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ROBIN (Noël), acteur du speaacle des Associés en 1779, quitta ce théâtre en 1787 pour entrer dans la troupe des Grands-Danseurs du Roi.
Lundi 12 juillet 1779, onze heures du foir.
Noël Robin, acteur de Salle, demeurant boulevard du Temple, arrêté par Gondouin, caporal de pode au marché Saint-Martin, à la réquifition de la femme Alphonfe, actrice dudit Salle, pour querelle entre eux. Après les avoir entendus, renvoyés.
{Archives des Comm,, a" ^022.)
Mardi 31 août 1779, "^^ heure du matin.
Noèl Robin, acteur du fpcctacle des Adociés, demeurant fur le boulevard,
Rochefort. — Roger. 329
arrêté par Pierre Lafargue, caporal de la garde de Paris, de pode au marché St-Martin, à la réquifition d'Etienne Lafrance, acteur dudit fpectacle, demeurant faubourg St-Martin, pour lui avoir fait des menaces de lui pafler fon épée à travers le corps. Après l'avoir entendu, relaxé.
(Archives dês Comm., no soia.)
Voy. Salle.
ROCHEFORT (Pierre MICHU de), peintre, entrepreneur de spectacles et acteur forain, joua d'abord la comédie en province, puis vint à Paris et s'associant avec Gilles Tiquet, ouvrit un jeu de marionnettes et de danses de corde depuis le commencement de la foire Saint-Laurent de 1705, jusqu'à la fin de la foire Saint-Laurent de 1708. A cette époque il quitta Paris et resta quelques années en province. De retour dans la capitale, il entra, à la foire Saint-Germain de 171 3, au jeu d'Octave pour y remplir les rôles d'arlequins ; il ne joua sur ce théâtre que cette seule foire et repartit après pour la province comme opérateur, c'est-à-dire charlatan. Il mourut à Paris vers 1730.
{Mémoires sur les S^Uules de U Foire, I, 44.)
ROCHEFORT (M"^ MICHU de), filles du précédent et actrices comme lui au jeu d'Octave pendant la foire Saint- Germain de 171 3, l'aînée comme amoureuse, la seconde conmie danseuse.
(Mémoires sur Us SpeeUcles de U Foire, l, 44.)
OGER, acteur forain, remplissait les rôles de Pierrot au jeu d'Alexandre Bertrand en 1698.
(Mémoires sur les SfecUules de U Foire, I, i}.)
ROGER, danseur de rOpéra-Comique, a joué sur ce théâtre, pendant la foire Saint-Laurent de 1729, un matelot hollandais dans V Amour et la Jalousie, balle;t ; un paysan dans la Noce anglaise, ballet-pantomime, et pendant la foire Saint-Laurent de 173 1, un rôle dans la Guinguette anglaise, divertissement représenté le 28 juillet de cette année.
{Mémoires sur Us Spectacles de la Foire, II, $4. — Dictionnaire des Théâtres, III, 53, 507.)
ROGER (Marie-Anne), née en 1732, blanchisseuse et actrice du jeu de l'Artificier hollandais à la foire Saint-Laurent de 1757.
Voy, Artificier hollandois.
OLAND, danseur du jeu d'Octave en 1712.
{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, l, 156.)
ROLLAND (Françoise), actrice du théâtre de TOpéra-Comique à la foire Saint-Germain de 1744.
L'an 1744, le famedi 25* jour de janvier, fur les onze heures du foir, en rhôtel de nous Charles-Jacques-Étienne Parent, etc., eft comparue Marie- Françoife Rolland, fille et actrice de TOpéra-Comique, demeurante rue des Amandiers, paroiffe St-Étienne-du-Mont : Laquelle nous a dit qu*il y a quatre mois ou environ que le nommé Paquet, natif de Lyon, garçon du fieur Fageffe, maître chirurgien demeurant rue du Bac, eft venu faigner la comparante ; qu'à Foccafion de ce il s'eft immifcé de venir cejourd'hui chez la comparante à laquelle il auroit propofé déjouer : Ce qu'ayant accepté, ils auroient joué enfemble au piquet à la condition que la perte feroit employée pour fouper ; qu'elle comparante a gagné audit Paquet environ trois livres. Après quoi ils ont conjointement mangé un poulet et bu une bouteille de vin. Et lorfque la comparante l'a exhorté de s'en aller, il auroit contrefait l'ivrogne et, fous ce prétexte, auroit expreffément dit qu'il ne s'en iroit point et qu'il
Romagnesi. — Rosalie, 331
entendoit coucher avec elle. Et, fur ce qu'elle lui a répondu qu'elle ne le (ouôriroit point coucher chez elle, il lui auroit porté avec violence un coup de poing dans l'eftomac et dans le moment auroit arraché la clef des tiroirs de la commode que tenoit la fœur cadette de la comparante, il auroit ouvert un tiroir de ladite commode dedans lequel il a pris 15 livres, qui étoient avec d'autres efpèces dans ime petite bourfe, après quoi il s'eft en allé. Pour raifon de quoi la comparante a requis Pierre Mallet, fergent du guet au polie de Blavet, de la conduire en notre hôtel pour nous rendre plainte.
Signé : Françoise Rolland ; Parent,
(Archives des Comm., n** 2503.)
ROMAGNESI (Jean-Antoine), acteur forain, puis de la Comédie-Italienne, joua d'abord dans des troupes de province, vint ensuite à Paris et entra en 17 12 au jeu d'Octave, où il fit représenter à la foire Saint-Germain de 1 7 1 3 une pièce intitulée : Arlequin au sabbat, et qui eut quelque succès. Quand Octave eut cessé de tenir son théâtre en 17 16, Romagnesi retourna en province jusqu'en 1 718 ; à cette époque il revint dans la capitale et débuta sans succès à la Comédie-Française et n'y resta pas. Engagé de nouveau dans des troupes de province, ce ne fut qu'en 1725 qu'il débuta à la Comédie-Italienne, où il fut admis et trèsapplaudi. Romagnesi mourut le 13 mai 1742.
{Dictionnaire dts Théâtres, I, 199 ; VI, $17.)
OMANI, voltigeur du spectacle des Grands-Danseurs du Roi, débuta à ce théâtre le jeudi 17 août 1780.
{Jonrnûl de Paris, l^ août 1780.)
ROSALIE (Marguerite BLANDIN, dite), née vers 1732, maîtresse couturière et actrice du jeu de l'Artificier hollandais à la foire Saint-Laurent de 1757.
Voy. Artificier hollandois (1*).
ROSALIE (M"«), comédienne du boulevard, jouant chez Delahogue en 1772.
Voy. Delahogue.
ROSALIE (W^), actrices de la troupe de rAmbigu-Conûque en 1772 et en 1777.
(^Archives tUs Comm.» no i$oS. — Almanach forain, 1773.)
ROSALIE (Rosalie FEUILLET, dite), actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, y a joué entre autres rôles : Nicette dans la Mère Nitouche, Colombine dans V Amant voleur, et Vhâtesse dans le Quiproquo de l'hôtellerie (4 et 21 janvier 1780). L'auteur du Chroniqueur désœuvré a tracé de cette actrice le portrait suivant : « Cette piètre bamboche de trois pieds et demi de haut a commencé par jouer la comédie en bourgeoifîe. Elle rempliflbit les rôles de foubrettes avec affez d'intelligence Quelques amis lui confeillèrent d'entrer au fpectacle de Nicolet. Elle
s'engagea chez ce bateleur Avec autant de fatigues il n'eft pas
étonnant qu'une femme voie en peu de tems les rofes et les lys de fon vifage fe flétrir, auflî fe flétrirent-ils ; mais ils ne l'étoient pas encore tout à fait quand un nigaud de Bougier, homme de bureau et pilier des Grands-Danfeurs du Roi, fe prit de belle paffion pour elle et fit la folie de Tépoufer. Elle eut de lui plufieurs enfans dont il ne refte que deux.... Elle eft maintenant d'une laideur affireufe, le teint morne et livide, les yeux hagards, les joues creufes. Elle n'eft un peu fupportable que fur les planches où elle a foin de ne pas fe montrer fans beaucoup de blanc et de rouge avec l'attention de toujours affecter de rire pour remplir le vide de fes joues. » Et plus loin : « M"** Bougie ou Rofalie eft d'un caractère fi méchant et fi emporté qu'étant à une répétition, après quelques propos, elle lâcha un foufflet au fieur Mayeur qui, avec
Rosalie. 333
raifon fe plaignit à M. le chevalier Dubois du procédé violent de fa camarade. Obligée de choifir ou la prifon ou de faire des excufes à Toffenfé, elle fe tranfporta chez le commiffaire avec le fieur Mayeur qui voulut bien fe contenter de cette légère réparation. Mais à fon retour, voulant s'épargner toute honte de la publicité, elle nia la démarche. Mayeur retourne chez le commiffaire qui le lendemain exige qu'à genoux la délinquante demande pardon publiquement au fieur Mayeur. »
(Almanath forain, 1775. —'Journal de Parts, 4, 21 janvier 1780. — Le Chroniqueur disauvri, I, 61 ; II, 72.)
Vendredi 4 octobre 1782, dix heures du foir.
Le fieur Gaillot, fergent-major de la garde de Paris, a amené en notre hôtel la demoifelle Rofalie, actrice de Nicolet, qui s'eft plainte d'avoir été arrêtée par ledit Gaillot en vertu d'ordre furpris à la religion de M. le lieutenant général de police devant qui nous en avons référé à la réquidtion de ladite Rofalie ; et M. Lenoir, après l'avoir entendue et avoir vu la lettre du fieur chevalier de Raimond, major de la garde de Paris, a fait relaxer ladite Rofalie (i).
{Archives des Comm,, no 5022.)
Vendredi 28 novembre 1783, neuf heures du foir.
Rofalie Feuillet, actrice de Nicolet, arrêtée par le (îeur Defprez, officier, à la réquifition du fieur Nicolet pour avoir manqué au fpectacle (2). Relaxée.
(Archives des Comm., n** 5022.)
(i) Rosalie était arrivée en retard au spectacle et avait répondu avec insolence à Nicolet. On jouait ce soir-là au théâtre des Grands-Danseurs du Roi, à la foire Saint-Germain, la deuxième représentation de la Courtisane vertueuse, drame nouveau ; les Amours de Julien et Bahet; la dernière représentation de Colinette, ou la Vigne ^amour, pantomime ornée de dialogues, danses et musique. On commençait par les Amours de Guillot, petite pièce dans laquelle Mayeur jouait le rôle de Guillot.
(2) Le 28 novembre 1783, on jouait aux Grands-Danseurs du Roi : Madame Propelte, pièce en deux actes ; la Comtoise à Paris, pièce en quatre actes ; les Deux Petites Saurs, pièce en un acte ; Lison eut peur, c'est un malheur! pièce en deux actes; la Petite Jardinière, pantomime et ballet; le Nécromancien, pantomime à machines. Dans les entr'actes les sauteurs devaient exécuter différents exercices et l'on devait commencer par la danse de corde.
ROSALINE (M"*), actrice de rOpéra-Comique, faisait déjà partie de la troupe de ce théâtre à la foire Saint-Laurent de 1753, et prononça cette année-là le compliment pour la clôture des représentations. Elle était encore attach'ée à TOpéra-Comique lors de la réunion de ce spectacle à la Comédie-Italienne (i) en 1762.
{Dictionnaire des Théâtres, VI, 410. — Histoire du théâtre de V Opéra-Comique f II, $$6.)
ROSETTE (M"*), actrice foraine, jouait à la foire Saint- Germain de 171 6 les rôles de suivantes au jeu de la dame Baron. Elle obtint un grand succès et se fit enlever par un amoureux avant la fin de cette foire.
