BERGER-LEVRAULT ET C-, ÉDITEURS
s, RUE DES BEAUX-ARTS, 5 UÊUE MAISON A NANCY. II, KVE JEAN-LAUOVR
Lk'u (^f/. y:/^
AC06AL, sauteur et danseur de corde, faisùt partie, en 1697, de la troupe des Alard.
(DicliunnairiiUi TUilrll, lll, llrj.)
JAYMOND (Claude-Augustin), appelé aussi GÉMONT, acteur du boulevard, faisait partie dès 1772 de la troupe de rAmbigu-Comique et y jouait les pierrots et les bateliers. En 1781, il était attaché au spectacle des Variétés-AmusaDtes, et en 17S2 il entra au théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où il débuta par le rôle de Sylvestrt dans la Cacophonie, comédie en tm acte, de Beaunoir (20 avril 1782). Il a joué ensuite VAlUmand ÛAns le Prétendu sans le savoir (y ]uin 1783); le marchand de bois dans le Souper des dupes (i; juin 1783), etc., etc. En 1785, Jaymond était rentré à l'Ambigu-Comique. Le Chroniqueur désœuvré, pamphlet du temps, parle en ces termes de ce très-mauvais acteur: a La caque fent toujours le hareng. Ce proverbe, quoique rangé au même nombre de ceux que nos bonnes femmes débitent avec chaleur, n'en eft pas moins véridique. Je foutiens qu'il eft impofQble de ne pas démêler foit dans le caractère, foit dans les mœurs, foit dans les inclinations, l'origine ou la profefCon primitive de celui qui prétend en impofer par des manières empruntées. Voyez Gémont fous tel habit que ce foit, en telle fociété qu'il fe préfente, fa phyfîonomie plate et baÛe n'annonce-t-elle pas un homme né dans la condition la plus abjecte; donc que la
caque fent toujours le hareng, puifqu'il eft vrai que cet acteur décrottait jadis à la porte du fpectacle de rAmbigu-Comique. Le fieur Lorin, directeur d'animaux, lanterne magique. Grands
voleurs, etc., en fit fon domeftique Encore un proverbe, tel
maître, tel valet. Il pafla enfuite au fervice de Placide, etc., et joua quelques rôles chez Audinot. Actuellement chez Nicolet, la fociété Ta tant foit peu refondu; mais il n'en eft pas moins le même, c'eft-à-dire un perfonnage bête, groffier, ignorant, ftupide; au reste, comme les autres, parefleux, libertin, débauché.»
Çdlmanach forain, 1773. — Journal dt Paris, 20 avril 1782 ; 7 et 1$ juin 1783. — Le Chroniqueur désctnvri, II, 76.)
L'an 1781, le vendredi 15 juin, dix heures du matin, en l'hôtel et pardevant nous Benjamin Bourderelle, etc., eft comparue demoifelle Élifabeth Sonnet, époufe de M. Antoine Melcot, huiffier commiflaire-prifeur au Châtelet, demeurante à Paris, rue du Faubourg-St-Martin, paroiffe St-Laurent : Laquelle nous a rendu plainte contre le nommé Claude- Auguftin Jaymond, acteur du fpectacle des Variétés-Amufantes, demeurant à Paris, rue Neuve- St-Nicolas, et dit qu'il y a environ 1 5 ans qu'elle connoît la mère dudit Jaymond comme lui ayant propofé différentes fois de lui vendre des marchandifes de toile, mouffeline, robes et autres objets; que ladite dame Melcot a été nombre de fois chez ladite femme Jaymond pour y acheter quelques chofes dont elle avoit befoin pour fon ufage perfonnel ; que ledit Jaymond, fils de ladite femme Jaymond, étoit alors âgé de dix ans, lequel a été envoyé par faditc mère chez ladite dame Melcot à titre de commiffion, laquelle a prié ladite dame Melcot de s'intéreffer pour fondit fils pour lui procurer une place vu qu'il avoit des difpofitions pour le théâtre; que voulant ladite dame Melcot obliger ladite femme Jaymond elle a bien voulu parler à quelqu'un de la connoiffance d' Audinot, qui tient un fpectacle fur le boulevard, â l'effet de l'engager â le prendre dans fon fpectacle ; que cela lui a réulli ; qu'elle n'a fu ce qu' étoit devenu ledit Ja3rmond depuis environ {m ans ; qu'à cette époque ledit Jaymond eft venu demeurer dans une maifon en face de celle de ladite dame Melcot, lequel alloit très-fouvent chez le fieur Morlot, marchand apothicaire, principal locataire de la maifon où demeure ladite dame Melcot, laquelle étoit liée d'eflime avec ledit fieur Morlot ainfi qu'avec la dame fon époufe ; que ledit Ja3rmond y a rencontré nombre de fois ladite dame Melcot à laquelle il a rendu fes devoirs et lui â témoigné combien il étoit reconnoiffant des
faymond. 3
bontés qu'elle avoit bien voulu avoir pour lui à la recommandation de fa mère ; que ledit Jaymond s'étant rendu utile dans la maifon duditfieur Morlot, il a cherché les moyens de le rendre également utile à ladite dame Melcot qui alors avoit renvoyé Ton domeftique ; que ledit Jaymond annonça alors à ladite dame Melcot que Tes appointemens étoient trop foibles, qu'il défureroit lui être utile parfois dans fon commerce et notamment pour les différentes commiffions concernant ledit commerce ; qu'elle a bien voulu accepter fa propofition dans la vue de l'obliger ainfi que fadite mère. En conféquence elle lui a donné de l'ouvrage à faire concernant le commerce de couleurs qu'elle fait ; qu'elle a eu des bontés pour ledit Jaymond, auquel elle a bien voulu donner la nourriture ainfi que ce qui pouvoit lui appartenir pour raifon de fon travail chez elle ; qu'il eft arrivé audit Ja3rmond de préfenter tant auxdits fleur et dame Morlot qu'à ladite dame Melcot des billets du fpectacle des Variétés où il efl acteur, ainii qu'il efl ci-defTus dit ; qu'il a ceffé de travailler chez ladite dame Melcot ; que cependant, d'après les bontés qu'elle a eues pour lui, il a cru devoir lui rendre des vifites qui ont été rejetées de la part de ladite dame au moyen de ce qu'il ne travailloit plus chez elle ; qu'il a paru s'habituer à continuer fes vifites à ladite dame Melcot qui lui a dit qu'elle n'entendoit pas qu'il lui en rende aucune, qu'elle lui avoit payé ce qu'elle lui devoit, que d'ailleurs il devoit fe rappeler qu'il étoit venu nombre de fois chez elle pris de vin, que dans cet état il y avoit fait tout le tapage pofHble, ce qui avoit fcandalifé fon voifinage, et lui a dit en termes très-exprès qu'il ait à ne plus revenir chez elle ; que ladite dame Melcot ayant rencontré le jour d'hier fur le foir ledit Jaymond rue des Foffés-du-Temple, ce dernier a ofé l'aborder, lui a tenu les propos les plus indôcens et les plus infultans, qui ont donné lieu à la plus grande efclandre et qui ont mis ladite dame Melcot dans le cas de requérir la garde à l'effet de le faire arrêter vu lefdites infultes pour être conduit chez le premier commiffaire ; qu'ayant ledit Jaymond reconnu fes torts il a prié ladite dame Melcot de ne le pas faire conduire chez un commiflaire ; qu'elle n'a eu aucun égard à cette prière vu lefdites infultes et efclandre qui ont donné lieu à un attrouppement confidérable ; qu'il a été conduit par-devant nous ledit jour d'hier par la garde et après l'avoir entendu ainfl que la dame Melcot nous lui avons enjoint et même fait défenfe très-expreffe de ne plus à l'avenir infulter ladite dame Melcot en aucune manière, comme aufn d'aller chez elle fous tel prétexte que ce foit, et au moyen de la promefTe qu'il a faite à ladite dame Melcot de ne plus aller chez elle ni même de l'infulter d'après lefdites défenfes par nous à lui faites et des excufes qu'il a faites à ladite dame Melcot, en notre préfence, nous l'avons fait relaxer, par grâce, du confentement de ladite dame Melcot ; et comme ladite plaignante a l'intérêt le plus fenfible d'empêcher qu'à l'avenir elle foit infultée par ledit Jaymond et de le faire punir comme il le mérite relativement auxdites infultes qu'il lui a faites publiquement, elle efl venue nous rendre la préfente plainte.
Signé : F« Melcot ; Bourderelle.
(Ankives 4ts Comm,, n* zo8o.)
Vendredi 2 feptembre 1785.
Claude Seigné, caporal de la garde de Paris, a arrêté Claude- Auguftin Gémont, acteur de TAmbigu-Comique , à la réquifition du fieur Parifau, pour lui avoir manqué et lui avoir dit des injures (i). A Thôtel de la Force. Il a été relaxé.
{Archives des Comm,, tfi ^oit.)
L'an 1789, le mardi 15 décembre, heure de midi, en notre hôtel et pardevant nous Jean-Jacques Grandin, etc., eft comparu fieur Jacques- Alexis Jacob, marchand orftvre à Paris, y demeurant rue de T Arbre-Sec, paroifle St-Germain-l'Auxerrois : Lequel nous a dit et déclaré que ce matin fur les huit heures le fieur Jaymond , acteur de la troupe du fieur Audinot , dont il ignore la demeure, eft venu le voir, et au bout de quelques infbms de converfation il a demandé au comparant qui avoit arrangé les affaires après le décès du fieur Balthazar Jaymond, fon oncle, et beau-père du comparant ; ce dernier lui a répondu que c'étoit lui qui avoit fait appofer et lever les fcellés et procéder tant à l'inventaire qu'à la vente.. Ledit fieur Jaymond lui a enfiiite demandé qu'étoient devenus fes effets, en difant qu'il avoit laiffé en dépôt chez ledit feu fieur fon oncle des hardes et de l'argent. Ledit fieur Jacob lui a répondu qu'il ne favoit pas ce qu'il vouloit lui dire, qu'il n'avoit pas vu de hardes à lui appartenantes dans la maifon du défunt, ni aucun papier ou autre qui indiquât que ledit feu fieur Jaymond eût en dépôt chez lui audit fieur fon neveu des hardes ou de l'argent ; qu'au furplus lui comparant étoît tout prêt k lui reilituer ce qu'il réclamoit en repréfentant toutefois des reconnoiffances du défunt, qui mettoit le plus grand ordre dans fes affaires. Alors le fieur Jaymond s'eft emporté comme un furieux, en jurant et facrant, et a menacé le comparant de lui brûler la cervelle et de fe la brûler enfuitc à luimême. Le comparant, pour tâcher de le calmer, l'a fait monter auprès de fon ëpoufe et l'a engagé de s'expliquer tranquillement. Ladite dame Jacob lui a fait les mêmes observations que fon mari , en ajoutant qu'elle avoit toujours connu ledit feu fieur Jaymond dans l'ufage de donner des reçus des
(i) Pa.risAu, qui remplissait les fonctions de régisseur à l' Ambigu-Comique, avait fait des obserrations à Jaymond sur ce qu'il arrivait trop tard au théâtre, ce qui faisait murmurer le public. A ces justes reproches Jaymond répondit par un torrent d'injures. On jouait ce soir-là À l'Ambigu : Luej, 0% la Fille soldat, pantomime de Parisau ; V Enthousiaste ; le Portefeuille et le Goûter ^ ou Un bienfait n'est jamais perdu.
feandro. — Jeux pliiens. s
moindres objets qu'il recevoit ; mais ledit fieur Jaymond, n'écoutant que ion caractère violent, s'ed emporté de nouveau en criant que fi la dame Jacob n'étoit pas enceinte il Téventreroit ; que s'il ne retrouvoit pas fes hardes et fon argent, il leur brûleroit la cervelle; qu'ils étoient des gueux, des coquins; que cette fcène a caufé une révolution à ladite dame Jacob, qui e(l dans le plus grand danger, attendu fon état de grofTeffe. Et comme le comparant a intérêt de mettre fes jours et fon époufe à l'abri des menaces dudit fieur Jaymond, il nous a rendu plainte des faits ci-defTus.
Signé : Jacob ; Grandin.
{Arthrns du Comm., n9 2594.)
JEANDRO (Augustin), né en 1749, aaeur du théâtre de r Ambigu-Comique en 1770.
Foy. Marcadet.
JÉRÔME, danseur de corde et entrepreneur de marionnettes, avait un jeu à la foire Saint-Germain de 1668. Voy. Archambault.
JÉRÔME, acteur forain, engagé dans la Grande Troupe itrangire de Restier et de la veuve Lavigne, à la foire Saint-Germain de 1 740, faisait le rôle d'un paysan dans la Fite anglaise, ou le Triomphe de l'hymen, pantomime de Mainbray, représentée le 14 mars de cette même année.
{Dietionnuir* i*s ThUtrts, H, $42.)
JEUX PLÉIENS, spectacle donné pendant la belle saison sur la Seine à la Râpée. Il consistait en joutes sur l'eau exécutées soit par des nuriniers de profession, soit par des amateurs, et à la suite desquelles les prix étaient distribués par Neptune en personne orné des attributs de sa souveraineté. On y voyait aussi des scènes-pantomimes et on y faisait de la musique. Les dimanches d'été, ce spectacle était très-suivi, et au mois d'août 1769 la
recette monta un jour à plus de 12^000 livres. En 1788, les Jeux Pléiens, qu'on nommait alors le Spectacle de la Joute, existaient encore. Ils avaient commencé le 16 juillet 1769.
{Mémoires secrets, IV, 316, 320, 346 ; V. 146. — Guide des amateurs et des étrangers voyageurs d Paris, par Thiér}', I, 66t.)
JIGNARD (Elisabeth), actrice du spectacle de Nicolet en
L*an 1768, le vendredi 29 janvier, quatre heures et demie du foir, eft comparu en rhôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Jean-Baptifte-Robert Leblanc, appointé de la garde de Paris, de pode aux Enfans-Rouges : Lequel nous a dit qu'à la réquifîtion d'une particulière il vient d'arrêter fur le boulevard, chez le nommé Noblet, limonadier, un particulier qu'elle lui a indiqué et qu'elle lui a dit avoir reçu pour elle de l'argent et qui ne le lui avoit pas rendu. Lefquels particulier et particulière il a conduits par-devant nous pour
les entendre.
Signé : Leblanc.
Eft auffi comparue Élifabeth Jignard, actrice chez Nicolet et logeant chez
le nommé Pelé, fruitier et logeur, rue Chariot : Laquelle nous a dit qu'elle
avoit fait arrêter le nommé Louette, parce qu'elle lui avoit prêté de l'argent
qu'il ne vouloit pas lui rendre et qu'il avoit été recevoir pour elle chez le
(leur Morel, ingénieur du prince de Conti , la fomme de $6 livres qu'il ne
vouloit pas non plus lui rendre. Qu'elle lui avoit en outre prêté un parafol
qu'il ne vouloit pas non plus lui rendre. Qu'il ne ceffe de lui dire mille fottifcs
et injures en la menaçant même de lui donner cent coups d'épée et qu'il ne
veut pas non plus lui rendre un billet à ordre de 33 livres à prendre fur le
nommé Martin, difant pour toute raifon qu'il ne fait pas ce qu'il en a fait.
Defquels faits elle nous rend plainte.
Signé : Jignard.
En fuite de quoi nous avons fait comparoître ledit particulier arrêté : Lequel, fur les interpellations par nous à lui faîtes, nous a dit fe nommer Louis- François Louette, natif de Paris, âgé de 25 ans, garçon tailleur fans boutique, logeant rue Chariot, chez le nommé Pelé, fruitier et logeur. Nous a ajouté qu'il a reçu la fomme de $6 livres du fieur Morel, ingénieur de M. le prince de Conti, que lui avoit donné â recevoir le nommé Coulot, fils d'un marchand de Lyon, pour payer lui comparant de ce qu'il lui devoit pour avoir fait des avances pour lui et que ce n'eft pas ladite Jignard qui lui avoit donné cette fomme à recevoir. Qu'il a rendu à ladite Jignard un billet de 33 livres qu'elle
Joanni.
lui avoit remis entre les mains fur le fieur Martin. Que le parafol » qui eft de taffetas noir, appartenant à ladite Jignard, il Ta laiffé chez la dame Noblet, limonadière fur le boulevard, pour quelque chofe qu'il lui doit tant pour boiffon qu'il a pris chez elle que pour argent qu'elle lui a prêté. Qu'à la vérité il a injurié et menacé ladite Jignard, mais que c'étoit dans un inftant où
il avoit pris trop de boiffon.
Signé : Louette.
Sur quoi nous commiffaire, etc., avons fait relaxer ledit Louette et l'avons
remis à fa mère qui efl furvenue et qui Ta réclamé et qui a fait remettre à
ladite Jignard fon parafol, fauf aux parties à fe pourvoir pour le furplus de
la manière et ainfi qu'ils aviferont bon être. Dont et du tout nous avons fait
et dreffé le préfent procès- verbal.
Signé : Maillot.
(Jrchives du Comm., n° 377$.)
OANNI (Jean-Ignace MAGRINI, dit), né en 1752, était sauteur au spectacle de Nicolet en 1 77 1 .
L'an 1771, le mardi 10 décembre, fix heures du foir, nous Nicolas Maillot, etc., étant fur le boulevard du Temple, étant entré au corps de garde de ce boulevard fur réquifîtion, nous y avons trouvé fieur Nicolas-Jacques Couturier, officier de la garde de Paris, ayant l'infpection de ce même boulevard pour le bon ordre : Lequel nous a dit qu'en vertu des ordres à lui adreffés par M. le Lieutenant général de police, il vient d'arrêter le nommé Joanni, fauteur ci-devant chez Nicolet l'aîné, maître de fpectacle fur le boulevard, pour être ledit Joanni par nous envoyé en prifon pour caufe d'impertinences et infolences tant envers le public qu'envers ledit Nicolet. Nous repréfentant
ledit Joanni pour l'entendre.
Signé : Couturier.
Sur quoi nous commiffaire, etc., avons fait comparoître ledit particulier arrêté et fur les interpellations par nous à lui faites, il a dit fe nommer Jean-Ygnace Magrini dit Joanni, natif de Nanci^ Agé de 19 ans, fauteur cidevant chez Nicolet l'aîné, maître de fpectacle, demeurant chez fa mère boulevard du Temple, maifon de la dame Sibille. N'efl pas difconvenu des impertinences et infolences ; mais a dit en être fâché et a déclaré ne favoir écrire ni figner.
Ce fait, avons laiffé ledit Magrini audit corps de gardées mains de Jacques
Boudier, fergent de la garde de Paris de pofle aux Enfans-Rouges, pour par
lui le conduire es prifons du For-l'Évêque et l'y faire écrouer de police par
le premier officier du guet requis.
Signé : Maillot ; Boudœr.
(Anbivct des Comm., n« 3778.)
JOLLY, acteur de TOpéra-Comique pendant la foire Saînt- Laurent de 1729, y remplissait les rôles de Sultan.
{Dtctionnaire des Théâtres, III, 190.)
JOLLY (M"* MOREL, femme), femme du précédent, actrice de rOpéra-Comique, débuta à ce théâtre, le 25 juin 1729, dans la Princesse de la Chine, opéra comique de Lesage et Dorneval, et n'y resta que jusqu'à la fin de la foire Saint-Laurent suivante. Après avoir passé quelque temps en province , M"* JoUy rentra à l'Opéra-Comique et y joua pendant les foires Saint- Germain et Saint-Laurent de 1737, puis elle se retira du théâtre.
{Dictionnairt des Théâtres, III, 190 ; IV, 24}.)
JONAS, juif anglais, habile prestidigitateur, faisait des tours de cartes à la foire Saint-Germain de 1774. Ses exercices étaient très-suivis et il était appelé souvent à donner en ville des représentations qu'il faisait payer au moins trois louis.
(Almanach forain, 1775. — Mémoires secrets, VII, 137, 162.)
JOSEPH, acteur de la Grande Troupe étrangère de Rcstier et de la veuve Lavigne pendant la foire Saint-Germain de 1742, remplissait le rôle d'un paysan ami d'Arlequin dans le Diable boiteux, pantomime de Mainbray, représentée le 15 février de la même année.
{Dictionnaire des Théâtra, II, 504.)
J OSEPH (M"*), actrice du spectacle des Associés en 1787.
Voy. Lesœur (Adélaïde).
Josset. — Joueur £ échecs automate.
JOSSET, danseur de TOpéra-Comique pendant la foire Saint- Laurent de 1744, y exécuta, travesti en femme, la Sabotière, pantomime représentée le 2 septembre de la même année.
(Dictionnair* dês Théitris, III, 191 ; V, 2.)
JOUANNI, acteur de la Grande Troupe étrangère qui donnait des représentations sous la direction de Restier et de la veuve Lavigne pendant la foire Saint-Germain de 1 742 .
{Mémoires sur Us Spéciales de la Foin, II, i$6.)
JOUANNI, danseur de corde et sauteur du théâtre des Grands- Danseurs du Roi, y fit ses débuts le 15 mai 1783.
(Journal dt Paris, 1% mai 178).)
JOUEUR D'ÉCHECS AUTOMATE, figure mécanique que Ton voyait à Paris en 1783 et qui fit grand bruit à cette époque. Cette machine curieuse, fabriquée par le gentilhomme hongrois Wolfgang de Kempelen, né en 1734, mort en 1804, était montrée à Paris par un nommé Anthon. Le Journal de Paris entre, à propos du Joueur d'échecs automate, dans quelques détails curieux qui paraissent bons à reproduire : « M. Anthon vient d'arriver de Vienne avec la fameufe machine qui joue aux échecs, dont il a été queftion dans plufieurs journaux. Il ofire de la montrer à tous ceux qui feront curieux de la voir et il annonce que cet automate joueur d'échecs repréfente une figure d'homme de grandeur naturelle, habillée à la turque et affife derrière une commode fur laquelle eft placé l'échiquier; il joue une partie aux échecs avec la première perfonne qui fe préfente. Avant que de commencer la partie, M. Anthon ouvre toutes les portes de la commode pour en faire voir l'intérieur dont la plus grande partie eft compose de rouages, de leviers, cylindres, cadrans, reflbrts, etc.
Les portes refermées, l'automate commence k partie. Il porte la main fur une des pièces, la faifit des doigts, la tranfporte fur une autre café, l'y lâche et retire fa main pour la repofer fur un coujQSn qui fe trouve près de l'échiquier; s'il donne échec, il en avertit fon adverfaire en faifant figne de la tête trois fois fi c'eft au roi, et deux fois fi c'eft à la reine. Si fon adverfaire, soit par inadvertance, foit par deflein, fait une faufle marche, il fecoue la tête, prend la pièce mal jouée et la remet à fa place; mais alors le coup de l'adverfaire eft perdu, parce que l'automate joue fon coup immédiatement après. Si de part ou d'autre on donne échec et mat, et fi enfuite l'on vouloit encore jouer un coup, il reflife de jouer en fecouant la tête. La partie finie, il fait la marche du cavalier de la manière fuivante : Après que l'on a ôté toutes les figures de l'échiquier, quelqu'un des fpectateurs prend un cavalier, le met fur une café qu'il choifit à fon gré ; auflitôt l'automate le prend et parcourt toutes les 64 cafés en montrant chacune avec le cavalier et fautant du blanc au noir et du noir au blanc fans revenir deux fois fur la même café; de quoi l'on peut s'afliirer en marquant d'un jeton chaque café fur laquelle il a été. Revenu à la première café dont il eft parti, il y lâche le cavalier et en retire fa main. Après la partie d'échecs, les fpectateurs font des demandes à cet automate, auxquelles il répond en montrant fur une table d'alphabet les lettres qui, prifes enfemble, forment la réponfe. Cet automate fe verra pour la première fois le lundi 21 de ce mois (avril) et les jours fuivans. Il jouera deux fois par jour, favoir : à midi et à cinq heures du foir à l'hôtel d'Aligre, rue d'Orléans-Saint-Honoré. L'entrée eft à fix francs par perfonne. Comme plus de cinquante à foixante perfonnes ne pourroient voir commodément en même tems cette machine curieufe, l'on donnera pour chaque repréfentation un nombre proportionné de billets chez le fieur Haquin, tenant le café de la Régence, place du Palais-Royal, où l'on pourra favoir d'avance s'il y a de la place ou non. C'eft pour cela qu'on ne recevra pas d'argent à la porte et qu'on ne laiflera entrer que les perfonnes pourvues de billets.
Joueur de gobelets. — Jugement universel. 1 1
L'on eft prié d'obferver les heures ci-deflus fixées fans quoi Ton manqueroit de voir l'intérieur de la commode qui eft une des chofes eflentielles et qui ne fe montre plus après le jeu. Si quelques perfonnes de diftinction défirent venir voir l'automate et s*unir un certain nombre à cet effet, M. Anthon fera prêt à les recevoir hors des heures fixées, pourvu qu'elles l'en faffent prévenir la veille. » Cet automate jouait avec une certaine habileté. Deux joueurs distingués du temps, le duc de Bouillon et l'avocat Bernard, se mesurèrent avec lui et remportèrent la victoire; mais ils déclarèrent tous deux que la partie leur avait été fort bien disputée (i).
(Journal de Paris» i8 avril 1785. — Mimoins secrets, XXII, 249, 262» 305 ; XXIII, 3. — Grimm : Correspondanee litUraire, XI, 43 5 . — Biographie Didot.)
JOUEUR DE GOBELETS. L'un des plus habiles escamoteurs qui aient paru aux foires est sans contredit ce joueur de gobelets, qui avait une loge à la foire Saint-Germain vers 1770 et qui escamotait publiquement une personne de l'assemblée, homme ou femme, au gré des personnes présentes.
{Almatuuh forain, 1773.)
JUGEMENT UNIVERSEL (Le), spectacle étabU sur le boulevard du Temple en 1772. Il était ouvert à toute heure, pourvu que la recette fût au-dessus des firais. On y voyait des automates et des figures peintes, un serpent prodigieux artificiel, et pendant les entr'actes on déclamait des vers. Les places étaient de 24 et 12 sols.
{Almanach forain, 1773 •)
(t) Cet antotnate était mis en mouvement par un individu caché dans la boite de l'échiquier. Voyez les explications données à ce sujet dans le Magasin pittoresque, tome II, 15s (i8}4).
ULIEN, acteur du spectacle des Associés en 1788.
Mardi 17 juin 1788, huit heures et demie du foir.
Nicolas Charton, fergent, à la réquifition du fieur Salle, directeur du théâtre des Aflbciés, a arrêté le nommé Julien, acteur dudit fpectacle, pour querelle. Relaxé.
(^Archiva dts Comm», n^ $022.)
JUSTINE (M"0, actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1787.
Voy. DURANCY.
I INSSELI, AUemaad montrant au public et ven- P dant des chevaux à la foire Saint-Germùn de 1709. Voy. Q.1IENSELY.
KIRKENER, entrepreneur de spectacles, faisait voir à la foire Saint-Germain de 1774 des figures de cire a dont la nature n'a jamais été li bien imitée, de grandeur humaine, habillées à la Françoife, Allemande et Turque, repréfentaot les perfoimes de la plus haute diftînction et du plus grand mérite, dès ta plus tendre jeunelTe jufqu'à l'dge le plus refpectable ». On y voyait entre autres l'Impératrice de Russie, le Sultan, Maurice de Saxe, Paoli, Struensée, Voltaire, etc., etc. Les premières places coûtaient 24 sols, les deuxièmes 12 sols, les troisièmes 6 sols, a Les pcrfonnes de diftinction payeront félon leur généroûté. »
I ACHAUSSÉE (Pierre-Louis), ra^tre des ballets I de rOpéra-Comique à U foire Saint-Laurent de
I1739- Voy. Del AH AIN.
LACHAUX (M"0, actrice de l'Opéra-Comique, où eUc débuta, !i la foire Saint-Germain de 1 740, par les rôles de la soubrette dans \esFols volontaires, opém comique en deux aaes, de Panard, et de la Faculté de médecine dans V École d'Asnières, opéra comique en un acte, de Panard. A la (in de cette foire. M"' Lachaux quitta rOpéra-Comique et n'y rentra qu'à la foire Saint-Germain de 1743, après laquelle elle s'engagea dans une troupe de province.
(I>i>II».<>>., u, ]]£, tôt ; III, 15}.)
L'an 1740, le jeudi 14 avril, fix heures du Coir, efl comparu en l'hdtel et par-devaat nous Louis Cadot, etc., Roflard-Mayer, marchand bijoutier, commerçant, Juif de nation, demeuranti Paris rue Maubuée: Lequel nous a ponâ plaintecontrcdeuidemoifelles à lui inconnues qu'il a appris s'appeler Lachaux et GoDot, dont une eft actrice de l' Opéra-Comique, de ce qu'il y a environ une demi-heure que lui plaignant a été chez leTdites demoifelles Lachaux et Gonot, rue St-Honoré, vis-à-vis la Couronne d'Or, en une maifon dont la boutique du rei-de-chaulTée eft occupée par un bijoutier, et, étant monté an troiiième étage fur le devant, dans un appanement oii lefdices demoifelles Lachaux et Gonot demeurent, il leur auroit demandé i parler à mefdemoi-
i6 Les Spectacles de la Foire.
felles Lachaux et Gonot, lefquelles lui auroient répondu qu'elles n'y étoient pas, quoique ce fuiTent elles-mêmes qui parlafTent à lui plaignant ; que néanmoins elles le prioient de leur dire ce qu'il vouloit et qu'il n'avoit qu'à s'adrefler à elles comme fi c'étoit pour elles-mêmes. A quoi le plaignant leur aurpit dit qu'il étoit chargé de deux billets paffés à l'ordre de Lazare d'Alface, marchand bijoutier de Metz , fur lui plaignant, favoir un de 96 livres pour valeur reçue comptant, (igné de la demoifelle de Lachaux, et l'autre de 90 livres pareillement pour valeur reçue comptant, (igné de la demoifelle Gonot, lefdits billets ayant été donnés à lui plaignant par ledit fieur Lazare d'Alface en payement de pluûeurs marchandifes qu'il lui a vendues et livrées, et que lui plaignant venoit pour recevoir le montant de ces deux billets. Sur quoi lefdites demoifelles Lachaux et Gonot auroient demandé à lui plaignant la communication de ces mêmes billets, pour voir (i véritablement ils étoient (ignés d'elles ; que lui plaignant a eu la facilité de les prêter entre les mains defdites demoifelles Lachaux et Gonot qu'il ne croyoit pas capables de lui faire tort. Mais, malheureufement pour lui, lorfque lefdites demoifelles Lachaux et Gonot ont eu lefdits billets entre leurs mains, elles en ont pris chacune un, et après avoir vu que c'étoit à elles qu'ils s'adrefToient, elles les ont déchirés fur-le-champ en morceaux, en difant à lui plaignant : « Tenez, vous voilà payé 1 » Sur quoi lui plaignant leur auroit dit, en préfence de deux témoins qui font prêts d'affirmer et qui étoient chez lefdites demoifelles Lachaux et Gonot, qu'il alloit fur-le-champ porter plainte chez nous commiffaire et cependant a eu la précaution de fe jeter par terre pour ramafTer partie des morceaux defdits billets dans lefquels nous avons remarqué dans un defdits morceaux le nom de Lachaux et l'extrémité d'un autre nom avec un paraphe fur un autre morceau de papier déchiré avec plufieurs morceaux defdits billets faifant mention de diâférens termes. Dont et de ce que delTus il nous requiert acte.
Signé : Cadot ; Rossard-Mayer.
Et ledit jour jeudi 14 avril 1740, fept heures du loir, eftencore comparu le (ieur Ro(rard-Mayer : Lequel nous a dit qu'il y a environ une demi-heure, pafTant par la rue St-Honoré, il a été appelé par une demoifelle qui étoit à une fenêtre du troifième étage de la maifon ci-deiïus défignée, et ayant remarqué que c'étoit la demoifelle Lachaux, une de celles qui lui avoient déchiré fesdits billets , et ayant monté au troi(iëme étage fur le devant , il auroit été invité par lefdites demoifelles Lachaux et Gonot de recevoir un nouveau billet de chacune d'elles etfemblables à ceux qu'elles lui avoient déchirés, le priant de vouloir bien ne pas faire éclater ce qui s' étoit paffé et qu'il eût la bonté de leur faire faire une décharge de la plainte qu'il venoit de rendre contre elles; qu'en effet elles lui auroient fait chacune un billet, favoir de la part de la demoifelle Lachaux de la fomme de 96 livres, et de la part de la demoifelle Gonot de la fomme de 90 livres pareillement payable à ordre, lefdits billets datés du 29 mars préfente année. Sur quoi lui plaignant leur
Lacroix. — Lafite. 17
anroit obfervé que les billets qu'elles avoient déchirés étoient endofTés par ledit Lazare d'Alface, fon garant, et que, par conféquent, il ne pou voit plus fe fonder fur cette reflburce de rendoflcnient : Pourquoi il infîdoit fur la plainte qu*il venoit de nous rendre contre elles jufqu'à ce qu*il fût payé du montant de ces deux billets, qu'autrement il leur déclaroit qu'il entendoit pourfuivre extraordinairement fur ladite plainte. Pourquoi il nous requiert d'abandon de lui accorder acte de fa déclaration qu'il n'a accepté lefdits deux nouveaux billets defdites demoifelles Lachaux et Gonot que pour lui fervir de nouvelles preuves du vol manifefte qu'elles avoient exercé fur lui. Et nous a encore obfervé que le nommé François Roblàtre, domeftique defdites demoifelles Lachaux et Gonot, eft venu de la part defdites demoifelles dont une l'a chargé de venir prendre de lui plaignant la décharge de la plainte ci-deflus^ ce qu'il n'a pas jugé à propos de faire par les raifons ci-deflus établies.
Signé : Rossard-Mayer.
(Archivts dis Comm., no 1424.)
LACROIX (Nicolas), né en 1770, acteur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1789.
Voy, LoRTiAS.
LAPITE (Joseph), né vers 1769, était en 1786 danseur au théâtre des Variétés du Palais-Royal.
L'an 1786, le vendredi 24 février avant midi, en notre hôtel et par-devant nous François-Jean Sirebeau, etc., eft comparu le lieur François Defmareft, régiiTeur du fpectacle des Variétés au Palais-Royal, demeurant rue Fromenteau , hôtel d'Avignon : Lequel nous a dit qu'il eft du devoir de fa place de nous déclarer que le jour d'hier la falle du fpectacle des Variétés a été en danger d'être incendiée et réduite en cendres, fuivant le rapport des pompiers et du concierge, par le fait des nommés Lafite, Landais, Hoflard et confors, danfeurs des Variétés, lefdits Lafite, Landais, HofTard et confors ayant jeté deux lampes allumées dans les commodités qui font à côté de leurs loges, fuivant que le déclarant l'a appris (i). Q,ue ne voulant point qu'il puifTe lui être imputé aucune faute de négligence fur un fait de cette importance, le ootx^ parant s' eft retiré par devers nous â l'effet de nous faire la préfente déclaradon ; nous déclarant qu'il croit regarder comme néceftaire que ledit Lafite, comme auteur du délit, foit envoyé en prifon pour le maintien de l'ordre et de la fubordination qui doit être obfervé par tous les employés.
Signé : Desmarest.
(i) On jouait «ux Vanités du Palais-Royal, le 13 fiTrier 1786, la 17* représentation du Mtnimg* de Barogo, comédie en trois actes, en prose, de Maurin de Pompigny ; 0» /mit et qm*on p*mt, proverbe de Dorvigny, et les C«nt Èe»s, drame poissard, de Guillemain.
Sp. — II. 2
A rinflant eft audi comparu le fieur Jofeph Lafîtc, danfeur au fpectacle
des Variétés- Amufantes, âgé de i6 ans et demi, natif de Pontoife, demeurant
à Paris rue Jean-St-Denis, chez le fîeur fon père, maifon du fieur Vemet,
aubergifte, auquel nous avons fait part du contenu en la déclaration ci-deiTus :
Lequel nous a avoué être Tauteur et celui qui a jeté deux lampes allumées
dans les commodités dudit fpectacle des Variétés, mais qu'il ne Ta pas fait
par méchanceté, mais feulement parce qu'il avoit un peu bu et qu'il étoit
hors de raifon. Qu'il peut nous aflurer que de fang-froid il eft incapable de
commettre aucune action de cette nature et qu'il eft très-fâché de l'avoir
conmiife.
Signé : Lafite.
Sur quoi nous avons remis ledit Lafite es mains du fîeur Mahen, caporal de pofte à l'arcade Colbert, pour être conduit es prifons de l'hôtel de la Force.
Signé : Mahen; Sirebeau.
{Archives des Comm., n» 4826.)
LAFRANCE (François GEOFFRION, dit), acteur forain, fut d'abord attaché au spectacle de Nicolet le cadet en 1757, puis il entra chez Nicolet aîné. Il y remplit les rôles di arlequins, et y fut maître des ballets et danseur.
{A Imamacb forain, 1773. — Le Chroniqueur désetuvré, I, 60.)
Vendredi 12 mai 1780, deux heures moins un quart du matin.
François Geoflfrion-Lafrance, danfeur chez Nicolet, demeurant rue Fontaineau-Roi, arrêté par Godefroi, caporal, qui Ta trouvé dans un tonneau fur le boulevard (i). Relaxé.
Voy, Nicolet (François-Paul).
LAFRANCE (Etienne), acteur du spectacle des Associés en
Voy. Robin.
(i) Le II mai 1780, on CTait représenté au théâtre des Grands-Danseurs du Roi : la Danse de corde, le Saut du ruban, suivi de la i$« représentation de la Figue d'amour, pantomime mêlée de dialogues et de danses ; le ballet des Sauteurs avec ses agréments ; la Mire Niioucbe, et Arlequin médecin du malade jaloux. En sortant du théâtre, où il avait joué dans plusieurs pièces, Lafrance était allé chez le marchand de vins, s'était enivré et, ayant sommeil, s'était couché et endorm dans un tonneau, où la garde de Paris l'avait trouvé.
Lafrance. — Lagrelet. 19
LAFRANCE (W% fille de François Geoffrion dit Lafrance, actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où elle entra dès 1772, y remplissait en 1773 ^^^ ^^^^ d'amoureuses. Un pamphlet du temps, le Chroniqueur désœuvré, a tracé en 1781 un portrait de cette actrice qui n'est pas flatteur : « M"' Lafrance, fille d'un nommé Lafrance, jouant les arlequins à ce théâtre, grande, ftche, noire, barbue, la denture puante, marchant comme une oie, voilà fon phyfique ; mielleufe dans fon parler, l'air froid en apparence mais très-amoureufe dans le fond, voilà fon moral. »
{Almantuh forain, 1773, I77S* *— ^ CkromiqiuMr désauvri, I, 60.)
Voy, Talon (Jean-Thoïias).
LAGRELET (Blaise), sculpteur et physicien, avait un spectacle à la foire Saint-Laurent de 1747, où il faisait diverses expériences sur l'électricité. H annonçait l'ouverture de son cabinet en ces termes : a Le fieur L. fait publiquement toutes les expériences de l'électricité, l'attraction, la répulfion, la fufpenfion de l'or, les étincelles fimples et foudroyantes, les étincelles tirées de la furface de l'eau, celles qui mettent le feu à l'efprit-de-vin, celles dont la vivacité fe fait voir en plein midi. Il communique l'électricité à un grand nombre de perfonnes à la fois et fi loin qu'on le fouhaite, enfin il fait voir tous les phénomènes merveilleux qui ont paru en France, en Angleterre et en Allemagne. » En 1750, Lagrelet, qui s'était rendu acquéreur des automates de Defrance, ouvrit à la foire Saint-Germain un spectacle mécanique. Le détail des curiosités qui s'y trouvaient est reproduit dans l'annonce suivante : « Le public eft averti qu'on voit à la foire Saint- Germain, rue Mercière, à la loge du fieur Lagrelet, deux figures de grandeur naturelle, repréfentant un berger et une bergère jouant en partie 13 airs diflférens fur la flûte traverfière. Le berger bat la mefure avec les pieds ; les deux figures enfemble remuent les lèvres entre lefquelles paflent les differens degrés de vent qu'elles envoient dans les flûtes pour former des fons qui font
articulés et cadencés par le coup de langue et la différente pofitioti de leurs doigts fur la même flûte, de la même manière que feroieat des perfonnes vivantes ; le tout accompagné de plufieurs oîfeaux qui joignent leur ramage au petit concert. On voit encore dans cette même loge le fieur Grabhamer, Allemand, natif de Prague, qui joue avec grande délicateffe de la harpe avec les pieds et les mains. H fe tranfporte aufli chez les perfonnes qui voudront l'entendre chez elles. »
Quelque temps après cette foire Saint-Germain, Lagrelet joignit à son triple métier de sculpteur, de physicien et d'entrepreneur de spectacles forains, celui de directeur d'un petit Conservatoire, où il réunissait de jeunes enfants auxquels il se chargeait d'apprendre à lire et à danser pour les mettre en état de jouer la comédie et de danser sur des théâtres publics.- Le professeur de déclamation de cette école lyrique était un nommé Rousselet, ancien acteur de la Comédie-Française, puis del'Opéra-Comique, et qui devint plus tard acteur pantomime du spectacle à machinés de Servandoni. S'il faut en croire la pièce ci-jointe, ce Rousselet était en outre un fripon et un escroc.
{Affichés de Paris, X747 et xyso.)
L'an 1753» le lundi 12 novembre, dix heures du matin, par-devant nous Antoine-Charles Crefpy, etc., en notre hôtel, eft comparu fieur Blaife Lagrelet, maître fculpteur à Paris, y demeurant Grande-Rue-du-Faubourg-St- Denîs, paroifle St-Laurent : Lequel nous a fait plainte et dit qu'il a, par différens actes pafTés par-devant notaires, pris fous fa conduite différens enfans et s'eft obligé envers les parens defdits enfans de les nourrir et de leur faire apprendre à lire et à danfer pour enfuite les employer à repréfenter différentes repréfentations de comédies et de danfes ; qu'il a pris plufieurs maîtres pour former l'éducation defdits enfans, et entre autres le nommé Rouflelet, comédien de campagne, à raifon de 60 livres par mois pour par lui apprendre à déclamer auxdits enfans ; ce qu'il a fait pendant plufieurs mois : le payement defquels lui a été fait par le plaignant fuivant les quittances qu'il lui en a données fur fon regiflre ; que dans ce tems, ledit Rouffelet ayant été conflitué prifonnier dans les prifons du Grand-Chàtelet, à la requête du fieur Boucher, marchand, faute de payement d'une fomme de 830 livres 16 fols, ledit Rouflelet envoya chez le fieur plaignant le prier de l'aller voir dans ladite prifon. Q,ue s'y éunt rendu, lui plaignant trouva ledit Rouflelet avec la nommée Agnus et deux particuliers à lui inconnus. Que ladite Agnus,
Lagrelet. 2 1
qai étoit fort alarmée de la détention dudit Rouflelet, après avoir fait, ainû que les deux particuliers, différentes réflexions fur le parti qu*il y avoit à prendre pour procurer la liberté dudit fieur Rouflfelet, ledit Rouffelet et ladite Agnus engagèrent lui plaignant à aller propofer audit fieur Boucher de recevoir en nantiffement, pour fureté de la fomme à lui due, plufîeurs billets faits au profit de ladite Agnus par le fieur Granger, précédemment fon penfionoaire, et fur lefquels elle avoit fentence de condamnation. Que lui plaignanty dans la vue de rendre fervice audit Rouffelet, fe tranfporta, avec un defdits particuliers qu'il avoit trouvé dans lefdites prifons, chez ledit Boucher, et lui propofa lefdits billets et fentence qu'il repréfenta, ladite Agnus les lui ayant confiés à cet effet ; et ledit Boucher les ayant refufés, lui plaignant les rendit à ladite Agnus. Q^ie quelques jours après, ledit fieur Boucher lui ayant £ût propofer par le fieur fon fils de fe rendre caution dudit Rouffelet, de la-* queUe propofition ledit Rouflelet et ladite Agnus ayant été informés par ledit Boucher, ladite Agnus et ledit Rouffelet, qu'il voyoit fouvent dans lefdites prifons, employèrent toutes les infiances les plus fortes pour le déterminer à leur rendre ce fervice ; et, fur ce que ladite Agnus remarqua par les difcours que lui plaignant leur tint fur ce fujet qu'il n'étoit pas dans le deffein de le £aire, ladite Agnus, pour émouvoir lui plaignant, dit qu'elle lui remettroit entre les mains pour fureté de fon cautionnement et nantiffement les billets qu'elle avoit dudit fieur Granger, et les fentences qu'elle avoit obtenues contre lui. Qpe lui plaignant, dans la vue de faire plaifir audit Rouffelet, accepta les offires de ladite Agnus, laquelle lui remit un paquet cacheté de quatre ca<r chets en cire d'Efpagne rouge, dans lequel elle lui dit avoir renfermé les billets et les fentences ci-deffus énoncés. Que lui plaignant, fur la confiance et fans examiner ce paquet, pafifa un acte, le 6 feptcmbre dernier, par-devant Brillon et fon confrère, notaires à Paris, entre les deux guichets dcfdites prifons du Grand-Châtelet, entre ledit Rouffelet et ledit fieur Boucher, par lequel lui plaignant s'efl rendu caution dudit Rouffelet pour le principal et intérêts par lui dûs audit fieur Boucher, auquel il fit une lettre de change de 131 livres pour les frais par lui faits jufqu'alors. Au moyen de quoi ledit Rooflelet fut mis en liberté et a continué fcs exercices chez le plaignant, lui a payé 68 livres à compte, ainfi qu'il réfulte de la quittance qu'il lui en a donnée fur fon regifh-e. Que ledit Rouffelet, qui fe retire et demeure chez ladite Agnus, par un concert médité entre eux, pour enlever au plaignant le nantiffement donné par ladite Agnus pour fureté du cautionnement ci-deffus daté, ont depuis plufieurs jours employé beaucoup d'inflances pour fe faire repréfenter le paquet cacheté renfermant ledit dépôt, à deffein, félon toute apparence, de le lui enlever des mains. Sur le refus qu'il en a fait, ladite Agnos, accompagnée d'une particulière inconnue à lui plaignant, vinrent chez lui lundi dernier, et accablèrent le plaignant de toutes les fottifes les plus atroces. Que ledit Rouffelet vint le lendemain auffi chez lui plaignant, auquel il proféra les mêmes injures qu'il accompagna de différentes menaces, entre antres de lui paffer fon épée dans le corps. Que ledit Rouffelet, n'ayant pu
par des voies de fait parvenir à Tes fins, a pris le parti de le faire affigner, le 9 du préfent mois, fous le nom de ladite Agnus, pour lui rendre et refhtuer cinq billets faits par ledit Granger, montant enfemble à huit cens livres, faits au profit de ladite Agnus et payables à fon ordre, prétextant les avoir confiés au plaignant pour les efcompter ou emprunter pour elle, ce qui eft totalement faux, ladite Agnus ne lui ayant jamais remis que ledit paquet cacheté dans lequel il ignore même ce qui eft renfermé en icelui, attendu que ladite Agnus a pris la précaution de faire ledit paquet fans lui faire voir de quoi il étoit compofé, lui plaignant s'en étant rapporté à fa bonne foi. Et comme la demande de ladite Agnus eft injufte, qu'elle ne peut, fous quelque prétexte que ce puifle être, violer la loi dudit dépôt et fe faire remettre ledit dépôt qu'au préalable ledit plaignant n'ait été déchargé du cautionnement par lui fait ledit jour 6 feptembre dernier, et que la lettre de change de 131 livres par lui faite pour les frais ne lui ait été rendue ; que d'ailleurs lui plaignant a lieu de craindre que ledit Rouflelet fe porte à effectuer les menaces qu'il lui a faites, il a été confeillé de nous rendre la préfente plainte.
Signé : Crespy ; Lagrelet.
{Archives lUs Comm., no 3393.)
LAITUE (M"*), danseuse du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, y parut en 1772, 1773 et 1774.
(Almamacb forain, 1773, 177$.)
L AJOUTE (Pierre de), entrepreneur de spectacles aux foires, où il parut en 1708 comme associé de Christophe Selles dans la direction d'une troupe de danseurs de corde, et en 17 16 comme exploitant l'adresse et la force corporelle d'un hercule allemand, nonmié Christophe.
A M. le Lieutenant général de police.
Supplient humblement Pierre de La Joufte, bourgeois de Paris, et Chriftophe Selles, aflbciés, chefs d'une troupe de fauteurs et danfeurs de corde : Difans qu'étant établis depuis pluficurs années dans le préau de la foire St- Germain, ils auroient défiré de s'établir dans celui de la foire St-Laurent ; mais n'y ayant pu parvenir, attendu que la dame de Martinengue, pour ex-
La joute. 23
dure tous ceux de fa profeffion, a non-feulement loué de meffiéurs de St^ Lazare la totalité dudit préau, mais encore quelques maifons voifmes, cela auroit obligé les fupplians de louer une maifon et jardin fitués dans la rue de la ruelle St-Laurent, près les portes de ladite foire, dufieurBoifTeau, à l'effet d'y faire Mtir une loge pour y faire leurs exercices, jeux et divertiffemens ordinaires et promis ; ce qu'ils ne peuvent néanmoins fans avoir auparavant eu fur ce votre permiflion.
Ce confidéré, monfieur, il vous plaife permettre aux fupplians de faire confhiiire ladite loge dans le jardin de la maifon fus-déclarée aux offres et foumilfions qu'ils font de fe retirer dans ladite foire St-Laurent, fitôt qu'ils trouveront ou qu'il leur fera accordé une place pour faire leurs exercices : Et ce feulement pour la tenue de la foire St-Laurent prochaine. Se foumetunt en outre les fupplians de n'y faire aucune parade au-devant de la maifon qu'ib occupent. Pourquoi ils efpèrent que vous leur ferez juftice.
Signé : Db La Joute.
Soit la préfente requête communiquée aux prêtres de la mii&on de St- Lazare et montrée au Procureur du Roi et ce pendant le commiflaire Lefrançois fe tranfportera fur les lieux pour nous en faire fon rapport et enfuite être ordonné ce qu'il appartiendra. Fait ce 12 juin 1708.
Signé : M. R. de Voyer d'Argenson.
