‹ Les spectacles de la foireChapitre 3 sur 10 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Mademoiselle Honoré-Juftine Criquet au fieur Nicolet.

Informée de vos talens, monfieur, par la renommée qui, lorfque les chofes en valent la peine, paiTe de Paris en province, et confirmée dans l'idée que

Nicolet. 159

j'avois conçue de vous par quelques lettres du petit-neveu du frère cadet de mon oncle, qui loge au faubourg St-Marceau et qui, au moyen de nos recommandations, eft fur le point de faire fon chemin, je vous écris ces lignes fans avoir Thonneur de vous connoître, pour vous féliciter et vous congratuler enfin, vous, monfieur, qui vous appelez le fieur Nicolet et qui, dans les foires St-Ovide, St-Gcrmain, St-Laurcnt, fur les boulevards (ou bouleverds, comme on voudra, car je ne chicane pas fur les termes); vous, dis-je, qui avez le pouvoir de raflcmbler par vos illuftres parades tout ce que Paris a de plus fpirituel et de plus profond ; vous qui favez par vos fcènes vives et pathétiques, par vos exprelîions fines et choifies, inftruire les plus ignorans; vous qui avez Part d'attacher vos auditeurs par les célèbres repréfentations de V Avocat favetier, de V Inventaire du pont St-Michel, de les délaflTer quelquefois par celles de Sémiramis et tous fes agrémens; vous en un mot dont on aime tant à prononcer le nom, que les gens même qui font à votre folde fe crèvent à force de crier : deft ici le fieur Nicoîet. Ce n*eft pas, monfieur, pour vous prévenir en ma faveur que je vous dis de fi belles chofes, c'eft la force de la vérité qui m'emporte, et je puis vous afl'urer qu'étant une demoifelle d'honneur, je fuis incapable de mentir quoique coufant en linge depuis ma plus tendre jeunefi!e; mais je dois vous avouer que ce métier-là m'ennuie et que je fuis dans le deflein de vous offrir mes petits fervices et de m'affocier à votre réputation. Je fuis une fille dont vous pouvez tirer un grand parti et mon coufin l'épicier m'a affuré qu'il ne croyoit pas que l'on pût jouer la comédie mieux que moi : cela n'eft pas étonnant, je joue toujours quand je ne couds pas et je fais par cœur toutes les belles tragédies de M. Pradon et prefque toutes les comédies de nos auteurs modernes qui, quoiqu'elles foient tombées, ne font pas moins bonnes félon moi. Un de mes parens, qui eft clerc chez M. notre greflier, m'a appris le françois ; je me fuis perfectionnée dans un volume du Tïjéâtre de la foire et je fuis en état de parler en public : par conféqucnt, monfieur Nicolet, vous pouvez faire de moi une reine ou une confidente, une princefle ou une femme de chambre; car je crois qu'en termes de l'art femme de chambre c'eft comme qui diroit foubrette. D'après ce petit préambule, monfieur, je vous préviens que comme tout dépend du début, je ne fcrois pas fâchée de commencer par Mérope dans Rodogune ou par Athalie dans ï Enfant prodigue. Au furplus comme il vous plaira et je me confie pleinement et entièrement dans vos lumières : s'il me manque encore quelque chofc pour l'orthographe et la pureté de la langue, vous êtes bien en état de me redrefler ; mais, pour en cas de cet article-là, je ne crois pas que vous ayez beaucoup à refaire à mon endroit, car j'ai toujours reçu des complimens fur ma manière de m' exprimer et Mefiieurs les avocats de chez nous, qui favent tous les beaux mots, viennent quelquefois caufcr avec moi, ce qu'ils ne feroient pas fi je n'étois point-z-au fait de la conftruction. A l'égard de ma figure, ma mère étoit fort jolie et j'ai un certain air de famille qui me fied très-bien, furtout lorfque je fuis parée. Pour ma taille, il n'y a rien à en dire et quand on a cinq pieds quatre,

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pouces, on peut aller à Paris. J'ai la voix aufli fort étendue, et quand je m'en mêlerai, je crierai aufll haut que tout ce qu*il y a de plus fameux en acteurs et en actrices dans TEurope. J'attends votre réponfe avec la plus grande impatience. Je demeure à Coutances, rue du Cul-dc-fac, chez M»* Criquet, ma mère, ce qui fait que je m'appelle M»* Criquet. J'ai l'honneur d'être avec tout le refpect et la confidération poffibles, monfieur Nicolet, votre trèshumble et très-obéiflante fervante

Honoré-Justine Criquet.

Seconde lettre ou riponje dufieur Nicolet à M"« Criquet,

Paî reçu votre lettre, W^^ Honoré-Juftine Criquet, et j'ai vu avec plaifir que l'on s'entretient de moi à Coutances et que l'on m'y fait gré des efforts que j'ai toujours faits pour amufer Paris. Je ferois au comble de ma joie fi j'étois encore dans le cas de vous obliger et d'enrichir mon fpectacle d'une fille telle que vous qui me paroifTez avoir les plus grandes difpofitions pour le genre dramatique et qui furtout, chofe étonnante dans une petite ville, parlez et écrivez le françois auffi purement que moi. La manière jufte et favante dont vous differtez fur les auteurs tragiques et comiques, me fait voir que vous avez profondément réfléchi fur le théâtre et vous feriez l'âme de mes tréteaux fi j'avois le bonheur de vous pofTéder. Mais hélas ! vous le dirai-je I je ne fuis plus que l'ombre de moi-même, je ne fuis plus qu'une pauvre et malheureufe marionnette et moins encore qu'une marionnette puifque, du moins. Polichinelle a le pouvoir de s'exprimer par un compère et que cette liberté m'efl interdite ; enfin, pour vous le trancher net, on m'a ôté l'ufage de la parole et je fuis muet. Vous avez lu les anciens, fans doute, et vous favez ce que c'eft que la pantomime : tel efl le genre auquel on m'a reflreint ; genre qui bannit de mon théâtre toute la dignité que je commençois à y introduire et qui s'y feroit foutenue par la modeftie, la décence et la fagefTe des femmes que j'y employois. On ne voit donc plus fur ce théâtre, qui autrefois retentiffoit des plus beaux vers des quatre parties du monde, qu'une colombine â la place d'une Monime, qu'un paillafTe au lieu d'un Orofmane : et quel paillafTe encore ! un poffédé, qui n'ayant que fes bras pour fe faire entendre, fe met en eau, s'épuife, fe tue â force de fe remuer et finit fouvent par ennuyer un parterre qui, â la foire St-Germain dernière, applaudiffoit au mérite reconnu des Duhamel et des Taconnet. Il efl bien dur pour un galant homme comme moi, que la nature fit pour les planches, de m'y voir coudre cette langue qui, pafTant tour â tour du grave au férieux, faifoit l'amufement des grands et des petits, du robin et de l'officier, de la procureufe et de la confeillère, en un mot, de toute la capitale. Qu'il efl malheureux d'avoir du talent et de ne pouvoir l'étendre! Que deviendrez- vous, mes chers acteurs, et vous , mes charmantes actrices, qui, pour quatre fols par tête, étiez jour et nuit au public ! Vous qui donniez entrée à tout le monde fans diflinction de rangs et de dignités. Oui, ma chère mademoifelle Criquet, je m'étois réduit à cette modefle rétribution parce que je fuis l'ami du peuple,

Nicolet. i6i

parce que je fais que cet ouvrier qui a travaillé tout le jour a befoin de délaflement et qu*il n'eft pas afTez riche pour aller le chercher chez los reines et les princeffes du Théâtre-François. En m' ordonnant de me taire on a donc ôté à ce peuple la reffource que je lui fourniflbis : on a privé ce peuple qui, à mon avis, eft la partie la plus conûdérable de l'État, des moyens qu'il avoit d'apprendre fa langue, de fe corriger de Tes vices, d'épurer Tes mœurs en m'écoutant, de puifer dans la force et l'éloquence de mes acteurs, les exemples de verm que je favois induire de chaque pièce, de chaque acte, de chaque fcène. Peuple malheureux I je gémis fur les fuites funefles que mon filence aura pour vous. Qjii'allez-vous faire actuellement? Vous féparer de vos femmes, fréquenter la Courtille et les Porcherons, vous y enivrer et oublier les bonnes et folides inftructions que mon zèle et mes confeils s'efforçoient de vous inculquer.

Je vous entends, Mademoiselle Criquet, vous me demandez quels peuvent 6tre les auteurs de cette fatale fuppreilîon. Mais ne le devinez-vous pas ? J'ai des rivaux et des rivaux jaloux. Que font-ils, mes confrères, mes camarades de l'Opéra, des François, des Italiens ? Ils fe plaignent que je me fuis emparé de leurs pièces; mais ces pièces, puifqu'elles font imprimées, ne fontelles pas à moi comme à eux ? Les ai-je eftropiées ou défigurées ? Ai-je avili le codume ? Qjue dis-je avili I Quelle eft la tragédie que je n'ai pas jouée avec toute la pompe nécelTaire ? La comédie que je n'ai pas rendue plus comique encore par la manière dont je l'ai repréfentée ? Mais je veux que les trois fpectacles me difputent un fond dont ils prétendent être feuls en polfedion : n'ai-je pas des ouvrages qui n'appartiennent qu'à moi ? N'ai-je pas des auteurs qui, animés du défir de la véritable gloire, m*ont confacré leurs plumes et leurs veilles ? Ces auteurs toujours parfaits, toujours les mêmes, ont-ils jamais fait de chute fur mon théâtre ? Non, Mademoifelle, et je défie toute l'antiquité de me prouver qu'un poète ait tombé chez le fieur Nicolet : je pourrois m'en prévaloir et vous prouver par là combien mon fpectacle eft fupérieur à tous les autres ; mais l'amour-propre n'eft pas fait pour moi. Je fuis furieux cependant et j'ai lieu de l'être, lorfque je réfléchis qu'en me privant de la parole, on retranche au public le plaifu: d'entendre un nombre infini de drames excellens que l'on compofoit tous les jours pour moi. N'eft-il pas affreux, n'eft-il pas criant que l'on précipite dans les abîmes de l'oubli la Petite Ècojfeufe, le Juge d'Aniêres, V Impromptu de la Foire, VAngîois d la Foire, le Forgeron, les Bonnes Femmes et mille autres chefs-d'œuvre que moi feul étois digne de jouer ? Vous concevez que je veux parler de vous, illuftre et cher Taconnet ; mais confolez-vous, fi vous êtes négligé par vos contemporains, votre place eft marquée dans la poftérité.

Mon zèle m'a emporté malgré moi, Mademoifelle, et je vous ai dit avec confiance une partie de mes raifons que la fublimité de votre efprit vous fera trouver raifonnables : heureux fi je pouvois mettre un jour vos talens en évidence, vous faire jouer tous les rôles pofiibles, et vous rendre au(fi commune aux foires que fur les remparts ; mais vous fentez fort que ma pofition

Sp. — n. II

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actuelle met obftacle à mes défirs. J'ai cependant une lueur d'efpérance et, en attendant mieux, je vous envoie un placet que j'ai pris la liberté de préfenter aux dames chez qui le vrai mérite trouve toujours un appui. Adieu, ma chère Mademoifelle Criquet, continuez vos utiles et favantes lectures, vous êtes faite pour aller loin ; c'eft ce que vous préfage celui qui a Thonneur d'être, avec toute la circonfpection poÛible, Mademoifelle, votre très-humble et très-obéiffant ferviteur,

NiCOLET, PANTOMIME INDIGNE.

P. 5. Dans l'indant où je vous écris, Mademoifelle, je reçois une permiflîon de parler, mais hélas ! quelle permiflion ! Celle de jouer quelques petites fcènes détachées, fans nœud, fans intrigue, fans dénouement : ce feroit proftituer vos talens que de vous offrir des rôles dans de pareilles mifères : vous êtes faite pour les grandes chofes et A j'étois alTez heureux pour que mon Plaut aux dames pût m'obtenir une permiflion plus étendue, je vous détacherois auflîtôt un courrier.

Placet aux Dames.

Vous, Taimant des mortels ; vous, de qui les regards

Font naître dans Paris les talens et les arts ;

Vous, le centre du goût ; vous, de qui le fufirage,

A l'auteur le plus foible infpire du courage ;

Vous, qui, dans tous les tems, la nuit comme le jour.

Promenez fur vos pas les plaifirs et l'amour ;

Vous, par qui tout s'amufe et fans qui tout s'ennuie,

Aftre de notre cœur, fource de notre vie,

Beau fexe, permettez que le fieur Nicolet

Vous préfente aujourd'hui fon très-humble placet.

Mes honneurs font détruits, ma grandeur éclipfée,

On me ferme la bouche et ma langue cfl glacée.

O vous qui concevez jufqu'à quel point, hélas !

Il eft cruel de vivre et de ne parler pas,

Mefdames, plaignez-moi. Dans les jours de ma gloire.

Je n'avois que pour vous enrichi ma mémoire

Des bons mots de Corneille et des fublimes riens

Que Meflleurs àts François et des Italiens

Préfentent tous les jours à vos chafles oreilles ;

Des eimemis jaloux m'enlèvent ces merveilles.

Que devenir? Que dis- je ! Ah ! par mes jeux nouveaux

Je vais faire, fur pied, fécher tous mes rivaux.

Vous ne me verrez plus, ô beautés radieufes.

Envelopper, cacher fous des gazes heureufes

Ces traits fins et piquans, ces couplets délicats

Dont vous pouviez fourire et ne rougifliez pas ;

Nie oie t. 163

Et fous le mafque adroit d'une aimable folie

Marier la morale à la plaifanterie.

Mais, puifqu'il m'ed, pour vous, défendu de parler,

Pour vous, de tout mon corps, je vais gefticuler.

Haine, amour, défefpoir, ambition, vengeance,

Je ferai tout fentir dans mon docte filence.

Vous viendrez, froids acteurs, vous viendrez fur mes pas

Apprendre à faire agir et vos yeux et vos bras ;

Oui, fans plus eimuyer et loges et parterre,

Meffieurs, à mon école, apprenez à vous taire.

Mefdames, cependant, quand, malgré fes jaloux, Ledit fleur Nicolet va tout faire pour vous. Secondez mes efforts et, par votre préfence. Chez lui des fpectateurs augmentez Taffluence. D*un acteur tel qu'il foit vos goûts font les deftins Et mon fort tout entier réfide dans vos mains. Ainfi de chaque état vous êtes les oracles. Et tel femble, à nos yeux, opérer des miracles, Qui, fans vous, ici-bas, n*eût jamais été rien. Voyez ce fectateur du célèbre Galien, Ce petit médecin fans nom et fans fcience Qui, donnant par hafard une bonne ordonnance, A deux ou trois beautés a rendu la fanté. Voilà de fon favoir tout Paris entêté : On remplit à Tenvi fon heureufe boutique, A fon apothicaire on donne fa pratique, Et la ville et la cour, prenant fes anodins. Se difputent l'honneur de mourir par fes mains. Je fuis ce médecin, ce charlatan fublime Dont la voix vous invite à fuivre fon régime ; Mefdames, c*efi ici I Vous entrez, et déjà Robins, marquis, abbés, défertent l'Opéra Et fe font un devoir de venir fur vos traces Applaudir conftamment à mes doctes grimaces ; D'ailleurs, vous le favez, on efl libre chez moi : On y parle tout haut, on y caufe à part foi ; On y rit, on y bâille, on s'y tait, on y crie ; De mes jeux, en un mot, la contrainte ed baimie, Et c'eft à la faveur de cette liberté. Qu'après un fouper fin, fervi par la gaîté. Cet élégant chez moi vient tenter la fortune Et paffe tour à tour de la blonde à la brune ; Que ce petit robin, en chenille, en plumet. Vient, en hauffant l'épaule, y gliffer fon bouquet ;

Que ce riche fcigneur, bientôt fcxagénaire, Mais fe croyant encor d'âge et de mine à plaire,

Y vient tuer le tems et près de nos tendrons Chercher de la chaleur et àts fenfations. Venez donc, fexe aimable, accourez à la foire; Rendez-moi ma fortune et mon antique gloire. Et je prîrai l'Amour, ce patron des heureux.

De vous récompenfer en comblant tous vos vœux. Puiffiez-vous, par fes foins, au gré de votre envie, De vos époux ridés tromper la jaloufie. Tout le jour, en fecret, voir votre amant chez vous, Le foir, en liberté, le retrouver chez nous. Puiffiez-vous conferver, au fein de la vieillefle. Les roTes et les fleurs de la verte jeunefle ; Dans l'âge le plus mûr avoir toutes vos dents. Faire encor des rivaux à quatre-vingt-dix ans; Recevoir des poulets, les lire fans lunettes,

Y répondre, et furtout n'être jamais muettes.

NICOLET (François-Paul), frère cadet de Jean-Baptiste Nicolet, fut, comme son père et son frère, joueur de marionnettes aux foires et directeur de théâtre ; mais il n'eut jamais la notoriété de ce dernier. En 1766, après avoir fait plusieurs entreprises théâtrales malheureuses, il en était réduit à jouer la comédie dans la troupe de fon frère ; cependant, peu de temps après, il reprenait la direction d'un spectacle, mais la mauvaise chance poursuivait l'infortuné Nicolet cadet, et, en 1769, son théâtre était fermé par ordre du Parlement à la suite d'une aventure dont voici les détails d'après les Mémoires secrets : « 5 mars 1769. Outre le grand Nicolet, il y a à la foire fon frère, qui a auffi un jeu de marionnettes, qui vient d'acquérir une grande célébrité par une fcène qui s'eft paffée dans fon enceinte. Un confeiller au Parlement, fe trouvant préfent à ce fpectacle, a été apoflrophé par le compère qui Ta pris pour quelque clerc de notaire ou de procureur; il n'a pas tenu compte de l'injonction du perfonnage d'être plus circonfpect et de ne mettre aucun des fpectateurs en fcène. Celui-ci a fait de la rumeur au point que

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Nicolet eft allé chercher la garde qui a arrêté le quidam, confeiller au Parlement, fous prétexte qu'il troubloit le fpectacle. Même au corps de garde, il eft venu un commiffaire qui, d'après les informations prifes, a fait mettre au cabanon ledit compère; et fur les plaintes fubféquentes du magiftrat à M. de Sartines, on étoit convenu que le foldat qui l'avoit arrêté feroit mis au cachot pour avoir fait fa charge avec une infolence dans laquelle il fe croyoit autorisé par l'incognito du perfonnage. Cette hiftoire eft la matière des converfations, fur laquelle on varie beaucoup, fuivant l'usage

« L'afiaire du confeiller au Parlement, dont on a parlé, a été plus funefte au fieur Nicolet qu'il ne le craignoit. La chambre de ce membre du Parlement s'eft affemblée à cet effet; il a été obligé de faire le rapport de fon aventure et elle a exigé que le jeu de cet hiftrion fût fermé. En outre, M. le premier préfident, ayant appris que le foldat infolent n'avoit pas été mis au cachot, comme cela avoit été promis par M. de Sartines, en a écrit à M. le maréchal de Biron, qui lui a donné fatisfaction fur-le-champ et lui a répondu que ce malheureux y refteroit jufqu'à ce qu'il plût à M. le confeiller de demander fa grâce. Les officiers aux gardes font furieux de cette punition. Ces Meflieurs, imbus de l'efprit militaire qui infpire à cet état un defpotifme aufli abfolu fur tout le refte, que fon obéiflance eft aveugle et paffive pour leur hiérarchie et pour le fouverain, prétendent que le foldat ne pouvoît avoir offenfé un robin, et que, dès qu'il étoit en faction, il ne devoit reconnoître perfonne, que fes commandans fuprêmes, c'eft-à-dire les gens à croix de Saint -Louis, ou portant uniforme. »

Malgré toutes les difficultés que lui suscitait la mauvaise fortune, François-Paul Nicolet ne se découragea pas, et il continua bravement son métier d'entrepreneur de spectacles. On le rencontre encore en 1773 ^ ^^ ^^^^^ Saint-Ovide, et en 1775 à la foire Saint-Germain, dirigeant un jeu de marionnettes. Que devint-il ensuite? Je l'ignore. Je sais seulement qu'à l'époque de la

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foire Saint-Ovide de 1778 il n'existait plus, et que son matériel théâtral était exploité par sa veuve Marianne Coqueret.

(Archives des Comm., n9 ijoS. — Almanach forain, 1776. — Mémoires secrets, XIX, 51, 55.)

L*an 1757, le mardi lo mai, une heure de relevée, eft comparu en Thôtc et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., fieur Nicolas-Louis Berthe, maître en chirurgie à Paris, y demeurant rue des Quatre-Fils, paroiflfe St-Jean-en- Grëve : Lequel nous a déclaré et dit que la nuit dernière, entre minuit et une heure ou environ, on l'eft venu chercher chez lui pour aller panfer un malade dans un jeu qui e(l auprès du café Cauflin. Qu'il s*y eft à Tinftant tranfporté et a trouvé dans une falle derrière le théâtre de ce jeu, un grand jeune homme, qui lui a dit fe nommer Nicolet, appuyé fur deux perfonnes qui le foutenoient. Que ce jeune homme lui a dit être blefTé d'un coup d'épée. Qja'il ;lui a trouvé une plaie au-defîbus du mamelon gauche, triangulaire, paroiffant faite avec une épée à quarreter (sic), qu'il croit pénétrante dans la capacité de la poitrine. Qu'il eftime cette bleffure très-^angereufe par les accidens qui paroifTent et qui peuvent augmenter. Que ce jeune homme lui a dit en outre qu'il avoit été ainfi blelTé en jouant et en voulant fe préfenter fur la fcène, et s'étant lui-même imprudemment jeté fur une épée qu'un autre acteur tenoit nue à la main.

Signé : Berthe ; Maillot.

Information faite par le commijfaire Maillot.

Du vendredi 20 mai 1757.

Nicolas-Louis Berthe, âgé de 30 ans, maître en chirurgie â Paris, demeurant rue des Quatre-Fils, etc., dépofe (comme ci-deffus).

Du famedi 21 mai.

Jean-Claude Grévin, âgé de 25 ans, acteur du fieur Nicolet, joueur de marionnettes et pantomimes fur le boulevart, demeurant rue des Récollets, faubourg St-Martin, maifon du fieur Lafne, maître en chirurgie, paroiffc St-Laurent, etc., a dépofé que le lundi, 9 du préfent mois de mai, fur les onze heures du foir ou environ, lors de la repréfentation d'une pantomime pour dernier jeu chez ledit Nicolet, lui dépofant étant fur la fcène et jouant, regardant le public ainfi que fon rôle l'exigeoit, il a eu occafion dans cet inftant de fe retourner et il a vu que Nicolet, qui étoit fur le bord du théâtre, portoit fa main fur la poitrine du côté gauche en faifant des hélas et difant qu'il étoit bleffé. Que dans Tinftant lui dépofant a appris que cette bleffure

Nicolet. 167

provcnoit de s'être jeté imprudemment fur une épée que le nommé Second, qui étoit aulli fur la fcène, tenoit nue à la main fuivant que Texigeoit fon rôle.

Signé : Grévin.

Henri Brifmontier, âgé de 21 ans, acteur dudit Nicolet, demeurant cl^z le fieur Champion, fon beau-frère, fur le pont St-Michel, maifon du fieur Monfolon, maître orloger, etc., a dépofé que le 9 du préfent mois de mai, le foir, au dernier jeu dudit Nicolet, lui dépofant, étant fur le devant de la fcène, a vu que celui qui faifoit le rôle d*amoureux dans la pantomime pourfuivoit Arlequin Tépée à la main qui fe fauvoit dans un trou qui repréfente un four. Que ledit Nicolet, qui faifoit le pierrot, efl forti de la couliffe et eft venu fe jeter imprudemment fur l'épée de Tamoureux, qui la tenoit à la main en pourfuivant Arlequin.

Signé : Brismontier ; Maillot.

Charles-François Petit, âgé de 17 ans, acteur dudit Nicolet, fur le boulevart, demeurant chez le nommé Saunier, fon grand-père, rôtiffeur à la Vallée, quai des Grands-Auguftins, etc., a dépofé que le 9 du préfent mois de mai, le foir, au dernier jeu dudit Nicolet, fur le boulevart, lui dépofant, jouant le rôle de garçon pâtiflîer dans la pantomime et retenant Arlequin qui fautoit dans un trou fur le théâtre et allant fur le bord du théâtre pour relever des plats, il a vu ledit Nicolet qui avoit la main à la poitrine du côté gauche et qui fe plaignoit d*étre bleffé, et en môme tems lui dépofant a appris qu'il s'étoit ainfi blefTé en fe jetant imprudemment fur Tépée qu'un autre acteur tenoit nue à la main fur la fcène en pourfuivant Arlequin.

Signé: Petit ; Maillot.

François GeofFrion dit Lafrance, âgé de 22 ans, acteur dudit Nicolet dans fon jeu fur le boulevart, logé chez la nommée Quefnel, logeufeet charcutière Grande-Rue-du-Faubourg-St-Antoine, à côté de la grille des Enfans-Trouvés, etc., a dépofé que, le 9 du préfent mois de mai, le foir, au dernier jeu dudit Nicolet, lui dépofant, faifant le rôle d'Arlequin, étant pourfuivi par un autre acteur qui faifoit le rôle d'amoureux et qui avoit l'épée nue à la main fuivant fon rôle, il ed fauté dans un trou qui efl fur le théâtre et un inftant après fortant de ce trou fur la fcène, il y a vu ledit Nicolet qui avoit la main fur fa poitrine du côté gauche où il fe plaignoit d'être blelTé. Que lui dépofant a appris qu'il s'étoit ainfi blefTé en fe jetant fur l'épée de l'amoureux qui pourfuivoit lui dépofant.

Signé : Maillot ; Geoffrion dit lafrance.

François-Paul Nicolet, âgé de 24 ans, entrepreneur de fpectacles aux foires et fur le boulevart, demeurant chez fes père et mère, rue des Quatre- Vents,

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cul-de-fac de ladite rue, paroifle St-Sulpice, etc. A dépofé que le 9 du préfent mois, dans la foirée, à Ton dernier jeu, en repréfentant une pantomime fur fon théâtre fur le boulevart, lui étant en pierrot et fe fauvant d'Arlequin qui, fuivant fon rôle, lui portoit un coup de fa batte en fortant d'un trou repréfentant un four dans lequel Arlequin venoit de fe jeter, il a été imprudemment fe jeter fur la pointe de l'épée que tenoit encore à la main un acteur habillé en efpagnol qui avoit pourfuivi Arlequin lorfqu'il s'étoit fauve de lui dans le trou au four, fuivant Texigence des rôles qu'ils faifoient ; de laquelle épée il a été bleffé à la poitrine. Qjii'il ne peut en aucune façon accufer le nommé Second, qui étoit en efpagnol et qui avoit cette épée à la main, d'avoir eu volonté de lui porter aucun coup d'épée. Qu'il a été panfé et foigné de manière qu'il fe fent actuellement très-bien.

Signé : Nicolft ; Maillot.

{Archiva dis Comm., o? 3764.)

L'an 1758, le famedi 6 mai, trois heures de relevée, efl comparu en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., François Didier, fergent des gardes de jour et de nuit, de pofte à la porte du Temple : Lequel nous a dit que heure préfente ayant eu avis qu'il y avoit deux particuliers qui fe battoient répée à la main fur le boulevart, vers la rue Saintonge, il s'y e(l auffitôt tranfporté avec fon efcouade et a trouvé effectivement deux particuliers qui s'y battoient, dont un étoit le maitre d'un jeu de marionnettes à pratique fur le boulevart, qui fe plaignoit d'avoir été infulté chez lui par l'autre particulier avec lequel il fe battoit. Que ce fécond particulier s'eft évadé ; mais une particulière qui étoit la caufe qu'il avoit infulté le maître de ce jeu, à ce que tout le monde difoit, et qui s'eft trouvée là, a été arrêtée. Pourquoi lui comparant a amené le maître de ce jeu et la particulière par-devant nous pour les entendre.

Signé: Didier.

Eft auffi comparu François-Paul Nicolet, maître et entrepreneur d'un fpectacle de marionnettes à pratique fur le boulevart, y demeurant cul-de-fac des Quatre-Vents, quartier St-Germain-des-Prés : Lequel nous a rendu plainte contre un particulier nommé Bazin, peintre, et dit que ce particulier e(l venu cette après-midi fur le boulevart dans fon jeu lorfqu'il fe mettoit en devoir de faire une répétition. Qu'il ne fait à raifon de quoi ce particulier s'eft d'abord rais à l'infulter et à lui dire des injures, le traitant de poliffon et fe fcrvant d'autres termes auffi peu convenables. Qu'il crut d'abord que ce particulier, en prenant trop de licence, vouloit badiner avec lui fur ce mauvais ton ; mais ce particulier ayant continué, lui comparant ne put s'empêcher de lui dire

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de fe retirer ; ce que Tautre ayant fait, de deffus le boulevart où il étoit, il a continué de dire au plaignant différentes injures des plus groflîëres en le forçant de fortir pour fe battre avec lui et l'appelant à cet effet. Que lui comparant s*eft trouvé pouffé de manière à ne pouvoir fe difpenfer de fortir, et effectivement étant forti, il a mis Tépée à la main contre ce particulier; et conmie ils fe battoient, la garde efl furvenue qui les a fait ceffer et ledit Bazin s'en évadé. Mais comme la nommée Duhamel, qu'il occupe comme actrice dans fon jeu et qui eft ouvertement la maitreife duditfieur Bazin, a été trouvée par la garde fur ce lieu et que tout le monde difoit que cette fille étoit caufe des injures et fottifes que ledit Bazin avoit dites au plaignant, ladite garde l'a arrêtée et aufll amenée par-devant nous. Ajoutant le comparant qu'il eft à fa connoiffance que ledit Bazin a eu ordre, il y a un an ou 18 mois ou environ, de ne point porter l'épée fous peine d'aller à Bicétre et que ces jours-ci il ne portoit pas effectivement l'épée et qu'il faut que par deflein prémédité il fe foit muni d'une épée ce matin pour le venir infulter chez lui cette après-midi.

Signé : Nicolet.

En fuite de quoi avons fait comparoître ladite particulière arrêtée, laquelle a dit fe nommer Marie-Catherine Duhamel, fille native de Paris, âgée de 17 ans et demi, étant de la troupe du fieur Nicolet pour pantomimes, travaillant dans fon jeu fur le boulevart, demeurant faubourg St-Denis, maifon du fieur Florat, orfèvre, près l'Écu, chez fa mère. Avons interpellé ladite particulière de nous dire quelle affinité il y a entre elle et le nonmié Bazin, peintre?

A dit qu'elle connoft un nommé Bazin feulement du jeu de deffus le boulevart.

Enquife de nous dire fi elle n'a pas engagé le nommé Bazin de prendre fon fait et caufe contre le fieur Nicolet, maître du jeu où elle travaille, à raifon de querelles qu'elle avoit eues hier avec d'autres filles du môme fpectacle et qui avoient été trouvées mauvaifes par le maître du jeu ?

A dit que non.

Dont et de quoi elle requiert acte.

En conféquence avons fait relaxer ledit Nicolet et ladite Duhamel, et les avons envoyés à fe pourvoir ainfi qu'ils aviferont bon être. Dont et du tout ce que deffus avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.

Signé : Maillot.

(Jrcbivts d*s Comm., n» 376$.)

L'an 1759, le mardi lo juillet, fix heures de relevée, en notre hôtel et pardevant nous Antoine-Joachim Thiot, etc., efl comparu Antoine André, ap-

prenti gafnier chez le fieur Ferret, maître gafnier à Paris, chez lequel il demeure cul-de-fac Beaufort, paroifle St-Leu et St-Gilles : Lequel nous a rendu plainte contre le nommé Nicolet le cadet, joueur de marionnettes, établi actuellement à la foire St-Laurent, et contre un quidam nommé Gendarme, foit que ce foit fon nom propre ou celui de fa qualité, et nous a dît qu'il y a environ deux mois le plaignant eut un différend affez férieux avec ledit Nicolet le cadet et fon frère ai né ; que leur querelle s'éleva fur les boulevarts derrière le jeu defdits Nicolet ; qu'ils en vinrent aux prifes au point que lefdits Nicolet frères tirèrent tous deux Tépée fur le plaignant qui fe défendit contre eux avec une canne qu'il avoit à la main, que ledit Nicolet l'afné caifa en deux parties ; que quelque tems après ledit Nicolet l'aîné entra en compofîtion et promit de lui payer /a canne en partie ; qu'hier, fur les neuf heures du foir, ledit plaignant étant avec le fieur Berthier, peintre, à fe rafraîchir chez le nommé Droux, limonadier à la foire St-Laurent, ledit Nicolet le cadet aborda ledit André et demanda à lui parler : A quoi le plaignant lui répondit qu'il le laifîât tranquille et qu'il oublioit le paiTé. Sur quoi ledit Nicolet le cadet preffa ledit plaignant de fortir de la foire avec lui, lui difant qu'il avoit quelque chofe de particulier à lui dire ; que ledit plaignant, ne s'attendant à rien moins que de recevoir de nouvelles infultes dudit Nicolet le cadet, fut dans la dernière des furprifes de voir ledit Nicolet lever l'épée fur lui plaignant fitôt qu'ils furent hors de la foire en lui difant : « Il y a aflez longtems que je t'en veux, il faut que je te f . . . . mon épée dans le ventre. » Qjii'icelui plaignant s'efl défendu du mieux qu'il a pu contre ledit Nicolet avec une canne qu'il avoit ; que ne pouvant pas fuffire à fa défenfe, il s'eft auffi fervi de fa main gauche pour parer les coups redoublés que ledit Nicolet lui fourniiToit avec beaucoup de vivacité ; de façon que, prêt à fuccomber fous les coups dudit Nicolet, ledit plaignant a été blefTé au bras gauche en différens endroits ; qu'à force de défenfe le plaignant a forcé ledit Nicolet cadet de fe retirer ; qu'auflitôt ledit Gendarme a remplacé ledit Nicolet et eft venu pour fondre fur ledit plaignant. Lequel dit Gendarme fe mettant en devoir de tirer l'épée fur lui, le plaignant a été affez heureux de faifir l'épée dudit Gendarme, qu'il a caffée en deux et dont il a jeté les morceaux ; que le plaignant, content de fe voir délivré, s'en eft retourné auflitôt chez le fieur Ferret. Et comme ces excès de la part defdits Nicolet frères et dudit Gendarme ne font connoître que trop le deffein prémédité qu'ils avoient formé d'affafliner le plaignant et qu'il y a lieu de craindre qu'ils ne prennent de nouvelles précautions pour le mettre ^ deffein, le comparant eft venu nous rendre la préfente plainte.

Signé : Antoine André ; Thiot.

{Archives des Comm., n» 3041.)

Nicolct. 171

L'an 1762, le lundi 31 et dernier mai, trois heures du matin, eft comparu en l'hdtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., fieur Jean-François Bard, infpecteur et commandant la garde du boulevart : Lequel nous a dit qu'en conféquence des ordres de M. le Lieutenant général de police ayant fait fermer à deux heures après minuit le jeu du nommé Nicolet fur le boulevart, le nommé Nicolet cadet a tenu plufieurs mauvais propos devant le public contre lui comparant, murmurant de la régularité qui étoit obfervée. Que lui fieur Bard ayant voulu lui en impofer et le faire taire, il n'a pas difcontinué, ce qui l'a obligé de le faire arrêter et amener par-devant nous.

Signé: Bar.

En fuite de quoi avons fait comparoître ledit particulier arrêté, lequel, fur les interpellations par nous à lui faites, a dit fe nommer François-Paul Nicolet, natif de Paris, âgé de 30 ans, maître à danfer, demeurant cul-de-fac des Quatre-Vents, chez fes père et mère, paroiflfe St-Sulpice. Nous a ajouté qu'effectivement le jeu ayant été fait fermer, et le monde qui étoit dedans, renvoyé fans pouvoir donner le ballet annoncé, il a dit qu'il étoit bien fâcheux de ne pouvoir pas contenter le public en lui donnant ce ballet annoncé ; mais qu'il n'a pas prononcé ces paroles devant ce môme public, tout le monde du jeu étant forti dans cet infiant. Qu'il n'a pas entendu indifpofer pcrfonne en tenant ce propos. Qu'il ne méritoit pas de la part dudit fieur Bar d'être traité de drôle et de polifTon ainfi qu'il l'a fait. Dont et de quoi il nous requiert acte.

Signé : Nicolet.

Et par ledit fieur Bard a été dit fur ce que ledit Nicolet fe plaint qu'il l'a traité de drôle, qu'il n'a pu s'en empêcher parce qu'il lui a réfifté devant le public et n'a pas difcontinué (es mauvais propos lorfqu'il a voulu le faire taire.

Signé : Bar.

Sur quoi nous commiflaire, etc., attendu que ledit Nicolet a parlé hautement devant le public en parlant audit fieur Bard fur l'ordre qu'il venoit de donner de ne pas repréfenter le ballet parce qu'il étoit trop tard, ce qui pouvoit occafionncr grande rumeur et que d'ailleurs c'étoit réfifter mal â propos à un ordre émanant du magidrat, nous l'avons laifTé es mains dudit fieur

Bard pour le faire conduire au For-rÉvêque par fimple difciplinc feulement, Dont et du tout avons fait et dreffé le préfent procès- verbal.

Signé ; Maillot; Bar.

(^Archives dts Comm., n" 3769.)

yoy. Artificier Hollandais (l'). Télocin.

NICOLET (Anne-Antoinette DESMOULINS, femme de Jean-Baptiste), née à Paris le lo octobre 1743, morte dans la même ville le 8 janvier 1817, actrice foraine et directrice de spectacles. Elle fit ses débuts au théâtre, au jeu de marionnettes de Nicolas Bienfait II , et entra ensuite dans la troupe de Jean-Baptiste Nicolet, où elle remplit avec un talent réel les rôles d'amoureuses. Le 10 janvier 1766, Nicolet épousa Anne-Antoinette Desmoulins, avec laquelle il était en liaison depuis plusieurs années déjà, et la fit ainsi directrice d'un théâtre à la prospérité duquel ses succès d'actrice avaient tant contribué. A partir de cette époque. M"** Nicolet cessa de jouer les amoureuses pour prendre les rôles à caractère, et ce n'est qu'en 1780 qu'elle renonça tout à fait à la scène pour ne plus s'occuper que de l'administration des Grands-Danseurs du Roi, tâche dont elle s'acquitta trèsbien, et dans laquelle elle seconda merveilleusement son mari. Le Chroniqueur désœuvré a consacré quelques lignes à M"'*' Nicolet. Il critique, tout en le reconnaissant, le talent de l'actrice et ridiculise de son mieux la directrice. Voici en quels termes il s'explique : « On ne peut refufer quelques talens à cette femme; elle débitoit fes rôles avec beaucoup de facilité et de naturel ; mais depuis quelque tems. Madame, gâtée par les bontés du public, ne jouoit plus qu'avec un air indiffèrent, parlant à peine pour fe faire entendre au bord des rampes. Le public, qui accorde fes faveurs à l'acteur qui paroît chaque jour par de nouveaux efforts capter fon indulgence, témoigne bientôt fon dégoût et fa haine à celui qui ne femble plus fe montrer à lui qu'avec la certitude de plaire, ayant l'air de dire : « Me voilà ! applaudiflez-moi, je joue « comme un ange. » La dame Nicolet, avec ce ton, déplut aux fpec-

Nicolet. 173

tateurs au point qu'ik commencèrent par lui crier : Plus haut I et finirent par la huer. Outrée, elle promit de ne plus mettre le pied fur le théâtre, et on ne s'eft pas encore aperçu de cette perte. » Voilà pour l'artiste. Quant à la directrice, elle est ainsi dépeinte : « Elle nie joue plus et s'eft retirée, quoique fes attraits le fiiflent depuis longtems Cette créature haute et fière, oubliant qu'elle a raccommodé des bas dans un tonneau , comme la belle Margot, ne vous rend jamds le falut que vous êtes affez fot de lui donner, feint par ton d'avoir l'ouïe dure , a l'impudence de fe mettre dans une loge de fon fpectacle et d'y lorgner le public,

alTottée de fa figure et fe croyant accomplie » Et plus loin :

« A force d'obferver, de faire des recherches et d'écrire, me voici pourtant au but après lequel j'afpire depuis fi longtems. Ami lecteur^ c'eft ici que j'ai befoin de toute ton attention. Suis-moi avec exactitude et tu vas connoitre entièrement cette directrice fi vaine, fi fière, cette Margot parvenue que je n'ai dépeinte qu'imparfaitement dans mon premier volume, et dont je n'aurois pas parlé dans celui-ci, fans la petite^raifon que j'ai de m'en plaindre, et voici mes griefs. Lorfque méchamment et comme mal avifé, je conçus le projet odieux de démafquer tous les hiftrions du boulevard, et que le fruit de ce projet fut mûr. M"** de Nicolet, furieufe, de concert avec la célèbre Jeannette Jonglas (M"** Audinot), fiirent en robes traînantes et en garnitures à la duchefle, efcortées du fameux François, receveur de billets, domeftique, cuifinier, garçon de théâtre et efpion ad honores de Nicolet, chez le sage magiftrat qui regarde les abus de ce pays comme un mal nécellaire. Elles fe répandirent en invectives contre moi : « Où « font les mœnrs ? » difoient-elles à M. Lenoir, qui fait bien qu'elles n'en ont jamais eu et n'en auront jamais; « qu'eft devenu le bon «ordre? Eh! fera-t-il donc permis de dévoiler impunément des « vérités qui nous humilient et que nous cherchons à enfevelir dans « l'ombre du myftère ? Ah ! livrez le traître à notre fureur !.. » M. le Lieutenant de police, qui jouit d'un difcernement inconteftable, rit de leurs imprécations, et loin de féconder leur grandeur apparente,

commit à leur égard Tinjultice la plus révoltante en les quittant pour aller prodiguer des foins utiles et des travaux honorables à des citoyens beaucoup plus refpectables que ne Teft la claffe des bateleurs. Voilà leurs démarches infructueufes ; mais en ont-elles moins cherché à me nuire, et dois-je m'en tenir au peu d'effets

de leurs très-chaudes fupplications? Non La Nicolet, cette

petite grande perfonne, fi grave, fi fauffe, fi réfervée, fi vive, fi emportée, fi modefte, fi fenfuelle, eft fans contredit l'exemple le

plus bizarre et le plus ridicule de nos lois anciennes Vous

êtes étonné de ce que j'avance; mais examinez le tableau généalogique que je vous préfente et convenez de bonne foi qu'il n'y a rien de fi ordinaire d'après les fituations où elle s'eft trouvée. Voilà le rideau levé ; apercevez dans un coin du tableau Tilluflre Nicolet placée dans un demi-tonneau et raccommodant au coin de la rue Âumaire les reftes délabrés de la garde-robe des jeunes

gens des environs Mais c'eft ici que la fcène change et que

vous verrez notre héroïne en cafaquin mi-gami, venir offrir à Nicolet fes talens naiffans, talens à qui j'enjrage d'avoir à rendre quelque jufUce, mais qui cependant ont contribué à fa fortune. Jetez l'œil en bas du tableau Eh! quoi, robe de foie, bijoux? Eh! oui, robes et bijoux. Un voluptueux directeur s'enflamme Il époufe, et c'eft dans ce moment où mon tableau

change encore. Mife avec tout le brillant de la femme du meilleur ton, infolente, impérieufe, vous la verrez jeter un regard dédaigneux fur fes premiers amans, fes anciens camarades Voilà

pourtant quelle eft cette dame Nicolet que vous voyez paffer fur le boulevard avec un air impofant! » Nicolet et sa femme conservèrent l'administration du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, devenu le théâtre de la Gaîté, jusqu'en 1795, époque où ils en cédèrent l'exploitation à un ancien acteur de leur troupe, François Ribié. M"'*' Nicolet mourut, comme on Ta dit plus haut, le 8 janvier 181 7.

{L* Chroniqueur iisauvri, I, 48, 54 ; II, 6i. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 63.)

Nivellon. 175

NIVELLON (Louis), l'un des meilleurs danseurs pantomimes qui aient paru aux foires, où il eut un spectacle en 1707, 1708 et 17 II, ne put, malgré son talent et l'habileté d'une troupe choisie avec soin, réussir à faire ses affaires et dut fermer son jeu. Ses acteurs passèrent presque tous chez la dame Baron.

{Mémoires sur Us Spectacles de la Foire, I, 130.)

L'an 1707, le mardi premier jour de mars, fix heures du foir, en Thôtel de nous Charles Bizoton, etc., eft comparu Louis Nivellon, danfeur de monfeigneur, demeurant rue des Fodés-St-Germain, qui nous a fait plainte et dit que, depuis quelques jours, il s*eft aperçu que plufieurs particuliers font entrés dans Ton jeu de danfe de corde avec des billets faux (i), et lorfqu*iIs font entrés ils reflbrtent du jeu et demandent Targent defdîts faux billets fur lefquels ils entrent ; que cejourd'hui, il y a environ un quart d'heure, plufieurs jeunes gens font encore venus avec des billets faux pour entrer. Ce que voyant il en a fait arrêter un et Ta fait conduire en notre hôtel et nous a repréfenté fix faux billets qui lui ont été délivrés cejourd'hui ; requérant que ledit particulier foit conilitué prifonnier.

Signé : Nivellon.

Sur quoi nous commifTaire, etc., ayant fait venir par-devant nous ledit particulier, il nous a dit après ferment par lui fait de répondre vérité, fe nommer Louis Duinet, fils du fieur Duinet, tenant Fhôtel de Touloufe, rue St-André, âgé de 19 ans, volontaire au régiment de Péreufe, où il doitfervir la campagne prochaine et doit partir vendredi prochain ; qu'il eft vrai que, fur les cinq heures après midi, il efl entré dans le jeu dudit Nivellon, lui (ixième, avec chacun un billet de parterre qui lui a été donné par le nommé Dubourg, garçon imprimeur ; qu'il eft entré avec le nommé Delorme, valet de chambre du baron de Vitrac, qui avoit un femblable billet. A l'égard des quatre autres, qui font entrés fur de pareils billets, il ne fait pas qui les leur avoit donnés. Du refle, il n'a fait aucun tort ni violence en entrant dans ledit jeu.

Signé : Duinet.

Après quoi nous avons remis ledit Duinet entre les mains du fieur de Ri-

(1) Il n'était pas rare de voir des individus entrer avec des billets faux aux Spectacles de la Foire. La dame Baron en 17 16 et Saint-Edme en 1718 firent arrêter divers particuliers qui avaient commis ce délit, et en 1784 Nicolet se vit également obligé de sévir contre un quidam qui lui avait présenté un billet falsifié. {Archives des Comm., no« 832 et 883.)

vière, lieutenant de robe courte, pour le faire conduire es prifons du Chdtelet, jufqu'à ce que autrement en ait été ordonné.

Signé : Bizoton.

Le mardi 6* jour du mois de mars 1708, cinq heures de relevée, font comparus par-devant nous Simon-Mathurin Nicollet, etc., les fieurs Dufey et Legrand, comédiens du Roi, qui nous ont requis de nous tranfporter cejourd'hui dans le jeu et théâtre du nommé Nivellon, fitué près la porte de la foire St-Germain, au bout de la rue des Quatre- Vents, dans la maifon de la Croix-Blanche, faubourg St-Germain, pour leur donner acte de la repréfentation qu*il fait faire fur fon théâtre des pièces de comédie et en dreÛfer procès-verbal.

Signé : Nicollet ; Legrand ; Villot-Dufey.

Sur quoi nous commiflaire, etc., fournies à Pindant tranfporté dans le jeu et théâtre de Nivellon où nous avons vu un théâtre public et dans la falle d'icelui grand nombre de perfonnes. Après les danfes de corde on a levé une toile et ont paru plufîeurs acteurs comme un arlequin, un docteur, un scaramouche, une colombine, une fille du docteur, un pierrot, un chanteur et une chanteufe, qui ont formé une efpèce de comédie dont le fujet eft que le docteur, pour raccommoder fes affaires, lève une troupe de comédiens de tous fes domediques et répète plufîeurs fcènes tirées de différentes comédies et tragédies et parodies burlefques. A chaque fcène un acteur parle fcul. Après quoi il fe retire et un autre vient enfuite. Quelquefois ils font deux enfemble fur la fcène ; Tun parle haut et l'autre répond bas. Quelquefois un acteur répond quelques mots derrière la perfpective â celui qui efl fur la fcène et qui parle haut, en forte que le tout enfemble fait voir un fujet de comédie fui vie. Il nous a paru dans toute la pièce qu'on fe moque des comédiens du Roi, ce qui a fait que nous avons entendu dire à plufîeurs perfonnes qui étoient autour de nous : « Les comédiens font bien bafoués là-dedans I » Dans un endroit Arlequin dit que fon maître le docteur efl fou de vouloir faire une troupe de comédiens, qu'il fe ruinera parce que les comédiens ne s'accordent jamais et fe battent toujours. Il dit même dans la première fcène : « Je crois que la répétition de la comédie va commencer parce que les comédiens fe querellent déjà. » Dans une autre, dit qu'il eft au défefpoir de ne pouvoir parler à fa fantaifie, mais que quelques-uns pourroient bien s'en repentir. Dans un autre endroit ils fe battent fur le théâtre et Arlequin crie à la plainte, à la plainte ; enfuite paroifTent plufîeurs acteurs et actrices, et un acteur apporte plufîeurs livres et lit le titre d'iceux qu'il dit être VArt de parler

Nivellon. — Noël. 177

feul, ifwenU par Us comédiens français. Après quoi ils difent : (c Q^and nous ne faurons plus que faire, nous annoncerons le Diable boiteux, » Dont et de tout ce que deffus avons fait et drelTé le préfent procès-verbal.

Signé : Nicollet.

{Archives des Comm., n" 34/0.)

NIVELLON, fils du précédent et héritier des talents chorégraphiques de son père, joua longtemps en province et ne parut à Paris qu'en 1728. A la foire Saint-Laurent de la même année, il débuta au théâtre de TOpéra-Comique et exécuta dans la pièce à^Achmet et d*Alman:(ine, opéra comique en trois actes de Lesage et Dorneval, une entrée de paysan en sabots qui parut un modèle de légèreté, de grâce et d'adresse. Nivellon quitta l'Opéra- Comique à la fin de l'année suivante. Sa danse en sabots fut parodiée avec un rare talent, le 27 août 173 1, par le petit Boudet, âgé de 4 ans, dans la scène intitulée la Nièce vengée, ou la Double Surprise, opéra comique en un acte de Fagan, avec prologue et épilogue de Panard.

(Dictionnaite dfs The'dires, I, 12 ; III, 493, J05.)

Voy. BouDET (le petit).

NOËL , physicien , avait un cabinet sur le boulevard du Temple en 1780; on y entrait de 11 heures du matin à II heures du soir. L'annonce qu'il faisait de ses exercices est peu intelligible et est ainsi conçue : « Il vient de faire la découverte d'un fluide par le moyen duquel il eft parvenu à faire les vrais cadrans de communication. Ces cadrans fe portent où l'on veut, et néanmoins fe répondent l'un à l'autre. On peut les comparer avec les eflfets que produifent l'aimant et l'électricité ; cependant ils ne tiennent rien de ces deux fluides, ce qu'on peut éprouver avec une bouflble. Le fieurNoël, par l'effet du nouveau fluide, démontre plufieurs autres expériences de phyfique récréatives et amufantes pour l'exécution defquelles il conftruit luimême les machines. »

(Journal de Paris, lo juillet 1780.) Sp. — II. 12

ORÈS, danseur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, y parut en 1772^ 1773 ^^ ï774«

{Aïmanachs forains, 1773, 1775.)

NORÈS (M"»), sœur du précédent, était attachée au théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1772, 1773 et 1774, en qualité de soubrette et de danseuse.

{Almanaehs forains, 1775, 177J.)

NOUVEAU-NÉ ÂGÉ DE 31 ANS. Phénomène que l'on montrait rue Dauphine en 1747. L'annonce de cette exhibition est conçue en ces termes : « Le public eft averti qu'au rezde-chauffée de l'hôtel impérial, rue Dauphine, on y fait voir à toute heure un enfant mâle, dont toutes les parties font bien formées et qui a refté 3 1 ans dans le fein de fa mère, morte à

l'Hôtel-Dieu de Joigny, le 22 juillet dernier, âgée de 62 ans

On prend 24 fok par perfonne. On ira chez les gens de condition. » On parlait un jour devant Louise-Henriette de Bourbon- Conti, duchesse d'Orléans, d'un fait analogue arrivé à Toulouse, où une femme du pays était restée grosse pendant vingt ans ; on ajoutait qu'à la mort de cette femme, on avait ouvert son corps et qu'on avait trouvé l'enfant comme pétrifié et ayant de la barbe au menton. La duchesse d'Orléans s'écria aussitôt que si pareille chose lui était arrivée, pour ne pas laisser son enfant sans éducation, elle n'aurait pas manqué d'avaler un précepteur.