{Mémoires sur Us SpectaeUs de la Foire, I, x84>)
ROSSIGNOL (Claude), entrepreneur de spectacles, avait un jeu, à la foire Saint-Germain de 1734, où ^^ Élisait des tours de gobelets et montrait la Femme forte, espèce d'hercule femelle portant des poids avec ses cheveux et des hommes sur son ventre. En février 1762, le spectacle de Rossignol fut consumé par Tincendie de la foire Saint-Germain, mais grâce à l'indemnité qu'on lui donna (300 livres), il acheta le matériel de Nicolas II Bienfait et s'installa à sa place sur le boulevard du Temple. On ignore ce que devint ensuite Claude Rossignol.
{Archives des Comtn., n** 853.)
L'an 1754, le lundi 4 février, cinq heures et demie du foir, en Thôtel et par-devant nous Charles-Antoine Crefpy, etc., eft comparu fieur Pierre de La Villegaudin, officier de police : Lequel nous a dit qu'en vertu des ordres du Roi dont il eft porteur il a fait arrêter deux religieux bénédictins anglois, dont un travefti, avec une particulière qu'il a trouvée à la foire St-Germain
(1) Dans les Œuvres de M. et M«e Favtrt, publiées chez Eugène Didier, cette actrice (p. 220) est nommée Rosalie.
Rossignol. 335
dans le jeu du nommé RolTignol, joueur de gobelets et où fe voit la femme forte, et les a fait conduire par-devant nous pour en être dreffé procès-verbal et procédé à leur interrogatoire.
Signé : De La Villegaudin.
En conféquence avons fait comparoftre l'un defdits religieux vêtu de l'habit de Tordre des Bénédictins : Lequel, après ferment par lui fait de dire vérité, a dit fe nommer dom Jofeph Whittell, âgé de 46 ans, natif de Londres, prêtre religieux bénédictin anglois, dépofîtaire de la maifon du faubourg St-Jacques à Paris, y demeurant. Avons auffi fait comparoître le fécond defdits particuliers arrêtés, vêtu d'un habit gris ardoife, à boutons de cuivre jaune, vefte de velours noir, perruque en bourfe et portant épée, lequel, après ferment de dire vérité, a dit fe nommer Jacques Crook, âgé de 30 ans, natif de Lancaftre en Angleterre, auffi prêtre religieux bénédictin anglois et ancien procureur de la maifon du faubourg St-Jacques de cette ville, y demeurant. Et ladite particulière étant auffi comparue, après ferment de dire vérité, a dit fe nommer Catherine Wybume, âgée de 17 ans, fille native de Wincefter en Angleterre, penlîonnaire au couvent des Angloifes, rue des Angloifes, faubourg St-Marcel : Lefquels nous ont ajouté, favoir lefdits religieux qu'ils font fortis ce matin de leur maifon, qu'ils font allés fur le midi chez ladite demoifelle Wybume, où lui Crook a dîné et après le dfner ils font allés tous les trois en carroiTe de remife à la foire St-Germain pour y voir un Anglois qu'ils avoient appris qui y faifoit des tours de force. Qu'ils ne croyoient pas être dans aucune faute et qu'ils pouvoient prendre le fpectacle de la foire. Qu'à l'égard du déguifement de lui Crook, la raifon qui le lui a fait prendre e(l qu'il e(l fur le point de partir pour Londres où les religieux ont coutume d'être habillés en féculiers et qu'il n'a pris cet habillement que du confentement de fes fupérieurs. Quant â Catherine Wybume, elle nous a déclaré qu'étant du même pays, elle a cru pouvoir profiter de la compagnie defdits religieux pour voir la foire.
Signé : D. Joseph Whittel; Jacques Crook; Catherine Wyburne.
Ce fait avons laifiîé lefdits religieux et ladite Catherine Wybume audit fieur de La Villegaudin pour les remettre, favoir lefdits religieux au couvent des Bénédictins anglois, es mains de leurs fupérieurs, et ladite Wybume au couvent des Angloifes, me des Angloifes, faubourg St-Marcel. Nous requérant de nous tranfporter avec lui èfdits lieux pour recevoir fa décharge fur le préfent et en dreffer procès-verbal et ^s'eft chargé de l'épée dudit Crook après avoir remarqué qu'elle e(l à poignée et garde de cuivre argenté et lame â trois quarts pour la dépofer où il appartiendra.
Signé : De La Villegaudin.
Adhérant auquel réquifitoire, fommes à l'indant tranfporté avec ledit fieur
de La Villegaudin et fufnommés rue des Angloifes au couvent des religîeufes Angloifes, au parloir de leur dite maifon, où étant eft furvenue dame Marie- Anne Woodman, prieure dudit couvent, à laquelle ayant expofé le fujet de notre tranfport, elle nous a dit parfaitement connoître la demoifelle Wybume pour leur penfionnaire, à l'effet de quoi elle s'en charge.
Signé : Sœur Marie-Anke Wcx)dman, dite de l'Incarnation, prieure.
Sommes enfuite tranfporté avec ledit fieur de La Villegaudin et lefdits religieux bénédictins rue du faubourg St-Jacques, au couvent des religieux bénédictins anglois ; où étant ledit (leur de La Villegaudin a remis au R. P. Charles Walmeiley, prieur dudit couvent, lefdits Whittel et Crook ; lequel, pour ce intervenant, s'en eft chargé et nous a déclaré que c'ed de fon confentement que le fieur Crook s'eft trouvé aujourd'hui avec l'habit de féculier, étant fur le point de partir pour TAngleterre et étant en ufage chez eux en pareil événement.
Signé : Dom Charles Valmesley, prieur.
Dont et de ce que defTus avons fait et dreifé le préfent procès-verbaL
Signé : De La Villegaudin; Crespy.
(^Archives des Comm., no 3394.)
Voy, Bienfait II.
ROSZET (Pierre), dentiste, acteur et entrepreneur de spectacles forains, a dirigé pendant quelque temps, conjointement avec les nommés Damour, Mignonnet, etc., pour le compte de l'Académie royale de musique, h Nouveau Spectacle pantomime qui remplaça de 1746 à 1749 le spectacle de TOpéra-Comique alors supprimé.
L*an 1748, le famedi 10 août, environ deux heures de relevée, en l'hôtel de nous Louis-Pierre Blanchard, etc., eft comparu fieur Pierre Rofzet, dentifte, demeurant à Paris, rue du Cœur- Volant, paroiffe St-Sulpice : Lequel nous a rendu plainte contre les nommés Damour, Mignonnet, Texier et Desjardins, et nous a dit qu'au préjudice d'un bail paffô au plaignant de la loge où fe repréfentent actuellement les pantomimes à la foire St-Laurent et du privilège à lui accordé par l'Académie royale de mufique tant pour y faire des ballets que pour les décorations et habillemens néceifaires pour repréfenter lefdites pantomimes, le plaignant a été furpris que, lundi dernier, s' étant préfenté comme à fon ordinaire pour l'exécution de la pièce et y
Roubault de Vermilly, — Rousseau, 337
jouer les différens rôles, lefdits Daniour et confors furnommés, fans aucun droit, lui ont refufé l'entrée lui difant qu'il n'entreroit pas fans Tordre de M. Berrier. Qu'ils lui ont fait pareil refus le lendemain, furlendemain et jeudi aulii dernier. Que le plaignant a appris que lefdits fieurs Damour et confors ont eu la témérité de s'emparer d'un coflfre de bois ferré, fermé avec la clef qui eft en la podeflion du plaignant, lequel étoit dans la loge particulière du plaignant. Qu'ils ont fait fauter la ferrure dudit coffre et fe font auflî emparés du mafque du plaignant pour le perfonnage d'Arlequin, valant plus d'un louis d'or, et lequel mafque ils ont gâté en ayant voulu agrandir les yeux, d'une paire de bas de foie blancs de la valeur de dix livres, d'une calotte et mentonnière de drap pour ledit perfonnage d'Arlequin et d'un livre de compte appartenant au fieur Bigour et de pluûeurs papiers et quittances juftifiant de plufieurs payemens faits par le plaignant. Qpe le plaignant ayant intérêt d'avoir raifon de l'indu empêchement formé de la part des fufnommés au droit que le plaignant a de jouir dudit bail, qu'il a auflî intérêt de fe pourvoir contre eux en reftitution des nippes ci-deiTus prifes ou de la valeur et auffi en réparation d'honneur pour raifon des calomnies par eux débitées fur le compte du plaignant, ayant publié entre autres qu'il s' étoit emparé et avoit emporté une fomme de 500 livres, quoiqu'il n'ait rien du tout reçu, il a été confeillé de venir nous rendre la préfente plainte.
Signé : Roszet; Blanchard.
{Archivgs i«s Comm., n» 3604.)
ROUBAULT DE VERMILLY (M»0, actrice du spectacle des Variétés du Palais-Royal, a joué à ce théâtre le rôle de Lise dans les Défauts supposés, comédie en un acte et en vers, de Sedaine de Sarcy, représentée le 28 janvier 1788.
(Brochure intitulée: Us Défauts supposés, Pahs, Cailleau, 1788.)
ROUSSEAU (Claude-Marc), arlequin chez un entrepreneur de spectacles du boulevard du Temple, nommé Morel, en 1773. Rousseau vécut fort vieux et acquit sur le boulevard une grande célébrité. Brazier, qui l'a connu, en parle en ces termes : « On bravait le froid et le chaud pour entendre sur le boulevard du Temple un paillasse qui, n'en déplaise à Deburau, avait Sp. — II. 22
aussi son mérite. Ce paillasse qui se nommait le père Rousseau s'était fait une réputation en chantant en plein air :
C'est dans la ville de Bordeaux Qu'est z'arrivé trois gros vaisseaux.
Les matelots qui sont dedans, Ce sont, ma foi 1 de bons enfans.
« J'en ai vu les débris, moi, de ce bon gros paillasse et je me suis courbé respectueusement devant lui. Je puis affirmer que jamais paillasse ne fut plus drôle, ni plus complet ; ce n'était pas le visage pâle et blême de Deburau, ce n'était pas son jeu savant et grave, ni ses poses artistiques, ni ses clignements d'yeux si expressifs. C'était une figure pleine, rouge, bourgeonnée ; c'était la gaîté du peuple dans tout son débraillé. Impossible de ne pas rire comme un fou du roi en voyant ses grimaces, en entendant sa voix rauque et brisée ; il jouait ses chansons comme Deburau ses pantomimes ; car mon paillasse était aussi un grand acteur. Ne croyez pas qu'il répétait comme un élève du Conservatoire; non, il mettait dans son débit de l'esprit, du mordant ; sa physionomie était d'une mobilité surprenante. Je gage que s'il vivait encore, Userait à la hauteur de l'époque et que la littérature capricieuse qui nous fait un grand homme chaque matin en déjeunant chez Tortonî ou au café de Paris, aurait trouvé autant de drames dans mon paillasse qu'elle en a trouvé dans Deburau. Combien j'étais heureux quand, les poches pleines de marrons et de châtaignes, le vieux père Mottet, notre bon précepteur, nous conduisait, les quintidis et les décadis, au jardin de l'Arsenal et nous permettait de faire une halte devant le Théâtre des Pantagoniens (i). Nous restions des heures entières à contempler le père Rousseau, ce paillasse clas-
(i) Nous empruntons à VHistoirt des marionnettes de M. Magnin, p. 178, les détails qui suivent sur ce théâtre : « C'est ainsi que s'éleva en 1793, sous le titre de Théâtre des Pantagoniens, un spectacle de grandes marionnettes trés-habiles pour les surprises. On cite entre autres les transformations d'un procureur dont chaque membre s'animait tour À tour pour former autant de clients. Les Pantagoniens jouèrent encore le Grand festin de Pierre, et à la foire Saint-Germain, dans une salle nouvellement bâtie dite le Théâtre de la République, ils donnèrent les Métamorphoses d'Arltquin et les Métamorphoses de Marlhoroug ; puis, les foires supprimées, ils allèrent se loger sur le boulevard du Temple. »
Rousseau. — Rousselet, 339
sique. A peine osions-nous respirer tant nous avions peur de perdre un de ses gestes, une de ses contorsions. Jeunes hommes d'aujourd'hui, respectez les souvenirs des hommes d'autrefois ; libre à vous d'adorer César, mais permettez-moi d'admirer Pompée ! »
(Brazier : Histoire des petits théâtres, I, 176.)