L'an 1708, le famedi 16 juin, fix heures du foir, e(l venu par-devers nous Céfar-Vincent Lefrançois, etc., Pierre de la Joute, aflbcié de Chriftophe Selles, chef d'une troupe de fauteurs et danfeurs de corde : Lequel nous a montré une requête par eux préfentée à M. le Lieutenant général de police, tendante à un établiflement dans une maifon et jardin, ruelle St-Laurent, pendant la tenue de la foire St-Laurent prochaine, pour leurs jeux, exercices et divertiffemens ordinaires : au bas de laquelle requête, le 12 du préfent mois de juin, M. le Lieutenant général de police a ordonné que ladite requête fera communiquée à meffiéurs de St-Lazare, montrée à M. le Procureur du Roi, et ce pendant que nous nous tranfporterions fur les lieux pour en faire notre rapport, et enfuite être ordonné ce qu'il appartiendra.
Pour l'exécution de laquelle ordonnance, nous, commifTaire ancien du quartier St-Denis, fommes tranfporté avec ledit Joute, ruelle St-Laurent, en une maifon et jardin appartenant au fieur Adrien Boiffeau, marchand épicier, auquel ayant fait fayoir le fujet de notre tranfport, il nous a dit et déclaré avoir loué un appartement de fa maifon et jardin pour y bâtir une loge de fauteurs et danfeurs de corde, dont Pierre de La Joute et Chriflophe Selles font les chefs de la troupe. Étant entré dans ledit jardin, avons remarqué qu'il peut avoir i $ toifes en carré. Que fur les murs qui entourent ledit jardin, il n'y a aucun bâtiment. Que d'un côté et de l'autre ce font jardins ou jeux de boule, dont les maifons font bâties fur le devant de la rue et louées i des vendeurs de bière. Que le derrière dudit jardin e(l en face de l'é^life St-
Laurent, féparé par le cimetière, une clôture de mur d'environ trois toides de diftançe du mur de réparation du derrière du jardin du fieur Boifleau. Ledit de La Joute nous a déclaré que, pour prouver un plus grand éloignement de réglife et du cimetière, il fe foumet de ne confbiiire la loge en queftion qu'environ à trois pieds du mur du jardin où eft un berceau \ qu'il n'y aura aucune fenêtre, aucune vue ni jour tant aux derrières qu'aux côtés de la loge. Que le théâtre et les înflrumens de fimphonie feront placés du côté de la maifon et non au derrière dudit jardin. Qtii'il ne fe fera aucune parade dans la rue audfîvant de la maifon, laquelle nous a paru avoir environ 15 à i6 toifes de £ace fur la rue. Avons remarqué qu'il y a deux portes pour faciliter l'entrée et la fortie. Qpe ladite maifon eft éloignée d'environ 20 toifes des portes de l'églife et de la foire, et éloignée d'autant de la rue du Faubourg-St-Laureut. Nous étant enfuite tranfporté en la maifon de St-Lazare et de M. le curé de St-Laurent, leur ayant communiqué tant ladite requête que le préfent procèsverbal, le fieur Boulard, procureur de la maifon de St-Lazare, et M. le curé de St-Laurent nous ont fait réponfe qu'ils ne prenoient nulle part à ces fortes de jeux et exercices, et ne pouvoient donner aucun confentement.
Signé : Boisseau ; De La Joute ; Lefrançois.
Vu la préfente requête et le procès-verbal du commiflaire Lefrançois, je
requiers pour le Roi ladite requête être renvoyée à l'audience de la police.
Fait le 21 juin 1708.
Signé : Robert (Procureur du Roi).
Et après avoir oui le commiffaire Lefrançois et vu le procès-verbal de l'état defdits lieux, nous avons permis auxdits La Joute et Selles de faire bâtir la loge en queftion dans le jardin du nommé Boiffeau, etc., pour y faire leurs exercices en obfervant les règles de la bienféance, et fe conformant aux ordonnances et règlemens de police. Ordonnons néanmoins que la préfente permilfîon n'aura lieu que pour la foire de St-Laurent prochaine, etc.
Fait en notre hôtel, le 23 juin 1708.
Signé : M, R. de Voyer d'Argenson.
{Archives des Comm., no 3821.)
L'an 17 16, le vendredi 4 feptembre, dix heures du matin, eft venu par-devers nous, Céfar-Vincent Lefrançois, etc., Pierre de La Joute, bourgeois de Paris et machinifte ingénieur pour Sa Majefté, demeurant rue du Roi-de-Sicile, paroiffe St-Gervais : Lequel nous a fait plainte et dit qu'il a pris à fes gages Jean-Philippe Chriftophe, Allemand de nation, pour faire voir à la foire St-Laurent, fes tours de fouplelTe et de force de corps. Qu'au lieu de fatif-
Lalottî^e. 25
faire à fon engagement, et de fe rendre à la foire aux heures que les compagnies s'affemblent, il s'eft avifé de s'abfenter de tems en tems, de refufer des compagnies entières ; ce qui a fait un tort confidérable au plaignant. Et lorfqu'il a voulu remontrer le dommage qu'il lui faifoit, il l'a menacé en lui difant que, s'il fe plaignoit à M. le Lieutenant de police ou au commiffaire, les coups d'épée ne lui manqueroient pas. Le plaignant en a parlé, et s'eft plaiôt tant au receveur des deniers de l'Hôpital général qu'aux officiers de la foire, des réprimandes defquels il s'eft moqué et continue toujours de repréfenter quand il lui platt. De forte que ledit Jean Chriftophe, au lieu de porter du profit au plaignant, lui fait un tort confidérable. De ce que deflus nous
requiert acte.
Signé : De La Joute.
{Arehivts dts Ccmm., no 3827.)
LALAUZE (Marc-Antoine de), acteur forain et entrepreneur de spectacles, débuta en 1701 au jeu d'Alardet de la veuve Maurice. Il y remplissait les rôles à' amoureux et dansait dans les ballets. Lorsqu'à la foire Saint-Laurent de 1706, Tassodation d'Alard et de la veuve Maurice se rompit, Lalauze resta avec Alard et prit les rôles à' arlequins. En 171 1 il s'associa avec son directeur, mais la mort d' Alard, arrivée à la fin de la foire Saint- Laurent de cette année, mit un terme à leur exploitation. En 1712 Labuze s'engagea chez Octave, qui avait recueilli les débris de la troupe d' Alard et resta chez lui jusqu'en 17 16. A cette époque, il alla donner des représentations en province, et ne revint à Paris qu'à la foire Saint-Germain de 1720, où il ouvrit avec une permission de l'Opéra, un spectacle avec Restîer le père, et y fit représenter le Lourdaud ^Inca, opéra comique en un acte, en prose et en monologues, avec un divertissement, par Fuzelier, précédé du Camp des amours et du Charretier du Diable, pièces du même auteur. L'année suivante, Lalauze obtint le privilège de l'Opéra- Comique en société avec Pierre Alard, M"* d'Aigremont, Baxter, MaiUard et autres, mais leur exploitation fut si malheureuse qu'ik durent y renoncer. Voici le titre de quelques pièces qu'ils firent représenter sans aucun succès : la Guitare enchantée, opéra comique en un acte, par Carolet ; le Triomphe de Plutus, opéra comique en un acte, par Dupuy ; la Fontaine de Jouvence, opéra
comique en trois actes, par Carolet et Dupuy (25 juillet 1721); le Jugement d'Apollon et de Pan par Midas, opéra comique en un acte, de Delafont, précédé de la Décadence de V Opéra-Comique Vaine, prologue, et suivi de la Réforme du régiment de la calotte, opéra comique en un acte, du même auteur (16 septembre 1721); Arlequin et Pierrot favoris des Dieux, pièce en un acte, par Dupuy (foire Saint-Laurent de 1721), etc., etc. A la suite de cette désastreuse campagne, Lalauze, à peu près ruiné et dont, pour comble de malheur, la femme venait précisément de mourir, quitta Paris et alla jouer en province.
^Mémoires sur Us SpeeUuhs de la Foire, I, 30, 54, 319, 227. — Diclionuairê des Théâtres, I, 232; II, 20, 612 ; III, J4, 239, »S7i 280 j IV, 396 ; V, 559.)
Voy. Francisq.ue(3i juillet 1720).
LALAUZE (Agathine ANTONY, femme), femme du précédent et sœur du danseur de corde Antony, dit de Sceaux, fut connue, avant son mariage, sous le nom de M"^ de Sceaux. Elle faisait partie en 1700 de la troupe d'Alard et y remplissait les rôles de Colombines, avec un certain succès ; son talent pour la danse de corde était également goûté des spectateurs. Lorsqu'elle eut épousé Lalauze, elle suivit la fortune de ce comédien, et s'engagea aux mêmes théâtres que lui. M"*' Lalauze mourut à Paris pendant la foire Saint-Laurent de 1 72 1 , au moment même où périssait, faute de recettes, l'association formée par son mari avec divers acteurs forains, pour l'exploitation du privilège de rOpéra-Comique.
{Dictionnaire des Théâtres, III, 2$8.)
LAMBERT, acteur forain, frère de la femme de l'acteur Charles Dolet, débuta comme eux aux foires à Paris, au jeu d'Alexandre Bertrand en 1704. Lambert jouait les Pères et les Docteurs.
(Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 401.)
Lamotte. 27
LAMOTTE (Pierre-Gilbert GOURLIEZ, dit), né vers 1744, aaeur forain et entrepreneur de spectacles, était frère d*un direaeur de troupes foraines qui a joui d'une certaine célébrité, Claude-Pierre Gourliez, dit Gaudon. En 1738, àTâgede 14 ans, Lamotte possédait, probablement par héritage, sur le boulevard du Temple un petit théâtre de marionnettes qu'il faisait diriger par un nommé André Petit. Plus tard, il entra comme sauteur dans la troupe de Nicolet cadet.
L'an 1767, le famedi 2* jour de février, onze heures et un quart du foir, en rhôtel et par-devant nous, Antoine-Bernard Léger, etc., e(l comparu (ieur François-Adrien Cadellan, brigadier de la garde de Paris : Lequel nous a dit que, faifant ronde et pafTant rue du Four, vis-à-vis la rue Princefle, ayant entendu crier au guet, il s'y eft à Tinilant tranfporté, et étant arrivé au lieu d'où provenoit le bruit, il y a trouvé deux particuliers qui ont dit audit Caflellan qu'un particulier à eux inconnu venoit de les maltraiter, calTer Tépée d'un d'entre eux et volé leurs chapeaux à l'un et à l'autre. Pourquoi ont lefdits particuliers reqyis ledit fleur Caflellan d'arrêter ledit particulier à l'effet de le conduire par-devant nous; comme de fait ledit fieur Caflellan l'a arrêté comme il fuyoit avec ladite épée fous fa redingote, et conduit par-devant nous en notre hôtel pour être fait et ordonné ce que de raifon.
Signé : Castellan.
Sont enfuite comparus par-devant nous, les fieurs Pierre-Gilbert Gourliez dit Lamotte, fauteur chez le fleur Nicolet le jeune, demeurant à Paris, rue des Cannette^, chez le fleur Delplace, maître perruquier, et fieur François MoUiex, muflcien chez le fieur Nicolet le jeune, demeurant chez ledit fieur Delplace, fufdite rue àts Cannettes, paroiffe St-Sulpice : Lefquels fe font plaints contre ledit particulier arrêté, et nous ont dit que, fortant de faire leur répétition chez ledit Nicolet, une femme à eux inconnue les a abordés en leur dîfint : « Voulez-vous vous amuf er un infiant ? Montez chez moi ! » A quoi lefdits particuliers ont répondu : « Allez-vous-en I » Qu' enfuite un particulier à eux inconnu s'efl avancé vers eux et leur a demandé ce qu'ils vouloient à cette fenmie. Sur quoi ledit fleur François Molliex a demandé audit particulier arrêté quel intérêt il prétendoit y prendre ; que c'étoit une femme qui les attaquoit. Qu'à l'inflant ledit particulier arrêté a traité les plaignans de poliflons et leur a dit qu'il leur donneroit cent coups. Que les plaignans, pour éviter l'efclandre qu'ils prévoyoient, fe font prudemment éloignés dudit particulier, lequel les a fuivis jufque dans un café où ils alloient, rue du Four. Que les plaignans, voyant bien que ledit particulier ne les fuivoit qu'à deffein de leur chercher difpute, font fortis dudit café. Que ledit particulier, voyant
fortir les plaignans» eft auili forti dudit café, à la porte duquel il a donné un coup de poing dans Tedomac à un defdits plaignans. Ce que voyant Ie4it Gourliez, il voulut mettre le hola et a reçu plufieurs coups dudit particulier arrêté, qui lui a arraché Ton épée à Ton côté, la lui a caffée dans le fourreau et lui a pris fon chapeau bordé deffus fa tète, ainfi qu'audit MoUiex, et s'eft ^uifitôt enfui avec lefdits effets ; lefquels ayant intérêt de recouvrer, ayant d'ailleurs intérêt d'avoir raifon de l'injure à eux faite par ledit particulier arrêté, ils nous rendent la préfente plainte.
Signé : Gourliez ; Mollibx.
Nous avens enfuite fait comparoir par-devant nous ledit particulier arrêté, lequel nous a dit fe nommer Jean-François Quillard, maquignon de chevaux, demeurant à Paris, rue St-Louis-cn-l'IIe, chez le fieur Bourgeois, grenetier, lequel a dénié tous les faits ci-defTus à lui imputés. Sur quoi, etc., nous avons remis ledit Quillard es mains dudit fieur Caftellan, pour le conduire es prifons du Grand-Châtelet, etc.
Signé : Léger.
(Archiva its Comm., no 5640.)
Voy, Petit (André).
LAMY (Jean-Pierre), acteur forain et entrepreneur de spectacles, était en 1763 comédien dans la troupe de Second, sur le boulevard du Temple, et en 1772 directeur d'un théâtre établi à la foire Saint-Ovide.
L'an 1763, le lundi 20 juin, quatre heures du matin, en l'hôtel et par-devant nous Claude-Robert Coquelin, etc., e(l comparu Antoine Ozet, fergent des gardes de jour et de nuit, de pode à la barrière du Temple : Lequel nous a dit que, pafTant au coin de la rue Phelypeaux, il a vu cinq ou fix particuliers portant épée qui fe fauvoient ; qu'un moment après, il a entendu crier à la garde et a arrêté un particulier accufé, avec la canne qu'il nous repréfente et qui eft ca{fée, d'avoir maltraité une fille et un garçon qui font venus avec lui en notre hôtel pour être entendus.
Sont enfuite comparus Jean-Pierre Lamy, comédien chez Second, fur les boulevarts, et Louife-Mathurine Perein, fa femme, comédienne chez Gaudon, demeurant rue Phelypeaux, au coin de la rue des Vertus : Lefquels
, Lamy. 29
nous ont rendu plainte contre le particulier arrêté et contre cinq autres portant épée qui fe font enfuis, et nous ont dit que, revenant de leurs jeux pour rentrer chez eux, ils ont été infultés d* abord par le particulier arrêté, qui a donné un coup de canne à ladite femme Lamy, et enfuite par cinq particuliers portant épée ; que ces cinq particuliers ont tiré Pépée contre ledit Lamy, qui a été un peu bleffé au poignet droit, et auroit couru rifque d'être dangereufement bleffé s'il ne fe fût pas enfui promptement dans l'allée de fon frère ; que ledit particulier arrêté a pourfuivi ladite femme Lamy, lui a donné un fécond coup de canne qui lui a fait fur le front la boiïe que nous lui voyons. Laquelle préfente plainte ils certifient et affirment être véritable.
Signé : Perein ; LaMt.
Et avons enfuite fait comparoir par-devant nous le particulier arrêté, lequel nous a dit fe nommer Pierre Bonnard, âgé de x8 ans, conmiiflionnaire pour les bouchers, demeurant rue St-Martin, chez le fieur Famin, épicier ; qu'il ne connoit pas les perfonnes qui portoient épée ; que ces perfonnes ont voulu hii donner des coups d'épée qu'il a parés avec la canne que nous lui repréfentons ; que s'il a frappé avec ladite canne la femme préfente, c'eft que fe trouvant attaqué il a frappé à tort et à travers, etc., etc.
Sur quoi, etc., et attendu les voies de fait dudit Bonnard, avons ordonné quHl fera conduit es prifons du Grand-Châtelet.
Signé : Coquelin.
(^Artkivu dts Cûmm,, a» 2957.)
L'an 177a, le famedi 22 août, cinq heures après midi, en l'hôtel et pardevant nous, Antoine-Joachim Thiot, etc., eft comparu Jeanne Diot, fille mineure de vingt ans, blanchilTeufe de dentelles, demeurant rue de Bourgogne, faubourg St-Germain, paroifTe St-Sulpice, chez le fieur fon père, comédien : Laquelle nous a rendu plainte contre le fieur Jean-Pierre Lamy, entrepreneur de fpectacles à la foire St-Ovide, demeurant vieille rue du Temple, près l'Egout, chez la demoifelle Joly, et dit qu'il y a environ trois ans et demi elle a fait la connoifTance dudit fieur Lamy, qui lui témoigna avoir beaucoup d'inclination pour elle ; que la plaignante, fenfible à l'amitié qu'il lui témoignoit, confentit à faire différens voyages avec lui à l'efiet de jouer la comédie, efpérant, fniyant les promefTes que ledit fieur Lamy lui avoit fouvent faites et réitérées pour la déterminer à prendre ce parti, que dès qu'ils auroient épargné quelque chofe des gains qu'ils feroient dans cet état, ils s'épouferoient. Que la plaignante confentit même à fe dire et donner dans le public pour la femme dudit Lamy, qui, de fon côté, fe donnoit pour fon mari.
Que les différens voyages qu'ils ont faits enfemble ne leur ayant pas été aufli fructueux qu'ils l'avoient efpéré, ledit Lamy ne s'étantpas comporté aufli bien qu'il l'auroit dû, et d'ailleurs la plaignante, ayant appris qu'il étoit marié, et avoit abandonné fa femme, lui fit des reproches de toutes ces chofes, et fe retira d'avec lui il y a environ cinq mois. Depuis lequel tems, malgré les aflurances qu'elle lui a données, qu'elle ne vouloit plus avoir aucune fociété avec lui et les défenfes exprefles qu'elle a faites de la venir voir, ni de l'attaquer, il n'a ceflé de la pourfuivre et de l'accofter toutes les fois qu'il la rencontre ; qu'il efpionne même fes démarches afin de lui faire des fcènes. Qu'ayant appris que la plaignante étoit recherchée par le fieur Deparis, pour le mariage, il ne cefle de clabauder contre elle et s'acharner à vouloir l'empêcher de conclure cette affaire. Qu'il menace de tuer la perfonne qu'elle eft fur le point d'époufer, difant qu'il ira la guetter et lui fera un fort mauvais parti à l'un et à l'autre. Et comme la plaignante entend prévenir l'effet de ces menaces, elle eft venue nous rendre la préfente plainte.
Signé : J. DiOT ; Thiot.
^Archives dts Comm.^ n^ 3059.)
L'an 1772, le dimanche 23 août à midi et demi, en notre hôtel et par-devant nous, Antoine-Joachim Thiot, etc., font comparus fieur François Diot, comédien, demeurant rue de Bourgogne, fauboiu-g St-Germain, paroiffe St- Sulpice, maifon du fieur Maflbn, blanchifleur, et fieur Alexandre Deparis, aufli comédien, demeurant rue du Bout-du-Monde, paroifle St-Eu(lache : Lefquels nous ont rendu plainte contre le fieur Jean-Pierre Lamy, entrepreneur de fpectacles à la foire St-Ovide, place Louis-Quinze, demeurant vieille rue du Temple, paroifle St-Gervais, et dit qu'il y a environ quatre mois ledit Lamy dit au nommé Noël Feuillet, comédien, chez lui Lamy, rue du Cœur- Volant où il demeuroit alors, que s'il rencontroit ledit Deparis, plaignant, il lui cafferoit les bras, parce que le plaignant, difoit-il, cherchoit à avoir des liaifons avec fa femme, ce qu'il a réitéré audit Feuillet il y a quinze jours ou trois femaines dans un café fur les boulevarts ; qu'il y a dix ou douze jours, ledit Deparis ayant rencontré ledit Lamy, place Louis-Quinze, lui demanda s'il vouloit lui donner fes enfans pour les faire repréfenter des fpectacles pendant le temps de la foire. Ledit Lamy lui répondit que non, parce qu'il vouloit lui f..... l'âme en bas quand il le trouveroit entre quatre yeux ; qu'hier il dit à la fille du fieur Diot, plaignant, dans fa loge où il la fit entrer de force, que puifque ledit Deparis étoit fon ami, il alloit aller l'attendre le long des Tuileries avec plufieurs des fiens, afin de l'aflafilner à coups de bâton ainfi que ledit Diot ; qu'ils dévoient pafler en cet endroit et
Lancet. — Landais, 3 1
qu'il s^embarrafTeroit fort peu de les tuer et qu'il en avoit tué d'autres ; qu'il a répété depuis ces menaces à autres. Et comme les plaignans ont intérêt de veiller à leur confervation, ils font venus nous rendre plainte.
Signé : Deparis ; TmoT ; DiOT.
(Archiva dts Comm., n9 3059.)
ANCET, entrepreneur de spectacles à la foire Saint-0\dde de 1771.
(Archiva ia Comm., n^ 1508.)
AND Aïs (Henri), né en 1768, était en 1788 et 1789 danseur au théâtre des Variétés du Palais-Royal.
L'an 1788, le dimanche 6 janvier, huit heures du foir, en notre hôtel et par-devant nous Françoisrjean Sirebeau, etc., eft comparu le fieur Etienne- François Quidor, confeiUer du Roi, infpecteur de police : Lequel a conduit par-devant nous le nommé Henri Landais, danfeur aux Variétés, en vertu des ordres à lui adrefTés par M. le Lieutenant général de police, pour être ledit Landais par nous interrogé fur les faits à lui imputés.
En conféquence, il a été procédé par nous à l'interrogatoire dudit Landais de la manière et ainfl qu'il fuit :
Premièrement avons enquis ledit Landais de fes nom, fumoms, Age, pays, profeifion et demeure ?
A répondu fe nommer Henri Landais, dgé de 20 ans, natif de Paris, danfeur, attaché au fpectacle des Variétés au Palais-Royal, demeurant faubourg do Temple, maifon du fieur Lebeau, pAtiffîer près le boulevard.
Enquis de nous dire pourquoi, au mépris de fon engagement avec les directeurs du fpectacle des Variétés, il a manqué de fe rendre au théâtre pour remplir fes devoirs le 30 décembre dernier (i), après avoir reçu plufieurs avertiflemens de la part de ceux qui font prépofés pour veiller et tenir la main à
(1) Voici quelle était U compotition du spectacle anx Variétés du Palais-Rojal, le 30 décembre 1787 : Verstnil, ou VHturtusê exirovogoncc, comédie en trois actes, en prose, par Bérard, précédée de Béirogo, o» lu Suite du Romoneur prince, comédie en deux actes, en prose, par Maurin de Pompigny, et d^Ésopo à U Foin, comédie en un acte, en vers, par Landrin, avec un divertissement de BohéaieM.
ce que chacun des eogagiûes foit tenu de remplir les devoirs de Ton engagement ?
A répondu parce quMl a été induit en erreur par le rapport inexact de plufleurs de Tes camarades ; qu'il a reconnu fa faute, et depuis ce tems qu'il a toujours été de la plus grande exactitude.
Enquis de nous dire s'il n'a pas été puni par les directeur ou régilfeur pour avoir manqué à Tes devoirs ?
A répondu que non.
Signé : Landais.
Après lequel interrogatoire nous avons remis ledit Landais es mains dudit fieur Quidor, qjui s'en eft chargé, pour le conduire es prifons de l'hôtel de la Force de notre ordonnance, attendu les contraventions par lui commifes aux règlemens concernant la police des fpectacles.
Signé : Sirebeau ; QyiDOR.
(^Archives des Comm., n? 4688.)
Jeudi, 1" janvier 1789, 8 h. 3/4 foir.
Alexandre Rati, caporal de pode à Clamart, à la réquifltion de Anne- Jeanne Vanin, dite de Sainte-Cour, comédienne, demeurant rue St-Sauveur, hôtel de Navarre, a arrêté Henri Landais, danfeur aux Variétés, demeurant rue Padourelle, pour l'avoir infultée au café de Nicolet, lui avoir déchiré fon bonnet et fon mantelet. Relaxé.
{Archives des Comm,, n9 503a.)
ANDINI, danseur de corde et sauteur, était attaché ainsi que sa sœur au théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1781.
{Journal it Paris, lo février, x" juillet 17S1.)
LANGLOIS (M"^), première danseuse du théâtre des Grands- Danseurs du Roi en 1780, a paru dans la Mode et le Goût, pièce de Mérey (jeudi i*' mai 1780); dans le Château assiégé, 1^2x1" tomime (31 mai 1780), et dans le Ravissement d'Europe, pantomime en trois actes, où elle jouait Europe (i*' mai 1782). La
Languichard. — Lapons. 33
même année. M"' Langlois aborda les rôles à' amoureuses et joua Thérèse dans Biaise le Hargneux, comédie en un acte, en prose, par Dorvigny, représentée le 7 novembre 1782.
(Journal de Paris, i8 31 ma 1780 ; i«r mai 178a. — Brochure intitulée : Biaise le Hargneux. Amsterdam et Paris, Cailleau, 1783. — Le Chroniqueur disauvré, I, 63.)
ÂNGUICHARD, danseur de corde dans la troupe des frères Âlard en 1697.
{Mémoires sur les Spectacles de U Foire, I, j.)
ANTIER (M"*"), danseuse dans la troupe d'Octave en 1716,
{Dictionnaire des Théâtres, III, 259.)
LANY (M"*), danseuse à l'Opéra-Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1743, 7 exécutait la pantomime des F/^wrj, ballet représenté en suite de Y Ambigu de la Folie, ou le Ballet des dindons, parodie en quatre entrées, de Favart, jouée le 31 août de la même année.
{Dictionnaire des Théâtres, I, 99.)
LAPIERRE, danseur anglais, engagé à TOpéra-Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1744, y exécutait la Sabotière, pantomime représentée le 2 septembre de cette même année.
{Dictionnaire des Théâtres, V, i.)
LAPONS (Une famille de). On la voyait à la foire Saint-Germain de 1779. Le père, âgé de 30 ans, n'avait que 31 pouces de hauteur, et sa femme 28. Ces deux nains s'étaient mariés en France, et ils avaient un enfant haut de 18 pouces. Du reste, ils étaient bien faits, d'une figvu'e intéressante, et savaient assez de français pour répondre aux questions qu'on leur adressait.
{Journal de Paris, 33 février 1779*)
Sp. — II. 3
LARBORI, acteur pantomime des Grands-Danseurs du Roi en 1781, avait un rôle dans la Guinguette flamande, le 12 novembre de cette même année.
(^Journal de Paris, X2 novembre 1781.)
LARUETTE (Jean-Louis), né en 173 1, mort en 1792, acteur de rOpéra-Comique, où il débuta, à la foire Saint-Laurent de 1752, dans les rôles d'amoureux; plus tard il prit l'emploi des pères et des tuteurs, plus en rapport avec son physique. Lors de la réunion de TOpéra-Comique à la Comédie-Italienne en 1762, Laruette passa à ce dernier théâtre. Il a composé la musique de différents opéras comiques ; citons entre autres : le Docteur Sangrado, un acte, paroles d'Anseaume (13 février 1738); l'Heureux Déguisement, deux actes, paroles de Marcouville (7 août 1758); le Médecin d'amour, un acte, en vers, paroles d'Anseaume et ^arcouville (22 septembre 1758) ; Cendrillon, deux actes, paroles d'Anseaume (21 février 1739); l'Ivrogne corrigé, ou le Mariage du Diable, tiré d'une fable de La Fontaine, paroles d'Anseaume (24 juillet 1759), etc., etc. .
(Histoire de VOpir a-Comique, H, 84, 90, 242, 361, 374. — Biographie Didoi.)
LATOUR, sauteur anglais, faisait partie de la troupe de Delamain qui donnait des représentations sur le théâtre de rOpéra-Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1739. Il fut ensuite l'un des acteurs de la Grande Troupe étrangère, dirigée par Restier et la veuve Lavigne, et joua pendant les foires Saint-Germain de 1740, 1741 et 1742 les rôles d'arlequins dans les pantomimes suivantes, toutes composées par Mainbray, de Londres : les Dupes, ou Rien n'est difficile en amour (3 février 1740) ; la Fête Angloise, ou le Triomphe de V Hymen (14 mars 1740) ; Arlequin et Colombine captifs, ou l'Heureux désespoir (^^ février 1741);^ trompeur trompeur et demi (3 février 1 742); le Diable boiteux (i 5 février 1 742) .
(Dictionnaire des Théâtres, I, 230, 322 ; II, 304, 3J2, 542.)
Laurent, — Lavigne. 35
LAURENT, sauteur et danseur de corde, parut avec succès à la foire Saint-Laurent de 1701 au jeu de Selles. La veuve Maurice Tavait engagé pour la foire Saint-Germain de 1702, mais il mourut subitement avant cette époque. Laurent dansait sur la corde avec des chaînes aux pieds et des paniers.
(Me'moirts sur Us SputacUs d* la Foire, I, 24.)
LAVALLE, acteur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, en 1772, 1773 et 1774, y remplissait les rôles de niais et de paillasses.
(^Almanachs forains, 1773, 177J.)
LAVIGNE (Julien de), danseur de corde, était le frère de la femme de Restier père. Il fît partie en 1706 de la troupe de Christophe Selles, et à la foire Saint-Laurent de 171 2 il était engagé au jeu du chevalier Pellegrin. En 1732, il dirigeait à la foire Saint-Germain, conjointement avec Restier père, une troupe de danseurs de corde.
{Mémoires sur la Spectacles de la Foire, I, 5$.)
L'an 171 2, le mercredi 21 feptembre, heure de midi, font venus par-devant nous Céfar- Vincent Lefrançois, etc., Claude Filaflicr, marchand de vins, et Marie Blangé, fa femme, demeurant porte St-Bcmard au Duc de Guife, tenant cabaret ruelle St-Laurent au Duc de Guife : Lefquels nous ont fait plainte et dit qu'ils ont eu la facilité de prêter au nommé Lavigne, danfeur de corde du jeu du (ieur Pellegrin , la fomme de 67 li\Tes de compte arrêté avec lui en l'année 1710. Lui ayant demandé depuis ce tems plufieurs fois le paiement, ledit Lavigne les a injuriés et infultés de toute manière ; s'ed avifé la nuit dernière fur le minuit, une heure, étant accompagné des nommés Crefpin, Antoni et trois autres de fcs camarades , danfeurs de corde, de venir frapper à la porte de leur cabaret fufdite ruelle St-Laurent , avec tant de violence qu'ils auroient enfoncé ladite porte fi ledit FilafTier plaignant et fes garçons n'avoient foutenu la porte et mis la barre derrière , ayant par leur bruit et cris réveillé le (ieur Bellemère, leur propriétaire, qui leur auroit dit de fe re-
tirer ûnon qu'il tireroit fur eux. La plaignante étant montée à fa chambre et ayant demandé ce qu'ils fouhaitoient, ils lui ont fait réponfe ; « Ouvre g....,
nous voulons du via. Nous ferons bien ouvrir ton b » Traitant à chaque
moment la plaignante de b de g...., de b dep Et cejourd'hui,
il y a environ une heure, la plaignante allant à la meffe à St-Laurent, ayant fait rencontre dudit fieur Lavigne, s' étant plainte à lui de Tinfulte qu'il lui avoit faite la nuit, il lui a dit qu'il foutenoit ce qu'il avoit dit et qu'elle étoit
uneb de g.... et une b de p.... et un c pourri àqui il donneroit
cent coups de pied dans le ventre et autant de foufflets ; et au plaignant, qui
e(l furvenu, qu'il lui f. de fon épée dans le ventre jufqu'à la garde, ce
qu'il auroit fait fi les foldats de la garde et les paiTans n'étoient furvenus qui l'en ont empêché. Que lundi dernier ledit Lavigne vint au cabaret du plaignant avec trois de fes amis faire une dépenfe de 25 fols, et, pour éviter le bruit, furent obligés de les laiffer aller fans payer, ledit Lavigne ayant feulement dit en fortant qu'il en répondoit. Et comme journellement ledit Lavigne ne cefTe de les infulter et de s'en aller fans payer ce qu'il leur doit, ils fe voient obligés de venir par-devers nous en rendre plainte.
Signé : Claude Filassier ; Marie Blamgé.
(Archives des Comm,, a** 3824.)
L'an 1712, le mercredi 2i« jour de feptembre, fur les une heure de relevée, e(l comparu en l'hôtel de nous Jofeph Aubert, etc., Julien de Lavigne, danfeur de corde : Lequel nous a fait plainte et dit qu'il y a environ une heure, allant à la meffe, il a fait rencontre du fieur de Belmer, l'un de fes amis, auquel il a parlé pendant quelque tems. Que le nommé Filadier, marchand de vin, et fa femme, qui étoient fur la porte d'un cabaret, fe mirent à lui dire des injures, l'appelant fripon, maraud, gueux, malheureux, et ce en préfence de tout le public. Qu'il a voulu repréfenter à la femme dudit Filaflîer, qui lui difoit des injures, le tort qu'elle avoit de le traiter ainfi et qu'il n'iroit plus chez elle, ladite femme FilafFier s'ed mife à réitérer fes injures en pleine rue, ce qui l'a obligé, pour éviter que cela n'allât pas plus loin, de fe retirer. Dont et de quoi il nous a rendu la préfente plainte.
Signé : Lavigne.
{Archives des Comm., n° 3)61.)
LAVIGNE (la veuve), femme du précédent, dirigea avec Restier le fils, de 1740 à 175 1, la Grande Troupe étrangère, qui représentait des pantomimes aux foires Saint-Germain et Saint-
Lavigne. — Laville. 37
Laurent. Voici les titres des principales pièces qui furent jouées à ce spectacle : Us Dupes, ou Rien n'est difficile en amour, pantomime par Mainbray (3 février 1740); la Fête anglaise, ou le Triomphe de l'Hymen, pantomime, par Mainbray (14 mars 1740); Arlequin et Colombine captifs, ou l'Heureux Disespoir, divertissementpantomime, par Mainbray (3 février 1 741); -4 trompeur, trompeur et demi, divertissement pantomime, par Mainbray (3 février 1742); le Diable boiteux, divertissement-pantomime, par Mainbray (15 février 1742); Chacun son tour, nouvelle pantomime anglaise (3 février 1746); Arlequin chasseur, ou le Service mal récompensé, pantomime (3 février 1747); Arlequin prisonnier et amant préféré, uni par l'amour, pantomime (mars 1747); Arlequin apprenti magicien, pantomime (mars 1747); Arlequin misanthrope, protégé par Pluton, pantomime (juillet 1747); le Sort {^Arlequin, pantomime (juillet 1747) ; Rien n'est difficile en amour, pantomime déjà jouée (3 février 1748); Arlequin misérable délivré par Éole, pantomimt (juin 1748); Arlequin formé par magie et domestique par intrigue (9 février 1749); l'Amant barbare, pantomime (27 juin 1749); les Entreprises amoureuses d'Arlequin, pantomime (23 juillet 1749); Arlequin malheureux par les richesses et Colombine constante, pantomime (3 février 1750) ; Arlequin dans les Iles, ou le Triomphe américain, pantomime (3 mars 1750); l'Anglais dupé par Arlequin (mars 1750); le Jardinier par amour, pantomime (27 juin 1750) ; la Pêche d'Arlequin et les Surprises de Pierrot, pantomime anglaise (14 mars 1731)-
(Dictionnaire dts Thiitres, I, 69, 14$, 189, 208, 221, 230, 244, »54, ajS, 277. 3"; H, 304, 352, 420. S4a ; IV, 483 î V, 217 ; VI, 431, 556, 6si.)
LAVILLE (Jean-Baptiste), acteur du spectacle des Associés en 1787.
Voy, LONGUEVILLE.
LEBEL (les demoîselles), danseuses de corde et actrices dans la troupe dç Nivellon, à la foire Saint-Germain de 1711. L'aînée épousa Évince, sauteur de la môme troupe.
{Mémoires sur les Spectacles de U Foire, I, 124.)
Voy. Evince.
LEBEL, acteur des Variétés au Palais-Royal, a joué à ce théâtre le rôle de Dorval, officier français, dans le Français en Huronie, comédie en un acte, en vers, par Dumaniant, représentée le 30 avril 1787.
(Brochure intitulée : îe Français en Huronie, Paris, Cailleau, 1787.)
LEBÈRE, exécutait à la foire Saint-Germain de 1777 le concert des Verres de cristal, sur lesquels il jouait toutes sortes de musique, et imitait tous les instruments.
{Journal de Paris, 3 février 1777.)
LEBICHEUR, peintre et acteur de TOpéra-Comique, où il débuta vers 1724. Son emploi était de jouer les rôles à* arlequins ; il contrefaisait fort bien le fameux Thomassin de la Comédie-Italienne. Il mourut vers 1734 ou 1735.
{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, II, 30.)
EBLANC (Silvestre), né en 171 9, entrepreneur de spectacles et directeur d'un jeu de marionnettes en 1750 et 1751.
L'an 1750, le 30 fcptcmbre, huit heures du matin, font venus et comparus en Thôtcl et par-devant nous Antoine-Charles Crefpy, etc., fieurs Denis Petit, marchand mercier-quincaillier; Pierre Frénoir, marchand mercier;
Leblanc. 39
François Joullain, marchand d'eflampes ; François François, marchand mercier, tous demeurant quai de la Mégifferie, paroiffe St-Germain-1'Auxerrois : Lefquels nous ont rendu plainte contre le nommé Sylveftre Leblanc, occupant fur le quai une boutique où pendoit anciennement pour enfeigne : le Roi des Oifeaux, et nous ont dit que, au préjudice des règleraens de police, ledit Leblanc embarraffe la voie publique à un point fi confidérable par les farces et minauderies qu'il fait faire à la porte de la boutique qu*il occupe, qu'il fait auffi fouvent lui-même ce que Ton nomme en termes de foire parades, qu'ils fe voient eux plaignans au rifque d'être volés dans leurs boutiques par le nombre infini de petites gens qui s'amufcnt et pafTent des aprèsdîners entiers à confidérer lefdites parades dudit Leblanc, et qui, lorfque les voitures publiques viennent à paffer, fe précipitent les uns fur les autres, et ne fâchant où fe retirer, entrent dans leurs boutiques continuellement fans qu'ils puiflcnt rien dire, dans la crainte d'être infultés comme il arrive souvent, eux plaignans, leurs femmes et leurs enfans ; ce qui les empêche de mettre aucune marchandife en étalage à leurs portes, ne voulant plus courir rifque d'être pillés et volés comme il arrivoit fouvent. Qu'outre les inconvénicns qui peuvent réfulter de ces amas confidérables de petites gens qui tiennent entre eux des difcours et prennent les libertés les plus indécentes, ils ont remarqué que nombre de filous fe fervent de cette occafion pour fatisfairc leurs mauvais penchans. Qu'il n'y a^pas plus de quinze jours qu'un particulier voulant paffer fur le quai et ne le pouvant qu'avec peine, s'aperçut qu'un drôle lui vouloit prendre fa montre. Et comme d'ailleurs ils ont intérêt, tant pour eux que pour le public, à ne pas fe prêter à de pareils embarras, ils font venus nous rendre la préfente plainte.
Signé : P. Frénoir ; Petit ; François ; Joullain ; Crespy.
(Jrthives des Comm., n« 3390.)
L'an 1751, le jeudi ii mars, neuf heures du matin, en notre hôtel et pardevant nous François Merlin, etc., efl comparu Silvcflre Leblanc, entrepreneur de fpectacles, demeurant quai de la Mégifferie, paroiffe St-Germain-l'Auxerrois : Lequel a dit et déclaré que ce matin à 5 heures il s'efl aperçu que l'on avoit brifé la porte d'une cabane pofée fur des roues qu'il laiffe paffer la nuit ordinairement fur ledit quai, et étant entré dans ladite cabane, il a remarqué qu'on lui avoit volé premièrement un morceau de tapifferie de haute liffe verdure Aubuffon doublée par bande de toile verte tout neuf, contenant deux aunes un quart, im jeu complet de marionnettes, excepté le polichinelle, deux lanternes de verre, deux habits d'arlequin et une paire de culottes d*arlequin, une marque de cuivre, un plat de cuivre, une livre de chandelle et la moitié d'un flambeau ; que lefdits effets à lui volés peuvent
valoir une fomme de 200 livres ; qu'il ne peut foupçonner d'autres perfonnes qui lui aient fait ledit vol que deux particuliers qui ont ci-devant été à fon fervice, d'autant que lefdits deux particuliers ont dit, ily a plufieurs jours, qu'ils avoient un tour à faire avant que la foire finiiïe. Et comme il a intérêt de fe pourvoir et d'empêcher à l'avenir qu'on ne récidive à le voler, il a été confeillé de nous venir rendre la préfente plainte (i).
Signé : Silvestro Bianconi.
(^Archives dts Comm., n» 2222.)
LEBRUN (Marie-Madeleine), née en 1729, danseuse à l'Opéra-Comique, où elle s'engagea pour la foire Saint-Laurent de 1748.
L'an 1748, lé lundi 22 juillet, entre onze heures et minuit, nous Charles- Elifabeth de Lavergée, etc., en exécution des ordres du Roi, en date du 17 du préfent mois, nous fommes tranfporté avec le fieur Jofeph Dunand, confeiller du Roi, infpecteur de police, avec le fieur Pierre Rafron, fcrgent du guet et fon efcouade, de pofte place Vendôme, rue St-Honoré, au-deffus de l'hôtel de Noailles, paroiffe St-Roch, en une maifon où pend pour enfeigne: les Quatre Étoiles, de laquelle eft principal locataire le nommé Chanou, fruitier, et étant monté au premier, dans un appartement à droite, ayant vue fur ladite rue St-Honoré, dont la porte nous a été ouverte par une particulière domeftique, nous avons trouvé dans ledit appartement une demoifelle avec trois particuliers, laquelle particulière, après lui avoir fait entendre le fujet de notre tranfport, nous a dit fe nommer Marie-Madeleine Lebrun, fille, âgée de 19 ans, native de Paris, danfeufe à l'Opéra-Comique, dont elle nous a fait apparoir de fon engagement à icelui, figné : Bigour et Rofzet, en date du 28 juin dernier ; nous déclare que les ci-après nommés l'ont accompagnée en revenant dudit Opéra, occupant ledit appartement où nous fommes : Un defdits particuliers nous a dit fe nommer Éloi DevifTe, académicien du Roi, demeurant rue du Vieux-Colombier, paroiffe St-Sulpice ; un autre, Jofeph Bertrind dit Fribourg, danfeur de l'Opéra-Comique, demeurant fufdite rue, et l'autre nous a dit fe nommer François Bertrind dit Fribourg, danfeur à l'Opéra-Comique, demeurant fufdite rue : Lefquels fieurs Deviffe et Bertrind dits Fribourg frères ont été renvoyés. A l'égard de ladite demoifelle Lebrun, ledit fieur Dunand s'en eft chargé pour la conduire au For-Lévêque de l'or-
(i) Dans l'infortnation qui fut faite en suite de cette plainte, on entendit cotnme témoins : l^ Pierre-Toussaint Martin, praticien de marionnettes chez le sieur Silvestre Leblanc, &gé de 20 ans, demeurant rue Comtesse*d'Artois ; 2** Jean-Eustache Lcclcrc, arlequin du sieur Silvestre Leblanc, Agé de 2$ ans, demeurant quai de la Mégisserie ; 30 Silvestre Leblanc, entrepreneur de spectacle», demeurant à Paris, quai de la Mégisserie, âgé de 3 1 ans.
Lebrun, 41
dre du Roi. Et du confentement de ladite demoifelle Lebrun, la clef de Ton appartement eft reftéc es mains de la nommée Marguerite Dervaux, fa domcftiquc, et après toutefois avoir fait perquifition dans toute la maifon de la perfonne de la nommée Saint-Laurent, et qu'elle ne s'eft pas trouvée. Dont et de tout ce que deflus, nous avons fait et drclTé le préfent procès-verbal. Signé : Madelon Lebrun ; Dunand ; Delavergée ; Rafron.
Interrogatoire de Madeleine Lebrun, au For-VÉvéqtu :
Du mardi 23 juillet 1748, dix heures du matin.
Enquife de fon nom, fumoms, dge, qualité, pays et demeure ?
A répondu, après ferment par elle fait en tel cas requis, fe nommer Marie- Madeleine Lebrun, fille, iigét de 19 ans, danfeufe à TOpéra-Comique et repréfentant les ballets, native de Paris, y demeurante nie St-Honoré, paroiffe St-Roch, et de préfent détenue es prifons du For-rÉvéque.
Enquife de quand elle eft entrée à TOpéra-Comiquc, et qui eft-ce qui lui a procuré une place à ce fpectacle ?
A répondu y être entrée par engagement avec les directeurs le 28 juin dernier ; que c'eft le fieur Thibault, qui tient les regiftres, qui l'y a engagée. *
Enquife ce qu'elle faifoit auparavant d'entrer à ce fpectacle ?
A répondu qu'elle travaillait en linge.
Enquife fi elle a père et mère, et ce qu'ils font et où ils demeurent ?
A répondu avoir père et mère, fadite mère, marchande de marée au cimetière St-Jean, et fon père travaillant fur le port, demeurant rue de la Mortellerie au Heaume.
Enquife combien il y a de tems qu'elle a quitté fes père et mère et pourquoi?
A répondu qu'il y a tout au plus deux ans qu'elle les a quittés pour fe mettre à travailler.
Enquife fi fon travail de linge lui donnoit de quoi vivre, et fi elle n'avoit perfonne qui lui faifoit plaifir ?
A répondu qu'il eft vrai que fon travail ne lui fuffifoit pas pour la faire \'ivre ; qu'elle a eu une perfonne qui l'a entretenue pendant 18 mois.
Enquife depuis quand elle demeuroit avec la demoifelle Saint-Laurent, et comment elle en a eu connoi (Tance ?
A répondu qu'à la fin d'avril dernier, étant perfécutée et pourfuivie par le fieur de Chédeville, qui la voyoit depuis la première femaine du carême dernier, elle fit porter (qs meubles rue Richelieu chez le fieur Godeau, avec d'autant plus de raifon que ledit fieur Chédeville, qui eft marié et a des enfans, vouloit la forcer à aller boire et manger avec fa femme, et coucher dans la même maifon; ce à quoi elle n'a pas confenti. Et dans la maifon dudit fieur Godeau elle y a fait connoiflTancc de la demoifelle Saint-Laurent, qui y demeuroit lors, et ladite Saint-Laurent ayant loué l'appartement qu'elle occupe à préfent, rue St-Honoré près l'hôtel de Noailles, au demi-terme du
dernier quartier, elles y ont été demeurer enfemble dans les meubles d'elle répondante, ladite Saint-Laurent n*en ayant point lors.
Enquife fi cette Saint-Laurent n'eft pas une perfonne du monde ?
A répondu qu'elle n'avoit chez elle qu'un jeune homme, clerc d'un commiflaire, rue Mazarine, ledit clerc, nommé Macé ; Et à l'égard des autres perfonnes qui viennent chez elle, ce font des avocats et procureurs qui y viennent, a-t-elle dit à elle répondante, pour un procès qu'elle a.
Enquife qui e(l-ce qu'un particulier âgé de 50 à 60 ans, qui eft venu chez elle et ladite Saint-Laurent au commencement du mois de juin, fur les onze heures du matin ?
A répondu que c'eft le (leur Chédeville.
Enquife il ce monfieur lui a fait quelques violences ce jour-là ou à ladite Saint-Laurent ?
A répondu que ledit fieur Chédeville étant venu chez ladite Saint-Laurent, où elle répondante logeoit lors, voulut l'emmener dîner au bois de Boulogne, et comme elle ne vouloit point aller avec lui, ni le voir davantage, il fe mit dans une fureur à vouloir fe tuer, tira même à cet effet fon épée, difant : « Je vais me la paffer au travers du corps. » Pourquoi elle répondante et ladite Saint-Laurent fe jetèrent fur fon épée et la lui ôtèrent, et pour éviter plus de bruit et d'efclandre, ladite Saint-Laurent dit à elle répondante d'aller avec ledit fieur Chédeville, ce qu'elle fit, monta avec lui dans un caroffe et fon laquais derrière et furent tout de fuite au bois de Boulogne diner.
Enquife fi elle eft revenue longtems après du bois de Boulogne ce même jour?
A répondu en être revenue trois heures après avec ledit fieur Chédeville jufqu'au pont tournant, et être rentrée feule chez elle.
Enquife fi c'eft ce M. Chédeville qui pafle et repafle cinq ou {vl fois par jour devant la demeure d'elle répondante ?
A répondu que depuis ce jour-là, ledit Chédeville pafle et repafle très-fouvent devant fa demeure et plufieurs fois par jour ; qu'on l'y a môme vu depuis onze heures du foir jufqu'au lendemain trois ou quatre heures du matin avec fon domeftique ; pour raifon de quoi elle répondante a donné il y a environ 15 jours un placet à M. le Lieutenant général de police pour faire ceflcr ledit fieur Chédeville.
Enquife fi le même jour qu'elle a été au bois de Boulogne, avant de monter en carofl[e, elle s'eft fauvée et qui eft-ce qui a couru après elle ?
A répondu qu'en defcendant, au lieu de monter dans le carofl*e, elle a voulu fe fauver chez Chanou, fruitier, et comme elle avoit le pied fur le pas de fa boutique, le domeftique dudit fieur Chédeville l'a prife par le bras qu'il lui a ferré fi fort qu'elle en a eu pendant 1 5 jours marque et douleur audit bras, et la fit monter de force en caroflTe, ledit Chédeville étoit encore dans l'allée.
Enquife qui eft un particulier de même dge ou environ qui, un matin, monta avec elle répondante dans un carofle de place, levèrent la portière de bois fervant de glace à gauche dudit carofle aux approches de l'hôtel de
Lebrun.
M. Bcrrîer, furent jufqu'au devant des Jacobins, où ce particulier defcendit de carofle, entra dans la cour des Jacobins et revint monter dans ledit carofle?