(Affiches de Paris, 1747. — Journal de Collé, publié par H. Bonhomme, II, 317.)

NOUVEAU SPECTACLE DE PHYSIQUE ; se voyait à la foire Saint-Laurent de 1778, et le reste de l'année, rue de Richelieu. Voici le détail des pièces qu'il renfermait d'après

Nouveau Spectacle de Physique, 179

une affiche imprimée et approuvée par le lieutenant-général de police Lenoir :

I** t/n petit Coffre incompréhenfible.

Un petit Coffre qu'on donne ouvert à une perfonne de la compagnie qui le ferme à clef, garde la clef, le pofe fur une table, et qui s'ouvre feul fans le toucher, à la volonté et préfentation de la main qui l'a fermé.

2® Un Nègre Automate qui indique ce qu'on lui demande.

On pofe un petit Nègre fur la table ; on préfente deux cadrans couverts : une Dame de la compagnie prend un cadran; un Monfieur prend l'autre : chacun marque fur ces cadrans une heure à volonté, qui ne peut être connue de perfonne; les deux cadrans étant recouverts dans le fecret, le petit Nègre, au défir et au moment demandé du Monfieur ou de la Dame, marque d'un mouvement de tête, et fonne diftinctement fur un timbre l'heure qui a été marquée fecrètement fur ces deux cadrans.

3° Une Lampe fympathique.

On allume une lampe à deux branches, qu'on pofe lur une table; on allume enfuite deux bougies; on porte les deux bougies allumées à trente ou foixante pas d'éloignement de la lampe qui eft allumée fur la table ; fi l'on éteint la bougie de la droite, la lumière de la lampe qui eft fur la même ligne droite s'éteint dans le même inftant que la bougie; le même effet fe fait à la gauche.

4° Fujil unique.

On préfente un fufil, non chargé, à toute la compagnie ; plufieurs perfonnes l'arment et le défarment autant de fois qu'elles le veulent, fans avoir à craindre de le déranger, enfuite une perfonne de la compagnie l'arme, le fixe, et le place fur une table ; cette même perfonne demande qu'il parte feul à une, deux, trois, quatre minutes ou davantage, à fon choix; elle prend fa montre, fuit la minute qu'elle a indiquée, et le fufil feul et ifolé fur la table, ne tenant à rien, comme toutes les autres pièces, part exac-

l8o Les Spectacles de la Foire.

tement à la dernière féconde de k minute que la perfonne qui a armé le fufil a indiquée ; mais fans faire de bruit, n'étant pas chargé.

5® Un Chajfeur Automate qui devine la penfée.

On préfente plufieurs devifes : fix perfonnes en choififfent chacun une et les mettent féparément et en fecret dans (ix boites au hafard, contenues dans une grande boite numérotée i à 6, et referment la boîte en fecret. On porte enfuite le chafleur automate fur la table, armé d'un arc et d'une flèche ; on lui préfente fucceffivement des cartes numérotées de i à 6, et dans le moment que paroît le numéro de la café qù fe trouve la devife qu'on a défirée être connue, le chaffeur îfolé y lance fa flèche.

Il y a en outre deux autres pièces qui font fi inconcevables et fi amufantes, qu'il n'eft pas poflîble de les rendre fur le papier, ni rien dire qui puifle en préfenter l'idée.

Ce qu'on trouvera de plus furprenant, c'eft que toutes les pièces n'ont aucune communication, et que les perfonnes de la compagnie les placent elles-mêmes fur la table.

Pendant le tems de la foire feulement, il y aura des places à 3 livres et à i livre lo fok, et après la foire, rue de Richelieu, toutes les places continueront d'être à 3 livres, comme ci-devant.

L'auteur à la foire fera fcs démonftrations l'après-midi à toute heure, et le matin il en fera de particulières pour les perfonnes qui le défireront.

{A fie ht iniprimit par Guefier, rue de la Harpe, — Journal de Paris, 9 mai 1778.)

NOUVEAU SPECTACLE -PANTOMIME. De 1746 à 1749, la Comédie-Française et la Comédie-Italienne parvinrent à obliger le théâtre de l'Opéra-Comique à ne représenter que des pantomimes. De là le nom de Nouveau spectacle-pantomitne qui lui fut donné alors. Il était administré, pour le compte de l'Académie royale de musique, par les nommés Bigour, Roszet et Damour. Voici les principales pièces qui furent jouées pen-

Nouveau Spectacle-^Pantomime. r 8 1

dant cette période : les Sculpteurs, ballet-pantomime (3 juillet 1746); la Chercheuse d'esprit, pantomime (3 juillet 1746); la Chasse galante, pantomime (3 juillet 1746); la Guinguette d'intrigue, pantomime (3 juillet 1746); Diane et Endymion, pantomime pastorale (Juillet 1746); les Quatre Coins, ballet-pantomime (juillet 1746); la Barbe bleue, pantomime (juillet 1746); les Oracles d'Harpocrate, ou le Dieu du silence, pantomime de Panard (août 1746); le Chien qui secoue des pierreries, pantomime (août 1746); les Amants protégés, pantomime pastorale (août 1746); Nicaise, pantomime (septembre 1746); le Jugement de Midas, ou le Nouveau Parnasse lyrique, pantomime ornée de quatre divertissements (septembre 1746) ; Arlequin Persée, pantomime, parodie de la tragédie lyrique de Persée (février 1747); les Fites d'Hébé, divertissement-pantomime, au sujet du mariage du Dauphin avec la princesse de Saxe (février 1747); la Bohémienne (mars 1747); la Servante de sa fille, parodie-pantomime en un acte, par Valois d'Orville, de la Gouvernante de la Chaussée (mars 1747); Ninna, pantomime italienne, parodie de Nanine (28 juin 1747) ; le Polygame, parodie-pantomime à'Amestris, tragédie de Mauger (15 juillet 1747); la Faim d'Eresichton, pantomime en un acte, par Valois d'Orville (juillet 1747); l'École de Saleme, divertissement-pantomime, par Valois d'Orville (juillet 1747); Polichinelle maçon, divertissement (juillet 1747); les Talents comiques, pantomime, par Valois d'Orville (10 août 1747); les Fêtes du bois de Boulogne (i), pantomime-ballet, par Valois

(i) On chAntait, parah-il, quelques couplets dans ces pantomimes, car c'est dans cette pièce que se trouve la ronde suivante sur un air déjà populaire :

En cachette se rendre ici,

VU rplai....sir des dames!

L'une vient surprendre un mari Et l'autre y vient prendre un ami.

Savoir jouir Et contenter leurs flammes, V'làrplai....sir des dames, V*làrplai....sir!

(Notes mises par M. Jules Cousin à la comédie de VOubliiux, de Cb. Perrault, publiée en i8éS par H. Lucas.)

i82 Les Spectacles de la Foire.

d'Orvîlle (août 1747); la Coquette sans le savoir, divertissement (août 1747); r Ombre d'Ésope, pantomime de Panard (août 1747, reprise en juillet 1748, sous le titre du Tombeau d'Ésope); les Amours grivois, pantomime (août 1747); le Jaloux dupé, pantomime (4 septembre 1747); Colombine et Arlequin prisonniers, pantomime (septembre 1747); les Valets préférés, pantomime italienne, ornée de danses, exécutée par la Grande Troupe turque (3 février (1748); le Retour de la paix au Temple de Janus (juin 1748); le Réveil des vaudevilles, pantomime (juin 1748); la Peine du talion, ou le Cabaretier puni, pantomime (juin 1748); Arlequin heureux jardinier, pantomime (juillet 1748); la Gouvernante, pantomime (juillet 1748); le Retour de la Foire, pantomime (août 1748); VHoroscope d* Arlequin, pantomime en trois actes et un prologue (août 1748); la Vieillesse amoureuse, pantomime (9 février 1749); Arlequin et Colette protégés de Flore, pantomime (9 février 1749); les Réjouissances de la paix, ou V Hommage dû, ballet héroï-comique (9 février 1749); Arlequin et Pierrot rivaux, pantomime (février 1749); les Réconciliations par la paix, pantomime (mars 1749); le Jaloux désabusé, parodie de Platée, ballet d'Autreau, retouché par Balot de Sovot, musique de Rameau (mars 1749), et la Femme jalouse, ou le Mauvais Ménage, parodie, par Valois d'Orville, deMédée et Jason, tragédie lyrique de l'abbé Pellegrin, sous le nom de Laroque, musique de Salomon. (Foire Saint-Germain de 1749.)

(DictioHHaire des Théâtres, I, 68, 136, 232, 248, 269, 377, 457 ; II. 77» 84» 86, 114, 270, 305, 433, $52, $j6 ; III, 29, $4, 101, 108, 492, 496; IV, 19, 30, 8s, 173, 319, 394. 4»o. 446, 4S6 ; V, 20, 97, 150. 330 ; VI, 30, 34, 212, 339, 458, $54, $60, 664, 694, 712.)

Voy, Opéra-Comique.

NOVERRE (Jean-Georges), né en 1727, mort en 1810, élève du Grand Dupré, danseur à TOpéra-Comique à la foire Saint-Laurent de 1743, y exécuta la pantomime des Fleurs dansée à la fin de Tacte IV de V Ambigu de la Folie, ou le Ballet

Noverre. 183

des dindons, parodie en quatre entrées, par Favart, représentée le 31 août de cette même année. Noverre fut aussi maître des ballets de rOpéra-Comique, et il a composé entre autres ballets les Fites chinoises (i*' juillet 1754) et la Fontaine de Jouvence (i 5 septembre 1754). Les Fites chinoises obtinrent un succès éclatant, et Collé dans son /ot^rwa/ s'exprime ainsi à ce propos : « Ce moisci (juillet 1754) tout Paris a couru à un ballet chinois que TOpéra-Comiquc a donné. Je n'aime pas les ballets, et mon averfion pour la danfe eft infiniment augmentée depuis que tous les théâtres font infectés de ballets; mais j'avoue que ce ballet chinois eft fingulier, et qu'au moins par fa nouveauté et par le pittorefque dont il eft, il a mérité une partie des applaudiflemens outrés qu'on lui donne. C'eft un nommé Noverre qui adeffiné ce ballet; c'est un jeune homme de 27 à 28 ans. Il me paroit avoir une imagination étendue et agréable pour fon métier. Il eft neuf et abondant, varié et peintre. Ce n'eft pas par les pas et les entrées qu'il a plu, c'eft par les tableaux diverfifiés et nouveaux qu'il a eu cette prodigieufe réuffite. S'il y a quelqu'un qui puiffe nous faire fortir de l'enfance où nous fommes encore pour les ballets, ce doit être un homme comme ce Noverre. L'Opéra devroit prendre et bien payer un pareil talent ; mais dès qu'il le doit, il n'en fera rien. » Collé ne se trompa pas dans ses prévisions, Noverre quitta rOpéra-Comique en 1755, et ce ne fut que vingt et un ans plus tard, en 1776, que l'Académie royale de musique s'attacha cet habile chorégraphe.

{Histoire de VOpira'Comiqmt, II, 32), 324. — Bioftaphie Didot. — Journal de Colli, publié par H. Bonhomme, I, 428.)

''WNj^

ICTAVE (Jean-Baptiste CONSTANTINI, dit), fîb de Constantino Constantïni, acteur de la Comédie-Italienne, connu sous le nom de Gradelin, et frère d'Angelo Constantini, connu au même théitre sous le nom de Me^^etin, fit partie comme son père et son frère de la troupe italienne, dans laquelle il débuta en 1688 pour les seconds amoureux, sous le nom à'Octavio. Congédié avec ses camarades en 1697, il ne revint à Paris qu'en 1708, et fiit quelque temps inspecteur des barrières de la capitale. En 1712 , à la foire Saint-Germnjn, il recueillit les débris de la troupe d'Alard aîné, mort à la fin de l'année précédente, et ouvrit un spectacle qui ne dut pas obtenir grand succès, car à la foire Saint-Laurent suivante on le trouve engagé comme acteur au jeu de Saint- Edme. En 1715 pourtant, il renouvelle sa tentative, et son théâtre reparait à la foire Saint-Germain et continue jusqu'à la foire Saint-Laurent de 1 716 (i). A cette époque, les comédiens italiens revinrent en France et Octave fut chargé par eux de fonctions administratives dont il s'acquitta mal, parait-il, car ib furent obligés de le renvoyer. Il quitta alors Paris et se rendit à ia Rochelle, ofi il est mort le 16 mai 1720. Voici les titres de quel-

i86 Lés Spectacles de la Foire.

ques-unes des pièces qui furent jouées chez Octave : Arlequin empereur dans la lune, par Rémy et Chaillot (foire Saint-Germain de 17 12); Arlequin au sabbat, pièce en trois actes, par J. A. Romagnési, musique du divertissement par Lacroix (février 17 13) ; le Festin de Pierre, opéra comique en trois actes et en vaudevilles, sans prose, parLetellier (foire Saint-Germain de 171 3); Arlequin jouet de la fortune, ou Arlequin favori de la fortune, opéra comique en quatre actes et en vaudevilles, par du Vivier Saint-Bon (3 février 1714); les Aventures de Cythère, comédie italienne en quatre actes et en vaudevilles, sans prose (foire Saint- Laurent de 171 5); Arlequin gentilhomme maigri lui, opéra comique en trois actes, avec trois divertissements, par Dorneval, musique d'Aubert (3 février 1716); Arlequin traitant, opéra comique en trois actes et en vaudevilles, avec des danses et des divertissements, par Dorneval (mars 1716); etc., etc.

{Mémoires sur Us SpeclacUs de la Foire» I, 13a. — Dit' tionnaire des Théâtres, I, 199, 229, 244, 250, 288, 334 ; II, 541 ; IV, 10.)

L*an 171 2, le 6« jour de février, fur les quatre heures de relevée, en l'hôtel de nous Simon-Mathurin NicoUet, etc., eft venu et comparu fieur Pierre Villot-Dufey, l'un des comédiens ordinaires du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, fes confrères : Lequel nous a dit que, nonobftant l'arrêt du Parlement du 2 janvier 1709 qui faitdéfenfes auxdanfeurs de corde de faire fervir leurs théâtres à d'autres ufages que ceux de leur profefnon, et celui du 25 juillet 17 10 qui leur fait défenfe de jouer la comédie par dialogues, colloques, monologue et en quelque manière que ce foit, Icfdits danfeurs de corde continuent de contrevenir auxdits arrêts ; ce qui fait un tort confidérable auxdits comédiens du Roi qui ont un intérêt très-puiffant de porter leurs plaintes à la Cour defdites contraventions ; pourquoi il nous requiert de nous tranfporter le jour d'hui dans le préau de la foire St-Gcrmain, dans la loge où le fieur Octave, ci-devant acteur de la troupe italienne que le Roi a renvoyée, et alTocié à pluficurs Italiens, fait fes repréfentations, pour dreffcr procès-verbal de la contravention pour leur fervir et valoir ce que de raifon. Requérant au furplus que nous ayons à parapher avec lui une affiche intitulée . « La Grande Troupe rcpréfcntcra vendredi 5® février le Re-

Octave. 187

tour du véritable Arlequin Italien à la foire St-Germain, etc.», et un livre intitulé : Le Retour d^ Arlequin à la foire, divertijf entent muet y de 16 feuillets, fur le recto du bas de la page de chaque feuillet, contenant ledit livre un prologue avec une pièce en trois actes qui a pour titre : Arlequin baron allemand, ou le Triomphe de la Folie (i) ; lefquels livre et affiche, fur fes réquifitions, ont été à l'inftant de lui et de nous paraphés, etc.

Signé : Villot-Dufey.

Inclinant auquel réquifltoire, nous commiffaire fufdit fommes tranfporté ledit jour 6 février 1712, fur les cinq heures de relevée, en la grande loge du préau de la foire St-Germain, la première en entrant par la porte de la rue de Toumon, que l'on nous a dit être celle où le fieur Octave fait fa repréfentation. Où étant, avons vu, après plufleurs danfes fur la corde, qu'on a levé une toile fur le théâtre et enfuite avons vu jouer une comédie en trois actes précédée d'un prologue, pareille au livre à nous apporté et paraphé fuivant le réquifltoire ci-defTus : ladite comédie exécutée par un arlequin qu'on nous a dit être Dominique, une Ifabelle, une colombine, un docteur qu'on nous a dit être Paghetti, un pierrot qu'on nous a dit être Belloni, un Scaramouche et autres acteurs, avec plufieurs changemens de théâtre et différentes entrées de ballets compofés les uns de deux, les autres de trois, quatre et plus de danfeurs et danfeufes accompagnés d'un orcheftre où nous avons remarqué huit inftrumens. Avons remarqué qu'il n'y a aucun acteur qui ait parlé dans le cours de la pièce ; mais ils fe font fervis d'écriteaux qui ont fuppléé à la parole et au moyen defquels le dialogue eft fuivi et les fcèncs liées jufqu'à la fin de la comédie, avec cette fmgularité que le parterre devient acteur et que, prenant le ton de l'orcheftre, il prête lui-même le chant et la parole aux acteurs qui font fur le théâtre. Nous avons lu fur lefdits écriteaux et entendu chanter plufieurs chanfons contraires â la pudeur et aux bonnes mœurs.

Dont et de tout ce que defTus nous avons donné acte auxdits comédiens ordinaires du Roi et dreffé le préfent procès- ver bal.

Signé': Nicollet.

{Arebivts dts Comm.^ n? 3472.)

L'an 17 14, le lundi 6« août, neuf heures du matin, font venus par-devant nous Ccfar-Viucent Lefrançois, etc., Jean-Baptifte Conftantin dit Octave et Anne-Élifabeth Conftantin, femme de Charles- Virgile de Romagnefi : Lef-

(i) Arlequin baron alUmand, ou le Triomphe de la Folie, piicc en trois actes et en vaudevilles, par ccritcaux, avec des scènes muettes, par Lcsage, Fuzclicr et Dorneval, avec prologue intitulé : le Retour d'Arlequin d la foire.

i88 Les Spectacles de la Foire.

quels nous ont fait plainte et dit qu'ils ont tait des dépenfes confidérables pour la continuation du jeu et fpectacle qu'ils ont toujours repréfenté ruelle St-Laurent, pendant le cours de la foire juiqu'à préfent ; qu'ils ont eu le malheur de ne pouvoir obtenir permilfîon à caufe des fieur et dame de St-£dme qui leur ont nui pour être les feuls à avoir jeu et fpectacle ; et, quoiqu'ils n'aient jamais rien dit qui les pût ofFenfer, eux ni d'autres, ils menacent les plaignans de les faire arrêter prifonniers par leur crédit. Q,ue fi, par leurs foUicitations, ils parvenoient à avoir la permiifion de jouer, ils emploieroient tout leur crédit, tout leur argent pour ruiner les plaignatis de fond en comble. Même leur a été rapporté qu'ils les menaçoient de les faire aifafliner. Entre autres, le nommé Cadet dit publiquement que, fi ils continuent à folliciter pour la permiffîon de repréfenter, on les fera mettre à la Baftille. Les plaignans font avertis qu'on veut les faire affaffîner ; en forte que, n'étant pas aflurés de leurs perfonnes, ils fe trouvent obligés de venir par-devers nous nous rendre plainte.

Signé : Octave ; Anne Constantini de Romagnesi.

(Arehivs dés Comm., no 5826.)

L'an 171 5, le 27 mars, fur les quatre à cinq heures de relevée, en l'hôtel de nous FrançoisDubois, etc., eft venu fieur Charles Botot-Dangeville, l'un des comédiens ordinaires du Roi, faifant tant pour lui que pour les autres comédiens de Sa Majefté, demeurant rue des Fo^és-St-Germain: Lequel nous a fait plainte et dit que plufieurs danfeurs de corde et autres fe font avifés depuis plufieurs années d'entreprendre fur la profeflion defdits comédiens ordinaires du Roi et de jouer et faire jouer et repréfenter fur des théâtres publics des comédies et pièces de théâtre ; ce qui e(l entièrement contraire aux lettres de l'établiflement defdits comédiens ordinaires du Roi et aux fentences de police, arrêts du Parlement et du Confeil que lefdits comédiens ont obtenus contre lefdits danfeurs de corde et autres farceurs. Et comme de telles entreprifes font et caufent un dommage confidérable auxdits comédiens du Roi, ils ont intérêt d'empêcher la fuite et continuation defdites repréfentations de comédies que lefdits danfeurs de corde font au mépris defdits arrêts et règlemens qui leur font défenfes exprelfément de jouer et repréfenter des pièces de théâtre ou comédies publiques de quelque manière que ce foit fous les peines y portées, et d'affurer la preuve defdites contraventions auxdits arrêts et règlemens ; c'cft pourquoi il nous requiert de préfentement nous tranfporter en la falle et jeu public du fieur Octave, fis dans le préau de la foire St-Germain, pour y drelTer notre procès-verbal de la contravention faite par ledit Octave auxdits arrêts et règlemens par la repréfentation qu'il fait faire publiquement fur un théâtre public, dans ladite falle, de pièces comiques et de comédies.

Signé : Dangeville.

Octave. 189

Sur quoi nous commiffaire, etc., femmes, ledit jour 27 mars 171 5, environ les fix heures de relevée, tranfporté dans le préau de ladite foire St-Germain, dans la falle dudit Octave, et nous y avons vu un théâtre élevé, orné de luftres et de plufieurs décorations, avec un orcheftre dans lequel font plufîeurs particuliers jouant d*in(lrumens de mufique ; fur lequel théâtre pluûeurs acteurs et actrices ont paru et fe font parlé et répondu félon le fujet de la fcène et pièce qu'ils repréfentent et jouent ; ce qui forme une comédie et pièce de théâtre. De quoi nous avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.

{Archivés da Comm», n« n<^*)

L'an 171 5, le vendredi 29* jour de mars, fur les quatre heures de relevée, font comparus par-devant nous Louis Pogct, etc., les fleurs Georges-Guillaume Lavoy et Charles Botot-Dangeville, comédiens ordinaires du Roi, tant pour eux que pour les autres comédiens du Roi defquels ils nous ont dit avoir charge et pouvoir : Lefquels nous ont fait plainte contre le tieur Octave, chef d'une troupe de danfeurs de corde, le nommé Delaplacc et fes autres camarades, et nous ont requis de nous tranfporter heure préfente dans la loge et falle dudit (leur Octave à la foire St-Germain, où fe jouent et fe repréfentent des comédies, â l'effet de drefler procès-verbal des contraventions commifes aux fentences du Lieutenant général de police et arrêts du Parlement.

Signé: Lavoy; Dangeville.

En conféquence nous commiflaîre fufdit nous fommes tranfporté ledit jour 29 mars, fur les cinq heures du foir, enja falle et jeu de danfes de corde dudit iieur Ocuve, fituée fur le préau de la foire St-Germain et où jouent ledit Delaplace et fes autres camarades ; où, après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de luftres et de décorations différentes, une pièce qui a pour titre les Aventures comiques d'Arlequin, en trois actes, lefquels roulent fur le voyage d'Arlequin en l'Ile de C3rthère : Laquelle pièce comique eft repréfentée par de grands écriteaux moulée et imprimés fur de grandes toiles, que l'on fait defcendre dans le milieu du théâtre et fur lefquels font des chanfons qui forment des dialogues fur le fujet de la pièce qu'ils repréfentent et qui font chantées â haute et intelligible voix par trois particuliers qui font dans l'orcheftre et quelquefois même accompagnés par l'acteur ou l'actrice qui devroit parler et au nom duquel ledit écriteau efl repréfenté. Et font aufli dans ledit orcheftre quatre particuliers qui jouent enfemble de chacun un indrument de mufique pour donner l'air auxdites chanfons que lefdits trois particuliers chantent et qui les accompagnent. Et nous avons remarqué que pendant tout le cours de ladite pièce, ledit Delà-

place, qui fait le rôle d'Arlequin, et généralement tous les acteurs et actrices Te parlent et fe répondent en profe fur le fujet de la pièce qu'ils repréfentent, fans interruption que pour les chanfons qui font chantées ; que même ce qui eil porté par lefdites chanfons donne lieu à des dialogues et des colloques fort longs en profe entre tous lefdits acteurs et actrices qui paroiflent pour lors fur la fcène, ce qui forme une pièce comique et repréfentée entière ainfi que les comédiens du Roi en repréfentent fur leur théâtre, ce qui leur fait par conféquent un tort confîdérable, ayant feuls le privilège de la comédie ezclufif à tous autres.

Dont et de quoi nous avons fait et dreifé le prélent procès-verbal.

Signé : PoGET.

(Archives des Comm., n" 27$3.)

OCTAVIEN (François), chanteur au jeu d*Alard aîné en Voy. Piètre.

OISEAU MÉCANIQUE ; automate que Ton voyait à la foire Saint-Germain de 1772. Son bec versait du vin blanc, rouge ou gris, au gré de la compagnie.

(Almanaeh forain, 177).)

OLIVIER (Françoise), née en 1679, danseuse chez Alexandre Bertrand à la foire Saint-Laurent de 1699. Voy, DuMOUSTiER (Charlotte.)

LIVIER, entrepreneur de spectacles à la foire Saint-Ovide de 1771.

(Archives des Comm., no i joS.)

opéra- Comique. 191

OPÉRA-COMIQUE (Spectacle de l^. A l'époque où les malheureux directeurs forains se trouvaient le plus en butte aux persécutions de la Comédie-Française, en 1708, la veuve Maurice eut l'idée de se constituer une espèce de privilège qui pût la mettre à l'abri des poursuites des comédiens français. Pour y parvenir, elle traita avec l'Académie royale de musique, et obtint, moyennant une certaine redevance, la permission tacite de £2iire usage sur son théâtre de changements de décorations, de chanteurs, de danseurs, et d'y représenter de petites pièces mêlées de couplets qu'on appela des opéras comiques. La voie était tracée et nombre de directeurs forains s'y engagèrent. Il paraît certain que Levesque de Bellegarde et Desguerrois, acquéreurs du matériel de la veuve Maurice, et dont le théâtre, dirigé par Guillaume Rauly et la dame Baron, avait pour acteurs Dominique, Desgranges et Paghetti,'se servirent d'une semblable permission en 17 10. Il en fut vraisemblablement de même pour les troupes de Saint-Edme, du chevalier Pellegrin, d'Octave, de Baxter et Sorin, prête-noms de la dame Baron, pendant les années 171 1, 1712 et 1713. Ce n'est qu'en 1714 qu'on voit l'Académie royale de musique accorder ostensiblement le privilège d'un opéra comique à Catherine Baron, associée avec Gauthier de Saint-Edme, qui l'exploitèrent pendant le cours des foires Saint- Laurent de 1714 et de 1715. A partir de cette époque, le privilège de l'opéra comique, qui s'accordait pour une foire seulement, fut exercé tantôt par Catherine Baron, tantôt par Gauthier de Saint-Edme, tantôt par Octave, tantôt par l'Académie royale de -musique elle-même. Il en fut ainsi jusqu'en 171 9, époque où tous les spectacles forains furent supprimés, sauf les Marionnettes. Mais l'année suivante, les spectacles furent rétablis , et une permission tacite d'opéra comique fut accordée à Marc- Antoine Lalauze et à Restier frères. A la foire Saint-Laurent de 1721, cette permission fut changée en un privilège qu'exploita une société d'acteurs forains composée de Pierre Alard, de Baxter, de M"* d'Aigremont, de Lalauze et autres. Malheureusement le ré-

sultat ne répondit pas à leur attente, et les pièces qu'ils jouaient n'obtinrent aucun succès. Ce fut alors qu'un autre entrepreneur de spectacles forains, nommé Francisque, sollicita et obtint l'autorisation d'élever autel contre autel et d'ouvrir pendant la même foire un autre théâtre d'opéra comique qui, plus heureux que le premier, fut extrêmement goûté du public. Cependant deux théâtres d'opéra comique à la fois devaient inquiéter la Comédie- Française, et elle parvint à faire suspendre absolument toute permission nouvelle de ce genre. Il en fiit ainsi jusqu'à la foire Saint^Laurent de 1724, époque où un ancien marchand de chandelles, nommé Maurice Honoré, devenu percepteur du droit des pauvres aux théâtres de la foire, et qui sans doute avait pris là le goût du spectacle, obtint en société avec un sieur Pirard le privilège de l'opéra comique qu'il exploita jusqu'en 1727. C'est depuis Honoré que ce spectacle forain prit définitivement le nom du genre de pièces qu'il représentait et qu'on l'appela YOpéra-Comique, A Maurice Honoré succéda, de 1728 à 1732, un auteur dramatique, Florimond-Claude Boizard de Pontau. De 1732 à 1734 ce fut un joaillier de réputation suspecte, nommé Mayer Devienne, qui administra ce théâtre, en société avec le comédien Hamoche et l'ancien directeur Boizard de Pontau, auquel le privilège fut conféré de nouveau en 1734 et qui cette fois le garda neuf ans. En 1743, Jean-Louis Monnet en fut pourvu, mais pour peu de temps, car l'année suivante il fut remplacé par Charles- Simon Favart, auteur dramatique distingué, qui avait déjà fait représenter sur cette scène des pièces charmantes dont le succès avait été très-grand. Ce fut ce succès même qui perdit l'Opéra- Comique, et ce pauvre théâtre, objet de la jalousie des Comédies- Française et Italienne, fut décidément supprimé en 1743. C'est avec la plus grande difficulté que Favart obtint, pour pouvoir rempUr les engagements contractés par lui avec les artistes, la permission d'y donner quelques représentations pantomimes; encore lui défendit-on de se servir de son nom, et il fut obligé d'emprunter celui d'un danseur anglais de sa troupe, appelé

Opéra-Comique, 193

Matthews. Le local de TOpéra-Comique resté vide fut ensuite utilisé par deux troupes foraines, celle de M"' Sandham, qui exécutait des pantomimes et des danses de corde, et celle du Nouveau Spectacle pantomime, qui était administrée, pour le compte de l'Académie royale de musique, par les sieurs Bigour, Roszet et Damour. Cette dernière troupe, qui joua de 1746 à 1749, n'était en réalité pas autre chose qu'un Opéra comique; car les prétendues pantomimes qu'on y représentait renfermaient parfaitement des couplets. Ce n'est qu'en 1752, à la foire Saint-Germain, que rOpéra-Comique obtint la permission de reparaître sous son nom, avec Jean-Louis Monnet pour directeur. La première représentation eut lieu le 3 février, au milieu d'un concours prodigieux de spectateurs qui applaudirent à outrance les allusions dont était rempli le prologue, intitulé V Heureux retour, ou le Retour favorable, par Fleury, et à la suite duquel on donna une vieille pièce de Lesage, Dorneval et Autreau, les Amours de Nanterre. A la fin de l'année 1757, Monnet quitta la direction de l'Opéra- Comique et il fut remplacé, en janvier 1758, par une société formée de Favart, Moët, Corby, Champerdn et Dehesse. Mais les jours de TOpéra-Comique étaient comptés, la Comédie-Italienne avait rêvé sa suppression définitive, et pour y parvenir elle avait résolu de l'absorber en le réunissant à elle ; c'est ce qui eut lieu en 1762. On peut reconstituer le catalogue des pièces représentées sur le théâtre de l'Opéra-Comique en consultant le Théâtre de la Foire, par Lesage, Fuzelier, Dorneval, le Dictionnaire des théâtres et YHistoire de l'Opéra-Comique, par Des Boulmiers.

Uan 1729, le lundi 8 août, par-devant nous Nicolas-François Ményer, etc., font comparus les fleurs Pierre Lenoir de la Thorillière, Charles Botot-Dangeville, Alexis Quinault-Dufrefne et Pierre Duchemin, comédiens françois ordinaires du Roi, ayant charge des autres comédiens : Lefquels nous ont dit que par le privilège qu'il a plu au Roi leur accorder ils font les feuls qui

Sp. — II. 13

puiffent repréfenter des comédies françoifes, et qu'il e(l défendu à tous autres d'en repréfenter aucune, dans lequel privilège ils ont toujours été maintenus ; que pludeurs particuliers qui fréquentent les foires St-Laurent etSt-Germain, danfeurs de corde et autres qui donnent des fpectacles au public pendant le cours defditcs foires, s'étant donné la liberté de vouloir jouer des comédies, d'autres quelques fcènes, d'autres des dialogues et dits monologues, par différens arrêts défenfes trës-expreiïes leur ont été faites de fe fervir de leurs théâtres à d'autres ufages que ceux de leur profeffion qui leur font permis, à peine de 1000 livres d'amende et de démolition de leur théâtre, fans que la peine pût être réputée comminatoire, et aux dommages-intérêts des comédiens françois; que quelques-uns defdits particuliers qui fréquentent les foires ayant contrevenu auxdits arrêts, repréfenté quelques fcënes en françois, d'autres des dialogues et d'autres des monologues, par arrêt du Parlement l'amende de 1000 livres leur a été contre eux déclarée encourue, qu'ils ont été condamnés aux dommages-intérêts des comédiens, ordonné que leurs théâtres feroient démolis, avec défenfes â eux de récidiver fous plus grande peine s'il y échet, lefquels arrêts feroient affichés où befoin feroit ; que ces particuliers, ayant mis tout en ufage pour éluder l'exécution defdits arrêts fous différens prétextes, et n'ayant pu y réuffîr, ont tenté de repréfenter des pièces en mufique pour avoir occadon, fous ce prétexte, d'entremêler leurs chants de fcènes et de dialogues où ils parleroient, et pour cet effet ont tâché d'obtenir de l'Académie de mufique la permifTion de chanter : Dont le feu roi ayant été informé, par arrêt de fon confeil du 17 avril 1709, en confirmant le privilège de l'Opéra ancien, a expreffément défendu aux donataires dudit privilège d'accorder aucune permifUon de chanter des pièces de mufique entières ou autrement aux danfeurs de corde ou autres gtns publics dans la ville de Paris ; qu'au préjudice de tous ces arrêts et défenfes y portées, quelques-uns defdits particuliers prétendant avoir obtenu la permiflion de l'Académie de mufique, repréfentent actuellement des pièces entières dans la foire St-Laurent qu'ils appellent opéras comiques, entremêlés de chants et de paroles ; que la permiffion qu'ils prétendent avoir de l'Académie de mufique de chanter ne les peut pas autorifer, puifqu'il efl expreffément défendu à cette Académie de leur en accorder, et quand même elle auroit cette faculté, elle ne pourroit au plus s'étendre qu'à la liberté de chanter non pas de parler, puifque l'Académie de mufique ne l'a pas elle-même, mais les feuls comédiens françois. Et comme l'entreprife defdits particuliers efl une défobéiffance manifefle aux ordres du Roi et aux arrêts de la Cour et une contravention qui fait un tort confidérable aux comédiens françois, ils ont été confeillés de nous en porter leur plainte de laquelle ils requièrent acte, et pour conflater la contravention defdits particuliers, de requérir qu'il nous plût nous tranfporter à lafoire St-Laurent, dans le lieu où lefdits particuliers font leur repréfentation, pour être par nous drefTé procès-verbal des contraventions auxdits arrêts.

Signé ; De La Thorillière ; Botot-Dangeville ;

QUINAULT DE FrESNE ; DU ChEMIN.

opéra- Comique. 1 9 5

Sur quoi nous commiflaire fufdit avons donné acte aux deflus nommés de leur plainte et, ayant égard à leur réquifitoire. Tommes tranfporté fur les cinq heures à la foire St-Laurent, où étant, fommes entré dans une grande loge conftruite dans le préau de ladite foire, appelée TOpéra-Comique, dans laquelle eft un théâtre avec des décorations, un orchedre, un amphithéâtre, un parquet, des loges et un parterre ornés et décorés comme les théâtres de ropéra et de la Comédie-Françoife ; le théâtre, les loges, parquet, amphithéâtre et parterre remplis de nombre de perfonnes. Sur lequel théâtre nous avons vu repréfenter une pièce en trois actes qui a pour titre : Pierrot-Céladon, laquelle eft jouée par des hommes et femmes dont le principal acteur e(l Pierrot-Céladon, vêtu â la manière du Pierrot de la Comédie-Italienne et joué dans le même goût. Les actes de laquelle pièce font divifés en fcènes où les acteurs chantent chacun ce qui eft de leur rôle et où dans les entr'actes il y a des danfes. Et nous avons remarqué que prefque dans toutes les fcènes les acteurs, ceflant de chanter, continuent la fcène en parlant pendant un petit efpace de tems, principalement Pierrot-Céladon, qui e(l celui qui y joue le principal perfonnage, et celui ou celle â qui il parle lui répond pareillement en parlant, et après avoir parlé, dans chaque fcène, et déclamé plufîeurs phrafes, continuent la fuite de la fcène en chantant. Dont et de quoi nous avons dreffé procès-verbal.

{Archives dés Comm,, n» 839.)

L'an 1729, le mardi 17* jour d'août, huit heures du matin, en notre hôtel et par-devant nous Louis-Pierre Blanchard, etc., font comparus les fieurs Charles Botot-Dangcville, Pierre Duchemin et Alexis Q,uinault-Dufrelne, tous trois comédiens ordinaires du Roi, demeurant, fa voir lefdits Dangeville et Duchemin, rue des Fo(fés-St-Germain, paroilfe St-Sulpice, et ledit fleur Dufrefne, rue de Condé, fufdite paroifle, et chargés des affaires de ladite troupe : Lefquels nous ont fait plainte contre les entrepreneurs de TOpéra- Comique et dit qu'au préjudice des fentences rendues par M. le Lieutenant général de police et arrêts du Parlement confîrmatifs d'icelles par lefquels il leur efl fait défenfe de parler dans les pièces qu'ils jouent, ils parlent dans beaucoup d'endroits defdites pièces, ce qui leur fait un tort confidérable ; pourquoi ils requièrent que nous ayons â nous tranfporter â la foire St- Laurent où fe tient TOpéra-Comique, â l'effet, par nous, d'examiner les acteurs qui jouent dans la pièce intitulée : Pierrot-Céladon, et enfuite être par nous conflaté s'ils parlent par notre préfent procès- verbal.

Signé : Botot-Dangeville ; Quinault-Defresne. Sur quoi nous commiflaire, etc., fommes tranfporté le lundi 23 du préfent

mois, étant environ les 5 heures de relevée, à la foire St-Laurent ; où étant, fommes entré en un endroit nommé TOpéra-Comique et où Ton jouoit une pièce intitulée du Cor/aire de Salé et des Spectacles malades, fuivies de la Noce angloife (i), dans le premier et fécond acte de laquelle avons remarqué que la plus grande partie des acteurs qui la compofent ont parlé dans plufieurs endroits et furtout au commencement de leur rôle ou perfonnage : ce qui eft contre les arrêts confirmatifs des fentences de police et règlemens de la Cour fur ce rendus.

Dont et de tout ce que defius avons fait et dreflé le préfent procès-verbal.

Signé : Blanchard.

{Archives des Comm., n« 5$^^-)

L'an 1760, le famedi 13 feptembre, fur les fept heures du foir, nous Michel-Martin Grimperel, etc., étant à la foire St-Laurent, eft comparu pardevant aous Jofeph Faillou, brigadier du guet, lequel nous a dit qu*il a été averti que pluiîeurs perfonnes s'introduifoient fouvent au fpectacle de TOpéra- Comique fans payer; que cejourd'hui la pièce du Médecin d'amour étant au commencement, s'eft préfenté au parterre un jeune homme qui n'avoit pas payé pour entrer, ni donné de billet à cet effet ; que le fieur Ponfart, prépofé pour recevoir les billets de parterre, a demandé au jeune homme fon billet ; qu'au lieu de le donner, il a répondu qu'il étoit entré avant la première pièce ; que lui ayant demandé quelle pièce il a vue, il a répondu qu'il avoit vu le Médecin d'amour, quoique cette pièce ne fît que commencer et que l'on eût joué pour première pièce la parodie de VÈcoJfoifeii), Pourquoi lui comparant l'a fait conduire au corps de garde où, nous étant tranfporté, aurions interpellé ledit jeune homme de nous dire fes nom, fumom, âge, qualité, pays et demeure? Il nous a dit fe nommer Louis-François Lhéritier, âgé de 21 ans, fils de René-Louis Lhéritier, ancien garde de la porte, demeurant chez fon père, rue Beaubourg, cul-de-fac Berthaut. Lui ayant demandé pourquoi il eft entré au fpectacle fans payer ? A fait réponfe qu'il a payé. Lui ayant demandé pourquoi il n'a pas donné de billet ? U nous a dit qu'il en avoit donné. Et lui ayant été foutenu par Jofeph Ponfart, chargé de recevoir les billets de

(i) Le Corsaire de SalU, opéra comique en un acte et «n vaudevilles, mêlé de prose et de vers, par Lesage, Fuzelier et Dorneval ; les Spectacles malades, prologue de Lesage et Domeval ; la Noce anglaise, ballet-pantomime exécuté par les sieurs Kivellon, Roger, Renton, Boudet et par MM' Rabon.

(a) Le Médecin de l'amour, opéra comique en un acte, en vers, mêlé d'ariettes et de vaudevilles, paroles d'Anseaume et Marcouville, musique de Laruette. Cet ouvrage obtint un grand succès lors des premières représentations données à la foire Saint-Laurent en septembre 1758. — L'Écosseuse, parodie, par Poinsinet et Davesnc, de ï Écossaise, de Voltaire.

Opéra-Comique. 197

parterre, et la demoifelle époufe du fieur Labarre, qu'il n'en avoit pas donné, joint à ce que ledit Lhéritier a dit lorfqu'on lui a foutenu qu'il n'avoit pas de billet : « Eft-ce que vous vous f..... de moi? » ledit Lhéritier eft refté, ainfi que fon épée, en la garde et poffeflion dudit Faillou qui s'en eft chargé pour, en exécution de l'ordonnance du Roi concernant la police des fpecuclcs, le conduire es prifons du For-l'Ëvêque.

Signé : Lhéritier; Faillou; Ponsard.

(Arfbives Jet Comm., tv* 2671.)

Documetis relatifs à la réunion du fpeclacU de V Opéra-Comique

à la Comédie-Italienne,

(Voici ce que pensaient les Comédiens Italiens au sujet de l'Opéra-Comique avant la réunion définitive, car il y avait eu déjà des tentatives de fusion.)

« . . .La féconde caufe (des dettes immenfes dont les théâtres font accablés) provient d'un quatrième fpectacle qui eft l'Opéra-Comique, fpecucle qui ne fert qu'à détruire le bon goût et à corrompre le talent de plufieurs auteurs qui l'auroient utilement employé à d'autres théâtres, fpectacle forain qui, dans fon origine, n'avoit droit de jouer que troi^ mois par an, favoir : fix femaines pendant la foire St-Laurent et fix femaines pendant la foire St- Germain. U dure actuellement plus de fix mois et obtient chaque année de nouvelles permiffions pour prolonger fes repréfentations.

« Le projet de réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie-Italienne qui, nialheureufement, n'a pas eu d'effet, a été un nouvel aiguillon pour le public, qui s'eft porté plus que jamais à ce fpectacle. On peut le dire à la honte de la nation, tandis que la Comédie-Françoife, avec de bonnes pièces et fes meilleurs acteurs, ne faifoit pas (es frais, les cenfeurs mêmes prépofés par la police pour l'examen des pièces, ont paru être d'une indulgence plus qu'extrême pour celles qui dévoient paroftre fur le théâtre de l'Opéra- Comique, comme s'il devoit être privilégié et que les équivoques les plus fortes et qui fouvent ne deviennent que trop claires par le jeu des acteurs, puffent être entendues fans rougir dans quelque lieu que ce foit (i).

(1) u y a ici une allusion i l'approbation donnée le 16 août 1726 par Tabbé Cherrier, censeur

des théitres, à une pièce de Piron intitulée : U P , ou la Rote, et qui s'appelle depuis : let

fardint de l'hymen , ou la Rote. Malgré l'approbation du censeur, la pièce ne fut pas reprisentée alors et ce ne fut qu'en 1744 que Monnet la fit monter et jouer à l'Opéra-Comique. Au reste, voici U lettre que l'abbé Cherrier a écrite au lieutenant de police à ce sujet et dans laquelle il se montre franchement favorable à l'ouvrage : « Monfieur, la pièce intitulée : la Ro/e , pafiorale comique, reprcfente allègoriquement une jeune fille indéctfe fur le choix de plufieurs amans et qui ne fe détermine que par l'infpiration de l'Hymen : ainfi U conduite de la pièce ne mène qu'à une décence

« On ne peut rien reprocher à cet égard à aucun des autres fpectades, où les acteurs Te font une loi d'obferver la bienféance et la modedie convenables. Et û l'on vouloit juger fans partialité, on reconnoîtroit aifément qu'ils font une école de bon goût et de bonnes mœurs et que TOpéra-Comique en eft une au moins de frivolité.

« La bonne compagnie, qui ignoroit autrefois le langage trivial et groffier, e(l obligée de fe tranfporter aujourd'hui pour fuivre le torrent qui l'entraîne dans la boutique de Blaife U Savetier (i) pour voir s'il a l'efprit, le jargon et le dégoûtant de fon état , tandis que nos plus belles pièces font abandonnées.

« L'Opéra pourroit-il d'ailleurs fe faire illufion fur le tort réel que lui fait rOpéra-Comique ? Les directeurs de ce fpectacle tiendroient-ils à la petite rétribution qu'ils en retii:ent, la regarderoient-ils comme un dédommagement ? Ce feroit une erreur bien groffîëre. L'abandon prefque général de leur fpectacle, l'inutilité des efforts qu'ils ont faits jufqu*à préfent pour y ramener le public, leur prouve combien le mauvais goût a gagné fur lui. La mufique de fes plus beaux ouvrages ne le flatte plus et bien àts partifans de l'Opéra- Comique trouveroient fans doute les prétentions de Rameau outrées, s'il ofoit s'égaler à l'auteur du Maître en droit (2). La Boutique du maréchal (3) fait plus d'effet que n'en feroient le Palais d'Armide (4) et le Temple du foleil. Ses actrices, qu'on ne devroit peut-être pas honorer de ce nom, font mifes à côté des Clairon, des Amould. Toutes les têtes font renverfées, on eft dans le délire, le mal gagne et la contagion peut devenir funefte. Les étrangers, de qui nous étions les maîtres, vont devenir nos modèles, et nous touchons à la barbarie û l'on ne s'occupe très-férieufement à ramener le goût par ^le facrifîce d'un fpectacle tout à fait vide de chofes. Le projet de réunion

et une riguUrité qu'il eft difficile de critiquer. Le nom et le titre de la Ro/e ne jette aucune idée fale par lui-même : on dit tous les jours dans le commerce du beau monde, cueillir la ro/e, quand on parle d'un galant qui a faifi les premières faveurs d'une jeune perfonne ; ainfi on ne peut attaquer le titre. Il n'en eft pas de même des autres termes qui font répandus dans la pièce et qui peuvent faire naître quelques applications dangereufes ; ces termes font : Ro/e, jardin, houlette, voir le loup. Je ne crois pas qu'il faille les retrancher par rapport à la malignité dont on peut être affecté, d'autant plus que fi on retranche ces mots ou les phrafes qui contiennent ces mots, il faudra retrancher toute la pièce. Scène xii, vers la fin, j'ai retranché ces mots : • Jufqu'à la vache du compère Panier dont on parlera d Jamais en difant qu'il n'en faut pas parler >, parce que j'ai eu peur de l'application. Au refte, plus j'examine la pièce et plus je la trouve dans les bienféances du théâtre : toutes les malignes interprétations que l'on peut donner k la Ro/e, à la Houlette, ne font que des interprétations. Il faut dans les ouvrages s'attacher au fens que les paroles donnent par ellesmêmes et ne pas s'attacher à la torture et à la violence que les efprits de travers peuvent donner. »

{Dictionnaire des Théâtres, III, 1 16.)

(1) Biaise le Savetier, opéra comique en un acte, en prose, mêlé d'ariettes et de vaudevilles, tiré d'un conte de La Fontaine, paroles de Sedaine, musique de Philidor, joué le 9 mars 17^9.

(2) Le Maître en droit, pièce en deux actes, tirée d'un conte de La Fontaine, paroles de Monnier, musique de Monsigny, jouée le 13 février 1760.

(}) Le Maréchal, opéra comique en deux actes, en prose, mêlé d'ariettes et de vaudevilles, musique de Philidor, plan de l'ouvrage par Serriére, ariettes par Anseaume et Quêtant, joué le 22 août 1761.

(4) Armide, tragédie lyrique en cinq actes et un prologue, paroles de Quinault, musique de LuUy, représentée pour la première fois i l'Académie royale de musique le 15 février 1686.

opéra- Com ique. 199

de la Comédie-Italienne à TOpéra-Comique ayant lieu, on y trouverait ce fpectacle, mais épuré de tout ce qu'il a de dangereux pour refprit et pour le cœur, et les auteurs attachés à ce genre épureroient eux-mêmes leur ftyle. La Comédie-Italienne fe chargeroit des frais de cette réunion que Ton croit également avanugeufe à 1* Opéra et à la Comédie-Françoife, dans rcfpérance qu'il plaira au Roi de fupprimer le quart des pauvres, fans quoi il feroit impoflible à la Comédie-Italieime de joindre aux dettes dont elle e(l accablée, de nouveaux engagemens indifpenfables pour l'exécution d'un pareil projet. 9 En fupprimant le quart des pauvres, la Comédie-Italienne ne paiera rien à l'Opéra pour fon privilège, l'Opéra éunt fuffifamment dédommagé par cette réunion, la Comédie-Françoife jouira de la grâce en entier. On ajoute à cela que cette réunion produiroit un autre avantage qui feul pourroit déterminer : ce feroit d'offrir quelquefois aux regards du Roi et de la cour, ces fortes de fpectacles bien épurés, ce qui fe feroit fans embarras et fans dépenfes extraordinaires j>

{Rfg, du Ministère de U Maison in Roi, O', 851.)

Mémoire aux premiers gentilshommes de la Chambre par Us Comédiens Italiens,

avant leur réunion à TOpéra^Comique,

Le tort que l' Opéra-Comique fait auffi bien à l'Académie royale de mufîque qu'aux fpectacles françois et italiens, s'ed accru au point qu'au premier foupçon de la réunion que l'on propofe, ils ont été tous trois prefque déferts. On peut dire, fans crainte d'être démenti, qu'en donnant leurs plus belles pièces par les meilleurs acteurs, ils ne retlroient pas tous leurs frais, tandis que, à cet autre fpectacle, on étouffoit dans la foule àts fpectateurs trois heures avant le commencement des pièces et que ce délire, ce goût de frivolités et d'équivoques a gagné jufqu'aux auteurs. Qu'on compulfe les regilbres de caiffe des trois fpectacles qui fouffrent et tirent à leur fin, on en trouvera la recette diminuée confidérablement depuis le rétabliffement de rOpéra-Comique, malgré les dépenfes immenfes que les acteurs ont faites pour en empêcher la chute. Qii'on compare en même tems les pièces données avant le rétabliffement de ce quatrième fpectacle par les auteurs aux trois autres fpectacles, avec les tragédies et comédies qu'ils ont préfentées après ce nouvel établilfement, la différence fera énorme par rapport au nombre et au mérite des unes et des autres et pour le moins aufli confîdérable à l'Opéra qu'aux Comédies-Françoife et Italienne. C'eft pourquoi on croit pouvoir fe flatter que les directeurs de l'Académie royale de mufique ne s'oppoferont pas, pour l'appât d'une indemnité qu'ils ont perdue au centuple, aux difpo-

fitions des perfonnes en place qui n*ont en vue que le bien des anciens fpectacles et de la nation en propofant la réunion de TOpéra-Comique à la Comédie-Italienne où les pièces feroient jouées avec la décence convenable dont Tes acteurs ne fe font jamais écartés.

Celte réunion généralement défirée par les bons patriotes devant produire un avantage réel à TOpéra et à la Comédie-Françoife et étant le feul moyen qui« avec la fupprenion du quart des pauvres, peut indemnifer la troupe italienne des frais qu'elle lui occafîonnera et la mettre en état de payer fes dettes, elle cfpère que Meflieurs les premiers gentilshommes de la Chambre du Roi approuveront fa demande d'autant plus volontiers qu'ils pourront faire offrir de tems en tems aux regards de Sa Majedé et de toute la Cour, fans dépenfes extraordinaires, l'opéra comique bien épuré

(Reg. du Ministère de la Maison du Roi, O', 8$i.)