Du lundi 19 juillet 1773 dans la foirée.
Le nommé Claude-Marc RoufTeau, faifant le rôle d'arlequin chez le nommé Morel, maître de fpectacle fur le boulevard du Temple, arrêté par la garde du boulevard à la réquifition dudit Morel pour avoir fait manquer une parade qu'il avoit promis de donner aujourd'hui au public ; s'être faoulé pendant toute la nuit, avoir dit des injures à Tes camarades et les avoir battus et excédés. Il a promis que cela ne lui arriveroit plus et qu'à l'avenir il remplira fon devoir moyennant 30 fols par jour fuivant fon engagement ; fmon il fe foumet d'être renvoyé et à ne pas travailler fur les boulevards. A ces conditions relaxé.
(^Archives des Comm., n9 3780.)
ROUSSEAU (Louis), né vers 1763, acteur du théâtre appelé le Rendez-vous des Champs-Elysées en septembre 1790.
Voy. Beaubois.
ROUSSEAU (Manette), actrice du spectacle de TAmbigu- Comique, où elle jouait dès 1772, à l'âge de 13 ans et demi, les rôles à' amoureuses et de coquettes.
(^Almanach forain, 1773. — Le Chroniqueur désauvré, I, loi.)
ROUSSELET, comédien de province, puis acteur à la Comédie-Française, débuta en 1742 au théâtre de TOpéra- Comique ; il jouait les paysans et a rempli avec succès un rôle de ce genre dans la Servante justifiée, opéra comique en un acte, de Favart et Fagan, avec prologue de Panard. Dans cette pièce.
Rousselet, à qui son interlocuteur rappelait qu'il avait joué les rois sur la scène française, lui répondait ainsi :
« Oui, feigneur, je le fus et devrois encor Têtre ; J'ai l'organe affez fort pour vous parler en maître. Sous riiabit d'un héros j'en fais prendre le ton Et j'ai le noble orgueil du fier Agamemnon. D'Augufte et de Céfar l'illuftre perfonnage Pendant plus de dix ans fut mon brillant partage. Cet heureux tems n'eft plus, quel changement, hélas ! Mon fceptre s'efl brifé, j'ai perdu mes États 1 Fortune, c'en ainfi que ta rigueur nous joue. Aujourd'hui fur le trône et demain dans la boue. J'ai fervi les Romains autant que je l'ai pu ; Des fecrets ennemis m'ont feuls interrompu. Quelque plaifir du moins aujourd'hui me confolc : Tout jufqu'aux fénateurs a fui le Capitole, Et depuis mon départ un tas de débutans N'ont pu garnir encore un gradin d'afliftans. »
Rousselet quitta TOpéra-Comique à la fin de la foire Saint- Laurent de 1742 et rentra quelques années après à la Comédie- Française, d'où il fut bientôt remercié. En 175 5 , il était acteur pantomime au spectacle à machines de Servandoni et avait un rôle dans le Triomphe de V Amour conjugal, pantomime représentée à ce théâtre au mois de mars de cette même année.
(Diciiouuaire des ihc'âtres, l\\ 556; V, 146, 148; VI, 727.;
Voy, Lagrelet.
OUTIER (Pierre), entrepreneur de spectacles, avait un théâtre sur le boulevard Montparnasse en 1762.
L*an 1762, le lundi 23 août de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Michel-Pierre Guyot, etc., eft venu et comparu Pierre Routier, entrepreneur de fpectacles à la butte du Montparnafle, y demeurant paroifle St-Sulpice : Lequel nous a rendu plainte contre un particulier à lui inconnu et contre le fieur Delezemont, régleur de papiers, demeurant rue de la Verrerie, vis-à-vis l'hôtel de Pomponne, la dame fon époufe, Profper Leduc, commis du fieur
Ruggieri. 341
Buffault, marchand d'étoffes de foie, etle premier garçon du (leur Cottard, marchand papetier, demeurant rue St-Denis proche la porte de Paris, qui étoient en la compagnie dudit particulier inconnu au plaignant et nous a dit qu'hier, fur les neuf heures du foir ou environ, ledit particulier a voulu entrer dans le fpectacle du plaignant fans le payer ; qu'il s'efl préfenté plufieurs fois à cet effet annonçant que le plaignant ne pouvoit pas exiger d'argent de lui pour le laiffer entrer, fon fpectacle étant fur le point de finir ; que le plaignant a voulu s'oppofer à fon entrée et que ce particulier lui a porté un coup de poing fur la joue gauche avec tant de violence que le plaignant a été renverfé du coup fur une porte vitrée ; que de cette chute il a cafTé des carreaux de ladite porte avec fa tète ; que fa femme étant accourue à fon fecours, il lui a porté un coup de pied à la cuifTe dont elle eil marquée, malgré fa grofTeffe qui e(l fort apparente, étant enceinte de huit mois ; que les mauvais traitemens de ce particulier ont fait une fi forte révolution en elle qu'elle en eft aujourd'hui fort incommodée et qu'elle a été obligée de fe faire faigner ; que la bellemère du plaignant a été aufH maltraitée par cedit particulier ; que des coups qu'il a donnés à fadite belle-mère elle a le nez noir ; que ledit particulier a en outre tiré l'épée et en a donné plufieurs coups du plat au plaignant; que ledit Delezemont, fa femme, ledit Leduc et le garçon dudit fieur Cottard fe font aufH plufieurs fois préfentés pour entrer chez le plaignant pendant que fes acteurs étoient en train de répéter leurs rôles ; qu'ils ont voulu entrer de force ; qu'ils ont interrompu la répétition à plufieurs reprifes ; qu'ils font entrés dans la cuifine du plaignant où ils fe font répandus en invectives contre lui ; qu'ils font aufll tombés fur le plaignant, fa femme et fa belle-mère pour procurer Tévafion de cedit particulier, à quoi ils font parvenus. Et comme il a intérêt de connoîtrc ledit particulier qui étoit de la compagnie dudit Delezemont et dont ils connoilTent certainement le nom, de faire punir les voies de fait auxquelles il s'eft porté, etc., il a été confeillé de venir nous rendre la préfente plainte.
Signé : Routier ; Guyot.
(Archives <fet Comm., n' 3809.)
RUGGIERI (les frères), célèbres artificiers, établirent en 1765, à Paris, aux Porcherons, un spectacle pyrrhîque qui eut une grande vogue et dans la direction duquel ils se montrèrent les dignes émules de Torré, fondateur d'un établissement du même genre. Après quelques années de succès, le public se montra un moment moins empressé chez les Ruggieri. Mais en 1783, Torré étant mort, la foule revint à leur spectacle, où se donnait
une pantomime lyrique intitulée : le Combat, la Mort, lesFunirailles et le Réveil de Malborough, dont les Mémoires secrets parlent en ces termes : « L'exécution en eft fupérieure à tout ce qu'on a vu en artifice. Il y a une variété et une précifion difficile à trouver dans un pareil genre. Le théâtre fort vafte fuffit aux diverfes évolutions militaires qu'on peut défirer. Il eft fâcheux feulement que la crainte apparemment de quelque accident empêche de garnir les deux armées d'un nombre affez confidérable de combattans. Le local vraiment champêtre eft charmant. Il prête furtout à l'illufion et eft plus pittorefque que toute la magnificence des falons du Wauxhall et du Colyfée. » En 1789, la vogue des Ruggieri fut à son comble ; grâce à l'aéronaute Blanchard, qui exécutait ses ascensions dans leurs jardins, et à deux pantomimes pyrrhiques, V Incendie et Embrasement de la ville de Troie par les Grecs, et le Siège de Delhi par Thomas Koulïkan, La prise de la Bastille devînt pour eux l'occasion d'une fête patriotique qu'ils offrirent « aux ouvriers ayant combattu pour la liberté ». Les places chez les Ruggieri se payaient 3 livres et une livre 10 sols.
(Mémoires secrets» II, 270 ; XXIII, 184. — Guide des amateurs et des étrangers voyageurs d Paris, p«r Thiéry, I, 144. — Journal de Paris, (, 8 mars, 4, Il avril, 31 mai, juin, a$, 26 juillet 1789.)
I AINT-AUBERT, aaeur de l'Opéra-Comique, a I joué à ce théâtre, pendant les foires Saint-Laurent I de 1759 et 1761, entré autres rôles, celui i'unbuis- I sier dans l'Huttre et les Plaideurs, ou le Tribunal de la chicane, opéra comique en un acte, en prose, paroles de Sedaine, musique de Philidor. Saint-Aubert faisait encore partie de la troupe de l'Opéra-Comique en 1762, lors de la réunion de ce spectacle h la Comédie-Italienne.
SAINT-CLAIR, acteur du thatre des Variétés du Palais- Royal, y a joué avec succès les rôles suivants : lemarquis dins la Loi de Jatab, ou le Turc à Paris, comédie en un acte, en vers, de Dumaniant, représentée le 22 janvier 1787 ; Valcour, jeune officier français, dans le Français en Huronie, comkâ\e en un acte, en vers, du même auteur, représentée le 30 avril 1787; Floricourt, jeune officier, amant d'Aminthe,d3ins l'Inconséquente, ou le Fat dupé, comédie en un acte, en prose, par Monnet, représentée le 20 août
344 ^^^ Spectacles de la Foire.
1787 ; Dorval dans les Défauts supposés, comédie en un acte, en vers, de Sedaine le jeune, représentée le 28 janvier 1788, et Georges, amant de Sarah, dans le Duc de Montmouth, comédie héroïque en trois actes, en prose, par Bodard de Tézay, représentée le 4 novembre 1788. M°* Saint-Clair, femme de cet acteur, faisait également partie de la troupe des Variétés du Palais- Royal et y jouait les suivantes et les utilités.
(Brochures intitulées : la loi dt Jatab, Paris, Brunet, 1787 ; U Français en Huronie, Paris, Cailleau, 1787 ; l'Inconsiqutntt, Paris, Cailleau, 1787 ; Us Défauts supposés, Paris, Cailleau, 1788; le Duc de Mont' mouih, Paris et Bruxelles, 1789.)