A répondu que le particulier dont cft queftion eft le fieur Berthelin, officier travaillant à la police, qui vint chez Gillet, boulanger rue des Frondeurs, où elle répondante étoit avec ledit Gillet ; et la Saint-Laurent arriva peu après en carolTe chez ledit Gillet pour prendre elle répondante qui, connoiffant ledit (leur Berthelin pour l'avoir vu plufieurs fois chez ledit Gillet, lui conta les mauvaifes manières et procédés dudit fieur Chédeville : et comme elle difoit au fieur Berthelin qu'elle avoit vu pafTer le laquais dudit fieur Chédeville, ledit fieur Berthelin dit, parlant de la Saint-Laurent : « Montons dans le carofle de mademoifelle. » Ce qu'ils firent tous trois, vinrent chez ladite Saint-Laurent où ils ne firent qu'entrer et fortir, remontèrent en carofle dont la portière, du côté de l'hôtel de M. le Lieutenant général de police, fut levée i canfe qu'il y avoit beaucoup de monde à fa porte, rapport au fieur Berthelin et encore afin que ledit fieur Chédeville ne vtt pas elle répondante ; et comme ils avoient vu le laquais dudit fieur entrer dans la cour des Jacobins, ledit fleur Berthelin defcendit de carofle, fut après lui pour lui demander où étoit fon maître, et le laquais s'en fut difant que fon maître n'avoit que faire i lui : et étant remonté en carofle ils aperçurent vers St-Roch ledit fieur Chédeville, continuèrent leur chemin jufqu'à la rue des Frondeurs où ledit fieur Berthelin defcendit de carofle pour retourner aux Jacobins chercher ledit fieur Chédeville, et elle répondante et ladite Saint-Laurent s'en furent cloître Notre- Dame pour raifon du procès de ladite Saint-Laurent, ce qui étoit un dimanche.
Enquife fi elle a vu plufieurs fois ledit fieur Berthelin depuis ce tems ?
A répondu ne l'avoir pas vu depuis finon une fois qu'elle pafloit en carofle et que ledit fieur Berthelin lui dit : « J'ai vu M. Chédeville, il eft fou de vous et veut vous voir à toutes forces. » Obferve que depuis ce tems ledit fieur Chédeville lui a écrit et envoyé plufieurs lettres qu'elle lui a renvoyées ou déchirées en préfence du porteur fans les lire ; que le jour d'hui, comme die étoit à rOpéra-Comique, ledit fieur Chédeville lui a fait donner plufieurs paires de bas de foie et un bouquet, et ce par une femme par laquelle elle a ùât remporter le tout ; lui a fait propofer dimanche dernier par cette même femme de fe trouver chez la nommée Paris, qui eft une femme commode où il fe fait des parties de plaifirs ; que cette femme lui a dit que c'étoit le fieur Chédeville, mais de ne pas le dire à elle répondante, de lui dire au contraire que c'étoit un étranger qui vouloit la voir et lui feroit de beaux préfens, ce qu'elle répondante a refufé, et fupplieroit M. le Lieutenant de police de vouloir faire en forte que ledit fieur Chédeville, demeurant rue Saintonge au Marais et ayant femme et enfans, la laiflc en repos et tranquille.
Enquife fi elle n'a jamais été arrêtée ?
A répondu qu'elle ne l'a jamais été que cette fois.
Signé : Madelon Lebrun ; Delavergée.
{Arthivts iés Comm.t n« 5028.)
X^EBRUN (M"*^), actrice chez Gaudon en 1761. Voy, Gaudon (10 juin 1761).
EBRUN (Louis-Simon GONDET, dit), acteur du spectacle des Variétés- Amusantes en 1779.
Lundi 23 août 1779» i heure du matin.
Louis-Simon Gondet dit Lebrun, acteur du fpectacle des Variétés-Amufantes, demeurant rue St-Denis, arrêté par Georges Perrin, caporal de la garde de Paris, de pofte au marché St-Martin, à la réquifition du fieur Malter, Tun des directeurs dudit fpectacle, pour avoir manqué fon fervice aujourd'hui à la foire et au boulevard (i).
Pourquoi nous l'avons envoyé de police au For-rÉvêqùe.
{Archives des Comm.f n« Soai.)
L ECLAIR (Claude), acteur du spectacle de Nicolet. En 1762, "lors de l'incendie qui détruisit la foire Saint-Germain, Leclair perdit toute sa garde-robe théâtrale, restée dans la loge de Nicolet devenue la proie des flammes. Il demanda alors aux syndics de la foire une indemnité de 476 livres, et ceux-ci lui accordèrent une somme de 300 livres. Plus tard, Leclair forma une troupe de comédiens avec laquelle il alla donner des représentations en province.
{Archives des Comtn.^ n<> 8$3. — Lt Chroniqueur désoeuvré, II, 51.)
Voy, Paul (Gabriel).
LECLERC (Jean-Eustache), né en 1726, acteur forain et arlequin de la troupe de Silvestre Leblanc, entrepreneur de spectacles en 175 1.
Voy. Leblanc.
(t) On jouait ce soir-li, aux Vâriétis-Arousantes, à la Foire : Janoi, ou les Battus payent /'«mende, pièce de Dorvigny, précédée de 1 Ambigu tragique, par Fonpré de Fracansalle, et du Villageois qui cherche son veau. Après souper, au boulevard : les Battus payent l'amende, précédé de VAmhigu tragique^ avec un divertissement.
LicluT^e de Thilloy. 45
LÉCLUZE DE THILLOY (Louis), né en 1711, acteur forain et entrepreneur de spectacles, débuta au théâtre de rOpéra-Comique, à la foire Saint-Germain de 1737, et y resta jusqu'en 1745, époque de sa suppression momentanée. Il a joué à ce spectacle entre autres rôles : le charbonnier dans l'Assemblée des Acteurs, prologue de Panard et Carolet (21 mars 1737) ; un hrouetteur, dans le divertissement joué à la suite de la Fête infernale, opéra comique en un acte, par Laffichard et Vallois d'Orville (4 août 1737) ; Nicolas dans la Fête de Saint-Cloud, opéra comique en un acte, de Favart, repris plus tard sous le titre des Bateliers de Saint-Cloud (10 septembre 1741); un porteur d'eau, dans la Fontaine de Sapience, opéra comique en un acte, de Laffichard et Vallois (28 août 1743); ^^ calotin, dans le prologue de V Ambigu de la Folie, ou le Ballet des dindons, parodie en quatre entrées, par Favart, et Adario, sauvage, dans l'acte III de la même pièce (3 1 août 1743) > Lucas dans l'Astrologue de village, parodie en un acte, de Favart (5 octobre 1743), ^^ 1^ ^^1^ d'un jardinier, dans la reprise des Jardins de l'Hymen, ou la Rose, opéra comique en un acte, avec un prologue, par Piron (28 juin 1744). A propos de cette pièce et du rôle qu'y remplit Lécluze, on lit dans le Dictionnaire des Théâtres l'anecdote suivante, qui prouve l'ancienneté des scènes jouées dans la salle. « Le dimanche 28 juin 1744, rOpéra-Comique ouvrit fon théâtre par cette même pièce (les Jardins de l'Hymen) ; elle étoit précédée de la Statue animée, ou Pygmalion remis fous ce titre. Le dimanche 12 juillet fuivant, ces deux pièces furent données gratis au public, en rèjouiflance de la prife de Furnes. Tout fe pafla fans confufion et au grand contentement d'une multitude de peuple du faubourg et de la ville; ce fpectacle commença à une heure et finit à trois. » — « Ce divertiffement populaire, dit l'auteur du Mercure de France (août 1744, p. 1866), fut encore marqué par quelques circonfiances auffi fingulières qu'inattendues. Une marchande bouquetière voulant contribuer en quelque chofe à la fête que l'on donnoit fur ce théâtre, s'y rendit et fit porter plufieurs corbeilles
remplies de toutes fortes de fleurs et de bouquets qu'elle préfenta à cette nombreufe affemblée qui fut très-bon gré à la marchande de cette galanterie. Après la repréfentation de la première pièce, un acteur de la troupe s'avança fur le bord du théâtre pour annoncer aux fpectateurs qu'ils ne pouvoient pas donner la féconde pièce qu'ils avoient promife, l'acteur qui devoit remplir un des rôles fe trouvant indifpofé, et qu'ils étoient tous très-fàchés de ce contre-tems. Le fieur Lécluze, acteur des plus comiques de ce même théâtre, avoit pris la précaution de fe placer comme fpectateur, pendant la première pièce, dans une des premières loges en habit de jardinier, confondu avec toute forte de gens de tous états ; toute l'affemblée fe récria fort fur cette annonce de ne pas jouer la pièce promife ; le feint jardinier fe lève comme tous les autres et dit qu'on prétendoit que la pièce fût jouée, avec tant d'art et d'apparence de vérité que tous les fpectateurs donnèrent parfaitement dans l'illufion. L'acteur qui avoit déjà fait l'annonce propofa enfin au feint jardinier, qui étoit toujours dans fa loge, de vouloir bien fe charger du rôle de l'acteur malade puifqu'il en avoit l'habit. Le défi fut accepté, le fuppofé jardinier quitta fa place pour pafler au théâtre et joua fon rôle, avec l'applaudiffement de toute l'affemblée. » Lécluze a prononcé aussi le compliment composé par Panard pour la clôture du spectacle de l'Opéra-Comique à la fin de la foire Saint-Germain, le 13 avril 1737. Lorsque le théâtre sur lequel il avait eu de brillants succès fut momentanément fermé en 1745, Lécluze se fit dentiste, et son habileté dans cet art lui procura bientôt une nombreuse clientèle. Il fut même nommé chirurgien-dentiste du roi de Pologne. En 1760, il était à Ferney, chez Voltaire, et y donnait des soins à M'"*' Denis; sa présence dans la maison de l'auteur de la Henriade, au moment où M"* Corneille venait d'y être recueillie, fut cause que Fréron écrivit un article où il déplorait l'éducation qu'allait recevoir dans un pareil milieu la petite-nièce de Pierre Corneille. Voltaire en eut connaissance, et il écrivit à ce sujet à Lebrun le 30 janvier 1761 ces mots : « Le fieur Lécluze qui n'a-
LicluTie de Thilloy. 47
voit certainement que faire à tout cela fe trouve infulté dans la même page. Il eft vrai qu'étant jeune il monta fur le théâtre, mais il y a plus de 25 ans qu'il exerce avec honneur la profeffion de dentifte. Il eft faux qu'il loge chez moi ; il y eft venu il y a un an pour avoir foin des dents de ma nièce. Je le traite, dit-il (Fréron), comme un frère et il infinue que je ne fais nulle différence entre une demoifelle de condition du nom de Corneille et un acteur de la foire. J'ai reçu M. de Lécluze avec amitié et avec la diftinction que mérite un chirurgien habile et un homme très-eftimable. Il y a d'ailleurs quatre mois entiers qu'il n'eft plus chez moi et qu'il exerce fa profeffion à Genève, où il eft très-honorablement accueilli. » Voltaire ne se borna pas à cette lettre, il fit signer encore à Lécluze une procuration qu'il envoya à Lebrun, et dans laquelle il le chargeait d'intenter en son nom un procès en calomnie à l'auteur de Y Annie littéraire; mais ce procès n'eut pas lieu, et l'affaire en resta là. En 1778, Lécluze ouvrit à la foire Saint-Laurent un théâtre qui devait s'appeler plus tard les Variétés-Amusantes, et y fit représenter des pièces du genre poissard, dans le goût de celles de Vadé, et où lui-même, malgré ses soixantesept ans, jouait encore avec verve et gaîté. Malheureusement les entreprises théâtrales exigent beaucoup de fonds et Lécluze avait peu d'argent. A peine la salle où il comptait définitivement s'installer sur le boulevard était-elle construite qu'il fit faillite, et dut se retirer avec 44,822 livres de dettes et se réfugier au Temple, asile inviolable ouvert alors aux débiteurs insolvables. Deux danseurs de l'Opéra, Malter et Hamoire, (i) lui succédèrent dans la direction de son théâtre, auquel ils donnèrent le nom de spectacle des Variétés-Amusantes et durent, pour entrer en possession, s'engager : I® à payer ses dettes ; 2° à lui faire une pension de 4,000 livres, et 3" à lui donner une gratification particulière toutes les fois que Ton jouerait le Postillon, pièce qu'il avait composée et
(1) Malter et Hâraoire ne gardèrent la direction des Variétés que jusqu'en 1784, époque où ils furent évincés par Gaillard et Dorfeuille, cessionnaires du privilège des spectacles forains attribué par le roi A TOpéra. C'est en vain qu'ils réclamèrent et qu'ils firent un procès ; ils le perdirent et Imrciit rainés.
dans laquelle il excellait comme acteur. Lécluze vécut alors tranquille, et mourut en 1792, à l'âge de 81 ans. Il avait été marié, et sa femme, née en 171 5, se nonmiait Jeanne Maupas.
(Rtg, du Conseil d'Etat, "E, 2614. — Archives des Comm,, n<*250i. — Dictionnaire des Théâtres, I, 97, 315, 320, 389 ; II, 547, 612 ; III, 119, 172. — Mémoires secrets, XII, 26, 41, s8, 79, 104, 147 ; Xm, 317, 374 ; XIV, 2a. — Voltaire-Beuchot, LIX, 243, 282, 286. ~ Biographie Didot.)
L'an 1778, le dimanche 15 novembre, huit heures du foir, eft comparu en rhôtel et par-devant nous, Nicolas Maillot, etc., fieur Barthelemi-Jacques Hochereau, officier de la garde de Paris : Lequel, commandant cejourd'hui la garde pofée au fpectade du fieur Lécluze, maître de fpectacle, rue de Bondi, faubourg St-Martin, a vu qu'un acteur dudit fieur Lécluze lui réfifloit beaucoup fur ce que ledit fieur Lécluze lui difoit d*étre tranquille et de faire filence. Qjae cela a pafTé à de plus gros mots de la part de cet acteur parlant à fon directeur ; pourquoi et à la réquifition dudit fieur Lécluze, il a arrêté cet acteur et Ta conduit par-devant nous où ledit fleur Lécluze efl aufli venu pour
faire fa déclaration.
Signé : Hochereau.
Eft auffi comparu fieur Louis Lécluze de Thilloi, maître de fpectacle, rue de Bondi, boulevard St-Martin, y demeurant : Lequel nous a déclaré que ce foir dans un entr'acte, le fieur Georges, danfeur de fon fpectacle, avec lui engagé par écrit jufqu'au i«' août prochain, a pris le parti de fauter, danferet même chanter fur le théâtre ; ce qui faifoit un certain bruit et donnoit occafion aux autres acteurs et actrices qui étoient aulli fur ce même théâtre d*en faire autant ; que lui comparant a été â lui et lui a dit de fauter légèrement et de ne pas chanter, parce que cela faifoit du bruit et caufoit indécence. A quoi il lui a répondu d'un ton goguenard : « Allons donc I Vous badinez I » Et que lui ayant dit qu'il ne badinoit pas, il lui a rétorqué à peu près les mêmes chofes en jui ajoutant qu'il n'y avoit pas de réponfe à faire à cela et a fuivi avec un ton impérieux : « Au furplus, monfieur, il n'y a pas tant de raifons à faire. Si vous n'êtes pas content, rompons notre engagement. » Et enfin a pouffé le comparant au point qu'il n'a pu s'empêcher de requérir le fieur Hochereau, d'arrêter ce particulier et de le conduire par-devant nous, où il eft auffi venu pour nous faire la préfente déclaration ; en nous ajoutant qu'il ne pourroit ni tenir, ni fuffire, fi fes acteurs paffi)ient à pareil
ton d'impertinence envers lui.
Signé : Lécluze de Tilloy.
Avons enfuite fait comparoîtrc le particulier arrêté, lequel fur les interpellations par nous à lui faites, nous a dit fe nommer Jofeph Georges, natif de Paris, âgé de 30 ans, acteur pour la danfe chez ledit fieur Lécluze, engagé
Lefèvre. 49
effectivement avec lui par écrit jufqu'au mois d'août prochain, demeurant
chez fon père, imprimeur place Maubert. Nous a ajouté qu'à la vérité il a
répondu un peu cavalièrement audit fieur de Lécluze qui lui difoit de ne pas
faire de bruit fur le théâtre, mais il n*a pas eu l'intention de l'infulter. Lui
a même auffî dit que, û il n'étoit pas content de lui, il n'avoit qu'à calTer fon
engagement.
Signé : Georges.
Sur quoi nous commifTaire, etc., attendu que ledit Georges a été des plus impertinens vis-à-vis ledit fleur -Lécluze qui ne lui demandoit que de la tranquillité et que cela ne peut caufer qu'un très-grand dérangement et un trèsmauvais ordre dans ce fpectacle, nous avons laifTé ledit Georges es mains dudit fieur Hochereau pour par lui le conduire de notre ordonnance èsprifons du For-l'Évéque (i).
Signé : Hochereau ; Maillot.
(Archives des Comm.t n** }78{.)
Voy, Lemercier ; Malter (François-Duval) ; Toussaint.
LEFÈVRE (Etienne), né en 1680, voltigeur et danseur de corde, était attaché au jeu d'Alard, à la foire Saint-Germain de 1702. A la foire Saint-Laurent de 1 714, il faisait partie de la troupe de Saint-Edme.
Voy, Fort-Samson ; Regnault.
LEFÈVRE, acteur de TOpéra-Comique, où il débuta à la foire Saint-Laurent de 1736. Il a joué les rôles de Scaramouche, dans Arlequin chirurgien de Barbarie, parade composant la première partie de l'acte I*' de V Histoire de l* Opéra-Comique, ou les Métamorphoses de la foire, par Lesage (27 juin 1736) ; Clitandre dans la Fête de Saint-Cloud, opéra comique en un acte, de Favart (10 septembre 1741), et Tacmas, prince persan, dans Tacte IV de V Ambigu de la Folie, ou le Ballet des dindons, parodie en quatre entrées, de Favart (31 août 1743).
{Dictionnaire des Thiilres, I, 98, 209, 389 ; II, 498.)
(i) On jouait ce soir-U au spectacle de Lécluze : la y représentation de V Amour au Village, au le Villageois qui cherche son veau, précédé de Madame Engueule, ou les Accords poissards, comédieparade, de Boudin, et suivi du Bouquet d'amour, avec un ballet pastoral, et la Double Couronne quadrille figuré.
Sp. — II. 4
LEFÈVRE (M"*), actrice foraine, fit d'abord partie de la troupe de Dolet et Delaplace, qu'elle quitta à la fin delà foire Saint-Germain de 1724 pour entrer à l'Opéra-Comique, où elle débuta à la foire Saint-Laurent suivante, par le rôle de la bourquetière dans le Déménagement du théâtre des Comédiens-Italiens, prologue de Fuzelier, représenté le 25 juillet 1724. M"* Leffevre quitta rOpéra-Comique après la foire Saint-Laurent de 1728.
{Mémoires sur Us Spectacles de U Foire, II, ai. — Dictionnaire des Théâtres, II, 267.)
EFÈVRE (M"*), danseuse de TOpéra-Comique, parut à ce théâtre pendant la foire Saint-Laurent de 1736.
{Mémoires sur Us SpeclacUs de Ui Foire, II, 1 16.)
EFORT (Jean-François-Antoine), né en 1759, était en 1779 acteur au spectacle des Élèves de l'Opéra.
Du mardi 22 juin 1779, ^ ^*^P^ heures du foir, au corps de garde des Élèves.
Jean-François-Antoine Lefort, âgé de 20 ans, acteur des élèves pour la danfe de TOpéra, a manqué à fe rendre aujourd'hui à l'heure convenable quoiqu'il dût jouer dans la première pièce. Il a fait attendre plus d'ime demiheure et cela a caufé de la rumeur. Nous étant informé pour favoir ii effectivement Ton avoit pris la précaution de fe rendre certain de l'arrivée de tous les acteurs, il nous a été dit que non ; pourquoi nous avons recommandé aux régiffeurs de ce jeu de s'en rendre certains à l'avenir pour ne pas occafionner pareille rumeur. Qu'aujourd'hui et attendu qu'il nous a été certifié de l'exactitude ordinaire dudit Lefort, nous l'avons fait relaxer à la condition que cela ne lui arriveroit plus (i).
{Archives des Comm., n? 378e.)
(i) On jouait ce soir-là au spectacle des Élèves : l'Hymen et le DUu jaune, par Beaunoir, pré> cédé de : // n'y a pas d'éternelles douleurs, et suivi de la Pantoufle, pièce de Parisau» et de V Ingratitude, scène lyrique. Lefort avait un rôle dans // n'y a pas d'éternelles douleurs.
LeforL — Léger. 51
EFORT (Pierre), acteur du spectacle des Associés en 1785.
Jeudi, 19 mai 1785, onze heures trois quarts du foir.
Pierre Lefort, acteur des Affociés, demeurant rue du Pont-au-Choux, arrêté par Jean Dufault, fergent, à la réquifition du fieur Hémcri, marchand limonadier, rue de Bretagne, pour l'avoir infulté chez lui. Relaxé.
(Archiva des Comm., no soaa.)
Jeudi, 25 août 1785, huit heures du foir.
Pierre Lefort, acteur des Affociés, arrêté par Claude Gamier, fergent, à la réquifition de Jean-Baptifte Gamcron, employé aux fermes, demeurant rue de Montorgueil, pour lui avoir donné un fouÉet. Relaxé.
{Archives des Comm., vtP $022.)
EGENDRE, entrepreneur de spectacle à la foire Saint-Ovide de 1777.
(Archives des Comm., d° i$o8.)
LÉGER, figurant de TOpéra-Comique, débuta à ce théâtre à la foire Saint-Germain de 1745, par le rôle de la moitié d'un bœuf dans Thésée, parodie en un acte, de Favart, Parmentier et
L C'est des Boulmiers qui nous donne ces détails dans son
Histoire de l' Opéra-Comique, où il s'exprime en ces termes : « Un nommé Léger, domeftique de Favart, animé par l'amour des arts et voulant fe confacrer au théâtre, débuta dans la parodie de Théfée à la foire Saint-Germain (1745) par la moitié d'un bœuf. Pour faire entendre ceci, il eft néceflaire d'expliquer que dans le triomphe de Théfée, la monture de ce héros étoit le bœuf gras.
figuré par une machine de carton qui fe mouvoit au moyen de deux hommes renfermés dans l'intérieur, le premier debout mais un peu incliné ; le fécond la tête appuyée fur la chute des reins de fon camarade. Léger obtint la préférence pour le train de devant. Gonflé d'aliments et de gloire, il lâcha une flatuofité qui penfa fufFoquer fon collègue. Celui-ci, dans fon premier mouvement, pour fe venger de l'efiet fur la caufe, mordit bien ferré ce qu'il trouva fous fes dents ; Léger fit un mugiffement épouvantable ; le bœuf gras fe fépara en deux : une moitié s'enfuit d'un côté, une moitié de l'autJîe, et le fuperbe Théfée fe trouva à terre étendu de fon long. On eut beaucoup de peine à continuer la pièce. A peine étoit-elle achevée que l'on entendit une grande rumeur; c'étoit Léger, qui, prétendant que fon camarade lui avoit manqué de refpect, fe gourmoit avec lui fur le cintre. Après avoir difputé fur la prééminence du train de devant et du train de derrière, ils en étoient venus aux coups. Le pauvre Léger penfa en être la victime: il tomba du cintre; mais par bonheur il fut accroché par un cordage qui le fufpendit à vingt pieds de haut. »
{Histoir* du thiâtrt dt l'Opira'^Comiqut, I, 4 $7.)
LÉGER (Jean-Marie), danseur forain, fit d'abord partie de la troupe de l' Ambigu-Comique, puis entra au théâtre des Grands-Danseurs du Roi en juin 1780. Il a exécuté à ce théâtre la danse du Sabotier dans le Sabotier, ou les Huit sols, comédie en prose par Landrin, représentée le 15 septembre 1781.
(Journal de Paris, 15 septembre 1781. -^ Catalogue de M. dtSoleimnt, in.)
Vendredi, 2 juin 1780, 6 heures du foir.
Jean-Marie Léger, danfeur du fpectacle d*Audinot, arrêté par le fieur Cochois, officier, à la réquifition du (leur Regnard de Pleinchefne, co-directeur dudit fpectacle, pour avoir volé une bourfe de foie puce dans laquelle il y
Léger. — Legrand. 53
avoit 48 livres et trois médailles d'argent de la valeur de 12 livres, à la femme Tooflâint.
Attendu que l'objet a été rembourfé par le père dudit Léger, nous l'avons envoyé de police au Petit-Châtelet.
{Archiva des Comm., n® S^»*)
Jeudi, 3 août 1780, 10 h. 1/2 du foir.
Jean-Marie Léger et Jean-Baptifte Guérot, danfeurs de Nicolet, arrêtés par le fieur Gabriel, officier de la garde de Paris, pour avoir manqué leur fervice. Pourquoi nous les avons remis à Jean-Jacques Tirimont, fergent de la garde de Paris, pour les conduire au For-l'Évéque (i).
{Archives des Comm,, n« $0X2.)
ÉGER (Louis), acteur du spectacle des Associés en 1783.
Mardi, 9 décembre 1783, 5 heures et demie du foir.
Louis Léger, acteur des Aflbciés, arrêté par Jean-Jacques Leterlin, caporal, i la requête de Louis-Gabriel Salle, directeur, pour avoir manqué au fpectade. Relaxé.
{Archives des Comm., n» 5022.)
ÉGER (M"*), actrice des Grands-Danseurs du Roi en 1772
{Almanach forain, 1773.)
LEGRAND (Charles), joueur de marionnettes, faisait voir, en 1689 ^ ^ foî^^ Saint-Laurent, un lièvre savant.
L'an 1689, le 19 feptembre, de relevée, font venus en Phôtel de nous, Jean David, etc., Charles Legrand, joueur des Menus-Pplaifirs, Louife Mouchet, iz femme, et Pierre Delatour, leur garçon : Lefquels nous ont fait plainte et
(1) Voici quel était, le 5 août 1780, le programme da spectacle des Grands-Danseurs do Roi : la Danse de corde ; l'Exercice du drapeau ; la Passe du chapeau en jouant du violon, exécutée par Pkdde ; rÊqutlibrc de la planche et des serpentaux, par le Petit-Diable ; le Défi des sauts du lion, par k« Sauteurs ; le grand Saut du tremplin de la double hauteur, par Dupuis ; le Saut du tremffii «t des tonaeaas, par le Petit-Diable ; les Sauts du tremplin et du ruban, par Placide ; Lison met femt, pièce nouvelle avec un divertissement ; h Minage du savetier, pièce de Taconet, et les Mùamtfhoses i^ Arlequin, pantomime à machines.
dit que, le mercredi fept des préfens mois et an, quatre à cinq heures de relevée, feroieni venus en leur loge à la foire St-Laurent, fous prétexte de voir le divertiflement de voir battre la caiffe au lièvre des plaignans, deux particuliers, pour lors à eux inconnus, et qu'ils ont appris être clercs de procureurs, dont Tun fe nomme Quilvot ; lefquels particuliers, à Tinilant qu'ils auroient été entrés, auroient voulu obliger ledit Legrand de faire jouer fon lièvre à leurs pieds. Que leur ayant dit que ce n'étoit pas l'endroit ordinaire et qu'ils pouvoient prendre place, lefdits accufés jurant, reniant, blafphémant le saint nom de Dieu, mettant la main fur la garde de leurs épées, auroient dit qu'ils vouloient qu'il fît jouer ledit lièvre à leurs pieds, finon qu'ils lui don-
neroient cent coups, qu'il étoit un b de chien, un coquin et fripon. Que
ledit Legrand, pour éviter le bruit, auroit dit à fadite femme de rendre l'argent aux accufés afin qu'ils les laifTaflent en repos, ce qu'elle auroit fait ; et
en ce faifant, l'auroient traitée de b , de g.... et de p , porté quelques
coups de poing, même fait des efforts pour porter des coups de canne audit Legrand. Qu'à la fortie de ladite loge, lefdits accufés auroient donné plufleurs coups de canne audit Delatour, en forte que, fans le fecours de plufieurs perfonnes, ils l'auroient tué ; difant lefdits accufés en fe retirant que les plaignans n'en étoient pas quittes et qu'ils le paieroient tôt ou tard. Et comme ce procédé paroît n'avoir été fait qu'à plaifir par les accufés, pouffes fans doute par des ennemis âi^s plaignans, etc., ils font venus nous rendre
la préfente plainte (i).
Signé : David.
(^Archives dts Comm., n'' 3820.)
LEGRAND (Antoine), n6 en 1666, maître à danser et danseur chez Alexandre Bertrand à la foire Saint-Laurent de Voy. DuMousTiER (Charlotte).
LEGRAND (M"0, actrice de rOpéra-Comique, étaitlafyiede Marc-Antoine Legrand, acteur de la Comédie-Française, qui la fit débuter sur ce théâtre en 1725 ; elle y resta jusqu'en 1730, et à la foire Saint-Germain de 173 1 elle entra à TOpéra-Comique. Ses débuts, qui eurent lieu le 12 février, furent très-brillants ; elle
(i) Dans rinformation qui fut faite ensuite de cette plainte, par le commissaire David, on entendit entre autres témoins : Susannc Quetteville, fille majeure, demeurant A Paris, rue Montmartre, vis-à-vis la rue Saint-Pierre, âgée de 28 ans, montrant à la foire Saint-Laurent la Téit parlaatt, en société avec le nommé Cadet.
Legrand. 5 5
jouait Lucile dans la Fausse Ridicule, opéra comique en un acte, de Panard et Fagan, et le principal rôle dans VEsclavage de Psyché, opéra comique en trois actes, des mêmes auteurs. Avant la représentation elle prononça le compliment suivant, qui fut trèsbien accudilli :
a Meilleurs,
« Mon étoile nr'a deffinée au théâtre ; c*efl: ma vie, c*efl: mon élément, je ne puis m'en éloigner.
Air : Non, je ne ferai pas.
Il n'eft pas de plaiûr, il n'eft pas d'avantage Qui puifîent me flatter comme votre fuâBrage, Tout effort ne peut rien contre un penchant fi doux, C*eft le fort de mon fang de s'enflammer pour vous.
a II ne £aut donc pas s'étonner du parti que je prends aujourd'hui ; on ne doit pas non plus m'en blâmer, tous théâtres font théâtres.
Air : Je (aime, ma Claudine,
Par le zèle fmcère Par le fidèle amour, Je demande et j'efpère De vous quelque retour.
Mon cœur, j'ofe le dire, N'eft pas accoutumé Au rigoureux mart3rre.
D'aimer fans être aimé.
« Voilà ce que j'ai à vous demander pour moi ; à l'égard de rOpéra-Comique, il vous prie, Meffieurs, de ne pas l'abandonner dans un tems où il a befoin de vous plus que jamais, le terme qui lui eft prefcrit n'étant pas bien long cette année.
Air : Tant de valeur et tant de charmes.
Nos jeux ne feront pas durables.
Nous n'avons que très-peu de jours.
Puifqu'on les a rendu (i courts, Songez donc à les rendre aimables.
« Je ne puis trop vous prier d'y revenir fouvent, car qu'eft-ce qu'un fpectacle quand vous l'abandonnez ?
Air : Flus inconftant que Vonde et le nuage.
On n'y voit plus qu*un confus affemblage.
Ballets manques, machines fans reflbrts.
La danfeufe pert courage,
L'orcheftre n'eft pas d*accord ;
L* auteur fait rage,
L* acteur s'endort.
Prévenez ces malheurs,
Et fi la Foire efl un pafTage,
Sur ce palTage au moins femez des fleurs.
M"* Legrand joua encore les rôles d'Isabelle déguisée en arlequin dans Isabelle Arlequin, opéra comique en un acte par Panard, Pontau et Fagan, représenté le 3 mars 173 1, et repris le 7 mars 173 5 ; ceux d'Angélique et d'Hortense dans le 2* et dans le 3* acte de la France galante, opéra comique en trois actes par Boissy, et celui de Bélise dans V Académie bourgeoise, opéra comique en un acte, de Panard, représenté le 3 février 1735. Cette charmante actrice quitta l'Opéra-Comique à la fin de la foire Saint-Germain de i73S> pour se rendre à Amsterdam, où elle mourut en juin
{Dictionnaire des Théâtres, I, $ ; II, 489, 64$ •$ III, 36, 206 ; IV, 268.)
EGRAND, acteur des Grands-Danseurs du Roi en 1781.
Voy. RiBiÉ (6 octobre 1781).
LELEU, entrepreneur d'un spectacle d'animaux, établi sur l'ancien chemin de Pantin et appelé le Combat d'animaux féroces, eut l'idée, en 1780 et 1781, d'y représenter des courses et combats de taureaux avec des toréadors. La police défendit ce dernier exercice, le regardant comme trop dangereux, bien que
Lelièvre. 57
reotrepreneur eût pris soin de faire saigner copieusement le taureau à l'avance, de manière à le présenter presque inanimé dans l'arène. Leleu en fut donc réduit à des combats d'animaux entre eux, qu'il annonçait en ces termes : « Il y aura aujourd'hui fur l'ancien chemin de Pantin, un grand combat d'un vigoureux ours des monts Pyrénées contre les dogues, fuivi d'un hourvari ou bacchanal récréatif de plufieurs Peccata (i) caparaçonnés d'artifice. Ce combat fera devancé de ceux des dogues, de celui de la louve fans pareille, de la chaffe du fanglier, qui fera coiffé par de jeunes bouledogues anglois, du manège du petit cheval corfe et enfuite du hourvari ou bacchanal récréatif; le tout terminé par l'enlèvement du bouledogue anglois au miUeu d'un double feu d'artifice. On commencera à 5 heures et demie. »
(^Journal de Paris, 24 mai, 17 novembre, 8 décembre 1781. — Mimoius sterets, XVII, 132.)
LELIÈVRE, aaeur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où il entra pour jouer la parade, aux appointements de dix sols par jour, remplissait dès 1772 l'emploi des valets. Il a joué entre autres rôles : le chevalier de Vacarmini dans Madame Tiniamarre (18 juillet 1780); Scaramouche dans l'Heureux désespoir (20 juillet 1780), et le corsaire dans le Calendrier des Vieillards (7 juin 1783). En 1784, Lelièvre entra au spectacle des Variétés- Amusantes, et a joué à ce théâtre le rôle de Rhadatnante, juge des Enfers, dans les Caprices de Proserpine, ou les Enfers à la moderne, pièce épisodi-comique en un acte, en vers, parPujoulx, représentée le 16 juin 1784. Un pamphlet du temps, le Chroniqueur désœuvré, s'exprime en ces termes sur le compte de ce comédien alors qu'il était chez Nicolet : « Ce mauvais acteur, qui depuis 1 5 ans eft à ce fpectacle, n'a fait chaque jour que devenir plus déteftable. Une querelle élevée entre lui et fon directeur le contraignit de
(1) On aosaiait ainsi le combat d'un &ne contre des chiens.
s'abfenter de ces tréteaux pour une année, pendant laquelle il eut aflez de protection pour obtenir un ordre de début pour les Italiens. Quelques-uns de fes amis lui confeillèrent pour fon honneur de n'en point profiter, c'étaient de vrais amis. Il fe vit par ce moyen forcé de rentrer chezNicolet, et fa femme aux Variétés, voyant qu'ils mouraient de faim à faire jouer les marionnettes à Verfailles et aux foires. » Et plus loin : « Lelièvre a jadis eu quelque talent dans les Livrées, mais depuis les explofions du mercure qui l'ont totalement énervé, abattu fon courage et par-deffus tout eftropié, c'eft un très-mince fujet. »
{Almanach foraint 1773, 1775 • — Journal i* Paris, x8, 20 juillet Z780 ; 7 juin 178). — Le Chroniqueur ditauvri, I, 74 ; II, 77. — Brochure intitulée : les Caprices de Prê' serpine. Paris, Cailleau, 1785 •)
Voy. Durand (Marie-Madeleine-Antoinette).
LELIÈVRE (M"« REBECQUI, femme), femme du précédent et fille de Rebecqui, entrepreneur de marionnettes et directeur du spectacle des Fantoccini italiens, était attachée au théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1772, 1773 et 1774. Elle y jouait les rôles à caractère, et paraissait dans les ballets. En 1780, elle était engagée aux Variétés-Amusantes et y jouait les duègnes; on s'accordait généralement à la trouver détestable actrice et incompréhensible dans son langage, à cause de son accent italien.
(^Almanach forain, 1773, 177$* — Lt Chroniqueur désauvré, I, 74 ; II, 78.)
Voy. Durand (Marie-Madeleine- Antoinette).
LEMAIRE, acteur du théâtre de Dolet et Delaplace à la foire Saint-Germain de 1724, avait un rôle dans le Claperman, opéra comique en deux actes, de Piron, représenté le 3 février de cette même année.
(J)ietionnaire des Théâtres, II, 98.)
Lemercier. 59
LEMERCIER, directeur du spectacle des Variétés-Amusantes en société avec Malter et Hamoire en 1779, dépossédé en 1783 par Gaillard et Dorfeuille.
Sur la requête préfentée au Roi étant en fon Confeil par le fieur Lemercier, ancien officier chez Sa Majcflé, contenant qu'il ne peut être que le fuppliant demeure plus longtems dans la plus extrême des détreffes quand toute fa fortune eft entre les mains de fes adverfaires ; il eft au moins jufte que dans cet état fâcheux il obtienne une provifion alimentaire jufqu*au jugement des conteftations d'entre les parties.
Le fuppliant poffédoit avec les fleurs Malter et Hamoir l'entreprife du fpectacle des Variétés-Amufantes. Le fieur Léclufe, qui exploitoit ce fpectacle avant eux, étant hors d'état de fe foutenir, ces trois particuliers furent agréés par le Gouvernement pour en être chargés. Il fallut pour cela commencer par payer au fieur Léclufe une fomme de 44,261 livres dont il s'étoit endetté dans fon entreprife et lui faire une rente ou penfion fur le fpectacle de 4,000 livres par année. Tout cela fut arrêté fous l'autorité du fieur Lieutenant général de police par actepafTé par-devant notaires à Paris, le 6 août 1780. Le fuppliant et fes aflTociés entrèrent en conféquence en pofTefTion du privilège des Variétés. D'un fpectacle trivial et populaire qu'il étoit, ils relevèrent à un rang diflingué dans fon genre, tant par le choix des pièces qu'ils achetèrent des meilleurs auteurs, que par les acteurs qu'ils y employèrent, par les falles mêmes qu'ils firent conftruire. Les fieurs Malter, Hamoir et Lemercier firent dans le même inftant édifier trois falles très-belles avec la plus grande célérité aux foires St-Germain et St-Laurent et fur les boulevards, qui leur coûtèrent près de 250,000 livres. Ils achetèrent ou louèrent les terrains de toutes ces falles moyennant d'autres fommes très-grofles tant en payemens faits fur-le-champ qu'en penfions et loyers. Les trois théâtres bâtis, il fallut les monter en décorations, en habillemens pour les acteurs dont les comptes des caiffiers, pendant qu'ils ont tenu ce fpectacle, montent à 82,870 livres 4 fols 2 deniers ; leurs pièces jouées dans le même tems montent, fuivant les autres comptes de cette partie, à 34,300 livres. Bientôt ce fpectacle devint tellement en vogue que l'Académie de l'Opéra crut devoir le mettre à contribution, d'abord au payement de 12 livres par jour et enfuite de 36 livres et dont aujourd'hui elle retire 30,000 livres, par le nouveau bail qu'elle en a fait depuis l'attribution que Sa Majeflé lui en a donnée. A cela fut jointe l'obligation de donner le quart du produit net pour les pauvres, ce qui a produit au delà de 50,000 livres par an à l'Hôpital général. C'étoit alTurément une des plus étonnantes créations et des plus utiles qu'il fût poffible de faire en auffî peu de tems, avec autant de fuccès. Cependant l'on doit penfer que la fortune des trois affociés ne put remplir fur-le-champ autant de dépenfes ; il fallut devoir aux entrepreneurs et ouvriers. L'on fit des arrangemens avec eux à ce fujet par actes des 6 et 8 mars 1781 et 16 juillet
6o Les Spectacles de la Foire.
1783 : toutes les mefures convenables furent prifes d'accord avec eux pour leur payement fur les recettes du fpectacle jufqu'à leur entière fatisfactioû. Le fupplîant et fes aflbciés en cet état gouvernoient leur fpectacle devenu brillant et afluré du concours du public non-feulement avec la réfolution confiante de payer très-promptement leurs créanciers, mais avec l'efpérance également la plus infaillible de retirer le prix de leurs efforts en fe faifant une fortune honnête qu'ils fembloient mériter.
Mais une révolution la plus terrible arrive pour eux en ce moment. Sa Majeflé juge à propos d'attribuer, par arrêt de fon Confeil d'État du 18 juillet 1784, à l'Académie de l'Opéra les fpectacles forains pour les régir ou faire régir, ainfi qu'elle le jugeroit à propos, en les donnant à bail ou autrement. U eût paru jufle qu'au moins les anciens entrepreneurs, dont on voit que toute la fortune étoit compromife en cette affaire et de plus à qui l'élévation de ce fpectacle étoit due, euffent la préférence fur toute autre perfonne. Ceft pourtant ce qui ne fut pas et en vain le fuppliant fit pour lui-même des offres aufii hautes que les nouveaux concurrens, qui furent confignéeschezM*Margantin, notaire de l'Opéra : il ne fut pas entendu et l'adjudication du bail fut faite, fans que nul d'entre eux ait jamais aucunement été appelé, aux (leurs Gaillard et Dorfeuille, directeurs actuels, par bail pour 1 5 années, da 18 feptembre 1784, moyennant la fomme de 30,000 livres par année. Cependant le bail ayant été paffé fous ' l'autorité du miniftre équitable dans le département duquel efl cette capitale, les droits des anciens directeurs n'y furent pas omis, et les fleurs Gaillard et Dorfeuille furent expreffément chargés « de leur payer les indemnités et penfions qui leur feroient dues et de s'arranger avec eux, fi faire fe pouvoit, de tout ce qui fervoit à l'exploitation du fpectacle en quoi qu'il pût confifler, à l'amiable ou à dire d'experts, de manière qu'on ne pût rien imputer à l'Académie de l'Opéra, s'ilarrivoitceffation defdits fpectacles ». Ce qui devoit être fait en conféquence de ces claufes du bail étoit que les fleurs Gaillard et Dorfeuille commençaient par s'accommoder avec les fleurs Malter et confors: !<* de leurs falles de fpectacles; 2* de leurs décorations et habillemens ; 3*^ de leurs pièces de théâtre, pour pouvoir fe fervir des uns et des autres de ces objets. Cela fait, il devoit être procédé à la liquidation des indemnités et des penfions dues à ces anciens directeurs. Mais comment les fieurs Gaillard et Dorfeuille auroient-ils pu remplir ces conditions ? Il falloit pour cela avoir de l'argent et payer ; ils étoient fort éloignés de ce point. Ces deux particuliers fortoient d'une autre entreprifede fpectacles à Bordeaux, dans laquelle ils avoient échoué, et ne s'étoient retirés qu'avec ce qu'on leur avoit accordé d'indemnité, à titre de grâce, n'ayant eu dans cette entreprife aucune mife de fonds. Ils avoient befoin du peu qu'ils polTédoient pour deux chofes dont l'une étoit tant leur propre fubfiftance que les dépenfes journalières dont ils alloient avoir â foutenir le poids pour la tenue de leurs fpectacles, et dont l'autre étoit un payement qu'ils eurent à faire de partie des créances dont étoient grevés les fleurs Malter et confors. En effet, ces deux particuliers joignirent ici un acte d'artifice à la hardieffe
Lemercier. 6i
avec laquelle ils agirent en cette affaire. Comme dans les arrangemcns que les (leurs Malter et confors avoient faits avec leurs créanciers, il a voit été ftipulé une daufe par laquelle il avoit été dit que s'ils n'étoient pas payés dans ûx ans ou que le fpectacle vint à ceffer par force majeure, les falles et autres effets leur appartiendroient pour les faire vendre à leur profit jufqu*à concurrence de leur payement, les fîeurs Gaillard et Dorfeuille fe font céder les droits de ces créanciers, leur payant un faible à-compte de leurs créances et feignant que le fpectacle efl ceffé parce qu'ils l'ont arraché des mains des (ieurs Malter et confors quoiqu'en un mot il foit en leurs propres mains, ils argumentent de là ou le prétextent pour dire que, comme repréfentant les créanciers des (leurs Malter et confors et le cas prévu de la ceffation du fpectacle par force majeure étant arrivé, ils ont le droit, non pas de vendre, cela ne les acconmioderoit pas en ce moment, mais de prendre les falles, les décorations, les habits et les pièces de théâtre. 11 falloit effectivement cela aux fleurs Gaillard et Dorfeuille pour pouvoir même entamer leur entreprife : car comment, dénués de tout, et d'ailleurs étant néceffaire que le fpectacle n'eût aucune interruption, euffent-ils pu bâtir trois falles fur-le-champ et fe pourvoir de 50,000 écus d'autres effets indifpenfables pour la repréfentation ? Le fpectacle tomba donc en ruines dès le premier moment, et tout étoit perdu pour les nouveaux entrepreneurs et pour l'Opéra fl ces particuliers n'avoient tâché de s'emparer fur-le-champ de tout ce qui appartenoit aux anciens directeurs. Le droit de propriété, la juftice due à des entrepreneurs qui s'étoient tout entiers facriflés pour cette affaire étoient peu de chofe fi les prétextes pouvoient réuffir pour cet envahiffement. D'après ce point de vue, les ûeurs Gaillard et Dorfeuille préfentent une requête au fieur Lieutenant général de police le 8 octobre 1784, par laquelle ils demandent à rentrer en pcffedlon des falles et de tous les effets des ûeursMalter et confors. La religion du raagiflrat efl furprife ou plutôt fa vigilance et fon attention à la confervation du cours des chofes publiques n'aperçoivent en cet infiant que cet intérêt qui s'y rapporte, favoir que le fpectacle ne foit pas interrompu et furtout ne périffe pas. Le 1 1 octobre il rend une ordonnance qui « autorife les fieurs Gaillard et Dorfeuille à prendre poffeffion des falles et des effets du fpectacle en prenant la précaution de prefcrire un inventaire des effets qui exiflent », Les ûeurs Gaillard et Dorfeuille font fauves par là du pas le plus mauvais où ils étoient engagés. Leur fpectacle efl ouvert en même tems, et dès le même jour qu'ils font retirer les autres, et ne manquent de rien, ni de falles et de décorations et habits, ni de pièces et d'acteurs. Ils fe font faifls de tout ce qui j^partenoit à ceux qu'ils ont dépoffédés. Mais au moins falloit-il que ces entrepreneurs, fl habiles à s'emparer de ce qui leur convenoit û bien, fongeaffent à en payer le prix au malheureux propriétaire. C'efl ce qu'ils font encore très-éloignés de faire. Les fieurs Malter et confors agiffent en vain pour affurer au moins leurs droits ; ils font afllgner leurs adverfaires au Parlement; ils font des faifles entre les mains du caiffier des Variétés pour être payés fur le produit de ce fpectacle, en prenant même la précaution de déclarer « qu'ils
confentent à ce que tout ce qui doit être néceflaire pour la dépenfe journalière du fpectacle, pour le payement des acteurs et tous les autres frais foit prélevé ». Ces hommes cruels, après ce qu'ils ont fait vis-à-vis du magiilrat de la police, ont déjà dreffé de nouvelles batteries contre les pourfuites des fleurs Malter et confors. Un arrêt du Confeil d'État eft rendu le i6 octobre 1784 qui évoque les contedations des parties. Les fleurs Malter et confors ne peuvent fe plaindre de trouver la caufe qu'ils ont à plaider entre les mains même de Sa Majefté, la fource de toute juftice : mais les fieurs Gaillard et confors ont, auffitôt l'évocation, préfenté une requête à Sa Majeflé, par laquelle ils ont eu l'audace de fe dire « les créanciers de grolTes fommes de ces anciens directeurs fous le prétexte de cefllons qui leur ont été faites par leurs créanciers de ce qu'ils dévoient à ceux-ci ».
Les fleurs Gaillard et confors difcnt-ils qu'ils doivent, à raifon de tout ce qu'ils ont pris aux fieurs Malter et confors, fix fois au delà de la valeur de leurs prétendues cédions dont ils n'avoient pas payé et non pas même encore acquitté au delà de 20,000 livres environ ? Non ; ils cèlent à Sa Majefté une dette auilî énorme. Par leur requête ils concluent « à la mainlevée des faifies faites fur eux et à pouvoir jouir pleinement des produits de leur fpectacle ». Arrêt eft rendu fur leur requête le 22 janvier 1785, par lequel « les fieurs Gaillard et Dorfeuille font autorifés à percevoir tous les deniers des recettes de leur fpectacle, tous dépofitaires condamnés à leur en tenir compte et fur le furplus des conteftations d'entre les parties, le communiqué de la requête eft ordonné au fuppliant et à fes affociés pour fournir de réponfes ».
Le fuppliant de fa part, les fieurs Malter et Hamoir de la leur, ont fourni ces réponfes. Mais il s'en faut de beaucoup que cette grande affaire, fort conipliquée en détails et en preuves à faire pour la vérification des comptes et pour l'établifTement des droits des parties, foit prête d'être inftruite et jugée. C'eft ce qui force le fuppliant à demander au Confeil l'adjudication d'une provifion alimentaire jufqu'à ce qu'il intervienne un jugement définitif de la caufe.