Mémoire pour la réunion de VOpéra-Comique,

Pour parvenir à la réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie-Italienne, il faut lo rembourfer le fieur Corbi et fes alTociés dts fonds qu'ils ont faits tant pour la conftruction de la falle que pour les fonds des magafms et décorations dont il faut leur demander l'inventaire; c'ed un objet de 54,000 1. Moyeimant cette fomme, la Comédie-Italienne acquerra la condruction de la foire St-Laurent qu'il fera important de détruire afin d'empêcher que d'autres fpectacles ne puiffent s'y établir. On peut trouver à vendre les démolitions de cette falle aind que les décorations et fonds de magafm qui feroient inutiles à la Comédie-Italienne. 2* Il faut affurer la penfion viagère du fieur Monnet, dont les directeurs actuels font chargés. 3® Le fieur Corbi, en dédommagement de la ceflîon de fon privilège, demande une penfion viagère de 8,000 livres dont moitié réverfible fur la tête de fa femme.

On ne parle point de ce qui doit être donné à l'Opéra, qui retire actuellement 20,000 livres de fon privilège, car l'on fuppofe toujours que le dédommagement du quart des pauvres aura lieu, qu'ainfi l'Opéra n'aura plus rien à prétendre, autrement il ne faudroit pas fonger à la réunion : la Comédie- Italienne feroit dans l'impcffibilité de s'en charger puifqu'il eft démontré qu'il faudroit qu'elle fît 80,000 livres de recettes de plus qu'elle ne fait ordinairement pour que (ts acteurs eufTent le même état dont ils jouiffent à préfent.

La réunion ayant donc lieu, l'on penfe qu'il conviendroit d'augmenter les parts de la Comédie-Italienne et de les porter à 20. Ces cinq parts d'augmentation ferviroient i* au traitement qui feroit fait au fieur Corbi. 2® Aux fujets que Ton jugeroit à propos de recevoir ou de mettre aux appointemens.

Opéra-Comique. 201

Moyennant ces cinq parts on compléteroit auffi la comédie pour le genre italien, car on a befoin de fujets. D'abord le produit feroit mis en féqueftre pour acquitter les 54,000 1. qu'il faut pour rembourser le fieur Corbi et fes afTociés et même ces parts d'augmentation pourroient faciliter l'emprunt defdits 54,000 1.

Comme l'on doit s'attendre à beaucoup de cabales tant de la part, non des amateurs de l'Opéra-Comique, mais bien du lieu où il fe donne, qu'il y en aura aufll beaucoup même de la part des acteurs de l'ancien Opéra- Comique, l'on penfe qu'il conviendroit de lailfer défirer pendant quelque tems au public les pièces qu'il eft accoutumé de voir à l'Opéra-Comique : pendant ce tems il oubliera les acteurs qui, eux-mêmes, prendront parti dans la province. L'on croit donc qu'il conviendroit d'être trois ou quatre mois, au moins, fans que l'on parlât des anciens opéras comiques à la Comédie- Italienne et que l'on les réfervàt pour l'été qui e(l une faifon morte. Moyennant cet arrangement, les comédiens italiens auront le tems d'apprendre les pièces pour les donner d'une manière fatisfaifante au public, car il faudra prendre garde de ne leur laifTer donner aucune pièce qu'elle ne fôit fi bien concertée que l'on n'ait rien à regretter dans les anciennes repréfentations; cela mérite la plus grande attention.

Il n'eft pas douteux que les acteurs de l'Opéra-Comique n'emploient toutes les plus grandes protections pour entrer à la Comédie-Italienne, on croit qu'on ne fauroit fe tenir trop en garde contre. La Comédie-Italienne a tous les fujets néceiïaires pour donner avec agrément les opéras comiques : ceux que l'on pourroit ajouter ne ferviroient qu'à faire naître des troubles et des divifions et à charger la troupe mal à propos. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à comparer chaque acteur en particulier d'un fpectaclc à un autre du même genre dans l'autre.

(Reg, in Ministirt i* la Maison dm Roi, 0\ 8$!.)

Dicifion de Meffieurs les premiers gentilshommes de la Chambre.

Il a été convenu que les fieurs Laruette, Audinot et Clairval et les demoifelles Defchamps et NeiflTel feroient admis dès ce moment dans la troupe des comédiens ordinaires du Roi et que, jufque à Pâques, ils jouiroient des appointemens portés par leurs engagemens de l'Opéra-Comique. Ils affilieront aux aiïemblées avec voix délibérative et auront droit de jeton fuivant l'ufage. Ils ouvriront le théâtre à la Comédie-Italienne mercredi prochain, 3 février, par On ne s'avife jamais de tant (i) et Blaife le Savetier (2). La

(i) Opéra comique en un acte, en prose, paroles de Sedaine, musique de Monsigny. fi) Opéra comique en un acte, en prose, paroles de Sedaine, musique de Philidor.

3Q2 Les spectacles de la Foire.

rèonioo de FOpéni-Comiqae à la Comédie-Italienne n'ajoutera aucune entrée à celles qui exigent actuellement à la Comédie et dorénavant les auteurs des opéris comiques, tant de la muflque que des paroles, n'auront droit de donner qu'un billet chacun par repréfentation de leurs pièces. Arrêté ce 29 janvier 1762.

(R»g» de la Maison du Roi, O', 8$i.)

Arrêté le 19 janvier 1762.

Fonds à rembourfer :

M. deChamperon, \ / 14,000 fr.

M. Corbi, I I 10,000

M. Mouette, > alTociés pour TOpéra-Comique . . / 9,000

M, Favart, i ] 7,000

M. Deheffe, / ( 14,000

Total 54,000

Il fera donné jufqu'à Pâques pour appointemens :

A la demoifelle Neiffel 1,500

A la demoifelle Defchamps i>500

Au (leur Laruette 1,350

Au fieur Audinot 1,200

Au fieur Clairval et à fa femme pour danfer i)700

Il fera rembourfé à M. Corbi les avances qiCil en aura faites fur le mémoire qu*il en fournira.

La fâlle de la foire St-Laurent fera détruite inceffamment. On tâchera de fe défaire des matériaux le plus avantageufement qu'il fera pofTible.

{Reg. du Ministère de la Maison du Roi, O*, 851.)

OPLOO (M"'), actrice de la Grande Troupe étrangère, dirigée par Restier et la veuve Lavigne, pendant les foires Saînt-Germain de 1740 et 1741. Elle joua à ce spectacle les rôles de Colomhine dans les pièces suivantes , toutes composées par Mainbray> de Londres : les Dupes, ou Rien n'est difficile en amour, pantomime (3 février 1740); la Fête anglaise, ou le Triomphe de tHymen (14 mars 1740), et Arlequin et Colombine captifs, ou tHtur^ux Désespoir, divertissement (3 février 1741).

(Dictionnaire des Théâtres, I, 2}0 ; II, 3$'a, $42.)

optique. 203

OPTIQUE. On voyait à la foire Saint-Germain de 1750 un optique que son propriétaire annonçait au public ainsi qu'il suit : « Il eft arrivé de Londres une pièce d'optique, la plus curieufe et la plus furprenante que l'on puifle voir en ce genre, exécutée fur les mémoires du célèbre M. Newton, philofophe, mathématicien anglois. Cette pièce, qui a été vue du Roi avec fatisfaction, repréfente fidèlement dans toute l'étendue de la réalité des vues et perfpectives de ports de mer, maifons royales, jardins, les châteaux de Fontainebleau, Trianon, Choify, Chantilly, Sceaux, l'entrée du port de Marfeille avec le grand Cours, la vue de l'ile de Malte avec l'entrée du grand port, l'Églife Saint- Pierre de Rome, une vue d'Angleterre, les châteaux de Antoncourt (sic), Kinfington la Montagne, la maifon de milord Cobfen, le pont de Weftminfter fur la Tamife, à Londres, et enfin un vaifleau en feu. »

{Affichés de Paris, i7$o.)

ADEVANT, directeur d'une ménagerie, faisait voir, à la foire Saint-Germain de 1777, des animaux vivants très-singuliers.

PAGHETTI (Pierre), excellent acteur forain, né à Brescia, fiit d'abord comédien dans différentes troupes de province, vint à Paris vers 1710, entra dans la troupe de Dominique, qui jouait sous les noms de Rauly et de la dame Baron, chez Levesque de Bellegarde et De^uerrois i la foire Saint-Germain de 1710. En 1712, il était engagé au jeu d'Octave et remplissait les rôles de docteurs; à la foire Saint Laurent de 1714, il était acteur chez Saint-Edme, En 1720, il débuta à la Comédie-Italienne avec succès, et mourut au mois de novembre 1732.

{MMtitti Ht !•• SfiiUcUi i, U FtiH, I, M). — DùUnnain du nUiru. IV, Ji.)

Voy. Octave ; Rauly ; Saint-Edme.

PALAIS MAGIQUE. Spectacle que l'on voyait à la foire Saint-Laurent de 1747 et à la foire Saint-Germain de 1748. Il

2o6 Les Spectacles de la Foire.

était annoncé en ces termes : « Par permifGon du Roi et de M. le Lieutenant général de police, au Coq qui chante, à la foire Saint- Laurent, rue Princeffe, cabinet curieux et divertiflant, digne de l'admiration du public. On y voit à tout inftant, depuis trois heures de l'après-midi jufqu'à neuf heures du foir, un Palais magique, où il fe paffe des efiets extraordinaires qui ont fait le divertiflement de la famille royale et des feigneurs et dames de la Cour, tant par les différentes manœuvres des efprits invifibles qui travaillent continuellement dans ce palais, que les fortunes ou infortunes qu'ils préfentent aux humains qui les confultent. L'on démontre aufli plufieurs autres pièces de phyfique et méca;iique fort amufantes, à la portée de tout le monde. Enfin l'on fait voir plufieurs beaux phénomènes d'électricité avec la nouvelle danfe des pantins et la courfe des vaifleaux électriques. L'auteur démontrera la mécanique de toutes les pièces après la repréfentation, et l'on fera voir ces efprits invifibles qui fatisferont entièrement tous les connoiflTeurs. On y repréfente extraordinairement en avertiflfant la veille. » L'année suivante, on voyait dans ce Palais magique « d'heure en heure , depuis une heure de l'aprèsmidi jufqu'à dix heures du foir, un Mercure galant, automate plaifant dont les effets mécaniques, portés à un degré qu'on avoit cru jufqu'ici impofïible, fe dirigent fuivant le vouloir d'un chacun, répondant aux queflions qu'on lui fait en négative ou aflSrmative. Son talent va jufqu'à favoir les penfées et deviner ce qu'on a fait. Abrégeons ! Il eft l'incomparable pour récréer une compagnie. Deflous l'amphithéâtre de cet automate, il fe voit fix falles par la même porte ; chacune de ces falles contient autant d'étendue que le corps où elles font toutes, opération d'autant plus belle que vous voyez celle de ces falles que vous défirez, après avoir eu la réponfe de Tefprit à qui vous avez demandé de vous les faire venir. Il fuffit de frapper à la même porte, le fuisse tire le cordon et vous voyez. Dans ce corps de bâtiment fe voit une perfpective en forêt de M. Servandoni, point d'optique et catoptrique trèsbeau Le curieux efl averti qu'il pourra mettre des cartons

Palatin. — Panthéon. 207

entre les pîeds des tables et le plancher pour s'aflurer de la vraie mécanique. »

(Affiches de Paris, 1747 et 1748.)

PALATIN, prestidigitateur, faisait des tours de magie blanche à la foire Saint-Germain de 1777, et exhibait aussi une jeune personne.

(Journal de Paris, 3 fitrier 1777.)

PANIER (M™**), actrice des Variétés- Amusantes en 1782. Le Chroniqueur désœuvré fait d'elle un portrait peu flatteur : « Que vous dirai-je de cette petite créature qui eft à peine haute de trois pieds et demi.^ Vous parlerai-je de fes talens? Elle n'en a jamais eu et n'en aura jamais. De fes mœurs? Eh bien! elle reflemble aux autres ou du moins à la plupart, faifant valoir fes

appas du mieux qu'elle peut Orgueilleufe, acariâtre, mauvaife

camarade, on eft chaque jour étonné de voir loger tant d'imperfections dans un auffi petit individu. »

(Le Chroniqueur désœuvré, II, 43.)

PANTHÉON. En 1785, au moment où le Palais-Royal devint le rendez-vous de la mode , le Wauxhall d'hiver de la foire Saint-Germain crut devoir se rapprocher du centre des plaisirs en s'établissant rue Saint-Thomas-du-Louvre. Il prit alors le nom de Panthéon. Comme au Wauxhall d'hiver, les distractions que le Panthéon offrait au public consistaient en bals et concerts. Il y avait deux rangs de loges et trois sortes de places, le parterre à 40 sols, les premières loges à 6 livres et les secondes à 3 livres. On y vit aussi en 1787 un singulier feu d'artifice, donné par un nommé Diller, et qui obtint un grand succès. Les Mémoires

2o8 Les Spectacles de la Foire.

secrets donnent à ce propos les détails suivants: «27 juin 1787. Le fleur Diller, démonftrateur de phyflque à La Haie, a donné lundi dernier, 25 de ce mois, au Panthéon, le fpectacle tout à fait neuf d'un feu d'artifice à air inflammable , fans fumée , fans odeur, et qui efiace l'éclat des feux d'artifice connus.

« L'^Académie des fciences avoit été invitée à ce nouveau genre d'expérience, et cette compagnie, quoique bien familiarifée avec les phénomènes de la phyflque et de la chimie, a flngulièrement applaudi au talent de l'artifte, à l'élégance de fes machines, et à la perfection de fes moyens.

« Les perfonnes qui aiment le bruit accompagnant un feu d'artifice, ont trouvé celui-ci un peu filencieux; mais aulïï n'offret-il aucun des inconvéniens des autres : d'ailleurs, on peut y joindre des fufées volantes, des bombes, des pétards comme acceflToires. »

(Mémoires secreU, XXX, lia, lao. — XXXV, i%i.)

Voy. Vauxhall.

PARENNE, acteur du spectacle des Grands-Danseurs du Roi en 1781, jouait à ce théâtre le rôle de Biaise dans Vile des Oiseleurs, pièce pantomime ornée de danses, représentée au mois d'avril de cette même année.

(Journal dt Paris, avril 1781.)

PARENT, acteur de l'Opéra-Comique, était attaché à ce théâtre à la foire Saint-Laurent de 1743, et remplissait le rôle de Fut-Fat dans Y Astrologue de village, parodie en un acte, de Favart, représentée le 5 octobre de cette année. Parent faisait encore partie de la troupe de l'Opéra-Comique lors de la réunion de ce spectacle à la Comédie-Italienne (1762).

(Dictionnaire des Théâtres, I, 320. — Histoire de l'Opéra-Comique, II, $$$.)

Paris. — Parisau, 209

PARIS (Alexandre), entrepreneur de spectacles à la foire Saint-Ovide en 1774.

(^Archives des Comm., n'* 1508.)

L'an 1774, le dimanche 14 août, cinq heures du foir, ayant été requis, nous fommes tranfporté à la foire St-Ovide, dans le fpectacle du fieur Paris, étant dans l'avenue de la foire du côté du quai; où étant avons remarqué que Tamphithéâtre dudit fpectacle étoit écroulé par le défaut de conftruction de la part du nommé Bernard, maître mcnuifier, qui a fait la bâtiiïe, d'avoir mis des fupports fuivant la demande qui lui en avoit été faite par ledit Paris de l'avis du fieur Égreiïet, par qui la vifite de ladite falle a été faite le onze de ce mois.

En conféquence, étant entré dans ledit fpectacle nous avons trouvé l'amphithéâtre tombé et plufieurs perfonnes bleffées, lefquelles nous avons fait conduire en la chambre fyndicale de ladite foire où nous nous fommes tranfporté. Où étant eil comparu Charles-Antoine-Louis Thomas, âgé de 23 ans, natif de Nogent-le-Roi, près Langres, ci-devant clerc de M« Joblin, ancien procureur au Parlement, de préfent fans étude, logé à Paris rue des Cinq- Diamans, en chambre garnie, dans l'hôtel de la Croix-de-Malte, lequel a eu les deux jambes écorchées, fa culotte déchirée, plus déclare avoir perdu un écu de trois livres qui étoit dans le gouffet de fa culotte ; Michel Liger, âgé de 24 ans, garçon marchand de vins, rue de l'Arbre-Sec, à Tenfeigne des Bons-Enfans, chez le fieur Beau, a eu la jambe droite écorchée en deux endroits ; Robert Colantier, âgé de 17 ans, domeflique au fervice de madame la comtefTe de Duras, demeurant chez ladite dame, rue du Faubourg-St-Honoré, a eu la jambe gauche écorchée ; Jacques-Roland Maugeni, âgé de 16 ans, natif de Paris, domeflique au fervice de madame la comtefTe de Bournelle, demeurant chez ladite dame, rue Montmartre, près celle de Notre-Dame-des- Victoires, a eu une contufion au-deffous de l'œil gauche ; Anne Bafanton, âgée de 55 ans, femme de Roland Maugeni, cocher de ladite dame de Bournelle, elle portière de ladite dame, a eu la jambe un peu écorchée.

De quoi les fufnommés ont requis acte.

Signé: Sirebeau.

Voy, Lamy.

{Archives des Comm.» n" 4668.)

PARISAU (Pierre-Germain) , auteur dramatique, entrepreneur de spectacles et acteur du boulevard, né à Paris le 13 août 1752, succéda à Abraham et à Tessier, comme directeur du spectacle des Élèves de TOpéra, et joua lui-même à ce théâtre. Sp. — n. 14

En 1779, il fit représenter, à propos de la prise de Grenade, une pièce de sa composition, intitulée : Vent, vidi, vici, et dans laquelle il remplissait le rôle du héros, le comte d'Estaing. Ce dernier, alors malade, n'assista pas à la représentation, et Parisau, qui s'était rendu chez lui pour lui présenter ses hommages, n'ayant pu le voir, lui laissa en guise de carte de visite les vers qui suivent :

Foin de votre portier mauffade !

Brave d'Eftaing ; je crois qu'il faut Dans votre hôtel entrer d'aflaut, Ainfî que vous à la Grenade.

Je fuis jaloux de voir vos traits, J'accours en hâte, et l'on me chaffe. Les Anglois vous ont vu de près, Accordez-moi la même grâce.

C'eil moi qui tous les jours du mois.

Auteur, acteur tout à la fois.

Aux yeux des dames amufées Mets la Grenade fous mes loix Avec du guet et des fufées.

Nous recueillons pareillement Un très-jufte tribut d'éloges ; Nous avons l'applaudifTement Vous de l'Europe et moi des loges.

Ainfl donc daignez recevoir Mon foible, mais fmcère hommage ; Daignez confentir à me voir, Car enfin je voudrois favoir Comment j'ai faifi votre image.

Si l'on attaque mon maintien Et le langage de mon zèle, Votre copifte eft infidèle ; C'eft ma faute, car je fais bien Que rien ne manque à mon modèle.

Malgré le succès obtenu par cette pièce, à laquelle assista un soir le fameux Paul Jones, Parisau, qui menait une vie désordonnée, fut bientôt assailli par une nuée de créanciers, et forcé de renoncer à la direction du spectacle des Élèves de l'Opéra. Le Chroniqueur disœuvré a donné à ce propos quelques détails intéressants

Parisau. 211

que nous reproduirons ici : « Au fortir du Café turc, je m'arrêtai un jour devant la falle des Élèves de TOpéra. J'examinois ce bâtiment quand je fus accofté par un homme aflez médiocrement couvert, qui lia converfation avec moi en me difant : « Eh bien, monfieur, n'eft-ce pas dommage qu'un fi joli théâtre refte ainfi abandonné?... —Oui », lui répondis-je, pour entrer dans fes vues et voir ce qu'il avoit dans l'âme; « monfieur apparemment y étoit attaché.^ — Oui, monfieur», répondit mon homme qui ne demandoit qu'à babiller, « j'étois receveur de billets, et mon fils danfeur. » Je lui demandai fon nom ; il m'apprit qu'il fe nommoit Guérot. «Eh bien, monfieur», ajoutai-je «pourquoi ce fpectacle a-t-il été interrompu? — Ah! monfieur, pourquoi? La mauvaife

conduite du directeur Si nous n'avions point eu ce libertin

Parifau, ce théâtre fubfifteroit encore; mais ce gueux-là (ce font fes propres ternies) a tout mangé. Les premiers directeurs étoient Abraham, danfeur à l'Opéra, Teflier, ancien acteur de province, qui avoient obtenu le privilège. L'un devoit compofer les ballets, l'autre faire répéter les pièces, et un troifième nommé Lebœuf, aufli cabotin de province, étoit chargé de monter les pantomimes. C'eft de lui ce fouillis qu'il appeloit la Jirufalem délivrée, fur laquelle Técervelé de Pleinchefne a donné chez Audinot une plate parodie intitulée : la Montagne qui enfante unejouris. Ce fpectacle fe foutint pendant quelques mois, que les recettes étoient bonnes ; mais le public, las de toujours voir la même chofe, et eux n'ayant pas le moyen de donner du nouveau, ils ont bientôt vu leur falle déferte.

Il falloit pourtant payer leurs fujets, ou ils alloient fe retirer. Que faire? Parifau, intrigant, n'avoit pas un fou; mais, en revanche, il défiroit beaucoup être directeur. Comme il falloit à Teflier et Abraham quelqu'un qui leur fournît des fonds, il fit tant et tant, que par fon langage infinuant plufieurs perfonnes lui délièrent leurs bourfes. Il y puifa fix mille francs, avec lefquels il entra aux Élèves en qualité d'un des directeurs. Abraham lui cédant fon droit, moyennant une rente de cent louis, voilà

notre remuant Parifau directeur. Il change toute la face de ce fpectacle; il renvoie les uns, diminue les autres, veut jouer la comédie et ne la jouer que lui feul. Sa devife étoit : Audite hoc, omnes gentes. Il accepte des pièces de différens auteurs qu'il donne fous foH nom.

Enfin le voilà chef des Elèves de l'Opéra, et ce fpectacle le trouve dans un dépériffement où on ne l'a jamais vu. Mais Parifau, au lieu de donner de tems en tems aux créanciers et au peu d'acteurs qui lui reftoient, devient amoureux de la petite Bernard, danfeufe de ce théâtre, et dépenfe avec elle le produit des recettes qu'il fait chaque jour. Bientôt il doit de toute part, les affignations Tafliégent; il fe voit réduit vingt fois à fe dérober aux griffes des archers en s'évadant par une porte de derrière, une autre fois par une fenêtre en fe fauvant fur les toits. Quelques âmes charitables, s'imaginant bonnement que ce n'étoit pas la mauvaife conduite de Parifau qui le réduifoit à cette extrémité, lui offrirent encore leurs bourfes, ne voyant en lui qu'un homme malheureux de s'être chargé d'une telle entreprife : mais comme notre Parifau fe moquoît d'eux quand, rentré chez la petite Bernard, il comptoit l'or qu'on venoît de lui donner pour fes créanciers en en donnant la moitié à fa concubine et gardant l'autre pour des parties de plaifir!

Tant va la cruche à Veau, qu'enfin elle fe cajfe, a dit Sancho. Il falloit que tant de friponneries priffent fin; auflî cela ne manqua-t-il pas. Le magiftrat, étourdi et rebuté par tous les mémoires donnés contre Parifau, tant des fujets que des fourniffeurs qui ne recevoient pas un fol, il interdit ce fpectacle qui, pour le bonheur de vingt créatures, auroit dû l'être un an plus tôt. » Le théâtre des Élèves pour la danfe de l'Opéra ferma en septembre 1780, et le directeur, qui avait un instant songé à débuter à la Comédie-Italienne, s'estima très-heureux d'entrer en qualité de répétiteur au spectacle de l' Ambigu-Comique. C'est pendant qu'il remplissait ces modestes fonctions que Parisau a composé pour ce théâtre et pour celui des Grands-Danseurs du Roi plu-

Parvillé. — Paul. 213

sieurs petites pièces qui furent bien accueillies du public (i). U a aussi écrit quelques ouvrages pour la Comédie-Française et la Comédie-Italienne. En 1785, lors du procès soutenu par Audinot contre Gaillard et Dorfeuille, qu'un arrêt du Conseil d'État avait substitués à l'administration de l' Ambigu-Comique, Parisau crut devoir prendre parti pour les nouveaux administrateurs du théâtre ; mais ces derniers n'ayant pas tardé à signer un arrangement amiable avec Audinot, celui-ci, en rentrant dans l'exercice de ses droits, se hâta de congédier son répétiteur, et il expulsa l'ingrat Parisau. Il se fit alors journaliste, et lors de la Révolution, il défendit avec ardeur le parti monarchique. Arrêté et emprisonné au Luxembourg, il tut traduit au tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté le 21 messidor an II.

{Arcbivtt nationales, W, 411, n° 945. — Lt Chroniquenr désœuvré, I, ao. — Mémoires secrets, XIV, 969. — Galerie historique de la troupe de Nieolet, fax de lUnne et Ménétrier, 107.)

Voy. Bonnet (M"*). Élèves de l'Opéra (Specucle des).

PARVILLÉ, danseur du spectacle des Grands-Danseurs du Roi en 1 774.

(Almanach forain, 177s.)

AUL (Gabrielle), née en 1744, actrice du spectacle de Nicolet en 1768.

L'an 1768, le famedi 26 octobre, une heure de relevée, eft comparu en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., fieur Nicolas-Jacques Couturier, officier de la garde de Paris et ayant l'infpection des jeux du boulevard : Lequel nous a dit qu'au moyen d'une lettre anonyme qui lui a été remife par la demoifelle Paul, actrice dans le jeu de Nicolet, maître de fpectacle

(i) Citons entre autres, à l'Ambigu : le Repentir de Figaro, comédie en prose ; Luey, on la Fille soldat, pantomime, etc. Aux Grands- Danseurs du Roi : Sophie de Brabant, pantomime en trois «ctes ; la Dind€ du àians, comidie ; les Deux font la paire, on les Bottes de foin, comédie en prose etc., etc.

fur le boulevard, contenant diffamations contre elle mifes en chanfon et qui lui avoit été remife par un particulier de fa connoifTance à Tadrefle duquel elle eft, ayant fu que c'étoit le nommé Angelot qui avoit fait cette chanfon, lui comparant, pour maintenir le bon ordre, vu que ledit Angelot eft acteur dans un autre jeu du boulevard, l'a arrêté et conduit par-devant nous où eft auffi venue ladite Paul, le tout pour les entendre et ordonner ce qu'il appartiendra. Nous ayant à Tinftant remis la lettre en chanfon en queftion.

Signé : Couturier.

Eft aulll comparue Gabrielle Paul, fille âgée de 24 ans, actrice chez Nîcolet, maître de fpectacle fur le boulevard, demeurant rue Saintonge, paroifTe St-Nicolas-des-Champs : Laquelle nous a dit et déclaré que mercredi dernier il lui a été remis par un particulier de fa connoiflance, nommé Boucharlat, graveur, travaillant chez un maître graveur nommé Dorival, place Dauphine, une lettre à Tadrefle dudit fieur Dorival, contenant une chanfon infamante contre elle relativement au rôle de la Bourboimoife qu'elle a accepté de jouer dans le jeu dudit Nicolet (i) et qu'elle a apprife avoir été faite et formée tant par ledit Angelot que par autres et envoyée à l'adrefife dudit fieur Dorival pour qu'il la remit audit Boucharlat pour la perdre de réputation avec lui. Que cette lettre contenant des infamies contre elle débitées mal à propos a été remife par elle audit fieur Couturier en lui indiquant que c'étoit le fieur Angelot qui l' avoit faite et formée avec d'autres particuliers aufH mal intentionnés que lui. Pour quoi elle nous requiert d'agir ainfi qu'il appartiendra.

Signé : Paul.

Enfuite de quoi nous avons fait comparoHre par-devant nous ledit particulier arrêté, lequel, fur les interpellations par nous à lui faites, nous a ditfe nommer Jean-d'Amiens Angelot dit Bourguignon, acteur dans l'ancien jeu de la demoifelle Gaffèrent, fur le boulevard, qu'il tient lui troifième après l'abfence de ladite demoifelle Gaffèrent, demeurant fur le boulevard du Temple, maifon du fieur Dormis. Nous a ajouté que dans les premiers jours de cette femaine, étant dans la chambre du nommé Leclerc, ci-devant acteur chez le fieur Nicolet, fon voifm, ledit Leclerc le pria de vouloir bien écrire une chanfon qu'il avoit par couplets féparés et de l'adreffer au fieur Dorival, parce qu'il ne vouloit pas que fon écriture parût. Qu'il a tranfcrit cette chanfon, quoiqu'il vît qu'elle injurioit une actrice de chez ledit Nicolet, en y ajoutant même par lui comparant quelques couplets qu'il a faits ; et, après en avoir écrit l'adreffe auffi de fa main, il l'a laiffée audit Leclerc qui l'a apparemment mife à la petite pofte. Et fur la repréfentation qui lui a été par

(i) La Bourbonnaise, farce-comédie, de Robineau de Beaunoir, représentée en 1768, avec un grand succès, sur le théAtrc de Jean-Baptiste Kicolet.

Paulin. — Paulini. 215

nous faite de la lettre qui vient de nous être retnife par ledit fieur Couturier, il Ta reconnue pour être la même qu'il a écrite à la prière dudit Leclerc, contenant chanfon de différens couplets dont plutieurs ont été par lui fabriqués (i), etc.

Signé : Angelot.

Sur quoi nous commiffaire, etc., avons ordonné que ledit Angelot fera conduit es prifons du For-PÉvêque pour y être écroué de notre ordonnance par le premier officier du guet requis, et de l'exécution de notre ordonnance nous avons chargé Jean Picot, fergent de la garde de Paris de pode aux Enfans-Rouges.

Signé : Maillot ; Picot.

Et le dimanche 13 novembre, audit an 1768, du matin, efl comparue en l'hôtel et par-devant nous commiffaire fufdit ladite Gabrielle Paul, dénommée et qualifiée au procès-verbal de l'autre part : Laquelle nous a dit qu'elle fe défiile purement et fimplement de la plainte par elle à nous rendue contre ledit Angelot dit Bourguignon, le 29 octobre dernier. Confentant qu'elle foit et demeure nulle, comme non faite, et que ledit Angelot foit mis hors des prifons du For-l'Évêque où il a été conditué prifonnier, etc. Dont et de quoi nous requiert acte.

Signé : G. Paule.

(Arcbivtt des Comm,, n© 377S')

PAULIN (M"'), actrice des Élèves de l'Opéra en 1780, jouait le rôle de Galathie dans Y Anti-Pygmalion, ou V Amour Promélhée, scène lyrique 4e Poultier-Delmotte, représentée le 9 juin de cette même année.

{Journal de Paris^ 9 juin 1780.)

PAULINI, physicien italien, donnait des représentations à la foire Saint-Germain en 1747. Il faisait principalement des expériences sur l'électricité.

{Arches dt Paris, 1747.)

(i) La chanson est jointe «u procès-verbal. Elle se compose de vingt couplets trop plats pour ftre reproduits ici ; qu'il suffise de savoir que les moeurs de la plaignante y sont fortement incriminées.

2i6 Les Spectacles de la Foire.

PAULMIER, prestidigitateur et physicien, ouvrit son spectacle de physique et de tours d'adresse, depuis le 12 avril 1789 jusqu'à la Quasimodo, au théâtre des Bleuettes-Comiques, boulevard du Temple, vis-à-vis la rue Saintonge.

(Journal it Paris, il avril 1789.)

PAYSAN DE NORT-HOLLAND (le pAMEUTp, physicien et prestidigitateur, avait un spectacle aux foires en 1746 et 1747. Le détail des amusements qu'il offrait au public est consigné dans une annonce rédigée par lui, et qui est digne ^e figurer ^ ici : « Par permiffion du Roi et de M. le L;eutenaat général d^ police, le public eft averti qu'il eft arrivéTen cette vîuè le Fameux'. ' Payfan de Nort-HoUande, qui a eu l'honneur l'année paffée de mériter les applaudiffemens du public par fes premières expériences d'électricité ; mais comme il en invente tous les ans de nouvelles, et que le nombre en eft fi grand, qu'il feroit impoflible de les inférer dans cet imprimé, il fe contentera de n'y mettre que quelques articles qui fuivent : 1° Il y a un pot de fleur philofophe dans lequel il fait naître, fur la table où il eft expofé, des arbres qui croiflent en préfence de l'aflemblée, fleuriflTent, enfuite les fleurs tombent et le fruit paroît dans fa maturité, de façon qu'on le préfente au public pour en manger; 2° il fait des expériences de phyfique avec des animaux vivans, et pareillement avec du feu, de l'eau et plufieurs liqueurs, avec des oifeaux étrangers, et fait des changemens particuliers avec toutes fortes de métaux, des œufs et du lait; 3° il donne quelque chofe à quelqu'un de la compagnie, qui le fait changer en tel animal que l'on fouhaite, à deux ou quatre pieds; 4° il pile un oifeau dans un mortier et le fait revivre quand on lui ordonne; 5° on met une bague dans un gobelet avec lequel il fait des exercices trèscurieux; 6** il a un oifeau indien vivant qui, par fon ordre, fait des exercices très-curieux; 7° il a une figure indienne qui fait ce qu'un homme vivant peut faire. Il efpère enfin mériter l'honneur

Paysan de Nort^Holland. 217

de vos applaudiflemens. C'eft à la foire Sairit-Germain, dans la loge qui eft vis-à-vis le grand jeu du fieur Reftier. On prendra 24 fols au théâtre, 12 fols aux loges et 6 fols aux galeries. Ceux qui voudront retenir des places, s'adrefleront à l'hôtel de la Ga- T^ette, rue du Four, faubourg Saint-Germain. On commencera à toute heure de l'après-midi. » Deux ans plus tard, à la foire Saint- Germain de 175 1, on voit reparaître le Fameux Paysan de Nort- Holland, avec un programme plus varié encore que celui qu'on vient de lire, et qu'il est intéressant de reproduire en entier : a On avertit le public que le Payfan de la Nort-HoUande, fameux par fa fcience extraordinaire, eft arrivé à Paris. Il fera voir à la foire Saint-Germain fon art merveilleux et fon adrefle furprenante : 1° Il fufpend un pigeon vivant par la tête à un ruban ou à une corde tendue; à la faveur d'une chandelle ou d'une lampe, l'ombre du pigeon fe réfléchit fur une toile attachée à la muraille; dès qu'il touche avec la pointe de fon poignard l'ombre de cet oifeau, le pigeon, dont il eft cependant fort éloigné, exprime par fes mouvemens qu'il eft fenfible à fes piqûres. Il perce l'ombre, et le fang du pigeon coule dans un plat qu'on a mis fous lui, comme fi l'animal avoit été frappé lui-même par le coup. Enfin le Payfan de la Nort-Hollande donnera trois coups du tranchant de fon poignard dans l'ombre du col du pigeon; au troifième coup, le corps du pigeon tombe, la tête refte au cordeau fans que perfonne ait touché l'animal ou qu'il ait reçu aucune impreflion d'ailleurs; 2° un poulet rôti accommodé fur une afliette avec du beurre et du perfil, fe ranimera aux yeux des fpectateurs par l'effet de certaines paroles. Il fe lèvera, marchera, chantera, enfuite il difparoîtra; 3** un des fpectateurs à qui l'on préfentera un plat rempli de terre, y répandra à fon choix de la femence de falade ou du perfil ; dans Tefpace de deux ou trois minutes, on pourra recueillir avec des cifeaux le fruit de la femence ; 4° il fera couper par un des aflîftans la tête d'un coq ou d'une poule, et par le moyen de quelques paroles, il remettra la tête de l'animal et lui rendra la vie; 5° une poule pondra un œut au milieu de l'aflTem-

blée; on trouvera dans cet œuf ce que quelqu'un aura penfé; 6° une perfonne de la compagnie jettera fa bague dans un verre, et cette bague fera clairement entendre par fes différens fons des réponfes fur toutes les queftions qu'on pourra lui faire ; 7** cette même bague rendue à la perfonne qui l'aura prêtée difparoîtra de fes mains et fe retrouvera fur-le-champ au fond d'une tabatière enfermée dans 3 , 4 ou 5 boîtes, toutes fans charnières , entre le chapeau et la perruque de l'auteur de ces tours, fans qu'il ait quitté fa place; on le verra toujours debout au milieu des fpectateurs; 8** il donnera quelque chofe dans la main d'un des affiftans et il le fera changer en un animal vivant de 2 ou 4 pieds; 9** il repréfentera par l'optique une carte que quelqu'un aura penfée; 10** il remet dans leur premier état des mouchoirs de toutes couleurs qu'il aura fait déchirer en préfence de la compagnie ; mais ce qui paroîtra plus furprenant encore, il fait couper un habit par morceaux, il en brûle les différentes pièces, et avec les cendres il rétablit l'habit dans fon entier; 11** il fait un tour fort curieux avec une oie; 12° une figure habillée à la tyrolienne devine les penfées et l'âge des fpectateurs; 13** il fait courir des œufs d'un endroit à un autre fans les toucher; 14° il fait voltiger des cartes en l'air ; elles font à fon commandement des tours, des changemens finguliers, des marches et des contremarches; 15** il fait fortir des oifeaux d'un ou plufieurs œufs qu'il fait voir auparavant aux fpectateurs à la lueur d'une chandelle. Il prend des oifeaux, les pile dans un mortier, leur rend la vie, puis il les renvoie dans un autre œuf; ils s'envolent enfuite avec la coque jufqu'à ce qu'ils difparoiffent à la vue de la compagnie; 16° il jette un jeu de cartes contre un bâton pofé perpendiculairement fur une table. Chacun des fpectateurs peut appeler à lui la carte qu'il aura penfée ou tirée du jeu et la renvoyer à fa place, elle y viendra et s'en retournera naturellement fans qu'on y touche; 17° il fait couper un morceau du gofier d'une poule et la fait revivre enfuite ; 1 8° il allume des chandelles par des caractères ; 1 9° les flambeaux et les lumières marchent fur la table à fon ordre; 20° il avalera un pigeon vivant

Péclavé. — Pélican, 219

jufqu'aux grofles plumes qu'il reflbufflera hors de fa bouche; 21** il fera voir un oifeau indien qui a une couronne fur la tête, qui joue aux cartes, fait des tours d'équilibre, des révérences et autres chofes; 22*^ il repréf entera à la faveur de certaines lampes de la Bactriane toutes fortes d'objets; 23° il éteint et allume les chandelles à coups de piftolet ; 24° il changera des pièces de monnaie de toute efpèce en créatures vivantes. C'eft à la foire Saint- Germain, vis-à-vis des Danfeurs de corde. Ceux qui voudront arrêter des places auront la bonté de s'adreffer à fon bureau dans fa loge. Il fera des exercices tous les jours quatre fois. On prendra au premier rang 40 fols, au fécond 24 et à la galerie 12. U demeure rue des Quatre- Vents, à l'hôtel de Clermont, au premier fur le devant, où il donnera des leçons aux curieux tous les jours depuis 10 heures jufqu'à midi. »

{Aj^chet de Paris, 1747, 175 1.)

PÉCLAVÉ , prête-nom du chevalier Pellegrin pour l'exploitation d'un spectacle forain de 171 1 à 1718. En sa qualité de chevalier de Saint-Louis, il eût été peu convenable que Pellegrin se déclarât ouvertement entrepreneur de spectacle, aussi s'abritat-il derrière Péclavé. Mais c'était là le secret de la comédie et le public savait très-bien que le jeu de Péclavé appartenait en réalité au chevalier Pellegrin et qu'il était dirigé par lui.

(^Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 128, 2x7.)

PÉLICAN. Oiseau rare que l'on montrait à la foire Samt- Germain de 1750 et qui était annoncé ainsi : « Le public eft averti que le fieur Chequer, venant de Turquie, amène un pélican vivant, lequel n'a jamais paru en France, qui fe faigne pour nourrir fes petits. Le pélican eft un animal qui ne fe trouve pas félon l'hiftoire ; cependant on le voit à la foire St-Germain-des-Prés,

rue Mercière, en defcendant du côté du fieur Ofouf , et les fêtes et dimanches, vis-à-vis les Grands-Danfeurs de corde. »

{Afichtt de Paris, 1750.)

X^ ÉLISSIER, entrepreneur de spectacles en 1688.

Voy. Lenfant.

PELLEGRIN (Jacques), ancien oflScier des galères et chevalier de Saint-Louis, directeur d'un théâtre forain qu'il tint, sous le nom d'un sieur Péclavé, depuis la foire Saint-Laurent de 171 1 jusqu'à la fin de la foire Saint-Laurent de 17 18, époque où tous les théâtres forains furent supprimés, à l'exception des danseurs de corde et des marionnettes. Voici le titre de quelquesunes des pièces représentées au jeu du chevalier Pellegrin, avant sa supression, pendant la foire Saint-Laurent de 17 18 : Qui dort dîne, opéra comique en trois actes de vaudevilles mêlés de prose; le Fourbe sincère y pièce en deux actes, précédée d'un prologue intitulé : Jupiter pris en flagrant délit, par Desgrange ; Jupiter amoureux d'Io, pièce en deux actes, avec un prologue par Charpentier, et le Pied de ne:(, pièce en trois actes et par écriteaux, de l'abbé Pellegrin, composée à l'occasion d'un procès que la dame Baron et Saint-Edme, alors associés pour l'exploitation de rOpéra-Comique, intentèrent à Pellegrin, dont le théâtre nuisait, disaient-ils, à l'exécution de leur privilège. Cette étrange prétention fut repoussée par la justice, et Pellegrin fit représenter le Pied de ne:(^, où les entrepreneurs de l'Opéra-Comique étaient tournés en ridicule ; malheureusement la pièce était si mauvaise qu'elle tomba à plat, et le public ne goûta pas du tout la plaisanterie. L'année suivante, la Comédie-Française se chargea de mettre les deux parties d'accord en supprimant, comme on l'a dit plus haut, tous les théâtres de la foire.

(Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 128, 117. — Dictionnaire des Thédtres, II, 633 ; III, 247, 25 x ; IV,

Pellegrin. 221

L'an 17 14, le famedi 22* jour de feptembre, environ les quatre heures de relevée, e(l comparu par-devant nous Louis Poget, etc., Etienne Milache, fieur de Moligni, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, defquels il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous a fait plainte contre le fieur Pellegrin, chef d'une troupe de danfeurs de corde, et dit que, au préjudice de plufieurs fentences rendues par M. le Lieutenant général de police, arrêts confirmatifs d'icelles et règlemens du Parlement et arrêts du Confeil qui font défenfe à tous danfeurs de corde de jouer et repréfenter fur des théâtres publics aucune pièce en comédie par dialogues, colloques, monologues, ni de quelque autre manière que ce puifle être, fous les peines y portées, même de démolition des théâtres ; néanmoins ledit fieur Pellegrin et autres chefs de troupe de danfeurs de corde, au mépris defdits arrêts et règlemens, ne laiflent pas de faire jouer et repréfenter publiquement et journellement des pièces de théâtre et comédies fuivies par fcènes et actes fur des théâtres publics qu'ils ont fait élever â cet effet aux environs de la foire St-Laurent, dans lefquelles pièces les acteurs et actrices fe parlent et fe répondent les uns aux autres en profe félon le fujet de la pièce comique qu'ils repréfentent et jouent, ce qui forme des comédies complètes et e(l abfolument contraire auxdits arrêts. Pourquoi il nous requiert de nous tranfporter heure préfente dans la loge et falle dudit fieur Pellegrin â la foire St-Laurent, où fe jouent et fe repréfentent lefdites comédies, â l'effet de dreffer procès-verbal defdites contraventions auxdits arrêts et règlemens, ce qui fait un tort d'autant plus confidérable auxdits comédiens du Roi et contraire aux privilèges qu'il a plu â Sa Majellé de leur accorder pour leur établiffement, qu'ils font obligés de foutenir avec de grands frais et dépenfes l'hôtel de la Comédie, rue des Foffés-St-Germain, dans le fonds duquel ib fe trouvent tous engagés pour plus de 300,000 livres.

Signé : E. M. de Moligni.

En conféquence, nous fommes tranfporté ledit jour 22 feptembre, fur les cinq heures du foir, en la falle et jeu de danfe de corde dudit fieur Pellegrin, en la foire St-Laurent où, après le jeu de danfe de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de luflres et de décorations différentes, une pièce comique qui a pour titre : AmphytrUm, ou les Deux Arlequins (i), en plufieurs

(i) Jmpbytrion, parodie en trois actes et en vauderilles, de la pièce de Molière du même nom, par Raguenct, acteur forain. A la fin de la parodie, Amphytrion veut tuer Jupiter d'un coup de fusil, mais celui-ci pour le calmer chante le vaudeville suivant :

Cocu n'est pas un fort beau nom,

C'est un titre qui blesse ' Mais des cornes de ma façon Sont titres de noblesse I Raguenet ouait très-vraisemblablement le principal r61e dans la pièce.

actes et fcènes que les acteurs et actrices chantent, et pendant le cours de ladite pièce tous lefdits acteurs fe parlent et fe répondent fur le même fujet de la pièce qu'ils repréfentent par de courts dialogues et colloques en profe et ce dans prefque toutes les fcènes de ladite pièce, et particulièrement les acteurs qui font les rôles de Jupiter et (ÏAmphytrion et encore ceux qui font les rôles d'Arlequin et de Mercure, qui fe parlent prefque autant en profe par de petits difcours fuivis, comme ils chantent. Avons aufli remarqué qu'il y a dans ladite pièce comique plufieurs machines différentes : Et a ledit fieur Pellegrin, dans la falle où il repréfente ladite pièce, un orcheftre rempli de plufieurs particuliers qui jouent enfemble de chacun un inflrument de mufique. Dont et de quoi nous avons fait et dreiTé le préfent procès- ver bal.

Signé : PoGET.

(^Archives des Comm., no 27$2.)

L'an 17 14, le veiidredi 28 feptembre, neuf heures du matin, par-devant nous Louis-Jérôme Daminois, etc., en notre hôtel eft comparu Etienne Milâche, fieur de Moligny, comédien du Roi : Lequel, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, nous a fait plainte et nous requiert de vouloir nous tranfporter aujourd'hui de relevée, dans le jeu du fieur Pellegrin, où il fait repréfenter des pièces comiques, à Teffet de lui donner acte des contraventions aux arrêts et règlemens.

Signé : Etienne Milache de Moligni.

Sur quoi nous commiiïaire, nous fommes ledit jour, environ les cinq heures et demie de relevée, tranfporté fufdite foire St-Laurent , en la falle et jeu de corde nouvellement bâtis dudit fieur Pellegrin où , après le jeu de danfes et de cordes fini, nous avons vu jouer et repréfenter fur un théâtre orné de luftres, machines et décorations différentes, par différens acteurs et actrices, une pièce comique qui a pour titre : Amphitryon^ ou les Deux Arlequins, qui eft une imitation de celle que l'on joue à la Comédie fous le titre d'Amphitryon : laquelle pièce, partagée en actes et fcènes différentes, a été chantée par lefdits acteurs et actrices. Avons obfervé que, pendant le cours de la pièce où deux acteurs font l'un le perfonnage de Jupiter déguifé en Valèrc, l'autre celui de Valère, deux autres font celui de Mercure déguifé en arlequin et l'autre l'Arlequin, tous lefdits acteurs et actrices fe parlent et fe répondent en profe fur le fujet de ladite pièce par de courts dialogues et monologues pendant environ le quart de la pièce, et que l'orcheftre eft compofé de dix particuliers jouant chacun d'un inflrument de mufique. Dont et de quoi nous avons fait et dreffé le préfent procès- ver bal.

Signé : Daminois.

(Archives des Comm., n" 927.)

Pellegriti. 223

L'an 1715, le mercredi 27 mars, fur les quatre heures de relevée, font comparus par-devant nous Louis Poget, etc., les fieurs Georges-Guillaume Lavoy et Charles Botot-Dange ville, comédiens ordinaires du Roi, tant pour eux que pour les autres comédiens du Roi, defquels ils nous ont dit avoir charge et pouvoir : Lefquels nous ont fait plainte contre le fieur Pellegrin, chef d'une troupe de danfeurs de corde, le nommé Francifque et fes autres camarades, et nous ont requis de nous tranfporter heure préfente dans la loge et falle du fieur Pellegrin, à la foire St-Germain, où fe jouent et repréfentent des comédies, à l'effet de dreffer procès-verbal des contraventions par lui commifes aux fentences du Lieutenant de police et arrêts du Parlement.

Signé : Lavoy; D ange ville.

En conféquence, nous commiffaire fufdit, fommes iranfporté ledit jour 27 mars, fur les cinq heures du foir, en la falle et jeu de danfes de corde du fieur Pellegrin, fituée au grand jeu de paume d'Orléans, au bout de la rue du Cœur-Volant, à l'encoignure de la rue des Quatre- Vents, et où jouent ledit Francifque et fes camarades ; où, après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de ludres et de décorations différentes, une pièce comique qui a pour titre : Le Triomphe de Mamus et d* Arlequin, à laquelle pièce ils ont joint la fcène du Berceau et celle de VOmbre d* Arlequin, en plufieurs actes et fcènes : Laquelle pièce comique et lefdites deux fcènes font repréfentées fur de grands 'écriteaux montés et imprimés fur de grandes toiles que Ton expofe dans le milieu du théâtre et fur lefquels font des chanfons qui forment des dialogues fur le fujet de la pièce qu'ils repréfentent et qui font chantées par les acteurs mêmes et actrices tous enfemble, ce qui forme un chœur de voix. Et dans l'orchedre font trois particuliers qui jouent enfemble de chacun un infiniment de mufique pour donner l'air auxdites chanfons que lefdits acteurs et actrices chantent et qui les accompagnent. Et nous avons remarqué que pendant le cours de ladite pièce et defdites deux fcènes, tous lefdits acteurs et actrices et particulièrement ledit Francifque qui fait le rôle d'Arlequin, celui qui fait le rôle de Pierrot et celui qui fait le rôle de Mezzetin fe parlent et fe répondent en profe fur le fujet de la pièce qu'ils repréfentent pendant tout le cours de ladite pièce et fans aucune interruption que par les chanfons qu'ils chantent, ce qui forme une pièce comique et repréfentée en entier par des dialogues et colloques ainfi qu'il en efl repréfenté fur le théâtre des comédiens du Roi, ce qui leur efl tout à fait préjudiciable et contraire aux fentences, arrêts et règlemens, etc.

Dont et de quoi nous avons fait et dreffé le préfent procès- verbal.

Signé : Poget.

{Avchivtt des Comm.» n» a7$3.)

PELLETIER (François), entrepreneur d'un petit spectacle mécanique , qui fut entièrement brûlé lors de l'incendie de la foire Saint-Germain de 1762. Pelletier perdit dans ce désastre plusieurs machines d'un grand prix, parmi lesquelles on remarquait surtout « un carillon, le rocher de M. le duc de Bourgogne, une grande pièce mécanique pour le concert des menus plaifirs du Roi », et réclama une indemnité de 3 5,000 livres. Il ouvrit ensuite à Paris un cabinet où il donnait des leçons de physique amusante. En 1787, il demeurait rue de la Tabletterie, n° 6.

{Archivts d*t Comm,, no 853. — Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, par Thiiry, I, 49;.)

PENANCIER, acteur de l'Ambigu-Conxique, où il jouait les rôles accessoires, a paru dans les Trois Liandres, ou les Noms changés, comédie en un acte, en prose, de M. S...., représentée le 22 avril 1786, et dans Tout comme il vous plaira, ou la Gageure favorable, comédie en un acte, en prose, par Sedaine le jeune, représentée le vendredi 5 mai 1786.

(Brochures intitulées : Us trois Uanires, Paris, Cailleau, 1786, et Tout comme il vous plaira, Paris, Cailleau, 179$.)

PEREIN (Louise-Mathurine), femme de Jean-Pierre Lamy, comédien chez Second, elle comédienne chez Gaudon en Voy, Lamy.