AINT-EDME (Louis GAUTHIER de) ;
SAINT-EDME (Marie DUCHEMIN, femme de Louis Gauthier de), entrepreneurs de spectacles forains, achetèrent, à la fin de la foire Saint-Laurent de 1710, le matériel théâtral de Levesque de Bellegarde et Desguerrois, prête-noms de Catherine Baron, qui en était en réalité propriétaire, et ouvrirent leur jeu, à lafoire Saint-Germain suivante, avec Dominique et sa troupe pour acteurs et selon toute apparence avec Catherine Baron comme associée. Depuis lors jusqu'à la fin de lafoire Saint-Laurent de 1718, Saint-Edme et sa femme ouvrirent réguUèrement leur théâtre, qui fut très-goûté, surtout lorsqu'ils eurent obtenu, moyennant une forte redevance payée à l'Académie Royale de musique, la permission de représenter des opéras comiques (i). Forts de ce privilège, qu'ils partageaient souvent avec la dame Baron, ils s'inquiétaient peu des tracasseries que leur faisait la Comédie-Française, jalouse de leurs succès et qui faisait dresser contre eux force procès-verbaux pour contraventions commises aux arrêts du Parle-
(i) La plus grande partie àti pièces jouées au spectacle de Saint-Edme sont de Lesage, Fuiclier cl Dorneval. Elles ont été imprimées dans le recueil intitulé : Théâtre de la Foire, ou analysées dans les six volumes qui forment le Dictionnaire des Théâtres.
Saint-Edme. 345
ment relatifs aux spectacles forains. Malheureusement pour la prospérité de leur théâtre, Saint-Edme et sa femme eurent diverses discussions avec la dame Baron relativement à ce privilège de rOpéra-Comique qu'ils prenaient ensemble, et ces querelles nuisirent d'une manière sensible à leurs intérêts; d'ailleurs la somme annuelle à payer à l'Académie Royale de musique était écrasante (16,000 livres d'abord, puis 35,000 livres), et en 171 8 Saint- Edme et sa femme se retirèrent complètement ruinés.
(Mémoires sur les SptctacUs de la Foire, I, 215.)
L'an 17 12, le jeudi 4 août, environ les fix heures de relevée, nous Céfar- Vincent Lefrançois, etc., ayant eu avis qu'il y avoit eu du bruit dans le préau de la foire St-Laurent au jeu occupé ci-devant par la veuve Maurice, nous y étant tranfporté, fe font préfentés à nous le fleur Louis Gauthier de St-Edme et demoifelle Marie Duchemin, Ton époufe : Lefquels nous ont fait plainte et dit qu'ayant fait toutes les avances pour rétabliffement et exploitation dudit jeu, fe trouvant à la principale porte du jeu où nous fommes, eft entré le nommé Belmont, gendre du (leur Octave, et fa femme, fans payer. Lui ayant remontré qu'il n'avoit aucun droit de faire entrer perfonne fans payer, attendu que journellement ledit Belmont et ledit ûeur Octave iaifoient entrer quantité de perfonnes fans payer, les faifant placer dans les meilleures places ; ce qui leur faifoit un tort confidérable, ledit Belmont ayant aperçu la demoifelle plaignante lui a pris le bras qu'il lui a tourné avec tant de violence que s'étant
mise à crier il l'a traitée de b , de p , de gueufe et en même tems
Ta frappée d'un coup de poing dans le vifage en jurant le faint nom de Dieu, répétant fouvent les mêmes injures, la menaçant de la tuer ainfi que le fieur plaignant, difant que le fieur Octave, fon beau-père, étoit le maître du jeu et que, par conféquent, il feroit entrer tout le monde qui lui plairoit et que le premier garde qui feroit affez hardi de l'en vouloir empêcher, il lui donneroit de fon épée au travers du corps. Ce qui furprend d'autant plus les plaignans que Icfdits Octave et Belmont, fon gendre, n'ont aucun intérêt dans rétabliffement et exploitation dùdit jeu, mais feulement ledit fieur Octave efl gagif^e ; auquel les acteurs et ceux qui font employés dans ledit jeu ne veulent point avoir affaire, leur faifant querelles et les maltraitant de paroles. Ce qui fait un tort confidérable à l'exploitation du jeu. Entendant fe pourvoir contre ledit Octave pour le faire expulfer dudit jeu, attendu que les joueurs ont me-
nacé les plaignans de fe retirer fi ledit Octave y reftoit. De ce que deflus nous requièrent acte.
Signé : M. Duchemin; De St-Edme.
{Archivet'dts Comm., n'> 3824.)
L*an 171 2, le 2« jour d'août, entre cinq et fix heures du foir, nous André Defacq et Nicolas Guérin, etc.,prépofés pour la police au quartier St-Denis, étant dans T enclos de la foire St-Laurent et nous promenant dans les allées d*icelle pour voir s'il ne s'y paflbit rien au préjudice des ftatuts et règlemens du bon ordre et de la fureté publique, avons aperçu qu'il y avoit quelque tumulte au préau de ladite foire, où e(l le jeu de danfeurs de corde de la troupe du nommé Dominique, et le fergent aux gardes de la compagnie prépofé pour la garde de ladite foire, lequel arrivoit audit préau avec quelques foldats de la garde. Pourquoi nous nous y ferions tranfportés pour voir ce qu'il y avoit et de quoi il s'agiffoit, et y étant arrivés, y avons trouvé beaucoup de monde aiTemblé et le nommé Bazin, lieutenant de la compagnie de M. le lieutenant criminel de robe courte, lequel faifoit entendre avec jurement et emportement aux fieur et dame de St-Edme, intéreffés audit jeu, qu'il n'entendoit pas qu'ils fiffent continuer leur jeu, qu'il alloit faire empêcher que l'on entrât en icelui et qu'il vouloit que ceux qui y étoient en fortiffent et qu'il avoit ordre de Monfieur le Lieutenant général de police de faire fermer ledit jeu, dont lefdits fieur et dame de St-Edme étoient fort furpris et étonnés, et faifoient des fupplications audit Bazin de différer au lendemain l'exécution de cet ordre, attendu que le jeu étoit ouvert et qu'il y avoit plufieurs feigneurs et dames de la Cour, entre autres Madame la duchefle de la Meilleraye et M. le chevalier de Mefmcs, que prefque toutes les loges, le parquet, le théâtre et l'amphithéâtre étoient remplis et que le jeu étoit commencé. Auxquelles fupplications ledit Bazin n'a eu aucun égard et fur-le-champ a commandé au fergent des gardes fufmentionné de lui faire venir des foldats de la garde en nombre fuffifant pour faire fermer ledit jeu et faire fortir ceux qui y étoient. Ce que nous voyant, aurions tiré à quartier ledit Bazin et lui aurions demandé fi effectivement il avoit un ordre de Monfieur le Lieutenant général de police pour faire ce qu'il faifoit, et lui avons dit de nous le repréfenter : Lequel Bazin nous auroit répondu avec beaucoup d'infolence : Oui, qu'il avoit l'ordre f..... et qu'il n'avoit point à nous le communiquer et s'en feroit allé d'un autre côté en parlant avec beaucoup de hauteur et avec juremens et emportemens auxdits fieur et dame de St-Edme. Et cependant ferions entrés dans le jeu pour voir en quel état les chofes étoient et aurions vu le jeu prefque entièrement rempli de monde dans toutes les différentes places et que l'on fîniffoit la danfe de la corde.
Saint-Edme, 347
Avons môme remarqué que fur le théâtre et aux premières loges il y avoit beaucoup de monde de Tun et de Tautre fexe qui paroiflbient être de diftinction, et ferions à Finftant fortis du jeu et aurions encore tiré une féconde fois à part ledit Bazin et lui aurions dit qu'il prît garde à ce qu'il faifoit ; que Tordre de M. le Lieutenant général de police n'étoit pas peut-être fi précis que d'ordonner de faire fermer un jeu lorfqu'il étoit commencé; qu'il y avoit audit jeu plufieurs perfonnes du premier rang qui ne manqueroient pas de s'en plaindre et que cela lui feroit des affaires ; qu'enfin il n'y avoit rien qui périclitât dans cette affaire et que, puifque le jeu étoit commencé et l'argent reçu, il pouvoit remettre à demain l'exécution de fon ordre pour les empêcher de jouer jufqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné et que M. le Lieutenant de police ne défapprouveroit pas cette conduite. Auxquelles remontrances par nous faites audit Bazin, icelui Bazin ne nous a fait d'autre réponfe en parlant avec beaucoup de hauteur et d'infolence et avec exclamation, fmon qu'il avoit un ordre f..... et que quand il avoit un ordre f...... il l'exécutoit. Et
en même tems, le fergent aux gardes fufmentionné étant arrivé avec fept ou huit foldats de fa garde, il les a poftés â toutes les entrées et forties dudit jeu et a ordonné audit fergent aux gardes de faire fortir tous ceux qui étoient dans le jeu et de leur faire rendre leur argent. Ce que nous voyant et le peu de refpect et de confidération que ledit Bazin avoit pour nos perfonnes et pour nos ordres, et refpectant très-fort l'ordre qu'il difoit avoir de mondit fieur le Lieutenant général de police, quoiqu'il ne nous l'eût pas exhibé, nous nous fommes retirés et avons dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Guérin ; Defacq..
(^Archives dts Comm.» nP 1629.)
L'an 1714, le jeudi 26 juillet, environ les quatre heures de relevée, eft venue par-devers nous Céfar- Vincent Lefrançois, etc., demoifelle Marie Duchemin, femme du fieur Louis Gauthier de St-Edmc, demeurant faubourg St-Lazare : Laquelle nous a fait plainte et dit que, quoique par fa conduite elle n'ait donné aucun fujet aux gagifles et acteurs des fieurs Pellegrin et Octave de mécontentement, cependant le nommé Raguenet, acteur de Pellegrin, le nommé Châteauneuf, au fervice d'Octave et de Pellegrin, et autres quidams de leur part, font courir des bruits qu'ils feront affafliner la plaignante, même le fieur Meufnier, prêtre de la congrégation de St-Lazare, et la dame de Baune ; qu'ils ont un décret de prife de corps pour faire arrêter la plaignante et que c'eff un nommé Vcmier, huiflier, qui eft chargé de ce décret. Et comme ce font des fuppofitions, elle fe voit obligée de venir pardevers nous nous rendre plainte de ce que deffus, avec d'autant plus de raifon
qu'on Ta avertie qu'ils étoient dans le delTein de mettre le feu à leur loge pour empêcher leur jeu et qu'ils fe fcrviroient de pétards et de fufées, et qu'elle n'étoit pas en fureté de fa vie. De ce que deffus nous requiert acte.
Signé : Marie Duchemin, femme du fieur de St-Edme.
(Archivts des Comm., no 3836.)
L'an 1714, le mardi ii feptembre, dix heures du matin, par-devant nous Louis-Jérôme Daminois, eft comparu Etienne Milache fieur de Moligny, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens ordinaires du Roi dont il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous a dit qu'au préjudice des arrêts du Confeil, arrêts et règlemens du Parlement, et plufieurs fentences de police qui font défcnfe aux danfeurs de corde de jouer et repréfenter fur des théâtres publics aucune pièce et comédie par dialogues, colloques, monologues ou autrement, fous les peines y portées, même de démolitions de leurs théâtres, néanmoins le fieur St-£dme ne laiffe, au mépris defdits arrêts et règlemens, de faire jouer publiquement et journellement, par les nommés Dominique et autres, fes camarades, fur un théâtre qu'il a fait élever et conftruire es environs de la foire St-Laurent, des pièces de théâtre et comédies fuivies par actes et fcènes ; dans lefquelles pièces acteurs et actrices fe parlent, fe répondent les uns aux autres, en profe, félon le fujet de la pièce comique qu'ils repréfentent, ce qui forme des comédies complètes et eft directement contraire auxdits arrêts et règlemens. Pourquoi nous requiert de nous tranfporter, cejourd'hui de relevée, dans le jeu dudit St-Edme à ladite foire St-Laurent où ledit Dominique et fes camarades reprcfenteni lefditcs pièces, â l'effet d'en drcfler procès-verbal, etc.
Signé : E. Milache de Moligni.