Les moyens du fuppliant pour la provifion qu'il demande font auffi multipliés qu'invincibles. Premièrement : On peut dire que la chofe eft jugée par le titre même qui a tranfmis aux fieurs Gaillard et Dorfeuille leur privilège. Le bail de l'Opéra du 18 feptembre 1784, fait fous l'autorité du miniftre, porte expreffément qu'ils payeront aux anciens directeurs du fpectacle les indemnités ou penfions qu'ils ont droit de prétendre légitimement ; qu'ils s'arrangeront avec eux fi faire fe peut et fi bon leur femble de leur falle et de tout ce qui fcrt à l'exploitation dudit fpectacle à l'amiable ou à dire d'experts. Or, que fignifient ces claufes impofces aux nouveaux entrepreneurs par les ordres et l'équité du miniftre, fi ce n'cft qu'il faut que ces particuliers payent ce qu'ils prendront, et qu'ils acquittent au fpppliant et à fes affociés tout ce qui leur eft dû ? Ces entrepreneurs ont pris, mais ils n'ont payé et acquitté nulle efpèce de propriété ni de droit ; ils ont donc inexécuté la condition qui leur étoit impofée. Cette condition étoit conforme aux lois naturelles et civiles les plus indifpenfables. Ils ne les ont pas acquittées ; ils doivent y être
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ramenés aux termes de leur bail et de leur propre titre : tels ont été les ordres du minidre ; ils doivent être exécutés plus que jamais aujourd'hui que les ûeurs Gaillard et Dorfeuille font faifis de tout ce qui appartenoit aux anciens directeurs. Secondement : Lorfque les fieurs Gaillard et Dorfeuille ont été revêtus du bail des Variétés pour 1 5 années, les fieurs Malter, Hamoir et Lemercier jouiflbient chacun d'une penfion de 1,000 liv. ; les deux premiers depuis le i** janvier 1782, et le fécond depuis le i«' mai 1783. Cette penfion auroit dû, à tous les titres, être continuée jufqu*à ce que les droits des anciens et des nouveaux entrepreneurs euffent été contradictoirement établis et fixés par un jugement en bonne et due forme. Eh bien I on a eu la barbarie de former oppofition à ce que cette penfion continuât d'être fervie à compter du i* octobre 1784. Et qui a mis cette^ oppofition ? Le fieur Marguerit, qui, dans toute cette affaire a agi comme fe faifant et portant fort du fieur Baron de Coorville. Or, ces deux particuliers font deux créanciers de l'ancienne entreprife dont les fieurs Gaillard et Dorfeuille ont ou paroifTent avoir les droits cédés ; de manière que non-feulement ce font eux qui agilTent avec les noms de ces créanciers qui ne font plus rien, mais même qui étant débiteurs de fommes énormes, arrêtent à titre de créanciers ce qu'ils doivent à double titre d'entrepreneurs et de débiteurs. Quel jeu cruel de la vérité, de la juflice et de l'humanité 1 Troifièmement : Le fuppliant a prouvé de la manière la plus inconteftable et à ne pouvoir y répliquer valablement que les fieurs Gaillard et Dorfeuille font réellement débiteurs envers lui et fes aflbciés de 470,000 de principaux pour tout ce qu'ils leur ont pris et ce qu'ils leur doivent; fur quoi ceux-ci font débiteurs eux-mêmes envers eux d'environ 70,000 francs pour les créances à leur charge qui leur ont été cédées. Voilà donc les fieurs Gaillard et Dorfeuille en pofleflion matériellement de 400,000 livres de biens des anciens entrepreneurs fans parler dv prix de leurs travaux et de l'objet de leur fortune dont ils recueillent tous les fruits : mais que, àa moins, fur ce qu'ils ont, appartenant en propre aux fleurs Malter et confoSy qu'ils payent, furtout au fuppliant créancier privilégié avant ceux-ci de plus de 60,000 livres, comme on va l'obferver dans un infiant, une proviflon jofqu'i ce qu'on ait pu parvenir au jugement de cette affaire et à fe faire rendre juftice fur la totalité. Quatrièmement : Cette juflice réclamée par le fuppliant efl d'autant plus indifpensable qu'il efl dans la plus grande détreffe, chargé d'une famille qu'il eft obligé de foutenir. Peut-on douter de cet état àa fuppliant quand on confidérera qu'il avoit porté dans cette affaire toute fa fomme, et Ton verra que lui et fes affociés ayant été obligés de contracter de très-grofles dettes pour l'exécution de cette entreprife, ils en ont été dépouillés avant d'avoir pu fe rédimer de tant de dépenfes et plus encore avant (f avoir pu y acquérir les efpèces de récompenfes ou de fortune que leurs tnvanx et leur indudrie fembloient leur avoir méritées. Cinquièmement : Cette afiBaiire, quelque diligence qu'on y apporte, quelque bonne volonté même qu'y emploieront les fleurs Gaillard et Dorfeuille, fera encore d'une kii^[oe difcuffion. Il y a, comme on Ta vu, beaucoup de vérifications, d'exa-
men, de détails à y fubir. Cela ne contrarie en rien Taflerdon qu*a faite le fuppliant ; les droits de lui et de fes aflbciés étoient confiâtes de la manière la plus indubitable à une fomme principale de plus de 400,000 livres. Si les fîeurs Gaillard et Dorfeuille étoient juftes, tout feroit bientôt jugé et il y a même déjà longtems que cela feroit fait ; mais Ton fait ce qu'en ce pays Tinjudice et la chicane peuvent produire de longueur dans les affaires. En un mot, ce que les fieurs Gaillard et Dorfeuille payeront à préfent, ils ne le payeront pas dans la fuite. Il ne faut pas qu'au hafard des événemens l'homme innocent périffe d'oppreflion et de mifère auprès de toute fa fortune qu'il voit dans les mains de fon injufle adverfaire. Sixièmement : Le fuppliant a même un moyen particulier au-deiïus encore de tous fes affociés pour fa demande en provifîon : c'eft celui qu'on vient d'annoncer qu'il efl particulier rement créancier pour (çs avances en cette affaire à prélever avant tous autres payemens de deux fommes confidérables, l'une de 32,798 1. 25, 11 d. ^ l'autre de 38,488 livres. Ces deux fommes faifant enfemble celle de 71,286 1. 25, II d. Ces fommes fuffiroient pour démontrer que la fortune du fuppliant ne peut qu'être totalement enveloppée dans cette affaire et que tout concourt à ne lui pouvoir refufcr une demande aufli légitimement fondée. La provifîon demandée par le fuppliant e(l au moins d'une fomme de 60,000 livres. Si l'on ne vouloit abfolument pas lui accorder comptant, il requerroit qu'au moins il lui en fût payé moitié et le furplus en forme de penfion fur le pied de la vente du principal, fans retenue, jufqu'au jugement définitif du procès. Telle efl la juflice que le fuppliant a lieu d'attendre en ce moment et que» certainement, la fuprême équité de Sa Majeflé et de fon Confeil ne peut lui refufer. Et pour juflifier du contenu en fa requête, le fuppliant emploie fa requête et toutes les pièces y jointes dans l'inflance principale. Requéroit le fuppliant à ces caufes qu'il plût à Sa Majeflé ordonner que par provifîon et fans préjudice des droits des parties quant au fond, les fieurs Gaillard et Dorfeuille, directeurs actuels du fpectacle des Variétés, à Paris, feront tenus de lui payer, par forme de provifîon alimentaire, une fomme de 60,000 livres, et, dans le cas où Sa Majeflé ne jugeroit pas à propos d'accorder cette fomme comptant au moment préfent, ordonner au moins qu'il feroit payé comptant au fuppliant une fomme de 30,000 livres et que, pour le furplus, il lui feroit payé, par forme de penfion, une fomme annuelle de 1 ,500 livres, fans retenue, jufqu'au jugement définitif du procès d'entre les parties : Et à faute par les fleurs Gaillard et Dorfeuille de fatisfaire à aucun defdits payemens, ordoimer que le fuppliant feroit autorifé à faifir les deniers des recettes dudit fpectacle des Variétés ou, qu'en tout cas, ils feroient dépofés entre les mains de tel fequefbre qu'il plairoit à Sa Majeflé de nommer fauf à payer, fur lefdits deniers, les dépenfes journalières et néceffaires dudit fpectacle, et que le furplus refleroit es mains du fuppliant ou lui feroit remis en payement àts fommes à lui adjugées jufqu'à due concurrence, ordonner que l'arrêt à intervenir fera exécuté nonobflant toutes oppofitions et empiétemens quelconques : Vu ladite requête fignée Try pro abfencia domini Godineau de Villechenai,
Limery, 65
tvocat du fuppliant, ouf le rapport : Le Roi étant en fon confeil, a ordonné et ordonne que ladite requête fera communiquée auxdits ûeurs Gaillard et Dorfeuille à Teffet d'y fournir de réponfes dans quinzaine pour toute préfixion et délai, pour ce fait ou à faute de ce faire dans ledit tems et icelui paffé être fbtué par Sa Majefté ainfi qu'il appartiendra. Le 28 octobre 1785.
Signé : Hue de Miromesnil.
(£rf . du Conseil d'État, E, 2615.)
LÉMERY, acteur de la troupe de rAmbigu-Comique en 1783, est dépeint en ces termes par l'auteur du Chroniqueur désœuvré : « Ce comédien de province, connu de peu de perfonnes, fut forcé, par la fuite d'uile très-mauvaife conduite, de jouer la comédie fur le théâtre de TAmbigu-Comique. Il y apporta toutes les qualités néceJQTaires à la dignité d'hiflrion du boulevard. Il a quelques talens, mais ils (ont eflfacés par un amour-propre impardonnable. Audinot ne lui trouvant pas ceux qu'il défiroit le remercia, et pendant l'intervalle qu'il fut à y rentrer, il joua la comédie au Bois de Boulogne ; il débuta par On fait ce qu'on peut, de Dorvigny, et fit mettre cette apoftille fur l'affiche : « Le fieur de « Lémery, comédien du Roi, n'épargnera rien pour prouver au puce blic qu'il excelle dans tous les genres et compte d'avance fur les « fuffirages qu'il eft fur de mériter. » Malgré le ftyle pompeux de cette affiche, le préfomptueux Lémery n'eut que quinze fpectateurs à fa repréfen talion. Audinot vient de le reprendre, mais aux conditions les plus humiliantes. Ne fâchant plus quel parti prendre, pareffisux, abîmé de dettes, il écrivit à Audinot la lettre la plus bafle et la plus rampante, le fuppliant de le reprendre à telle condition qu'il voudroit, réclamant ce trait d'humanité comme un acte de charité. Audinot, dans un de ces momens de bonté où on ne le rencontre pas fouvent, lut la lettre en pleine affemblée, et céda aux follicitations de ce meurt-de-faim, le reprit à 1,200 francs d'appointemens, ne lui laifle jouer que des acceflbires. Ses camarades, outrés de fa lâcheté, ont affiché par toute la falle : « Deux louis à gagner. Le fieur Lémery, ancien comédien du Roi « àpréfent prefque garçon de théâtre de TAmbigu-Comique, ayant Sp. — u. s
« perdu toute la délicateffe dont il avoit foible provifion, prie ceux « qui l'auront trouvée de la lui rendre, il donnera la récompenfe « promife. » Je fuis d'autant plus furpris qu'il ait mis en ufage ce moyen déshonorant pour rentrer chez Audinot, que lorfqu'cn province fes fottifes le faifoient chafler par les directeurs des troupes où il fe trouvoît, lui et une efpèce d'Égyptienne avec laquelle il vit et qu'il abandonne fuivant la circohftance, favoient éviter la mifère en jouant des proverbes dans les châteaux qui fe trouvent fur leur route, et cela pour un morceau de pain. Il eft joueur, ivrogne, bacchanaleur. Audinot a eu grand tort de le reprendre, car il ne lui fera guère poflible de le garder fans être obligé d'effuyer quelque événement déf agréable à fon égard. »
{1^ Chroniqueur déscruxré, II, 48.)
LEMONNIER (M"«), actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1782, a joué le rôle de Madame Ragot dzns la Mère Ragot, le 30 avril de cette même année.
{Journal de Paris , 30 avril 1782.)
LEMOYNE (Guillaume), acteur de TOpéra-Comique, y jouait, à la foire Saint-Germain de 1753, le ^^^^ ^^ chevalier dans le Suffisant, opéra comique en un acte et en vaudeville, par Vadé, représenté le 12 mars de cette même année.
(Histoire du théâtre de l'Opéra-Comique, II, ao.)
L'an 1754, le famedi 30 mars, fur les neuf heures du foir, en l'hôtel et par-devant nous Antoine-Charles Crefpy, etc., eft comparu fieur Martin Carey de St-Marc, lieutenant du guet, commandant la garde de la foire St-Germain : Lequel nous a dit que, ce foir, étant arrivée dans le foyer de rOpéra-Comique, une rixe entre le fieur Rochon de la Valette, auteur, et le fieur Lemoyne, acteur de l'Opéra-Comique, dans laquelle le comparant a appris que ce dernier avoit été extrêmement maltraité de paroles, il a fait mettre lefdits fieurs Rochon de la Valette et Lemoyne aux arrêts et les a fait conduire par-devant nous pour les entendre et ordonner ce qu'il appartiendra.
Signé : De Saint-Marc
Lemoyne, 67
Eft auffi comparu fieur Guillaume Lemoyne, acteur de rOpéra-Comique, demeurant rue des Quatre-Vents, à l'hôtel de Clermont, lequel nous a rendu plainte contre le fieur Rochon de la Valette et dit que cejourd'hui, Tépoufe du comparant s* étant trouvée enrhumée et hors d'état de chanter à l'Opéra- Comique, ledit fieur de la Valette, frère du fieur Rochon de Chabannes, auteur de la Péruvienne, opéra comique que Ton devoit jouer le foir, a pris lieu de là d'infulter la femme du comparant qui étoit dans la loge où fe mettent ordinairement les actrices lorfqu'elles ne jouent point et lui a dit que, fi elle étoit enrhumée, c'eft qu'elle s'abandonnoit trop au plaifir ; ce qui étant revenu au comparant, il efl allé trouver ledit fieur de la Valette dans le foyer de rOpéra-Comique et lui a, avec douceur, fait reproche du propos indécent qu'il venoit de tenir à fa femme. A quoi ledit fieur de la Valette s'emportant a répondu qu'il étoit un drôle, un faquin et un jeanf...... injures qu'il a répétées hautement et avec efclandre en préfence de nombre d'honnêtes gens qui étoient dans le foyer. Que lui comparant n'a pas pu fupporter ces infultes fans dire audit fieur de la Valette qu'il refpectoit le lieu où il étoit et que, s'il le traitoit ainfi ailleurs, il ne répondroit pas de fa patience. Que cette réponfe, toute modefté qu'elle efl, n'a occafionné de la part dudit fieur de la Valette que des injures plus groffières. 11 s'efl écarté au point de faire la fcène la plus icandaleufe en traitant le plaignant de bouffon, de baladin, de poliffon, de drôle ; qu'il le renverroit fur fon théâtre à coups de pied dans le derrière. Ce font ces déportemens qui ont attiré audit fieur de la Valette d'être mis aux arrêts, le plaignant s'étant retiré fans répondre. Et comme il a intérêt d'avoir réparation de ces infultes, il nous fait la préfente plainte.
Signé : Lemoyne.
Enfuite efl comparu fieur Étieime-Charles Rochon de la Valette, demeurant fie St-Louis, rue Regrattière, lequel nous a dit qu'il efl vrai que ce foir, ayant aperçu dans le fpectacle de l'Opéra-Comique la femme du fieur Lemoyne qui ne jouoit point, il lui en a demandé la raifon, et lui ayant été répondu qu'elle étoit enrhumée, il lui a dit, fans vouloir l'infulter, que c'étoit fans doute de plaifir. Qu'un moment après, ledit Lemoyne l'efl venu trouver dans le foyer où il étoit et l'ayant appelé d'un air impertinent, lui a dit qu'il avoit tenu de mauvais propos à fa femme et que, s'il recommençoit, il ne faudroit pas que ce fût en fa préfence, ni qu'il le fût. Qu'à la vérité, le comparant a mal reçu ledit Lemoyne et l'a envoyé promener fur ce propos en lui difant qu'il n'avoit pas d'explication à faire vis-à-vis d'un honmie comme lui ; ce qui a fait oublier ledit Lemoyne au point qu'en préfence de tous ceux qui étoient dans le foyer, il a provoqué le comparant de fortir et lui a dit que,
s'ils étoient ailleurs, il lui f. vingt coups de pied par le ventre. Que ces
infultes ont vivement piqué le comparant et qu'il a traité ledit Lemoyne de bouffon et de baladin. Au furplus, nie les autres faits portés en la plainte
dudit Lemoyne.
Signé : Rochon de la Valette.
Sur quoi nous commifTaire, etc., avons renvoyé les parties à fe pourvoir ainfi qu'elles aviferont après leur avoir enjoint de fe contenir.
Signé : Crespy.
Et le jeudi quatre du mois d'avril, audit an 1754, fur les huit heures et demie du foir, en l'hôtel et par-devant nous commifTaire fufdit, eft comparu ledit fieur Rochon de la Valette, accompagné dudit fieur de St-Marc, lequel nous a rendu plainte contre ledit Lemo3me ci-devant nommé et dit que, heure préfente, fortant de l'Opéra-Comique, ledit Lemoyne l'a fuivi en lui difant qu'il avoit un mot à lui dire, et étant arrivé au-devant de la porte de notre hôtel, icelui Lemojme, fous prétexte de demander raifon au plaignant, d'infultes qu'il prétend lui avoir été faites, lui a porté trois coups d'épée fur la tête. De quoi le plaignant fe trouvant fort furpris, a reculé 'quelques pas, a mis l'épée à la main pour fe défendre; néanmoins il a reçu plufieurs coups de celle dudit Lemoyne fur la main droite qui lui ont coupé le deflus des trois doigts inférieurs d'icelle jufqu'au fang et un autre coup au col fur la partie droite latérale externe qui ne lui a fait qu'une égratignure, ainfi qu'il nous eft apparu. Q^e ces bleÛures n'ont pas empêché le plaignant de défarmer ledit Lemoyne d'un coup de fouet qui a fait tomber fon épée fur le pavé, caffée par la garde. Q^u'auflitôt ledit Lemoyne s'eft enfui et le comparant, s' étant faifi de l'épée dudit Lemoyne, eft venu nous rendre la préfente plainte.
Signé : Rochon de la Valette ; de Saint-Marc.
Sur quoi nous commifTaire avons donné acte audit fieur Rochon de la
Valette de fes comparution, plainte, dire et réquifition, enfemble de la re-
préfentation qu'il nous a faite d'une épée dont la lame eft carrée et damaf-
quinée , façon de colichemarde, de la garde de laquelle il ne refte que la
coquille et la branche d'acier aulli damafquinée, et, en conféquence, avons
renvoyé ledit Rochon de la Valette à fe pourvoir de la manière et ainfi
qu'il avifera, etc.
Signé : Crespy, de Saint-Marc.
{Archives des Comm,, n° 3394>)
LEMOYNE (M°'), femme du précédent, chanteuse à TOpéra- Comique à la foire Saint-Germain de 1734. Voy, Lemoyne (Guillaume).
ENFANT (Toinette), mangeuse de feu chez un entrepreneur de spectacles nommé Pélissier, en 1691.
Leprieur, — Léricher. 69
L'an 1691, le lundi i8* jour de juin, neuf heures du foir, eft venu pardevant nous Céfar-Vincent Lefrançois, etc^ en notre hôtel, sis rue Bcaurepaire, Toinette Lenfant, femme de Pierre Beauvaîs, officier de M. le prince de Vennandois, elle, mangeufe de feu, demeurant rue Tireboudin, laquelle fe plaignant de la tête, nous a fait plainte et dit que depuis le terme qu'elle demeure rue Tireboudin, le nommé Ferri, fourrier des Cent-Suiffes du Roi, s'eft mis en tête que la plaignante étoit une femme de mauvaife vie, lui a fait toutes fortes d'infultes jufqu*à faire venir le commifTaire Garnier chez elle : auroit été furprife que préfentement, revenant de jouer chez M. PéliÛier, étant prête à rentrer chez elle, ledit Ferri feroit venu à elle, lui difant : « Sais-tu bien ce que c*eft qu'un officier du Roi ?» En même tems lui auroit déchargé fur la tête et fur le corps plufieurs coups d'un bâton qu'il avoit à
la main, la traitant de b de g...., qu'il lui caÛeroit les bras et qu'il la
feroit fortir comme une p qu'elle étoit; ce qui l'auroit obligée de venir
par-dcvers nous nous rendre plainte de ce que defTus.
Signé : Lefrançois.
(jârehivts ies Camm., o« 5811.)
LEPRIEUR (M"'), actrice de la troupe de Lécluze, puis des Variétés-Amusantes et des Variétés du Palais-Royal. Foy. Prieur.
LEPRINCE (M"«), actrice du théâtre de Dolet et Delaplace à la foire Saint-Germain de 1724, 'avait un rôle dans le Claperman, opéra comique en deux actes, de Piron, représenté le ' 3 février de cette même année.
{Dictionnaire des Thèâlres, II, 98.)
LÉPY, danseur de la Comédie-Italienne et de TOpéra-Comique, éuit attaché à ce dernier théâtre en 1756.
{Dictionnaire des Théâtres, VI, S^)-)
ÉRICHER (M^), actrice des Variétés-Amusantes en 1783.
{Le Chroniqueur déseeuvri, II, 44.)
EROUX, acteur des Grands-Danseurs du Roi en 1772, 1773 et 1774, jouait les rôles à^ pires,
(Almanach forain, 177}, 177s.)
LEROY, acteur du spectacle des Variétés-Amusantes, a. joué à ce théâtre Mercure, messager des Dieux, dans les Caprices de Proserpine, ou les Enfers à la moderne, pièce, épisodi-comique en un acte, en vers, par Pujoulx, représentée le i6 juin 1784.
(Brochure intitulée : Ut Caprice* i* Prostrpint, Paris, Cailleaù 1785.)
LESAGE (Alain-René), célèbre auteur dramatique, né près de Vannes en 1668, mort le 17 novembre 1747, fut aussi joueur de marionnettes aux foires. A la foire Saint-Laurent de 1721, le privilège de TOpéra-Comique devait être exploité par une société composée de Pierre Alard, Baxter, M"' d'Aigremont, Lalauze et autres acteurs forains, mais rindiflférence du public pour leur théâtre, les sifflets qui accueillaient toutes les pièces qu'ils faisaient représenter, donnèrent l'idée à l'entrepreneur de spectacles Francisque de solliciter pour lui-même le privilège dont Lalauze et G** usaient si mal. La permission lui fut accordée, et Francisque fit aussitôt jouer plusieurs ouvrages de Lesage, Fuzelier et Dorneval, qui obtinrent le plus grand succès ; mais ce succès causa sa perte, car la jalousie de la Gomédie-Française se réveillant, elle fit revivre les anciens arrêts du Parlement, et interdit une fois encore les dialogues aux comédiens forains. G'est alors que les trois auteurs dont on vient de parler, Lesage, Fuzelier et Dorneval, furieux de se voir réduits au silence, se firent hardiment joueurs de marionnettes sur le théâtre des Marionnettes étrangères, dirigé par Delaplace et Dolet à la foire Saint-Germain de 1722. Voici en quels termes ils racontent eux-mêmes cette aventure bizarre dans le tome V du Théâtre de la Foire, recueil de leurs ouvrages : (a Les auteurs de l'Opéra-Gomiquc,
Lesage. 71
voyant encore une fois leur fpectacle fermé, plus animés par la vengeance que par un efprit d'intérêt, s'aviftrent d'acheter une douzaine de marionnettes et de louer une loge où comme des af&égés dans leurs derniers retranchemens ils rendirent encore leurs armes redoutables. Leurs ennemis, pouffes d'une nouvelle fureur, firent de nouveaux efforts contre Polichinelle chantant, mais ils n'en fortirent pas à leur honneur. Le fuccès de ces pièces et furtout de la parodie de Romulus de Lamothe fut tel, que M. le duc d'Orléans, régent, voulut le voir repréfenter à deux heures après minuit. Le fieurLegrand, piqué des traits répandus dans cette pièce, fit le couplet fuivant fur l'air /a Beauté, la Rareté, la Curiosité.
Lefage et Fuzelier dédaignant du haut flyle
La beauté, Pour le. Polichinelle ont abandonné Gille,
La rareté !
Il ne leur manque plus qu'à crier par la ville
La curiofité.
Ajoutons que sur le rideau du théâtre des Marionnettes étrangères, les trois auteurs avaient fait peindre un polichinelle en pied, avec une devise ainsi conçue : « J'en valons bien d'autres I » et qu'à la foire Saint-Laurent suivante (1722), Lesage, Fuzelier et Dorneval ne faisaient plus parler les pantins de Delaplace et de Dolet.
{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, II, 5, 6. — D/ctionnairt des Théâtres, IV, 19. — Magnin, Histoire des Marionnettes, 155, ij6, i$8.)
LESAGE (M"*^), actrice de l'Opéra-Comique à la foire Saint- Laurent de 1739, avait un rôle dans le prologue de la Fausse Rupture, opéra comique de Panard, représenté le 28 juillet de cette même année.
{Dictionnaire des Théâtres, II, 492.
ESEUR (Anne), actrice du spectacle des Associés en 1785 et en 1787.
Vendredi 7 octobre 1785, 3 heures et demie du matin.
Jacques Lefeur, maître tapiffier, demeurant boulevard du Temple, et Anne Lefeur, actrice des Aiïbciés, demeurant boulevard du Temple, amenés par Nicolas Lucy, fergent, pour querelle. Renvoyés.
(Arehivet dtt Comm., n^ $022.)
L*an 1787, le lundi 15 janvier, deux heures de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Mathieu Vanglenne, etc., eft comparue Anne Lefeur, comédienne au fpectacle des Aflbciés, demeurant à Paris, rue des Foffés-du- Temple, paroifTe St-Laurent : Laquelle nous a rendu plainte contre le fieur Gérard , demeurant rue St-André-des-Arts, et nous a dit qu'il y a environ trois femaines, elle a été dîner avec la dame Daru chez le fieur Gérard. Qu'hier matin, elle a appris que ledit fieur Gérard avoit répandu publiquement dans ledit fpectacle que la plaignante lui avoit volé deux rideaux de moufTeline des Indes lorfqu'elle avoit dîné chez lui et que c'étoient fes petits tours de gentillefle. Comme de pareils propos ne tendent qu'à nuire à la plaignante et qu'elle a intérêt d'en avoir raifon, elle a été confeiUée de venir nous rendre plainte.
Signé : A. F. S. Leseur; Vanglenne.
{Archives des Comm., n* 5001.)
ESIEUR (Adélaïde), actrice du spectacle des Délassements- Comiques en 1785 et en 1787.
L'an 1785, le famedi 15 octobre, cinq heures et demie du foir, en l'hôtel et par-devant nous Mathieu Vanglenne, etc., e(l comparue demoifelle Adélaïde Lefieur, actrice du fpectacle des Délaffemens-Comiques , demeurant
Letellier. 73
à PariSy rae Chariot, hôtel d'Artois, paroifTe St-NicoIas-des-Champs : Laquelle nous a rendu plainte contre le nommé Ribié, acteur du fpectacle du fieor Nicolet, et nous a dit que cet après-midi, fur les quatre heures, ledit fleur Ribié l'a introduite dans la pièce qui précède la falle dudit fpectacle des Délaflemens-Comiques; que là il lui a porté plufieurs coups de pied fur les cuiffes/des coups de canne fur le bras gauche et deux foufflets d'une telle force qu'il lui a cafTé fa boucle d'oreille, ainfi que nous l'avons remarqué. Que, non content de ces mauvais traitemens, ledit Ribié l'a encore menacée de lui donner le fouet fur le boulevard lorfqu'il l'y rencontreroit.
Et comme elle a intérêt d'avoir raifon de ces m'auvais traitemens, elle a été confeillée de venir nous rendre la préfente plainte.
Signé : Adélaïde Lesieur; Vanglenne.
(^Arehixftt des Comm., n^ 4998-)
L'an 1787, le lundi premier janvier, neuf heures et demie du foir, en notre hôtel et par-devant nous Mathieu Vanglenne, e(l comparue demoifelle Adélaïde Leiieur, actrice, demeurant à Paris, rue Chariot, à l'hôtel d'Artois : Laquelle nous a rendu plainte contre la femme Pompée et la femme Jofeph, actrices du fpectacle des AiTociés, et nous a dit qu'étant audit fpectacle cejoard'hui, fur les fept heures du foir, lefdites femmes Pompée et Jofeph fe font répandues en injures et invectives contre la plaignante et l'ont menacée de la maltraiter, ce qu'elles viennent d'eflfectuer à l'inftant. A la fortie du fpectacle et la plaignante étant encore dans la falle, lefdites femmes Pompée et ]ofeph fe font jetées fur elle, lui ont porté des coups de poing fur la tête, lui ont arraché une boucle d'oreille qui eft en or et lui ont déchiré le chapeau qu'elle avoit fur la tête, ainfî qu'il nous eft apparu. Qu'elle ignore abfolument les motifs qui ont déterminé ces deux femmes à la maltraiter de cette mamère, mais comme elle ja intention d'en avoir raifon, elle a été confeillée de venir nous rendre la préfente plainte.
Signé : A. Lesieur; Vanglenne.
{Archives des Comm., n^ $001.)
LETELLIER (Frakçois), maître à chanter, montreur de figures de cire et joueur de marionnettes, avait un spectacle aa foires vers 1685.
LETELLIER (Hippolyte FEUILLET, femme), femme du précédent, et comme lui directrice de spectacles, avait un jeu de marionnettes à la foire Saint-Laurent de 1688. On la voit encore paraître aux foires en 1707 et 171 5. A cette dernière époque elle était associée avec son fils Jean-François Letellier.
{Archives des Comm., n» 3S19.)
L'an 1707, le lundi 5» jour de feptembre, du matin, en l'hôtel de nous Mathieu de Beaumont, etc., font venus fleurs Paul Poiffon et Etienne Baron, comédiens du Roi, tant pour eux que pour leurs confrères, qui nous ont dit que, par les lettres-patentes à eux accordées par Sa Majefté, il eft permis à eux feuls de repréfenter des tragédies et des comédies en cette ville, néanmoins quelques particuliers s'étant ingérés depuis un tems, sous di£[érens prétextes, de repréfenter des comédies, ce qui eft contraire à leurs intérêts et eft directement contre les intentions de Sa Majefté, ils fe sont pourvus devant M. le lieutenant-général de police qui, par plufieurs fentences confirmées par arrêts du Parlement, a fait défenfe auxdits particuliers de repréfenter des comédies; cependant, au mépris de ces fentences et arrêts, ils continuent journellement leurs repréfentations de comédies dans des lieux et fur des théâtres publics, qu'ils ont fait élever et conftruire dans le préau de la foire St-Laurent, font afficher, par des placards et affiches, de la même manière que lefdits comparans font : C'eft pourquoi ils nous requièrent de nous tranfporter cejourd'hui chez la nommée Letellier et dans les jeux qu'elle tient à ladite foire pour leur donner acte des repréfentations de comédies qu'elle fait faire fur fon théâtre pour en dreffer procès-verbal.
Signé : Poisson; Baron.
En conféquence, fommes ledit jour tranfporté, (hr les cinq heures de relevée, dans le préau de la foire St-Laurent , où étant fommes entré dans le jeu de ladite Letellier où nous avons trouvé beaucoup de monde afTemblé ; et, après le jeu de marionnettes fini, s'eft fait un changement de décorations, plufieurs perfonnages, acteurs et actrices, ont paru fur le théâtre enfemble et ont joué et repréfenté une comédie qui a pour titre U Vieillard amoureux, en un acte compofé de plufieurs fcènes, fuivie d'un dénouement qui forme la comédie en entier. Les acteurs parlant et fe répondant tout haut les uns aux autres, enfemble de la même manière que les comédiens du Roi repréfentent des comédies fur leur théâtre. Dont et de quoi nous avons dreffé le
préfent procès- verbal.
Signé : de Beaumont.
(Archives des Comm. n* 4JI$-)
Letellier. 75
L'an 171 5, le famedi 20 juillet, dix heures du matin, font venus par-devant nous Céfar- Vincent Lefrançoîs, etc., Hippolyte Feuillet, veuve de François Letellier, maître de mufique, et Jean-François Letellier, joueur de marionnettes. Ton 61s : Lefquels nous ont fait plainte et dit qu'ils ont loué du fieur St-Edme et de la dame Baron, fon afTociée, une place dans le préau de la foire St-Laurent, attenant le nommé Delépine, vendant bière, pour y repréfenter leurs exercices ordinaires pendant la prochaine foire St-Laurent, à raifon de 250 livres pendant le cours de ladite foire. Depuis le 17 juin dernier, ils n*ont pu parvenir à faire conftruire leur loge, telles prières qu'ils aient pu faire aux fieur et dame de St-£dme. Attendu l'approche de la foire, ils ont été obligés, le jour d'hier, de fignifier leur permiflion et de fommer ledit fkur de St-Edme de laiiïer parachever fur le terrain qu'il leur a loué, pour éviter la fuite d'un procès. Ils ont mis des ouvriers ce matin pour la conftniction et élévation de ladite loge et ont été furpris que les ouvriers n'ont pu travailler, le fieur de St-Edme ayant envoyé un fuifle et un foldat aux gardes qui ont empêché la continuation du bâtiment de ladite loge. Et, fur ce que ledit Jean-François Letellier a infifté pour le travail de fes ouvriers, lefdits fuifie et foldat aux gardes ont pris le plaignant par les bras, ont déchiré fa vefte de drap, l'ont tiraillé et mis hors du préau. Le muet, qui eft un des domeftiques dudit fieur de St-Edme, avec lefdits foldat aux gardes et fuifie, ont abattu et ôté les bois qui étoient drefTés en jurant et maugréant et difant qu'ils ne bàtiroient point. Ledit fieur de St-Edme les excitant à détruire ladite loge; ce qui les oblige de venir par-devers nous nous rendre plainte.
Signé : HiPOLiTE Feuillet ; Jean-François Letellier.
Et ledit Jour famedi 20 juillet audit an 171 5, environ les trois heures de relevée, font derechef comparus par-devant nous commiflaire fufdit, lefdits Hippolyte Feuillet, veuve de François Letellier, maître de mufique, et Jean- François Letellier, joueur de marionnettes, fon fils : Lefquels, en continuant la plainte ci-defius, nous ont fait plainte et dit qu'ils viennent préfentement du préau de la foire St-Laurent avec leurs ouvriers pour rétablir et reconftruire la loge qu'ils ont commencé à bâtir. Que le fieur de St-Edme, étant à dîner, a envoyé un laquais et enfuite le garçon muet avec un autre pour voir ce qu'ils faifoient ; et fur ce qu'ils ont vu que les plaignans et leurs ouvriers travailloient à reconftruire ladite loge, ils leur ont fait querelle en leur difant d'où vient qu'ils maltraitoient le muet. La plaignante leur ayant fait réponfe qu'ils n'avoient aucune connoifiance defdits mauvais traitemens, ayant fait un fignal au muet, auflitôt il a frappé d'un coup de poing ladite veuve Letellier plaignante, et ayant pris à fa main une pioche, il en auroit frappé les plaignans s'il n'en avoit été empêché par les ouvriers. Enfuite lui a été
fait figne d'abattre les piliers de la loge qui étoient déscellés, ce qu'il a fait : et le laquais dudit fieur de St-£dme avec un autre particulier habillé de rouge ont empêché les ouvriers de continuer de travailler, avec menaces de les maltraiter s*ils continuoient. Ce qui les a obligés de venir par-devers nous réitérer leur plainte.
Signé ; Hipolite Feuillet ; Jean-François Letellier.
{Archives des Comnt.^ n« 3827.)
Voy, Terradoire.
LEVASSEUR, directeur d'un spectacle de marionnettes qu'il appelait les Comédiens praticiens, parut à la foire Saint-Germain de 1749, et y fît représenter à cette époque : les Fleurs, pantomime ; les Réjouissances publiques, ou le Retour de la paix, pièce en vaudevilles, çx Arlequin courrier, pièce en un acte, en vaudevilles.
(Dictionnaire des Théâtres, I, 221 ; II, 586 ; IV, 417. — Magnin, Histoire des Marionnettes, "jx.)
LIONS. A la foire Saint-Germain de 1730, on faisait voir deux lionceaux et un petit tigre apprivoisés : « Le public eft averti qu'il eft arrivé en cette ville un Levantin venant d'Afrique, qui a amené avec lui deux lions, âgés de 4 mois et demi, de la grofleur d'un veau de 7 mois, avec un tigre, lefquels font privés enfemble et obéiflent au commandement de leur maître comme font les chiens les plus dociles. Il fait voir auffi les peaux des père et mère qui ont 17 pans de longueur. On fera voir ces animaux depuis 9 heures du matin jufqu'à 8 heures du foir à la foire Saint- Germain. »
{Afiches dé Paris, 1750.)
LOLOTTE (Charlotte DELAIRE, dite), figura dès 1772 dans les ballets à TAmbigu-Comique, puis entra au specude des Élèves de l'Opéra ; elle fut ensuite engagée pour danser à la Comédie-Française; mais au bout de peu de temps elle rentra à TAmbigu-Comique, où elle était encore en 1781.
(A Imanaeh forain, 1775. — Lt Chroniqutmr désœuvré, I, 102.)
Lombard. — Longuevîlle. 77
OMBARD, acteur de rOpéra-Comique à la foire Saint- Laurent de 1735.
{Dictionnaire des Théâtres, III, 278.)
LOMBARD (M°*^), femme du précédent, actrice de l'Opéra- Comique, parut à ce théâtre pendant quelques-unes des foires de 1735 à 1742. Elle joua dans h Foire de BeT^ons, balletpantomime, coupé* de scènes épîsodiques, par Panard et Favan, représenté le 11 septembre 1733 ; dans le Gage touché, opéra comique en un acte, de Panard, représenté le 18 mars 1736; dans Arlequin, chirurgien de Barbarie, parade composant la première partie de l'acte premier de VHistoire de l'Opira-Comique, ou les Métamorphoses de la Foire, par Lesage, représentée le 27 juin 1 736, et dans V Assemblée des acteurs, prologue de Panard et Carolet, représenté le 21 mars 1737. Cette actrice était encore vivante en 1769.
{Dictionnaire des Théâtres, II, aoS, 31s, 4)6 ; UI, 2, 278. — Hûtoire éU VOpéfComique, II, 389.)
LONGCHAMP, acteur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1772, 1773 ^^ 1774, y remplissait l'emploi des amoureux.
{Almanaehs forekins, 177), 1775.)
ONGUEVILLE (François-Guillot de), acteur du spectacle des Délassements en 1787.
Vendredi 8 juin 1787, neuf heures et demie, foir.
François Boin, fergent de pofte à la place Maubert, à la réquifidon de François-Guillot de Longueville, acteur des DélafTemens, a arrêté Jean- Baptifte Laville, acteur des AiTociés, pour s'être battu fur le théâtre des Aflbciés. Relaxés.
{Archives des Comm., v9 $022.)
LORIN (Clément), montreur de lanterne magique, directeur d'un spectacle d'animaux, faisait voir un géant à la foire Saint-Ovide de 1774, ouvrit plus tard un cabinet sur le boulevard où Ton voyait en cire l'image des plus célèbres criminels et qu'on appelait le Cabinet des grands voleurs,
{Le Chroniqueur iisauvri, II, 77.)
L'an 1775, le jeudi 26 octobre, trois heures de relevée, eft comparue en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Marguerite Aubertin, veuve de Claude Perret, mathématicien, demeurant boulevard du Temple, maifon du fieur Thomas, maître pâtiffier, paroifTe St-Laurent : Laquelle nous a rendu plainte contre le nommé Lorin , garçon de fpectacle, ayant fait voir un géant à la foire dernière de St-Ovide, fans afile certain, demeurant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et particulièrement depuis quatre mois ou environ qu'il eft forti de chez un marchand de tabac demeurant à la première barrière du Temple où il demeuroit ; et a dit qu*il y a environ trois ans qu'elle a fait la connoifTance dudit Lorin qui a demeuré chez elle parce qu'elle tenoit pour lors un petit fpectacle de mécanique fur le boulevard et ledit Lorin faifoit des parades à la porte de ce fpectacle. Qu'elle plaignante étant devenue veuve, ledit Lorin l'a fréquentée pour le mariage et en confidération de ce mariage, qu'ils dévoient inceffamment contracter enfemble, elle a eu la foiblefle de donner audit Lorin les fommes et effets ci-après détaillés :
Premièrement pour un habit d'écarlate brodé en or. 90 livres. Plus pour retirer des effets que ledit Lorin avoit mis
engage 48
Plus pour une paire de fouliers, une paire de jarretières, une boucle de chapeau, le tout d'argent. . 36 Plus trente-fix livres pour fa loge à la foire St-Ovide. 36 Plus payé à un tapiffier qui a tapiffé cette loge. . . 30
Plus douze livres pour une culotte 12
Plus feize livres dix fols pour trois paires de fouliers. 16 — 10 fols. Plus quatre-vingt-feize livres que la plaignante lui a avancées pour payer l'habit de noces qu'il lui a
dit avoir fait faire 96
Plus foixante-douze livres pour des manchettes, gants,
bas de foie et chapeau 72
Plus neuf livres pour le prix de trois mouchoirs. , 9
Plus 12 livres pour une chemife de toile de coton. . 12 Plus 24 livres pour la publication, a-t-il dit, des bans
de leur mariage 24
Toul 481 — 10 —
Lornai:(on, — Lortias. 79
Plus un petit canon d'or, une montre à boite d'argent, un anneau d'alliance en or et argent, une tabatière d'argent, façon ovale, et enfin trois pièces d'argent d'Efpagne appelées piaftres. Qu'hier elle a reçu par une particulière, qui le lui a remis, un paquet contenant les papiers qu'elle plaignante avoit remis' audit Lorin à l'effet de faire faire la publication des bans de leur mariage. Et a appris que ce particulier s'étoit évadé de cette ville et qu'avant de partir il avoit remis la tabatière d'argent ci-de(fus défignée à une fille du monde nommée La Nourrice, demeurant rue Beaujolais, dans une maifon neuve (ituée à peu près dans le milieu de cette rue, entre les mains de laquelle particulière cette tabatière a été reconnue par une perfonne de la connoiflfance d'elle plaignante. Et comme elle a intérêt non-feulement de ravoir ladite tabatière, mais encore les autres effets ci-deffous défignés ainfi que ladite fomme de 481 livres dix fols, elle a été confeillée de venir nous rendre la
préfente plainte.
Signé : Maillot.
{Archivei its Comm,, n° 378a.) Voy, HOUDAILLE.
LORNAIZON (Clément de) était en 1787 directeur du spectacle des Bleuettes-Comiques, établi sur le boulevard du Temple. Plus tard, en 1790, en société avec un sieur Desnoyers, il ouvrit sur le boulevard Saint-Martin un autre spectacle qu'il appela le Théâtre-Français comique et lyrique.
(Brazier, HUtoirt dtt Ptlitt ThUtrts, I, 119.)
Voj. Théâtre-Français comique et lyrique.
ORTIAS, danseur du spectacle des Grands-Danseurs du Roi en 1789.
L'an 1789, le jeudi i6 avril, neuf heures du matin, nous Mathieu Vanglenne, etc., ayant été requis, nous fommes tranfporté rue des Marais, paroiffe St-Laurent, en une maifon numérotée 2 et de laquelle le fieur Deshaies eft principal locataire, et étant monté au fécond étage de la maifon, en une chambre ayant vue fur la cour, nous y avons trouvé et par-devant nous eft comparu fieur Jérôme-Henri Rottinghaufzemm , maître uilleur dans la chambre où nous fommes : Lequel nous a dit que hier, fur les cinq heures un quart de Taprès-midi, le nommé Lortias, danfeur du fpectacle des Grands-Danfeurs du Roi, eft tombé fur le théâtre par une trappe qui étoit ouverte fur le théâtre et s*eft bleifé à la tête. Qju'il a été porté chez le
8o Les Spectacles de la Foire.
comparant où il eft mort ce matin fur les fept heures un quart. Que comme
il ne peut être inhumé fans que préalablement fa mort ait été conftatée, il a
requis notre tranfport à cet effet.
Signé : Rottinghauszemm.
En conféquence, après nous être apparu du corps mort dudit Lortias, gifant fur un lit, nous avons remarqué qu'il a une meurtriflure conûdérable au-defTous de la tempe gauche, une autre fur le tendon du nez ; qu'il a une égratignure à la jambe gauche et une meurtriflure au pouce de la main gauche. Et attendu le flagrant délit, difons qu'il va en être par nous à Tinftant informé d'office.
Sieur Gérôme-Henri Rottinghaufzemm, âgé de 28 ans, maître tailleur à Paris, demeurant en la maifon où nous fommes, etc. Dépofe comme defTus.
Sieur Nicolas Lacroix, âgé de 19 ans, comédien dudit fpectacle, demeurant à Paris, boulevard du Temple, etc. Dépofe qu'hier fur \ts cinq heures un quart de l'après-midi, étant audit fpectacle, il a entendu dire que ledit Lortias venoit de tomber fous le théâtre par une trappe qui étoit refiée ouverte. Qu'il a aidé â le porter chez ledit fleur Rottinghaufzemm, où il a paffé la nuit auprès de lui et qu'il eft décédé ce matin â fept heures un quart.
Signé : Lacroix.
Sieur Louis Mellet, âgé de 37 ans, chirurgien â Paris, y demeurant, me Notre-Dame-de-Nazareth, paroifTe St-Nicolas-des-Champs , etc. Dépofe qu'hier fur les cinq heures du foir, il a été requis par le fieur Nicolet pour donner des fecours audit Lortias, danfeur dudit fpectacle, qui venoit de faire une chute d'environ 20 pieds de haut, et qu'après l'avoir vifité, il a trouvé que le fleur Lortias étoit tombé fur la partie droite de la tête et qu'il y avoît â craindre pour fes jours, attendu le refoulement ou commotion du cerveau, ce que la mort dudit Lortias, arrivée douze heures après, a prouvé (i).
Signé : Mellet; Vanglenne.
{Archives des Comm., no 5005.)
LOUVAIN (M"*), actrice du boulevard, faisait en 1786 partie de la troupe de F Ambigu-Comique, et a joué à ce théâtre le vendredi 3 mai de cette même année Eglé, dans Tout comme il vous plaira, ou la Gageure favorable, comédie en un acte, en prose, de Sedaine le jeune. L'année suivante. M"* Louvain
(i) Cet accident, arrivé pendant le temps pascal, époque où les thé&trcs étaient fermés au public, eut lien pendant une répétition et non pendant une représenution.
Loyson. — Lu:(^y. 8i
était engagée au spectacle des Petits -Comédiens de S. A. S. M. le comte de Beaujolais, et elle avait un rôle dans le Nouvel Œdipe, ou l'Homme singulier, petit drame représenté à ce théâtre en novembre 1787.
(Mémoires secrets, XXXVI 198. — Brochure intitulée : Tout comme il vc us plaira, Paris, Cailleau, i79(-)
LOYSON (Guillaume), directeur d'un théâtre appelé le Rende:(^vous des Champs-Elysées, en 1790, montra ensuite des figures de cire, avec Anne Maurice, sa femme ; arrêtés tous deux en 1793 , pour avoir fait voir au public une figure de Charlotte Corday, ils furent enfermés dans la prison des Carmes et comparurent au Tribunal révolutionnaire, qui les condamna à mort le 9 thermidor an II. Ils furent exécutés le même jour.
{Archives Nationales, W, 43), n® 975. — Mémoires de Madame Elliott,)
Voy. Beaubois.
UCIER (M"*), actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, y jouait les amoureuses en 1782.
(Journal de Paris, i» mai 1782.)
LUZY (Dorothée), née en 1747, actrice de TOpéra-Comique, où elle débuta en 1757 comme danseuse, a joué entre autres rôles à ce théâtre Crispin dans le Soldat magicien, opéra comique en un acte, en prose, mêlé d'ariettes et de vaudevilles, paroles d'Anseaume, musique de Philidor, représenté le 14 août 1760. Lors de la réunion de TOpéra-Comique à la Comédie-Italienne en 1762, M"« Luzy passa au Théâtre-Français, et y remplit remploi des soubrettes.
{Histoire de l'Opéra-Comique, II, 107. — Biographie Didot.)
Sp. — u. 6
LYONNOIS, dit le Basque, acteur du théâtre des Grands- Danseurs du Roi, où il remplissait divers emplois, tels que les mimes, les travestis. Il jouait dans la perfection du tambour de basque, et ce sont ses exercices sur cet instrument que Ton annonce dans les programmes de Nicolet par ces simples mots : le Basque,
{Almanach forain, 1773. — Galerie historique de la tromp$ de Nieolet, par de Manne et Ménétrier, 16.)
I AGITO (Philippe), acteur forain et entrepreneur I de spectacles, remplissait en 1741 les rôles acces- I soires dans la Grande Troupe étrangère, dirigée par I Restier et la veuve Lavigne. C'est ainsi qu'il a joué un garçon de café et un génie infernal dans Arlequin et Colombine captifs, ou l'Heureux désespoir, pantomime de Matnbray, représentée par cette troupe le 3 février 1741 à la foire Saint-Germain. En 1752 et 1753, Magito s'était feit le cornac d'un monstre qu'il promenait et faisait voir pour de l'argent aux foires et sur le quai de l'École; il avait surnommé ce monstre l'Enfant gras. L'incendie qui détruisit la foire Saint-Germain en 1762 n'épargna pas l'humble loge où le pauvre saltimbanque cherchait à gagner sa ne; son petit spectacle fut brûlé et il se borna à réclamer une indemnité de cent livres qui, nous l'espérons, lui fut accordée. A partir de cette époque, nous n'avons plus rencontré Magito.
(ArcUvIiJli Comm., n» 6:3. — DUHftiiir, i,i
L'an 17;;, le jeudi 28 juin, cinq heures de relevée, par-devant nous Thomts-Jein-Jofeph Rcgnaudet, etc., eft comparu Philippe Magito, Hollandais de nation et comédien, demeurant à Paris, rue it l'Arbre-Sec, paroifle St-Germain-l'AuxerTois : Lequel nous a fait plainte contre le nommé Betkman, auflî Hollandois, père de Chriflophe Beckman, dit l'Enfant gras, ^ de quatre ans ou environ, lequel on voit par curiorité aux foires Si- Gcnnain et St-Laureu et hors les foires au bout du Pont-Neuf, fur le quai
de rËcole, en une baraque roulante appartenant au fieur Hachard ci-après nommé, et encore contre ledit Hachard et dit que, fuivant les conventions verbales d'entre lui plaignant et ledit Beckman qui furent que lui Magito feroit chargé dudit enfant pour Tamener et le faire voir au public à Paris et en route et que les bénéfices , enfemble ceux des comédies que repréfentefoit ledit Magito feroient partagés par moitié; qu'enfuite lui Magito feroit engagé de remettre ledit enfant dans fon pays et dans fa famille. Le plaignant étant, avec fon frère et fa femme et ledit Enfant gras, qui lui avoit été confié, parti de Hollande au mois de décembre dernier pour fe rendre en France, et ayant féjourné à Anvers où ledit Beckman Teft venu joindre avec fa fille fix femaines ou environ après, lui Magito a fidèlement partagé avec Beckman père les émolumens tant de TEnfant gras que des repréfentations de comédies et jeux faits par le plaignant et fon frère en ladite ville d'Anvers, et étant tous arrivés à Paris pour l'ouverture de la foire St- Germain dernière, ils s'y font établis et ont continué à faire voir ledit Enfant gras et jouer par l.e plaignant et fon frère leurs comédies et voltigemens de corde, le tout roulant fur le compte du plaignant qui, pour cet effet, a loué les baraques à ladite foire, payé tous les frais d'icclles en pauvres, pain béni et autres fuivant les quittances qu'il en a retirées, en forte qu'il n'y avoit et n'y a encore actuellement d'autre propriétaire connu dudit enfant que lui.