PÉRICO (Carlo), entrepreneur de spectacles aux foires et sur le boulevard du Temple, avait une loge à la foire Saint- Germain lors de l'incendie de 1762. Plus heureux que beaucoup de ses confrères, Périco ne perdit qu'une cuiller, une petite épée d'argent servant à une marionnette et quelques pièces de mon-

Périco, 225

naie, pertes légères dont il ne demanda même pas à être indemnisé. En 1764, on le rencontre à la foire Saint-Ovide, dirigeant le jeu des Fantoccini, et en 1778 on le retrouve au boulevard du Temple, « falle du fieur d'Ormetz, entre le fieur Comus et le cabinet du fieur Curtius », faisant représenter Arlequin ramoneur, astrologue, statue, enfant, squelette, perroquet, lune, pièce dans laquelle Arlequin mangeait la soupe à l'italienne et du macaroni. Les places coûtaient 30 sois aux premières et 24 sols aux secondes. Périco donnait deux représentations par jour, à sept heures et à 10 heures et demie du soir. L'année suivante les Fjw/c?^r/«t' changèrent de local et s'établirent entre « le café de madame Alexandre et la manufacture de papiers peints ». Leur principale pièce fut en 1779 le Combat des fourberies entre Arlequin et Scapin, ouvrage qui paraît avoir obtenu un assez grand succès. Ce gentil petit théâtre de marionnettes était très-fréquenté, et une grande artiste, M"' Vigée-Lebrun, n'a pas dédaigné de lui consacrer quelques lignes dans ses Souvenirs. Voici comment elle en parle : « Plus tard, longtemps après mon mariage, j'ai vu sur le même boulevard (du Temple) divers petits spectacles. Le seul où j'aie été souvent et qui m'amusait beaucoup était celui des Fantoccini de Carlo Périco. Ces marionnettes étaient si bien faites et leurs mouvements si naturels qu'elles faisaient parfois illusion. Ma fille, qui avait au plus six ans et que j'y menais avec moi, ne doutait pas d'abord que ces personnages ne fussent vivants. Quand je lui eus dit le contraire, je me rappelle que je la menai peu de jours après à la Comédie-Française où ma loge était assez éloignée du théâtre : « Et ceux-là, maman », me dit-elle, « sont-ils vivants? » Carlo Périco continua pendant quelques années encore Texhibirion de fes Fantoccini. On ignore l'époque de fa mort.

{Archives iês Cemm., o9* 8$3y i$o8. -^Journal it Paru, 27 juillet 1778 ; 2} mai 1779. — Souvenirt iê madame Vigie-Lebrun, l, 3), ancienne édition.)

Sp. — II. I S

PÉRIER, acteur de l'Opéra-Comique, où il joua pendant les foires Saint-Laurent de 1732 et 1733, a rempli le rôle du Suisse dans la Lanterne viridique, opéra comique en un acte, avec un divertissement et un vaudeville, par Carolet et Gilliers, représenté le 19 août 1732. Périer avait épousé M"* Gautier, actrice du même théâtre.

{Dictionnaire des Théâtres » III, 2J9 ; IV, 103.)

PERRET, entrepreneur de spectacle à la foire Saint-Ovide de 1772,

{Archives des Comm., n9 i$o8.)

PERRIN, prestidigitateur et physicien, se montra successivement, de 1785 à 1789, auxfoires, sur le boulevard du Temple et au Palais-Royal. Le prix de ses places était ainsi fixé : premières loges 3 livres, parquet 30 sols, secondes i livre. Sa principale curiosité était sa petite chienne savante qui lisait le français et l'anglais et faisait des tours de physique.

{Journal de Paris^ fj février, 38 mars 1785 ; aj mai 1786; mars 17S9 ; avril 1789.)

PETIT (André), praticien de marionnettes dans le jeu tenu en 1758, sur le boulevard du Temple, au nom de Pierre Gilbert Gourliez dit Lamotte.

L'an 1758, le mardi 27 juin, neuf heures du foir, a été amené en Thôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., par François Didier, fergent des gardes de jour et de nuit, de pofle à la porte du Temple, un particulier qui nous a dit fe nommer André Petit, joueur de marionnettes fur le boulevart, dans un jeu qui e(l tenu au nom de Pierre Gourliez dit Lamotte, arrêté dans un cabaret fous ledit jeu de marionnettes où ledit Didier nous a dit s'être tranfporté à la réquifition dudit Lamotte, pour raifon de difcuflion qu'ils avoient entre eux à caufe que ledit Petit refufoit de jouer fon jeu de marionnettes fous prétexte de défaut de payement ; et que lui Didier ayant

Petit. — Petit Diable. 227

demandé raifon audit Petit de ce refus, ledit Petit, au lieu de s'expliquer, Ta injurié, infulté et lui a porté un coup de pied fur l'os de la jambe. Pourquoi lui Didier Ta arrêté, fait ganter et amener par-devant nous. Lequel Petit, nous commiffaire, attendu fa réfiftancc et fes mauvais déportemens contre ledit Didier, qui étoit en garde montée, nous avons laiflé es mains dudit Didier pour, par lui, le remettre au guet et être conduit de police es prifons du Grand-Châtelet.

Signé ; Maillot.

(^Archives des Comm., n*^ 3765.)

PETIT (Charles-François), né en 1 740, acteur du spectacle de Nicole t cadet en 1757.

Voy. NicoLET (François-Paul).

PETIT (M"*), actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1772, 1773 et 1774, y jouait les rôles de soubrettes et paraissait dans les ballets.

(A Imanacbs forains, 1773, X77S-)

PETIT ANGLAIS (le), danseur forain, faisait partie de la troupe de Delamain qui jouait à TOpéra-Comique, à la foire Saint-Germain de 1739.

Voy. Delamain.

PETIT DIABLE^(Paulo RÉDIGÉ, dit Pol, dit le), excellent danseur de corde et Tun des plus étonnants sauteurs du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où il fit ses débuts à la foire Saint-Germain de 1779. Son succès fut éclatant et le bruit en parvint jusqu'à Versailles. Désireux d'admirer le Petit Diable , le comte d'Artois ne craignit pas d'assister à une de ses représentations dans la loge enfumée de Nicolet, et, le trouvant de tout point

à la hauteur de sa réputation, il se fit donner par lui des leçons de danse de corde. Cet inimitable artiste ne joua pas seulement à Paris, il se rendit plusieurs fois en Angleterre avec son camarade Placide, et tous deux reçurent souvent à Londres les applaudissements des Anglais pour l'adresse et Tagilité qu'ils déployaient dans leurs périlleux exercices. Un de leurs émules, le sauteur anglais Joe Grimaldi, descendant de ce fameux Nicolini Grimaldi dit Jambe de fer, qui parut avec éclat en 1740, 1 741 et 1742 aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent à Paris, a rendu justice, dans ses curieux Mémoires (i) récemment publiés par Charles Dickens, au talent prodigieux du Petit Diable et de Placide. Après plusieurs mois passés en Angleterre et à la suite d'une mésaventure dont on va lire plus bas les détails, le Petit Diable revint à Paris et reparut en 1781 sur le théâtre des Grands-Danseurs du Roi. Il y fut reçu par le public parisien avec de vigoureux applaudissements et y resta jusqu'en 1789, époque où il passa définitivement à l'étranger. Le Chroniqueur désœuvré a parlé en ces termes du Petit Diable : « Je me contenterai de dire un mot des fleurs Placide et Pol, furnommé le Petit Diable, les premiers qui aient pouffé fl haut l'art du danfeur de corde; mais autant ces deux vagabonds font recherchés pour leur talent, autant on fuit leur fociété. Les filles qui d'habitude compofent journellement le fpectacle des Grands- Danfeurs du Roi leur doivent chacune une nuit; ils font avec elles ce que font les officiers de garnifon envers les femmes des bourgeois ; tant qu'ils font dans une ville, les beautés qui y demeurent leur appartiennent de droit. Ils font maintenant en Angleterre où ils ont manqué de fe faire lapider. Placide, frère de la BiUioni des Italiens... eut la bêtife de danfer fur la corde, devant tous les Goddems afTemblés, avec un drapeau aux armes de France. Il a fallu qu'ils demandaffent pardon, comme fit le beau Vefh'is pour une circonflance qu'il efl inutile de rapporter puifque tous

(i) C'est par les Mémoires de Joë Grimaldi que nous apprenons que le Petit Diable s'appelait Paulo Rédigé. Jusqu'ici on ne lui connaissait d'autre nom que celui de Pol. Son père était un saltimbanque du boulevard, nommé Jean Rédigé, à qui nous avons consacré plus loin un article, et sa soeur, dite la Petite Saxonne, faisait assez habilement des exercices d'équilibre.

Petit petit Diable. — Petitpas. 229

les journaux en ont fait mention, et il en a été quitte ainfi que fon cher camarade pour quelques coups de bâton. Si Ton ne connoiffoit pas ces gens-là pour être des danfeurs de corde de Nicolet, on croiroit être dans un bois, au milieu d'aflaflins, quand on les rencontre fur les boulevards. Des pantalons, de longues lévites, un large manteau, chapeau rabattu, cheveux retrouffés en nattes et un gros bâton noueux à la main, voilà la mifede ces meffieurs : infulter tout le monde, faire tort à ceux à qui ils doivent, bacchanaler chez tous les marchands de vins du rempart, s'y fouler avec des gredins, voilà leur conduite. »

(Lt Chrontqutur disauvré^ I, 75. — Mémoires sêcrets, XIII, 383. — Journal de Paris, octobre et novembre 1781. — - Revue des Deux-Mondes, numéro du 15 mars 1854. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 17.)

PETIT PETIT DIABLE (le), enfant âgé de 7 ans et 8 mois, faisait partie de la troupe des Enfants-Espagnols qui débuta sur le théâtre des Grands-Danseurs du Roi le mercredi 8 mai 1 78 1 . Il exécutait la danse de corde avec des sabots, faisait les châssis, les écarts et le saut du cheval comme le Petit Diable et comme Pbcide, le tout sans balancier.

(Journal de Paris, 8 mat 1781.)

PETITPAS (M"*) , actrice foraine , fit d'abord partie de la troupe de Dolet et Delaplace et débuta à leur théâtre, à la foire Saint-Germain de 1723. Elle fut engagée ensuite à l'Opéra- Comique et y joua, à la foire Saint-Laurent de 1725, le rôle de Jeannette dans le Triomphe de l'Hymen^ opéra comique en deux actes, de Bailly, représenté le 6 juillet de cette même année. En 1727, M"* Petitpas entra à l'Opéra et mourut en 1740.

(Mémoires sur les Speciaeles de la Foire, II, il. — Dictionnaire des Thédtres, V, $51-)

PETITS COMÉDIENS DU MARAIS, théâtre de marionnettes situé rue de Saintonge, près le boulevard du Temple, dirigé en 1749 par Nicolas Bienfait II. Voy. BiENFArr H.

PHILIPS, arlequin anglais, parut sur le théâtre de TOpéra- Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1737 et joua dans un divertissement représenté à la suite de la Fie Brochure, opéra comique de Carolet (26 juin), et dans une pantomime intitulée : A mw entertaintnent of dancing ofsinging (9 août).

{Mémoires sur Us Sptctacles de la Foire, II, 121. — Dictionnaire des Théâtres, II, 410, 500.)

PHILIPS (M"*), fille du précédent, actrice anglaise, parut sur le théâtre de TOpéra-Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1737 et remplit avec talent des rôles dans les divertissements cités à l'article précédent.

(^Mémoires sur les SpeclaeUs de la Foire, II, 122. — Dictionnaire des Théâtres, I, 420, 500.)

PHOQUE, animal vivant que Ton voyait à la foire Saint- Germain et au boulevard du Temple en 1779. Le 2 du mois de juin de cette année, le Phoque mourut et son cadavre embaumé se montrait encore sur le boulevard à cette époque.

{Journal de Paris, i8 mai, 6 juin 1779.)

L*an 1779, le vendredi 25 juin, neuf heures et demie du foir, en l'hôtel et par-devant nous Mathieu Vanglenne, etc., font comparus fieur Léopold Poli de Blanchet, médecin, et Jeanne-Jofeph Lami, veuve du fieur Claude- Antoine Granjcan, officier fuiffe, demeurant à Paris, rue Saintonge, paroiffe Si-Nicolas-des-Champs, chez le fieur Lahauffe, perruquier, ledit fieur Poli de Blanchet et ladite veuve Granjean afTociés pour leurs affaires perfonnelles : Lefquels nous ont rendu plainte contre le nommé Pierre Compagnon-Def-

Picardeau. 231

marais et nous ont dit que, le 14 du courant, ils font convenus avec ledit Compagnon-Defmarais d'acheter conjointement pour moitié un grand poiiïbn nommé le Phoque, mort et embaumé, moyennant 700 livres, à l'effet de le faire voir au public moyennant la rétribution fixée, fous l'agrément de M. le Lieutenant général de police. Q.ue, pour tenir compte audit Compagnon- Defmarais des 3 50 livres pour la moitié dans le prix dudit poiffon, le plaignant a remis audit Compagnon^Defmarais une tabatière d'or de quatre couleurs, de forme ovale, à ufage de femme, appartenant à ladite veuve Gran- Jean, pour laquelle ledit marché a été fait. Que ledit Compagnon-Defmarais a paru feul dans le contrat de vente qui a été fait fous feing privé dudit poiffon, parce que le plaignant ne vouloit pas paroître ni faire paroître ladite veuve Granjean audit marché; mais que, au préjudice de la convention verbale faite entre le plaignant, ladite veuve Granjean et ledit Compagnon- Defmarais que le poiffon nommé Phoque devoit appartenir pour moitié audit Defmarais et pour l'autre moitié au plaignant pour ladite veuve Granjean qui avoit fourni fa moitié dudit prix en une tabatière qu'il devoit retirer cette femaine en foumiffant en deniers comptans la moitié dudit prix et en tenant compte par ledit Defmarais du produit de la moitié du montant des recettes journalières, ledit Defmarais refufe d'admettre le plaignant et ladite veuve Granjean en fociété avec lui pour le prix principal du poiffon ainfi que de tenir compte du produit de la recette journalière, quoique jufques à préfent cette même recette ait été faite journellement et arrêtée tous les foirs conjointement par les plaignans et ledit Defmarais, comme il nous efl apparu par le bordereau qui nous a été repréfenté par ledit fieur plaignant qui l'a repris en fa poffefEon. Et comme c'efl un abus de confiance intolérable de la part dudit Compagnon-Defmarais et que le plaignant efl en état de prouver que cette fociété a été confentie par ledit Compagnon-Defmarais qui a donné au plaignant mardi dernier fur les midi 4 louis à-compte fur ce qui lui revenoit dans le produit de la recette journalière et que fi les plaignans ne font pas dénommés dans la vente fous feing privé, cela étoit convenu entre eux, ledit Defmarais et le vendeur, il a été confeillé de venir nous rendre la préfente plainte.

Signé : Pou de Blanchet; J. J. Lami; Vanglenne.

{Archiva des Comm., n" 4984.) •

PICARDEAU (Pierre-Louis), né vers 1758, acteur du boulevard, successivement attaché à T Ambigu-Comique de 1770 à 1774, au théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1780, puis de nouveau à T Ambigu-Comique à partir de 178 1 ; il y était encore

en 1790(1). Ce très-médiocre comédien a joué entre autres rôles à ce dernier théâtre : Duciseau, sculpteur en bois, dans le Cabinet des figures, ou le Sculpteur en bois, comédie en un acte, en prose, de Mague de Saint-Aubin, représentée le jeudi 25 juillet 1782, et un médecin, amant d'Égli, dans Tout comme il vous plaira, ou la Gageure favorable, comédie en un acte, en prose, de Sedaine le jeune, représentée le vendredi 5 mai 1786.

(A Imanaehs forains, 1775, 1775- — L4 Chroniqueur d^^ sauvri, II, 52. — Brochures intitulées : h Cabinet des figures, Paris, Cailleau, 1784 ; Tout comme il vous plaira, Paris, Cailleau, 179$.)

Lundi 3 janvier 1780, 7 heures du foir.

Le nommé Picardeau, acteur de Nicolet, arrêté par Rigaut, fergent, à la réquiûtion dudit Nicolet, pour avoir caufé du fcandalc fur le théâtre (2). Relaxé.

(^Archives dts Çomm., n" $022.)

Vendredi i«' février 1788, huit heures et demie du foir.

Le fieur Paitre, fergent-fourrier, à la réquifition du fieur Picardcau, acteur du fieur Audinot, a arrêté le fieur Pompigni, prépofé pour le fervice dudit fpectacle, pour s'être battus dans le fpectacle (3). Renvoyés à fe pour\'oir.

(^Archives des Comm., n* $022.)

Voy, Mayeur (29 octobre 1778 et 6 mars 1782).

(i) Picardeau devint plus tard directeur de l'Ambigu- Comique, qu'il administra fort mal. Sa bêtise était proverbiale. C'est lui qui répondit à l'un de ses acteurs qui lui demandait un i-comptc sur son traitement pour sa femme en couches : « Pourquoi ta femme accoucbe-t-cllc ?» et A un autre qui sollicitait une avance de fonds pour sa famille malheureuse : « Pourquoi as-tu habitue ta femme et tes enfants à manger ? >

(2) Le 3 janvier 1780, Picardeau était venu au théitre complètement ivre. On donnait ce jourlà: la Ceinture men>eHleuse ; le Calendrier des Vieillards, et un divertissement, Ce qui vient de la flûte retourne au tambour, comédie de Bcaunoir, précédée des Visites du jour de Van et terminée par le Triomphe de l'amour conjugal, pantomime à machines.

(3) Maurin de Porapigny, auteur dramatique assez estimé du boulevard, était en même temps régisseur de la scène à l'Ambigu. Le i" février 1788, Picardeau arriva en retard au théâtre et le public murmurait déjà. A une observation faite par Maurin de Pompigny il répondit par une insolence, et Pompigny lui donna un soufflet auquel Picardeau riposta par un coup de poing. On jouait ce soir-là à l'Ambigu-Comique : l'Incendie, ou le Bailli en bonne fortune, pantomime en un acte, précédée de Brindavoine, et de la Lanterne magique, comédie en un acte.

Pierret. — Piètre. 233

PIERRET (Alexandre-Isidore), acteur du spectacle des Associés en 1787.

Mercredi 6 juin 1787, 9 heures du foir.

Le fleur Jouan, fergent-fourrier de la garde de Paris, à la réquifîtion du fieur Salle, directeur des Aflbciés, a arrêté Alexandre-Ifidore Pierret, acteur, pour être venu trop tard au fpectacle, ce qui a occafionné beaucoup de rumeur. A Thôtel de la Force.

(Archives des Comm., no SO^'O

PIÈTRE (François), acteur forain, faisait partie, en qualité de danseur, de la troupe d'Alard à la foire Saint-Germain de

L'an 1710, le lundi 10" jour de février, du matin, par-devant nous Charles Bourdon, etc., eft comparu François Piètre, maître à danfer, demeurant cour du Palais : Lequel nous a fait plainte et dit que le jour d*hier à la fortie du jeu du (ieur Allard Taîné, où il e(l engagé en qualité de danfeur pour la foire St-Germain et celle de St-Laurent prochaine, il fut boire au cabaret de la Roche-Guyon avec le fieur Delaporte, un de fes camarades. Dans lequel cabaret ils firent rencontre du fieur François Octavien, peintre de profeffion, chanteur et parent dudit fieur Allard, lequel étoit accompagné d'un particulier vêtu de noir, inconnu au plaignant et qu'il a fu par la fuite être frère dudit Octavien, lefquels étoîent à boire dans ledit cabaret, à la table defquels le plaignant fe mit à la follicitation dudit Delaporte. Ils burent enfemble cinq à fix bouteilles de vin que le plaignant paya, enfuite ils montèrent dans une première chambre pour fe féparer d'une compagnie qui étoit furvenue et qui paroifibit turbulente. Dans laquelle première chambre ils brûlèrent un fagot et un cotteret et burent encore trois ou quatre bouteilles de vin que le plaignant paya encore. Après quoi ils fortirent dudit cabaret fans aucun différend, vinrent fur le pont au Change en la maifon de Simon, limonadier, avec deux particuliers inconnus au plaignant qui les avoient fuivis dudit cabaret, burent chez ledit Simon du café et des liqueurs, ayant reflé jufque (ur les trois à quatre heures du matin qu'ils en font fortis. Le plaignant auroit accompagné lefdits Octavien frères et ledit Delaporte jufqu'à la place de Grève, lieu de leur demeure, et n'ayant pu avoir l'ouverture de chez eux, ils auroicnt été tous quatre enfemble dans un échaudoir, près la porte de Paris, où ils ont acheté trois têtes de mouton et les langues pour 24 fols, qu'ils ont été faire apprêter et manger au cabaret de la Pantoufle à la porte de Paris, ayant dépenfé en tout cent fols que le plaignant a payés. En fin duquel repas, malgré la manière honnête dont le plaignant en avoit agi.

le frère cadet dudit Octavien donna au plaignant un foufflet fans aucun fujet fmon qu'il demandoit à la compagnie Ton tabac. Ledit François Octavien s'eft fcandalifé contre Ton frère, blâmant icelui de fa brutalité. Le plaignant, pour éviter le bruit, feroit forti du cabaret et rentré à la foUicitation d'un des garçons dudit cabaret, qui le vint prier de la part de fa compagnie de ne plus penfer à ce qui s'étoit pafTé. De forte qu'étant remonté dans la chambre au premier étage où ils étoient, ils en feroient fortis tous enfemble cejourd'hui, fur les fix heures du matin , bons amis en apparence et pâflant leur chemin par la rue St-Germain-l'Auxerrois, prenant prétexte de reconduire le plaignant chez lui, il auroit été furpris que lefdits Octavien et Delaporte, auprès du premier abreuvoir, fe font jetés fur lui, maltraité de coups, arraché fa canne de jais qu'il tenoit à la main, et à l'inftant mis contre lui l'épée nue à la main pour le percer. Lequel plaignant, pour garantir fa vie du mauvais deffein qu'ils avoient prémédité de l'affaniner, s'ed mis en défenfe, mais ayant été affailli et environné par les accufés, il a été obligé de leur abandonner fon épée qui eft fautée de fa main et de prendre la fuite fans quoi il auroit été alTadiné. Et attendu que cette action mérite punition ainfî que la rétention qu'ils font de fes canne et épée, pourquoi a été confeillé de nous rendre la préfente plainte.

Signé : Piètre ; Bourdon.

{sirchivit its Comm.t no 20 )

lETRO, danseur de TOpéra-Comique, parut ainsi que sa femme et son fils dans les ballets de ce théâtre vers 1752.

(Dictionnaire des Théâtres, VI, 656.)

PIGAULT- LEBRUN (Charles-Antoine-Guillaume PI- GAULT DE LÉPINOY, dit), né en 1753, mort en 1836, romancier et auteur dramatique, fut quelque temps régisseur, metteur en scène et acteur au théâtre des Variétés du Palais- Royal (ancien spectacle des Variétés-Amusantes) en 1789.

(^Biographie Michaud.")

INETTI, escamoteur et prestidigitateur, donnait des représentations en 1783 sur le théâtre des Menus-Plaisirs du Roi,

PtnetH. 235

faubourg Poissonnière. Les places coûtaient 6 livres aux premières et au parquet, 3 livres aux secondes et i livre 10 sols au parterre. Voici en quels termes les Mémoires secrets parlent de ce physicien à la date du i'' janvier 1784 :

« Le fieur Pinetti attire un monde prodigieux de la plus haute volée. Ses tours font auffi variés que furprenans, et s'il n'étoit pas étranger et qu'il s'énonçât plus facilement dans noftre langue, il féduiroit infiniment.

« On admire furtout une petite tête d'or, grofle comme une noix, qui, mife dans un verre tranfparent et fermé d'un couvercle d'argent, devine tout ce qu'on lui demande et l'indique par des fignes. ,

« La pièce que cet habile efcamoteur appelle le Bouquet philofophique eft un arbre compofé de petites branches d'oranger dont les feuilles font fraîches et naturelles. Il les met fous une bouteille de criftal, et en lui jetant de loin quelques gouttes d'une eau de fa compofition, les feuilles changent, le bouquet donne des fleurs et enfin des fruits. L'illufion que produit ce morceau ne laifle rien à défirer.

« M. Pinetti préfente aux Ipectateurs un jeu de cartes neuves; plufieurs perfonnes de la compagnie en pen(ent ou en cachent une, après quoi le jeu eft inféré dans une petite boîte d'argent ouverte dans fa partie fupérieure et dont la partie inférieure eft terminée en un petit tuyau qu'on introduit dans le goulot d'une bouteille, laquelle préalablement eft livrée à l'examen des fpectateurs et placée enfuite fur une table ifolée; au commandement, les cartes fortent du jeu et s'élancent en l'air.

a U fait fortir d'un œuf un ferin vivant auquel il donne alternativement la vie et la mort. A l'aide d'une commotion électrique qu'il paroit communiquer avec une bande de papier ordinaire, il tranche le col d'un pigeon vivant fans qu'il y ait aucune goutte de fang répandu.

a M. Pinetti exécute 50, 100, i,ooo tours decetteefpèce qu'on ne finiroit pas de détailler, mais il promet une merveille fupé-

rieure : il fait l'annonce d'un fcrin organifé qui exécutera les pièces de mufique qu'on lui oflFrira. L'oifeau fera ifolé et ne contiendra rien de ce qui pourroit le faire affimiler à une ferinette.

« Au furplus, M. Pinetti refte conftamment en préfence des fpectateurs pendant toutes ces opérations, et il eft difficile de deviner quelle eft la communication établie entre lui et les différens objets qu'il offre à la curiofité de la compagnie. »

En 1785, Pinetti était encore à Paris,

(Journal i* Paris, 20 décembre 1783, 18 mars 178$. — Mimoirts secrets, XXIV, lO). XXV, 9.)

PIRARD, associé pour moitié dans le privilège de l'Opéra- Comique exploité en 1724 par Maurice Honoré.

L'an 1724, le deuxième jour de juin, eft venu par-devant nous Jofeph Langlois, etc., le fieur Jean Levié, bourgeois de Paris, y demeurant rue de Grenelle, paroifîe St-Euftachc : Lequel nous a rendu plainte contre le fieur Pirard, aulli bourgeois de Paris, et fa femme, et dit qu'ayant, lui plaignant, fait préfenter, il y a environ un an, un mémoire à feu monfeigneur le duc d'Orléans, lors régent, pour avoir le privilège de faire jouer à Paris un Opéra comique dans les foires St-Laurent et St-Germain dont ledit Pirard devoit être de fociété avec lui, ledit mémoire auroit été rejeté lors; mais depuis la mort de mondit feigneur le régent, ledit Pirard ayant, fur les mémoires du plaignant, fait de nouvelles follicitations tant auprès de Son AltelTe féréniflime Monfieur le Duc, qu'autres perfonnes de faveur et de crédit, pour avoir ledit privilège, il Tauroit enfin obtenu, et l'ayant fait favoir au plaignant, même à icelui mandé par un billet écrit de fa main de le venir trouver chez lui pour une affaire qu'il avoit à lui communiquer qui étoit celle dudit Opéra, ne pouvant pas ledit Pirard fortir lors de chez lui à caufe d'une incommodité qu'il avoit. Le plaignant fe feroit, fur ledit billet, rendu chez lui, où là, ayant témoigné audit plaignant qu'il étoit jufte de l'affocier avec lui dans ledit Opéra, mais qu'il ne le pouvoit faire que pour un tiers parce qu'il y avoit déjà affocié un autre particulier nommé le fieur Honoré, le plaignant auroit acquiefcé à fa propofition. Et depuis ledit Pirard lui ayant dit que ledit Honoré, à qui il en avoit parlé, ne vouloit rien céder de la moitié qu'il avoit dans la fociété par lui contractée avec ledit Pirard, icelui Pirard auroit propofé audit plaignant de lui donner une moitié dans fa moitié et qu'il leur falloit qu'il leur fit prêter une fomme de 4,000 livres comptant dont ils avoicnt bcfoin pour l'entrcprife dudit Opéra ; laquelle propofition ayant été acceptée par ledit plaignant, icelui plaignant s'cft donné âi^ mouvcmcns

Pirard, 237

pour leur faire prêter ladite fomme fur l'obligation folidaire tant de lui et de fa femme que defdits Pirard et Honoré et de leurs femmes. Lors du prêt de laquelle fomme, dont l'acte a été paffé il y a environ un mois par-devant notaires, ledit Pirard fit fon billet fous feing privé audit plaignant portant promeffe de l'affocier avec lui pour moitié dans fa moitié audit Opéra-Comique et de lui en palTer acte de fociété par-devant notaires toutes fois et quantes. Sur le fondement duquel écrit et de l'emprunt par eux tous folidairement fait defdites 4,000 livres pour fournir aux avances qu'il convient faire pour ledit Opéra, ledit plaignant fe regardait comme aflbcié defdits Pirard et Honoré comme en effet il le doit être. Il a en particulier fourni et avancé pour ladite fociété jufqu'à concurrence de la fomme de 308 livres tant en argent que vin en bouteille et repas donnés à des acteurs qu'il a fallu choifîr et attirer pour jouer audit Opéra, ce qu'il n'a fait que de concert avec ledit Pirard dont il a même un billet qui efl écrit, figné de lui, daté du 3 mai dernier, par lequel entre autres chofes il le prie de lui envoyer un louis d'or pour achever de payer une fomme de 250 livres à un acteur. Depuis toutes ces chofes ainfi faites, le plaignant ayant follicité ledit fieur Pirard de lui donner un acte en forme de ladite fociété paffé devant notaires, conformément à la promeffe de fon écrit fous feing privé, et un état qu'il lui avoit promis tant de l'emploi par lui fait defdites quatre mille livres qui ont été empruntées pour ledit Opéra que des autres dépenfes faites pour ledit fujet, ledit Pirard auroit attiré chez lui ledit plaignant il y a deux à trois jours fous prétexte de lui donner fatisfaction ; où étant avec fa femme, fans avoir aucune méfiance dudit Pirard ni de fa femme qu'ils ne croyoient pas capables de commettre l'action ci-après dite, ladite femme Pirard ayant demandé audit plaignant à voir le billet que fon mari lui avoit fait pour l'intérefler dans ladite fociété, ledit plaignant auroit auflitôt tiré de fa poche ledit billet et l'ayant préfenté à ladite femme Pirard, icelle femme l'a dans l'inflant déchiré et lacéré en morceaux, ce qui auroit fort furpris ledit plaignant et fa femme ; lefquels étant tout émus d'une pareille action, ledit Pirard, pour fufpendre dans ce moment l'efprit du plaignant et l'empêcher de fe porter à quelque extrémité violente où quelque autre moins prudent que lui auroit pu fe porter, lui dit qu'il étoit honnête homme et que quoique ledit billet fût déchiré, il ne feroit pas moins afTocié avec lui et qu'il lui donneroit fatisfaction fur cela, ce que ledit fieur Levié croyant encore volontiers lors, il auroit diflféré de nous en porter plainte. Et comme ledit fieur Pirard perfévère toujours dans le refus de lui donner ledit acte de fociété avec l'état qu'il lui a promis de tous les emprunts et créances qui ont été faits pour ladite fociété auxquels il eft prêt de contribuer pour fa part et portion, il a été confeillé de nous rendre contre lui la préfente plainte.

Signé : Leviez ; Langlois.

(Archivts its Comm., if 4$}i.)

PLACIDE (M"« OLIVIER, dite) , danseuse de corde chez Restier en 1753.

PLACIDE (Alexandre-Placide B.USSART, dit), l'un des meilleurs sauteurs et danseurs de corde du théâtre deNicolet, où il parut vers 1770, était en même temps auteur de diverses pantomimes qui ont obtenu de grands succès. On cite Arlequin, dogue d'Angleterre, Colombine invisible, Arlequin Péruvien, le Malade jaloux, où il remplissait le rôle de Pierrot, et les Amours du Bûcheron et de Nicodème, ou l'Heureux Engagement.

Comme son camarade Paulo Rédigé, dit le Petit Diable, Placide donna de nombreuses représentations en province et à l'étranger, et surtout à Londres. Il revenait par intervalles chez Nicolet, et c'est ainsi qu'il y reparut en 1779 et en 1 781. En 1785, il cessa de faire partie de la troupe où il avait si longtemps brillé, et en 1788, dans un document transcrit plus bas, nous le voyons se qualifier non plus d'acteur chez Nicolet, mais bien de danseur du Roi ; c'est là en effet un titre qu'il revendiquait, et dans un débat qu'il eut avec son ancien directeur, il rappelait avec orgueil que ce titre de danseur du Roi lui appartenait à lui seul et que c'était à tort que Nicolet l'avait pris. Que devint Placide? resta-t-il à Paris ou alla-t-il jouer à l'étranger ? C'est ce qu'on ne saurait dire. MM. de Manne et Ménétrier racontent qu'il y avait en 1830, au petit théâtre des Funambules, un vieil acteur nommé Placide qui jouait les Cassandres et qui malgré son âge faisait preuve d'une grande souplesse ; cet acteur fut trouvé mort un matin sur un banc du boulevard où il s'était couché la veille pris de boisson, et ils se demandent, non sans mélancolie, si ce vieillard misérable n'est pas le même que le brillant Placide du théâtre de Nicolet.

(L# Chroniquenr désauvréf I, 75. — Journal d$ Paris, aa avril 1780, a$ janvier, ^^ octobre 1781. — Ga- Itrie historiqu* dt la troupe d* Nicolet, par MM. de Manne et Ménétrier, 18.)

Placide. 239

Mercredi i8 juin 1777, 6 heures du foir.

Henri-Maximin Rofman, ancien gendarme du Roi, demeurant rue Fontaine, arrêté par Lebel, caporal de pofte aux Enfans-Rouges, à la réquifition d'Alexandre-Placide Bufîart, danfeur chez Nicolet, pour avoir fait tapage et avoir battu ledit BulTart (i). Relaxé.

{Archivts des Comm.f n» iOiz,)

L'an 1780, le famedi 16 feptembre, quatre heures du matin, nous Auguftin- Charles Pierre, etc., ayant été averti par un foldat de la garde de Paris, nous fommes tranfporté rue Ste-Anne, à l'hôtel de la République de Gènes, tenu garni par le fleur Lebreton, à la porte duquel nous avons trouvé Etienne Girard, caporal de la garde de Paris, de pofte à la barrière des Sergens : Lequel nous a dit avoir été requis de fe tranfporter audit hôtel par le domeftique d'un officier qui a eu querelle avec un autre particulier et qui s'eft batm ; pourquoi et parce qu'il ne peut entrer fans notre adiflance dans ledit hôtel, il a requis notre tranfport pour être ordonné ce que de raifon.

£(l audi comparu Jean-Marie de Bauri, colonel d'infanterie au fervice des États-Unis de l'Amérique, logé préfentement audit hôtel : Lequel nous a dit qu'ayant fu ce foir que le fieur Placide, danfeur chez Nicolet, voyoit fréquemment la demoifelle Quéli, logée audit hôtel, fur les lettres de laquelle le comparant s'eft rendu à Paris il y a quelque tems et avec laquelle il vit préfentement, et fâché d'être compromis avec ledit Placide, il lui a répondu à fon offre de lui remettre la clef de la demoifelle Quéli, qu'il n'avoit pas affaire à lui. Que cette réponfe a fufcité entre eux des propos, et ledit Placide ayant jeté fur le comparant une canne dont il efl forti un dard, le comparant a été obligé de fe fervir de la Tienne dans laquelle efl une lame d'épée pour fe défendre. Que le monde de l'hôtel efl furvenu à ce bruit et le comparant a requis la garde. Pourquoi il nous a rendu contre ledit Placide la préfente plainte.

Signé : De Baury.

Ayant enfuite été introduit par le fleur Lebreton dans une chambre au troiûëme étage occupée par la demoifelle Quéli, nous y avons trouvé

(i) Ce gendarme avait insulté Placide sur le tbèitre pendant la représentation. On donnait ce »oir-là au spectacle des Grands-Danseurs du Roi : Madame BrouilUtouî, ou Erreur n'est pas compU, la Soirée villageoise, divertissement précédé du Bal masqué, et un divertissement : Arlequin dans les Iles, grande pantomime à machines avec un divertissement chinois.

Alexandre Placide, premier danfeur du ficur Nicolet, demeurant rue du Pont-aux-Choux, à THôtel Royal : Lequel nous a dit que, fâchant que ledit de Bauri fréquentoit la demoifelle Quéli et pour éviter le bruit, il a remis fur Tefcalier la clef de fa chambre audit Bauri avec lequel il eft remonté chez la demoifelle Quéli, que ledit Bauri a frappée en préfence du comparant qui a voulu la défendre ; mais que ledit Bauri a tiré à Tinftant fur lui une lame d*épée, hors de fa canne. Q,ue le comparant a eu à peine le tems de barrer et de rompre. Qu'il eft faux qu'il ait eu une canne avec un dard ; qu'il n'avoit qu'une canne d'épine fans apprêt et ne fait ce qu'elle eft devenue.

Signé : A. Placide.

Nous avons aulli trouvé dans ladite chambre Antoine Varet, portier dudit hôtel, qui a dit être accouru au bruit qu'il a entendu et a vu ledit Placide qui étoit entré avec une canne, en allonger un coup fur ledit Bauri, et les a féparés. Le (îeur Lebreton et la femme Reine ont de même dit être venus au bruit qui s'eft fait dans ladite chambre et ont féparé lefdits Bauri, et Placide, qu'ils ont été furpris de trouver avec la demoifelle Quéli, attendu que c'eft contre leurs ordres fi quelqu'un va coucher avec elle et qu'ils ignoroient qu'il y vint perfoime la nuit.

Signé : Lebreton; Lacour.

Attendu ce qui réfulte de ce que deflus, nous avons ordonné que ledit Placide fera conduit conmie perturbateur du repos public es prifons du Grand- Châtelet et que ledit Girard s'en chargera pour le remettre au premier officier du guet requis; ce qu'il a à l'inftant fait.

Signé : Pierre.

{Archives des Comm., no 4508.)

De par le Roi

Il eft ordonné à M. Guyot, commiffaire au Châtelet, de fe tranfporter accompagné du fieur Poiffon, infpecteur de police, dans le logement du nommé Placide, à l'effet de faire une exacte perquifition dans fes hardes et effets , de faifir tous les objets qui lui paroîtroient être à l'ufage de femme (autres que ceux qui feront reconnus appartenir à la demoifelle Sophie Edwards, lefquels feront remis à ladite demoifelle) et du tout drelTer procèsverbal.

Signé : Louis.

Et plus bas : Le baron de Breteuil.

L'an 1788, le vendredi 29 février, fept heures du matin, nous Michel- Pierre Guyot, etc., en vertu de l'ordre du Roi à nous adreffé par M. le

Placide. 241

Lieutenant général de police, nous fommes tranfporté, accompagné du fieur Jacques-Gabriel Poiflbn, confeillcr du Roi, infpecteur de police, rue du Petit-Lion, à Thôtel de Provence, tenu garni par la femme Dodet, où étant entré dans une chambre au fécond, ayant vue fur la rue, occupée par le fieur Placide, danfeur du Roi, nous y avons trouvé ledit fleur Placide auquel ayant expliqué le fujet de notre tranfport, ledit fieur Placide nous a dit que fa femme Ta quitté il y a trois mois, a emmené fon enfant et a emporté avec elle toutes fcs hardes et effets ; qu'il n'a aucune chofe à elle appartenante ; qu'il efl prêt et offre de nous ouvrir fa commode et coffres d l'effet d'y faire perquifition.

Ouverture par lui faite de fa commode et coffre, nous y avons fait perquifition par l'événement de laquelle nous n'y avons trouvé aucun objet à ufage de femme. Nous obferve que depuis fon départ il a mis au mont-depiété des effets à elle appartenant qui y font engagés pour huit louis d'or ; que fa femme lui ayant fait énormément de dettes, il a été obligé de prendre ce parti pour payer portion de la dépenfe qu'elle avoit faite à l'hôtel du Bord où elle avoit logé.

Le fieur Poiffon a interpellé ledit fieur Placide de déclarer où efl actuellement la nommée Sophie Edwards qu'il a emmenée de Londres et fommé de la repréfentcr.

Ledit fieur Placide nous a dit qu'il n'a pas emmené cette petite fille, qu'elle cd fille du cocher de fa femme qui l'a emmenée avec elle en venant à Paris, que depuis trois femaines elle efl entre les mains de fon père, qu'il efl prêt et offre de conduire ledit fieur Poiffon en la demeure de ce particulier, rue du Colombier, au Café anglois.

Ledit fieur Poiffon eft parti à l'inftant avec ledit fieur Placide et eft revenu une demi-heure après avec ledit Placide, la demoifelle Edwards et fon père, et les a fait paroftre devant nous.

Le père ne fâchant pas parler françois n'a pu répondre aux différentes queflions que nous lui avons faites que par le truchement dudit fieur Placide, avec lequel il a paru être parfaitement d'accord.

U réfulte des réponfes de la petite fille aux quedions que nous lui avons faites que ledit Placide ne Ta point enlevée; que ladite dame Placide l'a amenée à Paris comme étant à fon fervice et fille de fon cocher ; qu'elle n'a aucun reproche à faire audit fieur Placide qui l'a remife entre les mains de fon père il y a environ trois femaines, et à fon arrivée d'Orléans, et qu'elle cfl âgée de 1 3 ans et demi.

Signé : Sophie Edwards.

Avons de tout ce que deffus dreffè procès-verbal.

Signé : Guyot; Poisson ; Alexendre (sic) Placide.

(Arehivtt dts Comm., n" 2861.)

Voy. Petit Diable (Paulo Rédigé, dit Pol, dit le).

Sp. — II. 16

PLANCHER VALCOUR (Philippe-Aristide-Louis- Pierre), né en 17s I, mort en 181 5, auteur dramatique et comédien du boulevard, fonda en 1785 le spectacle des Délassements-Comiques sur le boulevard du Temple et fut le principal acteur de ce petit théâtre qu'un incendie consuma le 30 décembre 1787. Les Délassements-Comiques furent reconstruits en 1788 et en butte, comme les autres spectacles forains, à la jalousie de la Comédie-Française et de l'Académie royale de musique ; mais ici la persécution atteignit les dernières limites du grotesque: il fut interdit au directeur des Délassements de jouer autre chose que des pantomimes, de faire paraître sur le théâtre plus de trois acteurs à la fois, et ces acteurs devaient être séparés du public par un rideau de gaze. Heureusement que le terme de ces persécutions était proche ; le 14 juillet 1789, jour de la prise de la Bastille, Plancher Valcour, étant en scène, âreva la gaze en criant : Vive la Nation ! et inaugura ainsi le régime de la liberté théâtrale qui fut établi quelques mois plus tard.

(^Biograpbits Michaud et Diiot ; Curiositis théâtrales, p»r V. Fournel, 309.)

POINT DU JOUR. Spectacle mécanique que l'on voyait à la foire Saint-Germain de 175 1. L'annonce de l'entrepreneur de ce spectacle explique quelle en était la nature : « Il eft arrivé à la foire Saint-Germain un théâtre représentant le Point du jour par cent figures habillées et toutes mouvantes qui imitent parfaitement la nature. On montrera tous les jours cette pièce à toute heure jufqu'à 10 heures du foir à l'Opéra-Comique. Il y aura trois fortes de places. »

(Affiches de PariSf lyji.)

OMPÉE (Jean -Etienne -Bernard LECAT, dit) jouait en 1 787 au spectacle des Associés dont il était le premier

Pompée, 243

sujet. Pompée était très-aimé du public qui fréquentait ce théâtre. Brazier, parlant de ce comédien, s'exprime ainsi: «Quand on donnait le Grand festin de Pierre ourAthéefoudroyé/puép^T Pompée^ premier sujet de la troupe, le directeur Salle faisait l'annonce lui-même et criait : « Prrrrnez vos billets !... M. Pompée jouera ce soir avec toute sa garde-robe.... Faites voir l'habit du premier acte ! » Et l'on montrait l'habit du premier acte. « Entrez ! Entrez !.... M. Pompée changera douze fois de costumes. Il enlèvera la fille du Commandeur avec une veste à brandebourgs et sera foudroyé avec un habit à paillettes !... »

(Histoire des petits Théâtres, par Brazier, I, 57.)

L*an 1787, le lundi i6 juillet, cinq heures et demie du matin, en notre hôtel et par-devant nous Mathieu Vanglcnne, etc., eft comparu Nicolas Luci, fergent de la garde de Paris, de polie à la barrière du Temple : Lequel nous a dit qu'il vient d'arrêter un particulier à la réquifition de deux autres qui fe font plaints d'avoir été infultés et maltraités ainfi que leurs femmes fur le boulevard par ledit particulier qu'il a amené en notre hôtel pour être par nous ordonné ce qu'il appartiendra.

Signé : Luci.

Sont auffi comparus fieur Jean-Étienne-Bernard Lecat, dit Pompée, et demcifelle Marie Sollange, fon époufe, et fieur Jean-Pierre-Adrien Deriflart, dit Derci, et demoifelle Marie Sorelle, fon époufe, tous acteurs et actrices du fpectacle des AlTociés, demeurant boulevard du Temple, paroi (Te St-Laurent : Lefquels nous ont dit qu'il y a environ une demi-heure, étant fur le boulevard du Temple vis-à-vis ledit fpectacle, ils ont été infultés par une compagnie de i2'perfonnes tant hommes que femmes qui fc font mis à crier : « Tiens 1 voilà les acteurs du fpectacle de la grimace, il faut les faire monter et pour 2 fous nous nous ferons amufer par eux. x> Qiie ledit fieur Deriûart a été à eux et leur a dit qu'ils étoient malhonnêtes et qu'ils pafTafTent leur chemin, qu'alors le particulier arrêté lui a répondu qu'il falloit finir la querelle à coups de poing, et auflitôt un defdits particuliers a fauté fur l'époufe dudit fieur DerilTart et lui a porté plufieurs coups de parafol fur la tête et fur les bras. Que ledit particulier arrêté eft tombé fur ledit fieur DeriOart et lui a porté plufieurs coups d'une canne qu'il tenoit à la main. Que deux autres particuliers de la compagnie de celui qui efl arrêté ont porté plufieurs coups de canne auxdits fieur et dame Pompée. Que les plaignans ayant appelé au fecours, la garde efl furvenue qui a arrêté l'un defdits particuliers, les autres ayant pris la fuite. Qu'il réfulte de ces mauvais traitemens que ledit fieur I>eriflart a plufieurs meurtriffures au vifage et fur le bras gauche ; que la dame

244 ^^^ Spectacles de la Foire.

fon èpoule a audi des meurtridures fur le bras droit ; que fon peigne efl cafTé et fon mantelet déchiré, le tout ainfi qu'il nous eil apparu : nous rendant plainte defdits faits contre lefdits particuliers.

Signé : Derissart-Dercy ; M. Sorelli; M. Rousselot, dite Solange;

J. E. B. Lecat, dit Pompée.

En conséquence , ayant fait comparoitre ledit particulier arrêté, il nous a dit fe nommer Louis-François Bifton, modeleur, demeurant rue St-Nicolas, et après ravoir entendu en Tes défenfes, attendu les faits contenus en ladite plainte, nous avons ordonné que ledit Bifton fera conduit es prifons de Thôtel de la Force.

Signé : Vanglenne.

{Archives des Comm., n" 5002.)

Voy, Salle.

ONCET (Jeanne-Barbe), actrice du jeu d'Octave pendant la foire Saint-Germain de 17 14.

L'an 1714, le famedi 17 mars, environ les fept heures du foir, nous César- Vincent Lefrançois, etc., nous étant trouvé dans le préau de la foire St- Germain, au jeu d'Octave, étant prêt à fortir du jeu, s'eft préfentée à nous Jeanne-Barbe Poncet, femme de Jacques Amiot, perruquier, demeurant rue Dauphine : Laquelle nous a fait plainte et dit qu'elle s'efl engagée avec le fieur Octave pour la repréfentation de fes jeux et chanter les couplets qui lui feroient donnés ; ce qu'elle a exécuté avec le plus d'exactitude qu'il lui a été poflible et avec toute la décence convenable à des fpectacles publics. Elle a été obligée de fe trouver fur la fcène à plufieurs repréfentations avec le nommé Delaplace, faifant le perfonnage d'Arlequin, lequel, pour l'infulter, au lieu de chanter les couplets de fon perfonnage, difoit : « Fi ! fî ! cela e(l connu. » S'en étant plainte plufieurs fois au fieur Octave, n'étant pas dans le défordre et femme vivant bien avec fa famille, ledit Delaplace n'a pas laiffé de continuer et de l'infulter jufqu'à ce jour qu'il s'eft écrié, en faifant des podures indécentes et déshonnétes : « Fi ! fil cela e(l connu de tout le monde, c'eft de la rue Fromenteau. » La pourfuivant le long du théâtre avec une indécence qui a excité une rifée et un fcandale de toute l'affcmblée. Et comme il a menacé la plaignante qu'elle n'étoit pas encore au bout, la raillant, difant que c'étoit un lazzi de théâtre, c'eft ce qui l'oblige de venir par-devers nous nous rendre plainte.

Signé : Jeanne-Barbe Poncet.

(Archives des Comrn., n» 3826.)

Ponchard. — Préville. 245

PONCHARD (Louis), premier danseur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1784.

Voy, Despant.

PONCHIN, danseur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1784, avait un rôle dans le ballet des Réconciliés, représenté le i*' mars de cette année.

(Journal de Paris, i«r m»rs 1784.)

PORTUGAIS (le), voltigeur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où il parut en 1784, luttait d'adresse et d'agilité avec le Petit Anglais.

(Journal de Paris, % janvier 1784.)

POTIER, danseur à l'Opéra-Comique pendant la foire Saint- Laurent de 1737, avait un rôle dans le ballet intitulé : A new entertainment of dancing of singing, représenté le 9 août de cette année.

(Dictionnaire des Théâtres, II, 420.)

PRÉ VILLE (Pierre-Louis DUBUS, dit), né en 1 72 1 , mort en 1799, célèbre acteur delà Comédie-Française, commença par jouer en province. Il était à Rouen, dans la troupe de Duchemin, quand le directeur de l'Opéra-Comique Monnet, qui avait été frappé de son talent, l'attacha à son théâtre, où il débuta à la foire Saint-Laurent de 1743. Il y resta peu de temps et alla ensuite à Lyon y administrera Grand-Théâtre. Ce ne fut qu'au mois de septembre 1753 ^^^ Prévillc fit ses débuts à la Comédie-Française, où il remplaça François- Arnould Poisson.

(Dictionnaire porlatij des théâtres, par de Léris. — Biographie Didot.)

PRÉVOST, acteur forain, faisait partie de la troupe de Selles, en 1707, quand il épousa la demoiselle Babron, actrice du jeu d'Alexandre Bertrand, Dolct et Delaplace, à la foire Saint-Germain de 1708. Prévost quitta Selles et s'engagea au même théâtre que sa femme pour, les rôles de paysans. En 1709, il abandonna Paris et alla donner des représentations en province.

(^Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 6o.)

PRÉVOST, acteur de la Grande Troupe étrangère, dirigée par Restier et la veuve Lavigne, qui donnait des représentations à la foire Saint-Germain de 1740, remplissait le rôle à' un paysan jouant du fifre dans la Fête anglaise, ou le Triomphe de V hymen, pantomime de Mainbray, représentée le 14 mars de cette année.

{Dictionnaire des Théâtres , II, H^O

PRÉVOST (M"*), sœur ou femme du précédent et actrice de la même troupe, remplissait le rôle d'une paysanne dans la pantomime indiquée ci-dessus.

{Dictionnaire des Théâtres, II, 540.)

PRÉVOST (Jean), entrepreneur de marionnettes dans les rues et aux foires de Paris dès 1741, ouvrit à la foire Saint- Germain de 1749, rue de la Lingerie, son spectacle par une grande pièce qu'il faisait annoncer ainsi : « La revue générale des houlans commandée par M. le maréchal de Saxe, nouveau fpectacle repréfenté devant Leurs Majeftés, monfeigneur le Dauphin, M*"' la Dauphine, les princes et les princefles de la Cour, le 28 novembre 1748, et donné à la foire Saint-Germain, le tout en figures mouvantes, nouvelles par chaque efcadron, qui caracolent, suivi des Amufemenis comiques de Polichinelle. » Peu après, Prévost céda

Prévost, 247

son théâtre ou s'associa avec Nicolas Bienfait II, directeur des Petits-Comédiens du Marais, rue Saintonge, près le boulevard.

(^Dictionnaire des Théâtres, VI, $$4. — Magnin> Histoire des Marionnettes, 172.)