Sur quoi nous commiffaire, ledit jour, environ les cinq heures de relevée, nous fommes tranfporté en la falle et jeu de corde dudit fieur de St-Edme, à la foire St-Laurent, où étant, après le jeu de danfes de corde fini, il a été joué et repréfenté, fur un théâtre orné de machines, luftrcs et décorations différentes, une pièce comique qui a pour titre : Arlequin gentilhomnu par hafard ou jouet de la fortune (i), par les nommés Dominique qui a fait le perfonnage d'Arlequin, Belloni celui de Pierrot, et autres, dont un a fait celui du Docteur, un autre celui de Léandre, un autre celui de Scaramouche, et une actrice. Ladite pièce diftribuée en plufieurs fcènes que lefdits acteurs
(x) C'est sans doute Arlequin gentilhomme malgré lui, opéra comique en trois actes, avec trois divertissements, par Dorneval, musique d'Aubert. Cette pièce fut reprise le 3 février 1716, «u jea d'Octave.
Sainl'Edme. 349
et actrices chantent. Pendant le cours de laquelle avons remarqué que lefdîts acteurs et actrices fe parlent et fe répondent fur le fujet de ladite pièce par difcours et dialogues en profe, en plus de 30 endroits de ladite pièce; qu'à la fin de ladite pièce le Scaramouche a annoncé, comme il fe pratique à la Comédie, pour jeudi prochain une pièce comique ayant pour titre : Les Deux Pierrots (i), Tun defquels fera joué par Dominique à vifage découvert; qu*enfuite il a été repréfenté une autre pièce comique ayant pour titre : Arlequin au bal du Cours (2) ; que lefdits acteurs et actrices ont chanté et pendant le cours d*icelle fe font parlé et répondu fur le fujet de ladite pièce par dialogues en profe environ en vingt endroits de ladite pièce, et que Torchedre étoit compofé de neuf à dix particuliers jouant chacun d'un infiniment de mufique. Dont et de quoi nous avons dreffé le préfent procès- .verbal.
Signé : Daminois.
(^Archives dit Comtn., n9 927.)
L'an I7i4> le mercredi 12^ jour de feptembre, environ les quatre heures de relevée, efl comparu par-devant nous Louis Poget, etc., Etienne Milache fieur de Moligni, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, defquels il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous requiert de nous tranfporter, heure préfente, dans la loge du fieur de St-Edme à la foire St-Laurent où fe jouent et fe repréfentent des comédies, à Teffet de dreiTer procès-verbal des contraventions aux arrêts et règlemens, ce qui fait un tort d'autant plus confidérable aux privilèges qu'il a plu à Sa Majeflé de leur accorder pour leur établiflement, qu'ils font obligés de foutenir avec de grands frais et dépenfes l'hôtel de la Comédie, rue des FoiTés-St-Gennain, dans le fond duquel ils fe trouvent tous engagés pour plus de 300,000 livres.
Signé : £. Milache de Moligni.
En conféquence, fommes tranfporté ledit jour 12 feptembre, fur les cinq heures du foir, en la falle et jeu de danfes de corde dudit fieur de St-£dme, à la foire St-Laurent, et où jouent lefdits Dominique, Belloni, Defgranges, Paghetti et autres leurs camarades; où, après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de luflres et de décorations différentes,
(i) Par Dominique Biancolelli.
(2) Cette pièce est certainement les Filts du Ctmrs, comédie en un acte et en prose, avec un divertissement et un prologue en vers, par Dancourt, représentée à la Comédie- Française le % septembre 1714.
deux pièces comiques dont Tune a pour titre : Arlequin gentilhomme par hafard, et Tautre : Les Fêtes du Cours, en plufieurs actes et fcènes que les acteurs et actrices chantent, et pendant le cours defdites deux pièces, tous lefdits acteurs fe parlent et fe répondent fur le même fujet des pièces qu'ils repréfentent, par de courts dialogues et colloques en profe et dans prefque toutes les fcènes defdites deux pièces, et particulièrement lefdits Dominique, Defgranges et Belloni, qui fe parlent très-fou vent en profe par des petits difcours fuivis. Et a ledit fieur St-Edme, dans la falle où il repréfente lefdites pièces, un orcheftre rempli de plufieurs particuliers qui jouent enfemble de chacun un inftrument de mufique.
Dont et de quoi nous avons dreiTé le préfent procès-verbal.
Signé : Poget.
{AnfhiviS des Comm., n" 2752.)
Le vendredi 21^ jour de feptembre 1714, nous Louis-Jérôme Daminois, etc., à la requête des comédiens françois, nous fommes, fur les cinq à ûx heures de relevée, tranfporté en la falle et jeu de corde du ûeur St<-£dme à la foire St-Laurent. Où étant, après que les danfes de corde ont été finies, il a été, en notre préfence, joué et repréfente fur un théâtre orné de lufires et décorations différentes, une pièce comique qui a pour titre : Les Deux Pierrots, par les nommés Dominique, qui a fait TArlequin et l'un des Pierrots, Belloni, l'autre Pierrot, et autres acteurs et actrices. Ladite pièce compofée d'actes et fcènes différentes que lefdits acteurs et actrices ont chantée. Avons obfervé que lefdits acteurs et actrices fe parlent et fe répondent fur le fujet de ladite pièce en plus de cent endroits par de courts dialogues, même monologues, en profe, comme aufli que l'orcheftre étoit compofé de 9 à 10 inftrumens de mufique qui ont joué dans les entr'actes et lors des danfes defdiis acteurs et actrices. Dont et de quoi nous avons rédigé et fait le préfent procès- verbal.
Signé : Daminois.
(^Archives des Comm,, n^ 927.)
L'an 17 14, le lundi 24* feptembre, fur les quatre heures de relevée, eft comparu par-devant nous Louis Poget, etc., Etienne Milache fieur de Moligny, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens
Saint-Edme , 351
du Roi, defquels il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous requiert de nous tranfporter, heure préfente, dans la loge et falle du fieur St-£dme à la foire où fe jouent et fe repréfentent des comédies, à l'effet de drefler procès-verbal des contraventions par lui commifes aux arrêts et règlemens, ce qui fait un tort d'autant plus confidérable auxdits comédiens du Roi et contraire aux privilèges qu'il a plu à Sa Majefté de leur accorder pour leur établiflement, qu'ils font obligés de foutenir avec de grands frais et dépenfes» l'hôtel de la Comédie, rue des Foffés-St-Germain, dans le fond duquel ils fe trouvent tous engagés pour plus de trois cent mille livres.
Signé : E. M. DE Moligni.
En conféquence, nous commiffaire fufdit, fommes tranfporté ledit jour 24 feptembre, fur les cinq heures du foir, en la falle et jeu de danfes de corde dudit fieur St-£dme à la foire St-Laurent, et où jouent lefdits Dominique» Belloni, Defgranges, Paghetti et leurs autres camarades ; où, après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfcnté fur un théâtre orné de luflres et de décorations différentes, une pièce comique qui a pour titre : Les Deux Pierrots, en plufieurs aaes et fcènes que les acteurs et actrices chantent, et pendant le cours de ladite pièce, tous lefdits acteurs fe parlent et fe répondent quelquefois fur le même fujet de la pièce qu'ils repréfentent par de courts dialogues et colloques en profe, et particulièrement ledit Dominique nonfeulement lorfqu'il joue le rôle d'Arlequin, mais encore lorfqu'il fait celui de Pierrot avec ledit Belloni qui fait aufli un rôle de Pierrot et encore ledit Paghetti lorfqu'il fait le rôle de poète, et ledit Defgranges dans un rôle qu'il repréfente dans la même pièce ; et aufîi conjointement lorfqu'ils fe trouvent enfemble ils fe parlent en profe très-fouvent par des petits difcours fuivis. Et a ledit fieur de St-Edme, dans la falle où il repréfente ladite pièce, un orcheflre rempli de plufieurs particuliers qui jouent enfemble de chacun un infiniment de mufique.
Dont et de quoi avons fait et dreffé le préfent procès-verbal
Signé : Poget.
{Archives des Comm., no 2753.)
L'an 1714, le lundi premier jour d'octobre, du matin, efl venu en l'hôtel et par-devant nous Louis Poget, etc., Etienne Milache fieur de Moligni, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, defquels il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous a dit qu'au préjudice de plufieurs fentcnces rendues par M. le Lieutenant général de police, arrêts confirmatifs d'icelles et règlemens du Parlement et arrêts
du Confeil, qui font défenfe à tous danfeurs de corde de jouer et repréfenter, fur des théâtres publics, aucune pièce en comédie par dialogue, colloque, monologue, ni de quelque autre manière que ce puifle être, fous les peines y portées, même de démolition de théâtre ; néanmoins, les fieurs de St-£dme, Dominique, Pellegrin, Baxter et Sorin et autres chefs de troupe de danfeurs de corde, au mépris defdits arrêts et règlemens, n'ont pas laiiTé de faire jouer et repréfenter publiquement et journellement pendant le cours de la foire St-Laurent dernière, des pièces de théâtre et comédies fuivies par fcènes et actes fur des théâtres publics qu'ils ont fait élever, à cet effet, aux environs de ladite foire St-Laurent, dans lefquelles pièces les acteurs et actrices fe parloient et répondoient les uns aux autres en profe félon le fujet de la pièce comique qu'ils repréfentoient et jouoient, ce qui formoit des comédies complètes et efl abfolument contraire aux règlemens; pourquoi nous ont requis et plufleurs de nos confrères de nous tranfporter, â plufieurs fois différentes pendant le cours de ladite foire, dans les loges et falles des danfeurs de corde étant en ladite foire St-Laurent et où fe jouoient et fe repréfentoient lefdites comédies, â l'effet de dreffer procès-verbal defdites contraventions auxdits arrêts et règlemens. Et comme ledit fieur de Moligni et les autres comédiens du Roi ont intérêt de condater et de faire connoftre que lefdits danfeurs de corde non-feulement jouoient et repréfentoient des comédies complètes, mais encore qu*ils les faifoient afRcher au coin des rues et carrefours de cette ville, il requiert que nous nous tranfportions, heure préfente, avec lui en quelques endroits de cette ville où font lefdites affiches, â l'effet de lui en donner acte et de ce qu'elles contiennent, et d'en faire arracher quelques-unes en notre préfence, pour être paraphées de lui et de nous, le tout pour fervir et valoir ce que de raifon.
Signé : Etienne Milache de Moligni.
En conféquence, fommes à Tinftant avec lui tranfporté en plufieurs endroits de cette ville et, entre autres, aux environs de la Comédie-Françoife et de la foire St-Laurent, et avons remarque plufieurs affiches collées et affichées contre les murailles portant, entre autres chofes, ces mots. Tune : « La troupe du fieur Dominique repréfentera les Aventures d'Arlequin au bal du Cours avec Arlequin, gentilhomme par hafard » ; l'autre : « La même troupe du fieur Dominique repréfentera les Deux Pierrots » ; la troifième : « Les fieurs Baxter et Sorin repréfenteront Arlequin Mahomet et le Tombeau de Noftradamus » ; la quatrième : « Lefdits fîeurs Baxter et Sorin repréfenteront Arlequin colonel n^ et la cinquième : « La troupe du grand jeu nouvellement bâti (i) repréfentera Amphytrion, ou les deux Arlequins ». Quatre defquelles affiches nous avons fait arracher, favoir : La première qui contient ces mots : « La troupe du fleur Dominique repréfentera aujourd'hui 3* feptembre, pour la première fois, les Aventures d'Arlequin au bal du Cours, divertiffement nouveau qui fera
(i) Le grand jeu nouvellement blti est celui du chevalier Pellegrin.