Après la clôture de ladite foire, il a voulu s'en retourner avec fon frère et ledit Enfant gras en Hollande où fondit frère, comme comédien, avoit des engagemens pour la Haye et autres villes de Hollande ; mais Beckman lui ayant repréfenté qu'ils pouvoient gagner gros en refiant à Paris pour continuer d'y faire voir ledit Enfant gras ; qu'à cet effet ils s'établiroient fur ledit quai de l'École en une baraque roulante appartenant audit Hachard et qu'il s'affocieroit avec eux, le plaignant y ayant confenti et fous la promefTe du traité ci-après, laiffa partir fon frère feul, ce qui lui a fait un préjudice de plus de trois mille livres.
Suivant les propofitions de Beckman, il fut fait, le 20 mars dernier, un écrit entre eux, le plaignant et ledit Hachard, portant fociété, par lequel écrit il eft dit que Hachard fournira la baraque, les frais autour d'icelle, la permiffion de faire valoir ladite fociété dans laquelle il réfultera un quart à fon profit, fans être tenu d'aucuns frais, et que lefdits plaignant et Beckman feront libres de partir quand ils voudront, fans pouvoir quitter Hachard que pour leur départ et non pour s'affocier avec un autre.
En conféquence de cet écrit, le plaignant a continué jufqu'à ce jour comme auparavant et a rempli les conditions y portées.
Au préjudice de ces conventions par lefquelles Hachard ne peut non plus faire aucune autre fociété, le plaignant, qui comptoit fe rendre auprès de fon frère en Hollande avec ledit Beckman, fuivant fa parole lors dudit écrit de fociété, a été furpris d'apprendre que, par l'infidélité la plus caractérifée, Hachard, dans l'intention de fruflrer le plaignant des gains et bénéfices de cette fociété et de l'en évincer, s'efl accordé, il y a environ huit jours.
Magne de Saint- Aubin . 8 5
par écrit ou verbalement, avec Becktnan pour aller s'établir à la foire St-
Laurent prochaine ou courir le pays avec ledit Enfant gras, et par ce moyen
en dépouiller le plaignant contre toute bonne foi et conventions faites entre
lui et ledit Beckman : A quoi ce dernier, qui y trouve fans doute une
portion plus avantageufe, ayant confenti, ils font fur le point de partir dans
deux jours au plus tard avec ledit Enfant gras dont ils prétendent dépouiller
le plaignant. Mais comme il ne feroit pas jude qu'un procédé aufll inique
eût lieu, furtout en ce que le plaignant, par fa qualité de comédien, a
procuré un bénéfice confidérable à ladite fociété, laquelle ne fera pas aufli
avantageufe qu'ils fe l'imaginent en étant féparés; que d'ailleurs le retard
du départ du plaignant lui caufe un préjudice de plus de trois mille livres,
comme il l'a ci-delTus obfervé, et que fi le plaignant fe trouvoit obligé de
partir feul fans ledit Enfant gras, qui eft plus que fuffifant pour le défrayer
fur la route, il fe trouveroit hors d'état de le faire, les charges et dépenfes
ayant, pour ainfi dire, excédé les gains, dans l'intention où il eft d'obliger
ledit Beckman à tenir la convention ci-deffus et de ne point partir fans lui
et ledit enfant ou de refter enfemblc fur le même pied, il a été confeillé
de nous rendre la préfente plainte.
Signé : Regnaudet.
{Afêàivts des Comnt., n" 4461.)
AGRINI, danseur de corde du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1785.
{Journal d* Paris^ 20 fcvrier 178$.)
MAGUE DE SAINT-AUBIN, auteur dramatique et acteur du boulevard, a joué chez Nicolet aîné, où il débuta par le rôle de Frontin dans la Couturière, chez Nicolet cadet, dans une troupe de province dirigée par un ancien acteur de Nicolet aîné, nommé Claude Leclair, et enfin à l'Ambigu-Comique, où il débuta dans le Parisien déniaisé, pièce dont il était l'auteur. Mague de Saint- Aubin a encore joué à ce théâtre Carmagnole , pre^ mier laquais, rival de Guillot Gorju, dans Carmagnole et Guillot Gorju, tragédie pour rire en un acte, en vers, par Dorvigny et Dancourt, représentée le 2 janvier 1782, et Dupré père dans le Cabinet des Figures, ou le Sculpteur en bois, comédie en un acte, en prose, dont il était l'auteur, représentée le 25 juillet 1782. En
1783, Mague de Saint- Aubin faisait encore partie de la troupe de TAmbigu-Comique.
{Le Chroniqueur désœuvré, II, ji. — Brochures intitulées : Carmagnole et Guillot Gorju. Avignon, Gârrigan, 1791 ; le Cabinet des Figures. Paris, Cailleau, 1784.)
AGRINI, danseur de corde du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1785.
{Journal de Paris, 20 février 178$.)
AJLLARD (Jean-François CAVÉ, dit),
MAILLARD (Jacqueline DUMÉE, femme), acteur et actrice de la foire. Maillard, qui avait d'abord porté le petit collet, débuta à la foire Saint-Germain en 1 7 ii, au jeu de Nivellon, où il remplissait les rôles de Scaramouche. Dei7i2ài7iitilfit partie de la troupe de la dame Baron, puis il alla donner des représentations en province. De retour à Paris, en 1 721, il entra à la foire Saint-Laurent dans l'association formée par Pierre Alard, -M"* Daigremont , Baxter et Lalauze pour l'exploitation d'un opéra comique. Cette entreprise n'ayant pas réussi. Maillard retourna jouer en province.
Jacqueline Dumée, sa femme, était la fille d'un officier de cuisine de Catinat; elle était raccommodeuse de dentelles quand elle s'engagea au jeu d'Alexandre Bertrand, où elle rencontra Dolet. Celui-ci la fit entrer dans une troupe dirigée par lui et qui donnait des représentations en province dans l'intervalle des foires. C'est pendant une de ces tournées dramatiques qu'elle fit la connaissance de Maillard et qu'elle l'épousa. En 171 1 elle jouait avec son mari au jeu de Nivellon ,etdei7i2ài7i6 elle fiit engagée chez la dame Baron, où elle a créé entre autres rôles Colombinc dans Colombine Arlequin et Arlequin Colombine, opéra comique en un acte et en vaudeville, sans prose, par Lesage, représenté sur le théâtre de Belair, exploité par la dame Baron, sous le nom de Baxter et Sorin, à la foire Saint-Germain de 171 5. Lors des débuts
Mailli. — Maillot. 87
de M"* Delisle sur le même théâtre en 17 16, M"* Maillard ne voulant pas soutenir la lutte avec une actrice plus jeune et plus jolie, alla donner des représentations en province avec son mari et ne revint à Paris qu'à la foire Saint-Laurent de 1721, pour entrer avec lui dans la société formée pour l'exploitation de l'Opéra- Comique. Elle mourut des suites d'une chute au mois de septembre de cette même année (i).
{Mémoires sur Us Speetaelts de la Foire, I, 120, I32. — Dictionnaire des Théâtres, II, 113 ; III, aji, 292.)
MAILLÉ , arteur de TAmbigu-Comique (2), a joué à ce théâtre le rôle de M. Dumont dans les Trois Liandres, ou
les Noms changés , comédie en un acte, en prose, par M. S ,
représentée le mercredi 22 avril 1786.
(Brochure intitulée : tes Trois Léandres, Paris, Câiileau, .1786.)
MAILLOT (Nicolas), danseur de corde, remplissant l'emploi des Gilles, faisait partie de la troupe d'Alard en 1701.
Voy. ÂLARD (6 octobre 1701).
MAILLOT (Pierre), fils du précédent, danseur de corde, faisait partie de la troupe d'Alard en 1701.
Voy. Alard (6 octobre 1701).
(f) Il existe fur MailUrd et sur sa femme une anecdote piquante que Brazier raconte en ces termes, d*après les frères Parfaict : « Une charmante actrice, W^' Maillard, femme de Maillard, qui jouait les Scaramomches, était la meilleure colombine de cette époque. Les scandales ne manquaient pas plus alors qu'aujourd'hui. Maillard, mari de cette colombine, étant un jour à la foire Saint-Laurent, dans la boutique d'un sieur Dubois, limonadier, la demoiselle Maillard vint à passer pour se rendre au théitre et le salua. On demanda à Maillard s'il connaissait cette jolie actrice : « Eh I cadédis », répondit-il, « je suis pour le moins son amant !» — • Touchez là », lui dit un jeune officier qui ne le connaissait pas, « je puis vous en dire autant. » Maillard quitta le ton plaisant pour apprendre à l'indiscret qu'il parlait au mari même de cette actrice. « Ma foil» repartit l'officier, « je suis fUhé d'avoir été sincère, mais j'ai dit la vérité. » Maillard se battit et fut blessé comme cela devait être. {Histoire des Petits Théâtres, I, 253.)
(2) Je ne crois pas me tromper en disant que l'acteur de l'Ambigu-Comique Maillé, et l'auteur dramatique Maillé de Marencourt, qui fit représenter à ce théAtre diverses pièces : l'Homme noir, ou le Spleen, comédie en deux actes, en prose, l'Homme comme il y en a peu, comédie en deux actes, en prose, et qui travailla aussi pour les Variétés-Amusantes, pour les Ombres-Chinoises de Séraphin, etc., etc., ne sont qu'un seul et même personnage.
MAISONNEUVE, danseur de corde dans le jeu du nommé Sauvât, joueur de marionnettes, à la foire Saint-Laurent de 1754. Ce Maisonneuve changea de nom peu après et se fit appeler Neufmaison.
Uan 1754, le mercredi 25 feptembre, une heure dé relevée, en Thôtel et par-devant nous François Bourgeois, etc., eft comparue Marie-Charlotte Maure, fille âgée de 20 ans, ouvrière en broderie, demeurante actuellement chez la dame Calmejeanne, maîtreffe fage-femme, rue Aubry-le-Bouchcr, paroiffe St-Leu-St-Gilles : Laquelle nous a dit que s' étant trouvée à la foire St-Germain dans le jeu du fieur Sauvât, joueur de marionnettes, dans le mois de février dernier, elle y a fait la connoilTance du nommé Maifonneuve, maître à danfer, qui danfoit pour ledit Sauvât : Lequel après avoir fait beaucoup d'amitié à la comparante, lui a plufieurs fois propofé de lui montrer à danfer. La comparante, qui demeuroit pour lors chez fa mère, repréfenta audit Maifonneuve que fa mère ne fouffriroit pas qu'elle apprit à danfer, mais ledit Maifonneuve offrit de lui enfeigner dans la chambre qu'il occupoit au cinquième étage de la maifon où demeure la veuve Maifonneuve, fa mère, maîtreffe potière d'étain au Marché-Neuf. La comparante a eu la facilité d'aller dans ladite chambre où ledit Maifonneuve lui a donné environ trente ou quarante leçons et, en les lui donnant, il lui a fait entendre qu'il l'aimoit véritablement et qu'il avoit deffein de Tépoufer. La comparante, comptant fur fes promeffes, ledit Maifonneuve eft venu à bout de la féduire en lui réitérant fes promeffes de l'époufer, ec la comparante fe trouve enceinte de fes œuvres d'environ fept mois ; que même ledit Maifonneuve a communiqué à la comparante une maladie vénérienne. La comparante, fe trouvant tout à la fois attaquée de cette maladie et enceinte, a été obligée de fc retirer chez ladite dame Calmejeanne où fon mari, qui eft chirurgien, l'a traitée et où elle eft reftée pour faire fes couches. Et comme ledit Maifonneuve refufe d'époufer la comparante, même de fournir ce qui eft néceffairc pour fa fubfiftance, pour les frais de fa maladie et de (qs couches, elle s'eft retirée pardevant nous et nous a fait la préfcntc déclaration.
Signé : Bourgeois.
(^Archives des Corn m., n° 1227.)
Voy, Neufmaison.
MALAGA (M"^), Tune des plus célèbres danseuses de corde des Grands-Danseurs du Roi, a débuté à ce théâtre le jeudi 4 novembre 1784. Voici en quels termes un écrivain de nos jours, M. V. Fournel, a apprécié cette artiste : « Jeune personne à la
Malter. 89
physionomie suave et rêveuse, funambule de l'école métaphysique, pleine de poésie et d'expression, qui dansait sur la corde avec les ailes d'une sylphide et les grâces décentes chantées par Horace. »
(Journal de Parts, 4 novembre 1784. — V. Fournel, cité dans les MerveilUs de la Force et de l'Adresse, par G. Depping, 190.)
MALTER (François-Duval), l'un des directeurs du spectacle des Variétés- Amusantes depuis 1779 jusqu'à la fin de 1784, époque où il fut dépossédé par Gaillard et Dorfeuille.
Sur la requête préfentée au Roi étant en fon Confeil, par François-Duval Malter, ci-devant premier danfeur de l'Opéra, maître des ballets, propriétaire pour un tiers conjointement avec le fieur Hamoire et le fieur Mercier, auffi chacun pour un tiers, du fpectacle des Variétés-Amufantes, contenant qu'un arrêt du propre mouvement de Sa Majefté qui évoque à elle et à fon Confeil les conteRations nées et à naître entre les fupplians et les fieurs Gaillard et Dorfeuille, leur donne l'avantage de fe préfenter aux pieds du trône pour réclamer contre les fieurs Gaillard et Dorfeuille les reftes malheureux d'une fortune qu'ils ont facrifiée à l'établiffement du fpectacle des Variétés-Amufantes dont ils avoient reçu le privilège de la bienfaifance et de la judice de Sa Majeflé.
Le fieur Léclufe a obtenu, en 1778, le privilège d'élever un fpectacle forain auquel il a donné fon nom ; mais comme il n'avoit ni la fortune, ni les talens néceflfaires pour réufGr dans ce genre, fon fpectacle ne put fe foutcnir. Il devoit 44,822 1. 11 f. 10 d. qu'il avoit feulement dépenfés en une année. Trop vivement preffé par fes créanciers, il fut obligé de fe réfugier au Temple. Le fuppliant fe préfenta avec le fieur Hamoire pour reprendre fon privilège. Ils eurent l'agrément du fecrétairc d'État ayant le département de Paris et celui du fieur Lieutenant général de police, mais à condition, néanmoins, qu'ils paycroient cette dette du fieur Léclufe et qu'ib lui feroient une pcnfion de 4,000 1. par année. Ils furent encore chargés de payer au fieur Bigotini, à qui on avoit fait efpérer la direction de ce fpectacle, une fomme de 6,000 1. Dès ce moment, le fuppliant et le fieur Hamoire fe mirent en poffeffion du fpectacle du fieur Léclufe auquel ils donnèrent le nom de Variétés-Amufantes. Mais, pour le rendre digne du titre qu'ils lui avoient donné, il falloit faire beaucoup de dépenfés. Auffi, après s'être aflbciés le fieur Mercier pour faire une partie des fonds, en firent-ils de confidérables pour établir ou louer et monter les trois falles qui font nécefiaires, l'une fur le boulevard, l'autre à la foire St-Germain, et la troifième à la foire St-Laurent. Comptant fur la durée de leur privilège qui,
fuivant Tufage, devoit être au moins de 15 ans, ils ont acheté, avec la permiflion du minidëre et du fieur Lieutenant général de police, une maifon et un terrain rues de Bondi et de Lancri, pour y condruire une falle. Elle futy en effet, conftruite et ils s'en fervoient utilement lorfque l'Opéra ayant été établi à la pohe St-Martin, il leur fut ordonné de ne pas fe fervir de leur falle rues de Bondi et de Lancri les jours de l'ouverture de l'Opéra et de ne fe fervir, ces jours-là, que de leur falle à la foire St-Germaîn, qui ne tenoit pas alors et qui, conféquemment, n'étoit pas fréquentée. Pour faire cefTcr cet inconvénient funefte pour le fpectacle, le fuppliant et fes aifociés ont été obligés de prendre à bail la falle des Élèves de l'Opéra et de vendre, à vil prix, leur terrain et leur falle rues de Bondi et de Lancri. Le bail de la falle des Élèves eft du 24 avril 1784, pour neuf ans; le fieur Lieutenant général de police l'a approuvé de fa fignature. On conçoit aiTez que les conftructions, les décorations de ces trois falles et les habits des acteurs pour chaque rôle, doivent avoir coûté beaucoup : auffi les ouvriers et les foumiiTeurs ont-ils accordé de longs termes pour les payemens, fans doute en conûdération de l'excès qu'ils ont mis dans leurs mémoires et par conûdération pour le fuppliant et fes aifociés qui s'étoient réduits à ne toucher que chacun 1,000 1. par année jufqu'à ce qu'ils fuflent payés. Ce n'étoit pas aiTez d'avoir pourvu aux emplacemens et aux décorations, il falloit des pièces et des acteurs. Le fuppliant et fes aflbciés favoient que leur fpectacle ne feroit goûté et foivi qu'autant que les pièces feroient bonnes, honnêtes, décentes et que les acteurs auroient des talens; ils n'épargnèrent rien pour remplir ces deux objets. Audi voit-on qu'ils ont payé aux auteurs 50,000 1. et que les appointemens des acteurs montoient annuellement de 72 à 75,000 1. Tant de facrifices foutenus de beaucoup de zèle et de complaifance pour le public, ne purent manquer d'avoir un brillant fuccès. Le public fatisfait fe portoit en foule aux Variétés-Amufantes. Les recettes étoient confidérables. Le fuppliant et fes aifociés auroient liquidé leurs dettes en très-peu de tems; mais Sa Majedé ayant fait ordonner qu'il feroit payé à l'Opéra d'abord 12 livres, enfuîte 36 livres par chaque repréfentation, et enfuite aux hôpitaux le quart de toute la recette même fans déduire aucune dts dépenfes, cette double perception montoit par chaque année, la première à plus de 12,000 1., la féconde à plus de 51,000 1. Néanmoins, le fuppliant et fes aifociés voyoient encore d'aflez près le terme où ils dévoient avoir fatisfait leurs créanciers lorfqu'il plut à Sa Majefté, par lettres patentes du 18 juillet 1784, d'accorder à l'Académie royale de mulique le privilège exclufif d'exercer et faire exercer tous les théâtres forains ; mais, en lui accordant ce privilège, l'intention de Sa Majellé n'étoit certainement pas qu'elle profitât des dépenfes qu'avoient faites les propriétaires de ces fpectacles. Tout annonce au contraire que la volonté de Sa Majefté étoit qu'ils fulfent indemnifés. Le fieur Gaillard, ci-devant chanteur aux luliens, et le fieur Dorfeuille, lalfés d'avoir inutilement couru la fortune fur les théâtres de Lyon et de Bordeaux dont ils ont été alternativement les directeurs, voulurent eifayer s'ils ne feroient pas plus heureux
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à Paris. lis fe préfentèrent à l'Académie royale de mufique pour prendre à bail les fpectacles des Variétés-Amufantes et d'Audinot. Que rifquoient-ils? Ils n*avoient rien : ils ne pouvoient rien perdre. Ils offrirent 30,000 1. par année pour chaque théâtre, c'étoit 60,000 1. pour les deux. Cette propofition avantageufe fut favorablement écoutée par TAcadémie royale de muûque et d*après la procuration du 30 août dernier, le mandement et la décifion du (leur fecrétaire d*Ëtat ayant le département de Paris et l'ordonnance du fieur Lieutenant général de police, il fut paflé bail aux fieurs Gaillard et Dorfeuille le 18 fepterabre 1784. Le fuppliant et fes alTociés auroient défiré connoftre cette procuration, ce mandement et cette ordonnance en vertu defquels le bail a été fait. Sans doute, ils y verroient les ordres exprès du miniftre d'impofcr aux fieurs Gaillard et Dorfeuille l'obligation de les indemnifer entièrement. Mais les fieurs Gaillard et Dorfeuille, à qui ces pièces fontfûrement contraires, fe font bien gardés de les leur communiquer, quoiqu'ils en aient été fommés juridiquement. Au relie, on peut juger des ordres du miniftre par les daufes mifes dans le bail du 18 feptembre. Par cet acte « Le fieur Janfen a affermé pour 15 ans, à compter du i«' janvier 1785, aux fieurs Gaillard et Dorfeuille, la portion du privilège accordé à l'Académie royale de mufîque par l'arrêt du 18 juillet précédent, pour l'exploitation des fpectacles connus fous les noms d'Ambigu-Comique et des Variétés-Amufantes, moyennant 60,000 1. de loyer par an, à raifon de 30,000 1. par chacun, payables par quartier d'avance. Pour par eux régir et gouverner lefdits fpectacles, foit dans leurs emplacemens actuels, fi les ûeurs Gaillard et Dorfeuille en traitent avec les propriétaires, foit dans tous autres endroits qu'ils fe procureront avec l'agrément du fieur Lieutenant général de police et aux charges et conditions auxquelles ils fe font foumis folidairement» favoir : i* ils fe conformeront aux règlemens de police pour l'adminiftration intériecu'e et extérieure defdits fpectacles ; 2^ ils payeront aux anciens directeurs defdits fpectacles les indemnités ou penfions qu'ils ont droit de prétendre légitimement; 3^ ils maintiendront et exécuteront tous les marchés faits par les entrepreneurs actuels de l'Ambigu-Comique et des Variétés- Amufantes avec les différens fujets employés à ces fpectacles jufqu'à la dômre annuelle et prochaine defdits théâtres ; 4*^ ils s'arrangeront fi faire fe peut et fi bon leur femble avec les propriétaires et créanciers des Variétés- Amufantes et avec le fieur Aiidinot et autres propriétaires du fpectacle de l'Ambigu-Comique et traiteront avec eux tant des falles que de tout ce qui fert â l'exploitation defdits fpectacles en quoi qu'il puiflfe confifler, â l'amiable, ou â dire d'experts, de manière que l'on ne puiffe rien imputer â l'Académie s'il arrivoit ceffation de fpectacle. S'obligeant lefdits fieurs Dorfeuille et Gaillard de la garantie de tous événemens â ce fujet. Lefdits Dorfeuille et Gaillard pourront entrer en jouifTance dudit privilège pour les Variétés- Amufantes dès le i*' octobre prochain et en ufer â cette époque, en payant toutefois â ladite Académie royale de mufique, entre les mains de fon caiflier, les trois mois dudit loyer d'avance, fur le pied defdites 30,000 1. convenues
pour chaque année dudit bail pour le fpectacle des Variétés-Amufantes. A regard de TAmbigu-Comique, ils ne potirront ufer dudit privilège qu*à compter dudit jour premier janvier prochain, jufqu'au quel tems la faculté d'ouvrir fon fpectacle eft laiflée à Tancien directeur aux mêmes conditions que par le pafTJ. »
On voit régner dans cet acte cet efprit de juflice et d*équité qui dirige toutes les décifions du Confeil de Sa Majedé. C'ed ce même efprit qui a préfidé à la rétroceflion faite au fuppliant et fes afTociés en 1779 ^^ privilège du fieur Léclufe, à la charge de payer ce qu*il avoit dépenfé et devoit et de lui faire une penfion de 4,000 livres. C*eft enfin ce même efprit qui a dirigé les claufes du bail fait par TAcadémie royale de mufique aux fleurs Gaillard et Dorfeuille. D'après ce bail, ils pouvoient, au i*' octobre, exercer le privilège qu'avoit autrefois le fuppliant et fes affociés, de jouer la comédie fur le théâtre des Variétés-Amufantes, mais il eft clair qu'il falloit d'abord qu'ils payaffent aux fupplians les indemnités et penfions que l'acte déclare leur être dues et que, s'ils vouloient fe fervir de leurs falles et de tout ce qui fert à l'exploitation de ce fpectacle, ils commençaffent par traiter avec eux, cela étoit indifpenfable ; que jufque-là le fuppliant et fes aflbciés, qui ne pouvoient pas leur empêcher de jouer la comédie puifqu'ils en avoient feuls le privilège, ètoient en droit de leur refufer leurs falles, leurs décorations, leurs habits et leurs pièces. Mais les fieurs Gaillard et Dorfeuille, au lieu d'exécuter les claufes de leur bail et de traiter à l'amiable avec le fuppliant et fes afTociés de leurs falles et de tout ce qui en dépend, s'en font emparés fans bourfe délier, fe contentant de leur faire faire, par exploit du 25 feptembre, des offres dérifoires de fatisfaire aux engagemens contractés et autres objets légitimement dus et fondés en titre, le tout d'après l'examen des pièces : comme fi des oflfres de cette nature pouvoient tenir lieu de payement et de traité. Le fuppliant et le fieur Hamoire lui ont répondu le 30 du même mois par un acte extrajudiciaire dans lequel ils leur ont déclaré quelles ètoient et à quoi montoient les indemnités qu'ils exigeoient ; ils ont en même tems fommé les fieurs Gaillard et Dorfeuille de les leur payer finon , ou faute de le faire dans le jour, ils leur ont déclaré qu'ils s'oppofoient à ce qu'ils fe ferviffent de leurs falles et de tout ce qui en dépendoit, à ce que les perfonnes chargées des clefs leur ouvriffent les portes, enfin à ce qu'on repréfentât aucune de leurs pièces. Ce réquifitoire fut non-feulement fignifié aux fieurs Gaillard et Dorfeuille, mais encore à toutes les parties intèrefTées et aux auteurs. Toutes les demandes du fuppliant et du fieur Hamoire ètoient on ne peut plus juftes ; les fieurs Gaillard et Dorfeuille ne pouvoient fe difïïmuler que leur titre de ceffionnaires du privilège de l'Opéra ne leur donnoit pas le droit de s'emparer des falles du fuppliant et de tout ce qui en dépendoit : ils commencèrent par fe faire un titre apparent et pour cela ils s'adrefïèrent à la majeure partie des créanciers des fupplians avec lefquels ils oflfrirent de traiter de leurs créances. Ces créanciers, qui ètoient des fourniflfeurs dont les mémoires non arrêtés ètoient fufceptibles d'une réduction
Malter. 93
confidérable, traitèrent facilement avec les fieurs Gaillard et Dorfeuille; et il y a lieu de croire qu'ils diminuèrent de beaucoup leurs prétentions. Ils paflèrent des actes devant notaires les i, 5 et 6 octobre par lefquels les fieurs Gaillard et Dorfeuille parurent avoir acheté et payé 116,523 1. de créances, mais l'acte même fournit la preuve qu'ils n'en ont réellement payé que 23,125 livres, (i toutefois cette fomme n'efl pas, comme on doit le croire, le prix des facrifîces que les créanciers auront faits ; le furplus, montant à la fomme de 93,128 livres, eft annoncé leur avoir été prêté par un homme qui eft leur commis pour leur livre de ferrurerie. C'ed une rufe dont ils fe font fervis pour paroitre être les ceflionnaires des créanciers et diffimuler les conventions fecrètes dont le fuppliant et fes aflbciés ne doivent jamais être les victimes. Munis d'un acte authentique en apparence, les fieurs Gaillard et Dorfeuille qui n'avoient ^as ofé fe mettre en pofTeflion des falles du fuppliant et de fes aflfociés fans cette précaution et qui, conféquemment, n'avoient pu au i" octobre exercer le privilège que leur avoit concédé l'Opéra de faire jouer la comédie au lieu du fuppliant et de fes afTociés, déclarèrent hautement leurs intentions. Ils annoncèrent qu'en qualité de ceflîonnaires des créanciers du fpectacle des Variétés-Âmufantes, ils avoient àçs droits certains fur leurs falles de fpectacle. Ils fe fervircnt de ce vain titre pour en impofer à l'autorité fupérieure et forcer le fuppliant et fes afTociés à leur laifTer tranquillement envahir leur fortune. La foire St-Laurent finifToit le 10 octobre ; ils voulurent jouer le 1 1 pour la première fois dans la falle des boulevards. Ils s'emparèrent dès le 7 de la falle et du magafm général et enfuite, défirant avoir en apparence les formes de leur côté, ils firent, le 8 octobre, en vertu de l'ordonnance du fieur Lieutenant général de police appofée au bas de la requête qu'ils lui ont préfentée, afllgner le fuppliant et fes afTociés à comparoir le 1 1 devant le magidrat pour voir dire que « !• M« Vanglenne, commiffaire , procéderoit à l'inventaire de tous les objets mobiliers du fpectacle et étant dans les trois falles et dans les magafins des Variétés, pour, jufqu'à la clôture de cet inventaire, ces objets mobiliers demeurer en la garde de ceux qui en font chargés, être enfuite par eux remis aux fleurs Gaillard et Dorfeuille qui s'en chargeront, récolcment préalablement fait; 2^ et cependant que dès le jour de cette requête, par provifion et fans attendre la clôture de l'inventaire, attendu l'urgence du cas, ils fuffcnt autorifés à fe fervir, tant de la falle des boulevards que de fes décorations, habits, uftenfiles, pièces et autres objets pour le jour de la rentrée de ce fpectacle fur les boulevards (i i octobre), de la même manière et ainfi que les créanciers dont ils ont acquis les droits, étoient dans celui de s'en fervir, et à faire même, dès le moment de cette requête (7 octobre), les préparatifs pour l'ouvermre, aux offres de ne rien dénaturer jufqu'à la clôture de l'inventaire provifoire, aux offres que les fleurs Gaillard et Dorfeuille ont réitérées, par cette requête, d'exécuter les engagemens et marchés faits avec les acteurs et autres fujets avec lefquels il en a été fait par les précédens entceprencurs et leurs créanciers unis. » Les fupplians remarqueront en
pafTant, pour fe judifîer de Timputation calomnieufe que les fleurs Gaillard et Dorfeuille leur ont faite d'élever des conteftations, que ce font eux-mêmes qui ont employé les premiers les fecours des tribunaux. Cette demande des fleurs Gaillard et Dorfeuille étoit abfolument inutile. Pourquoi demander rinventaire et la jouifTance provifoire de tout ce qui fervoit à Texploitation du fpectaclc des fupplians puifqu'à ce moment et dès le 7 du même mois ils s*étoient mis en poflefllon de la falle des Élèves de TOpéra qui étoit le magafm des trois falles et qu'ils avoient fait menacer les fupplians de prifon s'ils paroiffoient ? N*étoit-ce pas une véritable dérifion ? A quoi pouvoit fervir cet inventaire s'il n' étoit pas accompagné d'une prifée ? Et qui pouvoit faire cette prifée fi ce n'efl les gens de l'art chacun dans leur partie ? Le fuppliant et fes affociés n'ayant pas jugé à propos de comparottre, fentence e(l intervenue le 1 1 qui, au principal, renvoya les parties à l'audience et, fur le provifoire, adjuge aux fieurs Gaillard et Dorfeuille leurs conclufions. Les fieurs Gaillard et Dorfeuille ne purent faire fignifier cette fentence que le II fort tard et donnèrent en même tems affignation au 12 pour être préfens à l'état ordonné. Mais la falle fut ouverte pour le public le 11 à 4 heures. Les repréfentations furent faites ce jour; ainfi, quand les fieurs Gaillard et Dorfeuille n'auroient pas été en poflefllon à cette époque, ce qui eft impoffible puifqu*il falloit qu'ils préparaflfent les pièces, les décorations et les acteurs, il efl bien certain qu'ils avoient mis la main fur le magafm du fuppliant et de fes aflbciés et fur tout ce qu'il contenoit avant que l'inventaire ordonné pût être commencé. Le fuppliant auroit pu, fans doute, trouver dans les formes et dans les tribunaux fupérieurs des moyens certains d'arrêter l'exécution de la fentence du fieur Lieutenant général de police et d'empêcher les fleurs Gaillard et Dorfeuille de fe fervir de ce qui lui appartenoit» mais les voies de forme et de droit auroient empêché ou retardé l'ouverture du fpectacle à 5 heures, le fuppliant fe feroit rendu répréhenflble envers le public et le magifb-at chargé de la police ; on l'avoit d'ailleurs menacé de prifon lui et fes affociés. Le parti qu'il devoit prendre étoit le fllence; mais le fanctuaire de la judice étoit ouvert à leurs réclamations ; ils pouvoient y déférer la conduite des fieurs Gaillard et Dorfeuille et former contre eux toutes fortes de demandes : il n'cfl permis à perfonne de s'emparer du bien d'autrui. Les créanciers du fpectacle commençoient à pourfuivre le fuppliant et fes aflbciés. M* Bigot de la Boiflîère, procureur au Parlement, les avoit fait afllgner au Parlement le 6 octobre, le fieur Duchefne leur avoit donné affigtution au Chàtelet le 7 et les fieurs Gaillard et Dorfeuille avoient faifi le tribunal de la police le 8. Déférés à la fois dans trob tribunaux différens pour des conteflations qui dérivoient de la même fource, le fuppliant, défendeur originaire au Parlement, crut devoir y porter la demande en garantie qu'il avoit droit de former contre les fieurs Gaillard et Dorfeuille. Il préfenta fa requête au Parlement et il y prit contre les fieurs Gaillard et Dorfeuille et contre M^ Bigot de la Boifldère, des conclufions qu'il feroit trop long de rapporter ici. Elles tendoient à faire garantir le fuppliant et fes
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aiTociés de toutes actions quelconques relativement au fpectacle et à leur accorder les indemnités qui leur étoient dues. Cette requête fut répondue d'une ordonnance de viennent et/oient parties appelées. En conféquence, toutes les parties intérefTées furent alignées au Parlement les 25 et 27 octobre; mais, dans le tems que le fieur Malter fe pourvoyoit au Parlement, les fieurs Gaillard et Dorfeuille s' étoient pourvus au Confeil et Sa Majefté a cru devoir rendre, de fon propre mouvement, un arrêt de fon Confeil, le 16 octobre dernier, qui évoque à fon Confeil toutes les conteftations nées et à naître entre les fieurs GaiUard et Dorfeuille et les fieurs Malter, Hamoire et Mercier, drconfiances et dépendances, faifant défenfe aux parties de faire, pour raifon defdites conteftations, aucune procédure ailleurs qu'au Confeil et à tous juges d*en connottre à peine de nullité, caffation de procédures et jugemens, 1,000 1. d'amende et de toutes pertes, dépens, dommages et intérêts. Si le fui^liant eût eu, fur-le-champ, connoilTance de cet arrêt, il fe fût donné de garde de préfenter au Parlement fa requête en garantie contre les fieurs Gaillard et Dorfeuille; mais il ne lui a été fignifié que le 27 après midi, et à ce moment l'ordonnance du Parlement étoit rendue et les alfignations doimées. Plein de refpect pour les ordres fuprêmes de Sa Majefté, le fuppliant n'a point été en avant. Il s'adrefiera à Sa Majedé elle-même puifque Sa Majefté ne dédaigne pas de l'entendre ; il va foumettre à fa juftice les réclamations qu'il a droit de faire contre les fieurs Gaillard et Dorfeuille.
Le fuppliant et fes afibciés étoient-ils propriétaires du fpectacle des Variétés- Amuiantes, des trois falles dans lefquelles fe doimoit ce fpectacle et de tous les objets néceflaires à fon exploitation ? Pouvoient-ils légalement être dépouillés de cette propriété ? L'ayant été de fait, pouvoient-ils obtenir des indemnités et quelles doivent être ces indemnités ? Telles font les queftions qu'il s'agit d'examiner.
Premièrement, le fuppliant et fes afTociés étoient propriétaires du fpectacle des Variétés-Amufantes, des trois falles dans lefquelles fe donnoit ce fpectacle et de tous les objets nécefiaires à fon exploitation. C'eft au Souverain feul qu'appartient le droit d'accorder un privilège d'élever et d'exploiter un fpectacle; Ç\ la conceffion s'eft faite gratuitement, c'efi un don; fi elle eft faite mo3rennant un prix fixé ou une rente, on doit la regarder comme une véritable vente ou un bail qui eft lui-même une vente pour un tems et le concefliomiaire doit s'en regarder comme le propriétaire : il a acheté, il a payé ou paye tous les jours, la chofe lui appartient. Quand Sa Majedé veut accorder le privilège d'élever un fpectacle à Paris, le Secrétaire d'Éut ayant le département de la capitale, donne des ordres au Lieutenant général de police ; le Lieutenant général de police fait les conditions et les conventions, et tout ce qu'il fait efi cenfé émaner de l'autorité fouveraine. Tels font les principes invariables fur lefquels roulent toutes les opérations du miniftère. C'eft de cette manière que le fuppliant et fes afTociés ont obtenu en 1779 la conceffion du privilège d'un fpectacle qu'ils ont appelé les Variétés-Amufantes. Cette concefiion ne leur a pas été faite à titre gratuit, ce n'étoit donc
pas un don. On leur a impofé la condition de payer ^/^yZii 1. 1 1 f. 6 deniers que devoit le fieur Léclufe, de lui faire en outre une penfîon viagère de 4,000 1. et de payer 6,000 1. au fieur Bigotini. Le privilège qu'on leur accordoit étoit donc une vente ; ils l'ont acheté, ils l'ont payé et le payoient tous les jours : ils en étoient donc propriétaires. A la vérité, le tems que devoit durer cette propriété n' étoit pas fixé, mais elle devoit durer autant que le privilège, et comme tout privilège dure ordinairement 15 ans, le fuppliant et Tes alTociés dévoient compter fur 1 5 années de jouiiTance du fpectacle des Variétés-Amufantes ; et ce tems n' étoit pas trop long fi Ton fait attention aux dépenfes confidérables que cet établiffement devoit occafionner et conféquemment à la difficulté de faire rentrer les deniers avancés. Auffi le fuppliant le répète, c'eft dans la pleine confiance qu'ils avoient dans les grâces de Sa Majefté et dans la durée de leur privilège qu'ils ont fait les plus grands facrifices pour bien monter leur fpectacle ; qu'ils ont fait d'abord conftruire deux falles et qu'ils en ont loué une troifième ; qu'ayant été obligés, par ordre fupérieur, d'en abandonner une fur laquelle ils ont perdu beaucoup, ils en ont loué une autre ; qu'ils ont décoré ces trois falles ; qu'ils ont fait faire des machines, des habits pour les acteurs; qu'ils ont acheté pour 50,000 1. de pièces, qu'ils ont enfin dépenfè leur fortune pour payer une partie du prix qu'ont coûté tous ces objets et contracté des engagemens pour acquitter le refle. Il feroit injuile de prétendre que parce que le fuppliant et fes afTociès n'avoient pas par écrit le privilège que leur accordoit Sa Majefté ainfi que le tems de fa durée, leur propriété n'étoit pas certaine et qu'ils ne dévoient pas y compter, le fuppliant a toujours eu la plus grande confiance dans la parole des miniflres de Sa Majefté; il fait qu'elle eft invariable comme la loi et pour qu'elle foit exécutée il n'efl pas nécelTaire qu'elle foît écrite : ainfi loin d'ici toute idée de furprife. Le miniflre qui avoit le département de Paris en 1779 n'avoit certainement pas l'intention de ruiner le fuppliant et fes aflbciès en leur accordant le privilège d'élever un fpectacle ; il vouloit qu'ils en jouiffent pendant tout le tems que durent ordinairement les privilèges, c'eft-à-dire pendant 1$ années. Le fuppliant et fes aflbciès étoient donc véritablement propriétaires du privilège des Variètès-Amufantes. A l'égard de la propriété des trois falles et de tout ce qui en dépend dont les (leurs Gaillard et Dorfeuille fe font emparés, il n'y a pas lieu de croire qu'on fe décide à les contefter au fuppliant. Car quoique les fieurs Gaillard et Dorfeuille aient annoncé qu'en qualité de conceflionnaires des droits des diflfèrens créanciers des fupplians, ils avoient le droit d'en jouir, ils ne porteront certainement pas la mauvaife foi ou l'aveuglement jufqu'à prétendre que le fuppliant et fes affociès aient pu en être dépouillés et qu'ils ne doivent pas en être payés. Ainfi à l'époque où Sa Majefté a réuni à l'Académie royale de mufique tous les privilèges des fpectacles forains, le fuppliant ainfi que fes afTociès dévoient donc être regardés comme propriétaires du privilège des Variètès-Amufantes, des trois falles dans lefquelles fe donnoit ce fpectacle et de tous les objets nécefTaires à fon exploitation. Secondement, le fuppliant
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et fes afTociés ne pouvoient pas être dépouillés de cette propriété ; l'ayant été cependant, ils doivent obtenir des indemnités. Les lois qu'il importe le plus de faire obferver dans tout gouvernement et principalement dans un gouvernement monarchique, font celles de la propriété : il eft eflentiel au bon ordre général comme au bonheur de chaque individu, que chaque particulier conferve ce qui lui appartient. Aulîi de tous les tcms les propriétés ont-elles été en France regardées comme facrées; Sa Majefté elle-même, quoique revêtue d'une autorité fouveraine, s'eft impofé l'obligation de les refpecter et même de les défendre lorsqu'elles font attaquées. Ces principes fondamentaux de tout gouvernement fage et éclairé fe retrouvent dans toutes les ordonnances dictées par la fageflfe légiOative. Il n'ed point de faveur, point de grâces, point de concédions émanées de la bienfaifance royale qui ne réferve, fmon explicitement, au moins implicitement, les droits d'autrui. C'eft d'après ces maximes confiantes et invariables qu'en tranfportant en 1779 au fuppliant et à fes affociés le privilège d'élever un fpectacle forain accordé au (leur Léclufe en 1778, Sa Majefté a ordonné qu'ils indemniferoient entièrement le lîeur Léclufe; aufïï ont-ils dû traiter avec lui, fous l'infpection du fieur Lieutenant général de police. Ils fe font obligés à lui payer la fomme de 44,822 1. 11 f. 10 d. qu'il devoit à fes créanciers, de lui faire une penfion viagère de 4,000 1. par année et de payer au fieur Bigotini une femme de 6,000 1. Le fieur Léclufe avoit commencé fon établi fTement fans fortune, il devoit abfolument tout ce qu'il polFédoit, et le fuppliant et fes aflbciés, en traitant avec lui de la manière qu'ils viennent de rapporter, lui avoient certainement accordé beaucoup plus qu'il ne pou voit efpérer. Aufli fiit-il entièrement fatisfait et jamais on n'entendit de fa part aucune plainte. En rendant l'arrêt du Confeil du 18 juillet dernier, qui réunit à l'Opéra tous les privilèges des fpectacles forains, en permettant à l'Académie royale de mufique de donner à bail, comme elle a fait, aux fieurs Gaillard et Dorfeuille, pour 15 années, les deux fpectacles des fupplians et d'Audinot, Sa Majeflé n'a certainement pas eu l'intention de déroger à fa jurifprudence confiante de n'accorder de privilèges que fauf les droits d'autrui. Sa Majefté a porté fon attention paternelle beaucoup plus loin ; car fi le fuppliant avoit pu fe procurer le mandement du fieur baron de Breteuil, vifé dans le bail, il y auroit infailliblement vu que Sa Majefté y donnoit des ordres pour qu'à l'exemple du (leur Léclufe, le fuppliant et fes affociés fuffent entièrement indemnifês : c'eft du moins ce que les claufes du bail fait aux fieurs Gaillard et Dorfeuille, qui doivent être conformes aux volontés fuprêmes de Sa Majefté, donnent lieu de penfer. Ce bail enfin, où on reconnoît la juftice et réquité royale fi refpectable, s'accorde parfaitement avec les grands principes ûir les propriétés qui ont été établis plus haut. Les fupplians y ramèneront les fieurs Gaillard et Dorfeuille. Ils le leur montreront comme la règle de leur conduite ; fans doute ils ne fe plaindront pas qu'on les force à exécuter une loi qu'ils fe font impofée eux-mêmes. Ce bail commence par déclarer d'abord « que le fpectacle des Variétés-Amufantes, celui d'Audinot eft cédé
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aux fieurs Gaillard et Dorfeuille pour 1 5 années, pour par eux les régir et gouverner foit dans leurs emplacemens actuels, il les ûeurs Gaillard et Dorfeuille en traitent avec les propriétaires, foit dans tous autres endroits qu'ils fe procureront avec l'agrément du fieur Lieutenant général de police et aux charges et conditions auxquelles ils fe font fournis folidairement » L'Académie royale de mudque n'accordoit donc pas aux (leurs Gaillard et Dorfeuille le droit de fe fervir des trois falles du fuppliant et de fes aiTociés, elle le leur permettoit feulement, mais toutefois en traitant avec eux : fans l'exécution de cette première condition, il falloit abfolument conflruire trois autres falles, mais alors il falloit obtenir l'agrément du fleur Lieutenant général de police. Cette claufe n'avoit abfolument pour objet que d'empêcher les fieurs Gaillard et Dorfeuille de ruiner les fupplians ou en ne fe fervant pas des trois falles ou en faifant dans le traité une loi trop dure, c Lçs fieurs Gaillard et Dorfeuille », continue l'acte, a payeront aux anciens directeurs defdits fpectacles les indemnités ou penfions qu'ils ont droit de prétendre légitimement. » L'Académie royale de mufique reconnoifibit donc qu'il étoit dû au fuppliant et à fes alFociés des indemnités ou penfions et qu'il» avoient le droit d'en prétendre légitimement. Ces indemnités étoient juftes. Le fuppliant et fes afibciés avoient le privilège d'exploiter le théâtre des Variétés-Amufantes ; ils avoient été obligés, pour l'exercer, de faire beaucoup de dépenfes, d'acheter des pièces, de faire faire âits décorations, des habits; ils dévoient retirer des bénéfices qui les auroient dédommagés; ils s'en trouvoient privés par le bail fait aux fieurs Gaillard et Dorfeuille. Les trois falles qu'ils occupoient leur avoient confidérablement coûté à établir. La perte pour eux étoit réelle, foit qu'ils en traitafient ou qu'ils n'en traitaffent pas; il étoit bien jufte qu'on les indemnifât. On ne pouvoit pas équitablement leur refufer des penfions, ils avoient rendu à l'Opéra et aux hôpitaux des fervices trop réels et trop importans par leurs travaux et leurs peines. L'Opéra a, pendant quelques années, retiré 12,000 1. par aimée de leur fpectade ; par la fuite il en retira trente. Les regifires de recette prouvent que les hôpitaux avoient reçu 51,000 1. pour un an et qu'ils dévoient par la fuite en retirer la même fomme. Qui plus qu'eux méritoit penfion? Et qui devoit acquitter ces penfions et indemnités?... Les fieurs Gaillard et Dorfeuille. Ils payeront, dit le bail, aux anciens directeurs defdits fpectacles les indemnités ou penfions qu'ils ont droit de prétendre légitimement. Il falloit donc préalablement à toute prife de pofiefilon et avant de faire ufage des trois falles et même du privilège, régler et payer la quotité des indemnités, régler et aflurer la quotité et le payement des penfions. Si, fur la fixation de la quotité, il y avoit des difficultés, il falloit la faire décider par les tribunaux. Voilà la conduite que lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille dévoient tenir. «Ils maintiendront », continue le bail, cr et exécuteront tous les marchés faits par les entrepreneurs actuels de l'Ambigu-Comique et àos Variétés- Amufantes, avec les différens fujcts employés auxdits fpectacles jufqu'à la clôture annuelle et prochaine defdits théâtres. » Sans l'exécution de cette
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daufe, le fuppliant et fes aflbciés fe feroient trouvés expofés à des pourfuites de la part des acteurs ; il étoit jufte que les fieurs Gaillard et Dorfeuille les en garantiffent, et la plus fûre manière de ne mécontenter pcrfonne, étoit de les obliger à les conferver. D'ailleurs c' étoit leur intérêt et ils n*auroient pu faire autrement. EnHn, la dernière claufe du bail qui a rapport au fuppliant et à fes aflbciés, porte textuellement « qu'ils s'arrangeront fi faire fe peut et fi bon leur femble avec les propriétaires et créanciers des Variétés-Amufantes et avec le fieur Audinot et autres propriétaires du fpectacle de l'Ambigu- Comique et traiteront avec eux tant des falles que de tout ce qui fert à l'exploitation defdits fpectacles en quoi qu'il puiflfe confifter, à l'amiable et à dire d'experts, de manière que l'on ne puiflfe rien imputer à ladite Académie s'il arrivoit ceflTation de fpectacle : s'obligeant lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille de la garantie de tous événemens à ce fujet. » Cette dernière , claufe explique aflfez clairement l'intention et la volonté de l'Académie royale de mufique de refpecter la propriété du fuppliant et de fes aflfociés. Elle leur enlève letur privilège du fpectacle àts Variétés-Amufantes, mais après avoir, abftraction faite de la jouiflfance ou de la non-jouiflfance de leurs falles et de ce qui en dépend, décidé que les fieurs Gaillard et Dorfeuille leur payeroient des indemnités et des penfions. Par cette dernière claufe elle porte fes vues plus loin. Prévoyant que les fieurs Gaillard et Dorfeuille ne pourroient fe difpenfer de fe fervir des falles, des décorations et des pièces appartenantes au fuppliant et à fes aflfociés, elle les oblige à traiter avec eux, et comment ? A l'amiable, finon à dire d'experts ; c'eft-à-dire fuivant l'eftimation qui en feroit faite par des gens de l'art pour chaque partie. De cette manière il ne pouvoit pas y avoir de diflficultés entre les fieurs Gaillard et Dorfeuille et les fupplians. Enfin, l'Académie connoiflfant le peu de délicateflfe des fieurs Gaillard et Dorfeuille, craignant qu'ils ne vouluflfent pas fatisfaire les fupplians et reconnoiflfant cependant le droit qu'avoient le fuppliant et {es aflfociés de former contre elle des actions en garantie, elle charge les fieurs Gaillard et Dorfeuille de la garantie de tous événemens à ce fujet. Il izwt en convenir, l'Académie royale de mufique s'cd bien conformée aux volontés de Sa Majefié ; fes intentions font pures, fa conduite efi irrépréhenfible ; elle jufUfie ce que le fuppliant a avancé qu'on ne pouvoit pas légalement les dépouiller de la propriété que lui et fes aflfociés avoient du privilège des trois falles et de tout ce qui compofoit le fpectacle des Variétés-Amufantes. Au lieu de refpecter les propriétés du fuppliant et de fes aflfociés, de tranfiger avec eux fur les indemnités et penfions qui leur étoicnt dues, les fieurs Gaillard et Dorfeuille, fans traiter, fans s'arranger avec eux et fans même leur parler, ont annoncé le 25 feptembre qu'ils les excluroient et les dépouilleroient le x*' octobre; ils ont en effet exécuté cet étonnant projet le 10 du même mois et même auparavant. Ils font alors entrés dans la fallc fur le boulevard, qui efi le magafin général des trois falles, ils ont mis la main fur tout ce qui y eft renfermé, ils fe font fervis de toutes les décorations et des habits néceflOaires pour jouer la comédie, ils ont fait jouer les pièces que
le fuppliant et {ts aflbciés avoient payées 50,000 1. Ceft ainfi que les lois de la propriété, que la volonté de Sa Majedé, que les intentions du miniftre équitable chargé du département de Paris, que celles du fieur Lieutenant général de police, que celles de TAcadémie royale de mufique ont été violées. En vain ont-ils voulu légitimer leurs ufurpations par àts formes inutiles : tout ce qu'ils pouvoient dire, tout ce qu'ils pouvoient faire ne pouvoit jamais réparer leurs torts. Il falloit qu'ils exécutaflfent leur bail et qu'ils commençafTent, avant d'entrer en jouifTance, par traiter avec le fuppliant et fes aflfociés fur les indemnités et fur les dommages et intérêts qu'ils leur dévoient légitimement. Mais qu'ils n'efpèrent pas pouflfer plus loin leurs intrigues et leurs manœuvres; qu'ils n'efpèrent pas conferver encore longtems la fortune des fupplians qu'ils ont envahie. Sa Majeflé veut bien s'abaifler jufqu'à prendre elle-même connoiffance de leur conduite et les forcera malgré eux à être juftes et à rendre aux fupplians ce qui leur appartient. Le fuppliant a démontré que lui et fes alTociés avoient une propriété réelle, que les fieurs Gaillard et Dorfeuille s'en étoient emparés, qu'ils en jouiifent actuellement ; il efl de la juftice et de la raifon qu'ils en payent le prix. Telle efl l'intention de Sa Majefté et de fes miniftrcs. Telle eft la volonté de l'Académie royale de mufique. Il ne s'agit plus maintenant que d'établir et fixer les indemnités qui leur font dues. Troifièmement, quelles font ces indemnités? Le fuppliant et fes affociés avoient le privilège d'élever un fpectacle. Pour faire valoir ce privilège, ils ont été obligés de contracter plufieurs engagemens. Il efl jude qu'on les délie et qu'on les en garantiffe. Telle efl donc la première efpèce de l'indemnité due aux fupplians. Les fleurs Gaillard et Dorfeuille fe chargeront de continuer et d'exécuter le bail
fait de la falle de la foire St-Laurent, lequel a commencé le et finit le
ou ils s'arrangeront avec les propriétaires de manière que le fuppliant et fes affociés n'en soient aucunement inquiétés. Il en fera de même de celui de la foire St-Germain qui a commencé le 4 décembre 1783 et qui doit durer cinq ans, ainfi que de celui de la falle des boulevards dans l'endroit ci-devant occupé par les Élèves de l'Opéra ; il a commencé le 24 avril 1784 fur l'approbation et la fignature du fieur Lieutenant général de police et doit durer neuf ans. Les fieurs Gaillard et Dorfeuille maintiendront tous les marchés faits avec les acteurs, les auteurs, tous les ouvriers, foumifTeurs du fpectacle des Variétés-Amufantes ou de ceux qui y font attachés et ils en apporteront décharge et garantie au fuppliant et à fes affociés ; ils acquitteront également la rente de 4,000 1. due au fieur Léclufe. Le fuppliant et fes affociés doivent aux foumifTeurs une partie de ce qu'ils ont fourni pour le fpectacle ; l'état du montant de ces créances, ainfi que celui des fommes reçues à compte, efl dépofé chez M* Girard, notaire. Les fieurs Gaillard et Dorfeuille feront faire l'épurement du compte; ils fe chargeront d'en payer le reliquat; ils en apporteront acquit et décharge aux fupplians ; ils payeront au fieur Duchefne la fomme de 5,000 1. à lui due pour anciens loyers de la falle de la foire St-Germain ; ils payeront les penfions et loyers de 600 1. dus à la dame
Malter, loi
Alexandre et de 300 1. due au fieur Lecornu, pour le terrain qu'ils occupoient, à eux appartenant, fur le boulevard ; enfin, ils payeront la fomme de 19,000 1. redante de celle de 24,000 due au fieur Lancri, pour le terrain de la rue de Bondi qu'ils avoient acheté de lui à l'effet d'y faire conftruire une falle. Toutes ces fommes feront payées fuivant les mémoires quittancés et autres pièces juftiHcatives, les unes étant entre les mains du commiflaire Vanglenne et les autres à judifier. La féconde efpèce d'indemnité due au fuppliant et à fes aflbciés confide à leur payer toutes les fommes qu'ils judifieront avoir payées eux-mêmes. Le fuppliant et fes affociés ne dévoient pas tout ce qu'ils avoient fait faire et tout ce qu'ils poffédoient ; ils en avoient, au contraire, payé la majeure partie, et puifque les fieurs Gaillard et Dorfeuille fe font mis en poflfeflion de tout, il ed dans les règles de la judice que non-feulement ils payent ce que le fuppliant et fes affociés doivent, mais encore ce qu'ils ont payé à compte des chofes dont ils jouiffent actuellement. Ces deux fommes, celle à payer aux créanciers et celle qui a déjà été payée, feront le véritable prix de la fortune du fuppliant et de fes affociés. Les fommes payées par le fuppliant et fes affociés foiit : i® celle de 44,822 1. 11 f. 2 d. que le fieur Léclufe devoit à fes acteurs et foumiffeurs et qu'ils ont payée fuivant la quittance de M" Morin, notaire, le 19 juillet 1783; 2® celle de 6,000 1. payée au (leur Bigotini ; 3<* celle de 50,000 1. payée aux auteurs pour jouer leurs pièces que perfonne ne doit jouer dans aucun fpectacle public fans la permidlon du fuppliant et de fes affociés, qui en font les propriétaires, fauf à augmenter cet article d'après la communication des actes, pièces et état qui font entre les mains de M® Vanglenne ou du fieur Lemercicr, affocié, qui les a prifes en communication ; 4^ celle de 3,000 1. avancée et payée au fieur Chapelier pour le loyer de fon terrain pendant neuf ans ; 5* celle de 2,800 avancée et payée au fieur Duchefne lors du bail du 4 décembre 1783, à imputer fur la dernière des cinq années de jouiffance; 6* celle de 3,040 pour différens pots de vin payés à l'occafion des baux ; y^ celle de 2,000 1. avancée à l'ouverture faite en 1781 et non remboursée; 8® celle de 19,000 1. payée au fieur Lancri fur les 24,000 qui lui étoient dues pour fon terrain. Toutes ces fommes réunies forment un total de 130,662 livres II f. 6 d. qu'il faut néceffairement que les fieurs Gaillard et Dorfeuille payent au fuppliant et à fes affociés. La troifième efpèce d'indemnité due au fuppliant et à fes affociés, ed celle qu'ont droit de réclamer tout propriétaire ou tout locataire dépoffédé. Le fuppliant a démontré, dans fes moyens, que le privilège qui lui avoit été accordé de continuer le fpectacle du fieur Léclufe, ne devoit pas être regardé comme un don puifqu'il n'avoït pas été gratuit, mais qu'il devoit paffer pour une véritable vente, y ayant eu un prix fans lequel il n'eût pas été accordé, et que, conféquemment, les fupplians dévoient s'en regarder comme propriétaires incommutables ou au moins comme baillides pour^ l'efpace de 1 5 années. Nous avons démontré que la judice, les principes du gouvernement, l'intention du minidre et celle de l'Académie royale de mufique les reconnoiffoient et les avoient reconnus
pour tels ; or, non-feulement on doit payer à l'ancien propriétaire ou baillifte tous les objets dont il fe fervoit et qu'on veut reprendre et qu'on reprend efiectivement ; mais on lui doit encore des indemnités pour les pertes et le changement qu'on lui occafionne. Les indemnités font dues en proportion des peines qu'il a prifes, des rifques qu'il a courus pour améliorer la chofe et de l'avantage réel qu'il a procuré. Le fuppliant et Tes afTociés qui ont fait revivre le fpectacle de Léclufe par le choix des auteurs et des acteurs, par leur intelligence, leurs peines, leurs foins, leur probité, font bien dans cette circonftance. Les fommes que les fieurs Gaillard et Dorfeuille leur devroient pour cet objet feroient confidérables fi le fuppliant réclamoit les indemnités qlii font dues au propriétaire évincé ; mais il veut bien fe borner à celles dues aux bailliiles. C'eft au moins ce qu'il a droit de prétendre ; car, quand on fuppoferoit, ce qui ne peut être, que la durée du privilège des fupplians n'eût pas été de 1 5 ans, au moins ne pourroit-on refufer de convenir qu'elle devoit être audi longue que le bail qui leur a été fait fous les yeux et du confentement du (ieur Lieutenant général de police, de la falle des Élèves de l'Opéra. Tout ce que le magiftrat fait en cette qualité jcd , comme on le prouve, cenfé émaner de l'autorité fouveraine, et comme il a confenti que les fupplians HlTent un bail de neuf ans pour exercer le privilège qui leur étoit accordé d'exploiter le fpectacle des Variétés-Amufantes , il faut en conclure que ce magidrat , et conféquemment le gouvernement, a reconnu que ce privilège étoit au moins de 9 années : or, l'ufage du Parlement de Paris, qui fert comme de droit commun, efl d'accorder à ceux qui font dépoffédés d'un bail fimple, une indemnité compofée de la moitié du revenu annuel du bail. Quel étoit donc le produit annuel du bail du privilège des Variétés-Amufantes lors de fa deftruction arrivée le 18 feptembre pour le !•' octobre 1784? Le voici : il étoit payé par année au (ieur Léclufe 4,000!.; à l'Opéra, pour les dernières années, 11,376 1.; les hôpitaux ont retiré 51,000 1.; les baux des trois falles étoient de 10,000 1. Ces quatre fommes formoient alors le prix du bail et montent à 76,376 1. La dernière année étoit donc de 38,188 1. Il feroit donc jufte que les fieurs Gaillard et Dorfeuille payent cette fomme aux fupplians. Mais la quatrième et dernière efpèce d'indemnité que les fupplians réclament n'eft ni moins jufte, ni moins favorable que les autres. Elle dérive de l'augmentation que le fuppliant et fes aflbciés ont fait des revenus de l'Opéra et âits fecours qu'ils ont donnés aux hôpitaux. D'un côté, l'Opéra ne retiroit ci-devant du fpectacle dont ils a voient le privilège que 12,000 1. par année, il en doit retirer à l'avenir 30,000 1. et, fuppofant toujours que ce privilège n'eût duré qu'autant que le bail fait aux fupplians par les ordres du fieur Lieutenant général de police, cette augmentation produira de plus au bout de 8 années et demie 158,306 et pour les fix autres années fuivantes et neuf mois 121,054 I. L'Opéra retirera donc pendant 15 ans et trois mois que doit durer le privilège des fleurs Gaillard et Dorfeuille, de plus que par le paifé, 279,360 1. D'un autre côté, les hôpitaux ont retiré et retireront annuellement du fpectacle des
Mal ter. 103
Variétés-Amufantes 51,000 1. C'eft à la décharge de l'État que le fpectacle du fuppliant a procuré aux hôpitaux 51,000 1. et que TOpéra, qui appartient à l'État et qui eft à fa charge, retirera à Tavenir 30,000 1. par année. C*eft à l'État que le fuppliant devroit s'adrefTer pour obtenir la récompenfe des fervices réels ; mais les (leurs Gaillard et DorfeuiUe (c font chargés de tout acquitter et de garantir entièrement TOpéra et, par conféquent, TÉtat ; c'eft donc aux fieurs Gaillard et DorfeuiUe que le fuppliant doit la demander : il la fixera pour lui à 3,000 1. par année, payables en 12 termes égaux. Cette fomme ne paroftra pas fûrement trop forte eu égard aux avantages qu'ils ont procurés. Enfin, les recettes du fpectacle des Variétés- Amufantcs étoient confidérables : déduction faîte dts charges à prélever, il reliera encore un l>énéfice important. Ce bénéfice, dont les fieurs Gaillard et DorfeuiUe ▼ont profiter, efi l'ouvrage du fuppliant et de {qs afibciés. N'efi-il pas jufie que les fieurs Gaillard et DorfeuiUe leur en payent la valeur? Ils fe réfervent pour cet article à la fomme de cent mille livres à partager entre eux. Telles font les indemnités que les fieurs Gaillard et DorfeuiUe ne peuvent fe difpenfer de payer aux fupplians. Le réfultat leur en paroitra fans doute effirayant, mais aufll abforbe-t-il la fortune de trois particuliers honnêtes qui y ont employé non-feulement tout ce qu'ils poflédoient alors, mais encore tout ce qu'ils ont gagné depuis. Les fieurs Gaillard et DorfeuiUe n'ont aucune dépenfe à faire, ils vont retirer le fruit des travaux du fuppliant et de fes afibciés : quand on retire les bénéfices, c'efi bien le moins qu'on paye les charges. Et pour jufiifier du contenu en la préfente requête, le fuppliant produira les pièces qui fui vent : la première, des 18 et 25 feptembre 1784, efi la copie fignifiée au fuppliant du bail fait par l'Opéra aux fieurs Gaillard et DorfeuiUe. La féconde, du 8 octobre fuivant, efi copie fignifiée de la requête préfentée par les fieurs Gaillard et DorfeuiUe au fieur Lieutenant général de police et l'aHlgnation à comparoir le 1 1 dudit pardevant ce magifirat. La troifième, du 6 dudit mois d'octobre, efi la copie fignifiée de l'aflignation donnée au fuppliant à la requête de M* Bigot de la Boiflière à comparoir au Parlement pour lui payer (qs frais. La quatrième, du 7 dudit mois d'octobre, efi l'afilgnation donnée au fuppliant à la requête du fieur Duchefne, à comparoir au Châtelet. La cinquième, du 25 octobre dernier, eft copie imprimée du réquifitoire fignifié aux fieurs Gaillard et DorfeuiUe. La fixième, du 21 octobre, efi copie imprimée du réquifitoire fignifié par le fieur Hamoire aux fieurs GaiUard et DorfeuiUe. La feptième, du 25 octobre, efi copie de la requête préfentée au Parlement par le fuppliant au bas de laqueUe efi l'ordonnance de foient parties appelées. La huitième, du 28 octobre, efi l'afilgnation donnée au fuppliant à la requête du fieur Léclufe à comparoir au Châtelet. La neuvième et dernière efi un imprimé contenant copie de l'arrêt du Parlement qui permet aux parties d'afiigncr en cette Cour. Autre copie d'un arrêt de cette Cour qui évoque et fait défenfes de procéder aUleurs qu'en cette Cour. Autre copie de l'arrêt du Confeil rendu, du propre mouvement de Sa Mdjefié, le 16 octobre, qui
104 ^^^ Spectacles de la Foire.