L'an 1741, le premier janvier, huit heures du foir, par-devant nous Louis Cadot, etc., eft comparu Jean Prévoft, joueur de marionnettes, à l'entrée de la rue Neuve-des-Petits-Champs : Lequel nous a dit que deux domeftiques fe font préfentés pour voir fes marionnettes, que l'un d'eux auroit payé 6 fols et l'autre 4 fols; que ce dernier avoit voulu entrer aux places à 10 fols et que, fans fujet, comme des ivrognes, ils ont proféré des juremens effroyables,

traitant le plaignant de Jean f en préfence de plus de 20 perfonnes qui

étoient entrées dans la falle pour voir fes marionnettes, ce qui a engagé lui comparant de leur faire rendre leur argent et en voulant les faire retirer pour empêcher aucune difpute ; qu'après avoir reçu leur argent, l'un d'eux l'auroit

pouffé violemment dans la rue et feroient enfuite tous deux tombés fur lui

à coups de poing et de pied et lui ont déchiré fa chemife et fa vefle de droguet de camelot gris^ et que, lans le fecours du guet qui efl venu aux cris que le public a faits, il étoit expofé d'être affommé par lefdits deux domediques qui ont été arrêtés ; et qu'il eft furvenu un autre particulier qui, impudemment, auroit dit au fergent du guet qu'il n'emmèneroit pas les deux domeftiques qu'il n'eût rendu le chapeau à l'un d'eux. Lequel fergent, pour prévenir rébellion, auroit voulu arrêter ledit particulier qui s'eft jeté fur ledit fergent, l'a terraffé, lui a déchiré Ion habit, aînfi que ledit fergent nommé Martial Corby nous l'a réitéré et fait voir fon habit déchiré à l'épaule gauche d'environ de 5 ou 6 pouces; dont il nous rend plainte ainfi que ledit Prévoft des faits ci-dc(fus.

Signé : J. F ; Corby.

Et ledit Prévoft a feulement fait deux lettres qui font un J et un P qu'il nous a dit être fa fignature ordinaire. De figner fa fignature entière l'avons femme, ce qu'il nous a déclaré ne favoir.

* {Archives des Comm,, n<* 142$.)

L'an 1748, le lundi i8 novembre, quatre heures de relevée, en notre hôtel et par-devant nous François Merlin, etc., font comparus meffire André

Liefle, prêtre du diocèfe de Paris, Marie-Marguerite Hébert, veuve du fieur Claude François, marchande mercière, demeurant quai de la MégifTerie, Pierre Bertin, marchand mercier, Pierre Viart, bourgeois de Paris, demeurant rue de la Saunerie, paroiffe St-Germain-l'Auxerrois, tant pour eux que pour les autres voifms : Lefquels nous ont rendu plainte contre un particulier qui, depuis environ trois femaines, eft venu s'établir dans la boutique dépendant de la maifon du fleur Olivier, fufdite rue de la Saunerie, où il fait voir des marionnettes (i), et nous ont dit que depuis le tems que ledit particulier efl venu dans ladite rue, il y caufe un défordre et un fcandale confidérables par les repréfentations, parades et appels qu'il fait par deux gagnedeniers qui crient à haute voix dans toute l'après-midi et au fon du tambour tant dans ladite rue de la Saunerie que fur le quai ; que le concours de populace que ramaflent ces parades et repréfentations caufe un grand défordre et expofe les marchands à être volés, et non-feulement empêche le commerce des marchands de ladite rue, mais encore occafionne des accidens par les voitures qui pafTent par le quai et par la rue, où la voie publique fe trouve interrompue; qu'ils obfervent encore une circonftance qui mérite l'attention des magiflrats, c'eft qu'au-deflus de la porte de la boutique où fe font ces repréfentations eft expofée une image de la Sainte Vierge, en forte que le fcandale qui fe commet dans ce lieu en e(l d'autant plus répréhenfible. De laquelle déclaration ils nous ont requis acte.

Signé : Liesse; Merlin; etc.

{Archives dts Comm.» n" 23x5.)

PRÉVOST (Jacques-Augustin), acteur du boulevard et entrepreneur de spectacles, né en 1753, mort en 1830, commença par montrer un optique aux foires. En 1788, il fut nommé instructeur géographe des Enfants de France; mais la prise de la Bastille fît évanouir les espérances que cette nomination avait fait concevoir à Prévost qui, au mois d'août 1789, s'engagea comme acteur et comme décorateur au théâtre des Associés, où il fit aussi représenter quelques petites pièces. Ses occupations théâtrales ne lui firent pas cependant abandonner son premier métier, et si le soir il montait sur les planches, dans la journée il faisait voir aux curieux un optique représentant des vues d'Eu-

(i) Ce joueur de marionnettes n'était autre que Jean Prévost; c'est ce que nous apprend la note mise sur le document par le commissaire Merlin.

Prieur. 249

rope et d'Asie dessinées en couleurs. Prévost, dont Brazier nous a laissé un touchant portrait, prit après SalIé la direction du théâtre des Associés, et lui donna le nom de Théâtre sans prétention.

(Brazier : Histoire des petits Théâtres ^ I, $7. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 112.)

PRIEUR (M"«), actrice de la troupe de Lécluze en 1778, puis des Variétés-Amusantes en 1779, était encore attachée au théâtre des Variétés du Palais-Royal en 1788. Pendant cette période de dix années. M"* Prieur a joué une multitude de rôles; nous citerons seulement : Madame Lerond dans Christophe Lerond, comédie en un acte, en prose, de Dorvigny (2 janvier 1782) ; une paysanne dans Ésope à la foire, comédie épisodique en un acte^ en vers, de Landrin (30 juillet 1782); Madame Dupuis dans Churchill amoureux, ou la Jeunesse de Marlborough, comédie en deux actes, en prose, par Guillemain (7 août 1783); Madame Thomas, poissarde, dans les Cent Écus, dramQ poissard en un acte, en prose, par Guillemain (20 novembre 1 783) ; Proserpine, déesse des Enfers, dans les Caprices de Proserpine, ou les Enfers à la moderne, pièce épisodi-comique en un acte, en vers, par Pujoulx (16 juillet 1784); Madame Dorval dans les Défauts supposés, comédie en vers et en un acte, par Sedaine de Sarcy (28 janvier 1788), etc., etc. Dans le pamphlet intitulé: le Chroniqueur désœuvré, ou l'Espion du boulevard du Temple, M"' Prieur est dépeinte comme une femme en proie aux plus abominables vices, et il est impossible de citer une seule ligne des deux articles qui lui sont consacrés dans ce livre. M"* Prieur a été appelée quelquefois Leprieur.

{^Le Chroniqueur désauvré, I, io6; II, 37. — Brochures intitulées: Christophe" Lerond» Paris, Cailleau, 1788; Ésope À la Foire, Amsterdam et Paris, Cailleau, 1782; Churchill amoureux, Paris, Cailleau, 1785-, les Cent i^cui, Avignon, Garrigau, 1791 ; les Caprices de Proserpine, Paris, Cailleau, 1785 ; Its Défauts supposés, Paris, Cailleau, 1788.)

PRIN, acteur forain de la troupe de la veuve Maurice, où il ]o\!L2iit\ts arlequins en 1698, se retira du théâtre en 1704. Cet acteur excellait, dit-on, à jouer de la trompette marine.

{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 12.)

PROCÈS DES COMÉDIENS FRANÇAIS ET DES CO- MÉDIENS FORAINS. Ce fut Alexandre Bertrand qui essuya les premières poursuites de la Comédie-Française. Encouragé par les succès qu'obtenaient ses marionnettes, il crut pouvoir ajouter des acteurs véritables à ses acteurs de bois. Les Comédiens français, informés de ce fait, s'adressèrent au lieutenant de police de la Reynie, et celui-ci rendit, le lo février 1690, une sentence ordonnant la démolition du théâtre d'Alexandre Bertrand, et qui fut mise à exécution le jour même par le commissaire Gazon. En 1699, Bertrand ayant commis de nouvelles contraventions, d'Argenson, alors lieutenant de police, rendit deux sentences. Tune en date du 20 et l'autre du 27 février, portant défense à tout particulier de représenter aucune comédie ou tarce, et pour y avoir contrevenu condamnant Alexandre Bertrand, Maurice von der Beck et Alard à 1,500 livres de dommages-intérêts envers les Comédiens du Roi. Les trois directeurs forains appelèrent de ces sentences au Parlement, où l'affaire resta longtemps pendante. Elle y était encore en suspens au moment de la foire Saint-Laurent de 1702, époque où les Comédiens français obtinrent encore du lieutenant général de police deux nouvelles sentences contre les forains. Ceux-ci joignirent l'appel de ces deux sentences à celui qu'ils avaient déjà formé contre les deux premières, et le 26 juin 1703 un arrêt du Parlement leur donna tort, en confirmant les condamnations prononcées par d'Argenson. D^éçus dans leur espoir et ne sachant plus à quel parti s'arrêter, les malheureux forains eurent alors l'idée de ne plus représenter que des scènes détachées qui cependant formaient par le dénouement une

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 251

espèce de pièce; ils espéraient que ces parades paraîtraient inoffensives à leurs ennemis ; ils se trompaient. Ces derniers, furieux de voir la foule se rendre aux théâtres forains et y applaudir des choses informes, résolurent d'en finir à tout prix avec ces entêtés qui leur enlevaient leurs spectateurs, et le 15 janvier 1704 ils obtinrent une sentence du lieutenant de police qui interdisait absolument ce nouveau genre de spectacle. Les Comédiens forains en appelèrent au Parlement; c'était leur ressource habituelle, et la lenteur des procédures à cette juridiction leur permit de continuer leurs représentations pendant les foires Saint-Germain et Saint- Laurent de 1704 et de 1705. A la foire Saint-Germain de 1706, les Comédiens français, exaspérés de ne pouvoir en finir avec des adversaires aussi tenaces, s'adressèrent de nouveau au lieutenant de police qui, le 19 février et le 5 mars, rendit deux sentences interdisant à la veuve Maurice, à Alexandre Bertrand, à Christophe Selles et à Gilles Tiquet de jouer aucune comédie, les condamnant chacun à 300 livres de dommages-intérêts envers les Comédiens français et à 20 livres d'amende envers le Roi. Les sentences portaient en outre qu'en cas de contraventions nouvelles, il serait loisible aux Comédiens français de démolir le théâtre de celui qui s'en serait rendu coupable. Pour conjurer l'orage qui les menaçait, la veuve Maurice, Bertrand et les autres eurent l'idée de se mettre sous le patronage d'un puissant prince de l'Église, dans l'espérance que le Parlement alors se montrerait moins rigoureux ; ils firent appeler de ces sentences par le receveur des revenus de l'abbaye de Saînt-Germain-des-Prés, en lui faisant alléguer que l'interdiction faite aux Comédiens forains de représenter aucune pièce sur leurs théâtres causait un préjudice énorme au cardinal d'Estrées, abbé de Saint-Germain-des-Prés et propriétaire des terrains où leurs théâtres étaient construits. Ils firent même tant et si bien que le cardinal lui-même intervint au procès pour revendiquer les franchises de la foire. Quant à eux, parties intéressées, ils durent faire de leur côté une requête d'intervention. Le tout fut joint. Mais décidément les forains n'avaient pas de bonheur, car

le 22 février 1707 le Parlement rejeta les requêtes du cardinal d'Estrées et de son receveur et confirma purement et simplement les sentences du lieutenant de police. La situation était grave : l'arrêt interdisait aux farceurs et danseurs de corde de la foire de représenter aucune comédie, colloque ou dialogue, et les réduisait par conséquent au monologue. Il était bien difficile dans de pareilles conditions de pouvoir jouer quoi que ce fût d'intéressant; ils l'essayèrent pourtant, et soutenus dans leur entreprise par le public, que cette lutte intéressait et qui leur donnait évidemment raison contre la Comédie-Française, ils parvinrent encore à attirer dans leurs salles un nombre très-satisfaisant d'auditeurs. Ce n'était pas là ce qu'espéraient les Comédiens français; aussi, sous prétexte de quelque infraction à l'arrêt du 22 février 1707 commis par la troupe de Delaplace et Dolet qui jouait chez Alexandre Bertrand, ils firent dresser procès-verbal les 11 et 30 août 1707 par les commissaires Cailly et Dubois et assignèrent Bertrand, Dolet et Delaplace devant le lieutenant général de police. Ce dernier rendit le 9 septembre la sentence suivante : « Sentence rendue par le lieutenant général de police du Châtelet de Paris entre les Comédiens français, demandeurs en requête du 30 août 1707 a ce que : attendu les contraventions faites par Dolet, Laplace et autres aux fentences, arrêts et règlemens, le lieu où ils font leurs repréfentations fera fermé et leur théâtre abattu et démoli ; même permis aux comédiens à toutes autres contraventions, foit à la foire Saint-Laurent, foit à la foire Saint-Germain, de faire abattre et démoHr les théâtres qu'ils pourront conftruire. Et attendu la récidive, qu'ils feront condamnés folidairement et par corps en 6,000 livres de dommages-intérêts et en tous les dépens ; d'une part. Et lefdits Dolet et Delaplace et autres, défendeurs d'autre part : par laquelle ouïs les commiflaires Dubois et Cailly en leur rapport, lefdits Dolet et Delaplace ont été condamnés folidairement avec tous les acteurs en 500 livres de dommages et intérêts envers les Comédiens pour les contraventions par eux commifesaux arrêts et règlemens et en tous dépens. » Suivant leur habitude, les Co-

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains, 253

médiens forains formèrent immédiatement appel au Parlement et rédigèrent un mémoire justificatif de leur conduite. Autant en firent de leur côté les Comédiens français, et le procès fut jugé le 21 mars 1708 par le Parlement, qui donna complètement tort aux forains. Ceux-ci alors payèrent d'audace, et à la foire Saint- Laurent de 1708 ils ouvrirent bravement leurs salles de spectacle. Forts de leurs droits, les Comédiens français firent constater le 3 août la contravention, et présentant requête au Parlement, ils obtinrent le 20 un arrêt par défaut auquel Dolet et Delaplace firent opposition le 28, et gagnant ainsi du temps, ils arrivèrent sans encombre jusqu'à la fin de la foire Saint-Laurent. Enfin, le 2 janvier 1709,1e Parlement rendit un arrêt définitif ordonnant l'exécution des précédentes sentences et des arrêts rendus sur ce point. Les forains en étaient donc décidément réduits à la danse de corde et aux marionnettes; c'était dur pour eux qui avaient formé des troupes où l'on comptait d!excellents acteurs et gui avaient un matériel théâtral relativement considérable, le tout acquis au prix de grands sacrifices. L'approche de la foire Saint- Germain les rendit inventifs, et c'est alors que la nécessité leur fournit un moyen excellent, celui de faire naître un conflit de juridiction. Alexandre Bertrand fit une vente simulée de ses loges, décorations, etc., à deux Suisses de la maison du Roi nommés Holtz et Godard, qui se partagèrent les deux troupes dirigées l'une par Dolet et Delaplace, l'autre par Christophe Selles. Devenus directeurs de spectacles forains, Holtz et Godard sollicitèrent alors de la police la permission nécessaire pour donner des représentations à la foire Saint-Germain. On la leur accorda; mais la veille de l'ouverture de la foire, le lieutenant de police, averti sans doute de la manœuvre, leur retira la permission de jouer des pièces et les restreignit aux danses de corde et aux marionnettes. Ceci ne faisait nullement le compte des Comédiens forains; aussi mettant leurs prête-noms en avant, ils se pourvurent contre la sentence du lieutenant de police en la Prévôté de l'Hôtel, juridiction où se jugeaient les causes des commensaux de la maison du Roi et où.

comme tels, Holtz et Godard avaient le Committimus. C'était habile, mais ils ne réussirent pas; car la Prévôté de l'Hôtel les débouta de leur opposition. Holtz et Godard alors en appelèrent au Grand-Conseil et y assignèrent les Comédiens français. Ceux-ci déclinèrent la juridiction en déclarant qu'ils avaient leurs causes au Parlement, et comprenant le but de cette assignation, présentèrent immédiatement requête au Parlement pour l'exécution de l'arrêt du 2 janvier précédent. Leurs conclusions furent adoptées dans un arrêt par défaut rendu par le Parlement contre Holtz et Godard et qui devint exécutoire faute d'opposition de la part de ces derniers. En conséquence, le samedi 20 février 1709, à l'heure de la sortie du spectacle, une troupe d'acteurs, escortée d'huissiers du Parlement, se rendit à la foire Saint-Germain, dans la loge occupée par Holtz, et signification fut faite de l'arrêt qui ordonnait la destruction du théâtre. A ce moment, deux huissiers du Grand- Conseil lurent aux agents de la justice du Parlement un arrêt du Grand-Conseil rendu le jour même, qui cassait l'arrêt en vertu duquel on voulait procéder à la démolition du théâtre. Mais la force resta aux gens du Parlement, et en dépit de tout la démolition du théâtre fut commencée. La nuit seule vint interrompre le travail, et les acteurs durent se retirer, suivis des huissiers. Alors Holtz reparut, et, aidé par une multitude d'ouvriers, il fit reconstniire entièrement son théâtre, qu'il ouvrit le lendemain comme si de rien n'était et dans lequel il donna une représentation, l'une des plus brillantes des annales de la foire. Le jour même, les gens du Parlement revinrent et firent complètement démolir le théâtre, sur les ruines duquel ils laissèrent des acteurs en garnison. Ils se rendirent ensuite à la loge de Godard et simulèrent un commencement de démolition. Holtz et Godard firent alors dresser procès-verbal de ces faits et le joignirent à une requête qu'ils adressèrent au Grand-Conseil auquel ils demandèrent justice. Le 14 mars 1709, cette juridiction leur donna gain de cause et condamna les Comédiens français à 6,000 livres de dommages-intérêts et à 600 hvres d'aumône. Aussitôt Holtz et Godard firent rebâtir leur

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 255

théâtre et reprirent leurs représentations, à la grande joie du public ; puis le 21 ils firent signifier Tarrêt aux Comédiens français. Ceuxci n'ayant pas donné signe de vie, Holtz et Godard firent pratiquer une saisie à THôtel de la Comédie-Française pour sûreté des sommes à eux attribuées par le Grand-Conseil. Les Comédiens forains triomphaient alors et se vengeaient des humiliations qui leur avaient été si longtemps infligées ; leur triomphe fut cependant de courte durée, car les Comédiens français, qui pour se débarrasser désormais de la saisie avaient été obligés de déposer chez un notaire les sommes qu'ils avaieftt été condamnés à payer, en appelèrent à la juridiction suprême, au Conseil privé, sorte de cour de cassation qui jugeait les procès en dernier ressort. En vertu de cet appel, le 15 avril 1709, le Conseil privé rendit un arrêt qui renvoya l'affaire par-devant le Conseil d'État, où le II mars 17 10 les comédiens forains eurent la douleur de perdre absolument et définitivement un procès qu'ils avaient soutenu avec une ténacité et une énergie remarquables. Holtz et Godard, qui en réalité n'avaient pas grand intérêt dans toutes ces querelles, résilièrent alors la vente qui leur avait été faite par Alexandre Bertrand, et Christophe Selles, dégoûté de tant d'obstacles, quitta Paris. Quant à Dolet, Delaplace et Bertrand, ils tinrent bon et continuèrent leurs représentations; mais ils furent obligés de jouer à la muette, c'est-à-dire sans parler, avec des écriteaux ou cartons sur lesquels on imprimait en gros caractères les parties des rôles qu'il était impossible aux acteurs de faire comprendre par leurs gestes ou le jeu de leur physionomie. Ces cartons enroulés étaient placés dans la poche droite de chaque artiste qui, selon les besoins du rôle qu'il jouait, les exposait aux yeux des spectateurs et les remettait après s'en être servi dans la poche gauche. Quelquefois sur ces cartons étaient écrits des couplets que des gens payés exprès et placés dans la salle chantaient tout 1 haut, accompagnés par l'orchestre. Plus tard et pour la commodité des acteurs et des spectateurs, on supprima les écriteaux dans la poche et on les fit descendre du plafond du théâtre. Tel est en

résumé l'historique de la grande lutte soutenue, au commencement du dix-huitième siècle, par les Comédiens forains contre la Comédie-Française. A vrai dire, le combat des théâtres libres contre les théâtres privilégiés ne cessa qu'à la Révolution, et Ton en trouvera des preuves évidentes en maint endroit de ce livre ; mais jamais les hostilités ne furent si vivement engagées, et surtout à aucune époque le public ne s'intéressa autant à la lutte, témoignant en toute occasion de ses sympathies pour les pauvres Comédiens des foires, que de puissants rivaux voulaient écraser dans le seul but d'attirer«à la Comédie-Française les spectateurs qui avaient le mauvais goût d'oser s'amuser ailleurs. On trouvera ci-après, in extenso ^ les pièces originales qui ont servi à composer cette notice.

Sur la requête préfentée au Confcil par Alexandre Bertrand, Chridophe Selles, Rochefort, Reftier et leurs affociés, fauteurs et danfeurs de corde faifant leurs exercices dans le préau de la foirtf St-Germain-des-Prés-lès-Paris, tendante à ce qu'il plaife au Confeil cafTer et annuler la fentence du Lieutenant général de police du Châtelet de Paris, du 5 du préfent mois de mars, et ordonner que les parties en viendront â Téchéance des aflignations au Confeil pour y procéder fur leurs demandes, avec défenfe de fe pourvoir ni faire pourfuites ailleurs qu'au Confeil, à peine de nullité, caffation de procédures, 1,500 1. d'amende, dépens, dommages et intérêts :

Vu par le Confeil ladite requête ; copie de fentence de police du Châtelet de Paris obtenue par les comédiens de la troupe du Roi établie à Paris, contre lefdits danfeurs de corde, par laquelle en tant que touche la veuve Maurice elle fera tenue de fe conformer aux fentences et règlemens de police, et fuivant iceux, défenfes font faites à tous fauteurs et danfeurs de corde de repréfenter aucune comédie, ni même aucun colloque ; pareilles défenfes leur font faites de proférer aucune parole qui foit contraire à la pureté des mœurs, à peine de démolition de leur théâtre et de punition corporelle, et la fentence affichée dans le préau de la foire et lieux circonvoifms, et efl enjoint au commiflaire Bizoton d'y tenir la main : Et à l'égard dudit Bertrand il e(l dit que la fentence de 1690 fera exécutée, du 19 février 1706; requête verbale defdits danfeurs de corde à ce qu'ils foient reçus oppofans

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains» 257

à l'exécution de ladite fentencc et le tout déclaré nul, du 4 mars 1706; acte de dénonciation faite par lefdits danfeurs de corde à Mathieu Blanpignon, fîeur Defpojet, receveur général dû* temporel de ladite abbaye de St-Germaindes-Prés, des procédures contre eux faites devant ledit Lieutenant général de police par lefdits comédiens, dudit jour 4 mars 1706; copie de requête préfentée au Confeil par meflire Céfar, cardinal d'Eftrées, évêque de Laon, abbé de ladite abbaye de St-Germain-des-Prés, à ce qu*il lui foit permis d*y faire aflîgner lefdits danfeurs et fauteurs de corde et le nommé Blanpignon, pour y procéder fur leurs demandes qui demeureront évoquées au Confeil ; exploit d'adignation étant enfuite, des 5 defdits mois et an; fentence du Lieutenant général de police qui ordonne l'exécution des précédentes fentences, fait défenfes à la veuve Maurice de repréfenter fur fon théâtre aucun fpectacle où il y ait des dialogues, et e(l ordonné que la repréfentation dédgnée fur le procès-verbal du commifTaire Bizoton fera réformée, défenfe d'en faire à l'avenir aucune qui foit contraire à la bienféance et à la pudeur, dudit jour 5 mars 1706, et autres pièces attachées à ladite requête :

Le Confeil, ayant égard à ladite requête, fans s'arrêter à la fentence du Lieutenant général de police du Châtelet de Paris du 5 du préfent mois de mars, a ordonné et ordonne que les parties en viendront à l'échéance des afSgnations pour y procéder fur leurs demandes; enjoint aux fupplians de ne dire ni faire aucune chofe qui foit contraire à la bienféance et la pureté des mœurs : a fait défenfes aux parties, pour raifon de ce que deffus, circonfiances et dépendances, de fe pourvoir ni faire pourfuites de procédures ailleurs qu'au Confeil, à la peine de nullité, cafTation de procédures, 1,500 1. d'amende, dépens, dommages et intérêts. Fait au Confeil, à Paris, le 1 1 mars

Signé : de Verthamon ; Olier.

iGtëud-Conseil, V^ 682.

Vu par la Cour la requête préfentée par Us comédiens de la troupe du Roi établie à Paris à ce qu'ils fuffent déchargés ^les pourfuites contre eux faites au Grand-Confeil à la requête d'Alexandre î^ertrand, les nommés Selles, Rochefort, Reftier, Tiquet et fa femme, toui danfeurs de corde et joueurs de marionnettes ; et, en conféquence, malgré lés défenfes portées par l'arrêt du Grand-Confeil du ii mars dernier, qu'il fclt ordonné que les parties procéderoient en première inftance, pour raifon djs contraventions faites aux ordres du Roi, par-devant le Lieutenant général de police jufques à et par appel à la Cour ; que défenfes fuffent faites aux parties de procéder au Grand- Gonfeil à peine de caffation, 3,000 1. d'amende, dépens, -i^mmagcs et in-

Sp. — II. 17

2s8 Les Spectacles de la Foire.

térêts : vu auffi les pièces attachées à ladite requête, fignée Delacour, procureur, concluions du procureur général du Roi, ouï le rapport de meflîre Hiérofme Mérault, tout confidéré ; la Cour a déchargé les fupplians des aÛîgnations à eux données au Grand-Confeil, ce faifant, ordonne que les parties procéderont en première inftance au Châtelet fuivant les derniers erremens et par appel en la Cour. Fait défenfe de fe pourvoir et faire pourfuites ailleurs à peine de nullité et de tous dépens, dommages et intérêts. Fait en Parlement le 15 juin 1706.

Signé : Le Peletier ; Mérault.

(Përlement, X, 3072.)

Sur la requête préfentée au Confeil par meflîre Céfar, cardinal d'Eilrées, ancien évêque de Laon, pair de France, commandeur des ordres du Roi, abbé de Tabbaye de St-Germain-des-Prés-lès-Paris, tendante à ce que, fans avoir égard à Tarrêt du Parlement du 1 5 juin dernier, il foit ordonné que l'arrêt du Confeil du 1 1 mars précédent fera exécuté félon fa forme et teneur, en conféquence les nommés Bertrand, Selles, Rochefort et confors, aiïbciés, fauteurs et danfeurs de corde, foient déchargés des aflignations qui leur ont été données le 23 dudit mois de juin dernier, à la requête des comédiens du Roi établis à Paris ; que défenfes foient faites aux parties de fe pourvoir ni faire pourfuites ailleurs qu*au Confeil et à tous huifliers et fergens de mettre, ni faire mettre à exécution la fentence obtenue par lefdits comédiens au Châtelet de Paris le 5 mars 1706, contre lefdits fauteurs et danfeurs de corde et de faire aucune contrainte et exécution, ni d'attenter à leurs perfonnes à peine de nullité, caffation de procédure, 1,500 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts; ce faifant, cafTer, révoquer et annuler les commandemens , faifies et exécutions faites fur lefdits fieurs Bertrand et confors les 6 et 12 du préfent mois de juillet : en conféquence, que le gardien des meubles faifis foit et demeure > ien et valablement déchargé, avec défenfe aux parties de faire pourfuites ailleurs qu'au Confeil à peine de nullité, caffation de procédure, i,$oo 1. d'amende, dépens, dommages et intérêts.

Vu par le Confeil ladite requête, ledit arrêt du Confeil dudit jour, 11 mars 1706, rendu fur la requête defdits danfeurs et fauteurs de corde par lequel, fans s'arrêter à la fentence du Lieutenant général de police au Châtelet de Paris du 5 mars 1706, il efl ordonné que les parties en viendront à l'échéance des affignations ; copie dudit arrêt du Parlement de Paris dudit jour 15 juin 1706, rendu fur la requête defdits comédiens, qui les décharge des affignations à eux données au Confeil, fignifié le 23 defdits mois et an ; lefdits commandemen^^t^railïès en exécution defdits jours 6 et 12 juillet 1706;

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 259

ladite exécution faite fur ledit Bertrand, et autres pièces attachées à ladite requête.

Le Confeil, ayant égard à ladite requête, fans avoir égard à l'arrêt du Parlement de Paris du 15 juin 1706, a ordonné et ordonne que Tarrêt du Confeil du 1 1 mars audit an fera exécuté félon fa forme et teneur ; ce faifant, a déchargé lefdits Bertrand, Selle, Rochefort et confors des affîgnations à eux données audit Parlement de Paris le 23 dudit mois de juin 1706 à la requête defdits comédiens ; en conféquence a cafTé, révoqué et annulé les commandémens, faifies et exécutions faites à la requête defdits comédiens fur lefdits danfeurs et fauteurs de corde les 6 et 12 du préfent mois de juillet, leur fait pleine et entière main-levée defdites faides et exécutions, a déchargé les gardiens des meubles et chofes exécutées, a fait défenfe aux parties, pour raifon de ce que deffus, circonftances et dépendances, de fe pourvoir ni faire pourfuites et procédures ailleurs qu'au Confeil, à peine de nullité, caflation de procédure, 1,500 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts. Fait au Confeil, à Paris, le 17 juillet 1706.

Signé : de Verthamok; Hervé.

{GraHd'Conseil, V», 683.)

Entre Jacob du Frefnay, receveur général de l'abbaye de St-Germain-des- Prés-lès-Paris, demandeur aux fins de la requête préfentée à la Cour le II février 1707 à ce qu'il fût reçu appelant des fentences rendues par le Lieutenant général de police du Châtelet des 19 février et 5 mars 1706 et de tout ce qui s'en eft enfuivi en ce que par icelle on a autorifé la veuve Maurice de faire jouer feule fauteurs et danfeurs de corde et fes autres jeux dans le jeu de paume de la rue dts Quatre- Vents ; en ce que par icelle il eft fait défenfes à tous autres fauteurs et danfeurs de corde de repréfenter des comédies ni autres colloques dans le préau de ladite foire de St-Germain ; et encore en ce que on les a condamnés en des amendes : tenir le fuppliant bien relevé, lui permettre de faire intimer fur ledit appel et affigner en la Cour ladite veuve Maurice, les comédiens ordinaires du Roi et tous autres qu'il appartiendra pour voir infirmer leidites fentences ; et, ce pendant, faire défenfes de les exécuter et à la veuve Maurice et à tous autres forains de faire leur commerce, jeux et repréfentations ailleurs que dans l'enclos de la foire et préau d'îcelle, paffer outre et faire pourfuite ailleurs qu'en la Cour à peine de 1,000 1. d'amende, d'une part; et les comédiens ordinaires du Roi, défendeurs et intimés, d'autre part ; et entre mef&re Céfar d'Eflrées, cardinal de la faintc Églife romaine, évêque de Laon, pair de France, abbé de l'abbaye de St-Germain-des-Prés-lès-Paris, demandeur aux fins de la requête par lui préfentée à la Cour le 1 2 du même mois de février, à ce que, attendu la dé-

26o Les Spectacles de la Foire.

nonciation et fommation à lui faite par ledit du Frefnay, fermier général des revenus de ladite abbaye de St-Germain-des-Prés, et qu'il s'agit des droits, privilèges et franchifes de la foire St-Germain appartenante à ladite abbaye, il plût à la Cour le recevoir partie intervenante en la caufe d'entre ledit du Frefnay, les comédiens et autres : y faifant droit, acte lui foit donné de ce qu'il adhère aux appellations et conclurions prifes par ledit du Frefnay, fon fermier; et, en conféquence, que défenfes fuflent faites d'exécuter les fentences du Lieutenant général de police aux chefs dont ledit du Frefnay eft appelant, et, au furplus, que les concluflons prifes par ledit du Frefnay lui foient adjugées, d'une part; et les comédiens ordinaires du Roi, défendeurs, d'autre; et encore entre Alexandre Bertrand, Chriftophe Selles, Pierre

Michu de Rochefort, Reftier, Gilles Tiquet et confors, demandeurs en

requête du 19 du préfent mois de février à ce qu'ils fuifent reçus parties intervenantes en la caufe d'entre ledit fieur cardinal d'Edrées, abbé de ladite abbaye de St-Germain-des-Prés, le fleur du Frefnay, fon receveur, et les comédiens ordinaires du Roi fur l'appel des fentences du Lieutenant général de police des 19 février et 5 mars 1706, y faifant droit, les recevoir appelans defdites fentences des 19 février et 5 mars 1706 et 18 du préfent mois de février ; ce faifant, prononçant fur ledit appel, mettre l'appellation et ce dont a été appelé au néant ; émendant, les décharger des condamnations contre eux prononcées par les fentences dont efl appel au profit des comédiens ordinaires du Roi et des amendes auxquelles ils ont été condamnés par lefdites fentences : ordonner que les fommes par eux payées en vertu d'icelles, leur feront rendues par les voies de droit, à ce faire les dépofitaires contraints ; et que, conformément aux privilèges et franchifes de la foire, il leur fera permis , pendant le tems d'icelle, de repréfenter petites comédies et farces conformes à la bienféance ; condamner les comédiens ordinaires du Roi aux dépens tant des caufes principales que d'appel, d'une part ; et ledit fieur cardinal d'Eftrées, abbé de l'abbaye de St-Germain-des-Prés, ledit Jacob du Frefnay, receveur général de ladite abbaye, défendeurs ; et lefdits comédiens ordinaires du Roi, aufTi défendeurs et intimés fur ledit appel, d'autre part ; et entre ledit Jacob du Frefnay, receveur général de ladite abbaye de St- Germain-des-Prés, demandeur aux fins de la requête du 21 du même mois de février à ce qu'il fût reçu appelant de la fentence rendue par le Lieutenant général de police du Châteict le 18 dudit mois de février en adhérant à fes premières appellations des fentences du même juge des 19 février et 5 mars 1706; ce faifant, en prononçant fur lefdites appellations, icelles mettre et ce dont a été appelé au néant, en ce qu'on a autorifé la veuve Maurice de faire jouer fauteurs et danfeurs de corde dans le jeu de paume de la rue àts Quatre- Vents, quoique les franchifes et privilèges appartiennent au feul propriétaire de la foire et que les particuliers n'en doivent jouir que dans l'enclos et préau d'icelle : et en ce qu'il eft fait défcnfe par ladite fentence à tous autres fauteurs et danfeurs de corde de repréfenter des comédies ni aucun colloque fur leur théâtre dans le préau de ladite foire ; émendant, débouter lefdits comé-

Procès 4e5 Comédiens français et des Comédiens Jorains. 26 1

diens ordinaires du Roi de leur requête par eux préfentée au Châtelet le II février 1706, fur laquelle la fentence du 19 a été obtenue : ordonner qu'il fera permis audit Bertrand et à tous autres de repréfenter dans Tenclos et préau de la foire des pièces et petites comédies, pendant le tems feulement de la foire, en vertu des franchifes et privilèges d'icelle, et faire défenfe à la veuve Maurice et à tous autres forains de s'établir et faire leurs jeux et repréfentations ailleurs que dans l'enclos et préau d'icelle, les comédiens condamnés aux dépens, d'une part; et lefdits comédiens ordinaires du Roi, défendeurs et intimés fur ledit appel, d'autre part;

Après que Détroyes, avocat de du Frefnay; Gui, avocat du cardinal d'Eftrées; Châtelain, avocat de Bertrand etconfors, intervenans, et Dumont, avocat des comédiens du Roi, ont été ouïs, enfemble Portail pour le procureur général du Roi : la Cour a reçu et reçoit la partie de Gui, partie intervenante, et, fans s'y arrêter, ni aux requêtes des parties de Détroyes et de Gui, a mis et met les appellations au néant, ordonne que ce dont a été appelé fortira effet, condamne les appelans en l'amende de 12 livres et aux dépens. Fait le 22 février 1707.

{Parlement, X, 7264.)

Entre Charles Dolct, Antoine de Laplace et Alexandre Bertrand, danfeurs de corde et joueurs de marionnettes, appelans d'une fentence rendue au Châtelet de Paris par le Lieutenant général de police le 9 feptembre 1707, d'une part; et les comédiens ordinaires du Roi, intimés et demandeurs en requête du 5 du préfent mois de mars à ce que, en venant plaider fur l'appel interjeté par lefdits de Laplace, Dolet et Bertrand, de la fentence du Lieutenant général de police du 9 feptembre 1707 et icelle confirmant avec amende et dépens, ordonner que la fentence et arrêt de la Cour feront exécutés ; ce faifant, que défenfes leur feront faites et à tous autres, de quelque qualité et condition qu'ils foient, de jouer tant dans l'enclos des foires de St-Laurent et de St-Germain que dans la ville de Paris aucune comédie, farce, dialogue et autres divertiffemens qui aient rapport à la comédie, fous prétexte de privilège et franchife des foires, à peine contre les contrevenans de 1,500 livres d'amende et prifon : ordonner qu'après la fîgnifîcation de l'arrêt qui interviendra, lequel fera lu, publié et affiché, ils feront tous tenus de faire démolir leurs théâtres, leur faire défenfe d'en conftruire d'autres à l'avenir, fous peine de défobéiffance, les condamner aux dommages et intérêts des comédiens, d'une part; et lefdits Dolet, de Laplace et Bertrand, défendeurs et demandeurs en requête du 9 du même mois de mars tendante à ce que, attendu que le (îeur cardinal d'Eftrées et les receveurs du revenu temporel de l'abbaye de St-Germain-des-Prés font leurs garans formels, lefquels ne

peuvent défendre de leur chef à la demande defdits comédiens, ordonner qu'ils auront les délais accordés par l'ordonnance de 1667 ^ l'effet de mettre rinftance de garantie en état avec ledit fieur cardinal d'Eftrées et fes receveurs, et, en cas de conteftations, condamner lefdits comédiens, d'une part ; et lefdits comédiens ordinaires du Roi défendeurs et demandeurs en requête du 17 du même mois de mars tendante à ce qu'il plût à la Cour les recevoir incidemment appelans de la même fentence rendue par le Lieutenant de police du Châtelet, le 9 fepterabre 1707, dont lefdits Dolet, de Laplace et Bertrand font appelans, en ce que par icelle il n'a pas été prononcé fur la demande des comédiens du 30 août précédent qui s'y trouve vifée et, fuivant icelle, que conformément aux précédentes fentences rendues par le même Lieutenant général de police, confirmées par la Cour, leurs théâtres feront démolis et autres peines demandées par lefdits comédiens ; ce faifant, mettre l'appellation et ce dont eft appel au néant, émendant, adjuger aux comédiens les conclufions par eux prifes par leur requête dudit jour 5 du préfent mois de mars, avec dépens, d'une part ; et lefdits Dolet, de Laplace et Bertrand, défendeurs et demandeurs en deux requêtes des 17 et 19 du même mois de mars, la première tendante à ce qu'il leur fût donné acte de ce qu'ils contrefomment aux comédiens tant leur demande par eux formée par leur requête du 5 que les procès-verbaux et procédures faites à leur requête depuis ledit jour 5 mars, et, en conféquence, débouter les comédiens de leurs demandes, avec dépens ; et, attendu que la preuve de leur demande en contrefommation dépend de l'écrit que les comédiens leur ont fait donner par Paul PoifTon, l'un d'eux et leur agent d'affaires, moyennant caufe lucrative, ledit écrit dépofé es mains de Monet, notaire au Châtelet, ordonner que ledit écrit fera repréfenté et apporté es mains de M. Joli de Fleuri, avocat général, le mardi 20 du préfent mois, à quoi faire contraints par corps et tenu en fon nom de leurs dommages et intérêts faute de faire ladite repréfentation ; comme auffi que ledit Monet fera tenu de le trouver tant au parquet de MM. les gens du Roi qu'à l'audience de la Cour. La féconde, à ce qu'il leur fût donné acte de ce qu'ils mettent en fait : i® que pendant plufieurs jours ledit Paul Poiffon les a fait folliciter par un homme qui a été autrefois à l'Opéra, d'entrer en compofition pour avoir la faculté de repréfenter des pièces entières par dialogues et colloques pendant le cours de la foire ; 2® que deux ou trois jours avant l'écrit dépofé chez Monet, notaire, ledit Paul Poiffon envoya le même homme les chercher et leur dire que, après le jeu fini, ledit Poiffon les attendoit dans un cabaret où s'étant rendus ils ne trouvèrent pas ledit Poiffon, mais ils apprirent qu'il reviendroit inceffamment; 3® que ledit Poiffon étant arrivé, il leur propofa de leur donner la permiffion dont il leur avoit parlé en lui donnant 2,000 1. d'argent compunt ou une caution folvable; à quoi ayant répondu que cette fomme étoit exorbitante, après plufieurs diminutions ledit Poiffon les fît convenir d'une fomme fixe de 50 1. par jour que ledit Poiffon iroit recevoir ou qui lui feroit portée chez lui. Après quoi, le foupcr fini, ledit Poiffon tira un louis d'or de fa poche qu'il voulut obliger de faire

Procès des Comidiens français et des Comédiens forains. 263

prendre au garçon du cabaret, à quoi ils s'oppofôrent ; 4** que le jeudi 8 du préfent mois de mars, le même particulier qui les avoit aflemblés, vint les trouver à leur jeu et leur dit de fe trouver le lendemain matin chez lui et que Poiifon s'y trouveroit pour terminer Tafiaire concertée ; 5* que le vendredi 9 s'étant trouvés à Theure indiquée où étoit déjà ledit Poidon, il fit un écrit qu'il fiit porter avec Antoine de Laplace, l'un d'eux, chez Monet, notaire ; que ledit Monet ayant lu ledit écrit, dit à Laplace qu'il n' étoit pas fuffifant pour fa fureté, ce qui obligea ledit PoilTon à le déchirer et à en faire un autre qui fut agréé par ledit Monet et par lui reçu en dépôt. Après quoi lefdits (leurs de Laplace, Dolet, PoilTon et l'entremetteur furent dîner enfemble et la dépenfe payée par ledit PoilTon des deniers par lui reçus ; 6^ que depuis ce tems ils ont porté audit PoilTon la fomme convenue journellement; 70 que depuis quelques jours ledit PoilTon a été avec un procureur de la Cour chez ledit Monet, notaire, le prier de ne pas repréfenter ledit écrit dépofé entre Tes mains pour leur fureté ; enfin que ledit PoilTon a pareillement été chez leur confeil, avec le même procureur de la Cour, le prier de ne fe point fervir dudit écrit. En cas de dénégation, leur permettre d'en faire preuve par-devant tel de Meffieurs qu'il plaira à la Cour de commettre, pour l'enquête faite et rapportée, être ordonné ce que de raifon, d'une part ; et les comédiens ordinaires du Roi, défendeurs, d'autre ; après que Borderel, avocat de Dolet et autres, et Dumont, avocat des comédiens, ont été ouïs pendant deux audiences, enfemble Joli pour le procureur général du Roi : La Cour, fans s'arrêter aux requêtes des parties de Borderel dont elle les déboute, a mis et met l'appellation au néant, ordonne que ce dont a été appelé fortira effet, condamne les parties de Borderel en l'amende de 12 livres; et ayant aucunement égard à la requête des parties de Dumont, a mis et met l'appellation et ce dont a été appelé au néant, émendant, ordonne que les fentences de police, arrêts et règlemens de la Cour feront exécutés. Ce faifant, fait défenfe aux parties de Borderel d'y contrevenir, à peine de 1,000 1. d'amende et de démolition de leurs théâtres en cas de nouvelle contravention, fans que la peine puilTe être réputée comminatoire, et pour la nouvelle contravention les condamne en 100 liv. de dommages et intérêts envers les parties de Dumont et en tous les dépens.

Fait le 21 mars 1708.

{Parltmtnt, X, 7282.)

Vu par la Cour le défaut faute de comparoir obtenu en icellc par les comédiens ordinaires du Roi, demandeurs aux fins des requêtes et exploits du 29 mars 1708, contre les nommés Reftier, Selles, Alard et Nivellon, danfeurs de corde et joueurs de marionnettes, défendeurs et défaillans à faute de

comparoir après que le délai de TordoDDance efl expiré ; la demande fur le profit du défaut; tout ce qui a été mis et produit et tout confidéré : Ladite Cour déclare le défaut bien et dûment obtenu, et adjugeant le profit d'icelui, déclare l'arrêt du 21 mars dernier rendu au profit des demandeurs contre les nommés Bertrand, de Laplace et Dolet, commun avec les défaillans pour être exécuté félon fa forme et teneur ; et, en conféquence, fait défenfe aux défaillans et à tous autres de jouer, tant dans Tenclos des foires de St- Laurent et de St-Germain que dans la ville de Paris, aucune comédie, farce, dialogue par monologue ou autrement, ou autres divertiffemens qui aient rapport à la comédie, à peine contre les contrevenans de mille livres d'amende et de démolition de leurs théâtres, fans que ladite peine puifTe être réputée comminatoire conformément audit arrêt, condamne les défaillans aux dépens de Tinflance dudit défaut et de tout ce qui s'en eft enfuivi. Fait en Parlement le 20 juin 1708.

Signé : de Mesmes; Bochart.

(Parlêmtnt, X, 3094).

vn

Entre les comédiens ordinaires du Roi, demandeurs en deux requêtes des

2 et 14 août 1708, la première tendante à ce qu'il plût à la Cour ordonner que l'arrêt contradictoire de la Cour du 21 mars précédent fera exécuté; ce faifant, attendu la contravention commife par les défendeurs ci-après nommés, ainfi qu'il eft prouvé par le procès-verbal des huifliers Girault et Rofeau, du

3 dudit mois d'août, ordonner que leur théâtre fera démoli, et pour l'exécution de l'arrêt qui interviendra qu'il plût â la Cour commettre tels huifliers qu'il lui plaira auxquels fera permis de faire faire ouverture des portes : la féconde, à ce que en venant par les parties plaider fur ladite requête et adjugeant aux demandeurs les conclurions qu'ils y ont prifes, il plût à la Cour déclarer contre lefdits défendeurs l'amende de 1,000 1. contre eux prononcée encourue, et pour la nouvelle contravention, qu'ils feroient condamnés folîdairement envers les demandeurs en 3,000 1. de dommages-intérêts, et en cas de récidive ou de défobéilTance à l'arrêt qui interviendra, qu'ils feront emprifonnés et condamnés aux dépens, d'une part; et Charles Dolet, Antoine de Laplace et Alexandre Bertrand, danfeurs de corde et joueurs de marionnettes, défendeurs et demandeurs en trois requêtes des 20, 28 du même mois d'août et 18 décembre fuivani, la première tendante à ce qu'il leur fût donné acte de ce qu'ils dénient avoir formé aucun dialogue ni colloque fur leur théâtre depuis que la foire St-Laurent eft ouverte, et au cas que kfdits comédiens perfiftafTent à foutenir le contraire, qu'il leur fût donné acte de ce qu'ils confentoient que par-devant tel de Meffieurs qu'il plairoit à la Cour commettre, il feroit fait preuve des faits affirmatifs et négatifs des

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 265

parties, pour ladite enquête faite et rapportée, être ordonné ce que de raifon. La féconde, à ce qu'ils fulfent reçus oppofans à Tarrét par défaut obtenu par les comédiens le 20 dudit mois d'août, fignifié le même jour, faifant droit fur Toppofition que la procédure feroit déclarée nulle, et, au principal, qu'il leur fût donné acte de ce qu'en conformité de l'arrêt du 21 mars 1708, ils n'entendoient repréfenter fur leurs théâtres que de (impies monologues, des fcènes détachées les unes des autres fans intrigues et fans dénoûment ; et, en conféquence, défenfes feroient faites aux comédiens et à toutes autres perfonnes, de quelque qualité et condition qu'ils foient, de les troubler dans les repréfentations defdits fpectacles et monologues, fous telles peines qu'il plaira à la Cour commettre. Et la troifième à ce que, en venant par les parties plaider fur leurs requêtes refpectivement préfentées et adjugeant auxdits Dolet, de Laplace et Bertrand leurs requêtes des 20 et 28 août, il leur fût donné acte de ce qu'ils confentent à ce que à l'avenir il foit pris, par chaque repréfentation qu'ils feront aux foires de St-Germain et de St-Laurent, un fixième du profit qu'ils retireront, toutes charges déduites, pour être le ûxième employé à la fubfiftance des pauvres : les comédiens condamnés aux dépens, d'autre part ; eticfdits comédiens ordinaires du Roi, défendeurs, d'autre part : après que Dumont, avocat des comédiens, et Borderel, avocat de Bertrand et autres, ont été ouïs, enfemblejoli pour le procureur général du Roi : la Cour reçoit les parties de Borderel oppoiantes à l'arrêt par défaut, fans s'arrêter à leurs requêtes dont elle les déboute. Ayant aucunement égard aux requêtes des parties de Dumont, ordonne que les arrêts confîrmatifs des fentences de police, arrêts et règlemens de la Cour feront exécutés, et pour les nouvelles contraventions faites par les parties de Bourderel, déclare l'amende de mille livres encourue et les condamne à la payer et en 300 livres de dommages et intérêts envers les parties de Dumont : leur fait défenfes et à tous autres de faire fervir leurs théâtres â autres ufages que ceux de leur profeflion et permis par les règlemens, et, en cas de nouvelle contravention, permet de démolir les théâtres et fous plus grande peine, s'il y échet. Permet aux parties de Dumont de faire afficher le préfent arrêt où befoin fera, et condamne les parties de Borderel en tous les dépens. Fait le 2 janvier 1709.

(ParUment, X, 7294.)

Entre Chriftophe Selles et Nivellon, danfeurs de corde et joueurs de

marionnettes, oppofans à l'arrêt par défaut du 21 juin 1708, favoir Selles fuivant la requête judiciaire faite â l'audience, d'une part : et les comédiens ordinaires du Roi, défendeurs et demandeurs en requête du 16 février préfent mois, tendante à ce qu'il plût à la Cour que les arrêts de la Cour confîrmatifs des fentences de police feront exécutés ; ce faifant, attendu les contraventions

commifes par NivelloD et Tes aiïbciés à Tarrét dudit jour 21 juin 1708, déclarer contre eux encourue l'amende de mille livres prononcée par ledit arrêt et les condamner à la payer, ordonner que dès à préfent leur théâtre fera démoli, comme aufli, attendu les nouvelles contraventions commifes par Bertrand, Laplace et Dolet, et par Chriftophe Selles et fes aflbciés, à Tarrét du 2 janvier dernier, et le déboutant de Toppolîtion par lui formée à l'arrêt du 21 juin 1708, ordonner que, conformément auxdits arrêts, leurs théâtres feront démolis, ladite démolition faite en verm de l'arrêt qui interviendra et fans qu'il en foit befoin d'autre, lequel fera exécuté nonobilant oppofltion, permettre d'emprifonner les contrevenans, et pour l'exécution d'icelui, commettre tel des huidiers de la Cour qu'il lui plaira auquel fera permis de faire faire ouverture des portes en préfence du commilfaire du quartier, faire défenfe auxdits Dolet, Laplace, Bertrand, Selles, Nivellon et tous autres danfeurs fur corde et joueurs de marionnettes de récidiver, à peine de défobéilTance et de prifon et fous telles autres peines qu'il plaira à la Cour prefcrire, les condamner pour la nouvelle contravention en 1,000 livres d'amende et folidairement en 6,000 livres de dommages et intérêts envers les demandeurs et aux dépens, d'une part ; et Chriftophe Selles et fes aflbciés Charles Dolet, Antoine de Laplace et Alexandre Bertrand, défendeurs, d'autre ;

Après que Dumont, avocat des comédiens, a demandé avantage : ouï Daunart, avocat de Nivellon, et Joli pour le procureur général du Roi : La Cour reçoit la partie de Daunart oppofante â l'exécution de l'arrêt par défaut en répondant des dépens; au principal, lui donne acte de fa déclaration qu'elle entend exécuter les arrêts, dépens néanmoins compenfés à fon égard, a donné congé-défaut contre les défaillans : et, pour le profit, déboute le nommé Selles de Toppofition à l'arrêt du 21 juin dernier, déclare contre lui encourues les peines prononcées par l'arrêt du 2 janvier aufli dernier. Ce faifant, ordonne que par l'huiflier Girault, les théâtres des défaillans feront démolis, auquel fera permis de faire faire ouverture des portes en préfence du commiflaire du quartier. Fait itératives défenfes à Dolet, Laplace, Bertrand, Selles, Nivellon et tous autres de contrevenir aux arrêts à peine de prifon, les condamne en 1,000 1. d'amende et en 3,000 de dommages et intérêts envers les parties de Dumont, et condanme les défaillans aux dépens (i).

Fait le 19 février 1709.

{Parlement, X, 7296.)

(t) Le même jour l'huissier Girault signifia l'arrêt à Bertrand, Dolet et Delaplace en leur loge, parlant ji la servante portière ; à Nivellon en son domicile, parlant à son garçon ; et à Selles en sa loge, préau de la foire, parlant à sa servante portière.