If
Saint-Edme. 353
précédé d'un autre intitulé : Arlequin gentilhomme par bafard, en attendant un divertiiTement nouveau » ; la féconde : « La troupe du fîeur Dominique donnera aujourd'hui, ij» feptembre, la première repréfentation d'un divertiiTement nouveau intitulé : Les Deux Pierrots, où Arlequin jouera le rôle de Pierrot à vifage découvert. Ce fujet, dont l'idée eft toute nouvelle, eft orné de mufique, de danfes et de fcènes italiennes des plus comiques » ; la troifième : « La troupe du Bel-Air, des fieurs Baxter et Sorin donneront cejourd'hui mardi, 25" feptembre, un nouveau prologue avec Arlequin Mahomet et le Tombeau de Nofiradamus » ; et la quatrième qui contient aufli ces mots : « La troupe du grand jeu nouvellement bâti donnera, demain vendredi, 2 !• feptembre, pour divertiiTement nouveau. Amphitryon, ou les Deux Arlequins. Cette pièce eil des plus comiques, elle fera ornée de tous les agrémens néceiTaires. » Et lefdites quatre affiches ont été paraphées ne varietur dudit fieur de Moligni et de nous et à lui rendues. Dont et de quoi nous lui avons donné acte.
Signé : Poget; E. Milache de Moligni.
(^Archives des Comm., n^ 27$2.)
Sur la requête préfentée au Roi étant en fon Confeil, par les fyndics des créanciers du défunt iîeur Guyenet, ceilionnaire du privilège de l'Opéra, contenant que, par lettres-patentes accordées par Sa Majeilé pour l'établiiTement dudit privilège, il eil expreiTément fait défenfe à toutes perfonnes de faire repréfenter aucun fpectacle de muiique et de danfe foit en vers françois ou autres langues, ni de faire aucun concert de mufique vocale ou inilrumentale, dans les lieux pour l'entrée defquels il foit pris rétribution, fans la permiiEon par écrit de ceux qui ont traité dudit privilège avec lefdits fleurs Dumont et Francine, à peine contre les contrevenans de 10,000 1. d'amende et de confîfcation des inftrumens, machines, décorations et autres chofes qui auront fervi auxdites repréfentations, applicables un tiers au Roi, un tiers à l'hôpital général et l'autre tiers aux iieurs Francine et Dumont ou, à leurs places, à leurs ceifionnaires. Et quoique lefdites lettres-patentes et défenfes aient été notifiées au fieur Gautier de St-£dme et à Marie Duchemin, fa femme, par deux différentes fignifications qui leur en ont été faites à la requête defdits fyndics, dès le 23 janvier 171 3 et i*' février 1714, avec injonction de s'y conformer, néanmoins ledit fieur et demoifelle St-Edme, fans aucune permii&on defdits ceflionnaires, ont donné des repréfentations compofées de mufique, de danfes, de machines et de fymphonie pendant tout le tems de la foire St-Laurent de la préfente année : A ces caufes requéroient les fupplians qu'il plût à Sa Majeilé, attendu la contravention du fieur et demoifelle de St-Edme aux défenfes portées par lefdites lettres-patentes,
Sp. — n. 23
354 ^^^ Spectacles de la Foire.
les condamner à Tamendc de 10,000 1. portée par icelles, ordonner que les inlbrumens, machines, décorations et autres chofes qui ont fervi auxdites repréfentations, feront et demeureront conflgnées pour être le tout appliqué ainfi qu'il eft porté par lefdites lettres-patentes. Vu lefdites lettres-patentes des 7 octobre 1704 et 8 janvier 171 3, les exploits de flgnification qui en ont été faits audit (ieur et demoifelle St-£dme, à la requête defdits fyndics, les 23 janvier 1713 et i" février 1714, le tout vu et conlidéré ; ouï le rapport ; Le Roi, étant en fon Confeil, avant faire droit fur la requête defdits fyndics, a ordonné et ordonne qu'elle fera communiquée audit Gautier de St-Edme et que, dans huitaine du jour de la flgnification du préfent arrêt, toutes les parties feront tenues de fe retirer par-devant le fieur Danycan de Landivi(iau, maître des requêtes, intendant du commerce, pour être entendues et être par lui dreflé procès-verbal de leurs dires, moyens et prétentions, pour ce fait ou à faute de ce faire dans ledit tems, être, fur l'avis dudit fleur commifTaire, ordonné par Sa Majefté ce qui appartiendra. Le 26 octobre 1714.
(Reg. du Conseil d'État, E, 1976.)
L'an 171 5, le mardi 19» jour de mars, fur les quatre heures de relevée, font comparus par-devant nous Louis Poget, etc., les fleurs Georges-Guillaume Lavoy et Charles Botot d'Angeville, comédiens ordinaires du Roi, tant pour eux que pour les autres comédiens du Roi, defquels ils nous ont dit avoir charge et pouvoir : Lefquels nous requièrent de nous tranfporter, heure préfente, dans la loge et falle du fleur de St-£dme à la foire St-Germain où fe jouent et fe repréfentent des comédies, à l'effet de dreffer procèsverbal des contraventions par lui commifes aux arrêts et règlemens.
Signé : Lavoy; D ange ville.
En conféquence, nous commiffaire fufdit, femmes tranfporté ledit jour I9« mars, fur les cinq heures du foir, en la falle et jeu de danfes de corde dudit fieur de St-Edme, fitué au bout de la rue des Quatre- Vents, proche la grande porte du préau de la foire St-Germain, et vis-à-vis la rue de Toumon et où jouent lefdits Dominique, Belloni, Defgranges, Paghetti et leurs autres camarades; où, après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de luflres et de décorations différentes, une
pièce comique qui a pour titre: La Dame invifibJe, ou YAmour{i) , en un
prologue et deux actes et plufieurs fcènes que les acteurs et actrices chantent. Et pendant le cours de ladite pièce tous lefdits acteurs et actrices fe parlent
(i) I^ Dame invisible, ou l'Esprit follet, comédie en cinq actes et en ver», d'Hauteroche, représentée le mardi 23 février 1684 ii la Comédie*Française.
Saint'Edme. 355
et fe répondent quelquefois fur le même fujet de la pièce qu'ils repréfentent, par de courts dialogues et colloques en profe et particulièrement lefdits Dominique, Belloni, Defgranges, Paghetti et quelques autres de leurs camarades, dans une fcène du premier acte où ils fe battent prefque tous Tépée à la main et fe parlent tous les uns aux autres pendant prefque toute ladite fcène entière en profe et par des difcours fuivis fur le fujet de la pièce qu'ils repréfentent et fe parlent encore dans plufieurs autres fcènes defdits deux actes en profe par des petits difcours fuivis. Et a ledit fieur de St-Edme, dans la falle où il repréfente ladite pièce, un orchèftre rempli de plufieurs particuliers qui jouent enfemble de chacun un infiniment de muflque. Dont et de quoi nous avons fait et drelTé le préfent procès-verbal.
Signé : PoGET.
(Archives des Comm., n<* 2753.)
L*an 17 16, le famedi 25" jour de juillet, fur les quatre heures de relevée, font comparus par-devant nous Louis Poget, etc., les ûeurs Georges-Guillaume Lavoy, Charles Botot-Dangeville et Antoine Chantrelle du Bocage, comédiens ordinaires du Roi, tant pour eux que pour les autres comédiens ordinaires du Roi, defquels il nous ont dit avoir charge et pouvoir : Lefquels nous requièrent de nous tranfporter heure préfente dans la loge et falle du fieur de St-Edme, à la foire St-Laurent, et où le doivent jouer et repréfenter des comédies, à Teffet de dreifer procès-verbal des contraventions par lui commifes aux arrêts et règlemens.
Signé : Dubocage ; Dangeville ; Lavoy.
En conféquence, nous commiffaire fufdit, fommes tranfporté ledit jour 25 juillet, fur les cinq heures du foir, en la falle dudit fieur de St-Edme, fituée aux environs de ladite foire St-Laurent, où étant nous avons remarqué qu'il n'a point été repréfente aucun jeu de danfes de corde ; que dans ladite falle il y avoit un théâtre orné de luftres et de décorations différentes; qu'après que lefdits lufbes ont été allumés et la toile levée, le nommé Dominique, qui faifoit le rôle d'Arlequin, a paru fur le théâtre et a fait un difcours en profe qu'il a adreflé â tous les fpectateurs. Après lequel difcours a été repréfente fur ledit théâtre le prologue d'une pièce qui a pour titre : Arlequin chatouilleux fur U point d^honneur, lequel a été chanté entre lefdits Dominique, Paghetti et Molin ; et, dans l'intervalle de ce prologue, lefdits trois acteurs fe font parlé à plufieurs et différentes fois par des difcours fuivis en profe pour lier leurs difcours avec les chanfons qu'ils chantoient. Et enfuite de ce prologue a été repréfente, fur ledit théâtre, une pièce qui avoit pour
titre : La Précaution inutile, ou Arlequin ga^etier de Hollande (i), en trois actes, compofée de plufieurs fcènes que les acteurs et actrices chantoient. Et pendant le cours de ladite pièce, tous lefdits acteurs et actrices et particulièrement lefdits Dominique, Belloni, Paghetti et Defgranges Te font parlé et répondu quelquefois fur le même fujet de la pièce qu'ils repréfentoient par de courts dialogues et colloques en profe et par des difcours fuivis qui commençoîent et fe lioient avec les chanfons qu'ils chantoient ; après lefquelles pièces jouées ledit Defgranges e(l venu faire aufli un compliment à tous les fpectateurs pour aimoncer les pièces qu'ils doivent jouer par la fuite. Et avons aufli remarqué que le fleur St-Edme a, dans la falle où il repréfente ladite pièce, un orcheflre rempli de 20 particuliers qui jouoient enfemble chacun d'un inflrument de mufique.
Dont et de quoi nous avons drefifé le préfent procès-verbal.
Signé : Poget.
{Archivts des Comm., n" 2755.)
L'an 17 16, le vendredi 21 août, quatre heures de relevée, font venus pardevers nous Céfar* Vincent Lefrançois, etc., les fleurs Claude Regnault, agent des affaires de l'Hôtel-Dieu de cette ville de Paris, et Jacques Letelfîer, directeur et receveur du quart des entrées aux fpectades publics revenant audit Hôtel-Dieu et à l'hôpital général, en conféquence des ordonnances du Roi, l'une pour l'hôpital général du 30 janvier 171 3 et l'autre pour ledit Hôtel- Dieu du 5 février de la préfente année, publiées et affichées es lieux accoutumés. Et comme ce qui revient auxdits hôpitaux doit être payé journellement, le fieur de St-Edme, qui tient un jeu à la foire St-Laurent, a obfervé de payer ce qui revient auxdits hôpitaux jufqu'au 18 du préfent mois; depuis lequel tems il a cefTé de donner le produit du quart revenant aux pauvres de la recette qu'il fait fur les entrées de ceux qui entrent à fon fpectacle. Lequel payement doit être fait, fuîvant les ordonnances, fans aucune diminution ni retranchement, en forte que ce qui en revient aux pauvres n'eft point fufceptible d'aucune faifie; cependant ledit fieur de St-Edme retient ce qui revient auxdits hôpitaux fous prétexte d'une prétendue faifie qu'il a en fes mains. Pourquoi ils nous requièrent de préfentement nous tranfporter à la foire St-Laurent tant pour l'établiffement des contrôleurs audit jeu dudit de St-Edme que pour prendre fa déclaration du refus qu'il fait de continuer
(1) Arlequin ga^etier de Hollande, canevas italien en trois actes, fut représenté plus tard à la Comédie-Italienne.