évoque au Confeil toutes les conteftations des parties, ledit arrêt fignifié le 27 dudit mois d*octobre. Enfin, copie du réquifitoire fignifié par le fieur Hamoire tendant à ce que Tarrêt d'évocation du Confeil foit fignifié à toutes
les parties y dénommées; enfemble la fignification qui en a été faite le
novembre dernier : Requéroient à ces caufes les fupplians qu'il plût à Sa Majefté leur donner acte de ce que, en exécution et pour fatisfaire à l'arrêt d'évocation du 16 octobre 1784, ils emploient le contenu en ladite requête; y faifant droit, ordonner : i* que les fieurs Gaillard et Dorfeuille feront tenus folidairement de garantir, acquitter et indemnifer le fuppliant et les fieurs Hamoire et Mercier, fes aflbciés, des demandes formées contre eux par M* Bigot de la Boiffière, procureur au Parlement de Paris, et des condamnations qui pourroient intervenir à fon profit en principaux, intérêts et frais. 2« Déclarer nulle et de nul effet l'oppofition faite le 30 feptembre dernier fous les noms àcs fieurs Marguerit et baron de Courville, dont les fieurs Gaillard et Dorfeuille font les cefilonnaîres, es mains du fieur Marger, caiffier des Variétés- Amufantes ; en tout cas en prononcer la main-levée ainfi que de toutes autres faites ou à faire. 3® Ordonner que dans huitaine, à compter du jour de la fignification de l'arrêt à intervenir, lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille feront tenus de donner quittance et décharge au fuppliant et à fes afifociés de tous les droits, actions et créances d'une partie àts créanciers des fupplians dont lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille fe font fait faire le tranfport avec fubrogation par les actes palTés devant Girard, notaire à Paris, les premier, cinq et fix octobre dernier, finon et à faute de ce faire dans ledit délai de huitaine et en vertu dudit arrêt fans qu'il en foit befoin d'autre, déclarer lefdits droits, actions, créances et prétentions defdits créanciers folutes et acquittées tant envers le fuppliant et les fieu]^ Hamoire et Mercier qu'envers lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille. 4" Ordonner que lefdits Gaillard et Dorfeuille feront tenus folidairement d'apporter et juflifier, dans le délai de huitaine, acquit, quittance et décharge aux fupplians de tous les droits, actions et créances des ouvriers dudit fpectacle autres que ceux dénommés dans les cefiions ci-defTus énoncées, finon et à faute de ce faire dans ledit délai, les condamner à acquitter, garantir et indemnifer le fuppliant et les fieurs Hamoire et Mercier de toutes répétitions à ce fujet. 5® Ordonner que les fieurs Gaillard et Dorfeuille feront tenus folidairement, dans un femblable délai de huitaine, d'apporter au fuppliant et aux fieurs Hamoire et Mercier acquit, quittance et décharge de tous les baux et engagemens par eux contractés envers M. de Chavannes, le fieur Duchefne, le fieur Lecomu, la dame veuve Alexandre et tous autres à titre de loyer, penfions ou autrement, à caufe de la location et jouiflance des falles et terrains dudit fpectacle des Variétés- Amufantes, aux boulevards, à la foire St-Germain, à la foire St-Laurent, finon et à faute de ce faire dans ledit délai de huitaine et icelui paflTé, condamner folidairement les fieurs Gaillard et Dorfeuille à acquitter, garantir et indemnifer le fuppliant et les fieurs Hamoire et Mercier de tout ce qui fera dû en principaux, intérêts et frais et à juftifier du pajrement
Malter. 105
des loyers et penfions à fur et à mefure qu'ils échoiront ; et, pour afTurer lefdits payemens, condamner lefdits Gaillard et Dorfeuille à dépofer la fomme qu'il plaira à Sa Majefté arbitrer ou à fournir bonne et fufHfante caution : décharger en tant que de befoin le fuppliant et Tes afTociés de la rente de 4,000 1. due au (leur Léclufe pour ledit fpectacle ou, en tout cas, la continuer et en juftiHer les payemens. Comme auOl les condamner d'exécuter le marché annuel fait avec le (leur Handrenin pour Tillumination du fpectacle et tous les autres marchés faits avec les acteurs et ouvriers et autres attachés audit fpectacle et en apporter décharge au fuppliant et à fes afTociés, fmon à les garantir et indemnifer de toutes répétitions à cet égard. 6® Condamner les ûeurs Gaillard et Dorfeuille à payer, dès à préfent, en l'acquit et décharge des fupplians, au fleur Duchefne la fomme de 5,000 1. à lui due de loyers, intérêts et frais. 7® Condamner lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille folidairement à rembourfer au fuppliant et à fes afTociés : i« la fomme de 1 30,662 livres z I fols 10 deniers pour l'article des indemnités ci-devant détaillées, ladite fomme payée par le fuppliant et fes afTociés à différentes perfonnes pour le fpectacle des Variétés-Amufantes. 2* La fomme à laquelle fe trouveront monter les payemens faits des deniers du fuppliant et des fieurs Hamoire et Mercier et de ceux provenant de la recette dudit fpectacle à la mafTe des créanciers des fupplians pour folde ou à compte tant des conflructions et réparations faites dans les falles dudit fpectacle que des décorations, udenfiles, habillemens et autres chofes compofant le magafm dudit fpectacle, avec les intérêts defdites fommes à compter du 20 octobre 1784, jour de la demande. 8* Condamner les fieurs Gaillard et Dorfeuille à payer aux fupplians la fomme de cent mille livres pour, avec la penfîon ci-après énoncée, compléter les indemnités qui leur font dues. 9® Condamner lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille folidairement à payer au fuppliant et au fieur Hamoire une penfîon annuelle et viagère de 3,000 1. à chacun, payable en douze termes égaux de mois en mois et ce pour les avantages qu'ils ont procurés à l'Académie royale de mufique et aux hôpitaux, fauf au fieur Mercier à s'arranger à cet égard avec lefdits fieurs Gaillard et Dorfeuille. 10® Ordonner que les fîeurs Hamoire et Mercier feront tenus de fe joindre au fuppliant pour lui faire adjuger fes conclufions, fmon et à faute de ce faire, les condamner à acquitter, garantir et indemnifer chacun pour leur tiers des condamnations qui pourroient intervenir contre eux à ce fujet en principaux, intérêts et frais, et ce pendant, condamner par corps le fieur Hamoire à communiquer dans le jour au fuppliant les titres, pièces, papiers et renfeignemens qu'il a relatifs audit fpectacle et notamment ceux qu'il a pris en communication de M* Vanglenne, commiiTaire, et aux dommages et intérêts réfultant du retard de ladite communication. II» Ordonner que l'arrêt à intervenir fera déclaré commun avec lefdits fîeurs Hamoire et Mercier, le fîeur Duchefne, la veuve Alexandre, le fîeur Lecomu et tous autres propriétaires defdites falles et terrains fur lefquels elles font conflruites et avec tous ouvriers, foumifTeurs ou leurs repréfentans et autres parties intéreffées. 12^ Condamner lefdits fîeurs Gaillard
io6 Les Spectacles de la Fotre.
et Dorfeuille en tous les dépens, faits et à faire, et dans le cas où Sa Majefté, avant faire droit aux parties fur le principal, jugeroit à propos d'ordonner que la préfente requête feroit communiquée aux fleurs Gaillard et Dorfeuille et aux autres parties intérelfées pour y répondre dans le délai du règlement, dans ce cas, condamner par provifion les fieurs Gaillard et Dorfeuille folidairement et par corps à payer au fuppliant une fomme de 12,000 1.
Vu ladite requête (ignée Perdry, avocat du fuppliant, et les pièces y attachées ; ouï le rapport : Le Roi étant en fon Confeil a ordonné et ordonne que ladite requête fera communiquée auxdits (leurs Gaillard et Dorfeuille, Hamoire, Mercier et autres parties intérelfées, à l'effet d'y répondre dans le délai du règlement pour ce fait, ou à faute de ce faire dans ledit tems et icelui pa(ré, être par Sa Majefté ftatué ainfi qu'il appartiendra. Le 22 janvier 1785.
Signé : Hue de Mzromesnil.
(JUg, du Conuil i'Ètmt, E, a6i4.)
Voy, Gaillard; Georges; Lemercier.
ALTER (Pierre-Conrad), danseur au spectacle deTAmbigu-ComiqueemySS.
Mardi 15 avril 1788, 9 heures et demie du foir.
François Boishue, fergent, à la réquifition du (îear Amould, codirecteur du fpectacle de l'Ambigu-Comique, a arrêté Pierre-Conrad Malter et Jean- Tou(raint Gougibus, danfeurs dudit fpectacle, pour lui avoir manqué et avoir fait des menaces (i). Relaxés.
{Archives dés Comm., n" $021.)
ANFREDI (Joseph), montreur d'animaux et de curiosités aux foires et sur les quais en 1750.
L'an 1750, le jeudi 21 mai, trois heures de relevée, par-devant nous Thomas-Jofeph-Jean Regnaudet, etc., en notre hôtel, eft comparu Jofeph Manfredi, Piémontois de nation, demeurant depuis quinze ans en cette ville de Paris et actuellement fur le quai Pelletier : Lequel nous a fait
(i) Ces deux danseurs avaient dit des insolences i Arnould, qui leur reprochait d'être arrivés trop tard et d'avoir failli faire manquer la pantomime annoncée. On jouait ce soir-là à l'Ambign : Us Quatre fils Aymon, pantomime en trois actes à grand spectacle, par Amould-Mussot, précédée du Manteau et de YHomme noir, ou le Spleen, comédie de Gernevalde, retouchée par Maillé de Marencourt.
Manon. — Manuel. 107
plainte contre le nommé Ogimbel Tofcan, Italien de nation, fe difant opérateur, et dit qu'au mois de mars dernier lui plaignant et ledit Tofcan fe font aiïbciés enfemble, fuivant un écrit fait double entre eux, pour faire voir au public pendant trois mois, favoir le plaignant un grand lion à lui appartenant et ledit Tofcan un oifeau rare et curieux, et ce â moitié de gain et moitié de frais et nourrimre. Que pour cet effet, le plaignant a loué une boutique fur ledit quai neuf dont il paye le loyer en fon nom. Les chofes en cet état, il n'y a fortes d'injures et de mauvais traitemens dont ledit Tofcan et fa femme n'accablent continuellement le plaignant et fa femme pour les obliger à céder leur lion moyennant ce qu'ils voudroient leur donner et de quitter ladite boutique, ce qui ne feroit pas raifonnable, cette boutique ayant été louée, comme dit eft, au plaignant et non audit Tofcan; que d'ailleurs ce dernier doit au plaignant une fomme de 92 livres pour fa moitié tant du loyer de ladite boutique que des tapifleries, chaifes et bancs, dont il ne peut tirer un fol dudit Tofcan, qui eft un homme brutal auquel il n'eft pas poffible de faire entendre raifon et dont le but n'eft uniquement que de fatiguer le plaignant par des injures, menaces et mauvais traitemens qu'il ne ceffe journellement d'exercer fur lui et fa femme, jufque-là même. qu'il l'a menacé que fon lion ne vivroit pas longtems. Et comme le procédé dudit Tofcan ne peut être regardé que comme une tyrannie qu'il exerce fur le plaignant et fa femme ; que d'ailleurs il a avec lui deux fmges qui ne font pas compris dans la permiiCon que leur a accordée M. le Lieutenant général de police, lefquels deux fmges ont mordu plufieurs perfonnes, raifon pour laquelle le plaignant l'a engagé plufieurs fois à renfermer Icfdits deux fmges, ainiî que lui plaignant a fait de deux fmges qu'il a aufli, fans que ledit Tofcan en ait voulu rien faire ; que d'un autre côté ledit Tofcan arrache les dents dans ladite boutique fans en avoir non plus la permiflion, ce qui pourroit encore caufer de la peine au plaignant dans le cas où ledit Tofcan feroit faifi. Dans ces circondances, pour parvenir à fe féparer d'avec un homme tel que Tofcan et l'obliger à lui payer ladite fomme de 92 livres, il eft venu nous rendre la préfente plainte.
Signé : Giuseppe Manfredi ; Regnaudet.
{Ârthivtsits Comm., n<> 1447.)
ANON (M"» CARRÉ, dite), actrice de rAmbigu-Comique, puis du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1773
{Almantuh forain, 177). — L* ChroniqutHr disauvré, I, 90.)
ANUEL, danseur de corde du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1787.
(^Journml de Paris, juia 1787.)
I o8 Les Spectacles de la Foire.
MARANESI (CosiMo) parut au théâtre de rOpéra-Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1752, et y dansa le pas des Sabotiers dans le Jardin des Fies, ballet-pantomime de Sodi, avec un grand succès. Il dansa également dans les Batteurs en grange, ballet-pantomime du même; dans les Tailleurs, pantomime, et dans les Charbonniers, ballet.
{Dictionnaire des Théâtres, VI, J92, 4)2, j$ j, 707, 721.)
ARC, sauteur, est le premier qui ait joué en France le rôle de Gilles. Il faisait partie de la troupe d'Alard en 1697.
(Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 6.)
ARCADET (Jean-Rémy), né vers 17s S> ^^^^^ aaeur au théâtre de T Ambigu-Comique en 1770.
Du mardi 17 juillet 1770, neuf heures du foîr, fur le boulevard.
Jean-Remi Marcadet, âgé de 14 ans et demi, acteur chez le fieur Audinot, maître de fpectacle fur le boulevard, a été courir dans la journée de manière qu'il eft revenu au jeu pris de boilFon et hors d*état de pouvoir jouer. Il a été emmené par Pierre-Marie-Jofeph Hurpi, âgé de 25 ans paffés, et par Auguftin Jeandro, âgé de 21 ans et demi, tous deux engagés avec ledit fieur Audinot pour fon fpectacle et étant aufll revenus pleins de boilTon au point de manquer auffi leur devoir. Lefdits particuliers ayant promis de ne plus manquer à leur devoir et avoir bonne conduite, ont été relaxés à cette condition.
{Archives des Comm,, n» 3777.)
MARCEL, acteur de la troupe de Saint-Edme pendant la foire Saint-Germain de 1718. Il remplissait les rôles d'amoureux.
{Dictionnaire des Théâtres, HI, 304.)
MARGOT (M"«) , danseuse de corde et voltigeuse, débuta â la foire Saint-Laurent de 1709 au j eu tenu par Dolet et Delaplace dans une pantomime intitulée : les Poussins de Lida, Cet
Marigny. — Marquis. 109
ouvrage était une parodie de la tragédie des Tyndarides de Danchet, et avait été composé par un nommé Faroard ; il rapporta quelque argent à son auteur, qui crut devoir en gratifier M"* Margot à cause du succès qu'elle avait procuré à la pièce et peut-être aussi à cause de sa jolie figure. A la foire Saint-Germain de 171 1, cette danseuse s'engagea dans la troupe de Saint-Edme, où elle recueillit de nombreux applaudissements, er alla donner ensuite des représentations en province.
(Dictionnaire des Théâtres , III, 314 ; IV, 223.)
ARIGNY (M"*), danseuse du spectacle des Variétés-Amusantes en 1782; elle était âgée de 7 ans et demi.
(Journal de Paris, 4 octobre 1782.)
ARIN, détestable acteur du spectacle des Variétés-Amusantes, renonça au théâtre pour se faire coifieur.
(Le Chroniqueur disauvré, I, 39.)
MARQUIS (Jean), précurseur de Séraphin, tenait en 1773, sur le boulevard du Temple, un spectacle d'ombres chinoises en société avec une dame Baron.
L'an 1773, le lundi 7 juin, huit heures du matin, font comparus en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Jean Marquis, directeur des Ombres chinoifes dont il tient fpectacle fur le boulevard du Temple, Thérèfe Meynère, fa femme, demeurant et logeant rue Boucherat, au Marais, chez le fieur Potin, perruquier et logeur, et Marie-Anne-Antoinette Marquis, leur fille, âgée de 14 ans, demeurant avec eux : Lefquels nous ont rendu plainte contre le nommé Antoine Riguegueri, joueur de mandoline, demeurant fur le boulevard du Temple, maifon de la dame Baron, leur aflfociée, et dit que le mercredi, 26 mai dernier, dans la matinée^ ledit Riguegueri, après avoir fait entendre à la ladite fille Marquis qu'il Taimoit et qu'il vouloit Tépoufer, et après lui avoir fait de grandes promefTes, Ta déterminée à s'en aller avec lui dans on carrofle de place qu'il avoit tout près dans le bout de la rue Chariot et dans lequel il l'a fait monter dans un cabinet à un quatrième ou cinquième étage d'une maifon fituée dans une rue qu'elle ne connoit pas, mais qui lui a
paru être occupée par bas par un cordonnier, après lui avoir fait faire différens tours dans Paris, apparemment pour Tempêcher de connoître l'endroit où il la conduifoit. Qu'étant ainfi avec elle dans ce cabinet, il lui a fait différentes proportions et promeiTes, entre autres de fe marier avec elle et obliger fes père et mère, par fon abfence de chez eux, d'y confentir et de lui donner à elle différens bijoux, comme montre d'or et tabatière d'or, enfemble une mandoline. Qu'il a fait tout fon pof&ble, tant par fes promeffes que par fes careffes, de la voir charnellement et même, fur fa réûflance et s'étant mis en colère, il lui a dit qu'il l'étrangleroit fî elle n'y confentoit pas ; qu'il l'a même forcée à* tranfcrire une lettre qu'il a faite par laquelle il paroiflbit qu'elle l'avoit provoqué à l'enlever de chez fes père et mère et de la conduire où il voudroit. Qu'enfin, en continuant its careffes et menaces, il l'a vue charnellement contre fon gré et l'a retenue da^s ce cabinet jufqu'au lendemain. Qu'ayant abfolument voulu fortir de ce cabinet et s'en aller, il lui a dit qu'il alloit et il a été effectivement trouver fes père et mère auxquels il a avoué ce qu'il avoit fait et leur a demandé leur fille en mariage, après leur avoir juré et atteflé qu'il étoit garçon, parce qu'il paffoit pour être marié, en leur ajoutant que fi ils n'y confentoient, et ainfi qu'il l'avoit dit à leur fille dans le cabinet, qu'il la retireront de ce cabinet, l'emmèneroit en campagne où elle feroit ignorée de tout le monde. Qu'eux, père et mère, pour recouvrer leur fille, lui ont fait telles promeffes qu'il a voulu ; et, fur ces promeffes, il a emmené la mère dans une rue à elle inconnue, fans vouloir qu'elle entrât dans aucune maifon, l'a fait attendre et enfin lui a amené fa fille qu'elle a emmenée chez elle, où efl auffi allé ledit Riguegueri auquel ils ont continué la promeffe de lui donner leur fille dans le cas où il ne feroit pas marié. Mais comme il efl fort douteux qu'il foit garçon, ainfi qu'il l'a mis en avant, et que, d'ailleurs, il leur efl revenu que ledit Riguegueri efl un libertin qui a même voulu encore féduire et enlever ladite fille Marquis, ils ont été confeillés de nous rendre la préfente plainte*
Signé : Jean Marquis ; Térésa Meynera ; M. A. Marquis ; Maillot.
(Archivts d*s Comm., o9 3780.)
MARSET (Louis-Pierre), danseur de F Ambigu-Comique en 1782.
Voy. Beaupré.
MARTIN (Denis), né vers 171 3, compagnon imprimeur et acteur du jeu de rArtificier hollandais à la foire Saint- Laurent de 1757.
Voy. Artificier hollandais.
Martin. — Massan. 1 1 1
MARTIN (Pierre-Toussaint), né en 173 1, praticien de marionnettes chez Sylvestre Leblanc, entrepreneur de spectacles en 175 1, épousa plus tard la fille de Nicolas Bienfait II, habile joueur de marionnettes, dont il devint l'associé. Leur théâtre était situé rue Saintonge, près le boulevard du Temple, et pona quelque temps le nom de Petits-Comédiens du Marais. Ils le cédèrent en mai 1762 à un entrepreneur de spectacles nommé Rossignol.
Foy. Bienfait II ; Leblanc.
ARVILLE, acteur de l'Opéra-Comique en 1745.
^Histoire dé V0p4f 'Comique, I, 4$9.)
ASSON, acteur du théâtre de l'Ambigu-Comique, débuta vers 1781 à la Comédie-Italienne.
(JLé Chroniqmff dJstÊmvré, I. 93.)
M ASSON (M"*), habile écuyère de la troupe de Hyam, dit le Héros anglais, parut avec succès en 1774 au Colysée, et en 177s au boulevard du Temple.
Foy, Hyam.
M ASSON (Joséphine-Louise), actrice du boulevard, fit d'abord partie de la troupe de l'Ambigu-Comique, où elle jouait les amoureuses en 1775. En 1777 elle remplit avec un grand succès, à ce théâtre, le principal rôle dans la Belle au bois dormant, pantomime à grand spectacle d'Amould-Mussot, et en 1778, celui de Colette dans le Juge ridicule, ou les Chevilles, petite pièce de Labussière. En 1780, M"* Masson était attachée au spectacle des Grands-Danseurs du Roi et y a représenté , entre autres rôles : Isabelle dans le Triomphe de V amour conjugal
(22 ayril 1780); Iris dans Vénus pèlerine, comédie de Robineau de Beaunoir (24 avril 1780), et le principal personnage dans 1^ Chasseur anglais , grande pantomime à machines (23 juillet 1780). Au mois de mai de Tannée 1781, M"^ Masson était rentrée au théâtre de TAmbigu-Comique. La fin de sa carrière fut bien triste; Brazier nous dépeint en ces termes la profonde misère où elle était tombée au commencement de ce siècle. « Une actrice nommée Louise Masson vint jouer chez Audinot la Belle au bois dormant, deux cents représentations ne suffirent pas pour rassasier le public. La cour et la ville, comme on disait alors, voulurent voir cette actrice extraordinaire; les journaux du temps assurent que cette demoiselle Masson était d'une beauté remarquable. Elle reçut les hommages de tout ce qu'il y avait d'aimable et de riche à Paris. Elle dissipa en folles dépenses des sommes considérables, et, après avoir passé par tous les degrés de l'infortune, je l'ai vue, moi, je l'ai vue en 1803, pauvre et misérable, affublée d'une robe de gaze en hiver, chanter avec un ancien comédien de province, sur ce même boulevard , témoin de ses triomphes, les duos du Tableau parlant et de Biaise et Babet. Tous deux faisaient des gestes, des agaceries comme s'ils eussent encore été sur un théâtre. Quand la scène étoit jouée, le vieillard faisait humblement la quête en disant : « Messieurs, ayez pitié de M"* Louise Masson « qui a fait courir tout Paris dans la Belle 041 bois dormant! » Ce spectacle faisait peine à voir et j'ai souvent senti mes yeux humides en déposant ma modeste offrande dans la petite tasse de porcelaine. »
{Almanaeh forain, 1776. — Journal dt Paris, aa, , 24 avril ; 23 juillet 1780. — Brazier , Histoire des Petits Théâtres, I, 178.)
Lundi 3 juillet 1780, 8 heures du foir.
Charles Suti, fergent de la divifion commandante, vient de ramener des prifons du For-FÉvôque, Joféphine Maflbn, actrice de Nicolet, qui y avoit été détenue en vertu des ordres de M. le Lieutenant général de police ; comme elle n' étoit pas dans un tems heureux, elle a efTuyé une révolution qui Ta jetée dans un état de fpafmodie étonnant et elle eft tombée dans des convulfions et des évanoui iïemens confidérables. Pourquoi nous Tavons fait
Matthews, — Maurice. 113
conduire chez elle à la charge par elle de fe repréfenter au For-rÉvêque quand elle fera rétablie pour y fubir la peine due à fcs fautes et à fes écarts (i).
{Archives des Comm., no $022.)
Foy, Bituemer; Mayeur.
MATTHEWS, Anglais, directeur d'une troupe pantomime, donna des représentations sur le théâtre de TOpéra-Comique, alors momentanément supprimé, pendant la foire Saint- Laurent de 1745. Matthews agissait au nom et sous l'autorité de Favart, directeur de TOpéra-Comique. Voici les titres de la plus grande partie des pièces qui furent jouées par cette troupe pantomime : le Désespoir favorable, pantomime (i6 juillet); VŒU du Maitre, pantomime (24 juillet); V Expédition militaire, pantomime (7 août); V Obstacle favorable, pantomime (28 août), tlles Vendanges de Tempe, pantomime de Favart (28 août) qui obtint un immense succès et fut jouée en 1752 à la Comédie-Italienne sous le titre de : la Vallée de Montmorency, ou les Amours villageois.
{Dictionnairt iés TkUtrts, II ,285, 469 ; IV, 15 ; VI. 69, 469.)
M AUGE, acteur de T Ambigu-Comique, a joué à ce théâtre Cascaret, confident de Carmagnole, dans Carmagnole et Guillot Gorju, tragédie pour rire de Dorvigny et Dancourt, représentée le 2 janvier 1782.
(Brochure intitulée : CarmagnoU et Guillot Gorju. Avignon, Gârrigan, 1791.)
MAURICE (Jeanne GODEFROY, femme de Moritz von DER Beek, dite la dame, puis la veuve).
Foy. ci-après.
(1) MUe Mauon avait été envoyée au For-l'Évèque pour infractions commises, pendant là représentation de la veille, aux ordonnances de police régissant les théâtres. On jouait le a juillet 1780, au théâtre des Grands-Danseurs du Roi : Vinus piUrine, comédie de Robineau de Beaunoir, précédée de la Céeophonie, pièce du même auteur, et le spectacle s« terminait par le Défi des Saou périlleux, exécuté par les sauteurs, et par la Danse de corde.
Sp. — II. 8
MAURICE (MoRiTZ VON der BEEK, dit), né vers 1649, fut Tun des plus habiles sauteurs et danseurs de corde de son temps; élève de Charles Alard, il fut acteur dans son jeu et avait un rôle dans la pièce intitulée : les Forces de l'amour et de la magie, qui y fut représentée à la foire Saint-Germain de 1678. Dix ans plus tard, à la même foire, Maurice, en compagnie de Jeanne Godefroy qu'il avait épousée le 8 septembre 1672, dirigeait une troupe de saltimbanques formée par lui et se conciliait, paraît-il, par sa merveilleuse agilité, les suflFrages du public. Une mort prématurée interrompit en 1694 une carrière qui promettait d'être brillante. Jeanne Godefroy, devenue veuve, n'abandonna pas la profession de son mari et continua d'ouvrir un spectacle aux foires. Elle s'associa en 1700 à Charles Alard, avec lequel elle exploita une entreprise théâtrale jusqu'à la fin de la foire Saint- Laurent de 1706. De 1707 à 1709, la veuve Maurice dirigea seule son jeu, et à la fin de cette dernière année, elle vendit son matériel et ses baux à Levesque de Bellegarde et à Desguerrois, et renonça complètement au théâtre. Il est à croire que cette vente n'était que simulée et destinée seulement à permettre à sa fille Catherine von der Beek, mariée au comédien Etienne Baron, de reprendre la suite de ses affaires sans être inquiétée par les nombreux créanciers de son mari; car le jeu de Levesque de Bellegarde et de Desguerrois fut tenu, pendant toute l'année 17 10, par Guillaume Rauly, cousin de la veuve Maurice, et la troupe de Dominique, qui y donnait des représentations, était aux gages de la dame Baron. Pendant la période qui s'étend de 1706 à 1709 et pendant laquelle les directeurs de spectacles forains furent si vivement poursuivis par la Comédie-Française, la veuve Maurice fut relativement peu inquiétée. Elle dut sans doute cette tolérance à des arrangements particuliers avec l'Académie royale de musique et à ses relations personnelles, car, quoique directrice foraine, elle avait contracté un second mariage avec un gentilhomme, Maximilien-Charles de Martinengue, écuyer, qu'elle avait sauvé à une époque où il était sous le coup de poursuites criminelles pour un
Maurice. 115
meurtre commis sur la personne de la gouvernante de son père. Retirée dans sa terre de Vineuf, M"'*' de Martinengue y mourut, dit-on, en 17 10, à peine âgée de 52 ans.
{Archivts dis Comm., n" 2742. — Mémoires sur Us Spectacles de la Foire, I, LUI, 7, 18, 22, 102. — Dictionnaire des Théâtres, III, 353. — Jal, Die^ tionnaire de biographie et d'histoire, 164.)
L'an 1688, le 22* jour d'avril, deux heures de relevée, eft venu en Thôtel de nous Etienne Duchefne, etc., Moritz von der Beck, fauteur et voltigeur ordinaire du Roi , et Jeanne Godcfroi, fa femme, demeurant faubourg St- Lazare, paroilTe St-Laurent : Lefquels nous ont rendu plainte à rencontre de Nantier dit Dupleflis et fa femme, et nous ont dit que lefdits accufés leur ont fait entendre qu'ils favoient en Angleterre un jeune cheval provenu de la cavale qui a paru es foires St-Laurcnt et St-Germain dernières; qu'il faifoit des tours extraordinaires et aufli curieux que ladite cavale ; que ce cheval étoit de valeur au moins de la fomme de 4,000 livres, mais qu'ils l'auroient acheté la fomme de 2,800 livres monnoie de France fur laquelle fomme ils avoient déjà donné vingt guinées, qui valent, réduites en monnoie de France, deux cent quatre-vingts livres; que (1 les plaignans vouloient fournir moitié de ladite fomme de 2,800 livres, monnoie de France, ils iroicnt en Angleterre et amèneroient le cheval en France fur lequel ils feroient un profit confidérable. Les plaignans s'étant laides perfuader par ces paroles, auroient paflfé acte avec les accufés par-devant Leféburc et fon compagnon, notaires au Châtelet, par lequel ils fe feroient obligés de fournir la moitié de ladite fomme de 2,800 livres pour l'achat dudit cheval et auroient contracté une fociété pour le gain qu'ils pourroient faire avec ledit cheval ; qu'ils viennent d'apprendre préfentement du nommé Dominique, Italien, qu'il avoit marchandé ledit cheval, qu'il n'étoit pas d'un prix fi confidérable et que û il l'avoit voulu acheter, il l'auroit eu pour 80 louis au plus. Et comme il y a lieu de croire que ledit Dupleflis ufe de fineffe et de dol en faifant accroire aux plaignans que ce cheval coûte 2,800 livres, quoiqu'il l'ait à bien meilleur marché, ce qui ne pourroit pafTcr que pour une friponnerie et un vol, c'eft pourquoi ils ont été confeillés de nous rendre la préfente plainte, proteilant, au cas que le prix dudit cheval ne foit de ladite fomme de 2,800 livres, de fe pourvoir ainfi qu'ils aviferont bon être contre l'acte qu'ils ont pafîé avec lefdits accufés.
Signé : Moritz von der Beck ; Jeanne Godefroi ; Duchesne.
{Arehives des Comm., n» 2308.)
L*an 1706, le vendredi i9« jour de février, cinq heures du foîr, en l'hôtel de nous Charles Bizoton, etc., font comparus Paul Poiflbn et Claude Villot- Dufey, comédiens du Roi, tant pour eux que pour les autres comédiens de la troupe : Lcfquels nous ont dit qu'au fujet des contraventions faites à leur privilège, fentences, arrêts et règlemens de police, ils auroient préfenté leur requête à M. le Lieutenant général le 10 du préfent mois et fait afligner ledit jour la veuve Maurice, Alexandre Bertrand, Chriftophe Selles, les nommés Rochefort, Reftier, Tiquet, tous danfeurs de corde et joueurs de marionnettes, par exploit de Jourdain, fergent à verge, à ce que défenfes leur fuflent faites de repréfenter des comédies, farces et autres divertiflemens qui ne font pas de leurs jeux : fur laquelle demande fentence feroit intervenue cejourd'hui qui auroit ordotmé que nous nous tranfporterions dans les lieux où les dénommés font actuellement jouer lefdites pièces de comédie, farces et autres. En conféquence de laquelle ils nous requièrent de nous vouloir tranfporter tant dans le jeu de paume occupé par ladite veuve Maurice que dans les loges qui font conftruites dans le préau de la foire, occupées par lefdits Bertrand, Selles, Refiler et autres, à l'effet de drefler procès-verbal de leur contravention.
Signé : Villot-Dufey ; Poisson.
Sur quoi, nous commifTaire, etc., fommes tranfporté fur les fix heures du foir, dans le jeu de paume d'Orléans occupé par la veuve Maurice, dans lequel avons vu un grand théâtre, accompagné de plufieurs loges à droite et à gauche, le jeu ouvrant par la danfe et voltigement de corde> et enfuite fur ledit théâtre, la repréfentation d'un lit duquel fortoient deux hommes en chemife, l'un vêtu en fcaramouche et l'autre en arlequin, ledit arlequin fe jetant dans un grand pot de chambre, enfuite s'entretenant de plufieurs dialogues et propos interrompus, chanfons, et ledit jeu finiffant par des fauts avec quelques entr'actes de danfe et annonce faite en fîniflant.
Dont nous avons donné acte auxdits comédiens et avons dreflé le préfent procès-verbal.
Et le lendemain famedi, 2i« jour dudit mois, fur les fix heures du foir, nous étant pareillement tranfporté dans le préau de la foire dans une grande loge, étant au milieu, occupée par le nommé Chriflophe Selles, y avons trouvé pareillement un théâtre établi et plufieurs loges â droite et à gauche. Et après le jeu des danfes de corde fini, nous avons vu repréfenter une petite farce par plufieurs acteurs, hommes et femmes, entremêlée de danfe et intermèdes.
Comme aufli nous étant tranfporté dans une autre grande loge du même
Maurice, 117
préau, occupée par ledit Bertrand, y avons trouvé même aj>pareil et repré- Tentation de farces et pièces de comédie mêlées d'italien et françois.
Et dans la loge du nommé Reftier, pareil fpectacle.
Dont et de tout ce que deiïus nous avons drelTé le préfent procès- ver bal.
Signé : Bizoton.
Archiva des Comm,, n** 2466.)
L'an 1707, le jeudi premier jour de feptembrc, par-devant nous Etienne Duchefne, etc., en notre hôtel fis fur la place de Grève, font comparus Paul PoifTon et Louis Villot, fieur du Fey, acteurs de la feule troupe des Comédiens du Roi, tant pour eux que pour ladite troupe : Lefquels nous ont dit que, fuivant les règlemens, fentences et arrêts, il n'y a que leur troupe feule, à l'exclufion de toute autre, qui foit en droit de repréfenter des tragédies et comédies dans la ville et faubourgs de Paris : Néanmoins, depuis quelques années, la veuve Maurice, à préfent femme du nommé de Martinengue, qui avoit coutume aux foires de St-Germain et de St-Laurcnt de donner au public un fpectacle de danfes fur la corde et de fauts périlleux, s'eft avifée d'introduire dans fon fpectacle des acteurs et actrices qui repréfentent fur un théâtre des pièces dans lefquelles il y a même des fcènes en paroles et en geftes contraires aux bonnes mœurs ; qu'ils fe font pourvus tant contre elle que contre plufieurs autres qui ont fait pareille entreprife; qu'ils ont obtenu plufieurs fentences de police qui leur en font de très-étroites défenfes et fous dts peines conildérables, entre autres celles des lo février 1690, 15 février 1704, 19 février et 5 mars 1706, lefquelles fentences font confirmées par arrêt de la Cour du 22 février dernier ; qu'au lieu par ladite Maurice de fe conformer à ces fentences et arrêts, elle a augmenté fes contraventions et fait repréfenter des comédies entières. Nous requérant de nous tranfporter cejourd*hui dans la loge à la foire St-Laurent, où ladite veuve Maurice donne des fpectacles au public, pour être dreffé procès-verbal des contraventions que nous y trouverons.
Signé : Poisson ; Dufey.