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains, lè'j

Sur la requête préfentée au Conleil par Henri Holtz et Jean Godard, fuifles de la garde ordinaire de Son Altefle M. le duc d'Orléans, propriétaires de plufieurs loges fituées dans le préau de la foire St-Germain-des-Prés, tendante à ce qu'acte leur foit donné de leur prife de fait et caufe pour les nommés Dolet, Laplace, Bertrand et Selles ; et, en conféquence de Tindance pendante au Confcil, cafler, révoquer et annuller toute la procédure faite par les comédiens au Parlement de Paris, et l'aflignation qu'ils y ont fait donner le i6 du préfent mois, comme attentatoire à l'autorité du Confeil : Ce pendant que défenfes foient faites auxdits comédiens de fe plus pourvoir audit Parlement, ni d'exercer aucune contrainte à peine de nullité, calfation de procédures, 1,500 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts; ce qui fera et demeurera encouru à la première contravention :

Vu par le Confeil ladite requête ; extrait du livre du juré-crieur du Châtelet de Paris contenant une fentence dudit Chitelet portant entre autres chofes permiffion aux danfeurs de corde de repréfenter myftères profanes, licites et honnêtes, du 14 feptembre 1707; arrêt du Confeil rendu fur la requête de médire Céfar cardinal d'Eftrées , abbé de St-Germain-des-Prés, portant que fans avoir égard à l'arrêt du Parlement de Paris du 15 juin 1706, ordonne que l'arrêt du Confeil du 1 1 mars audit an fera exécuté ; ce faifant, lefdits Bertrand, Selles, Rochefort et confors déchargés des affignations à eux données audit Parlement à la requête defdits comédiens et, en conféquence, les commandemens et exécutions faites à la requête defdits comédiens fur les danfeurs de corde caffés, révoqués et annullés avec défenfes de faire pourfuites ailleurs qu'au Confeil, du 17 juillet 1706, fignifié ledit jour; requête préfentée en la prévôté de l'hôtel par ledit Holtz à fin d'y faire affigner lefdits comédiens pour voir dire que les farceurs ou comédiens de campagne, occupant la loge dont ledit Holtz eft propriétaire, feront gardés et maintenus dans le droit qu'ils ont toujours eu dans le cours de la foire St-Germain ; ordonnance étant enfuite de permiffion d'affigner; exploit d'affignation en conféquence, du 22 janvier 1709; copie de la fentence de la prévôté de l'hôtel rendue contre lefdits comédiens et lefdits Holtz et Godard, par laquelle, en conféquence àts fentences et ordonnances de police, arrêts et règlemens du Parlement, lefdits Holtz et Godard font déboutés de leur demande et condamnés aux dépens, du 5 février 1709; requête préfentée au Confeil par lefdits Holtz et Godard à fin d'être reçus appelans de ladite fentence de la prévôté de l'Hôtel ; ordonnance du Confeil étant enfuite portant foit reçu appelant, permis d'intimer et ce pendant défenfes de faire pourfuite ailleurs qu'au Confeil, du 11 du préfent mois de février; exploit d'affignation donné en conféquence auxdits comédiens, du 1 3 dudit mois ; copie de requête préfentée au Parlement de Paris par lefdits comédiens à ce qu'il foit ordonné

que les arrêts y rendus feront exécutés ; ordonnance étant enfuite de viennent, du i6 février audit an et autres pièces attachées à ladite requête :

Le Confeil, ayant égard à ladite requête, a donné acte aux fupplians de leur prife de fait et caufe pour lefdits Dolet, Laplace, Bertrand et Selles; en conféquence de Tindance pendante au Confeil, a calTé, révoqué et annullé toute la procédure faite par lefdits comédiens au Parlement de Paris et rallignation donnée auxdits fupplians le i6 du préfent mois de février, comme le tout fait par attentat à l'autorité du Confeil et aux défenfes dudit Confeil. Et ce pendant a fait et fait défenfe auxdits comédiens de fe plus pourvoir audit Parlement de Paris, ni d'exercer aucune contrainte contre lefdits fupplians, faire pourfuites et procédures ailleurs qu'au Confeil à peine de nullité, caffation de procédures, 1,500 livres d'amende et de tous dépens, dommages et intérêts. Fait au Confeil à Paris le 20 février 1709.

Signé : de Verthamon; Chauvelin.

(Grand-Conseiî, V», 688.)

Sur la requête préfentée au Conleil par Henri Holtz et Jean Godard, fuiiTes de la garde ordinaire de M. le duc d'Orléans, propriétaires chacun d'une loge iituée dans le préau de la foire St-Germain-des-Prés, tendant à ce qu'il plaife au Confeil leur donner acte de la plainte qu'ils rendent au Confeil des violences et voies de fait, entreprifes, attentats et vols contenus tant aux procès-verbaux dreffés par les nommés Lemaignan et Choblet ledit jour 2 du préfent mois de mars, qu'en ladite requête, circonftances et dépendances, leur permettre d'en faire informer de l'autorité du Confeil par-devant tel des confeillers du Confeil qu'il leur plaira commettre et députer à cet effet, requérant à cette fin la jonction du procureur général du Roi, fans préjudice des autres droits, actions, dommages et intérêts des fupplians. Et, dès à préfent, attendu l'attentat commis par lefdits comédiens à l'autorité du Confeil au mépris de fes défenfes portées par ledit arrêt du 20 février dernier, déclarer l'amende de 1,500 livres y portée par eux encourue, au payement de laquelle ils feront contraints folidairement et par corps, leur faire itératives défenfes de plus récidiver en mettant ou faifant mettre ledit arrêt par défaut du Parlement de Paris du 19 février dernier à exécution foit contre les fupplians, foit contre les fieurs Dolet, Laplace, Selles et autres leurs gagiftes dont les fupplians ont pris le fait et caufe, ni de fe pourvoir ailleurs qu'au Confeil, à peine de nullité, caffation de procédure, 3,000 livres d'amende et de prifon et en cas de contravention à tous les dépens, dommages et intérêts. Et pour éviter à l'avenir les attentats dont les comédiens font des menaces publiques, ordonner que les fupplians demeureront fous la protection du Confeil, enjoindre aux huifîiers du Confeil de tenir la main à l'exécution

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 269

de Tarrét qui interviendra et de prendre main-forte pour faire que le Confeil foit obéi et que la force demeure à judice.

Vu par le Confeil ladite requête, copie de Tarrêt du Confeil obtenu par les fupplians fur requête qui leur donne acte de leur prife de fait et caufe pour lefdits de Laplace, Bertrand et Selles en conféquence de Tinftance pendante au Confeil ; calTe, révoque et annule toute la procédure faite par lefdits comédiens au Parlement de Paris et Tallignation donnée auxdits fupplians audit Parlement le 16 février dernier, comme le tout fait par attentat à Tautorité du Confeil. Et cependant fait défenfe auxdits comédiens de fe plus pourvoir au Parlement de Paris, ni d'exercer aucune contrainte contre lefdits fupplians, faire pourfuite et procédure ailleurs qu'au Confeil à peine de nullité, calfation, 1,500 livres d'amende et de tous dépens, dommages et intérêts, du 20 février 1709; enfuite efl copie de la fignification dudit arrêt auxdits comédiens le 20 février 1709; procès- verbaux faits par Lemaignan et Choblet, huifUers au Confeil, à la requête de Henri Holtz, fuilTe de M. le duc d'Orléans, contenant les violences et rupture des théâtres des fupplians par les y nommés à la requête des comédiens du 2 mars 1709, avec les pièces attachées à ladite requête : Le Confeil, ayant égard à ladite requête, a permis et permet auxdits fupplians de faire informer des faits contenus auxdits procès-verbaux dreffés par lefdits Lemaignan et Choblet, huifllers au Confeil, le 2 de ce mois, et en ladite requête, procéderont pardevant médire Louis-Germain Chauvelin, confeiller au Confeil, que le Confeil a commis et commet à cet effet. Fait itératives défenfes auxdits comédiens de mettre ni faire mettre ledit arrêt par défaut dudit Parlement de Paris du 19 février dernier à exécution contre les fupplians et lefdits Dolet, Laplace, Selles et autres leurs gagides, dont ils ont pris le fait et caufe et de fe pourvoir ailleurs qu'au Confeil, à peine de nullité, caflation de procédures* 1,500 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts. Fait audit Confeil à Paris le 4 mars 1709.

Signé ; de Verthamon; Chauvelin.

{Grand-Conseil, V\ 688.)

Sur la requête préfentée au Confeil par Henri Holtz et Jean Godard, fuiffes de la garde ordinaire du Roi, tendante à ce qu'il plaife au Confeil leur donner acte de la nouvelle plainte qu'ils rendent au Confeil des nouveaux attentats, violences, voies de fait et vols commis par les comédiens du Roi, Girault, huifller, archers, exempts et autres leurs adhérens, contenus et fpécifiés tant au procès-verbal drelfé par Boucher, huifTier au Confeil, et par Choblet, fon confrère, le 4 mars 1709, qu'en ladite requête, circonftances

et dépendances, leur permettre d'en faire informer par addition de l'autorité du Confeil par-devant tel des confeillers du Confeil qu'il leur plaira commettre et députer à cet effet, pour ladite information faite et rapportée, prendre telles conclurions qu'ils aviferont bon être ; et, dès à préfent, à Peffet de connoitre les violences et dégâts commis dans lefdites loges et dont efl queftion, ordonner que l*un des confeillers qui fera pareillement commis et député, fe tranfportera inceflamment dans lefdites loges pour être en fa préfence dreffé procès-verbal des bris et fractures et de Tétat d'icelles, permettre aux fupplians de les faire rétablir pour de fuite continuer comme auparavant d'y faire leurs repréfentations et jeux pendant la durée de ladite foire St-Germain, même d'avancer les frais néceflaires pour parvenir audit rétabliffement fauf à en drefler état définitif fuivant les quittances des ouvriers qui y travailleront. Au furplus, ordonner que la gamifon mal à propos et par attentat établie par lefdits comédiens dans lefdites loges en fera chaffée, levée et ôtée par l'un des huiffiers du Confeil, faire itératives défenfes auxdits comédiens de mettre ou faire mettre les arrêts du Parlement à exécution et de fe pourvoir, ni faire aucune pourfuite ailleurs qu'au Confeil à peine de nullité, caffation de procédure, 3,000 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts :

Vu par le Confeil ladite requête avec la requête préfentée au Confeil par lefdits Holtz et Godard d'oppofltion à l'arrêt par défaut obtenu par les comédiens le 25 février 1709, fignifiée le 4 mars 1709 à M* Maffi, procureur defdits comédiens, enfuite de laquelle efl un procès-verbal fait par Choblet et Boucher, huiffiers au Confeil, du 4 mars 1709 : Le Confeil a permis et permet auxdits fupplians de faire informer par addition contre lefdits comédiens des faits contenus audit procès-verbal defdits Choblet et Boucher, huiffiers au Confeil, du 4 du préfent mois, et en ladite requête, circonftances et dépendances par-devant meffire Germain Chauvelin, confeiller au Confeil, que le Confeil a commis et commet à cet effet, pour ce fait et rapporté être ordonné ce que de raifon. Et cependant fait itératives défenfes auxdits comédiens de mettre ni faire mettre ledit arrêt du Parlement de Paris du 19 février dernier à exécution et de fe pourvoir ni faire aucune pourfuite, ni procédure ailleurs qu'au Confeil à peine de nullité, caffation de procédure, 1,500 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts.

Fait au Confeil à Paris le 5 mars 1709.

Signé : de Verthamon ; Chauvelin.

{Grand'Conseil, V», 688.)

Entre Henri Holtz, fuiffe de la garde ordinaire de M. le duc d'Orléans, appelant de la fentence contre lui rendue en la prévôté de l'Hôtel, le 5 février

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains, i^i

dernier, au profit de la troupe des comédiens du Roi, et de tout ce qui s'en eft enfuivi, fuivant fa requête préfentée au Confeil le 4 dudit mois de février; l'exploit fait en conféquence le 1 3 du même mois, contrôlé à Paris le 14, à ce que ladite fentence foit infirmée et annulée avec dommages-intérêts et dépens, d'une part; et lefdits comédiens du Roi, intimés, d'autre.

Et entre lefdits Holtz et Jean Godard, aufli fuifTe de la garde ordinaire de M. le duc d'Orléans, propriétaires de deux loges fituées dans le préau de la foire de St-Germain-des-Prés, prenant le fait et caufe des nommés Dolet, Laplace, Bertrand et Selles, demandeurs, en exécution de l'arrêt par eux obtenu, fur leur requête au Confeil le 20* février dernier, fignifié auxdits comédiens par exploit du même jour, contrôlé à Paris ledit jour, et défendeurs, d'une part; et lefdits comédiens du Roi, défendeurs et demandeurs fuivant la requête par eux préfentée au Confeil ledit jour 20 février, à ce qu'ils foient reçus oppofans à l'exécution dudit arrêt du Confeil, faifant droit fur leur oppofition, la procédure déclarée nulle et au principal les concluions defdits comédiens à eux adjugées avec dépens, d'autre. Et entre lefdits comédiens du Roi, demandeurs en exécution de l'arrêt du Confeil par eux obtenu par défaut le 25 dudit mois de février, fignifié ledit jour, et défendeurs, d'une part ;

Et lefdits Holtz et Godard efdits noms et qualités, défendeurs et demandeurs fuivant la requête par eux préfentée au Confeil le 2 du préfent mois de mars, fignifiée le 4 dudit mois, à ce qu'ils foient reçus oppofans à l'exécution dudit arrêt, faifant droit fur leur oppofition, déchargés des condamnations y portées avec dépens, dommages et intérêts, d'autre ;

Et entre lefdits Holtz et Godard efdits noms, demandeurs et complaignans, fuivant leurs requêtes inférées dans les arrêts du Confeil des 4 et 5 mars préfent mois, par le premier defquels il leur eft permis de faire informer des faits contenus aux deux procès-verbaux dreffés par Lemaignan et Choblet, huiÛiers au Confeil, le 2 du préfent mois de mars, et en leur requête, pardevant meflire Germain-Louis Chauvelin, confeiller au Confeil, commis à cet effet, avec itératives défenfes faites auxdits comédiens de mettre ni faire mettre l'arrêt par défaut du Parlement du 19 février dernier à exécution contre lefdits Holtz et Godard et lefdits Dolet, Laplace et autres leurs gagiftes, dont ils ont entrepris le fait et caufe, ni de fe pourvoir ailleurs qu'au Confeil à peine de nullité, cafTation de procédures, 1,500 livres d'amende, dépens, dommages et intérêts ; et, par le fécond defdits arrêts, il eft aufli permis auxdits Holtz et Godard de faire informer par addition contre lefdits comédiens des faits contenus au procès-verbal de Choblet et Boucher, huifliers au Confeil, du 4 dudit mois, et à leur requête, circonflances et dépendances par-devant ledit fieur Chauvelin et lefdites défenfes réitérées, et défendeurs, d'une part ;

Et lefdits comédiens, défendeurs et demandeurs fuivant leur requête préfentée au Confeil le 8 dudit mois de mars à ce qu'en adhérant à leur précédente oppofition, ils foient reçus en tant que de befoin oppofans audit arrêt

du Confeil obtenu fur requête par lefdits Holtz et Godard ; faifant droit fur roppofition, la procédure déclarée nulle avec dépens, d'autre ;

Et entre lefdits Holtz et Godard, demandeurs fuivant leur requête préfentée au Confeil, le 1 1 mars préfent mois, à ce que, en les recevant appelans de ladite fentence de la prévôté de l'hôtel du 5 février dernier, ils foient pareillement reçus en tant que de befoin à l'exécution des prétendues fentences, règlemens de police et arrêts du Parlement, notamment des 22 février 1707, 21 mars 1708, 2 janvier 1709, et tous autres énoncés en ladite fentence de la prévôté de l'Hôtel ; faifant droit fur le tout, l'appellation et ce dont eft appel mis à néant; émendant et corrigeant, fans avoir égard auxdits prétendues fentences de police et arrêts du Parlement, adjuger auxdits Holtz et Godard les fins et conclufions qu'ils ont prifes en caufe principale en ladite prévôté de l'Hôtel; et, fans s'jprêter aux oppofitions formées par lefdits comédiens à l'exécution des arrêts du Confeil, ordonner que lefdits arrêts feront exécutés félon leur forme et teneur ; et, en conféquence de la preuve réfultante des procès-verbaux dreffés par Lemaîgnan, Choblet et Boucher, huifliers du Confeil, des 2 et 4 du préfent mois de mars et des charges et informations faites de l'autorité du Confeil, à la requête defdits Holtz et Godard, en exécution defdits arrêts des 4 et 5 du préfent mois de mars, de tous les attentats, violences, voies de fait et vols commis par lefdits comédiens et autres leurs adhérens, enfemble de toutes les contraventions aux arrêts du Confeil, lefdits comédiens foient condamnés folidairement et par corps à rétablir inceffamment les loges defdits Holtz et Godard et les remettre en pareil et femblable état qu'elles étoient auparavant les bris, ruptures et brûlemens que lefdits comédiens ont faits et fait faire des théâtres, décorations, loges, plafonds, ludres, bancs et autres uflenfiles étant dans lefdites loges fi mieux n'aiment payer la valeur des dégâts par eux faits, fuivant l'cftimation qui en fera faite par experts et gens de connoifTancc dont les parties conviendront ; même à rendre et reftituer les habits, hardes des gagiftes defdits fieurs, mal pris, volés et emportés par lefdits comédiens et leurs adhérens et les coffres et caffettes dans lefquels ils étoient enfermés. Comme aufli lefdits comédiens condamnés folidairement et par corps aux dommages et intérêts foufferts et à fouffrir par les demandeurs réfultant defdits excès, violences, bris, ruptures et incendies et du chômage defdites loges et gagiftes des demandeurs. Pour quoi ils fe reftreignent à la fomme de 30,000 1. fuivant l'état qui en fera par eux fourni, faire défenfe auxdits comédiens de plus ufer de femblables voies à peine de punition corporelle et condamnés en tous les dépens, et, dès à préfent, ordonné que les demandeurs feront inceffamment réintégrés et remis en la poffeffion et jouiffance defdites loges à eux appartenantes dont ils ont été expulfés par les voies de fait et par la garnifon mal à propos établie en icelles par lefdits comédiens, et, à l'effet de ladite réintégrande, ordonner que par l'un des huifliers du Confeil, qui fe tranfportera préalablement dans lefdites loges, il fera dreffé procès-verbal des bris, fractures, dégâts et détériorations faits dans icelles,

Procès des Comédiens français et des- Comédiens forains, 273

permis même aux demandeurs de les faire rétablir et remettre au même état qu'elles étoient auparavant, même d'avancer tous les deniers néceffaires pour parvenir auxdits rétabliiïements fauf à répéter fuivant les quittances des ouvriers qui y travailleront et qui feront rapportées par les demandeurs, fauf au procureur général du Roi, pour la vindicte publique, à prendre telles conclurions qu'il lui plaira contre lefdits comédiens et leurs adhérens, d'une part ; et lefdits comédiens défendeurs, d'autre.

Et entre lefdits Holtz et Godard, demandeurs en requête par eux préfentée au Confeil le 1 3 préfent mois à ce qu'en adhérant par eux à l'appel qu'ils ont interjeté et relevé au Confeil de la fentence rendue à leur préjudice en la prévôté de l'hôtel le 5 février dernier, ils foient pareillement reçus appelans en tant que befoin de toutes les fentences rendues au Châtelet de Paris, énoncées en celle fufdite de la prévôté de l'hôtel et de tout ce qui s'en eft eniuivi ; ce faifant, en mettant les appellations et ce dont eft appel au néant, émendant et corrigeant, les conclufions qu'ils ont prifes contre lefdits comédiens tant en caufe principale que d'appel leur foient adjugées avec dépens, dommages et intérêts, d'une part; et lefdits comédiens intimés et défendeurs, d'autre ;

Après que Barbier, avocat pour lefdits Holtz et Godard, afMé de Chriftophe, leur procureur, a conclu en fes oppofitions, appel et requête ;

Chevalier, avocat pour lefdits comédiens, aflîdé de Mafll, leur procureur, a été ouï et conclu en fes oppofitions et requête ;

Et que de Benoit de St-Port, pour le procureur général du Roi, a été aufB ouï et fait récit des charges :

Le Confeil a reçu les parties de Barbier oppofantes à l'exécution de l'arrêt par défaut du Confeil du 25 février dernier et, fans s'arrêter aux oppofitions des parties de Chevalier aux arrêts du Confeil du 20 février, 4 et 5 mars dernier, ni à l'appel interjette par les parties de Barbier des fentences du Châtelet de Paris, a mis et met l'appellation de ladite fentence de la prévôté de l'Hôtel du 5 février dernier au néant ; ordonne que ladite fentence de la prévôté de l'hôtel fera exécutée félon fa forme et teneur, enfemble celles du Châtelet de Paris : Et, ayant aucunement égard aux requêtes des parties de Barbier à fin de dommages et intérêts et de rétabliflement, condanme lefdites parties de Chevalier folidairement et par corps, en 6,000 1. de dommages et intérêts envers les parties de Barbier ; condamne Dancourt, PoilTon et Dufey en 300 livres d'aumône applicables moitié à la chapelle du Confeil, et moitié au pain des prifonniers détenus de l'autorité du Confeil; enjoint auxdits Rivière, Pannetier et Leroux, exempts, et Girault, huiffier, d'obfervcr les ordonnances et leur fait défenfes de prêter main-forte aux exécutions faites nuitamment dans les affaires civiles. Et, fur le furplus des demandes des parties, enfemble fur l'extraordinaire, a mis et met les parties hors de cour, condamne les parties de Barbier aux amendes defdites appellations, tous dépens néanmoins compenfés entre les parties, excepté toutefois pour les dépens de la procédure extraordinaire efquels le Confeil a condamné et

Sp.— ii. 18

274 ^^^ Spectacles de la Foire.

condamne les parties de Chevalier envers les parties de Barbier. Le 14 mars

{Grand-Conseil, V», 688.)

xm

Sur ce qui a été repréfenté au Roi étant en fon Confeil par les comédiens François de Sa Majefté, qu'ils fe font pourvus en caffation ^contre l'arrêt du Grand-Confeîl du 14 du préfent mois par lequel, entre autres chofes, ils ont été condamnés folidairement et par corps en 6,000 livres de dommages et intérêts envers les nommés Holtz et Godard pour un fait qui n'efl pas de la compétence dudît Grand-Confeil ; mais, appréhendant quelque violence de la part de ces particuliers et ne pouvant, à caufe des fêtes, pourfuivre ladite caflation avec autant de diligence que la chofe le requiert, ils auroient très-humblement fupplié Sa Majefté de furfeoir pendant tel tems qu'il lui plaira aux contraintes par corps, aux offres qu'ils font de configner ladite fomme de 6 mille livres es mains de tels notaires qu'il fera avifé.

A quoi ayant égard. Sa Majefté étant en fon Confeil, a ordonné et ordonne qu'il fera furfis pendant un mois à compta de cejourd'hui, à toutes contraintes par corps contre lefdits comédiens pour raifon de la condamnation de 6,000 livres portée par ledit arrêt du Grand-Confeil du 14 du préfent mois, à condition pour eux de configner inccfilâmment ladite fomme de 6,000 livres es mains de Durant, notaire, pour être remife à qui il fera ordonné par juftice. 27 mars 1709.

Signé : Phélypeaux.

{Conseil d'État, E, 1947.)

Vu au Confeil d'État privé du Roi les requêtes préfentées en icelui par les comédiens du Roi, la première contenant qu'ils font obligés de fe pourvoir contre un arrêt du Grand-Confeil du 14 mars 1709, par lequel ils font condamnés folidairement par corps en 6,000 1. de dommages et intérêts pour avoir fait exécuter un arrêt du Parlement de Paris. Dans le fait, Sa Majefté en réunifiant, au mois d'octobre 1680, les deux troupes de comédiens établis à Paris, à l'hôtel de Bourgogne et dans la rue Guenegaud, défendit exprefiément par fon ordonnance des 21 defdits mois et an, à tous autres comédiens françois de s'établir en la ville et faubourgs de Paris fans un ordre exprès et enjoignit au Lieutenant général de police de tenir la main à l'exécution de ladite ordonnance. Depuis ce tems-là, les nommés Bertrand, joueur de marionnettes. Selles, Dolet et Laplace, danfeurs de corde, ayant entrepris de jouer pendant le temps des foires de St-Laurent et de St-Germain,

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 275

des farces et petites comédies, les fupplians fe pourvurent devant le (leur Lieutenant de police et obtinrent contre eux plufieurs fentences, quelquesunes defquelles furent confirmées par des arrêts contradictoires du Parlement de Paris qui défendirent cxprefTément à ces particuliers et à tous autres de jouer aucune pièce, ni farce quelles qu'elles pufTent être ; et, fur ce qu'ils prétendirent éluder en diverfes façons ces défenfes, il intervint un arrêt contradictoire au Parlement de Paris le 2 janvier 1709 par lequel, entre autres chofes, la cour ordonna que les arrêts confirmatifs des fentences de police et règlemens feroient exécutés, leur fit défenfe, et à tous autres, de faire fervir leurs théâtres à autres ufages qu*à ceux de leur profefHon, et en cas de nouvelle contravention, permit de démolir les théâtres. Pour tâcher d'éluder la difpofition de cet arrêt, ces baladins, fous le nom des nommés Holtz et Godard, fuides de Son AltelTe Royale M. le duc d'Orléans, auxquels ils fuppofoient avoir vendu les loges qui leur appartenoient dans le préau de la foire St-Germain et aux gages defquels ils fe fuppofoient être, préfentèrent requête en la prévôté de THôtel pour y Surprendre une permiflion de continuer leurs contraventions : cela n'étoit fait que pour donner lieu à un conflit pendant le cours duquel ils efpéroient profiter du tems de la foire St-Germain. Un des fupplians, à Tinfu et fans la participation des autres, crut qu'il n'y avoit point de danger de reconnoître cette juridiction : il y fit préfenter un procureur, et par fentence contradictoire du 5 février 1709, les fuifTes furent déboutés de leur demande et il fut ordonné que la fentence de police et les arrêts de la cour de Parlement feroient exécutés félon leur forme et teneur. Holtz et Godard en interjettèrent appel et relevèrent au Grand-Confeil. Le même, qui avoit déjà reconnu la prévôté de l'Hôtel, pourfuivit encore le jugement de cette appellation et fit confirmer la fentence par un arrêt par défaut du 25 février. Pendant que cela fe pafToit, Selles, Nivelon, Dolet, Laplace et Bertrand affichoient et jouoient ouvertement tous les jours. Les fupplians firent tranfporter chez eux des commifTaires qui en dreflerent leurs procès-verbaux ; ils les firent enfuite afiigner au Parlement de Paris, et comme les contraventions et la désobéilTance étoient évidentes, il intervint un arrêt le 19 février, contradictoire avec Nivelon et par défaut contre les autres, qui donne acte à Nivelon de ce qu'il offroit d'exécuter les arrêts de la cour, déclara les peines prononcées par l'arrêt du 2 janvier encourues par les autres ; ce faifant, ordonna qu'attendu leur défobéi (Tance, leurs théâtres feroient démolis par l'huiflier Giraud auquel il fut permis de faire faire ouverture des portes en préfence du commilTaire du quartier. Ce même arrêt fait itératives défenfes à Dolet, Laplace et Bertrand et â tous aytres d'y contrevenir â peine de prifon, les condamne en 1,000 livres d'amende et en 3,000 livres de dommages et intérêts envers les fupplians. Dès que cet arrêt eut été rendu, Selles, Dolet, Laplace et Bertrand furprirent au Grand-Confeii un arrêt, fous le nom des deux fuilTes, qui donne acte â ceux-ci de ce qu'ils prenoient le fait des autres et qui cafTe toute la procédure faite contre eux au Parlement. Cet arrêt ne pouvoit les mettre â couvert

de la peine qu'ils méritoient pour avoir contrevenu aux arrêts du Parlement dont l'exécution ne pouvoit être fufpendue que par une oppofition en forme fignifiée de la part de ceux qui y étoient parties, dans le tems prefcrit par l'ordonnance. Il n'y en eut aucune et c'eft ce qui obligea les fupplians à faire mettre, le 2 mars, l'arrêt à exécution. L'huiffier Giraud fe tranfporta fur les lieux avec le commiflaire Chevalier et des officiers et archers du Lieutenant criminel de robe courte. Il fit abattre le théâtre de Selles et ne voulut pas toucher à celui de Dolet, Laplace et Bertrand parce qu'il apprit que M. le duc d'Orléans devoit y aller ce jour-là. Selles fit rétablir fon théâtre le même jour. Il y joua le foir même une comédie en trois actes après laquelle un des acteurs vint annoncer pour le lendemain : Le Fefiin de Pierre, et promit au premier jour une pièce nouvelle. Le théâtre de Dolet, Laplace et Bertrand fut démoli le foir. Ils le firent rétablir la nuit et le dimanche ils y firent repréfenter une farce. Cela eft juflifié par les procès-verbaux des commiflaires Dubois et Montrif. L'huiffier Giraud, en vertu de l'arrêt du 19 février, y retourna le lundi matin, fit abattre le théâtre ; et, pour empêcher qu'ils ne jouafient le foir comme ils fe vantoient de le faire, il y laifia gamifon. Selles, Laplace, Dolet et Bertrand, fous le nom des deux fuiiïes, fe pourvurent ce même jour au Grand-Confeil ; ils y avoient formé oppofition dès le 2 à l'exécution de l'arrêt par défaut du 25 février. Ils y demandèrent permiffion d'informer contre les fupplians des prétendues violences qui avoient été faites. Ils y conclurent en 30,000 livres de dommages et intérêts; et, quoique les fupplians, qui avoient été avertis de cette procédure, eaffent donné des ordres précis de ne point reconnoitre, à cet égard, le Grand- Confeil et de n'y procéder que fur l'appel de la fentence de la prévôté de l'Hôtel, il intervint fur le tout un arrêt contradictoire le 14 mars, par lequel les fentences de la prévôté de l'Hôtel et du Châtelet, dont Holtz et Godard avoient interjette appel, furent confirmées ; ce faifant, condamne les fupplians folidairement et par corps en 6 mille livres de dommages et intérêts, Dancourt, Poiflbn et Dufey, trois des fupplians, en trois cens livres d'aumône applicables moitié à la chapelle du Graud-Confeil, moitié au pain des prifonniers, enjoint à Rivière, licutenantj et à Pannetier et Leroux, exempts de la compagnie du Lieutenant criminel de robe courte, d'obferver les ordonnances et leur fait défenfe de faire et prêter main-forte aux exécutions faites nuitamment dans les affaires civiles; fur le furplus àts demandes, enfcmble fur l'extraordinaire, met les parties hors de cour, condamne les fuiffes aux amendes des appellations, tous dépens compenfés, autres toutefois que les dépens de la procédure extraordinaire auxquels les fupplians font condamnés. C'eft contre cet arrêt, qui a été fignifié le 21 mars dernier, que les fupplians font obligés de fe pourvoir. Ils obfervent d'abord qu'ayant été rendu au préjudice des ordres qu'ils avoient donnés de ne point reconnoitre en cela la juridiction du Grand-Confeil, ils font en droit de défa vouer tout ce qui y a été fait et de foutenir qu'il n'y a que le Parlement de Paris qui puiffe connoître valablement de l'exécution des arrêts qu'il a

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rendus ; mais, fans fe départir de ce moyen qu'ils pourront faire valoir en tems et lieu, ils foutiennent que Tarrêt qui a été rendu eft contraire aux ordonnances et ne fauroit, par conféquent, fubfifter ; leurs moyens de caflation font aifés à établir : 1° cet arrêt condamne les fupplians par corps en 6,000 livres de dommages et intérêts ; cette difpofition eft contraire à l'ordonnance de 1664, titre 34 : De la décharge des contraintes par corps. L'article i«' de ce titre abroge abfolument ces contraintes et défend aux cours de les ordonner à peine de nullité et à tous huiiïiers et fergens de les exécuter. L'article 2 les permet feulement après les 4 mois pour les dépens et pour les dommages et intérêts, et l'article 10 prefcrit les formalités qu'il faut obferver pour y parvenir. Le Grand- Confeil n'a donc pu, ni dû prononcer contre les fupplians une condamnation par corps, et l'arrêt qu'il a rendu, dans lequel fe trouve cette condamnation abrogée par l'ordonnance, ne peut être excufé. On voudra peut-être dire que cette condamnation eft une fuite de la procédure extraordinaire qui a été faite ; mais, à cela, deux réponfes : la première, que, fur l'extraordinaire, le Grand-Confeil a mis les parties hors de cour, donc l'affaire n'a pu être jugée comme affaire criminelle, mais comme affaire civile. La féconde, c'ed qu'en matière criminelle les dommages et intérêts ne vont pas par corps à moins que le jugement ne les caractérife réparation civile, ce qui ne fe trouve point dans l'arrêt dont la caffation eft demandée. Le fécond moyen de caffation fe tire encore de ce que l'arrêt a contrevenu à l'article 8 du même titre de l'ordonnance de 1667 qui décharge les femmes et filles de la contrainte par corps, fi elles ne font marchandes publiques, pour le fait de leurs marchandifes ou pour caufe de flellionnat procédant de leur fait. Or, l'arrêt du Grand-Confeil condamne toute la troupe des comédiens folidairement et par corps au payement de ces fix mille livres de dommages et intérêts; la troupe efl compofée de 13 acteurs et de quinze actrices. Ces quinze femmes ou filles fe trouvent donc, contre les termes précis, condamnées par corps, en quoi il n'efl pas foutenable. Le troifième moyen fe tire de ce que le Grand-Confeil fait, par un arrêt, un règlement par rapport aux officiers qui ont exécuté l'arrêt du 19 février 1709, en leur enjoignant de ne plus faire et de ne plus prêter main-forte aux exécutions faites nuitamment dans les affaires civiles, en quoi il a entrepris vifiblemcnt fur l'autorité du Parlement de Paris, dont les officiers avoient exécuté l'arrêt et fuivi en cela les ordres qui leur avoient été donnés. Au refte, l'arrêt du Grand-Confeil contient une injuflice nlanifefle. Il déboute les parties adverfes de leurs prétentions au fond, il confirme les fentences qui défendent à Dolet, Laplace, Bertrand et Selles de parler fur leurs théâtres et juge, de cette manière, qu'ils n'ont pu ni dû parler; qu'ils n'ont pu jouer ni farces ni comédies et qu'ils n'ont pas dû contrevenir, comme ils ont fait, aux arrêts du Parlement qui le leur défendoient expreffément : cependant il condamne en des dommages et intérêts confidérables les fupplians pour avoir fait exécuter ces arrêts du Parlement ; il récompenfe la défobéiffance de ces baladins et le mépris formel qu'ils ont fait des arrêts rendus contre eux; il

prononce une efpèce de note contre des officiers qui ont exécuté les arrêts émanés d'une cour fupérieure à laquelle feule ils doivent rendre compte de leur conduite ; enfin il expoCe les fupplians aux infultes de gens qui n'ont rien à perdre ou à demeurer chez eux jufqu'à ce qu'il ait plû à Sa Majefté les mettre à couvert de leurs violences. A ces caufes requéreroient qu'il plût à Sa Majefté caffer, révoquer et annuler ledit arrêt du Grand-Confeil du 14 mars 1709 et tout ce qui s'en eft enfuivi; ce faifant, renvoyer les parties au Parlement de Paris pour y procéder, fur leurs demandes et prétentions refpectives comme auparavant ledit arrêt, et condamner lefdits Holtz et Godard aux frais de l'arrêt qui interviendra. Ladite requête fignée Bairé, avocat des fupplians, et Daudoul et Perrin, anciens avocats, avec les pièces juftifîcatives d'icelle y attachées et notamment l'arrêt du Confeil d'État rendu. Sa Majedé y étant j le 27 mars 1709 par lequel Sa Majedé auroit ordonné qu'il fera furfîs pendant un mois à compter du jour dudit arrêt à toutes contraintes par corps contre lefdits comédiens pour raifon de la condamnation de la fomme de 6,000 1. portée par l'arrêt du Grand-Confeil du 14 dudit mois de mars, à condition par eux de conûgner inceffamment ladite fomme de 6,000 1. es mains de Durand, notaire, pour être remife à qui il fera ordonné par juftice ; au bas duquel ed la fignification qui en a été faite le 28 mars 1709; l'acte de dépôt et confignation faite de ladite fomme de 6,000 1. le 28 mars 1709, en exécution dudit arrêt du Confeil d'État, fans approbation néanmoins dudit arrêt du Grand-Confeil du 14 mars audit an contre lequel ils déclarent qu'ils fe font pourvus en caflation ; l'exploit de fignification de l'acte dudit dépôt et confignation faite ledit jour 28 mars 1709, à la requête des comédiens ; la copie dudit arrêt du Grand-Confeil figniiié auxdits comédiens le 23 dudit mois de mars, par lequel il reçoit les parties de Barbier oppofantes à l'exécution de l'arrêt par défaut du 25 février dernier, et fans s'arrêter aux oppofitions des parties de Chevalier^ aux arrêts dudit Grand- Confeil du 20 février, 4 et 5 mars dernier, ni à l'appel interjeté par les parties de Barbier des fentences du Châtclet de Paris, a mis et met l'appellation de ladite fentence de la prévôté de l'Hôtel du 5 février dernier au néant, ordonne que ladite fentence fera exécutée félon fa forme et teneur, enfemble celles du Châtelet de Paris. Et, ayant égard aux requêtes des parties de Barbier à fin de dommages et intérêts et de rétablifTement, condamne lefdites parties de Barbier, folidairement et par corps, en 6,000 1. de dommages et intérêts envers les parties de Barbier; condamne Dancourt, PoilTon et Dufey en 300 1. d'aumône, etc., etc., etc.

La féconde requête defdits comédiens contenant que, dans la requête qu'ils ont déjà préfentée au Confeil en cafTation de l'arrêt rendu contre eux au Grand-Confeil le 14 mars dernier, ils ont fait voir qu'en les condamnant folidairement et par corps en 6,000 1. de dommages et intérêts envers Holtz et Godard, et trois d'entre eux en une amende de 300 1. pour avoir fait exécuter un arrêt du Parlement de Paris du 19 février précédent, auquel il n'y avoit pas d'oppofition, cet arrêt a contrevenu à l'ordonnance et leur a

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fait une injûflice manifefte et criante. Ils ne répéteront rien de ce qu'ils ont déjà dit à cet égard , ils ajouteront feulement une obfervation importante et un moyen de caffation qui leur avoit échappé, et ils expliqueront ce qui s'eft paflé depuis que leur requête en caffation a été remife entre les mains du fieur Maboul, maître des requêtes. L'obfervation qu'il leur eft important de faire eft que le Grand-Confeil, en outrant à leur égard l'injuftice par Tarrêt dont il s'agit, les a mis heureufement en état de fe faire rendre la juftice qui leur eft due : il a prononcé contre eux dê^ dommages et intérêts et les a liquidés à 6,000 1. pour avoir fait abattre deux théâtres dont le Parlement de Paris avoit ordonné expreffément la démolition, il a condamné tous les fujets folidairement et par corps au payement de ces 6,000 livres ; dans cette condamnation folidaire et par corps, treize femmes ou filles font comprifes : l'ordonnance les excepte précifément de ces contraintes. Il a encore condamné en une aumône trois des fupplians pour un fait civil, car par le même arrêt on met fur l'extraordinaire les parties hors de cour. Tout cela joint enfemble prouve évidemment que le Grand-Confeil, en condanmant en 6,000 1. de dommages et intérêts, n'a pas cherché à récompenfer les parties adverfes du tort qu'elles fuppofoient avoir fouifert, mais qu'ils ont voulu faire connoitre ou publier qu'il eft dangereux de faire exécuter un arrêt du Parlement de Paris contre des gens à qui le Grand-Confeil a accordé fa protection. Cette condamnation d'aumône dont il vient d'être parlé fournit encore aux fupplians deux moyens de caffation contre l'arrêt du 14 mars dernier. Le Grand-Confeil a condamné en une aumône pour un fait civil. Il a appliqué partie de cette aumône, à fon utilité particulière. Cela eft expreffément défendu par la déclaration de Sa Majefté du 21 janvier 1685. Elle porte que les cours ne pourront condamner les accufés en des aumônes que dans le cas où il aura été commis facrilége ou pour les autres cas efquels il n*échet point d'amende, et elle ajoute que ces aumônes ne pourront être appliquées à d'autres ufages qu'au pain des prifonniers ou au profit de l'Hôtel-Dieu, hôpitaux généraux des lieux religieux, ou rcligieufes mendiantes et autres lieux pitoyables à peine de défobéiffance. Il eft donc certain que, pour être condamné en une aumône, il faut être accufé et convaincu de crime ; il eft donc confiant qu'on ne peut y être condamné quand il n'y a ni crime, ni accufation ; par conféquent, n'y ayant en l'efpèce particulière de la caufe, ni crime, ni accufation fubfiftante puifque le Grand-Confeil a confirmé par fon arrêt les fentences de police dont le Parlement auroit ordonné l'exécution et que, fur la procédure extraordinaire, les parties ont été mifes hors de cour, on n'a pu ni dû prononcer d'aumône : et que l'arrêt qui y a condamné trois des fupplians eft abfolument infoutenable. Il faut, à préfent, expliquer ce qui s'eft pafté dans le cours de l'affaire depuis que les fupplians ont remis leur requête en caffation contre l'arrêt du 14 mars 1709. Cet arrêt ne leur fut fignifié que le jeudi 21 dudit mois de mars. Ils préfentèrent le 23 leur requête, mais comme il n'y a point eu, depuis ce tems-là, de bureau de caffation et qu'on exerçoit contre eux les plus rigoureufes

28o Les Spectacles de la Foire,

contraintes, ils ont eu recours à Sa Majedé qui a eu la bonté de leur accorder un arrêt en commandement, le 27 mars, portant furféance pour un mois» en confignant inceflamment, fuivant leurs offres, la fomme de 6,000 1. entre les mains de Durand, notaire à Paris. Cet arrêt fut fignifié le 28. Le même jour, à dix heures du matin, la confignation fut faite et Tacte en fut fignifié aux parties, ainfi qu'il réfulte de la fignification. Cependant les huifliers du Grand-Confeil, fous prétexte que l'arrêt ne portoit pas de furféance, fe tranfportèrent le même jour chez Dancourt, l'un des fupplians, en vertu d'une contrainte de Perreau, fermier général, pour l'aumône à laquelle Dancourt, Dufey et PoifTon avoient été condamnés par l'arrêt. Ils lui firent lignifier la vente de fes meubles fans préjudice à eux d'exercer la contrainte par corps contre lui et contre les deux autres. Cette fignification fut faite en parlant à fa perfonne. Il fit fes proteftations et contre la contrainte, et contre tout ce qui avoit été fait en conféquence. Il foutint que Perreau n'étant plus fermier général et ayant été dépoffédé par un arrêt qui avoit commis Ifambert, qui l'efl actuellement, la contrainte étoit nulle; mais comme on ne chcrchoit qu'à lui faire infulte, il configna, fans approbation de l'arrêt et de tout ce qui auroit été fait, la fomme de 360 livres entre les mains de l'huiflief et s'oppofa à la délivrance jufqu'à ce que, par Sa Majefté, en eût été autrement ordonné. Après quoi les huifliers fe retirèrent et enlevèrent la gamifon qu'ils avoient établie tant chez lui que chez les deux autres. Ces pourfuites obligent les fupplians d'ajouter à leurs précédentes conclufions parce que, fi Sa Majefté trouve à propos de caffer fur-le-champ l'arrêt infoutenable qui a été rendu contre eux et de renvoyer les parties au Parlement de Paris, ainfî qu'ils y ont conclu par leur première requête, il efl des règles de caffer tout ce qui a été fait en conféquence et d'ordonner que les fommes par eux confignées leur feront reftituées. Si, d'un autre côté, Sa Majefté ordonne feulement un afiigné, les fupplians ont lieu de croire qu'ayant configné une fomme de 6,3601. entre les mains de Durand, notaire, et d'Infelin, huiflîer au Grand-Confeil, elle aura la bonté d'ordonner que toutes chofes demeureront en état, puifque fans cela le Grand-Confeil ne manqueroit pas d'ordonner, aulTitôt que la furféance feroit expirée, que les deniers confignés feroient délivrés. Après quoi les fupplians ne pourroient jamais les recouvrer puisqu'il n'y a aucun recours à efpérer contre les parties adverfes. A ces caufes requéreroient qu'il plût à Sa Majefté leur donner acte de ce que, pour plus amples moyens, ils emploient le contenu de ladite requête; ce faifant et leur adjugeant définitivement les conclufions qu'ils ont déjà prifes, ordonner que la fomme de 6,000 1. et celle de 360 1. qu'ils ont confignées le 28 mars dernier entre les mains de Durand, notaire, et d'Infelin, huiflîer au Grand-Confeil, leur foient rendues et reftituées; à ce faire, les dépofitaires contraints par 4es voies ordinaires, quoi faifani déchargés : ce qui fera exécuté nonobftant oppofitions ou appellations quelconques pour lefquelles ne fera différé, et condamner lefdits Holtz et Godard aux frais de l'arrêt qui interviendra. Et au cas que Sa Majefté ne voulût pas prononcer

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préfentement la caffation demandée et qu'elle jugeât à propos d*ordotiner que les parties, fur les fins des requêtes, fuflent aflignées au Confeil, ordonner que toutes chofes demeureront en l'état jufqu'à ce que par elle en fin de caufe en eût été ordonné : ladite requête fignée Bairé; la déclaration de Sa Majefté du 21 janvier 1685 ; l'itératif commandement fait le 28 mars 1709 audit iîeur Dancourt de payer ladite fomme de 360 1. pour ladite aumône, contenant le payement fait de ladite fomme pour éviter la continuation des contraintes, violences et vexations faites et à faire, par forme de confignation, aux protedations faites par ledit fieur Dancourt et contenant fon oppofition à la délivrance de ladite fomme, le tout jufqu'à ce qu'autrement, par Sa Majeûé, en ait été ordonné et fans l'approbation de l'arrêt du 14 mars 1709 contre lequel les comédiens fe font pourvus en caflation, et de la contrainte donnée en conféquence, et tout ce qui a été remis par lefdits comédiens par-devant le fieur Maboul, confeiller du Roi en fes confeils, maître des requêtes ordinaire de fon hôtel qui en a communiqué au bureau du fieur Pelletier, confeiller d'État ordinaire. Ouï fon rapport et tout confidéré : Le Roi en fon Confeil a ordonné et ordonne qu'aux fins defdites requêtes lefdits Holtz et Godard feront affîgnés au Confeil dans le délai de l'ordonnance. Le 15 avril 1709.

Signé : Phelypeaux ; Maboul ; Le Peletier.

(Conseil privé, \\Sii.)

Sur la requête préfentée au Roi étant en fon Confeil par les comédiens françois de Sa Majefté, contenant qu'ayant été condamnés par arrêt du Grand-Confeil du 14 mars dernier, à payer folidairement et par corps 6,000 1. de dommages et intérêts aux nommés Holtz et Godard, fuiffes, et trois d'entre eux en 300 livres d'aumône pour avoir fait exécuter à la lettre un arrêt du Parlement de Paris ; Sa Majefté, attendu que les fupplians s'étoient pourvus en caffation contre cet arrêt, eut la bonté de leur accorder, le 27 dudit mois de mars, une furféance d'un mois en confignant la fomme de 6,000 1. entre les mains de Durand, notaire : Cette confignation fut faite le 28. Ils confignèrent aufli la fomme de 300 livres d'aumône parce que, nonobftant la furféance, on voulut les contraindre à la payer, et ils fe font oppofés à la délivrance de ces fommes ; ils ont enfuite prefTé l'entérinement de leur requête en caffation. Elle a été admife par arrêt du Confeil privé du 1 5 du préfent mois qui leur permet d'affigner les deux fuiffes au Confeil ; mais comme, pendant l'inftance en caffation, les parties adverfes ne manqueront pas de pourfuivre la délivrance des deniers confignés et l'exécution de l'arrêt du Grand-Confeil dont la caffation eft demandée, les fupplians

prennent la liberté de fupplier Sa Majeflé de vouloir bien leur continuer la furféance qu'elle leur a déjà accordée parce que, fans cela, la grâce que Sa Majeflé leur a faite deviendroit inutile, les fommes confîgnées feroient enlevées et il ne feroit pas poflible de les retirer. A ces caufes requéroient qu'il plût à Sa Majeflé proroger, pour tout le tems que durera Tindance en caflation, la furféance accordée par l'arrêt du 27 mars dernier et faire défenfe à Holtz et Godard et à tous autres de faire pour raifon de ce aucune pourfuite à peine de défobéiffance. Vu ladite requête, l'acte de confignation de 6,000 1. faite entre les mains de Durand, notaire, par les comédiens en conféquence dudit arrêt du Confeil du 27 mars dernier et tout confidéré :

Sa Majeflé étant en fon Confeil, a prorogé et proroge pour un mois la furféance portée par ledit arrêt du 27 mars dernier ; pendant lequel tems il ne pourra être exercé aucune contrainte par corps contre lefdits comédiens pour raifon de la condamnation de 6,000 1. portée par ledit arrêt du Grand- Confeil du 14 dudit mois de mars, à la charge que ladite fomme de 6,000 1. demeurera coniîgnée entre les mains de Durand, notaire, jufqu'à ce qu'il en ait été ordonné par juflice. Le 27 avril 1709.

Signé ; Phelypeaux.

{Conseil d*Étatf E, 1947.)

Vu par le Roi, étant en fon Confeil, la requête préfentée à Sa Majeflé par Henri Holtz et Jean Godard, fuifles de la garde ordinaire de M. le duc d'Orléans, contenant qu'en qualité de propriétaires de deux loges fituées dans le préau de la foire de St-Germain-des-Prés et prenant le fait et caufe de Charles Dolet, Antoine de Laplace, Alexandre Bertrand et Chriflophe Selles et autres leurs gagifles, ils ont eu une conteflation portée et liée au Grand-Confeil avec les comédiens françois au fujet des divcrtiffemens et jeux que les fupplians font donner au public et que les comédiens entreprennent de troubler ; fur ce différend, les comédiens ne fe font pas contentés de comparoître au Grand-Gonfeil, mais ils y ont encore formé des demandes et pourfuivi l'arrêt contradictoire qui a prononcé fur toutes les prétentions des parties le 14 mars 1709 à l'audience; mais quoique par cet arrêt, les comédiens aient gagné leur caufe fur le fond et que les fupplians n'aient rien entrepris au préjudice de fa décifion, les comédiens, par une furprife inexcufable, fe font pourvus d'un côté au Confeil d'État où, fous prétexte de la demande qu'ils difent avoir faite au Confeil privé en cafTation de l'arrêt contradictoire du Grand-Confcil du 14 mars dernier, ils ont obtenu des défenfes de l'exécuter pendant un mois par arrêt du Confeil d'État du 27 mars 1709 ; d'un autre côté, pendant qu'ils fufpendent ainfi l'exécution d'un arrêt

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contradictoirement intervenu avec eux au Grand-Confeil , ils ont repris au Parlement une procédure qu'ils y avoient fecrètement commencée le 7 du même mois de mars et qu'ils avoient depuis abandonnée pour procéder au Grand-Confeil ; et, fur cette procédure, fans qu'il foit rien furvenu de nouveau, ils ont obtenu le 16 mars dernier au Parlement de Paris, un arrêt qui décrète de prife de corps Dolet, Laplace, Selles, Bertrand et autres qui font aux gages des fupplians, qui font par eux employés dans la repréitsntation àcs divertiflemens qu'ils donnent au public et dont, par cette raifon, les fupplians ont pris le fait et caufe au Grand-Confeil. Comme cet arrêt efl vifiblement infoutenable dans l'état où fe trouvent les différends des parties et qu'on ne peut douter qu'il foit rendu par des juges, dont ceux même qui l'ont furpris ont reconnu l'incompétence, les fupplians en ont demandé la caffation au Confeil d'État privé ; mais, comme pendant qu'ils la pourfuivent, il ne feroit pas jufte que ce décret les mit hors d'état de tirer de Dolet, Laplace, Selles et de leurs autres gagiftes le fervice qu'ils ont loué aux fupplians, d'où il arriveroit que, non-feulement les fupplians feroient expofés à de grands dommages et intérêts envers ces particuliers, mais encore que ceux-ci pour s'être loués aux fupplians fe trouveroient dans l'impuiffance de fubfifter avec leur famille : les fupplians qui ont grand intérêt d'arrêter le cours d'une telle vexation, font obligés de fe pourvoir. Ils efpèrent de cette fouveraine juftice que Sa Majefté diftribue toujours avec tant d'égalité à fes fujets que, jufqu'à ce que le Confeil d'État privé prononçant fur la caffation que les parties demandent refpectivement, les comédiens de l'arrêt du Grand-Confeil, les fupplians de l'arrêt du Parlement de Paris, elle voudra bien accorder aux fupplians, contre un arrêt furpris incompétemment au Parlement fans qu'ils aient été entendus ni pu l'être, le même fecours de la furféance qu'il lui a plu d*accorder aux comédiens contre l'arrêt rendu contradictoirement avec eux au Grand-Confeil le 14 mars 1709. A ces caufes requéroient les fupplians, en la qualité qu'ils procèdent de prenans fait et caufe de Dolet, Laplace, Selles et Bertrand, furfeoir l'exécution de l'arrêt furpris incompétemment au Parlement de Paris par les comédiens françois jufqu'à ce que, par le Confeil d'État privé, il ait été fait droit fur la caffation qui y efl requife par les fupplians de cet arrêt ; l'arrêt du Confeil du 27 mars dernier par lequel Sa Majeflé auroit accordé à fcs comédiens furféance pendant un mois à toutes contraintes par corps contre lefdits comédiens pour raifon de la condamnation de 6,000 livres portée par l'arrêt du Grand-Confeil du 14 dudit mois de mars, à condition par eux de configner es mains de Durand, notaire, ladite fomme de 6,000 livres pour être remifc à qui il fera ordonné par juftice; autre requête defdits comédiens par laquelle ils auroiem repréfenté à Sa Majeflé que mal à propos ils ont été traduits à la prévôté de l'Hôtel par lefdits Holtz et Godard, qui auroient dû les pourfuivre par-devant les juges ordinaires ou par-devant ceux devant lefquels ils peuvent procéder au moyen du committimus : que cependant lefdits comédiens ayant été affez mal confeillés pour fuivre la juridiction

de la prévôté de l'Hôtel, ils n*ont plus que la voie du Confeil où Tiriftance en queflion a été introduite, et, pour la pourfuivre, ils auroient conclu à une nouvelle furféance à caufe de la brièveté du tems ; requête defdits Holtz, Godard, Dolet et autres tendante à ce qu'il plaife à Sa Majedé leur accorder furféance aux contraintes par corps obtenues contre eux par lefdits comédiens ; l'arrêt du Confeil d'État du 27 avril dernier par lequel Sa Majefté auroit prorogé pour un mois le délai porté par celui du 27 mars précédent aux mêmes conditions et tout confidéré :

Le Roi, étant en ion Confeil, fans préjudice de l'indance pendante au Confeil privé entre lefdits Holtz, Godard, Dolet et autres, d'une part, et lefdits comédiens, d'autre ; a fait défenfe auxdits Holtz et Godard de fe pour* voir dorénavant en la prévôté de l'Hôtel pour raifon des conteftations qu'ils peuvent avoir à 'moins qu'ils ne foient à la cour et fuite de Sa MajeQé, fauf à eux à fe pourvoir devant les juges ordinaires ou en vertu de leur committimus ainfi qu'il appartiendra. Faifant Sa Majefté défenfes au prévôt de fon hôtel ou fon lieutenant, de connoître de pareilles conteftations à peine de nullité, et pour pourfuivre par lefdits comédiens Holtz, Godard, Dolet et autres, l'inftance pendante entre eux au Confeil, Sa Majefté a furfis pendant un mois à toutes contraintes par corps qu'ils peuvent avoir refpectivement obtenues les uns contre les autres.

