu

L K S SH A U A S S I X

— Parlez, monsieur, rien ne peut être indiscret do votre part.

— Depuis quaud aimez-vous madame?

Et Gontran désignait Léona du geste.

— Depuis trois jours, répondit de Verne.

— Bien, monsieur. L’aimez-vous beaucoup?

— Passionnément. Je la -disputerais à un roi, si un roi me l’enviait.

— Alors, monsieur, reprit Gontran, toujours froid, toujours calme et souriant, vous ne me refuserez pas une promenade demain au matin, à sept heures, au bois de Boulogne.

— Je n’y vois aucun inconvénient, monsieur.

— Vous emporterez vos pistolets et vos épées de combat.

M. de Verne manifesta d’un geste son étonnement de ce double emploi des armes.

— Monsieur, lui dit Gontran, nous échangerons d’abord une balle; s’il n’y a pas mort d’homme, nous nous battrons à l’épée jusqu’à ce que ce résultat soit obtenu.

— Je comprends et j’accepte, dit de Verne avec indifférence.

Gontran legarda alors Léona.

— Madame, lui dit-il, puisque vous êtes le prix du combat, il est fort juste que vous gaidiez la neutralité. Vous ne pouvez pas rester ici. Vous avez un appartement rue de la Chaussée-d’Antin, veuillez vous y rendre.

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Le ton, le geste de Gontran, étaient aussi impérieux que le jour où, dans les Abruzzes, il avait arraché Léon a au bandit Giuseppe devenu grand seigneur. Léona s’en souvint, et cette fascination que Gontran exerçait sur ellç, un moment affaiblie par l’influence du colonel, redevint plus puissante et plus forte que jamais, et elle se leva humble, soumise, comme une lionne domptée.

— Léona! s’écria de Verne, vous ne partirez pas... je ne le veux pas...

Léona continua à marcher lentement vers la porte.

Alors M. de Verne hors de lui s’élança pour lui barrer le passage en proférant : — Vous ne sortirez pas!

Mais Gontran le saisit rudement parle bras : — Allons donc ! monsieur, lui dit-il, vous ne voulez pas, j'imagine, vous faire le geôlier d’une femme !

— Cette femme est mon bien! s’écria de Verne.

— Quand vous m’aurez tué, monsieur, pas avant.

— Eh bien ! en ce cas, monsieur} exclama le jeune homme hors de lui, j’ai des armes ici... sur-le-champ si vous voulez!

Gontran haussa les épaules.

— Vous oubliez, monsieur, que ni vous ni moi n’avons de témoins, que nous sommes ici chez vous, et que l’on pourrait m’accuser de vous avoir assassiné. Demain! demain !

Et le marquis, d’un geste'impérieux, ordonna à Léona de sortir, et il sortit après elle, laissant Octave de Verne ivre de rage.

Dans la rue, Léona se retourna vers M. de Lacy, qui la suivait et lui jeta un regard suppliant : — Gontran, murmura-t-elle, j’ai été folle... Ah! si vous saviez!

— Je ne veux rien savoir, madame, répondit-il. Prenez mon bras.

Elle s’appuya sur lui en tremblant. Ils cheminèrent tous deux jusqu’à la rue de la Chaussée-d’Antin sans échanger un mot, et là, lorsqu’elle se fut arrêtée à sa porte, elle voulut de nouveau supplier Gontran de l’entendre. Mais il lui ferma la bouche d’un geste impérieux et lui dit : — Je ne veux rien savoir, vous dis-je. Rentrez chez vous ; je vous interdis d’en sortir.

Et M. de Lacy alla trouver le colonel.

— Demain, lui dit-il, à sept heures, au bois; l’épée et le pistolet. Vous serez mon témoin.

— Non, dit le colonel; demain vous saurez pourquoi je ne puis vous assister. Mais j’ai des témoins sous la main.

— Léona est chez elle, dit Gontran.

— La condamnez-vous toujours?

— Irrévocablement. Cette femme doit être morte demain à l’heure où nous sommes.

— C’est votre affaire. Mais eu ce cas, mou cher, permettez-raoi d’en revenir à ce fameux chapitre des précautions. Il faut que Léona meure, mais il faut aussi qu'elle se soit suicidée, — et cela pour la terre entière.

— Vous avez raison, répondit Gontran du ton d’un

magistrat qui prononce un arrêt de mort. Mais d’abord je veux tuer M. de Verne.

— C’est aussi mon avis, dit le colonel.

Si Gontrau eût voulu écouter Léona, peut-être ne se fut-il pas battu le lendemain.

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