Sur quoi nous commifTaire, etc., nous nous fommes tranfporté à la foire St-Laurent dans une grande falle tenue et occupée par la veuve Maurice; laquelle falle eft conftruite en forte qu'il y a deux étages de loges l'un fur Fautre, un parterre, un parquet, un orcheflre et un théâtre accompagné de décorations, perfpectives, luftrcs et tel que le théâtre des Comédiens du Roi. Le fpectacle a commencé par les danfes de corde : après quoi la toile du théâtre ayant été levée, y ont paru plufieurs fauteurs. Enfuite il a été commencé la repréfentation d'une pièce de comédie dans laquelle ont paru
huit acteurs différens, qui ont : un docteur, un fcaramouche, un arlequin, un pierrot, un mezzetin, un amoureux fous le perfonnage d'Octave, deux actrices et un apothicaire. Laquelle comédie e(l compofée de fragmens de plufieurs pièces du Théâtre-Italien, la plupart des fcènes de la comédie italienne, qui a pour titre : la Foire Saint-Germain; lefdits fragmens ayant néanmoins leur liaifon et formant un fujet de comédie et une intrigue menée à fa fin. Nous n'y avons remarqué aucune différence d'avec les repréfentations des Comédiens du Roi, fmon que lorfqu'une fcène fe palfe entre deux acteurs qui tiennent entre eux des difcours liés, celui des deux acteurs qui ceffe de parler fe retire dans l'aile pendant que l'autre parle et en revient auflitôt pour répondre ou fouvent répond fans fortir de l'aile du théâtre, même en quelques fcènes tous les acteurs redent fur le tliéâtre et fe répondent les uns aux autres, en forte que la fcène et l'action ne laiffe pas d'avoir fon accomplifTement. La pièce finie, un des acteurs a annoncé pour le lendemain la repréfentation de la pièce de Arlequin, empereur dans la lune, avec tous fes agrémens. Dont et de quoi nous avons dreffé le préfent procès-verbal (i).
Signé : Ducheske.
{Archives des Comm., n° 2330.)
L'an 1707, le 6« jour de feptembre, trois heures de relevée, font comparus par-devant nous Mathieu de Beaumont, etc., le fieur Paul Poiflbn, comédien du Roi, et Pierre-Louis Villot, fieur Dufey, auffi comédien du Roi, qui nous ont requis de nous tranfporter préfentcment dans le jeu et théâtre de la veuve, Maurice, dans le préau de la foire St-Laurent, pour leur donner acte de la repréfentation qu'elle fait faire fur fon théâtre des pièces de comédie et en dreffer procès-verbal.
Signé : Poisson ; Villot-Dufey.
En conféquence, fommes tranfporté à l'inflant dans le jeu et théâtre de ladite veuve Maurice que nous avons trouvé rempli de monde. Après le jeu et danfe de corde, on a levé une toile et s'efl fait fur le théâtre un changement de décoration. Plufieurs acteurs et actrices ont paru fous les noms de iîgnor Dottor, Arlequin, Scaramouche, Pierrot, Colombine, Octave et autres, qui ont joué et repréfenté la comédie intitulée : Arlequin, empereur dans la lune, qui nous a paru être la môme que les comédiens italiens ont
(i) La Foire Saint'Germain , comédie en un acte, en prose, par Dancourt, avec un divertissement, musique de Gilliers ; Arlequin, empereur dans la lune, pièce par Rcmy et Cbaillot, obtint un grand succès et fut reprise au jeu d'Octave, à la foire Saint •Germain de 1712.
Maurice. 119
ci-devant repréfentée en françois fur leur théâtre de Thôtel de Bourgogne (i). Dans chaque fcène un acteur parle tout haut, les autres lui répondent par des gc^cs dans certains endroits et dans d'autres lui répondent tout haut, après que l'acteur qui vient de parler s'eft retiré dans une des coulifles d'où, dans le même inllant, il reflbrt et reparoit fur le théâtre pour continuer tout haut, conmae il fait, la fuite du difcours qui forme la pièce et repréfente la comédie fuivie en fon entier, la plupart defdits acteurs parlant chacun â fon tour haut, quoique feul, dans chaque fcène, ne laifTe pas d'interpréter tout haut la fcène muette de l'autre acteur, ce qui compofe une comédie fuivie de fon dénouement. Dont et de quoi nous avons dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : DE Beaumont.
(Arthives its Comm., n ' 441$.)
L'an 1707, le mercredi 28« jour de feptcmbre, du matin, en l'hôtel de nous Mathieu de Beaumont, etc., font venus fieurs Georges-Guillaume Lavoy et Antoine Duboccage, comédiens du Roi, tant pour eux que pour leurs confrères, qui nous ont requis de nous tranfporter ccjourd'hui dans les jeux que tient la veuve Maurice â la foire St-Laurent pour leur donner acte des repréfentations de comédies qu'elle fait faire fur fon théâtre et en drefler procès-verbal pour leur fervir et valoir ce que de raifon.
Signé : Lavoy ; Duboccage.
En conféquence, fommcs ledit jour tranfporté,. fur les cinq heures de relevée, dans le préau de la foire St-Laurent, où étant, fommes entré dans le jeu de ladite veuve Maurice, â préfent femme du fieur de Martincngue, qu'avons trouvé rempli de monde. Après le jeu et danfe de corde, on a levé une toile et s'eft fait fur le théâtre un changement de décoration ; pluficurs aaeurs et actrices ont paru fous les noms de Don Juan, d'Arlequin faifant le rôle de Sganarelle, Pierrot le commandeur, et autres, qui ont joué et repréfente la comédie intitulée : U Festin de Pierre, qui nous a paru être un précis de la même que les comédiens françois ont repréfentée fur leur théâtre. Dans chaque fcène un acteur parle tout haut, les autres lui répondent par des geftes et des fignes de tête dans certains endroits et dans d'autres lui répondent tout haut après que l'acteur qui a parlé haut s'eft retiré dans une des couliffes d'où, dans le même inftant, il reflbrt et reparoît fur le théâtre
(1) Cette pièce, de Remy et Chaillot, est en eflfet une imitation de la pièce représentée par les comédiens italiens, le 5 mars 1684, et qui se trouve imprimée dans le tome !<' du Théâtre' ItAliem, de Ghérardi.
pour continuer tout haut, comme il fait, la fuite du difcours qui forme la pièce et repréfente la comédie fuivie, la plupart defdits acteurs parlant chacun à fon tour haut, quoique feul, dans chaque fcène, ne laifle pas d'interpréter tout haut la fcène muette de l'autre acteur, ce qui compofe une comédie fuivie de fon dénouement (i). Dont et de quoi nous avons dreflé le préfent procès-verbal.
Signé : de Beaumont.
{Archivet des Cotnm., n» 4415.)
Le 4 du mois de mars 1708, trois heures de relevée, font comparus pardevant nous Simon-Mathurin Nicollet, etc., les fieurs Dufey et Legrand, comédiens du Roi, qui nous ont requis de nous tranfporter cejourd'hui dans le jeu et théâtre de la veuve Maurice, fitué à l'encoignure ^es rues du Cœur- Volant et des Quatre- Vents, près la foire, faubourg St-Germain, pour leur donner acte de la repréfentation qu'elle fait faire fur fon théâtre des pièces de comédie et en drefler procès-verbal.
Signé: Nicollet; Legrand; Vn.LOT-DuFEY.
Sur quoi nous commifTaire, etc., fommes tranfporté ledit jour 4 mars 1708, fur les (ix heures de relevée, dans le jeu et théâtre de ladite veuve Maurice, fitué â l'encoignure des rues du Cœur- Volant et des Quatre-Vents, près la foire, faubourg St-Germain, que nous avons trouvé rempli de monde et où nous avons vu, après le jeu de danfe de corde, qu'on a levé une toile et s'ell fait fur le théâtre un changement de décoration : deux acteurs ont paru fur le tliéâtre, l'un fous le nom de Mezzetin et l'autre de Pierrot, lequel Mezzetin a dit qu'il favoriferoit Pierrot dans fes amours; à quoi Pierrot a répondu par fignes. Enfuite eft furvenu Arlequin pour troifième acteur, lefquels Arlequin, Mezzetin et Pierrot ont joué une férénade à Colombine, maîtrefle d'Arlequin ; Arlequin ayant un petit violon. Pierrot une guitare, Mezzetin une baffe. Jouant laquelle férénade, il a paru le docteur qui les a chaffés. Après quoi Arlequin a paru avec Colombine et ont joué une fcène par laquelle Colombine a confcillé â Arlequin de fe déguifcr en chien pour avoir plus de liberté auprès d'elle dans fes amours. Arlequin s'étant retiré, le
(i) Il y a plusieurs pièces qui portent ce nom et qui peuvent être celle dont il s*agit ici, ce sont : |0 le Festin de Pierre, ou le Fils criminel, tragi-comédie de Villiers, jouée en 1659 à l'h&tel de Bourgogne ; 2° le Festin de Pierre, ou le Fils crimitiel, tragi-comédie de Dorimon, représentée sur le théitre de la rue des Quatre-Vents, par la troupe de Mademoiselle, en 1661 ; 50 le Nouveau Festin de Pierre, ou l'Athée foudroyé, tragi-comédie de Rosimon, réprésentée sur le théâtre du Marais en 1669. Nous ne comprenons pas dans cette énumération, le Festin de Pierre de Molière, impossible à jouer pour des acteurs forains, ni l'opéra comique de Letellier, le Festin de Pierre, parce qu'il est postérieur et ne fut représenté qu'en 171 3, au jeu d'Octave.
Maurice. 121
docteur a paru et Colombine lui a fait le récit d'un préfent qu'on lui a fait d'un chien. Arlequin vient déguifé en chien. Enfuite Scaramouche paroft en magicien. Il s'ed joué plufieurs autres fcènes : Arlequin et Mezzetin defcendent aux enfers ; Pierrot les fuit. Il s'eft fait plufieurs changemens de décorations et plufieurs fauts et danfes et chanfons burlefques. Dans chaque fcène un acteur parle tout haut, un autre lui répond par des geftes et fignes qu'il fait enfuite entendre tout haut ; en forte que cela fait un difcours fuivi et qui forme comédie. En quelques endroits même directement s'échappent dans un dialogue quelques mots tout haut. En d'autres endroits ce qu'un defdits acteurs dit tout bas ne laifle pas d'être entendu en partie.
Dont et de quoi nous avons dreffé le préfent procès- verbal.
Signé : Nicollet.
{Archives dts Comm., n? 3470.)
L'an 1709, le 7« jour de février, quatre heures de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Jean Demoncrif, etc., font venus Fleurant Carton, fieur Dancourt, et Louis Villot, fieur Dufey, comédiens ordinaires du Roi : Lefquels nous ont, tant pour eux que pour les autres comédiens, requis de nous tranfporter heure préfente audit jeu de la veuve Maurice à l'effet de dreffer notre procès-verbal des contraventions par elle commifcs aux fentences du Lieutenant général de police et arrêts du Parlement qui lui interdifent de jouer des comédies.
Signé : F. Carton-Dancourt ; Villot-Dufey ; Demoncrif.
Suivant lequel réquifitoire nous fommes à l'inflant tranfporté audit jeu tenu par la veuve Maurice à l'encoignure defdites rues des Quatre- Vents et du Cœur-Volant, où étant entré à cinq heures, y avons vu ladite veuve Maurice à la porte en dedans le jeu et appris qu'on y jouoit une pièce qui avoit pour titre : Pierrot Rolland; qu'après la danfe de corde il a paru fur le théâtre un particulier qui faifoit le rôle de Pierrot Rolland et un petit garçon qui faifoit le rôle de fon fils ; que le premier a chanté plufieurs couplets de chanfons en vers auxquels le fécond a répondu aufn en chantant. Qu'il e(l furvenu plufieurs autres acteurs et actrices vêtus tant en habits d'Arlequin, Scaramouche, qu'habits à la romaine, qui ont pareillement chanté, l'un en préfence de l'autre fur le théâtre, plufieurs couplets de chanfons tant en françois qu'en italien, l'une fcrvant le plus fouvent de demande et l'autre de réponfe. Qu'il efl arrivé plufieurs fois que ledit particulier faifant le rôle de Pierrot Rolland chantoit même des chanfons en profe et fans aucune rime, affecunt de marquer le mépris de la défenfe qui leur étoit faite de tenir
des dialogues. Que même celui qui fait le perfomiage d'Arlequin, à la fin de fes chanfons, affectoit aufli d'en dire quelques-unes fans chanter et les récitoit en parlant naturellement (i).
Dont et de quoi avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Demoncrif.
(^Archives des Comm., no 3829.)
AUVRÉ (Jean), directeur d'un spectacle d'animaux sur le boulevard en 1 76 5 .
L'an 1765^ le vendredi 26 avril, neuf heures du foir, a été amené en notre hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., par Jean-Pierre David, caporal de la garde de Paris, de polie à la grille St-Martin, un particulier qui lui a été remis es mains par Tefcouade de jour et de nuit, de pofle à la porte du Temple, où il lui a été dit que ce particulier avoit été arrêté par le fieur Couturier, infpecteur du boulevard, pour train et bacchanal par lui fait par récidive cette après-midi fur les boulevards. Eft aufii venu par-devant nous un autre particulier qu'il a trouvé dans ledit corps de garde et qui lui a dit être plaignant contre le particulier arrêté. Le particulier plaignant étant comparu nous a dit fe nommer Jean Mauvré, montrant fur le boulevard deux animaux au public, par permiflion de M. le Lieutenant général de police, dans une loge fur le boulevard, à côté de Cômus, demeurant dans le Palais- Royal, pafTage aboutiflfant à la rue de Richelieu. Nous a ajouté que le particulier arrêté, nommé Godart, et qui ed garçon chez lui et chez le nommé Poiré, fon alTocié, leur fervant pour appeler le public, fe dérange et fe débauche depuis quelque tems par la boiflfon et les femmes de mauvaife vie qu'il a amenées dans la loge ; que fur les trois heures de l'après-midi ledit Godart a fait du train fur le boulevard et dans ladite loge ; que fur ce que lui comparant a voulu lui en impofer, il l'a maltraité de paroles, lui a dit des injures et fottifes, s'ed jeté fur lui, lui a déchiré fa chemife, ce qui a fait que la patience lui ayant échappé, il Ta fait arrêter et conduire au corps de garde de la porte du Temple ; que là, après que nous commiflfaire les avons entendus l'un et l'autre, il a été par nous ordonné audit Godart, qui étoit pris de vin, de fe retirer chez lui et de ne revenir que demain dans la loge pour y fervir dans le cas où le comparant le voudroit ; ce qu'il n'a pas fait et eft refté dans la loge, a recommencé le même train, n'a pas voulu fe retirer et a même calTé des clous que lui Mauvré avoit mis à une fenêtre pour qu'elle ne s'ouvrît pas en dehors, et ce par méchanceté : pourquoi il l'a en-
(1) Pierrot furieux, ou Pierrot Roland, parodie en un acte, par Fuzelier, de la tragédie lyrique de Roland, paroles de Quinault, musique de LuUy. Cette parodie fut reprise à la foire Saint-Germain de 17 17, «u jeu de la dame Baron.
Mayer. — Mayeur de Saint-Paul, 123
core fait arrêter et mener au corps de garde, d'où on Ta amené par-devant
nous où il ed aufli venu pour nous rendre plainte. Et ayant de fuite fait
comparoftre ledit particulier arrêté, il nous a dit fe nommer Adrien Godart,
natif d'Amiens, âgé de 18 ans, appeleur chez ledit Mauvré et fon aflbcié,
logeant chez le nommé Comtois, aubergifte ou logeur, dans une loge dont
il ne fait pas le nom, vis-à-vis la foire St-Germain. Nous a ajouté qu'il n'a pas
fait de train du tout cette après-midi fur le boulevard. Que c'cft ledit Mauvré
qui lui en veut; qu'il l'a réveillé cette après-midi lorfqu'il dormoit et qu'en
fe réveillant il lui a déchiré fa chemifc et qu'enfin on l'a mené au corps de
garde de la porte du Temple ; que le fieur Couturier et un commiflaire lui
ont dit d'aller prendre fon chapeau dans la loge ; ce qu'il n'a pas fait et a
été arrêté.
Signé : David ; Godart; Maitvtié.
Sur quoi nous commiflaire, etc., attendu le train que ledit Godart a fait par récidive et fa défobéiiïance aux ordres que nous lui avions donnés, l'avons laiffé es mains dudit David pour par lui le conduire es prifons du For-l'Évêquc par forme de correction feulement.
Signé : David ; Maillot.
{Arthives dts Comm., no 3772.)
AYER, danseur du théâtre de rAmbigu-Comique en
Mardi 17 juin 1788, huit heures et demie du foir.
Antoine Blanc, caporal d'activité au boulevard, à la réquifition du fieur Guyot, caiffier du fpectacle de l'Ambigu-Comique, a arrêté les nommés Mayer et Gougy, danfeurs dudit fpectacle, pour indécences par eux commifes et voies défait exercées envers plufieurs de leurs camarades en les attachant fur une table, et leur ont donné le fouet après les avoir déshabillés nus (i). A l'hôtel de la Force.
(^Archives des Comm., n° 5022.)
MAYEUR DE SAINT-PAUL (François-Marie), né à Paris le 6 juin 1758, sur la paroisse Saint-Paul, mort dans la même ville le 18 décembre 1818; auteur dramatique et excellent
(i) Cette scène avait retarde quelque peu la représentation de ce jour-là, qui «îtait ainsi composée : la MusUomanie, comédie en un acte, par Audinot, précédée du Sérail d l'encan, pièce en un acte, de Sedaine de Sarcy, suivie de Mercure et let Ombres, comédie eu un acte, terminée par V Incendie, 9u Je Bailli en bonne fnrtune.
124 ^^^ spectacles de la Foire.
acteur du boulevard, débuta tout enfant à TAmbigu-Comique, où il jouait les niais et les paysans et où il resta jusqu'en 1779. A cette époque, il s'engagea dans la troupe des Grands-Danseurs du Roi et en fit partie jusqu'en 1789(1). May eur a joué sur le théâtre de Nicolet : Gilles dans la Cacophonie, comédie de Robineau de Beaunoir (30 avril 1780); laL/maZ/fedansles Quiproquo de l'Hôtellerie (10 mai 1780); quatre rôles dans la Mode et le Goût, par Mérey (18 mai 1780); la Comtoise dans les Trois fourbes, ou la Comtoise à Paris (9 juillet 1780); le principal rôle dans V Oiseau de Lubin, ou II n*est pas de souris qui ne trouve son trou, pièce dont il était l'auteur (5 août 1780); V élève dans V Élève de nature, pièce également composée par lui (6 mars 1781); Tranchet, ou V apprenti, dans En amour l'argent ne fait rien (4 mai 1782) ; Gilles dans le Barbier du village (^o juin 1782) ; le prétendu dans le Prétendu sans le savoir (i" juillet 1782); Guillot dans les Amours de Guillot (4 octobre 1782); Claude Bagnolet dans Pierre Bagnolet et Claude Bagnolet, son fils, comédie en prose, par Deville (23 janvier 1784), et le trouvère dans le Trouvère moderne, ou l'Auteur poète, monodrame à un seul acteur (28 janvier 1786). Mayeur n'était pas seulement bon comédien, il était aussi habile danseur et il a exécuté avec succès le menuet des Passions, en compagnie de la fameuse M"* Miller (18 décembre 1784). Il a composé en outre divers ouvrages dramatiques dont les plus connus sont : le Prix de la beauté, l'Oiseau de Lubin et l'Élève de nature, joués tous trois sur le théâtre des Grands- Danseurs du Roi, et le Baron de Trenck, ou le Prisonnier prussien, fait historique en vers, représenté à l'Ambigu-Comique. On lui attribue généralement le pamphlet célèbre intitulé : le Chroniqueur désœuvré, ou l'Espion du boulevard du Temple, ouvrage qui fit
(i) A partir de 1789, U vie de Mayeur fut excessivement agitée. Il alla jouer la comédie aux colonies, à Bordeaux, & Nantes, revint à Paris en 179s et s'engagea au tbé&tre de la Cité. En 1798 il retourna aux colonies, et, après un séjour de quelques années, il revint 1 Paris et prit la direction du thé&tre de la Gaité, qu'il garda un an. Il entra ensuite au thé&trc de la Société olympique, puis il se remit & courir la province, fut régisseur du théitre des Célestins, k Lyon, acteur à Versailles, directeur à Dunkerque et à Bastia, où il fit de mauvaises affaires. Il était à Paris lorsqu'il mourut, comme on l'a dit plus haut, le 18 décembre 1818.
Mayeur de Saint-PauL 125
grand bruit lorsqu'il parut et qui renferme, au milieu d'anecdotes scandaleuses et même obscènes, des appréciations piquantes et fines et des détails fort curieux sur le personnel dramatique des différents théâtres du boulevard. Bien que Mayeur se soit tou- ' jours défendu d'avoir eu la moindre part à ce livre, néanmoins la manière dont il y est traité semble devoir confirmer l'opinion générale ; car, tandis que tous les comédiens et toutes les comédiennes y sont dépeints comme des fripons, des escrocs et des libertins de bas étage, lui seul n'y est pas insulté grossièrement, et l'auteur anonyme du Chroniqueur désœuvré se borne à lui reprocher sa suffisance et à s'étonner de ses bonnes fortunes. Nous allons reproduire les passages de ce livre qui le concernent, en retranchant seulement les détails un peu trop vifs : « Mayeur. On ne peut refiifer à celui-ci un peu d'efprit. Il en a montré dans quelques pièces qu'il a fait représenter aux théâtres d'Audinot et de Nicolet, chez lequel il eft depuis un an et où il paroit s'ennuyer beaucoup. Pour libertin et mauvais fujet, il ne l'eft fûrement pas moins que les autres, mais au moins a-t-il l'art de cacher fa conduite fous une apparence trompeufe. D'ailleurs on doit toujours favoir gré à un jeune homme qui paroît s'occuper à s'înftruire. J'ai vu fon Prix de la beauté, qui annonce d'heureufes difpofitions ; fon O if eau de Luhin n'eft autre chofe que le Roffignol, opéra comique; ainfi il ne faut pas être grand forcier pour en faire autant; fon Élève de nature n'eft qu'une copie très-imparfaite du Sauvage apprivoifé du théâtre d'Audinot, qui lui a fourni ce fujet. Quant à fa qualité d'acteur, s'il a jamais fait quelque chofe de prudent et de fage, c'eft d'avoir quitté l'emploi des amoureux pour ne jouer que les niais. Il eft d'une vérité charmante dans les derniers, mais je préférerai toujours Barotteau à lui. Et hors les pantomimes, qu'il rendoit avecaflez d'intelligence chez Audinot, il n'eft pas poffible d'être plus mauyais dans les autres rôles. Je ne vois que Florence à lui oppofer, fi toutefois il cft permis de comparer un acteur françois à un acteur forain. Ce qui m'a toujours étonné, c'eft de lui voir journellement pour
maîtrefles les plus jolies femmes. Cependant mon étonnement devroit cefler en me rappelant le conte de Joconde et la folie des femmes de nos jours pour les magots et les finges. » Et plus
loin : «Après avoir fait connoître ce jeune comédien qu'a-
jouterai-je encore? Peindrai-je fa fuffifance? Ce défaut, qu'il po(Rde au fuprême degré, eft fi généralement connu que ma peinture feroit inutile et déplacée. Arrêtons-nous feulement fur les bonnes fortunes de ce morveux : qui croiroit, en effet, que nos élégantes françoifes puiflent un moment s'arrêter à la chétive apparence de Mayeur, et que cette Alphonfine, fi connue, fi renommée pour toujours vifer à l'effentiel, ait pu l'adorer pendant quinze jours au moins? J'ai, je crois, dit autre part qu'Audinot en enragea, mais comment faire ? Ce directeur verfoit de l'argent à pleines mains, et Mayeur difoit de jolies chofes. Excédée, fatiguée de l'exiflence éphémère d'Audinot, qui ne s'occupoit que de fes plaifirs fans fonger à en donner , la jeune Alphonfine aima mieux notre poupon. La raifon en eft fimple : Sophie (Foreft) n'avoit pas dédaigné de l'inflruire et l'avoit mis abfolument au fait de toutes les refTources de l'art..... Comme comédien, afTez de vérité dans les niais; fécondé dans ces emplois par dame Nature, il peut dire avec Euftache Pointu, à la ville comme au théâtre : « Je fuis afTez dans le caractère de mes rôles. » Mais comme homme de lettres, quelle différence! Cet enfant a quelques difpofitions et fait les vers avec afTez de facilité : Voici le garant de ce que j'avance :
A Mademoifelle
Dois-je croire ce qu'on m'écrit ?
Julie, eft-il bien vrai ? Quoi I malgré mon abfcnce, La gaîté n*a ceffé d'animer ton efprit ;
Voilà quelle eft ma récompenfe I Ah ! les abfens ont tort ; je te l'avais bien dit. Quoi I le jour d'un départ, pafter fon tems à rire
Pas l'ombre même d'un chagrin !
Au moins n'aurois-je eu rien à dire
Mayeur de Saint-Paul, 127
Si c'eût été le lendemain.
Je pourrois bien, ô ma Julie,
De La Suze fuivant les pas,
Te faire ici quelque élégie
Qu'à coup fur tu ne lirois pas ;
Mais je prends un parti plus fagc
Et fans me plaindre davantage, Avec toi volontiers je demeure d'accord Que rire va fi bien à l'air de ton vifage
Qu'en riant tu n'as jamais ton.
« Cette légère production décèle à coup fur le génie. Il n'en eft pas de même de VÈltve de nature, où, à l'exemple de Ribié, il s'eft amufé, un peu moins maladroitement à la vérité, à copier en extraits le roman de M. l'abbé Prévoft. Ses Quatre Saifons, calquées fur un affez mauvais opéra, témoignent affez que Mayeur a plus de préfomption que de difcernement. Fier avec fes camarades, il effuye parfois quelques mortifications qui ne le corrigent pas. Quand mon premier volume fut jeté comme une bombe au milieu de tout le peuple hiftrion, les éclats qui fe difperfèrent donnèrent lieu à mille conjectures différentes. Mayeur, foupçonné, penfa recevoir une remontrance manuelle; moi-même j'échauffob les efprits et n'aurois pas été fâché de voir paffer à un autre le fruit mérité de mon travail. Oh ! je ne fuis pas ambitieux, moi ! Un peu moins injufte, je le décharge aujourd'hui de cette faufle imputation. Il eft trop mon ami pour le compromettre, et c'eft le nœud facré qui nous unit qui m'a engagé à traiter ce chapitre. »
{Almanach foratHf 1773. — Journal de Paris, 30 avril, 10- 18 mat, 19 juillet, 5 août 1780; 6 mars, 11 juillet 1781 ; 4 mai, 30 juin, i^' juillet, 4 octobre 1782; 25 janvier, 18 décembre 1784 ; 28 janvier 1786. — Le Chroniqueur disauvri, I, 73 ; II, 71. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 15$.)
L'an 1778, le jeudi 29 octobre, neuf heures du foir, eft comparu en l'hôtel de nous Nicolas Maillot, etc., fieur Jean-Baptide Lelièvre, adjudant de la garde de Paris : Lequel nous a dit qu'en vertu des ordres particuliers de M. le
Lieutenant général de police dont il eft chargé, il vient d*arrêtcr les nommés Mayeur et Picardeaux, acteurs chez le fieur Audinot, maître de fpectacle, pour les conduire par-devant nous et, après les avoir interrogés fur les faits dont ils font accufés, les envoyer en prifon de notre ordonnance.
Signé : Lelièvre.
Sur quoi nous commifTaire, etc., ayant fait comparoître les deux particuliers arrêtés, nous les avons interrogés l'un après l'autre fur les faits et de la manière qui fuit :
Premièrement, nous avons enquis le premier defdits deux particuliers de nous dire fes noms, furnoms, pays, âge, qualité et demeure ?
Lequel, après avoir promis de dire vérité, nous a dit fe nommer François- Marie Mayeur, natif de Paris, âgé de 20 ans, acteur en chef chez le fieur Audinot, maître de fpectacle fur le boulevard du Temple, demeurant rue Montmartre, paroiffe St-Jofeph.
Enquis de nous dire s'il n'ell pas vrai que le jeudi 22 du préfent mois il n'a pas dit fin* la fcène, fpectacle du fieur Audinot, dans la pièce du Juge ridicuU (i), parlant à la demoifeUe Maffon, faifant le rôle de Colette, à laquelle on demandoit Ç\ une cheville étoit bien faite, et qui avoit répondu qu'elle ne s'y connoifToit pas : « Elle fait comme fi elle ne s'y connoifibit pas » ?
A dit que non. Qu'il a feulement dit : « Oh I elle fait exprès I » et qu'il n'a pas eu en, cela la moindre intention.
Nous avons enfuite enquis le fécond defdits deux particuliers de nous dire pareillement fes noms, furnoms, pays, âge, qualité et demeure ?
Lequel, après avoir auili promis de dire vérité, nous a dit fe nommer Pierre- Louis Picardeaux, natif de Reims, âgé de 21 ans, auffi acteur dudit fieur Audinot, demeurant rue St-Pierre, fur les fofFés du Pont-aux-Choux.
Enquis de nous dire s'il n'eft pas vrai que le même jour jeudi dernier, il n'a pas dit fur la fcène, théâtre dudit fieur Audinot, parlant de ladite demoifeUe Maffon faifant le rôle de Colette, après avoir répondu qu'elle ne fe connoiffoit pas à la bonne façon des chevilles : « U fe peut bien faire qu'elle s'y connoiffe comme il fe peut faire qu'elle ne s'y connoiffe pas. »
A dit que oui et qu'il n'a entendu dire aucun mal ni infulter perfonne en
difant cela.
Signé : Maillot ; Picardeaux ; Mayeur.
Ce fait, nous avons laiffé les fufnommés es mains dudit Lelièvre pour les conduire es prifons du For-l'Évéque.
Signé : Lelièvre ; Maillot.
(^Archives des Comm., n'> 3785.)
(i) Voici quelle était U composition du spectacle de l'Ambigu le 22 octobre 1778 : le Juge ridieule, ou Us Chevilles, petite pièce de Labussiére ; Don Quichotte armé chevalier, pièce du même auteur ; les Noces de Gamache, divertissement également du même auteur, et le Sauvage apprivoise' et la fête du Seigneur, pantomime.
Mayeur de Saint-Paul. 129
Jeudi, 12 novembre 1778, 9 heures du foir.
François-Marie Mayeur, acteur d'Audinot, demeurant rue Montmartre, arrêté par Jofeph Piètre, brigadier de la garde de Paris, en vertu des ordres du magiflrat. Pourquoi nous l'avons envoyé au For-rÉvéque (i).
(^Archives iet Comm., n9 %OXl,')
L'an 1779, le mercredi 18 août, dix heures de relevée, en l'hôtel et pardevant nous Hubert Mutel, etc. , eft comparu Louis-Michel Portier, fergent de la divifion, commandant la garde de Paris : Lequel, en exécution des ordres doi^t il eft porteur et en vertu de l'ordonnance de Sa Majefté concernant les fpectades, vient d'arrêter le fieur Mayeur, acteur du fpectacle du fieur Audinot, et l'a conduit par-devant nous â l'effet de conflater fa capture.
En conféquence, avons fait paroitre devant nous ledit fieur Mayeur, lequel enquis par nous de fes nom, furnoms, âge, pays, qualité et demeure, a dit fe nommer François-Marie Mayeur, âgé de vingt ans, natif de Paris, paroifle St-Paul, acteur du fpectacle du Heur Audinot, demeurant au faubourg St-Martin, paroiiïe St-Laurent.
Signé : I^yeur ; Mutel.
Ce fait, ledit ûeur Portier s'ell chargé dudit fieur Mayeur, pour le conduire
es prifons du For-l'Évêque (2) et l'y recommander en vertu defdits ordres
dont il eft porteur.
Signé : FoRTiER ; Mutel.
(Archives des Comm., n** 257$.)
Lundi, 18 octobre 1779, 8 heures du foir.
François-Marie Mayeur, acteur d' Audinot, arrêté par le fieur Seigneur, officier de la garde de Paris, pour avoir récité au public un compliment avant
(i) Poar incartade commise pendant la représentation qui se composait ce soir-U de : // n'y « plut d'enfants, petite pièce de Nougaret, suivie de la FéU de Colette, divertissement-pantomime, terminée par Don Quichotte armé chevalier , pièce de Labussîère, et par les Noces de Ganuuhe, divertissement du même auteur.
(2) L'incorrigible Mayeur s'était encore attiré cette sévère punition par son insolence envers son directeur et son sans-gène avec le public pendant la représenution du i8 août 1779. On jouait ce •oir-U à TAmbigu-Comique : les Quatre fils Aymon , pantomime en trois actes , par Amould- Massot, précédée de la Maison d donner, petite comédie.
Sp. — n. 9
une pièce, dont il eft Tauteur, fans en avoir prévenu Ton directeur et fans avoir eu Tagrément de M. Lenoir (i). Pourquoi nous Pavons envoyé au ForrÉvêque.
{Archives dts Cent m., u** $022.)
L'an 1782, le famedi 2 mars, une heure de relevée, en Thôtel et par-devant nous Benjamin Bourderelle, etc., eft comparu fieur Pierre-Jofeph Henry, confeiller du Roi, infpecteur de police : Lequel nous a dit qu'en vertu de Tordre du Roi dont il eft porteur, il vient d'arrêter une particulière rue du Temple, au coin du boulevard, diflribuant publiquement une brochure ayant pour titre : le Dif œuvré, ou VE/pion du boulevard du Temple, imprimée à Londres fans nom d'auteur ni d'imprimeur ; laquelle particulière il a arrêtée à l'aide de la garde, commandée par le fleur Bocquin, fergent, au-devant de l'échoppe qu'elle occupe fufdite rue, au coin du boulevard, et qu'il a conduit ladite particulière par-devant nous pour être ordonné ce qu'il appartiendroit.
Sur quoi nous commifTaire, etc., avons procédé à l'interrogatoire de ladite particulière ainfi qu'il fuit :
Premièrement avons enquis la particulière arrêtée de fes nom, âge, qualité, pays et demeure ?
Elle nous a dit, après ferment par elle fait de dire vérité, fe nommer Claudine Céfarine, âgée de 27 ans, native de Paris, veuve de Jean-Jofeph Henri, marchand de livres, demeurante rue de Lancry, maifon du Heur Labady, peintre, où elle occupe deux chambres au deuxième étage fur le devant.
A elle demandé (î elle n'a pas expofé en vente cejourd'hui â l'échoppe qu'elle occupe rue du Temple, au coin du boulevard, fous le balcon de M"* de l'Hôpital, des brochures intitulées : le Difœuvriy ou VEJpion du boulevard du Temple, imprimées à Londres l'année dernière fans nom d'auteur ni permiilion ?
A répondu qu'il eft bien vrai qu'elle a expofé en vente ledit ouvrage ce matin, non pas publiquement, mais au contraire fecrètement.
A elle demandé fi quelqu'un ne s'eft pas préfenté ce matin pour acheter ledit ouvrage, combien elle a voulu le vendre et fi elle en a effeaivement vendu?
A répondu que les nommés Bordier et Picardeaux, acteurs du fpectacle d'Audinot, fe font préfentés à elle ce matin pour acheter ledit ouvrage et lui ont demandé combien elle vouloit le vendre, à quoi elle leur a dit qu'elle vouloit le vendre trois livres.
(i) On jouait ce soir-U k rAmbigu-Coxnique, pour U réouverture du théâtre au l>ouley«rd après la foire Saint-Laurent, la i'* représentation de : /« Pomme, c» U Prix de la beauté, mélodrame de Mayeur, précédé du Goutteux, pièce en deux actes.
Mayeur de Saint-Paul. 131
A elle demandé d*où lui provient ledit ouvrage et fi elle en connoft l'auteur ?
A répondu que c'eft le nommé Aubry, marchand libraire, fon afTocié, demeurant rue de Lancry, qui le lui a donné à vendre, qu'elle ignore le nom de l'auteur.
A elle repréfenté deux defdites brochures, et a elle demandé fi elle les re-
connoft pour être celles qu'elle avoit dans fon échoppe et qu'elle a voulu
vendre auxdits Bordier et Picardeaux ?
A répondu que oui.
Signé : C. Cézarinne.
Et à l'inflant, trois heures de relevée, nous conmiifTaire fufdit fommes tranïporté, avec ledit fieur Henry, en vertu de l'ordre du Roi dont il eft porteur, Aifdite rue du Temple, près le boulevard, à l'échoppe occupée par ladite veuve Henri où elle a été conduite en vertu de l'ordre ci-deflus par ledit fieur Henry, en préfence de laquelle nous avons fait perquifition dans ladite échoppe, par l'événement de laquelle il s'ell trouvé fix exemplaires en feuilles du Difauvri, ou VEfpion du boulevard du Temple, plus un exemplaire ployé du Tableau de Paris.
Sommes enfuite tranfporté rue de Lancry où ladite veuve Henri a été conduite par ledit fieur Henry en une chambre au deuxième étage, ayant vue fur ladite rue et fur des marais dépendant d'une maifon occupée par bas par une fruitière. Par l'événement de laquelle perquifition il s'efi trouvé dans les deux chambres occupées par ladite veuve Henri, un exemplaire en feuilles du Tableau de Paris, Mémoires de Su^ony fœur de Dom B , portier des
Chartreux, Lettre de l'abbé Raynal à V auteur de la Nymphe de Spa,
Ce fait, tous les livres ci-defius décrits ont été laifTés en la garde dudit fieur Henry, qui le reconnoit, pour les représenter toutes fois et quantes. A l'égard de bdite veuve Henri, elle a été relaxée.
Signé : Henry ; Bourderelle.
(Archives des Comm., xo8 1 .
L'an 1782, le mercredi 6 mars, de relevée, en l'hôtel et par-devant nous Gilles-Pierre Chenu, etc., efl comparu fieur François-Marie Mayeur, correfpondant de la lotterie des Deux-Ponts, demeurant faubourg St-Martin, paroifTe St-Laurent : Lequel nous a rendu plainte et dit qu'il vient de paroitre un livre fans nom d'imprimeur, intitulé : le Déjœuvré, ou VEfpion du boulevard du Temple, dans lequel le plaignant efi affez maltraité ; que néanmoins des gens mal intentionnés contre lui ont la méchanceté de lui attribuer ce mauvais ouvrage et de l'en dire hautement l'auteur, dans la vue fans doute
de lui nuire ; que les fieurs Bordier et Picardeaux entre autres, tous deux attachés au fpectacle du fieur Âudinot, ont tenu à ce fujet toutes fortes de propos déplacés et même menacé d'afTafliner publiquement le plaignant s'ils le rencontroient ; que femblables menaces donnent lieu au plaignant d* avoir des inquiétudes, et ayant d'ailleurs beaucoup â fe plaindre de l'auteur dudit livre relativement aux chofes défavorables qu'il contient fur le compte du plaignant (i), il efl venu nous en rendre la préfente plainte ainfi que contre lefdits Bordier et Picardeaux, et tous autres leurs fauteurs, complices et adhérens.
Signé : Mayeur ; Chenu.
{Archives d4t Comm., n'> 880.)
Samedi 13 mai 1786, 9 heures du foîr.
François-Marie Mayeur, acteur du fleur Nicolet, arrêté par Gafpard Teyffier, caporal, à la réquifîtion dudit fieur Nicolet, pour être venu à 7 heures au fpectacle (2), avoir manqué à fon directeur et à l'officier de garde. A rh6tel de la Force.
{Archivit iet C^mm,, n" $oaa.)
MERCEROT (Pierre-Toussaint), acteur de TAmbigu- Comique en 1789.
Samedi 4 avril 1789, 9 heures 3/4 foir.
Le fieur Antoine Paitre, fergent-fourrier de la garde de Paris, a arrêté Pierre-Touflaint Mercerot, acteur de l' Ambigu-Comique, à la réquifition du fieur François Amould, directeur dudit fpectacle, pour avoir contracté un engagement avec le fieur Hus, directeur de la troupe de Nantes, au préjudice d'un autre qu'il a avec ledit fieur Amould ; et encore attendu qu'il s'eft refufé
(i) Les passages du Chroniqueur disauvri, relatifs A Mayeur, que nous avons donnés plus haut sont loin, comme il le dit ici, de contenir sur son compte « des chofes défavorahles ». On le complimente au contraire sur son génie ; il est vrai qu'on lui reproche sa suffisance, et qu'on s'étonne de ses honnes fortunes ; mais certains hommes verraient dans cet étonnement même le plus flatteur àt% compliments. Bordier au contraire y est traité de polisson et A*esero€f et Picardeaux d'être inepte, enseveli dans la fange. Décidément, plus j'étudie le Chroniqueur désauvré, et plus je me confirme dans l'opinion que Mayeur en est l'auteur.
(a) On jouait ce soir-U aux Grands-Danseurs du Roi : la 14- représentation des Ègyptitns, on Us Diseurs de bonne aventure de qualité, avec deux divertissements ; la I2« de PoliehinelU protégé par la fortune, et deux divertissements ; Madame Tintamarre ; l'Hommage au printemps, ou la Rose et le bouton au tempU de l'Hymen, pantomime en deux actes, mêlée de dialogues, danses et musique, par Robineau de Beaunoir.
Mér inville . — Michel . 133
à foufcrire un acte par lequel il fe feroit fournis de tenir l'engagement contracté avec ledit (ieur Amould et d'annuler celui qu'il pouvoit avoir contracté avec ledit fieur Hus. Remis à Martin Peignot, fergent des Enfans-Rouges, pour le conduire à l'hôtel de la Force (i).
{Archives des Comm., n<» 5022.)
MÉRINVILLE (M"0, danseuse de la troupe de Saint- Edmeen 171 3, était connue sous le pseudonyme de la comtesse de Tripaillon, provenant vraisemblablement de quelque rôle joué par elle.
{Dictionnaire des Théâtres, III, 411.)
MEUNIER (Michel), sauteur chez Nicolet cadet à la foire Saint-Germain de 1765. Dix ans plus tard, Michel Meunier, associé à un nommé Charini, danseur de corde espagnol, avait une loge à la foire Saint-Ovide.
{Archives des Comm., no* 857, IS08.)
Voy. Charini.
MEUNIER, habile danseur de corde du théâtre des Grands- Danseurs du Roi, obtenait un grand succès en 1781 par un exercice d'équilibre appelé « l'Équilibre de la plume » .
{Journal de Paris, ii février Z781.)
MICHEL (François), maître de danse et danseur à TOpéra-Comique à la foire Saint-Laurent de 1739. Son fils et sa fille parurent aussi sur le même théâtre pendant la même foire.
Voy, Delamain.
(i) Mercerot avait en outre refusé de jouer, ce qui avait retardé considérablement la représentation. On donnait le 4 avril 1789 : la Mort du capitaine Coek à son troisième voyage dans le Nouveau-Monde, pantomime en quatre actes, par Arnould-Mussot, précédée de la Dot, comédie en un acte, et de VÈmharras comique^ proverbe.
M ICHOT (Antoine), né en 1759, mort en 1830, acteur du boulevard, puis de la Comédie-Française, débuta en 1781 au théâtre de TAmbigu-Comique, où il joua avec succès Guillot Gorju , amant de Margot, dans Carmagnole et Guillot Gorju, tragédie pour rire en un acte, en vers, par Dorvigny et Dancourt, représentée le 2 janvier 1782. En 1785, Michot s'engagea au théâtre des Variétés du Palais-Royal (anciennes Variétés-Amusantes) et y créa une grande quantité de rôles, parmi lesquels on remarque Déli dans la Loi de Jatab, ou le Turc à Paris, comédie en un acte, en vers, par Dumaniant, représentée le 22 janvier 1787; un sauvage, dans le Français en Huronie, comédie en un acte, en vers, par Dumaniant, représentée le 30 avril 1787 ; Frontin, dans les Défauts supposés, comédie en un acte, en vers, par Sedaine de Sarcy, représentée le 28 janvier 1788; Halifax, dans le Duc de Monmouth, comédie héroïque en trois actes, en prose, par Bodard de Tézay, représentée le 4 novembre 1788, etc., etc. En 179 1, quand les Variétés du Palais- Royal changèrent de nom et prirent le titre de Théâtre-Français de la rue de Richelieu (c'est la Comédie-Française actuelle), Michot ne parut pas déplacé sur cette scène, où brillaient Julie Candeille, Monvel, Talma, Dugazon, etc., et il continua à remplir avec succès les rôles qui exigeaient du naturel, de l'aisance et de la rondeur.
(Brochures intitulées : Carmagnole et Guillot Gorju, Avignon, Garrigan, 1791 ; la Loi de Jatah, Paris, Brunet, 1787; le Français en Huronie, Paris, Cailleau, 1787; les DéfauU supposés, Paris, Cailleau, 1788 ; le Duc de Monmouth, Paris et Bruxelles, Deboubers, 1789. — Biographie Didot.)
Mardi 9 décembre 1783, 9 heures et demie du foir.
Antoine Michault, acteur d'Audinot, arrêté par le ûeur Hochereau, officier, en vertu des ordres du magifirat (i). A Thôtel de la Force par Leterlin, fergent.
{Archives des Comm., n« $oaa.)
(i) Michot était arrivé en retard au spectacle, où Ton donnait ce soir>lA: Jacquot parvenu, pièce en un acte, par Fonpré de Fracansalle, suivie de Philips et Sara, pièce en un acte, en vers; PEnragè, proverbe ; les Bons et la Méchants, on Philimon et Baueis, pantomime en deux actes, par Audinot.
Miette . — Mik-Kuck . 135
lETTE, entrepreneur de spectacles à la foire Saint-Ovide
{Archives des Comm.^ n» 150S.)
MIGNARD, sauteur et équilibriste, avait une loge à la foire Saint-Laurent de 1727, et y attirait par ses talents une foule nombreuse. Il parut encore à quelques foires suivantes.
{Mémoires sur Us Spectacles de la Foire, II, 43' — O**' tionnaire des Tbédtres, III, 427.)
MIK-KUCK (Louis-Jean GOUET DE MESNIVILLE, dit), danseur du théâtre de TOpéra-Comique à la foire Saint-Germain de 1734.
L'an 1734, le mercredi 24 mars 1734, quatre heures de relevée, en Thôtel de nous Charles-Jacques-Étienne Parent, etc., eft comparu Louis-Jean Gouet de Mefniville, écuyer, qui danfe fous le nom de Mik-Kuck, à TOpéra-Comique, rue de Buili, quartier St-Germain-des-Prés, depuis fon ouverture : Lequel nous a dit que cejourd'hui, heure préfente, s' étant préfcnté pour entrer audit Opéra-Comique à fon ordinaire pour y danfer, fuivant ce qu'il a (ait jufqu'à préfent et ce qui eft annoncé par les affiches, il auroit été furpris qu'on lui auroit refufé la porte et dit qu'il y avoit ordre de ne le plus laifler entrer, oourquoi il fe feroit retiré avec Tes habits à loyer qu'il nous a repréfentes, lavoir : un habit de pierrot et un de HoUandois, tous deux complets, et eft venu nous rendre plainte dudit refus dont il ne peut favoir la caufe fi ce n'eft qu'il fe trouve créancier du fieur Devienne, entrepreneur, favoir de la fomme de 300 livres pour le reliant de la foire St-Laurent dernière en deniers ou quittances, et de la fomme de 300 livres à laquelle le plaignant eft convenu avec ledit Devienne, en préfence du fieur Viron, ami dudit Devienne, et lui a auffi promis de lui payer le vieux. Suivant ces conventions le comparant eft 'arrivé à Paris et a danfé depuis l'ouverture dudit Opéra jufqu'â ccjourd'hui. Il eft dû pour loyer d'habits à 50 fols par jour depuis qu'il danfe, à l'exception des cinq premiers jours que l'on a payé ledit loyer : lequel loyer des habits de caractère où le plaignant a danîé tant à la foire St-Laurent qu'à la foire St-Germain eft dû aux marchands qui les ont fournis, par ledit fieur Devienne. Et comme il ne fait pour quel fujet ledit De* vienne lui a refufé la porte et qu'il a intérêt d'avoir le payement de fon dû, il eft venu nous rendre la préfente plainte.
Signé : De Mesniville ; Parent.
{Aftbiva des Comm., n» 1494.)
MILLER (Marie-Élisabeth-Anne BOUBERT, dite), née en 1770, fille d'un musicien des Grands-Danseurs du Roi, débuta encore enfant au spectacle des Variétés-Amusantes et dansait à ce théâtre dans VEmminagement de la Folie, ballet représenté au mois de février 1781. Dès le mois de mai suivant, elle faisait partie de la troupe deNicolet et a joué sur cette scène dans les Amusements du mois de mai, ballet (9 mai 1781); dans les Amours de Babet (30 août 1781); dans la Guinguette flamande (12 novembre 1781); Agathe dans la Rose et le bouton, pantomime dialoguée en deux actes (7 juin 1783); dans la Petite Boiteuse, ballet (i** juillet 1783); dans la Fille courageuse et le Château assiégé, pantomime (7 août 1783); dans la Petite Jardinière, pantomime dansante (13 août 1783); dans la Soirée villageoise, ballet-pantomime (10 septembre 1783) ; dans la Petite Pêcheuse de poissons, ballet (2 janvier 1784); dans \t Port de Marseille, pantomime (17 février 1784); dans les Réconciliés, petite pantomime dansante (28 février 1784); Europe dans \t Ravissement d'Europe, pantomime héroïque en trois actes (13 mai 1784); àzasXt Ruban d'amour, pastorale en vers (23 août 1784); dans Y Amour constant et V Heureux sommeil, pantomime (11 août 1784), et dans le menuet des Passions (18 décembre 1784). M"* Miller dansa plus tard à l'Académie royale de musique et épousa en 1795 Gardel jeune, acteur de ce théâtre. Elle est morte à Paris le 18 avril
(Journal d* Paris, février, 9 mai, 30 août, 12 novembre 1781 ; 7 juin, !««• juillet, 7-1} août, 10 septembre 1785 ; a janvier, 17-28 février, 13 mai, 11-23 Août, 18 décembre 1784. — Bio graphie Didol.y
M ION (Jeanne-Marguerite), actrice du boulevard, fut successivement attachée en 1767 au Spectacle militaire, théâtre établi en 1767 sur le boulevard du Temple, et en 1769 au jeu de Nicolet cadet.