Le 6 mai 1709.

Signé : Phelypeaux.

(Consul d'Éuti E, 1947.)

Sur la requête préfentée au Roi en fon Confeil par la troupe des comédiens de Sa Majefté contenant qu'encore que, par les arrêts du Parlement des 2 janvier 1709, 25 juillet 1710, par lefquels il eft fait défenfe aux danfeurs de corde et à tous autres de faire fervir leurs théâtres à autres ufages qu'à ceux de leur profeflîon, de repréfenter et jouer aucune comédie foit par colloques et monologues ou en quelque autre manière que ce foit, néanmoins les danfeurs de corde qui s'établiflent aux foires de St-Germain et de St- Laurent, ont introduit fur leurs théâtres des perfonnages de la Comédie- Italienne qui jouent actuellement plufieurs pièces différentes mêlées de ballets, fe fervant même de décorations et de machines pour l'exécution de leurs comédies, après que les danfeurs de corde ont fini leur exercice ; ce qui étoit directement contraire tant au brevet qu'il a plu à Sa Majefté d'accorder aux fupplians qu'à l'arrêt du Confeil du 17 avril 1709, qui fait défenfe au fieur Guyenet, directeur de l'Académie de mufique, de donner aucune permiffion aux danfeurs de corde et autres gens publics de chanter des pièces de mu-

Procès des Comédiens français et des Comédiens forains. 283

fique entières ou autrement, requéroient à ces caufes qu'il plût à Sa Majefté iaire défenfe à toute perfonne autre que lefdits comédiens, de jouer aux foires et dans la ville et faubourgs de Paris aucune comédie, tant par monologue que par geftes et pantomime ; qu'on ne pourra même repréfenter des fcènes détachées, fans fuite, liaifon, ni dénouement foit par monologues, foit par le moyen d'acteurs muets : défenfe de fe fervir d'écriteaux où l'on mette ôlos v chanfons dont les unes répondant aux autres forment une fuite et, toutes enfemble, compofent une pièce que les acteurs repréfentent par leurs geftes et par leurs habits, et que les fpectateurs chantent pour eux ; que les danfeurs de corde ne pourront plus avoir de théâtre, ni donner au public d'autre fpectacle que ceux de danfer fur la corde, de voltiger et de faire des fauts périlleux, et qu'au furplus il plaife à Sa Majefté en interprétant l'arrêt du Confeil du 17 avril 1709, faire défenfe au donataire du privilège de l'Opéra de permettre ni tolérer aux danfeurs de corde et à tous autres de faire ni danfes, ni ballets, ni d'avoir machines et décorations et qu'à faute par lefdits donataires de s'oppofer auxdites contraventions que les fupplians feront autorifés à pourfuivre les contrevenans aux dépens defdits donataires, veu la requête et tout confidéré : Le Roi étant en fon Confeil a renvoyé tant les comédiens que les danfeurs de corde, à fe pourvoir en fa cour du Parlement fur leurs demandes et prétentions refpectives, comme ils auraient pu faire avant l'arrêt du 17 avril 1709, pour leur y être fait droit fur le tout ainfi qu'il appartiendra.

Le 21 décembre 1711.

Signé : Phelypeaxjx.

{Conseil d'État, E, 1947.)

PROST (Anne-Marie), danseuse du théâtre de TAmbigu- Coraique en 1784.

Mardi 13 janvier 1784, 9 heures du foir.

Anne-Marie Proft, danfeufe d'Audinot, arrêtée par Duflaut, fergent, à la réquifition de Jean-Antoine Defprez, danfeur d'Audinçt, pour lui avoir donné un foufflet (i). Relaxée.

(^Archives des Comm., n» $022.)

(i) En plein théâtre où l'on jouait U lO' représentation de Mercure et Us ombres, pièce épiiodique en un acte, précédée des Troix Rivaux, pièce en an acte, terminée par les Noces de Thétit et de PéUe, pastorale en deux actes, mêlée de musique et de danses.

PRUDHOMME (M"*) , danseuse de l'Opéra- Comique en

(Dictionnaire des Théâtres, VI, 685.)

PUVIGNÉ (M"«), danseuse de rOpéra-Comique à la foire Saint-Laurent de 1743, avait un rôle dans le ballet-pantomime des Fleurs, exécuté à la suite de V Ambigu de la Folie, ou le Ballet des dindons, parade en quatre entrées, de Favart, représen-. tée le 3 1 août de cette même année.

{Dictionnaire d$s Théâtres» I, 99.)

PYGMÉES (la Troupe Royale des). Le 31 mars 1675, Louis XIV permit à Dominique de Normandin, écuyer sieur de la Grille, par lettres patentes enregistrées au Parlement de Paris le 7 septembre 1675, de f^^^ jouer en public, sous le nom de Troupe Royale des Pygmies, dans la ville et faubourgs de Paris, des marionnettes « qui ne feront pas feulement d'une grandeur extraordinaire mais même repréfenteront des comédies avec des décorations et des machines très-curieufes et en outre imiteront parfaitement la danfe, le chant et la voix humaine et feront d'ailleurs tous les exercices qui s'apprennent dans les Académies. » Ce théâtre s'ouvrit l'année suivante au Marais et donna pour première pièce : les Pygmées, tragi-comédie en cinq actes, ornée de musique, de machines et de changements de théâtre. Le programme imprimé de cette pièce portait que la troupe Royale des Pygmées la représentait « en fon hôtel Royal au Marais du Temple ». Et, ajoutait-il : « Ce qui n'a pas d'exemple jufqu'ici, on verra des figures humaines de quatre pieds de haut, richement habillées et en très-grand nombre repréfenter fur un vafte et fuperbe théâtre des pièces en cinq actes ornées de mufique, de ballets, de machines volantes et de changemens

Pygmies français. 287

de décorations, réciter, marcher, actionner comme des perfonnes vivantes fans qu'on les tienne fufpendues. » La Troupe Royale représenta ensuite les Amours de Microton, ou les Charmes d*Orcan, pastorale enjouée. En 1677, ce spectacle changea de nom et s'appela V Opéra des Bamboches. U Encyclopédie n*a pas dédaigné de s'occuper de ce petit spectacle et voici ce qu'elle en dit : « C'étoit un opéra ordinaire avec la différence que la partie de l'action s'exécutoit par une grande marionnette qui faifoit fur le théâtre les geftes convenables aux récits que chantoit un muficien dont la voix fortoit par une ouverture ménagée dans le plancher de la fcène. » Toutefois la nouvelle dénomination de ce théâtre ne remplaça pas tout à fait l'ancienne dans la pratique usuelle, car à la foire Saint-Laurent de 1678 nous voyons figurer la Troupe Royale des Pygmées. Peu de temps après, ce théâtre, qui avait eu l'honneur d'exciter la jalousie de l'Académie royale de musique, fut complètement supprimé.

(Rgg. du Parletfunt, 'i{l\Zû'j2.^ Encyelopiiiê, article du chevalier de Jaucourt. ■•- Magnin, Hisioir» des MarioHHtUts, 142.)

PYGMÉES FRANÇOIS (Spectacle des). Les succès obtenus par les Fantoccini français, marionnettes qu'un nommé Caron faisait voir sur le boulevard du Temple, engagèrent quelques spéculateurs à faire construire en 1785, au Palais- Royal, un théâtre qu'ils nommèrent les Pygmées français, et d'y faire jojjer Caron et ses marionnettes. Ils inaugurèrent leur salle par le Nouveau Prométhée, prologue en un acte avec couplets, et par Arlequin protégé par Momus, vaudeville en trois actes. Les marionnettes qu'on y montrait n'avaient que douze ou quatorze pouces de hauteur, et, comme à l'ancienne Troupe Royale des Pygmées, un acteur placé dans la coulisse parlait et chantait pour elles. Malgré la gentillesse de ces petits comédiens et l'habileté de Caron qui les conduisait malgré les feux, cascades, bouquets^

gerbes, fusées et illuminations pyrrhiques dont le spectacle était enjolivé, les Pygmées français n'obtinrent aucune réussite (i).

{Guid* des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, par Thiéry, I, 284. — Magnin, Histoire des Marions nettes, 180.)

(i) Ce spectacle avait deux directeurs, l'un se nommait Jean-François Spits» graveur des médailles et monnaies de France, et Tautre Baudin, facteur de clavecins. Des discussions d'intérêts s*élevérent entre eux, et un procès s'engagea. L'une des pièces de la procédure nous fournit l'indication de presque tout le personnel attaché aux Pygmées français. Nous transcrivons ici leurs noms ; c'étaient : i» Jean-François Féron, igé de 3) ans, musicien ci-devant attaché au spectacle det Pygmées, et à présent attaché à celui d'Asthley, demeurant rue du Faubourg-Sainte-Anne, à l'hôtel de Charoloisj 2" François Gressier, igé de 48 ans, musicien, demeurant place des Victoires; 30 Pierre>Marte-Joseph Hurpy, âgé de 42 ans, machiniste, demeurant rue du Faubourg-du-Temple, acteur des Pygmées; 4° demoiselle Marguerite Galimard, &gée de 25 ans, épouse du sieur Boudin, maître chandelier, actrice attachée au spectacle des Pygmées français, aux appointements de 700 livres, demeurant rue Montmartre ; 50 Pierre Hurpy fils, coiffeur et ci-devant acteur au spectacle des Pygmées, aux appointements de 600 livres, demeurant au Palais-Royal ; 60 Pierre Gruier, âgé de 02 ans, musicien ci-devant attaché au théâtre des Pygmées, aux appointements de 600 livres, actuellement à celui de Beaujolais, demeurant rue Saint-Denis ; 7° Pierre-Siméon Car6n, âgé de aS ans, demeurant sous les arcades, acteur au théâtre des Pygmées, aux appointements de 600 Bvv|é et 3 louis de gratification ; 8<> Sophie Walmont, âgée de 28 ans, épouse du sieur Jean de Romainville, acteur de province, elle attachée au théâtre des Pygmées français, aux appointements de SCO livres, demeurant rue Neuve*Saint*Sauveur ; 90 Pierre-Louis Mozin, âgé de 18 ans, musicien, demeurant au Palais-Royal, au théâtre des Ombres chinoises, ancien violon du spectacle des Pygmées, aux appointements de 600 livres ; 10° Laurent Saint-Charles, musicien, âgé de 24 ans, dem«unmt au spectacle des Ombres chinoises, au Palais-Royal, ancien premier violon du spectacle des Pygmées, aux appointements de 40 sols par jour ; ii« Jean-Baptiste Fressancourt, âgé de 24 ans et demi, musicien, demeurant rue CoquilUére, ancien joueur de clavecin au spectacle des Pygméts, (Archives des Comm,f n'* 1264.)

UENSELY (Georges) , montreur de curiosités , faisait voir à la foire Saint-Laurent de 1708 un cheval

savant.

e jeudi ij feptembte, eaviroa les 6 heures du foir, nousCéfar- Vincent Lefninçois, etc., éunt i la foire Si-Laureot pour obferver ce qui ^y pafle, avons été averti qu'il y avoit du bruit dans le préau du cât£ du cabaret de l'Ëpée royale : Nous y f tant 1 l'indant tranfporté, avons vu devant la loge de Georges Quenfely, Allemand, qui fait faire l'exercice i un cheval, une grande populace aniaiTée, s'eft préfenté i nous un particulier fana perruque qui nous a dit fe nommer Louis Prévoft, marchand de chevaui, demeurant rue St-Martin, i la fleur de Lis, étant hleSi au haut de la tète, faignant beaucoup. Nous a montré fon bras meurtri et nom a fait plainte et dit que cejourd'hui, environ les deux heures de relevée,- trois ou quatre laboureurs de la France étant venus le voir pour acbeiei des chevaux, ils ont bu an coup enfemble. Enfuite font venus i la foire ayant envie de voir faite l'exercice et tours au cheval inllruit par un Allemand; ils fe font adreffés audit Allemand, que le plaignant a prié de leur faire voir ledit cheval dans le moment parce que ceux de fa compagnie étoicnt bien aifes de s'en retoutner, ledit Allemand, en fon langage, les a envoyés voir les chiens de la foire, leurs camarades. Un de la compagnie ayant infiflé et lui demandoit ce qu'il falloit, voyant qu'il le rebutoit ainfi que l'archet de la porte et le particulier qui appelle k monde, il lui auroit dit ; ■ Allons-nous-en et laiflons U fon cheval, s II a été furpris qu'aulTiidt ledit Allemand lui a déchargé plufieurs coups de canne fur la tête et fur les bras qui l'auroieni blelTé de la manière qu'il nous eft apparu. Que l'archer avec fa petluifane et fon homme qui appelle, font venus fur lui et auroient continué i le maltraiter, fi préfen- Sp, — 11. 19

tement la garde n'étoit furvenue avec nous, de manière qu'ils fe font retirés. De ce que deffus nous requiert acte.

Signé : Lefrançois; Louis Prévost.

(Archives dts Comm., n'* 3821.)

UESNEL, acteur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1772.

(Almanach forain, 1773.)

UETTE VILLE (Susanne), née en 1661, associée avec le nommé Cadet pour faire voir la Tête parlante à la foire SainT^ Laurent de 1689.

Voy, Legrand (Charles).

UINAULT, acteur du théâtre de TOpéra-Comique vers

(Dictionnaire des Théâtres t III, 153.)

UINAULT (M"« FRANC ASSANI, femme), fiUe de l'acteur forain Francassani, dansait au théâtre de TOpéra-Comique sousle nom de M"*" Lejeune en 1738. C'est là qu'elle connut et épousa un comédien du même théâtre nommé Quinault . A la foire Saint-Germain de 1742, M""* Quinault faisait partie de la Grande Troupe étrangère dirigée par Restier et la veuve Lavigne, et joua le rôle de Colombine dans deux pantomimes de Mainbray, A Trompeur, Trompeur et demi et le Diable boiteux, représentées le 3 et le 1 5 février de la môme année.

(Dictionnaire des Théâtres, l, 322. II, 304. III, 132.)

hABIQUEAU, directeur d'un spectacle mécani- I physique, à l'enseigne du Grand Druide, que l'on à pouvait voir en 1774, moyennant 3 livres aux pre- I mières places et 24 sols aux deuxièmes. Pour douze livres on avait ses entrées durant toute l'année.

RABON (M"'), danseuse i l'Opéra-Comique à la foire Saint- Laurent de 1729, avait un rôle dans la Noce anglaise, balletpaotomime exécuté le 16 août de cette année. Elle entra ensuite à l'Opéra.

ADIS (Augustine), née en 1748, actrice en 1767 dans un specude tenu sur le boulevard du Temple, par M"* Gas-

L'an 1767, le famedi 12 décembre, oeuf heures du matin, ell comparae en l'hâtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Augudine Radis, fille âgée de 19 ans, actrice chez la detnoifelte GalTerem, maltrefle de fpectacle

fur le boulevard, logeante chez le nommé Luxembourg, logeant rue du Temple, près la rue Meflai, entre un perruquier et un limonadier : Laquelle nous a déclaré et dit qu'il y a aujourd'hui trois femaines, fur le foir, elle eft accouchée d'une fille dont elle étoit enceinte des œuvres du nommé Brîfmontier, acteur chez le ûeur Nicolet, aufll maître de fpectacle fur ledit boulevard. Que la fage-femme qui l'a accouchée, nommée Perrier et demeurante dans le nouveau marché St-Martin, près le corps de garde, et qui étoit venue dès avant lui dire qu'elle étoit charmée d'avoir l'occafion de l'accoucher, parce qu'elle connoiflbit une dame de confidératîon qui étoit accouchée et qui avoit fait vœu de foulager et fecourir une pauvre accouchée et d'avoir foin de fos enfans. Cette fage-fcmme, auflitôt fon accouchement, a pris fon enfant et l'a emporté fous prétexte de le porter voir à la dame en qucftion, en répétant à la comparante ce qu'elle lui avoit dit avant fon accouchement et en lui ajoutant qu'elle ne s'embarralTât pas, qu'elle ne manqueroit de rien. Que cependant, non-feulement elle n'a reçu aucun fecours de la part de cette fage-femme ni de la dame en queflion, mais encore elle ne fait ce qu'efl devenu fon enfant. Qu'elle en a demandé des nouvelles à cette fage-femme différentes fois et elle a toujours tergiverfé et éludé, et n'a jamais fait parottre la dame en queflion, ni fon enfant duquel elle efl des plus en peine. Pourquoi elle a été confeillée de venir nous faire la préfente déclaration (i).

Signé : Maillot.

RAGUENET (Jean-Baptiste), acteur forain, fils du maître chandelier de la Comédie-Française, joua d'abord la comédie en province, puis entra, à la foire Saint-Germain de 171 1, dans la troupe de Dolet, Delaplace et Bertrand, associés, et y brilla à la fois comme acteur et comme auteur, car il y fit représenter les Aventures comiques d'Arlequin, ou le Triomphe de Bacchus et de f7wtt5,pièceen trois actes et par écrit eaux. En 1713, Raguenet s'engagea au jeu d'Octave et débuta par le rôle de Don Juan dans le Festin de Pierre, opéra comique en trois actes, de Letellier. Entre les foires Saint-Germain et Saint-Laurent de 1714,11 alla avec Paghetti et Hamoçhe donner des représentations à Lyon. De retour à

(i) Dans rinformatton qui fut faite ensuite de cette plainte par le commissaire Maillot, on entendit comme témoin Marie-Jeanne Cassèrent, âgée de 22 ans, maltresse de spectacle sur le bouleTard, logeant rue de Périgueux, au Marais, à l'hôtel de la Paix, avec sa mère.

Raguenet. 293

Paris il s'engagea pour la foire Saint-Laurent de la même année au jeu du chevalier Pellegrin. En 1 728, Raguenet faisait partie delà troupe de TOpéra-Comique et il joua à ce théâtre le rôle du député de la Grafagnade dans Y Antre de Laverna, opéra comique en un acte, de Lesage et Fuzelier, représenté le 28 août de cette année. Ce rôle composé à son intention par les auteurs faisait allusion à une friponnerie dont il s'était rendu coupable envers un grand seigneur. En même temps qu'il était acteur, Raguenet était aussi marchand de tableaux, et il avait vendu un jour une copie pour un original à un riche amateur; celui-ci s'aperçut du vol et au lieu de faire condamner le voleur par les tribunaux, il préféra le punir en le forçant à représenter au théâtre une scène qu'il avait jouée au naturel, de là le personnage de la pièce et une série d'aveux humiliants que le malheureux acteur était obligé de faire au public, en confessant humblement qu'il n'était qu'un fripon. Malgré cet épisode, la pièce n'eut aucun succès et ne fut jouée qu'une seule fois. En 1730, Raguenet quitta le théâtre et ne s'occupa plus que de son industrie.

{Mémoires sur Us Spectacles de la Foire, I, 126, 154. — Dictionnaire des Thèdtres,!^ 33) > H, $40; III, 263; IV, 368.)

L*an 1714, le 15 juin, dix heures et demie du matin, par-devant nous Jean Hubert, etc., en notre hôtel, efl comparu le ûeur Jean-Baptifle Raguenet, bourgeois de Paris, y demeurant rue de la Planche, paroilTe St-Sulpîce : Lequel nous a fait plainte à rencontre des fieurs Paghetti et Hamoche, comédiens italiens et chefs de troupe à Lyon, et dit qu'étant à Paris à la foire St-Germain dernière, lefdits Paghetti et Hamoche rengagèrent de partir avec eux pour aller à Lyon représenter les rôles de Mezzetin et des Vieillards dans les pièces italiennes et dans les françoifes les rôles qui lui conviendroient. Que le plaignant étant convenu avec eux pour la campagne d'été à 400 livres, par écrits fous leurs fignatures privées, il partit avec eux à l'expiration de ladite foire pour fe rendre à Lyon où il a exécuté de point en point ce dont il étoit convenu et même a rempli le premier rôle, qui eft celui d'amoureux, dans le françois, et que devoit repréfenter le fieur Rofidor, qui a quitté les fleurs Paghetti et Hamoche avant l'ouverture de leur théâtre par les mauvais traitemens que le fieur Rofidor en avoit reçus et faute d'argent. Le plaignant ayant donc fait plus qu'il ne devoit et ne pouvoit, joint au chagrin que lui ont caufé les menaces de la demoifelle femme dudit Paghetti, chef de

ladite troupe, de le faire aiïaOiner, comme il le prouvera par témoins, n'en fâchant pas la caufe, efl tombé malade, ce qui Ta empêché et mis hors d*état de jouer les rôles françois. Et comme le plaignant avoit befoin d'argent pour s'alimenter, il en demanda auxdits Paghetti et Hamoche qui dirent au plaignant qu'ils n'en avoient pas pour lors, et que, puifqu'il ne pouvoit jouer les rôles françois, il n' avoit qu'à s'en aller et qu'ils le payeroient à Paris, ce que le plaignant accepta quoiqu'aprës avoir fait des avances pour eux et qu'il n'ait pas été payé de fa campagne et obligé de mettre fes hardes en nantiffement tant pour vivre pendant fon féjour à Lyon que pour fon voyage de Lyon à Paris. Mais le plaignant, qui s'eft fié à leur bonne foi, a été bien furpris d'apprendre par une lettre, qu'il nous a dit lui avoir été donnée par la fille du fleur Châteauneuf, comédien de ladite troupe de Lyon, fuivant l'ordre que lui en a donné fon père, qui efl actuellement à Lyon, laquelle lettre il nous a repréfentée, fignée Châteauneuf, et requis icelle être de nous paraphée m varUtur et à lui rendue, que, pour fe difculper par lefdits Paghetti et Hamoche de le payer, ils auroient fait des pourfuites à Lyon contre le plaignant, au préjudice du congé verbal qu'ils lui avoient donné et de la promeffe qu'ils lui avoient faite de le payer à Paris fuivant leurs conventions. Et comme il a tout lieu de craindre quelque furprife de leur part, il a été confeillé, pour prévenir même l'exécution des menaces de ladite femme dudit Paghetti, de venir par-devant nous nous rendre la préfente plainte.

Signé : Raguenet; Hubert.

{Archivés dis Comm., no 3316.)

RAIMOND (Marie-Anne), née en 1713, actrice de TOpéra- Comique, a rempli à ce théâtre les rôles de Mathurine dans les Bateliers de Saint-Cloud, opéra comique de Favart (10 septembre 1741); une actrice dans le prologue mis par Panard en tête de h. Servante justifiée, de Panard et Fagan (3 février 1742); Madame Râpé, dans le Coq du village, opéra comique de Favart (3 1 mars 1743); Danton, officier français, dans l'acte III de V Ambigu de la folie, ou le Ballet des Dindons, parodie en quatre entrées, du même auteur (31 août 1743).

(Dictionnaire des Théâtres, I, 97, 389 ; II, 108 ; V, 140.)

Raisin. 295

RAISIN, organiste de Troyes, avait une loge à la foire Saint- Germain de 1662, où il faisait voir une épinette à trois claviers dont un des trois répétait seul les airs que l'on touchait sur les deux autres. M. Deschanel, dans la Fie des Comédiens, a donné d'après Grimarest l'explication de ce fait : « Un organiste de Troyes, nommé Raisin, avait quatre enfants tous jolis, deux garçons et deux filles. Il leur avait appris à jouer de l'épinette, puis en ayant fait fabriquer une à trois claviers, longue à peu près de trois pieds et large de deux et demi, avec un corps un peu plus grand que celui des épinettes ordinaires, il vint à la foire Saint-Germain et annonça au public un miracle de mécanique, une épinette obéissante qui jouait à commandement. Tout le monde y courut et fut émerveillé. En efiet, pour commencer, le petit Raisin l'aîné et sa petite sœur Babet se mettaient chacun à son clavier et jouaient ensemble un morceau, puis ils levaient les bras et alors le troisième clavier répétait seul tout le morceau d'un bout à l'autre. Ou bien Raisin criait tout à coup : « Arrêtez-vous, épinette ! » et l'épinette s'arrêtait. « Continuez, épinette ! » et l'épinette continuait. «Jouez tel autre morceau » et l'épinette le jouait. « Taisez-vous, épinette ! » et elle se taisait. On était confondu d'étonnement. De temps en temps Raisin prenait une grande clef avec laquelle il montait l'épinette par le moyen d'une roue qui faisait un vacarme terrible dans le corps de l'instrument, comme si elle eût mis en mouvement d'innombrables rouages nécessairespourl'exécution des morceaux. n avait soin aussi de changer souvent de place l'épinette, de peur qu'on ne supposât quelque communication avec le dessous de la salle. Raisin à cette exhibition gagna, dit-on, plus de 20,000 livres. La cour, sur le bruit de ce prodige, fit venir Raisin et son épinette. Le roi l'admira et voulut en donner le spectacle à la reine. La surprise de la reine alla jusqu'à la frayeur ; si bien que le roi ordonna que l'on ouvrît le corps de l'épinette « d'où l'on vit sortir, dit Grimarest, un petit enfant de cinq ans, beau comme un ange; c'était Raisin le cadet, qui fut dans le moment caressé de toute la cour. Il était temps que le pauvre enfant sortit de sa prison où il

était si mal à son aise depuis cinq ou six heures, que i'épinette, c'est toujours Grimarest qui parle, en avait contracté une mauvaise odeur. »

Ce petit Raisin s'appelait Jean-Baptiste-Siret Raisin, il était né en 1656 et devint plus tard l'un des meilleurs acteurs de la Comédie-Française, où il débuta en 1679. Il ^^t mort le 5 septembre

{Dictionnairt portatif du Thiâtrts, par deLéris, XIX, 51a. — Emile Deschanel, la Vie des comédiens, 169.)

RAMPONEAUX (Jean), cabaretier fameux et maître du Tambour royal, taverne très-fréquentée de Belleville. Sa bonne humeur, sa gaîté, son esprit lui attiraient une clientèle nombreuse, et bientôt il devint à la mode d'aller chez Ramponeaux. On ne parla plus que de lui, et les vêtements furent à la Ramponeaux. Désireux d'exploiter à son profit cette célébrité passagère, un directeur de spectacle forain, Pierre-Claude Gourliez, dit Gaudon, proposa en 1760 au cabaretier de l'engager dans sa troupe et lui offrit 200 livres d'arrhes. Ramponeaux accepta, mais au dernier moment il se dédit et refusa d'exécuter les conventions stipulées. De là un procès moitié sérieux, moitié comique, dont Paris s'amusa beaucoup. L'avocat Élie de Beaumont prit fait et cause pour le directeur du spectacle, Coqueley de Chaussepierre et Voltaire défendirent le cabaretier. Si Ramponeaux refusa d'entrer chez Gaudon, ce ne fut pas, comme le dit l'auteur de la Henriade dans son Plaidoyer, par scrupule de piété, mais vraisemblablement parce que l'engagement que lui ofiirait le saltimbanque n'était pas assez élevé à son gré, et en effet on est porté à le croire, puisque le maître du Tambour Royal s'engagea peu après à l'Opéra-Comique et y parut à la foire Saint-Germain dans le rôle à! Anselme, des Pèlerins de la Courtille, parodie de l'opéra de Rameau les Paladins, par Lemonnier. Le succès de curiosité qu'obtint cette exhibition dura quelque temps, puis Ramponeaux

Ratcine, — Rats équilibristes. 297

retourna à son comptoir et mourut à Paris dans sa 78** année, le 4 avril 1 802 .

(Histoir* du thiâire d* l'Opera-Comiqug, II, 449. -< Jal, Dictionnaire d* biographie et d'histoire, X040.)

Voy. Gaudon.

RATCINE (Marie-Thérèse), directrice d'un petit spectacle établi sur le boulevard du Temple en 1767 et où Ton voyait des serins savants et des ouvrages de mécanique.

{Archives des Comm., 09 394$.)

ATON (M"*), actrice du théâtre de TOpéra-Comique en

(Œuvres de M. et ifnc Favart, publiées chez E. Didier, 230.)

RATS ÉQUILIBRISTES, animaux bien dressés qu'on voyait à la foire Saint-Germain au milieu du xvii* siècle. Brazier donne, d'après les frères Parfaict,les détails suivants sur ces équilibristes d'un nouveau genre : « On a vu à la foire Saint-Germain des rats danser en cadence sur la corde au son des instruments, se tenant debout sur leurs pattes de derrière et portant de petits contre-poids comme de véritables danseurs de corde. Il y avait une troupe de huit rats qui dansaient un ballet figuré sur une grande table, au son des violons et avec autant de justesse que des danseurs de profession. Mais ce qui émerveilla surtout les Parisiens, nos bons aïeux, ce fut un rat blanc de Laponie qui dansa une sarabande avec autant d'aplomb et de grâce qu'aurait pu le faire un Espagnol ou Louis XIV lui-même. »

{Histoire de la danse, p*r Bonnet, citée dans les Mi' moires sur Us Spectacles de la Foire, I, XLII. — Brazier» Histoire des PetiU tkédtres, a}8.)

RAULY (Guillaume), maître peintre des plaisirs du Roi et cousin de Maurice von der Beek, tenait avec la dame Baron, pendant la foire Saint-Germain de 1710, le jeu de Levesque de Bellegarde et Desguerrois, acquéreurs des baux et théâtres de la veuve Maurice, et où jouait la troupe de Dominique.

(Jal, Dictionnaire de biographie et d'histoire, 163. — Mémoires sur les Spectacles de la Foire, \, 105.)

L'an 1710, le jeudi 6 février, heure de midi, par-devant nous Louis-Jérôme Daminois, en notre hôtel, font comparus Louis Carton, fieur Dancourt, et Pierre-Louis Villot-Dufey, comédiens ordinaires du Roi : Lefquels, tant pour eux que pour leurs confors, nous ont dit qu'au préjudice du privilège que le Roi leur a accordé de jouer feuls et repréfenter des tragédies et comédies, plufleurs bateleurs, danfeurs de corde et autres, et, entre autres, les nommés Allard, RoUy, Nivelon, Dolet, Laplace, Bertrand, Lajoute, Letellier ont entrepris d'en jouer et repréfenter; que leur audace et témérité font d'autant plus repréheniîbles qu'ils ne peuvent ignorer que Tannée dernière lefdits comédiens ont obtenu différens arrêts et fentences qui ont fait défenfe auxdits Dolet, Bertrand, Allard et Nivelon, qui avoient fait femblable entreprife, de repréfenter des comédies à peine de démolition de leurs théâtres et autres peines y portées. Et comme les comparans ont un intérêt très-fenfible de fe pourvoir pour faire ceffer un abus qui fe multiplie et leur eft préjudiciable, pourquoi nous requièrent de vouloir nous tranfporter aujourd'hui rue de Vaugirard, dans le jeu de paume du Bel-Air, près Luxembourg, où ledit Rolly, l'un defdits fufnommés, a fait conftruire et élever un théâtre pour leur donner acte et drefler procès-verbal de l'entreprife et contravention dudit Rolly, pour leur fervir et valoir ce que de raifon.

Signé : F. Carton-Dancourt ; Villot-Dufey.

Sur quoi nous commiffaire, etc., nous nous fommes ledit jour, fur les cinq heures du foir, tranfporté au fufdit jeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, près Luxembourg, dans lequel ledit Rolly a fait conftruire et élever un théâtre que nous avons vu orné de décorations et luftres ; au pied d'icelui un orcheftre ; dans icelui neuf particuliers jouant, favoir: fix de violons, deux de baffes de violons et un autre du baflbn. Aux deux côtés du théâtre trois rangs de formes terminées d'une baluftrade de fer, un triple rang de loges élevé l'un fur Tautre qui règne tout autour de la falle dudit jeu de paume. Avons vu, après les danfes de corde finies, repréfenter fur ledit

Rauly. 299

théâtre, avec machines et changemens de décorations, un divertiflement comique par différens acteurs et actrices, compofé de parodies fur la plupart des airs de Topera de Phaéton et autres et de danfes alternativement, partagé en prologue et actes fui vis. Avons remarqué que les acteurs, dont les principaux font : TArlequin, nommé Dominique, le Scaramouche, nommé Defgranges, le Pierrot, nommé Belloni, et le Boflu, nommé Bacquetti, et les actrices forment entre eux des efpèces de dialogues, fe parlent et fe répondent par lefdites chanfons la plupart obfcènes ; que l'Arlequin et le Pierrot affectent, pour exciter les ris des fpectateurs, en les chantant, des gc^cs et poflures indécentes et fcandaleufes ; que lefdits acteurs et actrices chantent au fon de Torcheflre, qui les accompagne, des chœurs et des duos, danfent par deux, par quatre et en plus grand nombre après avoir chanté et ce pendant tout le cours du divertiflement, et qu'en hn d*icelui le Scaramouche a fait un compliment aiïez long et arrangé l'annonce du même divertiflement pour le lendemain. Dont et de quoi nous avons fait et rédigé le préfent procèsverbal.

Signé : Daminois.

(Archives des Comm., n" 921.)

L*an 17 10, le jeudi 6 février, cinq heures du foir, nous Louis-Jérôme Daminois, etc., fur la réquifition de Pierre Guyenet, ayant feul le privilège du Roi pour une Académie royale de mufique, nous fommes tranfporté pour conftater les contraventions commifes contre ledit privilège par le fîeur Rolly, dans le jeu de paume du Bel- Air, près le Luxembourg, nous fommes, au défir dudit rèquifitoire, tranfporté rue de Vaugirard, au jeu de paume du Bel-Air, près Luxembourg, où ledit Rolly a fait conftruire fon théâtre. Où étant, nous avons vu â l'un des bouts d'icelui un théâtre conftruitet élevé, orné de décorations, de luflres, de plufieurs rangs" de formes des deux côtés terminées par une baludrade de fer ; au pied d'icelui un orcheftre et dans icelui neuf particuliers jouant, favoir : (îx de violons, deux de baiïes de violons et un de bafTon. Tout autour du furplus de l'efpace du jeu de paume, trois rangs de loges élevées l'une fur l'autre. Avons vu, après les danfes finies, repréfenter fur ledit théâtre orné de machines et changemens de décorations, un divertiffement comique par différens acteurs et actrices compofé de parodies fur plufieurs airs de l'opéra de Phaéton et autres airs ; qu'il a commencé comme ledit opéra par danfes et prologue et continué par actes fuivis ; que lefdits acteurs et actrices, qui fe parlent et répondent par des chanfons, ont chanté au fon de la fymphonie qui accompagnoit des chœurs et des duos, et ont danfé au même fon plufieurs danfes par deux, par quatre

et en plus grand nombre. Dont et de quoi nous avons dredé le préfent procès-verbal.

Signé : Daminois.

{Archives dts Comm., no 920.)

L'an 17 10, le jeudi 6* jour de mars, dix heures du matin, par-devant nous Louis-Jérôme Daminois, etc., en notre hôtel, font comparus Nicolas Carton, fleur Dancourt, et Pierre-Louis Villot-Dufey, comédiens ordinaires du Roi, tant pour eux que pour leurs confors : Lefquels nous ont dit qu'au préjudice du privilège que Sa Majefté leur a accordé de jouer feuls et de repréfenter des tragédies et comédies, pluiîeurs bateleurs danfeurs de corde ont entrepris d'en jouer et repréfenter et cela au mépris non-feulement des fentences et arrêts rendus entre lefdits comédiens et aucuns d'eux qui leur ont fait défenfes d'en jouer et repréfenter fous des peines très-févères, mais encore des ordres du Roi à eux notifiés le mois dernier ; qu'entre autres le nommé Rolly, qui a fait conflruire et élever un théâtre au jeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, près Luxembourg, et avoit celTé en exécution dudit dernier ordre, a, par une défobéilTance funefle à icelui, recommencé de jouer et repréfenter fur fondit théâtre la comédie. Les comparans, à qui cet abus fait un préjudice très-confidérable, ayant un intérêt très-fenfible de fe pourvoir pour en arrêter le cours, nous ont requis de nous tranfporter audit jeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, pour leur donner acte de l'entreprife et contravention dudit Rolly à leurdit privilège, et en drefler procès- verbal.

Signé : F. C arton-Dancourt ; Villot-Dufey.

Suivant lequel réquifitoire nous nous fommes, ledit jour, fix heures du foir, tranfporté rue de Vaugirard, audit jeu de paume du Bel-Air, près Luxembourg, dans lequel ledit Rolly a fait conftruire et élever fon théâtre avec décorations, luftres, orcheftre et loges. Avons vu, après les danfes de corde finies, repréfenter fur ledit théâtre par différens acteurs et actrices, un divertiffement comique partagé en actes et fcènes et avons remarqué que lefdits acteurs, dont les principaux font : l'Arlequin, nommé Dominique, le Docteur, nommé Defgranges, le Pierrot, nommé Belloni, et le Boffu, nommé Baghetti, et les actrices parlent fur ledit théâtre, feuls, deux enfemble et trois auffi enfemble et fe répondent les uns aux autres par fignes, pofhires et gefles, même par mots coupés, et forment ainfi entre eux des efpèces de dialogues en parlant et fe répondant. Comme auiïï que l'Arlequm et le Pierrot ont proféré plufieurs paroles obfcènes et fait plufieurs geftes et poftures indécentes qui bleflent la pudeur et l'honnêteté publiques, pour exciter les ris des

Rauly. 301

fpcctateurs, et qu*à la fin dudit divertiiïement le Docteur a fait l'annonce d'un autre pareil pour demain. Dont et du tout nous avons fait et dreflfé le préfent procès-verbal.

Signé : Daminois.

(Archives des Comm., n" 921.)

L'an 17 10, le famedi 15* jour de mars, fix heures du foir, nous Louis- Jérôme Daminois , etc. , requis, nous fommes tranfporté dans l'hôtel de la Comédie-Françoife, fis rue des Foffés-St-Germain, où nous avons trouvé dans une falle Laurent Carton, fieur Dancourt, et Pierre-Louis Villot-Dufey, comédiens ordinaires du Roi : Lefquels, tant pour eux que pour leurs alTociés en la comédie, nous ont fait plainte et dit que le nommé Rolly et la dame Baron, affociés avec des danfeurs de corde au jeu de^ paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, où ils ont fait confb-uire un théâtre, continuent de faire repréfenter fur icelui en termes et poftures la plupart diiïblues, obfcènes et indécentes, des comédies et pièces de théâtre qu'ils annoncent au public par des affiches, ce qui leur attire un concours de monde prodigieux et rend la Comédie déferte et en caufe la ruine. Pourquoi nous requièrent de nous tranfporter préfentement audit jeu de paume du Bel-Air à l'effet de dreifer procès-verbal de la contravention defdits Rolly et demoifelle Baron aux ordres du Roi, arrêts et ordonnances de police fur ce rendus, et, au fortir dudit jeu, de revenir en ladite falle de la Comédie pour, fur le vu du regi(bre fur lequel on écrit jour par jour la recette et dépenfe de chaque jour, dreifer procès-verbal de la recette et dépenfe de ce jour.

Signé : F. C arton-Dancourt ; Villot-Dufey.

En conféquence, nous nous fommes à l'inflant tranfporté audit jeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, où eft le jeu des danfes de corde defdits Rolly et demoifelle Baron, où étant, nous avons vu un théâtre élevé, orné de décorations, de luftres éclairés et d'un orcheftre. Aux côtés d'icelui plufieurs loges l'une fur l'autre à double rang, un parterre et un amphithéâtre, le tout rempli entièrement de monde. Sur le théâtre cinq rangs de formes et de chaifes, des deux côtés, auffi remplis de monde de l'un et de l'autre fexe et de plus une fi grande quantité d'honmies debout que le théâtre en étoit prefque couvert et qu'il y avoit â peine fur icelui un petit efpace pour les acteurs, ce qui étoit caufe que de tems â autre on crioit tout haut : Place au théâtre t Avons vu, après les danfes de corde finies, repréfenter par quatre acteurs et deux actrices un divertiflement comique fcène par fcène ; que dans chacune d'icelles chacun defdits acteurs, qui ont paru trois de fuite

Fun après l'autre, ont paru après deux, trois et quatre enfemble, ont tous parlé et fc font tous répondu par lignes et poftures; qu'ils ont proféré plufieurs paroles obfcènes et affecté des poflures très-indécentes et fcandaleufes pour attirer les ris des fpectateurs ; que ce divertiffement a été fuivi de fauts périlleux qui ont été annoncés par des particuliers appelés Gilles, par lefquels fauts la repréfentation dudit divertilTement a fini fur les huit heures et demie. Et à l'inftant nous, commifTaire fufdit, étant retourné à la Comédie-Françoife en la falle fufdite, lefdits (îeurs Dancourt et Dufey nous ont repréfenté un gros regiftre in-folio, couvert de bafane verte, fur lequel on écrit jour par jour la recette et dépenfe de chaque jour au fujet de la Comédie. Et avons vu que la dépenfe de cejourd'hui monte à 257 livres et la recette auffi de ce jour à 147 livres feulement. Dont et de tout ce que defTus nous avons fait et rédigé le préfent procès-verbal.

Signé : Daminois.

{Archives des Comm., n'* 921.)

RAY (Jean-François), né en 1748, danseur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1778, était déjà attaché à ce spectacle en 1772.

{Almanachs forains f 177), I77S')

Voy. BECQ.UET (Marie-Charlotte).

REBECQUI, entrepreneur de spectacles, avait à la foire Saint- Ovide et sur le boulevard du Temple, en 1773, un théâtre appelé les Fantoccini Italiens. Était-il le rival ou Tassocié de Carlo Périco qui, à la même époque, dirigeait un spectacle portant le même nom ?

(Archives des Comm., n» 1508.)

REBOURS, acteur de TOpéra-Comique, a joué à ce théâtre un crieur dans Arlequin chirurgien de Barbarie, parade composant la première partie de l'acte I de V Histoire de rOpira-Comique, ou les Métamorphoses de la foire, par Lesage, représentée le 27 juin 1736 ; Lucas, dans Y Amour paysan, opéra comique en

Rédigé. 303

un acte, par Carolet, représenté le 28 juin 1737 ; M** Fausset, actrice de V Opéra-Comique, dans la Fête infernale, opéra comique en un acte, de Laffichard et Valois d'Orville, représenté le 4 août 1737, et Thomas dans les Bateliers de Saint-Cloud, opéra comique de Favart, représenté le 10 septembre 1741. Rebours a rempli encore diflférents rôles dans le Départ de rOpira-Comique, pièce en un acte, de Panard, représentée le 28 juillet I733> ^^ ^^^^ V Assemblée des Acteurs, prologue de Panard et Carolet, représenté le 21 mars 1737.

(Dietionnairê dts Tbédtnt, l, iii,ao8» 315, 389; II,

RÉDIGÉ (Jean), directeur d'un spectacle de physique établi en 1764 sur le boulevard du Temple et où sa fille, dite la Petite Saxonne, faisait des exercices d'équilibre. Le local où Rédigé tenait son spectacle appartenait au limonadier Beaulieu. Il l'avait précédemment loué à un sieur Carpentier, qui avait, disait-il, l'intention d'y faire voir un optique, mais qui en réalité voulait y donner des bals les mercredis et les samedis, à trois livres par personne y compris les rafraichissements. Malheureusement la police ne vit pas cette entreprise d'un œil fevorable, et Carpentier fut arrêté et emprisonné au For-l'Évêque pour s'être permis d'ouvrir ses bals sans autorisation préalable. Quant à Rédigé, il ne fit pas ses affaires et disparut un jour laissant à son propriétaire, en paiement des termes qu'il lui devait, la roue de sa machine électrique, deux quilles en bois et des lambeaux de tapisserie. Jean Rédigé est le père d'une des célébrités du théâtre des Grands- Danseurs du Roi, Paulo Rédigé dit Pol, dit le Petit Diable.

(^Archivés dês Comm., no 3771.)

Voy, Petit-Diable.

REDOUTE CHINOISE, établissement fondé par Regnard de Pleinchesne et ouvert à la foire Saint-Laurent en 1781. L'inventeur s'était proposé de réunir dans un même local divers genres d'amusements qui devaient forcément attirer chez lui la bonne compagnie. Il y avait à la Redoute chinoise des jeux de toutes sortes, de campagne, de bague, de galet, des roues de fortune et des balançoires. Lorsque ce genre de distraction était épuisé, le public pouvait se livrer aux charmes d'une promenade amusante dans un jardin ravissant où de véritables chanteurs des rues exécutaient les chansons les plus nouvelles. Un café, un restaurant et un salon de danse complétaient les agréments que l'on pouvait trouver à la Redoute. Le prix d'entrée était primitivement de 30 sols ; plus tard il fut porté à 36 sols.

{Archivés des Comm,f n9 1508.)

REGNAULT (Jacques-Claude et Pierre) frères, danseurs de corde et voltigeurs au jeu d'Alard à la foire Saint-Germain de 1702.

L'an 1702, le vendredi 3* jour de février, fur les onze heures du matin, en l'hôtel de nous Charles Bizoton, font comparus Jacques Claude et Pierre Regnault, frères, et le nommé Lefêvre, flamand, voltigeurs et danfeurs de

corde, de préfent à Paris logés chez le nommé cul-de-fac de la rue des

Quatre- Vents, qui nous ont fait plainte et dit que heure préfente, étant dans le jeu de paume d'Orléans montés fur le théâtre où étoit le fieur Alard, auflî fauteur et voltigeur de corde, ledit Alard leur auroit dit de fortir et defcendre; que lui ayant répondu qu'ils pouvoient refter comme lui fur le théâtre, ledit Alard, en difant qu'il étoit le maître, auroit donné audit Pierre Regnault un foufflet â tour de bras et porté un coup de bâton fur le bras gauche où il y auroit une très-grande bleflure ; que dans Tinftant ledit Regnault, fon frère, ayant voulu le faire retirer, fon frère le jeune Alard feroit venu Tépée à la main fur lui, auroit coupé les doigts de la main droite audit fieur Regnault, qui fe feroit jeté fur lui et la lui auroit caflee ; en même tems auroit porté du tronçon de fon épée plufieurs coups qui auroient entaillé fa canne avec laquelle il paroit les coups et même en auroit porté un audit Lefèvre qui fc feroit trouvé bleffé et les nerfs de la main coupés. En forte qu'ils fe trouvent

Renaud, — Renton. 305

fort bldfés et maltraités. Pour quoi ils fe trouvent obligés de nous rendre la préfente plainte.

(ÀrehiviS its Comm., n" 2462.)

Signé : BizoTON.

RENAUD, acteur forain, remplissait les rôles d'arlequins chez la veuve Maurice, en 1698. Il ne parut à Paris que pendant deux foires.

(Mimoins sur Us Sp€ctacUs de la Foirt, l, I3.) Voy. TlPHAINE.

RENAULT (Christophe), entrepreneurde spectacles forains, faisait voir dès 1760, à la foire Saint-Germain, un théâtre de perspective qui fut brûlé deux ans plus tard, lors du grand incendie qui consuma la foire. Renault, dont toutes les machines furent perdues, prétendit alors éprouver un dommage déplus de 10,000 livres. Il est probable qu'il exagérait et il dut rabattre quelque peu de ses prétentions; néanmoins il reçut une indemnité qui lui permit de renouveler son matériel et de continuer son métier, car en 1772 il dirigeait encore un petit théâtre de marionnettes auquel il avait adjoint un optique.

{Archivés dts Comm,, rfi 8(3. — AficTuS'Anniues, 1760. — Aîmanacl$ forain, 1773.)

RENDEZ-VOUS DES CHAMPS-ELYSÉES (le), petit théâtre exploité aux Champs-Elysées, en 1790, par Guillaume Loyson.

Voy, Beaubois; Loyson.

ENTON, danseur pantomime de TOpéra-Comique. A la foire Saint-Laurent de 1729, il avait un rôle dans la Noce Sp. — n. 20

3o6 Les Spectacles de la Foire.

anglaise, ballet exécuté le 1 6 août de cette année, et à la foire Saint-Laureiit de 173 1, il jouait dans la Guinguette anglaise, divertissement représenté le 28 juillet de cette année.

Dictionnaire des Thédlres, III, $3, $06.)

RESTIER I, acteur forain et entrepreneur de spectacles, débuta dans la troupe d'Alard en 1697. Plus tard, il ouvrit aux foires un jeu de danseurs de corde auquel il ajouta de petites comédies, ce qui le fit comprendre dans les procès intentés par la Comédie-Française aux acteurs forains. En 1720, on le trouve faisant représenter des opérai comiques en société avec Philippe Lalauze, et en 1723 il est l'associé de Dolet et Delaplace et exploite avec eux le même genre.

En 1726, Restier revient à la danse de corde pure et simple et ouvre à la foire Saint-Laurent un théâtre de cette nature dont les représentations sont très-suivies. En 1732, il parut encore à la foire Saint-Germain et y donna des représentations en société avec son beau-frère Julien de La\îgne, habile danseur de corde et qui avait dans sa jeunesse brillé dans la troupe de Christophe Selles et sur le théâtre du chevalier Pellegrin. En 1740, Restier I était mort et sa veuve était remariée à un danseur de corde nommé Colin.

{Archives des Comm.f n° 5489. — Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 5 ; II, 38.)