Saint-Edme. 357
le payement du quart de fa recette, pour, après fa déclaration, dire et requérir ce qu'il appartiendra.
Signé : Regnault; Letessier.
Suivant lequel réquidtoire, nous commiflaire fufdit, fommes à l'indant tranfporté avec lefdits fieurs Regnault et Letedier à la foire St-Laurent, dans le paffage où le jeu dudit (ieur de St-Edme eft établi. Lui ayant fait fa voir le fujet de notre tranfport, il nous a dit qu'il n'a jamais empêché ni n'empêche l'établidement des commis. Q.ue, s'il a cédé de payer depuis le 18 du préfent mois d'août, c'eft une faifie qui lui a été faite entre les mains des fleurs Bruyer et Rouffeau, fes caiflier et receveur, à la requête du fieur Jean de Laroque, bourgeois de Paris, et confors, créanciers et directeurs des droits des autres créanciers des (ieur et dame Pellegrin, ledit jour 18 du préfent mois, par exploit de Gabriel Lopinot, huifller ordinaire du Roi en fa Cour de Parlement, par vertu d'un arrêt de la Cour en date du 24 juillet dernier, qui condamne ledit de St-Edme à payer la fomme de 2,320 livres refiant dû de celle de 2,760 livres pour 25 jours de repréfentations defdits jeux à raifon de 120 livres par chaque jour. Et attendu que c'eft le privilège du loyer du jeu qu'il occupe, il ne peut fe défaifir des deniers faifis qu'en le faifant ordonner avec les directeurs des (leur et dame Pellegrin, propriétaires dudit jeu, et fait proteftation contre tout ce qui pourroit être fait au préjudice de fon dire ci-deflus. Et ledit iieur de St-£dme requiert renvoi par-devant M. le Lieutenant général de police.
Signé : De Saint-Edme.
Par lefdits fieurs Regnault et Leteilier a été dit que les ordonnances du Roi ci-deffus datées accordent aux hôpitaux im 6* et im 9* qui (Tompofent un total en fus d'un quart accordé par Sa Majefté fur le produit des places de ceux qui entreront auxdits théâtres, fans aucune diminution ni retranchement fous prétexte de frais ou autrement : Lequel quart eft pris fur les fpectateurs et non fur les propriétaires des jeux ; ainfi ledit fieur de St-Edme eft mal fondé de retenir les deniers des hôpitaux. Pourquoi foutiennent que, dès à préfent, il doit payer ce qu'il a reçu pour eux depuis le 18 du préfent mois, et, faute de ce, requièrent renvoi en l'hôtel et par-devant M. le Lieutenant général de police pour être ftatué tant fur ce qu'il doit payer actuellement que fur un reftant de la foire St-Germain porté par le billet dudit fieur de St-Edmc, de la fomme de 140 livres payable au commencement de la préfente foire St-Laurcnt, ledit billet daté du 9 avril 17 16.
Signé : Regnault; Letessier.
Sur quoi nous commidaire, etc., avons renvoyé et renvoyons les parties à demain neuf heures du matin, en l'hôtel et par-devant M. le Lieutenant général de police.
Et le famedi 22 août audit an 171 6, neuf heures du matin, nous commiffaire fufdit, nous étant tranfporté en Thôtel de M. le Lieutenant général de police, lui ayant fait rapport de ce que deffus, après avoir ouï les fieurs Regnault et Leteflier pour le droit des hôpitaux et le fieur St-Edme, M. le Lieutenant général de police a ordonné que, nonobdant la faifie faite à la requête des créanciers de Pellegrin et toutes autres femblables faites ou à faire, le fieur de St-Edme payera actuellement ce qui eft dû auxdits Hôtel-Dieu et hôpital général, en exécution des ordonnances de Sa Majefté des 30 janvier 171 3 et 5 février 171 6, en forme de lettres-patentes. A quoi faire lefdits Rouffeau et Bruier feront contraints, quoi en faifant demeureront bien et valablement déchargés et continueront, jour par jour, jufqu'à la fin de la foire St-Laurent, de payer ce qui reviendra auxdits Hôtel-Dieu et hôpital général, en exécution des ordonnances du Roi.
Signé : M. R. de Voyer d'Argenson.
{Archives des Cotnm., n» 3827.)
L*an 17 16, le famedi 2 Septembre, environ les quatre heures de relevée, requis que nous avons été, Céfar-Vincent Lefrançois, etc., fommes tranfporté à la foire St-Laurent, au préau du jeu du fieur Dominique, et là fe font préfentés à nous le fieur Louis Gaultier de St-Edme et demoifelle Marie Duchemin, fon époufe : Lefquels nous ont fait plainte et dit, favoir, ledit St-Edme qu'il y a environ une heure, ayant été au logis de la dame de Baune lui porter 1,500 livres d'argent comptant et 1,500 livres de billets d*État à compte des engagemens pris avec elle envers TOpéra, ladite dame de Baune lui a fait plufieurs difficultés difant qu'elle n'avoit pas fes papiers, qu'elle appréhendoit que l'on ne voulût ufer de furprife, n'ayant pas fon confeil; et, après avoir longtems difputé, ne voulant pas recevoir ladite fomme de 1,500 livres, ledit fieur plaignant a été obligé de lui faire faire des offres à deniers découverts defdites 1,500 livres et des 1,500 livres en billets d'État par M® Lopinot, huiffier de la Cour. Pendant ce tems-là, au bas de la montée, le fieur de Baune étoit en conférence fecrète avec le fieur Duchefne, fe difant prévôt des bdtimens du Roi, d'un autre Duchefne, fyndic de l'Opéra, et du nommé Vaulticr, lefquels, voyant que le plaignant ne vouloit donner que 1,500 livres d'argent comptant, font montés et ont dit qu'à moins que les plaignans ne donnaffent trois mille livres d'argent comptant, ils avoient ordre de faire fermer le jeu : ledit Duchefne, prévôt des bâtimens du Roi, difant qu'il avoit ordre de Son Alteffe Royale Monfieur le Régent pour faire fermer et empêcher de jouer au jeu des plaignans. Lefquels ayant, par différentes fois, demandé à voir ledit ordre, il a refufé de le mon-
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trer, eft allé fur-le-champ, avec un bâton de commandement à fa main, fuivi d'archers ayant la bandoulière fur le corps, lefquels ibnt venus au jeu avec un ferrurier, ont fait fortir les perfonnes qui étoient au jeu de botme heure à caufe de la repréfentation d'une pièce nouvelle, ont fait rendre l'argent à ceux qui n'en avoient pas donné, fait céder la recette en difant hautement que l'on ne joueroit pas, renvoyant les perfonnes qui fe préfentoient pour entrer; ce qui a caufé un grand tumulte, défordre et fcandale, ayant fait mettre des plaques et cadenas aux principales portes : ce qui a obligé les plaignans de requérir notre tranfport avec les officiers de la garde. Où étant, avons vu les portes du jeu fermées et devant la porte de face, un particulier en juftaucorps bleu galonné d'argent, ayant un bâton de commandement â fa main, trois archers avec leurs bandoulières fur le corps aux entrées des bureaux de recette. Le particulier habillé de bleu nous a dit s'appeler Duchefne, prévôt des bâtimens du Roi, qu'il avoit ordre de Sou Alteffe Royale M. le Régent de faire fermer le jeu et d'empêcher de jouer. Lui ayant demandé â voir l'ordre, il nous a tiré de fa poche une lettre miflive fignée de M. Landivifiau, laquelle lettre marquoit, entre autres chofes, que Son Alteffe Royale M. le Régent lui avoit donné l'ordre de faire fermer le jeu defdits plaignans : ledit Duchefne chargé de cette lettre miffive difant qu'il falloit que les plaignans payaffent trois mille livres argent comptant fmon que le jeu refteroit fermé. Nous avons remontré audit fieur Duchefne qu'une lettre miffive fignée de M. Landivifiau n'étoit pas un acte judiciaire pour faire fermer ce jeu. Que M. le Lieutenant général de police donnoit feul les permiflions d'ouvrir et fermer les jeux dans les occafions â lui connues. Que même fuivant la date de cette lettre, fuppofé que ce fût un ordre â exécuter, il ne pouvoit le mettre â exécution que demain 13 de ce mois, date de ladite lettre. Ledit Duchefne s'ed retiré avec fes archers difant qu'il en drefferoit procès- verbal. De ce que deffus lefdits plaignans nous requièrent acte.
Signé : M. Duchemin; de Saint-Edme.
(Archiva des Comm., no 3827.)
L'an 1716, le 25* jour de feptembre, nous Louis Poget, etc., â la requête des comédiens françois, fommes tranfporté fur les cinq heures du foir en la falle du fieur de St-Edme, fituée aux environs de la foire St-Laurent ; où étant, nous avons remarqué qu'il n'a point été repréfenté aucun jeu de danfes de corde; que dans ladite falle il y avoit un théâtre orné de luftres et de décorations ; qu'après que lefdits luftres ont été allumés et la toile levée, il a été repréfenté fur ledit théâtre une pièce en trois actes et un prologue qui a
pour titre : Arlequin peintre et la Fille muette (i) ; que dans le cours de ladite pièce, tous les acteurs et actrices fe parlent beaucoup plus qu'ils ne chantent, par des difcours fuivis en profe et qui fe lient avec les chanfons qu'ils chantent, ce qui forme des comédies complètes; que dans le prologue les nommés Paghetti et Belloni et un acteur, qui fe dit auteur de la pièce, et Dominique qui fait le rôle d'Arlequin avec les autres actrices, fe parlent en profe pendant plufleurs fcènes entières fans aucune difcontinuatioa ni interruption; que dans le premier acte ledit Dominique, le nommé Defgranges et un acteur qui fait le rôle d'Octave, fe parlent auifî en profe fans aucune difcontinuation ni interruption pendant pluûeurs fcènes entières, et enfin que dans les deux autres actes tous les acteurs et actrices fe parlent auffi très-fouvent par des difcours en profe et liés avec les chanfons qu'ils chantent, et notamment ledit Molin, dans un rôle de payfan qu'il joue, ce qui forme une pièce comique et repréfentée en entier ainfl que les comédiens du Roi en repréfentent fur leur théâtre, ce qui leur fait, par conféquent, un tort très-confidérable, ayant feuls le privilège de la comédie exclufif à tous danfeurs de corde. Et avons auffi remarqué qu'il y a dans ladite falle un orcheftre dans lequel font 20 particuliers qui jouent enfemble chacun d'un infbument de mufique. Dont et de quoi nous avons dreflé le préfent procèsverbal.
Signé : Poget.
{Archives des Comm., n" 27S5O
L'an 171 8, le jeudi io« jour de février, de relevée, eft comparu en l'hôtel de nous Jofeph Aubert, etc., dame Catherine Vondrebeck, époufe non commune en biens de meffire Pierre Chartier, écuyer, feigneur de Baune, Prefles et autres lieux, confeiller du Roi en fon Châtelet de Paris, demeurant rue des Quatre- Vents, faubourg St-Germain : Laquelle nous a dit que par acte pafTé devant de St-Georges et Cadot, notaires au Châtelet de Paris, le 28 novembre 1716, les fieurs fyndic et directeurs des intéreffés au privilège de l'Académie royale de mufique lui ont concédé et promis la faire jouir pendant le tems porté audit acte du privilège des jeux des foires de St-Germain et de St-Laurent en cette ville, mêlés de vaudevilles, chanfons, danfes et fymphonies, tels que lefdits jeux ont été repréfentés efdites foires pendant ladite année, et avoir le nombre d'acteurs, de violons et inftrumens énoncés audit acte, moyennant 35,000 livres par chacune année payables dans les tems portés, pour, par elle, en jouir feule, et ce fur le fondement de l'arrêt qui a défendu de parler aux acteurs repréfentant lefdits fpectacles. Qu'ayant fait
(i) Arlequin peintre, canevas iulien en troii actes.