Minot. 137
L'an 1767, le dimanche 16 août, deux heures du matin, a été amené en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., par le caporal de Tcfcouade de Pierre Lehu, fergent de la garde de Paris, un particulier arrêté par la garde du boulevard pour avoir battu et excédé Jeanne-Marguerite Mion, fille travaillant chez le fieur Baldini, maître du fpectacle militaire, fur le boulevard du Temple; ladite fille Mion étant auffi venue par-devant nous avec eux : Laquelle nous a dit fe nommer effectivement Jeanne-Marguerite Mion, travaillant chez ledit Baldini et logeant chez le nommé Briant, pâtiflier fur le boulevard. Elle nous a ajouté qu'ayant été rencontrée fur le boulevard, en fe retirant chez elle, par un particulier nommé Defmoëfte, logeant auffi chez ledit Briant, ledit Defmoëfte l'a infultée en la tutoyant : Et, fur ce qu'elle lui a feulement dit de la laiffer tranquillement paffer finon qu'elle lui feroit (aire de force, il l'a battue et excédée, et lui a même porté un coup de canne. Et fur les interpellations par nous faites au particulier arrêté, il nous a dit fe nommer George Defmoëfte, natif de Paris, âgé de 24 ans, metteur en œuvre, logeant avec un perruquier de fes amis chez le nommé Briant, et nous a ajouté qu'il étoit vrai qu'il avoit donné un coup de canne à cette fille Mion. Pourquoi et attendu qu'il nous a rendu fort mauvais compte de fa conduite, nous l'avons remis es mains dudit Pierre Lehu, fergent de la garde de Paris, pour par lui le conduire es prifon du Grand-Châtelet.
Signé : Maillot.
{Archives des Comm., o? 3774.)
Du 5 mai 1769, huit heures du foir.
Marguerite Mion, fille, aarice chez Nicolet le cadet, maître de fpectacle fur le boulevard du Temple, logeante au Grand-Cerf, rue Boucherat, arrêtée par la garde du boulevard et menée au corps de garde pour avoir refufé de jouer chez ledit Nicolet quoiqu'engagée ; ce qu'elle a auffi refufé de faire fous faux prétexte à nous parlant. Pour quoi remife à Charles Châles, caporal de la garde de Paris, pour la conduire au For-l'Évêque et l'y faire écrouer de police par le premier officier du guet requis.
{Archives des Comm,, n« 3776.)
MINOT (Nanette) , actrice de rOpéra-Comique, jouait dans l'Assemblée des acteurs, prologue de Panard et Carolet, représenté le 21 mars 1737, et dans le Repas allégorique y ou
la Gaudriole, opéra comique en un acte, de Panard. Le 9 avril 1740, après la pièce intitulée: la Barrière du Parnasse, opéra comique en un acte, de Favart, où elle avait rempli le rôle de Lucinde, elle récita avec le petit Boudet le compliment pour la clôture du spectacle.
{DUtionnaire du Thiâtrêt, I, 3x6, 38a ; IV, 426.)
MOËTTE*, entrepreneur de spectacles, obtint en 1758 une part de 9,000 livres dans l'administration du théâtre de rOpéra-Comique qu'il exploita jusqu'en 1762, époque de sa réunion à la Comédie-Italienne, conjointement avec Favart, Dehesse, Corby et Coste de Champeron. Moêtte était le fils de Charles Moëtte, libraire distingué de Paris, qui a édité, entre autres ouvrages, V Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, par Henri Sauvai. -
(Journal dt Collé, publié pu- H. Bonhomme, II, ia6.)
OLIN (Francisque).
Voy, Francisque.
M OLIN (Simon), frère de Francisque, faisait partie de sa troupe pendant la foire Saint-Germain de 1721, et jouait le rôle d'Arlequin dans la Forêt de Dodone, pièce en un acte, en prose, mêlée de vaudevilles, par Lesage et Dorneval, musique d'Aubert, représentée au mois de février de cette même année.
{Dictionnaire des Théâtres , II, 625.)
OLIN (M"*), femme du précédent, faisait comme lui partie de la troupe de Francisque.
{Memoira sur les Spectacles de la Foire, I, 222.)
Monnet. 139
MONNET (Jean-Louis), né vers 17 10, mort en 1785, entrepreneur de spectacles à Londres, Lyon et à Paris, où il a dirigé l'Opéra-Comique en 1743 P^ur la première fois, et pour la seconde fois, dei752ài757. Il a laissé de curieux Mémoires, dans lesquels il dépeint en ces termes l'état de TOpéra-Comique en 1743 : « L'Opéra-Comique avoit ruiné mes prédécefleurs. Le fieur Pontau, alors poflefleur du privilège, homme d'efprit, mais foible et peu propre aux détails d'une pareille direction, avoit laifTé tomber ce fpectacle dans un tel avilifTement qu'il en avoit abfolument éloigné la bonne compagnie. La livrée y étoit en poffeflion du parterre, elle décidoit des pièces, fiffloit les acteurs, et quelquefois même les maîtres quand ils s'avançoient fur le devant de la fcène. Les loges des actrices étoient ouvertes à tout le monde. La falle, le théâtre étoient conflruits à peu près comme les loges des baladins de la foire Saint-Ovide. La garde s'y faifoit par un officier de police et fept ou huit foldats de robe courte. L'orcheftre étoit compofé par des gens qui jouoient aux noces et aux guinguettes. La plupart des danfeurs figuroient avec des bas noirs et des culottes de drap de couleur. Rien en un mot n'étoit û n^ligé, û fale, û dégoûtant même que les acceffoires de ce fpectacle. Voulant y mettre de la décence et de l'ordre, j'obtins une ordonnance du Roi qui défendoit les entrées à la livrée. Je fis conftruire un amphithéâtre, réparer et décorer la falle à neuf. n étoit quefUon de trouver des fujets; on m'indiqua comme la meilleure troupe de province, celle du fieur Duchemin, à Rouen, où étoit le fieur Préville, qui rempliflbit déjà avec difHnction l'emploi de premier comique. J'en voulus juger par moi-même et j'allai à Rouen. Les talens, l'efprit, le naturel et la gaieté de cet acteur, firent une fi grande impreflîon fur moi, que je n'étois plus occupé que des moyens de l'attacher à mon fpectacle. Je le laiflai le maitre de fes appointemens et de faire tout ce qui pourroit lui être agréable dans la place qu'il occuperoit. AuSi fiatté de ces avantages que du défir d'être à Paris, il s'engagea pour la foire Saint-Laurent. Je fis alors la découverte d'un opéra comi-
que, le P ou la Rofe, production de la jeunefle de M.Piron,
dont on n'avoit voulu permettre ni Timpreffion, ni la repréfentation à Paris et qu'on avoit laiffé jouer une feule fois fur le théâtre dé Rouen. Un magiftrat de cette ville, qui en avoit confervé une copie, me la donna en échange d'un petit recueil de chanfons aflez gaies que j'avois en ma poffeffion. » Comme on l'a vu plus haut, ce fut en 1757 que Monnet, alors directeur pour la seconde fois de l'Opéra-Comique , quitta définitivement ce théâtre. Voici ce qu'écrit Collé à ce propos : « Janvier 1758. Le grand Monnet a quitté i'entreprife de l'Opéra-Comique en s'y réfervant feulement une part de 14,000 livres. Il y a fix parts de pareille fomme dans le fond de cette affaire. Dehefle le comédien en a une; Corby, cet écumeur de littérature, qui vole les manufcrits à droite et à gauche et qui a fait imprimer le Théâtre des boulevards, en a aufli une; un nommé Moêt, une autre. Favart n'a voulu qu'une demi-part de 7,000 livres, mais on lui a fait fur la chofe 4,000 livres d'appointemens par an. Ces nouveaux entrepreneurs vont entrer en jouiflance au mois de février prochain. Ils achèvent le refte du bail de Monnet qui a encore trois ans à courir^ je crois. »
(Biographie Didol. — Journal de ColU, publié par H. Bonhomme, II, 126. — Œuvres dePiron, publiées par Edouard Foumier, notice XL.)
Sur la requête préfentée au Roi étant en Ton confeil par François Berger, contenant que par arrêt du confeil d*État du i8 mars dernier, il a plu â Sa Majefté de fubrogerlefuppliant au lieu et place du fleur de Thuret, auquel Sa Majefté, par arrêt du confeil du 30 mai 1753, avoit accordé le privilège de TAcadémie royale de mufique pour 29 années qui redoient à jouir de ce privilège accordé auparavant au fieur Lecomte, le fuppliant s*eft mis en poffeffion de Texploitation dudit privilège en conféquencc dudit arrêt du 18 mars dernier ; il a trouvé que le fieur de Thuret, par contrat paffé devant Gervais et fon confrère, notaires au Châtelet de Paris, le 28 mars 1743, avoit donné à loyer pour fix années à Louis Monnet, bourgeois de Paris, le droit excluftf d'établir dans la ville de Paris aux foires de St-Germain et de St-Laurent et
Monnet. 141
autres foires qui pourroient s'établir ci-après, le fpectacle appelé vulgairement rOpéra-Comique, compofé de vaudevilles, de danfes, machines, décorations et fymphonies ; mais le fuppliant a reconnu que ce bail étoit préjudiciable à ladite Académie royale ; il a cru qu'il étoit plus convenable à Tintérêt de TAcadcmie qu'il fît régir par lui-même ledit Opéra-Comique dont Sa Majeflé a accordé le privilège exclufif à TAcadémie royale de mufîque par Ton arrêt du premier juin 1730, et â cet effet, demander la réfiliation du bail paffé audit Monnet. La demande du fuppliant eft d'autant plus favorable qu'eue a pour objet l'avantage de ladite Académie royale et que d'ailleurs le fieur de Thuret n'a pu aliéner une portion du privilège au delà du tems qu'il en a été revêtu, c*e(l ce qui a obligé le fuppliant de recourir à l'autorité de Sa Majeflé. Requéroit à ces caufes le fuppliant qu'il plût à Sa Majefté ordonner que le bail paiïë audit Monnet le 28 mars 1743 demeurera nul et réfolu du jour de l'arrêt qui interviendra, enfemble tous les autres baux et traités qui auroient pu être faits par ledit ficur de Thuret à raifon du privilège de ladite Académie royale; faire défenfe audit Monnet de faire repréfenter à l'avenir aucun fpectacle aux foires de St-Germain et de St-Laurent ; ordonner que l'arrêt qui interviendra fera exécuté nonobdant oppofitions ou appellations quelconques. Vu ladite requête, le Roi, étant en fon confeil, a ordonné et ordonne que le bail paffé audit Monnet par le fieur de Thuret le 28 mars 1743, demeurera nul et réfolu, enfemble tous les baux et traités qui peuvent avoir été faits par ledit fieur de Thuret pour raifon du privilège de ladite Académie royale de mufique, et ce, à compter de cejourd'hui. Fait défenfe audit Monnet de faire repréfenter à l'avenir^ucun opéra comique ou autre fpectacle auxdites foires de St-Laurent et de St-Germain. Ordonne Sa Majeflé que le préfent arrêt fera exécuté nonobflant oppofitions ou appellations quelconques, dont, fi aucune intervient, Sa Majeflé s'efl réfervé la connoifîîance.
Le 30 mai 1744.
Signé: Daguesseau.
(Rsg. du Conseil d'État, E, 2227.)
Vu au confeil d'État du Roi, Sa Majeflé y étant, l'arrêt rendu en icelui fur la requête du fieur François Berger, le 30 mai dernier, par lequel il auroit été ordonné que le bail paffé à Louis Monnet, bourgeois de Paris, par le fieur de Thuret, le 28 mars 1743, demeureroit nul et réfolu, enfemble tous les baux et traités qui pourroient avoir été faits par ledit fieur de Thuret poiur raifon de fon privilège et ce à compter du jour dudit arrêt, avec défenfe audit Monnet de faire repréfenter à l'avenir aucun opéra comique ou autre fpectacle aux foires de St-Germain et de St-Laurent et que ledit arrêt feroit exécuté nonobflant oppofitions quelconques, dont, fi aucune intervenoit. Sa Majeflé fe réfervoit la connoiffance ; la requête dudit Monnet tendante à
ce que, pour les caufes y contenues, il plût à Sa Majefté le recevoir oppofant audit arrêt du confeil et, faifant droit fur fon oppofition, fans avoir égard à la demande dudit fieur Berger dont il feroit débouté, ordonner que le bail de rOpéra-Comique palTé audit Monnet par ledit fieur de Thuret le 28 mars 1743, feroit exécuté félon fa forme et teneur ; ladite requête fignifiée le 10 du préfent mois : Ouï le rapport et tout confidéré, le Roi étant en fon confeil, fans avoir égard à Toppoûtion formée par ledit Monnet à l'exécution de Tarrêt de fon confeil d'État du 30 mai dernier dont Sa Majefté Fa débouté, a ordonné que ledit arrêt fera exécuté félon fa forme et teneur. Le 1 5 juin
Signé: Daguesseau.
{Reg, in Conseil d'État, E, 2327.)
MONTANSIER (Spectacle de la). Théâtre ouvert le 12 février 1790 au Palais-Royal, dans la salle des Petits- Comédiens de S. Â. S. M. le comte de Beaujolais, par Marguerite Brunet, dite Montansier, célèbre directrice de spectacles, qui n'avait jusqu'à ce moment administré que des troupes de province. On y jouait l'opéra et la comédie en vers. M"* Montansier, née en 1730, est morte en 1820. C'est le théâtre du Palais-Royal qui occupe de nos jours le local de l'ancien spectacle de la Montansier.
MONTIGNY, l'un des meilleurs danseurs du théâtre de Nicolet, où il entra en 1767. Son frère cadet était musicien à l'orchestre du même spectacle.
L'an 1775, le vendredi 18 août, huit heures du foir, en notre hôtel et pardevant nous François-Jean Sirebeau, etc., eft comparu (leur Nicolas Dominique Leprieur de Varigni, ci-devant volontaire au régiment du Berri infanterie, demeurant à Paris, rue des Mathurins, hôtel impérial.
Lequel nous a rendu plainte contre les nommés de Montigni, attachés à la direction du fieur Nicolet, Tun en qualité de danleur et l'autre en qualité de joueur de violon, et nous a dit que cejourd'hui en fortant du fpectacle dudit fieur Nicolet il a été joindre une voiture à laquelle il avoit donné ordre d'attendre tant pour lui que pour fa compagnie. Qiie, déûrant en jouir, il s'en eft trouvé empêché par lefdits de Montigni qui vouloient la lui enlever et s'en fervir. Ope cette difficulté a fait naître entre eux des propos qui ont été
Monvel. — Morange. 143
pouflfés delà part dudit Montigni l'aîné jufqu'à l'infulter en lui faifant outrage à la figure avec fon chapeau. Qu'ayant rabattu ce chapeau avec fa canne, ledit Montigni le jeune lui a porté à la poitrine un coup de canne avec tant de violence qu'il en eft réfulté une tumeur. Qu'ayant eu recours aux officiers de la garde pour fe faire rendre judice, les officiers lui ont donné un foldat qui a été avec lui plaignant à la voiture dans laquelle ledit Montigni l'ainé étoit monté, et après l'en avoir fait defcendre fans avoir pu joindre ledit Montigni le jeune, ils l'ont conduit au corps de garde pour être entendu ; mais Tofficier de garde ayant éludé leur différend, ils fe font retirés fans en avoir eu fadsfaction.
Et comme le plaignant a intérêt d'avoir raifon de pareilles infultes et voies de fait, il eft venu nous rendre la préfente plainte.
Signé : Leprieur de Varigny ; Sirebeau.
(Archivts itt C»mm.f ii« 4670.)
Voy. Becquet (Marie-Charlotte).
MONVEL (jAcauES-MARiE BOUTET de), né en 1743, mort en 18 12, auteur dramatique et célèbre acteur de la Comédie-Française, fut attaché de 1786 à 1791 au spectacle des Variétés du Palais-Royal (anciennes Variétés-Amusantes) dirigé par Gaillard et Dorfeuille. Sa femme. M"* Monvel, jouait en 1 790 les utilités au même théâtre.
(Biogr^phù Didot. — Brochure intitulée : l'Amour et U Raison, Puis, Cailleâu, 1791*)
MORANGE (Anne-Françoise de VILETTE, dite), née en 1737, danseuse du jeu de l'Artifider hollandais à la foire Saint-Laurent de 1757.
Fay. ÀRTinCIER HOLLANDOIS (l*)-
MORANGE (Marie- Antoinette), née en 1755, épouse du sieur Dugard, actrice du théâtre appelé U Rendez-vous des Champs-Elysées, en septembre 1790.
Fojf. Beaubois.
MOREAU, dit LE Petit Arleopin, né à Paris vers 175 S, mort en 18 17 à Marseille, acteur forain, débuta à l'âge de 15 ans (1770) chez Audinot, pour les rôles d'Arlequin. Fils d'un musicien de la Comédie-Italienne, il avait vu souvent jouer Carlin et en avait retenu la manière et les gestes ; aussi eut-il un grand succès au boulevard; sa petite taille et sa gentillesse contribuèrent aussi beaucoup à lui gagner les sympathies des speaateurs. En 1780, il était engagé aux Variétés- Amusantes, et joua à ce théâtre les rôles i^ Arlequin dans la Corbeille enchantée, ou le Pays des Chimères, pièce nouvelle ornée de machines, décorations, changements et ballets (4 septembre 1780), et dans le Jaloux d'Estramadoure, comédie de Boissel (24 octobre 1780). En 1782, il revenait au théâtre qui avait vu ses premiers succès, et jouait pour sa rentrée un rôle dans le Répertoire, prologue représenté chez Audinot le vendredi 12 avril 1782 (i).
{Journal it Paris, 4 septembre, J4 octobre 1780 ; 12 avril 1782. —- Le Chroniqueur iésauvré, I, 68 ; II, $6. — Ga- Uriê historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 161.)
MOREL (Jean-Baptiste), maître de spectacle sur le boulevard du Temple en 1773, y montrait au public des animaux et diverses curiosités.
Voy, Rousseau (Claude-Marc).
(i) Voici en quels termes le Chroniqueur disauvri juge à cette époque le talent de Moreau. « A l'égard de Moreau, que peut-on dire de cet embryon ? On ne doit pas plus être étonné de fes fuccés, que de la parfaite indifférence avec laquelle le public fourit k fon efpéce de talent. Quand il parut fur les planches d'Audinot, le peuple cria au prodige ; il paffa pour la merveille de ce théâtre. Mais il eut le fort de tous les phénomènes de ce genre, il tomba dans Toubli, et il n'eft plus regardé que comme utile à remplir une légère place au théâtre où il parut jadis avec tant d'éclat. ■ (^Le Chroniqueur déseruvré, II, $6.) La fin de la vie de ce comédien fut misérable. Au commencement de ce siècle, il joua pendant quelques années au théâtre des Jeunes-Artistes, et Brazier, qui l'y connut, lui a consacré les lignes suivantes : « Il y avait encore un petit acteur du nom de Moreau, qui n'avait que 4 pieds a pouces ; il avait joué à l'Ambigu en 1786; il était déjà vieux. La misère l'avait réduit en 1809 à se faire voir comme un nain sur les places publiques. Pauvre petit Moreau ! cher petit arlequin ! ayez donc du talent ! arrivez donc à soixante ans, pour que l'on aille vous voir moyennant deux sous ! ■> (Brazier, Histoire des Petits Théâtres, I, 13$.)
Moreï. — Mouricaud. 145
MOREL, acteur du spectacle des Petits -Comédiens du comte de Beaujolais, au Palais-Royal, était attaché à ce théâtre en 1787. Il se blessa assez grièvement, le 17 novembre de cette année, avec un pistolet en jouant dans un drame intitulé le Nouvel Œdipe , ou l'Homme singulier. Une quête en sa faveur, faite immédiatement dans la salle, produisit une somme de 664 livres, et une représentation donnée à son bénéfice, le lendemain, lui valut 2,368 livres.
{Mémoires secrets, XXXVI» 198, 200.
OURICAUD (Joseph-Alexandre), né en 1742, cuisinier-pâtissier et danseur chez Gaudon en 1765.
L'an 1765, le jeudi 18 avril, dix heures du foir, eft comparu en Thôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Nicolas-Jacques Couturier, infpecteur des'foires et des boulevards : Lequel nous a dit qu'en vertu d'un ordre de M. le Lieutenant général de police, il vient d'arrêter dans le fpectacle de Gaudon, fur le boulevard, un particulier nommé Mouricaud, comme libertin, pour le conduire au For-rÉvéque : lequel particulier il a conduit par-devant nous pour l'entendre.
Signé: Couturier.
Sur quoi nous commiiïaire, etc., avons fait comparottre ledit particulier arrêté, lequel, fur les interpellations par nous à lui faites, nous a dit fe nommer Jofeph-Alexandre Mouricaud, natif de Verfailles, âgé de 23 ans, cuifinier-pâtiflier, ayant demeuré dans différentes maifons en cette qualité, ayant logé depuis quelque tems dans différens endroits à Paris. Qu'il croit être arrêté parce que, contre le gré de fes père et mère, il a quitté fon métier de cuifînier-pâtiflier pour fe mettre danfeur chez le nommé Gaudon, maître de fpectacle, qu'il a connu à Verfailles dans les avenues de Saint-CIoud où il étoit établi et qu'il a fuivi à la foire St-Ovide de l'année dernière et où il entendoit être encore tout le tems des boulevards de cette année. Qu'il ne croit pas qu'il y ait autre fujet contre lui de fon arrêt.
Signé : Mouricaud.
Ce fait, nous avons laiflé ledit Mouricaud es mains dudit fieur Couturier pour le conduire es prifons du For-l'Évêque.
Signé : Maillot ; Couturier.
{Archivtt dts C»mm., n« 3771*)
Sp. — n. 10
MOYLIN (Guillaume), chef de la troupe des Sauteurs du Roi, qui donnait des représentations à la foire Saint-Germain en 1720.
(^Archives des Comm., n'* 3479)
MULMAN, danseur de TOpéra-Comique, y exécuta la danse des Amours champêtres dans le Gage touché, opéra comique en un acte, de Panard, représenté le i8 mars 1736.
{Diclionnaire des Théâtres, III, 5.)
MUSÉE DES ENFANTS. Théâtre établi au Palais-Royal en 1785. Voici en quels termes un auteur du temps s'exprime au sujet du Musée des Enfants : « Ce fpectacle, fitué à l'extrémité des Galeries de bois, à côté des Variétés, au-deflus du café, eft un nouvel établiflement formé par le fieur Leteffier, pour fervir de cours d'émulation aux enfans de l'un et l'autre fexe. Toutes les connoiflances d'utilité et d'agrément, comme géographie, hifloire ancienne, mythologie, exercice des armes, déclamation, etc., y font mifes en action de manière à préfenter aux petits fpectateurs la morale fous une forme agréable et intéreflante et des modèles dans leurs contemporains. Ce mufée a faitfon ouverture le 6 octobre 1785, et donne tous les jours àfix heures après midi une repréfentation de ces différens exercices dans une falle décorée avec goût et qui peut contenir environ 250 perfonnes. L'ordre et l'exactitude qui régnent parmi ces petits acteurs, dont le plus âgé a au plus 10 ans, la précifion avec laquelle ils rendent les petits rôles qu'on leur confie, la finefle et les grâces qu'ils y mettent, méritent les fuffrages du public et font infiniment d'honneur à leurs inftituteurs et donnent lieu d'efpérer que cet établiflement utile et agréable pour les enfans deviendra un jour plus conféquent. » Ces espérances ne se réalisèrent pas et le Musée des Enfants ferma dans les premiers mois de 1787.
(Guide des Amateurs et des Étrangers voyageurs d Paris, par Thiéry, I, 272, 73}.)
I AIN. Phénomène que l'on montrait à la foire Saînt- I Germain de 1751 et qui était annoncé en ces ter- « Le fleur Albert Nivenoge, Hollandois , eft I arrivé en cette ville et y fait voir un homme fans pareil, âgé de 36 ans, de la hauteur de 2 pieds 4 pouces. Lagroffeur de fa tête fait la longueur de fon coips. Il a un très-beau vifage et les cheveux frilïs naturellement, et parle pIuHcurs langues. On le verra depuis 10 heures du matin jufqu'à 10 heures du foïr à la foire Saint-Germain-des-Prés, rue Traverlière, à la defcente du jeu des grands danfeurs de corde, vis-à-vis la chapelle. Il y a des places à 12 et 24 fols ».
NAIN DES INDES. Se voywt i la foire Saint-Germain de 1775. Cet individu était âgé de 42 ans et n'avait que 27 pouces de hauteur. Il avait été présenté à la famille royale le t6 décembre 1774.
NAIN GÉANT, monstre que l'on voyait à la foire Saint- Germain de 1779. Ce phénomène était un enfant de 4 ans, conformé aussi heureusement que l'homme le plus robuste, et présentant d'une manière non équivoque les signes de la plus vigoureuse virilité.
NAINE allemande du nom de Stœbert, âgée de 20 ans, et haute de 2 pieds 4 pouces. Se faisait voir à la foire Saint- Germain de 1774. On vendait son portrait en taille-douce dans la loge où elle se montrait.
{Almancuh forain, 1775. — Mémoires secrets, VII, 136.)
NAVARIN, sauteur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où il débuta à la foire Saint-Germain de 1782.
{Journsl de Paris, 7 féTTicr 1783.)
NÉGRESSE BLANCHE. Elle se faisait voir en 1777 sur le boulevard du Temple, au coin de la rue Chariot, la maison attenant le Cadran bleu. Cette albinos était âgée de 18 ans. L'annonce la disait fille de père et de mère nègres noirs et ajoutait : « Elle a les yeux finguliers ainfi que la pofition des oreilles; fa laine eft blonde. »
(Journal de Paris, 27 juin, 13 août 1777.)
NESSEL (M"'), actrice de l'Opéra-Comique, où elle débuta le 28 juin 1759 dans le Retour de V Opéra-Comique, pièce où elle remplissait trois rôles différents. Lors de la réunion de rOpéra-Comique à la Comédie-Italienne en 1762, M"* Nessel passa à ce dernier théâtre, mais elle y resta très-peu de temps. Grîmm a consacré à cette actrice, au moment de sa mort arrivée en septembre 1762, les lignes suivantes : « Nous venons de perdre une actrice charmante et vivement regrettée quoiqu'elle n'ait plus été au théâtre depuis fix mois. M"" Neflel eft morte fort jeune. Cette actrice avoit fait les déUces de Paris l'année dernière pendant la foire Saint-Laurent. Après la réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie-Italienne, elle avoit quitté le théâtre pour être de la troupe de M. le prince de Conti. Sans être
Neuf mai son . — Nicolet . 1 49
jolie, elle étoit remplie de grâces, de vérité, de finefle, de naïveté, fans aucune de ces mauvaises manières qui gagnent nos théâtres et qui les perdront. »
{Histoire it VOpéra'Comiqut, II, 496. — Grimm, Correspondance littéraire, édition Tuchereau, III, 118.)
NEUFMAISON ou NEUVE MAISON (Jean -Jacques MAISONNEUVE, dit de), né en 1734, maître à danser et danseur chez le nommé Sauvât, joueur de marionnettes à la foire Saint-Germain de 1734; danseur au jeu de l'Artificier hollandais à la foire Saint-Laurent de 1757; danseur chez Nicolet en 1763 ; tenait un spectacle sur le boulevard du Temple en 1769.
Voy. Artificier hollandais (le jeu de l*). Gali. Bernard. Maisonneuve.
EVEU (Louis), acteur de T Ambigu-Comique en 178 1.
Voy, Sévin (Jean).
NICOLET (Guillaume), né en 1687, ^on le 30 août
NICOLET (Jeanne MARLONT, femme), née en 1706, morte le 10 juillet 1776.
Entrepreneurs de spectacles et joueurs de marionnettes aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, avaient donné à leur théâtre le nom de Comédiens de bois. On connaît les titres de trois pièces qui y furent représentées avec le plus grand succès, ce sont : l'Une pour l'autre, pièce en un acte, par Valois d'Orville (foire Saint-Germain de 1742); la Ligue des opéras, farce en un acte, et Polichinelle maître d'école, parodie, toutes deux par Fuzelier (foire Saint-Laurent de 1744.) Devenu riche et vieux.
Guillaume Nicolet céda ses marionnettes à son fils cadet, François-Paul, et mourut le 30 août 1762 à l'âge de 75 ans. Jeanne Marlont, sa femme, lui survécut quatorze ans et décéda le 10 juillet 1776, à 70 ans.
(Magnin, Histoire des Marionnettes, i66, 167, 168. — GaUrie historique de la troupe de Nicolet ^ par de Manne et Ménétrier, 2.)
L'an 1751, le faraedi 20 février, fix heures du foir, nous Antoine-Charles Crefpy, etc., fonimes, en exécution de Tordre du Roi, en date du jour d*hier, à l'effet de nous tranfporter chez les fieur et dame Nicolet, cul-de-fac de rOpéra-Comique, rue des Quatre- Vents, pour recevoir leur déclaration au fujet d'un vol qui leur a été fait et de conftater les effractions qui fe font faites chez eux à ce fujet, tranfporté avec le ûeur Philippe-Edouard Roullier, confeiller du Roi, infpecteur de police, rue des Quatre-Vents, cul-de-fac de l'Opéra-Comique, en une falle par bas occupée par lefdits Nicolet et fa femme, dépendance d'une maifon appartenant à la dame Iforé, où étant, ont comparus par-devant nous Guillaume Nicolet, maître à danfer, et Jeanne Marlont, fa femme : Lefquels nous ont dit et déclaré qu'hier au foir, vers les neuf heures, rentrant du jeu qu'ils tiennent à la foire St-Germain, ils n'ont jamais été plus furpris de trouver les portes et leur armoire ouvertes, quoiqu'ils les aient fermées, ainll que le tiroir à droite et le milieu de ladite armoire caffé en partie. Que dans ledit tiroir il y avoit, favoir, dans un fac de toile, 651 livres, dans un autre petit fac environ 20 livres, dans une petite boite de fapin, 15 livres, et dans une autre petite boîte aulli de fapin, 73 livres dix fols, dans un petit panier d'ofier, 48 livres, et dans un autre panier d'ofier plus grand, 96 livres ; le tout d'argent blanc compofé d'écus de 6 livres, 3 livres, pièces de 24 fols et de 12 fols, qu'ils ont trouvé de manque dans ledit tiroir et qu'on leur a pris depuis llx heures du foir jufqu'à huit à neuf qu'ils font rentrés, fans favoir qui c'eft ni qu'on leur ait pris leur argenterie qui étoit dans leur armoire ainfi que nombre de linge et autres effets. Que pour entrer chez eux, ce n'a pu être que par la fenêtre d'un petit cabinet fervant de laboratoire audit Nicolet et donnant fur la cour de leur maifon, parce qu'ils fe font aperçus que cette fenêtre, qui étoit calfeutrée avec du papier, auroit été levée au moyen d'un petit crampon de fer qu'ils ont trouvé déplacé, d'un carreau qu'on leur a levé et du papier qui calfeutroit les châÛls et qui avoit été déchiré, etc.
Lefquelles déclarations lefdits Nicolet et fa femme affirment fmcëres et véritables.
Signé : Nicolet ; Marlont ; Roullier , Crespy.
{Arehives des Comm,, n" 3391.)
NicoleL 151
NICOLET (Jean-Baptiste), fils aîné des précédents et comme eux entrepreneur de spectacles, naquit à Paris, rue du Cœur-Volant, le 16 avril 1728, et mourut dans la môme ville, rue des Fossés-du-Temple, le 27 décembre 1796. Dès 1753, Jean- Baptiste Nicolet avait un jeu de marionnettes à la foire Saint- Germain, et quelques années plus tard, il joignit à ses acteurs de bois , des acteurs naturels qui représentaient de petites pièces, où lui-même, après avoir fait la parade extérieurement, remplissait avec talent les rôles d'arlequins et de financiers. Le succès couronna ses efforts, et en 1759 il s'établit sur le boulevard du Temple, dans la salle précédemment occupée par le spectacle mécanique de Fourré, et y fit représenter des opéras comiques et des pièces du répertoire de la Comédie-Italienne. En 1763, Nicolet changea de local et ouvrit un théâtre plus vaste. Dès lors, grâce à sa prudence, sa sagacité et son esprit d'ordre, son entreprise grandit tous les jours davantage. Et pourtant les obstacles qu'il eut à surmonter furent nombreux. Sans parler des difficultés d'une exploitation théâtrale importante , il lui fallut encore se conduire avec assez d'habileté pour ne pas exciter trop vivement la jalousie et l'envie des grands théâtres, et quand le succès trop éclatant d'une de ses pièces amenait la foule à son spectacle, savoir apaiser la susceptibilité ombrageuse de la Comédie-Française et de la Comédie-ItaHenne et se sauver du péril en se conciliant les bonnes grâces du lieutenant général de police, chargé spécialement des théâtres forains. Telle fut pendant trente ans, jusqu'au jour où la loi proclama la liberté des théâtres, la situation embarrassante de Jean-Baptiste Nicolet. Jusqu'en 1772, son spectacle avait porté simplement le nom de théâtre de Nicolet; mais à cette époque, sa renommée toujours croissante étant parvenue jusqu'à Louis XV, ce prince désira assister à une de ces représentations où l'intérêt, habilement ménagé, allait toujours en croissant, ce qui avait donné lieu à la phrase devenue proverbiale : De plus fort en plus fort, comme che:(^ Nicolet, et où il n'y avait pas moyen de s'ennuyer un seul instant. En conséquence des ordres du roi,
152 Les Spectacles de la Fvire.
Nicolet fut donc mandé à Choisy, et le 23 avril 1772 il eut l'honneur de dérider un moment le monarque blasé , qui lui permit en retour d'appeler désormais son spectacle, théâtre des Grands-Danseurs du Roi, nom qu'il changea en 1792 pour celui de théâtre de la Gaité, En 1784, les intérêts de Nicolet coururent un grand danger; un arrêt du Conseil d'État avait attribué le privilège des spectacles forains à l'Académie royale de musique et celle-ci l'avait rétrocédé à deux anciens directeurs de théâtre de province, nommés Gaillard et Dorfeuille. Nicolet comprit que l'argent seul le tirerait de ce mauvais pas, et sans se plaindre, sans essayer, comme son confrère Audinot, d'opposer des droits réels à la plus criante des injustices, il paya, et obtint à force d'écus la permission de rester à la tête de l'entreprise qu'il avait fondée, et qui prospérait si bien sous sa direction. Ce ne fut qu'en 1791, lors de la proclamation de la loi sur la liberté des théâtres, que Nicolet se vit enfin déchargé des ennuis dont les théâtres royaux l'avaient rendu si longtemps la victime. Il garda quelques années encore l'administration de son théâtre dont il céda la direction en 1795, un an seulement avant sa mort, à l'un des acteurs de sa troupe, le fameux Ribié. Un homme qui jouissait sur le boulevard du Temple d'une importance aussi grande, ne pouvait être oublié dans la galerie des portraits satiriques que nous a laissés l'auteur du Chroniqueur désœuvré, aussi Nicolet y a-t-il son article; mais cet article est évidemment exagéré, car il est représenté comme un idiot, et la manière dont il dirigea toujours son théâtre prouve, au contraire, qu'il était fort intelligent. Nous reproduisons néanmoins les lignes du Chroniqueur, car si elles sont injustes , elles sont du moins fort amusantes : « Les Grands- Danfeurs du Roi, Comment parlerons-nous de l'immortel directeur de cette troupe? fera-ce comme homme de lettres, comme philofophe, comme muficien, comme comédien ou comme homme d'efprit ? Non . D'abord, comme homme de lettres, cela ne fe peut pas, puifqu'il ne fait ni lire, ni écrire; comme citoyen, ce titre ne peut appartenir à un bateleur; comme philofophe, en-
Nicolet. 153
core moins; ou bien quelle eft fa philofophie? Quand il aura pu me l'apprendre, je vous en ferai part. Comme muficien ? comment prendroit-il ce titre, puifqu'il n'a jamais pu diftinguer la différence de la clef de fa chambre avec la clef de gé-ré-fol ? Je vais à propos de ce muficien rapporter quelques balourdifes de notre moderne Ragotin qui, fi elles ne font pas rire de plaifir, feront au moins rire de pitié. Nous reviendrons toujours bien aux titres de comédien et d'homme d'efprit. Nicolet a un orcheftre compofé de tant de muficiens : peu lui importe qu'ils foient bons ou mauvais, pourvu qu'ils foient le nombre qu'il exige et qu'ils rempliffent fon orcheftre; qu'ils jouent faux ou jufte, il ne s'en aperçoit jamais. Mais quoiqu'il n'ait aucune connoiffance de cette partie, il ne s'enfuit pas de là qu'il ne veuille point avoir l'air de s'y connoître et nous allons en voir la preuve. Un foir j'afGftai furtivement à une répétition, car il n'y fouffîre perfonne. On étudioit un ballet. Je ne fais quelle danfeufe répétoit un pas feul; il prit fantaifie à Nicolet, en effuyant le tabac de deflus fon habit, de trouver le pas trop long. Il fit taire toute la mufique, et ordonna qu'on en retranchât le quart. Après quelques diflScultés de la part du maître des ballets et des muficiens, ils convinrent qu'il avoit raifon et qu'ils alloient en retrancher huit mefures. La danfeufe fe met en place et recommence : on exécute le pas comme auparavant, fans y rien changer, et Nicolet de crier bravo , demandant même fi on ne trouvoit pas que c'étoit beaucoup mieux ainfi. Un autre jour, je fais ceci d'un de fes acteurs, on répétoit généralement une pantomime, un muficien avoit les bras croifés en attendant que fon tour vînt de jouer fa partie. Nicolet, qui l'aperçoit, accourt vite, fait tout arrêter, et demande pourquoi il refte ainfi à fe repofer tandis que fes camarades s'efcriment de toutes leurs forces ? Ce muficien, qui jouoit de la quinte, lui répond qu'il compte des mefures. « Eft-ce que je vous paye pour compter des mefures? «Jouez, monficur, jouez; je paye ici pour qu'on joue. » La réflexion qu'on feroit s'étcndroit trop loin, il vaut mieux retourner où nous en étions refté : c'eft, je penfe, à le confidérer comme
comédien et comme homme d'efprit. Il joua la comédie fur la parade et dans fon fpectacle, mais cela ne prouve pas qu'il foit comédien, car on peut dire de lui comme de cet acteur de province, qu'il jouoit les financiers comme les arlequins et les arlequins comme les financiers. Tel étoit l'emploi de cet histrion. Dieu merci, il ne joue plus; ainfi foit-il! Il faut remercier Dieu de
tout A propos, il me femble que j'ai oublié d'analyfer
Nicolet comme homme d'efprit. O ciel, qu'allois-je faire ! C'eft ici fon triomphe; il ne faut, pour ne point lui difputer ce titre, que jeter un coup d'œil fur fon affiche : « On donnera aujourd'hui le Dogue d'Angleterre, pantomime à machines pour rire. » Sur le répertoire de la femaine : « Il y aura aflemblée générale pour tout le monde. » A fes valets de théâtre : « Montez là-haut, defcendez là-bas, fonnez la fonnette, allumez la lumière ; il faut que Ton répète encore cette pièce afin que la mémoire ne s'oublie pas »
On ne finiroit jamais fi Ton vouloit fcruter toute l'élégance de fon
efprit » Plus loin, le Chroniqueur ajoute encore : «Nicolet.
Toujours fur fon théâtre pendant que les fauteurs s'efcriment ou que le Petit Diable danfe fur la corde, ce qui a donné matière à une excellente critique qu'a repréfentée Audinot cette année fous le titre de Rapfodies. Sifflant à tous momens fans néceffité par la grande habitude qu'il en a, dormir dans fa loge pendant qu'on joue la comédie, ou y amener une petite danfeufe.... retourner fiffler pour baifier une toile, éteindre lui-même les lumières, balayer fon théâtre, mettre beaucoup d'amende fans raifon, être fans cefle de fon théâtre fur le boulevard et du boulevard fur fon théâtre, prendre journellement de fortes prifes de tabac, Ecce homo. » Dans son tome deuxième, le pamphlétaire continue de prendre Nicolet à partie, et malgré la longueur des citations, nous n'hésiterons pas à transcrire ce qu'il en dit si plaisamment. « Si l'ignorance et la bêtife font des qualités néceffaires pour fixer la fortune, on ne fera pas furpris de celle de Nicolet qui les réunit au fouverain degré; vérité dont il donne journellement des preuves, tant dans la ridicule diftribution de fon fpectacle, que dans
Nicolet. 155
la fotte compofition de fes affiches, où Ton remarque toujours quelque rare trait de génie de fa part. Depuis quelques années, des fujets affez paflables ont rendu les repréfentations un peu plus fupportables ; mais avant, tous les acteurs étoient fi pitoyables, que ce fpectacle n'étoit fi'équenté qu'à caufe des danfeurs de corde et des voltigeurs. Cela n'empêchoit pas Nicolet d'être perfuadé du rare mérite de fes acteurs, et de donner en conféquence 30 fols par jour à mons Vifage, qui étoit dans ce tems aboyeur en chef dans ce fpectacle, pour inftruire à pleine voix les paflans que tel ou tel acteur rempliroit les principaux rôles de la pièce du jour Tout le monde connoît ce groffier directeur, et l'on conviendra facilement qu'il a le chef d'un imbécile : la tête eft chauve, les yeux vairons, le regard fauve et l'air farouche d'un Algonquin. Suivez-le au théâtre, fur le boulevard, chez Sophie (Foreft) , chez Rivière , vous le trouverez toujours le même, c'eft-à-dire un perfonnage ennuyé et ennuyeux. Son plus cher plaifir eft de tourmenter continuellement ceux qui lui font fubordonnés, et chaque jour de fa vie fe trouve marqué par quelque injuftice d'autant plus criante que la léfinerie feule les lui infpire, et que ceux qui en font les malheureufes victimes n'ont pas même avec lui le droit fi naturel de la repréfentation. Aux preuves. Dans le tems où Nicolet étoit moins fortuné, on fouffroit moins avec lui. Il puniflbit, mais avec plus d'indulgence ; les amendes fe raffembloient et fervoient à certains jours de relâche à réunir le directeur et fes fujets; mais femblable à ces gourmands qui, fur la fin d'un repas, font défe(pérés de ne pouvoir engloutir dans leur eftomac les mets reftans, Nicolet, au comble de l'opulence, ne trouve pas fa fortune aflez confidérable et travaille à l'augmenter, voici comment : D'abord, par ordre de po- Uce, les amendes, qu'il a grand foin de multiplier, font actuellement à fon profit. Mais ouvrez les yeux fur facoquinerie et voyez fi ce tableau révoltant ne mérite pas l'indignation générale. L'heure vous prefle, l'inftant de jouer vous appelle au théâtre, vou^ y montez avec précipitation en oubliant de fermer la porte
de votre loge. Que fait Nicolet? Ardent à faîfir toutes les occafions poffibles de faire du mal, il épie Tinftant où il ne peut être vu, entre dans votre loge, y rallume la chandelle que vous aurez eu grand foin d'éteindre, et vous condamne impitoyablement à l'amende pour une faute dont il eft feul coupable. Et voilà de fa probité. Autre trait non moins honnête de fa part : Nicolet, en prenant fa prife de tabac, rêve de vous machiner quelque atrocité. Il tire fa montre et dit : Bon, voici le moment qu'un tel a befoin au théâtre. Il s'approche de vous, vous frappe fur l'épaule avec aménité, vous propofe une partie de dames, que bêtement vous acceptez; le jeu s'enfile, l'heure fe pafle, et lorfque vous vous rappelez votre devoir , Nicolet, froidement , vous prévient que le moment eft paQé , que vous êtes fans rappel à l'amende de votre femaine, et vous engage avec le même flegme à continuer votre partie. Qu'on s'étonne qu'il foit riche. Tout Paris fut témoin de fon procédé envers un des fondemens de fa fortune; n'eft-ce pas le témoignage de l'ingratitude la plus marquée ? Taconet, ce bouffon que le public vit toujours avec le plus grand plaifir, mourut à la Charité dans l'état le plus miférable pendant que Nicolet prodigue l'or à deux ou trois coquines après lefquelles il court et dont il eft détefté...»
{Le Chroniqueur disceuvri, I, 4e, 52, SS ; H, 57. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, I.)
L'an 1762, le dimanche 7 mars, fur les fept heures et demie du foir, nous Gilles-Pierre Chenu, etc., ayant été requis, fommes tranfporté à la foire St-Germain, au corps de garde, où étant, y avons trouvé trois particuliers portant la livrée de S. A. S. M. le comte de Clermont : lefquels les fergens de la garde françoife nous ont dit avoir été arrêtés pour infultes par eux faites au fieur Nicolet, maître de fpectacle, chez lequel ils vouloient entrer de force fans payer et s'y placer aux premières, ayant même commis des violences tant contre le fentinel du guet étant audit jeu de Nicolet que contre le fentinel de la garde françoife, avec beaucoup de menaces furtout de la part d'un des trois particuliers qui nous a dit fe nommer François Lavau, laquais
Nicolet. 157
au fcrvice de M. de Polignac, premier écuycr de S. A. S., lequel eft revenu trois fois audit jeu y faire tapage quoique le fieur Bar, officier du guet et l'un des infpecteurs de ladite foire, lui ait parlé, ainfi qu'il nous Ta déclaré, la première fois qu'il s'y eft préfenté, voulant lui faire entendre raifon, ce qui ne lui a point été poffible, quoiqu'il l'eût engagé à juftifier de fon droit et qu'il eft revenu deux autres fois, fe difant autorifé de M. Laujon, intendant de S. A. S., ce dont il n'a pu juftifier, voulant toujours et avec violence fe placer aux premières places ainfl que les deux autres qui ont dit fe nommer Pierre Lefebvre, cocher, et Philippe Dubois, poftillon de S. A. S., et ont tenu beaucoup de mauvais propos que lefdits Lavau et Dubois, qui nous ont paru pris de vin, ont encore renouvelés en notre préfence dans ledit corps de garde ; et ayant fait venir ledit Nicolet, il nous a déclaré qu'il n'avoit pas refufé l'entrée auxdits trois particuliers, mais qu'il les avoit voulu faire placer en haut aux places qui leur font deftinées, ce qu'ils avoient refufé, voulant être placés aux premières places où fe font placés MM. les pages et où plufieurs étoient lors; qu'il ne lui a pas été poffible de faire entendre raifon là-deiïus au premier qui eft ledit Lavau, et qu'à la fuite de fes mauvais propos, les deux autres furvenus avoient infifté et même avec violences tant vis-à-vis des gens de la porte de fon fpectacle qu'ils avoient infultés, même le commis de la recette du quart des pauvres préfent, que vis-à-vis le fentinel du guet et celui de la garde françoife. Pourquoi ils avoient été arrêtés et conduits au corps de garde. Et attendu le fervice defdits trois particuliers portant la livrée de S. A. S. M. le comte de Clermont, nous les avons, parrefpect pour S. A. S., fait relaxer.
Signé : Chenu.
{Archives des Comm., n<* 853.)
L'an 1764, le famedi 15 feptembre, une heure du matin, en l'hôtel et pardevant nous Denis Gérard, etc., eft comparu fieur Jean-Baptifte Nicolet, entrepreneur de fpectacles, demeurant cul-de-fac des Quatre-Vents, faubourg St-Germain : Lequel nous a dit qu'il a été averti par un de fes penfionnaires qu'un particulier débitoit et vendoit dans la place Vendôme, foire St-Ovide, devant fon fpectacle, une brochure faite en fon nom ; pourquoi il a fait arrêter par la garde de ladite foire ledit particulier et l'a fait conduire en notre hôtel. Nous requiert de faire parottre devant nous ledit particulier, de l'interroger qui lui a donné à vendre ladite brochure , de lui faire rendre tous les exemplaires dont il fe trouvera faifi et d'être au furplus fait et ordonné par nous ce qu'il appartiendra, entendant fe pourvoir contre les auteurs, imprimeurs et colporteurs de ladite brochure et s'en rapportant à la prudence de M. le procureur du Roi pour la vindicte publique.
Signé : Nicolet.
En conféquence, avons fait paroître par-devant nous ledit particulier arrêté, lequel, après ferment par lui fait de dire vérité, nous a dit fe nommer Charles Pépin, âgé de 31 ans, natif de Vaux, diocèfe d'Amiens, élection de Mondidier, garçon limonadier, demeurant chez le fieur Maillot, limonadier à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs. Nous a repréfenté huit exemplaires d'une brochure contenant 16 pages, intitulée fur la première : Placet aux daines préfenté par le fieur Nicoîet; à Londres, et fe trouve à Paris che^ Jes libraires du Palais-Royal et du quai de Gefures, et en chiffres romains, 1764. Nous a dit avoir acheté douze exemplaires de ladite brochure, le jour d'hier, fur les fix heures du foir, dix fols chacun, d'un particulier place des Victoires, qui en avoit une grande quantité. Qu'il ne connoît pas ledit particulier. A remarqué qu'il pouvoit être de l'âge de 18 à 20 'ans, vêtu d'un habit petit gris qui lui a paru être gauffré, portant fes cheveux en queue et fans épée. Et ayant fait fouiller ledit particulier, ne s'eft trouvé fur lui que les huit exemplaires de ladite brochure qu'il vient de nous repréfenter. Nous a déclaré qu'il en avoit vendu 4 exemplaires douze fols chacun à la porte du fpectacle dudit fieur Nicolet, fufdite place Vendôme. Un defquels exemplaires a été du fieur Nicolet, dudit Pépin et de nous paraphé fur la première page.
Signé : Pépin.
Sur quoi nous commiffaire, etc., en conféquence de ce que deiTus et que ladite brochure a été imprimée fans aucune permiffion ; que, par la lecture que nous en avons faite en partie, il nous paroît qu'elle efl une critique indécente contre tous les théâtres de Paris et injurieufe audit fieur Nicolet, nous avons ordonné que ledit Charles Pépin fera conduit es prifons du Grand-Châtelet pour y efter à droit jufqu'à ce que l'on en ait autrement ordonné, et en avons chargé Pierre Louvet , fous-fergent-major de la garde de Paris , de pofte à la foire St-Ovide.
Et avons fait et dreffé le préfent procès- verbal.
Signé : Louvet.
{Archives des Comm., n" 3520.)
Placet aux dames, préfenté par le fieur Nicolet. — A Londres, et fe trouve à Paris chez les libraires du Palais-Royal et du quai de Gêvres. m dcc lxiv.
Placet aux dames par leur três-humhle et très-ohéi/Jant ferviteur Nicolet; précédé d'une lettre de M^^« Honoré-] ujline Criquet audit fieur Nicolet et de la réponfe dudit fieur Nicolet à la dite demoifelle Honoré- Jufiine Criquet,