RESTIER II (Jean), fils du précédent et entrepreneur de spectacles comme son père, dirigea de 1740 a 175 1, conjointement avec sa tante la veuve Lavigne, la Grande Troupe étrangère des danseurs de corde, sauteurs et voltigeurs, où se trouvaient réunis plusieurs artistes distingués de différents pays, tels que Nicolini Grimaldi Ht Jambe de fer, l'arlequin Latour, le sauteur Roberti, et plusieurs actrices charmantes, comme M"" Quinault, Oploo et

Restier. 307

Brilla, cette dernière sœur du directeur. De 1740 à 1747, \2i Grande Troupe étrangère ne donna de représentations qu'à la foire Saint- Germain, et Restier exploitait avec ses acteurs ordinaires la foire Saint-Laurent; son théâtre alors n'en était pas moins très-fréquenté, noumment aux foires Saint-Laurent de 1745 et 1746, où il s'était associé au danseur de corde Jean-François Colin, que sa mère avait épousé en secondes noces. Ce n'est qu'à partir de 1747 que la Grande Troupe étrangère parut aux deux foires, et il en fut ainsi jusqu'en 1731, année où la société contractée avec la veuve Lavigne fut rompue, sans doute par la mort de cette dernière. Depuis cette époque Restier dirigea seul son théâtre et donna à ses acteurs le nom de Troupe de sauteurs et grands danseurs de corde de Restier, qu'ils portaient encore au mois de février 1762, lorsque l'incendie de la foire Saint-Germain réduisit en cendres la loge où ils donnaient leurs représentations.

{Dictionnaire des Théâtres, I, 69, 145, 189, 208, 232, IV, 483 ; V, 217 ; VI, 431, 528, SS6, 615, 651, 690.)

L'an 1754, le vendredi 8 février, huit heures du foir, eft comparu en Thôtel et par-devant nous Antoine-Charles Crefpy, etc., fieur Pierre de La Villegaudin, officier de police : Lequel nous a dit qu'en conféquence des ordres du Roi dont il eft porteur, il vient d'arrêter trois particuliers vêtus de l'habit de campagne des religieux Bernardins, qu'il a trouvés dans la foire Saint-Germain au jeu du nommé Reftier et les a conduits par-devant nous pour les entendre et ordonner ce qu'il appartiendra.

Signé : De La Villegaudin.

En conféquence, en vertu des ordres à nous particulièrement adreffés par M. le lieutenant général de police, avons fait comparoitre lefdits particuliers, lefquels nous ont dit, après ferment par eux fait de dire vérité, fe nommer Louis-Charles Rouffeau, natif de Paris, âgé de 3 5 ans, prêtre religieux Bernardin du collège des Bernardins de cette ville, y demeurant ; André Dehon, natif de Baziau en Cambrefis, prêtre religieux Bernardin de la maifon de Lannoie en Picardie, logé à Paris à la Nef-d' Argent, place Maubert; Pierre Prévoft, âgé de 40 ans, natif d'Hefdin en Artois, prêtre religieux Bernardin du collège des Bernardins de cette ville, tous trois vêtus de l'habit dont fe vêtent ordinairement les religieux de leur ordre lorfqu'ils vont en campagne et coiffés de leur coqueluchon : nous ont dit en outre qu'ils n'ont pas cru être dans l'irrégularité en fe trouvant ce foir à la foire dans le jeu où ils ont été

3o8 Les Spectacles de la Foire,

arrêtés. Qu'ils n'y ont été attirés que pour voir les tours furprenans qu'y fait un Anglois nouvellement arrivé et qu'ils ont cru pouvoir fatisfaire leur curiofité fur quelque chofe d'aufli fîmple et d'aulfi innocent que ce fpectacle. Au furplus nous requièrent de les renvoyer aux fupérieurs de leur ordre.

Signé : F. Dehon ; F. Rousseau ; F. Prévost.

Ce fait avons remis lefdits Dehon, Roufleau etPrévoft, religieux, audit (leur La Villegaudin pour les remettre aux fupérieurs du collège des Bernardins de cette ville.

Signé : De La Villegaudin ; Crespy.

(Archiva dts Comm., n'* 5394)

Voy, Colin; Gagneur; Lavigne (la veuve).

RESTIER III (Baptiste), acteur de la Grande Troupe étrangère à la foire Saint-Germain de 1742, où il jouait, sur le théâtre dirigé par son frère et la veuve Lavigne, le rôle du Diable boiteux dans la pantomime de Mainbray, intitulée : le Diable boiteux, représentée le 15 février de cette année.

{ptctionnaire des Théâtres, II, 304.)

RESTIER IV, acteur de la Grande Troupe étrangère à la foire Saint-Germain de 1742, où il jouait, sur le théâtre dirigé par son frère et la veuve Lavigne, le rôle ai un paysan, ami d'Arlequin, dans la pantomime de Mainbray, intitulée : le Diable boiteux, représentée le 15 février de cette année. C'était probablement ce Restier qui faisait partie, vers 1760, en qualité de sauteur, de la troupe de Nicolet.

{Dtcttonnaire des Théâtres , II, 304. — Galerie his' torique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 16.)

RESTIER (Hélène), femme de Jean Brilla, comédien forain, qui parut à TOpéra-Comique en 1745. Hélène Restier fit

Restier, 309

partie de la Grande Troupe étrangère en 1740 et jouait le rôle à^une paysanne dans la Fite anglaise, ou le Triomphe de l'hymen, pantomime de Mainbray, représentée le 14 mars de cette année.

{Dictionnaire des Théâtres, II, $42.)

L'an 1742, le vendredi 19 janvier, fur les onze heures du matin, enThôtel de nous Charles-Jacques-Étienne Parent, etc., eft comparue Hélène Reftier, femmede Jean Brilla, comédien de campagne, demeurante rue àts Boucheries, chez le fieur Parent, épicier, paroiffe Saint-Sulpice : Laquelle nous a dit que pour arranger les affaires de Jean Reftier, fon frère, auffi comédien de campagne, il y a un an ou environ, elle lui prêta deux mille livres ; que lors de la foire Saint-Germain dernière il lui rendit mille livres, de forte qu'il ne lui en refte dû que mille livres ou environ ; qu'ils s'aflbcièrent enfemble pour le fpectacle de la foire Saint-Laurent dernière, et comme le mari d'elle comparante ne s'eft pas trouvé dans le tems de la foire, elle a été obligée de mettre un homme à fa place auquel elle a payé de fes deniers 500 livres ; que cejourd'hui matin ayant été voir ledit Reftier, fon frère, pour lui propofer s'il voulait la faire travailler à la foire Saint-Germain prochaine avec fon mari et fa fille ; qu'elle offroit de travailler gratis à la charge par lui de lui donner une fomme par femaine en diminution fur les mille livres ou environ qu'il lui doit ; que ledit Reftier lui a répondu qu'il ne le vouloit pas ; que quand il auroit de l'argent il la paieroit, et que lorfqu'il verroit fon mari, il le falueroit pour fon arrivée à coups de barres, ce qu'il avoit déjà fait lors de la foire Saint-Laurent dernière. Et comme la comparante lui a répondu que ce n'étoit pas comme cela que l'on payoit fes dettes, ledit Reftier a réitéré à plufieurs et différentes fois les mêmes menaces. Et comme il fe trouve que le mari d'elle comparante doit arriver inceffamment à Paris et qu'il pourroit trouver ledit Reftier, lequel de fon côté pourroit effectuer les menaces qu'il fait contre le mari d'elle comparante ; dans cette crainte elle a été confeillée de fe retirer par-devers nous pour nous rendre plainte.

Signé : Hélène Restier ; Parent.

{Archives des Comm., u" 2(04.)

RESTIER (Jeanne), dite Restier cadette, actrice foraine faisant partie de la Grande Troupe étrangère, parut aux foires Saint-Germain de 1740, 1741 et 1742. Elle a joué entre autres rôles, sur ce théâtre, V Hymen dans la Fête anglaise, ou le Triomphe de V hymen, pantomime de Mainbray (14 mars 1740); un génie dans Arlequin et Colomhine captifs, ou V Heureux Désespoir, pan-

tomime du même auteur (3 février 1741), et V Amour dans A trompeur, trompeur et demi, divertissement également du même auteur (3 février 1742). A la foire Saint-Laurent de 1740, elle jouait dans la troupe de Jean-François Colin que sa mère avait épousé en secondes noces. Une troisième demoiselle Restier faisait aussi partie de la Grande Troupe étrangère à^ 1740 a 1742 et a joué entre autres rôles : une suivante de Colomhine dans les Dupes, ou Rien n^est difficile en amour; une paysanne dans la Fête anglaise, et Lisette, suivante de Colomhine, dans le Diable boiteux, pantomimes de Mainbray.

(Dietionnaire des Théâtres, I, 230, 322 ; II, 304, 352, 542.)

Voy. Colin.

REUFFLET (François), né vers 1751, était en 1778 premier danseur dans la troupe de Lécluze.

L'an 1778, le jeudi 24 feptembre, fept heures du foir, nous Hubert Mutel, etc., fur Tavis à nous donné que trois particuliers viennent d'avoir querelle enfemble dans le café dépendant du fpectacle du fleur Léclufe, au préau de la foire Saint-Laurent, et viennent d*ôtre arrêtés et conduits au corps de garde de la Garde-Françoise, dans le préau de ladite foire, nous nous fommes tranfporté addit corps de garde, où étant eft comparu par-devant nous fieur Thomas Lamarre, fergent-major, commandant la garde françoise dans l'enclos de ladite foire : Lequel nous a fait rapport et dit que lui ayant été donné avis que trois particuliers dont un nommé le fieur Pierre Bergerat, le deuxième François Reufflet et le troifièmc Jacques Guillaumot, venoient d'avoir querelle enfemble dans le café près le fpectacle du fieur Léclufe, dans le préau de ladite foire, et avoient ufé de voies de fait, il les a fait arrêter et conduire au corps de garde et nous en a fait donner avis pour être fait et ordonné ce que de raifon.

Nous avons enfuite fait venir par-devant nous fucceflivemfct lefdiis trois particuliers arrêtés, lefquels cnquis par nous féparément l'un de l'autre, de leurs noms, furnoms, âge, pays, qualité et demeure et pourquoi ils ont eu querelle enfemble et ont ufé de voies de fait, ce qui eft contraire au bon ordre et a troublé la tranquillité publique dans ladite foire. Le premier, après ferment par lui fait de dire vérité, nous a dit fe nommer Pierre Bergerat, âgé de 38 ans, natif de Paris, paroifle Saint-Euftache, écuyer montrant aux fei-

Reufflet. 3 1 1

gneurs à monter à cheval et étant actuellement en la qualité d'écuyer attaché au fervice de Ton Exe. M. TambafTadeur de Naples, lui répondant demeurant rue Cadet, faubourg Montmartre, paroiffe-Saint-Euftache ; que le jour d'hier, fortant du fpectacle du fieur Léclufe et conduifant une danfeufe dudit fpectacle en fa demeure rue de Bourbon-Villeneuve, il a été fuivi et infulté depuis l'enclos de la foire jufqu'à ladite rue de Bourbon-Villeneuve par lefdits ReufRet et Guillaumot et par un autre particulier inconnu au répondant. Et cejourd'hui lui répondant étant venu à ladite foire et étant entré dans le café établi près la falle de fpectacle dudit Léclufe, il a été de nouveau apodrophé par ledit Guillaumot qui, en l'apercevant, s'ed écrié : m Haut le pied, mon officier ! » Que le répondant lui ayant demandé fi ce propos s'adrefToit à lui, ledit Guillaumot lui a répondu : « Autant à vous qu'à d'autres. » A quoi le répondant a répliqué : « Vous êtes un poliffon. » Ledit Guillaumot ayant levé la canne fur lui pour le frapper, lui répondant lui a porté un foufflet et ledit ReufRet a auiïi levé la canne fur le répondant, l'a pris au collet, lui a déchiré le jabot de fa chemife et en faifant des mouvemens a dérangé une lampe dont l'huile s'eft répandue fur l'habit de bouracan vert du comparant, etc.

Signé : Bergerat ; Mutel.

Ledit Guillaumot nous a dit fe nommer Jacques Guillaumot, âgé de 19 ans, natif de Paris, paroifTc Saint-Hilaire, travaillant chez M. Delamotte, procureur au Chàtelet, demeurant chez le fieur Guillaumot, fon père, marchand mercier rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, paroifle Saint-Étienne-du- Mont ; qu'il n'a point fuivi le jour d'hier le fieur Bergerat et ne l'a point infulté; que ccjourd'hui étant dans ledit café de la foire, fe trouvant en la compagnie dudit Reufflet, danfeur du fpectacle dudit fieur Léclufe, il a dit : « Haut le pied, mon officier », paroles qui fe trouvent dans un dialogue donné au fpectacle dudit fieur Léclufe ; qu'il n'a eu aucune intention d'infulter ledit ficur Bergerat ; que ce dernier a demandé à qui ces paroles s'adreiToient, qu'il a répondu : « A vous comme à d'autres. » Qu'il n'a pas levé la canne fur ledit Bergerat et que ledit fieur Bergerat lui a porté un foufflet, difant que le répondant étoit un poliiïbn et un drôle.

Signé : Guillaumot le jeune; Mutel.

Ledit Reufflet a dit fe nommer François Reufflet, âgé de 27 ans paflés, natif de Paris, paroifle St-Severin, premier danfeur du fpectacle du ficur Léclufe à la foire St-Laurent, demeurant pont Notre-Dame, paroifle de la Madeleine en la Cité ; que le jour d'hier, fortant de la foire, fon chemin l'obligeoit de pafler rue St-Denis pour fe rendre chez lui ; que loin d'avoir fuivi ledit Bergerat, c'étoit au contraire ledit fleur Bergerat qui marchoit derrière le répondant ; qu'une perfonne avec laquelle il étoit, ne connaiflfant pas le fpectacle dudit fleur Léclufe, s'efl tranfportée â fon fpectacle en prenant un billet

d'un écu. Le plaifir que lui a fait le ûeur Léclufe dans Ton Courrier (i) fit que tout le long du chemin il répéta tout haut : « Haut le pied, mon ofEcier » ; que le fieur Bergerat, piqueur de fon métier, s'eft trouvé formalifé de cette répétition ; que cejourd'hui quatre heures après diner le fieur Bergerat a invectivé le répondant en lui difant qu'il étoit un gueux et un malheureux fans bas et fans fouliers ; que la perfonne avec laquelle étoit le répondant en buvant une bouteille de bière, fe refTouvenant du plaifir que lui avoit fait le fleur Léclufe dans fon Courrier, répéta : « Haut le pied, mon officier. » Qa'i rinftant le fieur Bergerat entra dans le café après s'être adreffé i cette perfonne, qui eft le fleur Guillaumot, et après l'avoir invectivé, fe fervant de termes que la décence ne permet pas de répéter, lui donna un foufflet ; qu'enfuite, lui répondant, voulant fervir de médiateur dans l'action, fut compromis dans la difpute et de là conduit au corps de garde.

Signé : Reufflet; Mutel.

(^Archives des Comtn.t no 2575.)

RHINOCÉROS, animal que montrait, à la foire Saint-Germain de 1749, un capitaine de navire hollandais et dont il annonçait l'arrivée à Paris en ces termes :

« De par le Roi et monfieur le Lieutenant général de police, meflîeurs et dames, vous êtes avertis qu'il eft arrivé depuis peu en cette ville un animal nommé Rhinocéros, animal que l*on a cru apocryphe jufqu'à préfent. Il fut pris en Afie dans la province d'Aflem, qui appartient au Grand Mogol, en 1741, par un capitaine marinier, lequel capitaine le fit tranfporter de Bengalen par mer en Hollande. Il n'avoit que 3 ans quand il fut pris. Sa taille étoit alors de 5 pieds 7 pouces de hauteur, 12 pieds de longueur et 12 pieds de groffeur. Il efl devenu depuis ce tems-là beaucoup plus grand et plus gros ; ce monfbre efl de couleur mufc. Il n'a pas de poils comme l'Éléphant finon aux extrémités des oreilles et au bout de la queue où Ton en voit tant foit peu ; il a une corne placée fur le nez, laquelle corne lui fert à fe défendre contre fon ennemi antipathique qui eft l'Éléphant. Il court avec une légèreté

(i) C'est le Poslilhn, petite pièce de la composition de Lécluze, dans laquelle il excellait comme acteur.

Rhinocéros. 313

étonnante. 11 fait nager et il aime à fe plonger dans l'eau comme un canard. Sa tête fe rend un peu pointue au devant. Ses oreilles reffemblent à celles d'un âne. Ses yeux font exceffivement petits pour fa taille qui eft énorme. Il femble que fa peau foit couverte de coquilles. Elles fe battent Tune contre l'autre quand l'animal fe remue ; elles font épaifles de deux pouces. Ses pieds font carrés et fort gros. Il a trois griffes. Cet animal, comme il eft dit cideffus, eft l'ennemi juré de l'Éléphant. Quand ils fe rencontrent, il eft infaillible qu'ils ne fe battent. Le Rhinocéros fe met fous le ventre de l'Éléphant et lui enfonce fa corne dans le ventre jufqu'à ce que l'Éléphant fuccombant à fa douleur fe laiffe tomber et écrafe fon ennemi par le propre poids de fon corps. Pour fa nourriture il mange éo livres de foin et 20 livres de pain par jour ; il boit 14 féaux d'eau et de la bière. Il a été pefé à Stouquart dans le pays de Wirtemberg le 6 mai 1748, il pefait 5,000 livres. Il n'eft pas très-farouche, il eft au contraire très-apprivoifé, doux, fi l'on peut fe fervir de ce terme, comme une tendre colombe, parce qu'il n'avoit qu'un mois quand quelques Indiens l'attrapèrent avec des cordes ; ils tuèrent fa mère à coups de flèches. A deux ans ce Rhinocéros couroit dans les appartemens comme pourroit faire un chien. Il alloit autour des tables des feigneurs où on le menoit pour le faire voir et fe laiffoit carefler par tout le monde. Il faut mener ce monftre en chariot et que le chariot foit couvert. Il faut quelquefois, c'est-à-dire quand les chemins font mauvais, mettre jufqu'à vingt chevaux pour le tirer ; il fort de fa cabane fans aucune difficulté. Cet animal a été vu dans toutes les cours d'Allemagne où il a fait l'admiration de tous les fouverains

des cours étrangères On le voit au bas de la ruedeToumon,

cul-de-fac de l'Opéra-Comique, rue des Quatre- Vents. On le montre de 8 heures du matin à 8 heures du foir. » Cette annonce, malgré les contradictions qu'elle renferme, puisqu'elle dit en commençant que le Rhinocéros avait 3 ans quand il fut pris et en finissant qu'il était âgé d'un mois quand des Indiens l'attrapèrent, piqua vivement la curiosité du public, et le Rhinocéros de la foire

Saint-Germain fut très en vogue. Il attirait presque autant de monde que les représentations de la tragédie de Voltaire, Sentiramis, à la Comédie-Française. Le poëte La Chaussée, dont on représentait alors sur la même scène un ouvrage intitulé : l'École de la jeunesse, et qui n'avait pas à se louer de l'empressement du public à venir entendre sa pièce, était fort en colère et contre l'auteur de la Henriade et contre l'animal qui, tous deux, lui dérobaient, prétendait-il, les applaudissements dus à son génie. Piron a fait à ce sujet l'épigramme suivante :

O tems, ô mœurs, s'écrioit La Chauffée, Siècle pervers qui fuis la guérifon 1 Quoi I mon ÈcoU eft ainfi délaifféc Et le carême eft ma morte-faifon, Tandis qu'on voit contre toute raifon Deux montres faits et bâtis Dieu fait comme ! Deux vilains riens attirer les badauds I Méritent-ils feulement qu'on les nomme. . .? Sémiramis et le Rhinocéros !

On payait, pour voir le Rhinocéros , aux premières places 24 sols, aux deuxièmes 12 sols, et aux troisièmes 6 sols ; en outre, les domestiques, au lieu d'entrer gratis comme dans beaucoup de spectacles de la foire, étaient obligés de payer leurs places comme tout le monde.

(^AJfichfs de Paris, 1749. — Journal de Collé, publié par H. Bonhomme, I, 63.)

RIBIÉ (Louis-François), auteur dramatique et acteur du boulevard, né à Paris en 1758, mort vers 1830, était fils d'un joueur de marionnettes aux foires, devenu portier sur ses vieux jours, et commença lui-même par suivre la carrière paternelle. Dès l'âge de seize ans (1774) il s'était associé à un autre saltimbanque, nommé Second, et montrait avec lui et une femme qu'il épousa plus tard, Jeanne-Elisabeth Nécard, des curiosités diverses

Ribié. 315

et variées. C'est de M"* Ribié que le Chroniqueur désœuvré parle en ces termes :

« Entre fept ou huit planches affez mal jointes, foire Saint- Ovide, place Louis XV, après avoir fatisfait la vue de l'honorable public à 2 fols en lui montrant un poiffon empaillé, la dame Ribié s'étendoit fur un tapis, coutume familière pour elle, et là buvoit de l'huile bouillante, portoit une enclume avec fes cheveux, paflbit et repaflbit dans un cerceau et portoit fept ou huit hommes furie ventre. Mais ce dernier tour eft le moins furprenant. » Après avoir fait quelque temps partie de la troupe des Associés, Ribié entra en 1776 au théâtre des Grands-Danseurs du Roi et y resta, à part quelques mois passés à l' Ambigu-Comique en 1782, jusqu'en 1787, époque où il le quitta pour une question d'appointements. Aux Grands-Danseurs du Roi, Ribié a joué une grande quantité de rôles; nous citerons entre autres : le barbier dans le Barbier de village (9 mai 1780), le marchand de fer dans le Quiproquo de r hôtellerie (20 mai 1780), le poite dans Madelon Friquet (23 mai 1780), un rôle dans le Savetier avocat (11 juin 1780), Arlequin dans les Trois fourbes, ou la Comtoise à Paris (9 juillet 1780), huit rôles dans Pourquoi pas (février 1781) ? le savetier dans V Habit ne fait pas F homme (février 1781), \t juif dans les Girandoles (février 1 781), un rôle dans le Prétendu sans le savoir (24 juin 1781), un rôle dans le Double Rendez-vous des amours de Colombine (22 février 1782), le savetier Cuirvieux dzns En amour Y argent ne fait rien (30 juin 1782), Arlequin d^insle Grand Festin de Pierre {21 avril 1782), fupiter dans le Ravissement d'Europe (i^ mai 1782), le porteur d'eau dans les Amours du porteur d'eau et de la couturière (7 mai 1782), deux rôles dans les Deux n'en font qu'un (26 novembre 1782), le bon seigneur dans le Bon Seigneur, ou la Vertu récompensée (2 mars 1783), un rôle dans le Coup d'œil de la foire (3 juillet 1783), etc., etc. En quittant Nicolet en 1787, Ribié se mit à la tête d'une troupe de comédiens qu'il alla exploiter à Saint-Domingue ; l'entreprise ne réussit pas et il revint à Paris en 1 788 et rentra au théâtre des Grands-Danseurs

3î6 Les Spectacles de la Foire.

du Roi. En 1789, il se mêla au mouvement et fut l'un des vainqueurs de la Bastille ; cet exploit lui valut le rôle de capitaine de la garde nationale. Malgré cette distinction qui le retenait à Paris, Ribié fit alors comme la plupart de ses camarades et alla donner des représentations à l'étranger. Le reste de sa carrière très-accidentée ne rentre plus dans notre sujet (i). Sa femme, Jeanne-Elisabeth Nécard, était comme lui actrice chez Nicolet; elle mourut en 1786, et en 1793 il se remaria à Marie-Denise Forest, sœur de la belle Sophie Forest, qui avait été aussi sa camarade aux Grands- Danseurs du Roi. Ribié a fait représenter beaucoup de pièces sur le théâtre auquel il était attaché ; citons entre autres : le Voyage de Figaro, le Retour de Figaro, la Prise de Mitylène, les Girandoles, Je Bon Seigneur, ou la Vertu récompensée, etc., etc. Il est intéressant de reproduire le portrait que le Chroniqueur désœuvré a tracé de cet acteur : « Ribié. Après avoir joué des gobelets et vendu de Tonguent, celui-ci eft refté quelques années au théâtre des Aflbciés et de là a pris fon vol fur les planches de Nicolet où il a commencé par végéter un an, après lequel il s'eft montré affez paffable dans quelques rôles de charges. Il eft réputé pour un croc et un libertin de tout genre ; fa mife et fes propos le dénotent affez. » Et plus loin : « Ribié naquit d'un joueur de marionnettes ivrogne et pareffeux, et par tranfmiflion voitura dans le fang de monfieur fon fils ces qualités fi diftinguées. Ses premières années ne préfentent autre chofe à la curiofité du public que fa manière adroite d'efcamoter, talent qu'il a confervé, mais d'une façon plus relevée et plus convenable à fa pofition actuelle. Non ce n'eft plus avec de fimples gobelets que Ribié fait preuve de fon favoir, mais avec des lettres de change et billets, amorces trompeufes dont l'accepteur eft toujours dupe avec gens de pareille trempe. En fociété avec Second, cet immortel /)ra//c/>w, il fit fucceflivement les foires de Saint-Ovide, Saint-Germain, Fontainebleau, etc. Ne

(i) Disons cependant qu'il fut directeur, pendant la Révolution, du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, devenu le théâtre de la Gaité. Il a aussi administré plusieurs spectacles de province, à Lyon, Rouen, Châlons^sur-Marne, Marseille et Béziers.

Ribié. 317

pouvant s'accoutumer à la manière de calculer de fes chers parens, il déferta la maifon paternelle et fut vendre du baume et des pierres à détacher chez divers charlatans de province où il fit connoiffance de la fameufe Lacour, fille et femme forte, honnête et débauchée, fidèle et libertine et le tout par occafion ; il vécut quelque tems avec elle dans les douceurs d'une union bien affortie et couronna fa fagefle et fa vertu par le nœud de l'hymen. Ils étoient alors aux Affociés qui, bien difiérens de ce qu'ils font actuellement, jouoient leurs farces dans un petit enclos fis au même endroit où ils font. Ribié ne s'y tint pas longtems. Ses projets de fortune commençoient à germer dans fa tête. Il emprunta, ne rendit pas, fit des dettes et les paya par la fiiite. De retour il léjourna au coin du boulevard et y vécut.... jufqu'à l'époque de fon début chez Nicolet. Lorfque Ribié fe crut un homme conféquent, il fit jouer tous fes reflbrts et parvint, fuivant les termes de ces meffieurs, à monter un coup d'un millier d'écus. C'étoit en tems de foire Saint-Germain et il logeoit en chambre garnie rue des Quatre-Vents. Il fallut encore partir, mais aidé de Nicolet, qui en avoit befoin, il reparut fur la fcène. On étoit alors dans la fureur des On fait ce qu'on peut, des Pourquoi pas? pièce qui, n'en déplaife au fieur Plancher (Plancher- Valcour, fon auteur), fe trouve dans le théâtre de Gherardi non en totalité, mais éparfe dans chaque partie des mêmes œuvres. Ribié joua paflablement quelques-unes, des pièces de ce genre et eut l'adreffe de fe faire faire un engagement de 4,000 livres. Vous vous attendez peut-être à le voir arborer l'étendard de l'économie ; mais point. Se livrant à fes inclinations, car il eft bon de vous obferver qu'il eft joueur, gourmand... non-feulement il abforba fes 4,000 livres, mais encore il fit des dupes autant qu'il en trouva. Ne fe bornant pas à emprunter il acheta chez difiérens marchands, et, fuivant l'exemple de Delort, il acheta à crédit et vendit à moitié perte. Excédés d'être continuellement dupe de fes efcroqueries, on obtint une fentence pour le faire arrêter. Fécond en expédiens, Ribié fe fauva par une porte de derrière du fpectacle pendant que l'officier

de commerce, chai^gé de fa capture, le cherchoit fur le théâtre. Un marchand de vins, le fleur Merle, fe chargea d'arranger fes affaires. Depuis ce tems le pas eft franchi, rien ne lui coûte, efcroqueries de tous genres et friponneries de toutes les efpèces. Voilà

le chemin que prend Ribié pour courir à Timmortalité Une

autre efcroquerie non moins déshonorante puifque Parifau, Dorvigny, l'abbé (Robineau) en commettent journellement de pareilles, c*eft la vente de la pièce du Bon Seigneur dont Ribié fe dit auteur et dont il fit une modefte apologie par une fable qui fe trouve à la tête de Fête d'amour de M"* Favart. Voilà Ribié; j'ofe me flatter que ma flncérité me rendra fon eftime et qu'il ne verra plus dans moi qu'un ami ardent à TilluArer et à lui rendre juflice. »

{Jottmal de Paris, % 20, 25 mfti, ix juin, 9 juillet 1780; février, 24 juin 1781 ; 22 février, 21 avril, itr, 4, 7 mui, 30 juin, 26 novembre 1782 ; 2, 7 mars, 3 juillet 1783. — L* Chroniqueur dêseeuvré, I, 72; II, 79. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 141.)

Rapport du fieur Hochereau, officier de police à la foire St-Laurent,

adrejfé au commiffaire MuteL

Du 21 août 1778.

J'ai dit au fieur Ribié, joueur de marionnettes, de ne plus montrer dans fon fpectaclc une petite figure qui étoit indécente, qui piflbit devant les fpectateurs et qui avoit toutes les parties d'un homme et très-vifibles....

Signé : Hochereau.

{Archives des Comm., n" 1508.)

Lundi 24 août 1778, une heure et demie du matin. Louis Ribié, acteur du fieur Nicolet, demeurant faubourg du Temple, et Jean-Baptifte Defpant, acteur dudit fieur Nicolet, demeurant rue du Carême-

Ribié. 3 1 9

Prenant, arrêtés par François Boishue, fergent de la garde de Paris, de pofte aux Enfans-Rouges, à la réquifîtion dudit fieur Nicolet, demeurant boulevard du Temple, pour avoir interrompu le fpectacle en fe battant et faifant du bruit dans les coulifTes. Comme cela efl arrivé déjà plufieurs fois audit Ribié et qu'il eil néceflaire de faire un exemple pour le bon ordre, nous l'avons envoyé au For l'Évêque (i). (Il a été relaxé à la réquifîtion dudit Nicolet.) Et à l'égard dudit Defpant, relaxé.

{Archives des Comm., no 5022.)

Lundi 19 juillet 1779, huit heures et demie du foir.

Louis Ribié, acteur de Nicolet, demeurant rue du Poitou, arrêté par Georges Perrin, caporal de la garde de Paris, de po(le au marché St-Martin, à la réquifîtion du fieur Nicolet, demeurant fur le boulevard, pour avoir jeté un balai fur la jambe du nommé Magni, danfeur dudit Nicolet. Et comme il a commis plufieurs autres inconféquences de cette nature, nous l'avons envoyé au For l'Évêque (2).

(^Archives des Comm.» n» 5022.)

Mardi 13 juin 1780, minuit et demi.

Louis-François Ribié, acteur de Nicolet, demeurant rue du Temple, arrêté par le fleur MafTon, fergent, à la réquifîtion dudit Nicolet pour être venu ivre au fpectacle (3). Relaxé.

{Archives des Comm,, n^ 5022.)

(i) Le 24 août 1778 il y eut deux représentations au thi&tre des Grands<Danseurs du Roi, Tune avant et l'autre après souper. A toutes les deux on donna le même spectacle : le Fameux Siège, pantomime, précédée de l'Amour quêteur, par Robineau de Beaunoir ; la Chêcomue d'Arlefutn, la danse de la Fricassée, et le Ménage du savetier, par Taconet.

(2) Ribié s'était permis cette incartade pendant que Ma^y étAit en scène, et cela avait causé quelque scandale. On jouait, le 19 juillet 1779, aux Grands-Danseurs du Roi : A bon chai bom rat, proverbe de Dorvigny, avec un divertissement ; différents exercices; le Ricochet^ les Petits Charbonniers, Arlequin charcutier, pantomime k machines et un divertissement. A la représentation d'aprèssouper on donnait le même spectacle.

O) On jouait le 13 juin 1780, aux Grands-Danseurs du Roi, avant souper : le Ménage du savetier» par Taconet; Arlequin médecin du malade jaloux, pièce terminée par la 1 1« représentation de Jeannette, ou les Battus ne paient pas toujours l'amende, comédie de Robineau de Beaunoir, et différents exercices par les danseurs de corde. Après souper, même spectacle, moins le Ménage du savetier.

A Monfieur h Commiffaire Fontaine.

Monfieur, Le nommé Ducauqui, marchand de vins traiteur à la foire St-Laurent, a rhonneur de vous repréfenter qu'il a nourri en ladite foire le fieur Ribié, un des premiers acteurs du fieur Nicolet, depuis le 5 août jufqu'au 5 feptembre dernier ; et refufant de fatisfaire à la fomme de 70 livres 10 fols qu'il doit, s'en eft plaint au fieur Nicolet qui de même refufe d'y fatisfaire, difant qu'il a des oppofitions. Le fuppliant, avant toute explication, avoit toute liberté d'entrer dans la loge dudit fieur Nicolet pour y livrer fa marchandife, actuellement l'on lui fait défendre la porte. Ne fâchant où prendre ledit fieur Ribié ainfi que le fieur Legrand, aufii acteur du même théâtre, pour onze livres cinq fols qu'il lui doit, il a recours à vos bontés pour ordonner fon payement au fieur Nicolet (i).

(Archives des Comm., n^ ^SOS.}

L'an 1783, le jeudi premier mai, du matin, eft comparu en l'hôtel et pardevant nous Nicolas Maillot, etc., fieur Louis-François Ribié, acteur chez le fieur Nicolet, maître de fpectacle fur le boulevard du Temple, logeant chez le fieur Chalot, marchand de vins et logeur, rue du Temple, au coin de la rue Vendôme : Lequel, fur le bruit qui a couru que des perfonnes mal avifées avoient dit au fieur Salle, auffi maître de fpectacle fur le boulevard, que lui comparant avoit mal parlé et mis en avant contre la femme dudit Salle de fort mauvais propos attaquant fon honneur et fa réputation, nous a déclaré qu'il n'a jamais non-feulement attaqué, ni eu intention d'attaquer l'honneur et la réputation de ladite dame Salle. Nous déclare par ces préfentes n'avoir jamais tenu à qui que ce foit, aucun mauvais propos d'elle. Et au contraire, qu'il la connoît pour une très-brave et honnête femme, n'ayant jamais rien vu qui puiffe la déshonorer en aucune manière , ayant toujours remarqué, même dès le tems qu'il étoit chez ledit fieur SalIé en qualité d'acteur, qu'elle étoit une femme fort rangée et à fon ménage comme une bonne mère de famille. Se réfervant de fuivre par les voies qu'il jugera à propos les per-

(i) En bas de cette supplique on lit ces mots écrits de la main du commissaire Fontaine : « Le 6 octobre 1781, Ribié, en ma présence et en celle du sieur Nicolet, a promis de payer dans un mois. »

Ricci. 321

Tonnes qui ont mis en avant lui avoir entendu mal dire et tenir de mauvais propos fur le compte de ladite dame 3^11^* Faifant la préfente déclaration pour fervir et valoir ce que de raifon.

Signé : Ribié ; Maillot.

{Arehivit dts Comm., n** 3790.)

Mardi 28 juin 1785, neuf heures et demie du foir.

Jean Chapui, fergent-adjudant de la garde, a amené à la réquidtion du fieur Nicolet, directeur du fpectacle des Grands-Danfeurs du Roi, le fieur Ribié, acteur dudit fpectacle, pour avoir manqué le fpectacle (i). Relaxé.

{Archives des Comm,, n» S^^^'*)

Vendredi 27 juin 1789, deux heures et demie du matin.

Jofeph Sanfé, caporal de la divifîon commandante de la garde de Paris, i la réquifition du fieur Merle, marchand de vins, boulevard du Temple, a arrêté Jean-Louis Sleptres, commis chez le fieur Marchais, banquier rue Méfiai ; Pierre Civil, penfionnaire du Roi, demeurant rue des Petites-Écuries ; le (îeur Ribié, acteur du fieur Nicolet ; le fleur Branchu, acteur du fieur Nicolet (2), pour avoir fait tapage chez lui et avoir caffé huit carreaux. Pour quoi et attendu qu'ils fe font comportés fort indécemment envers la garde et en notre hôtel, relaxés (sic),

(Archives des Comm., n^ S022.)

Vay. Lesœur.

ICCI (Jean-Baptiste), arracheur de dents et montreur de curiosités sur le quai de la Mégisserie. L'incendie qui con-

(1) On donnait ce toir-là, aux Grands-Danseurs du Roi, un spectacle demandé : ta Maison bien et mal gardée, pièce en deux actes ; le Chdleau assiégé^ pantomime ; Us Amours de M. GargoHn et de M»* Miroton ; l'équilibre de l'échelle ; les Sauvages et la Furstemberg ; contredanses par le Basque ; Pêurquoipas? (Ribié y jouait huit rôles) proverbe de Plancher ; Arlequin faux brave, pantomime à machines avec le divertissement nouveau ; le Malade jaloux.

(a) Ribié et Branchu avaient joué tous deux ce soir-là dans : le Fameux Siège, pantomime historique avec tout son spectacle ; l'Avantageux puni ; Madame de Travers; f Habit jfait l'homme, et Us Deux font la paire, comédie de Parisau.

Sp. — n. 21

suma la foire Saint-Germain en 1 762 commença, dit-on, par la loge qu'il y occupait et où il faisait voir des marionnettes et un homme qui exécutait des tours d'équilibre.

L'an 1751, le lundi 14c jour de juin, onze heures du foir, en notre hôtel et par-devant nous eft comparu fieur Jean-Baptifte Ricci, italien, dentifte à Paris, et faifant voir des animaux, demeurant quai de la MégiiTerie, paroilTe St-Germain-PAuxerrois : Lequel nous a dit et déclaré qu'il a acheté du fieur Pierre Lafond, marchand forain, le 22 mai dernier, un veau monflre fous poil roux et autres couleurs à la tête, ayant cinq jambes dont une fur les reins, deux reins, deux queues dont une queue de veau et l'autre queue de biche pofée fur les reins, moyennant la fomme de 300 livres dont il a payé comptant audit Lafond 200 livres et les. autres cent livres payables lorfque ledit animal fe tiendroit fur pied, parce que lorfque ledit Lafond le vendit au comparant, ledit animal étoit fatigué du voyage et ne pouvoit fe foutenir fur {es pieds. Et comme ledit animal eft mort il y a environ une demi-heure dans la boutique qu'il occupe fur le quai de la Mégiiïerie, Au Grand Alexandre, fuivant qu'il eft de la connoiflance du fieur Louis Martin, marchand de vins à Paris, demeurant même maifon que le comparant, et du fieur Gabriel Adam, maître oifeleur à Paris, demeurant fur le quai de la MégiiTerie, tous deux fes voifîns, et de pludeurs autres perfonnes qui le certifieroient fi befoin étoit et qu'il a intérêt de prévenir par fa déclaration le payement que ledit fieur Lafond pourroit exiger de lui de ladite fomme de 100 livres pour le contenu du billet qu'il lui a fait le lendemain de l'achat du 22 mai dernier, il a été confeillé de venir nous faire la préfente déclaration.

Signé : Ricci.

Et le mardi 1 5 dudit mois de juin audit an 175 1, vers huit heures du matin, en notre hôtel et par-devant nous eft encore comparu ledit fieur Ricci, lequel ayant intérêt de faire conftater la mort dudit veau monftre. Ta fait apporter en notre hôtel et nous requiert d'en dreffer procès- verbal et de lui donner acte de la repréfentation qu'il nous a faite.

Signé : Ricci.

De laquelle repréfentation nous avons donné acte audit Ricci et en conféquence faifant droit fur fon réquifitoire nous avons remarqué que ledit veau monftre eft mort ; qu'il eft fous poil roux et a la tête de différentes couleurs, cinq jambes dont une fur les reins, deux reins, deux queues dont une queue de veau et l'autre queue de biche fur les reins. Lequel veau, en l'état qu'il eft, a été remis audit Ricci qui s'en eft chargé pour le porter à la voierie. Dont et de tout ce que deffus avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.

Signé : Ricci, Merlin.

(Archives des Ccmm., n" 2222.)

Richard, — Richer, 323

RICHARD, entrepreneur de spectacles à la foire Saint-Ovide en 1773, établit en 1778 un jeu de marionnettes à la foire Saint-Laurent, sans aucun succès.

(Archives dts Comm., n'^ 1508.)

RICHARD Qacques), né en 1753, danseur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1778.

Voy, Becquet (Marie-Charlotte).

RICHER (Charles-Toussaint), danseur de corde et voltigeur de la troupe de Jean Restier, de 1753 ^ 1762. A cette dernière époque les effets de Richer ayant été complètement brûlés lors de Tincendie de la foire Saint-Germain, il demanda une indemnité de 154 livres aux syndics de la foire et ceux-ci lui en accordèrent 96.

{Archives des Comm,, no 8$ 3.)

Voy. Gagneur.

RICHER (Étienne-Charles), entrepreneur de spectacles et directeur d'une troupe de sauteurs et voltigeurs qui parut à la foire Saint-Germain de 1767.

L*an 1767, le lundi 26 janvier, neuf heures du matin, en notre hôtel et par-devant nous Amable-Pierre Touvenot, etc., eft comparu Jean-Baptifte Dérault, caporal du fieur David, fergent de la garde de Paris, de pofte aux Fetites-Maifons : Lequel nous a dit que, defcendant la garde et rentrant chez lui, fur Tavis qui lui a été donné qu'il y avoit un enfant dans une charrette qui crioit d'une manière plaintive et que cette charrette étoit dans la cour de François Goix, rue et barrière de Sèvres, il s'y eft auffitôt tranfporté avec fon efcouade pour lui apporter des fecours. Qu'étant arrivé dans ladite cour, du confentement dudit fieur Goix et à fa réquifltion, il vit effectivement dans une charrette couverte de toile plufîeurs malles et un enfant fous icelles paroiflant âgé de 7 à 8 ans, lequel enfant étoit dans un très-mauvais état et

paroiffoit trembler de froid ; ce qui n'eft pas étonnant, cet enfant lui ayant dit qu'il âvoit paffé toute la nuit dans ladite charrette qui eft fon coucher ordinaire, le propriétaire d'icelle étant dans Thabitude de Vy faire refter. Qu'étant enfuite entré dans une falle baffe où ledit fieur Goix l'auroit conduit, il auroit vu deux particuliers couchés dans un même lit avec un enfant du fexe féminin paroiflant âgé de 7 ans. Qu'il les a fait auflitôt lever et qu'ayant demandé à celui des deux particuliers qui lui paroiffoit le plus en état de répondre, la raifon pour laquelle il faifoit coucher une petite fille avec eux et un petit garçon dans une charrette, il a répondu que c'étoit de Tordre du nonimé Richer, fon maître, directeur des cabrioleurs et cabrioleur lui-même, qu'il avoit fait coucher le petit garçon dans U charrette et que c'étoit d'ailleurs fon coucher ordinaire, attendu que cet enfant fait fous lui ; et que, quant à lui, il couchoit avec ledit particulier et la petite fille. Qu'il a arrêté ledit particulier et retiré de ladite charrette ledit petit garçon qu'il a conduit pardevant nous ainfi que la petite fille pour être flatué ce qu'il appartiendra.

Efl aufli comparu François Goix, jardinier et logeur en garni, demeurant i. Paris, rue et barrière de Sèvres, paroiffe St-Sulpice : Lequel nous a dit que, le jour d'hier, fur les trois ou quatre heures de relevée, lui comparant étant alors abfent, arriva chez lui une charrette couverte, attelée d'un cheval, huit particuliers dedans, favoir fix enfans, deux petites filles compris, un maître et un domeflique vêtus d'un habit bleu et vefle blanche. Qu'ils defcendirent de ladite charrette et que le maître, qui s'efl dit nommer Richer à la fœur de lui comparant et être directeur de la troupe des Enfans hollandois, fe retira de chez lui comparant avec trois des enfans, favoir deux garçons et une fille. Qu'il laifia dans ladite maifon fon domeftique, deux autres garçons et une petite fille. Que lui comparant, rentré chez lui, apprit par fa fœur qu'il lui étoit arrivé du monde pour loger chez lui et qu'il y avoit un petit garçon couché dans une charrette. Que fur les cris de cet enfant couché dans ladite charrette, qui avoient réveillé le voifinage pendant la nuit, il a été requérir la garde de vouloir bien fe tranfporter chez lui, c'efl-à-dire dans la cour de fa maifon, pour favoir ce qui étoit arrivé à cet enfant dont les cris ne provenoient que du malaife où il fe trouvoit par rapport à la faifon où nous fommes. Nous déclarant qu'il n'a jamais été plus furpris que de voir une petite fille couchée avec deux particuliers dont l'un âgé de 1 3 ans et l'autre de 20 ans. Que s*il l'eût fu, il ne l'auroit pas fouffert et les auroit plutôt renvoyés. Que c'efl auffi en partie la raifon pour laquelle il a fait requérir la garde pour favoir au jufte ce que peuvent être de pareilles gens.

Sur quoi nous commifTaire, etc., avons fait comparoir ledit particulier vêtu d'un habit bleu et d'une vefte blanche que nous avons interpellé de fes noms, furnoms, âge, qualité, pays et demeure.

Il nous a dit fe nommer Jean-Louis Garnier, âgé de 21 ans, natif de Cluni en Maconnois, domeflique au fervice du fieur Richer, directeur dts troupes hollandoifes, demeurant ordinairement avec le fieur Richer, arrivant de province, logé depuis hier chez le fieur Goix, rue et barrière de Sèvres.

Richer. 325

Interpellé de nous dire combien ils étoient lorfqu'ils font arrivés chez ledit (leur Goix ?

A répondu qu'ils étoient huit lui compris, fa voir : le fieur Richer, (ix enfans dont deux petites filles et quatre garçons. Que le fieur Richer s'eft retiré de chez le (leur Goix avec deux petits garçons et une petite fille.

Interpellé de nous dire pourquoi on a laiflé dans une charrette un petit enfant paroifTant âgé de 5 à 6 ans, qui y a pafTé la nuit, et pourquoi auflî il a fait coucher avec lui, à l'infu du fieur Goix, ime petite fille âgée de 6 à 7 ans, et à qui appartiennent ces enfans ?

A répondu que, s'il Ta laiffé paiTer la nuit dans ladite charrette, c'eft que cet enfant gâte les lits où il couche ; ce qui caufe un préjudice à fon maître. Et que fi il a fait coucher la petite fille avec lui, il ne Fa fait que pour fatisfaire aux ordres de fon maître qui lui a dit de ne prendre qu'un lit. Qu'il ne fait pas à qui appartient la petite fille ; mais a oui dire que le petit garçon appartenoit à un aveugle de Bayonne.

Nous avons pareillement interpellé ladite petite fille de fes noms, fumoms, âge, qualité, pays et demeure ?

Elle nous a dit fe nommer Marguerite Toutou.

Et lui ayant demandé le nom de fon père, elle nous a répondu, après nous avoir demandé quel père, que c'étoit le fieur Richer, être âgée de 7 ans, native de Nanci, faifant àçs tours de foupleffe depuis trois ans.

Nous avons aufll enquis ledit petit garçon de fes noms, fumoms, âge, qualité, pays et demeure ?

Il nous a dit fe nommer Jean-Jofeph Cuftero, âgé de 8 ans, ne fâchant pas le lieu de fa naifTance. Sait feulement que fon père efl â Bayonne, qu'il demande la charité et eft aveugle. Que c'efi fon père qui a fouffert que le fieur Richer le prenne avec lui â condition qu'on ne lui feroit pas de mal. Que ce mal ne confifie qu'en des tours de foupleffe qu'on lui faifoit faire en lui mettant la tête dans les jambes ; ce qui fait que fon corps eft comme rompu, ainfi que nous l'avons remarqué, et ce qui lui occafionne de faire fous lui.

Et comme nous nous difpofions à flatuer fur le tout, eft furvenu un particulier vêtu d'une redingotte rouge et d'une vefte de velours noir, qui nous a dit fe nommer Etienne-Charles Richer, entrepreneur de fpectades ambulons, allant et venant dans les foires, fils du fieur Etienne Richer, maître ferrurier, demeurant rue de la Comédie-Françoife : Lequel nous a dit que, fur l'avis qui lui a été donné que fon domeftique étoit par-devant nous ainfi que deux petits enfans nommés le petit garçon Cuftero, et la petite fille nommée Maffon, ne fâchant pas la caufe pour laquelle ils avoient été arrêtés, il vient pardevers nous à l'effet d'être inftruit du fujct de leur capture. Lecture ayant été faite du préfent procès-verbal, il nous auroit prié de vouloir bien les lui remettre comme les réclamant. Qu'il venoit le jour d'hier d'Orléans. Que pour nous faire connoitrc qu'il ne nous en impofe point, il nous a exliibé différens marchés par-devant notaires et notamment ceux du petit garçon nommé Cuftero et de la petite fille nommée MafFon, dont le père eft â Lunéville, et dif-

férens certificats qui font connoître que le fieur Richer eft directeur d'une troupe de fauteurs et voltigeurs, aux offres qu'il fait de les repréfenter à toutes réquifitions. Que ce n'étoit pas fon intention que cet enfant couchât dans la charrette ; que c'ed la faute de fon domeftique à qui il avoit donné Tordre de Ten faire defcendre et de le faire coucher fur la paille, attendu que depuis fa petite-vérole, dont la guérifon n*a pas laifié que de coûter à lui comparant, il a coutume de faire fous lui. Qu'il compte le garder encore quelque tems et (i il ne remarque en lui aucune difpofition, par rapport à fon incommodité, il le rendra à fon père qui le lui a confié.

Signé : Touvenot; Richer.

Et attendu ce qui réfulte du préfent procès-verbal, avons remis lefdits fufnommés en la polfelfion dudit Richer qui s'en charge pour les repréfenter à toutes réquifitions.

Signé : Richer; Touvenot.

{Archives des Cotnm,, n'^ 3^1 5*)

RICHER, associé de Claude-Pierre Gourliez, dît Gaudon, pour diriger le spectacle des sauteurs et danseurs de corde à la foire Saint-Ovide de 1767, est peut-être le même que le précédent. Voy, Galban ; Gaudon.

RICHER (Louise), née en 1774, danseuse au théâtre des Variétés du Palais-Royal en 1789.

Voy. DOTTEL.

RINER (John), Anglais, entrepreneur de spectacles, avait une troupe de danseurs de corde et de sauteurs à la foire Saint-Germain de 1726, et un jeu de marionnettes où il fit représenter quelques pièces et entre autres : la Grand'mère amoureuse, parodie de l'opéra à!Atys, par Quinault et LuUy, précédée d'une harangue de Polichinelle au public, par Lesage, FuzelieretDorneval, et les Stratagèmes de l'amour, par Fuzelier et Dorneval.

{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, II, 34. — Magnin, Histoire des Marionnettes, IJ9, xG^.")

Riquet, — Robbe. '^l'j

RIQUET (M"*), danseuse de rOpéra-Comique vers 1750, passa ensuite à la Comédie-Française, puis à l'Académie royale de musique.

(^Dictio$tnaire des Thiâtresp VI, ^99«)

RIVIÈRE, comédien du boulevard, jouant chez Delahogue en 1772.

Voy, Delahogue.

RIVIÈRE (M"*), danseuse du boulevard, faisait partie dès 1772 de la troupe des Grands-Danseurs du Roi. Elle a dansé dans Glycère et Alexis (19 février 1780) et dans la Rose et le Bouton (21 février 1780). Sa mauvaise conduite la fit renvoyer par Nicolet qui l'avait entretenue et qui lui donnait 10,000 livres d'appointements, et elle entra chez Audinot en 1782. Elle a joué sur le théâtre de ce dernier la belle Madelonne dans Pierre de Provence, pantomime en trois actes, par Arnould-Mussot (18 avril 1782).

(Journal d* Paris, 19, ai février 1780 ; 18 avril 1782. — Almanach forain, I77}-I77S- — ■^ Chroni^utnr désœuvré, I, 50.)

RIVIÈRE (Anne FLEURI, dite), actrice du spectacle des Élèves de l'Opéra en 1779.

Voy. Varennes (Claude-Charles).

OBBE, entrepreneur de spectacles à la foire Saint-Ovide de 1771.

(Archives d4t Comm., n'» i(o8.)

ROBERTI, sauteur anglais, pafut au théâtre de l'Opéra-Comique à la foire Saint-Germain de 1737 et se fit applaudir dans la Découpure, contredanse insérée dans le ballet de V Industrie, de Panard et Carolet, représenté le 13 avril de cette année. L'année suivante, il parut dans le Carnaval, prologue représenté le 6 février 1738. Aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent de 1739, Roberti, engagé dans la troupe de Delamain, se montra encore à rOpéra-Comique et joua dans les divertissements qui suivirent le Hasard, opéra comique de Pojitau, et dans la Fête des Anglais, pantomime. Enfin, à la foire Saint-Germain de 1742, il faisait partie de la Grande Troupe étrangère dirigée par Restier et la veuve Lavigne, et joua les rôles de Pierrot dans les deux pantomimes de Mainbray : A trompeur trompeur et demi et le Diable boiteux, représentées le 3 et le 1 5 février de cette année.

{Dictionnaire des Théâtres, I, 322; II, 204, 2$9, 288, 547;

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