Saint-Edme, 361
des pertes confidérables Tannée dernière et à !a foire St-Laurent auilî dernière, elle fe trouve encore aujourd'hui, à la préfente foire St-Germain, au hafard de perdre confidérablement par le peu de monde qui viennent à fondit jeu et parce que les fieur et dame de St-£dme qui, fous le nom du fieur Alard, repréfentent dans une loge du préau de la foire St-Germain, un fpectacle dans lequel elle a eu avis qu'il y avoit plus d'inflrumens qu'il n'eft permis par ledit arrêt, repréfentent des fcènes avec des écriteaux et décorations. Et comme elle a intérêt de conflater la repréfentation dudit fpectacle et fe pourvoir ainfi qu'elle avifera bon être, afin d'être déchargée du prix dudit privilège, même aux dépens, dommages et intérêts, elle nous requiert de vouloir nous tranfporter, fur les (Ix heures du foir, audit jeu defdits fieur et dame de St-Edme, fous le nom dudit Alard, à l'effet de dreifer procès-verbal de tout ce qui nous y apparoitra, pour le tout lui fervir et valoir aux fins qu'elle a ci-deifus prifes.
Signé : Catherine Vondrebeck.
Sur quoi nous commifTaire, fommes, fur les fix heures du foir, tranfporté dans la loge defdits fieur et dame de St-Edme, fous le nom dudit Alard, préau de la foire St-Germain, où étant il nous eft apparu et avons remarqué que dans l'orcheftre il y avoit trois joueurs de violons, un de baffe de viole et un de hautbois, lefquels jouoient différens airs pendant la danfe de corde, laquelle étant finie, une toile qui fermoit le théâtre a été levée ; que ledit théâtre étoit orné de décorations et au fond repréfentoit un château ; qu'après que plufieurs fauteurs et autres acteurs ont eu fait leur exercice, un arlequin et une actrice, qui avoîent danfé fur la corde, ont comparu fur le théâtre; que deux petits garçons, foutenus en l'air, defcendoient du plafond du théâtre des écriteaux fur lefquels étoient écrits différens couplets de chanfons lefquels étoient chantés par les fpectateurs fur l'air que lefdits violons jouoient, lefquels accompagnoient les voix defdits fpectateurs. Que dans les fcènes qui ont été jouées formant une efpèce de premier acte, l'arlequin et un fcaramouche ont fait plufieurs lazzis au fujet d'un repas que l'on repréfentoit; qu'il a été apporté fur le bord du théâtre un grand feau au-deflfous duquel étoit une trappe par laquelle on a fait paroître dans ledit feau une poule et une bête fauvage : et dans cette même repréfentation de feftin, plufieurs hommes couverts de peaux de différens animaux ont paru et fait différentes poftures et fcènes. Que dans les fcènes qui formoient une efpèce de fécond acte, après une danfe de fcaramouche, deux acteurs dont un habillé en docteur et l'autre en pierrot ont paru, et pour faire entendre ce qu'ils vouloient repréfenter, de pareils écriteaux ont encore été defcendus du plafond dudit théâtre foutenus par lefdits deux petits garçons. Qu'enfuite celui qui faifoit le perfonnage de pierrot, ayant une guitare, a chanté feul quatre ou cinq couplets de chanfons italiennes et françoifes, en jouant et en s'accompagnant de fadite guitare. Que le refie de cette repréfentation s'eft continué
avec lefdits écriteaux jufqu'à la fin. Dont et de tout ce que delTus nous avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Aubert.
{Archives des Comm,, no 3367.)
L*an 17 18, le mardi 8 mars, 5 heures du foir, nous Nicolas-François Ményer, etc., furie réquiûtoire de dame Catherine Vondrebecq, femme non commune en biens de mellire Pierre Chartier, confeiller au Chàtelet, contenant qu*au préjudice du privilège qu'elle tient des intéreifés en TAcadémie royale de mufique d'avoir à l'exclufion de tous autres et de tenir des opéras comiques pendant le cours des foires, le fîeur de St-£dme, qui tient une troupe de danfeurs de corde dans le préau de la foire St-Germain-des-Prés en un jeu proche la porte de la Treille, fait plufieurs entreprifes fur ledit privilège et que, pour conftater ce qui peut y être en contravention, elle a intérêt qu'il foit fait par nous un procès-verbal de ce qui fera repréfenté, nous fommes tranfporté dans ladite loge, où étant nous avons trouvé que le jeu commence par plufieurs danfes fur la corde où plufieurs hommes et femmes et enfans danfent les uns après les autres, parmi lefquels efi une Italienne qui, en danfant fur la corde, fait différens exercices avec deux drapeaux qu'elle tient en fes mains. Enfuite fe tire une toile et paroft un théâtre qui repréfenté un défert et dans l'enfoncement des montagnes au haut defquelles on voit le foleil. Paroîtdans l'infiant un Arlequin qui, par des geftes et des figures pantomimes, exprime fon défefpoir caufé par fa pauvreté et les rigueurs d'une femme qu'il aime, et veut s'étrangler. Un folitaire, qui fe trouve dans ce défert, l'en difiuade et l'engage à confulter une enchanterefie nommée Urgande qui fait fa réfidence dans ces lieux. Du fond d'une caverne fort Urgande accompagnée de deux filles, laquelle, voyant Arlequin, invoque les efprits malins, et d'une caverne et des montagnes fortent plufieurs fauteurs vêtus en démons qui font plufieurs fauts. Urgande, après les avoir confultés, fait connoître à Arlequin (bn origine, qu'il eft fils du foleil et d'une actrice de l'Opéra de Venife et que fa mère l'a expofé. Enfuite la lueur du foleil difparoît du haut des montagnes en tirant des toiles et le foleil defcend de fon char à quelque difiance de la hauteur du théâtre, non par un contre-poids ni aucune machine, mais roule fur une efpèce d'efcalier en glacis, et reconnoît Arlequin pour fon fils et lui fait préfent d'une lyre qui doit avoir le même effet que celle d'Orphée. Laquelle lyre e(l une boîte dans laquelle il y a une efpèce de refi!brt qui rend quelques fons en tournant la poignée, laquelle boîte n'eft autre chofe qu'un jouet que l'on donne aux petits enfans, et Arlequin pour lors eft appelé Orphée le cadet. Enfuite defcend du haut des montagnes un fauteur vêtu en finge qui fait différens fauts, et Arlequin, en jouant de fa lyre, l'attire à lui. Descendent enfuite du haut des montagnes fur un efcalier en glacis àts chafieurs qui pour-
Saint'Edme, 363
fuivent une bête fauve qui eft repréf entée par un fauteur qui, en s* enfuyant, fait différens fauts. Arlequin l'adoucit en fonnant de fa lyre. Paroifient enfuite trois archers qui veulent arrêter Arlequin, lequel, en jouant de fa l3rre, les charme et lui donne lieu de fe fauver, ce qui compofe le premier acte qui eft joué tant par les acteurs que par les fpectateurs par des écriteaux defcendant d'en haut fur lefquels font écrits des vaudevilles qui compofent la pièce : \ts acteurs font \ts g<^<^ et par différentes figures pantomimes expriment ce qui ed dans les écriteaux, et les fpeaateurs chantent et dans quelques endroits les acteurs, pour lier les couplets, difent quelques paroles, et quand les écriteaux defcendent, quatre violons, une baife, un hautbois fonnent l'air du vaudeville marqué dans les écriteaux et que le public chante en vaudeville. Que, dans le fécond acte, defcend une toile qui change le théâtre, et au lieu du défert et des montagnes paroit un grand portique par les portes duquel on voit une plaine. Paroit un docteur qui marque à fa fille qu'il la veut marier, laquelle lui fait entendre qu'elle ed engagée de parole avec Pierrot ; qu'Arlequin-Orphée fur le théâtre recherche Colombine en mariage, laquelle le refufe et lui marque beaucoup de mépris; mais Arlequin, en jouant de fa lyre, l'engage â oublier Pierrot pour l'époufer ; que Pierrot paroit enfuite et Colombine lui marque qu'elle ne fonge plus â lui, ce qui met Pierrot au défefpoir et l'engage â s'aller noyer, mais menace avant Colombine de lui apparaître après fa mort et la tourmenter partout ; qu'enfuite le mariage d'Arlequin et Colombine fe fait ; enfuite fe fait le feftin de la noce où, pour divertir ceux qui font â table, trois fauteurs dont deux vêtus en femme et un habillé à la turque jouent l'un de la guitare, un autre du violon et le troifième de la barpe, jouent deux airs différens, et celui qui joue de la guitare chante deux ou trois couplets de chanfons ; que pendant le repas fort du théâtre par une trappe un fauteur habillé en Pierrot que Colombine prend pour l'ombre de Pierrot, dont elle eft fi effrayée qu'elle en meurt de peur ; que le père de Colombine engage Arlequin â faire ce que fit autrefois Orphée après la mort de fa femme Eurydice et d'aller comme lui dans les enfers pour l'en retirer ; qu'il fe lève une trappe du milieu du théâtre d'où fortent des flammes par le moyen de quelques morceaux de poirafine que l'on jette dans une poêle qui efl fous le théâtre ; qu'Arlequin fe jette dans cette trappe, ce qui finit le fécond acte qui eft joué comme le premier par des écriteaux où font des vaudevilles accompagnés de violons ; que les acteurs font des figures pantomimes et les auditeurs chantent les vaudevilles, et pour les lier, \ts acteurs parlent entre la plupart des vaudevilles. Qu'au troifième acte le théâtre repréfente une forêt ; que Pierrot, avec un caducée â la maio, repréfente Mercure et rencontre Arlequin qui vient d'arriver dans les enfers ; qu'il paroit des ombres qui font les âmes des femmes nouvellement defcendues aux enfers, lefquelles pour repréfenter les ombres font couvertes d'un voile et marquent â Arlequin et â Mercure la caufe de leur mort. Enfuite s'élève une toile et l'on voit fur le rivage du Styx quantité d'ombres qui arrivent â Caron dans fa barque qui les paffe. Lefquelles ombres font repréfentées par des
fauteurs. Enfuite parott Pluton et Proferpine devant lefquels Arlequin joue de fa lyre et les charme, ce qui les engage à promettre à Arlequin de lui rendre fa femme pour la ramener, à la même condition qu'ils avoient accordée autrefois à Orphée le retour d'Eurydice, qui eil qu'il ne retoumeroit point la tête pour voir Colombine dont l'ombre eft derrière lui qu'il, ne fût forti des enfers : ce qu'Arlequin promet. Mais, ayant manqué à fa parole et ayant regardé derrière lui, Pluton et Proferpine le renvoient fans fa femme. Le^ quel dernier acte efl repréfenté comme les deux autres par des figures pantomimes, par des écriteaux remplis de vaudevilles chantés par les auditeurs et où, pour les lier, les acteurs parlent entre la plupart des vaudevilles. Enfuite, pour divertir Pluton et Proferpine, les fauteurs qui repréfentent des ombres font différentes poftures montés fur les épaules d'autres fauteurs, font des portiques, enfuite un groupe d'où fort une fontaine, enfuite un chêne. Après quoi un fauteur, vêtu en Scaramouche, fait différens tours d'équilibre par où finit la pièce (i). Dont et de quoi nous avons dreffé le préfent procèsverbal.
Signé ; Catherine Vondrebecq; Ményer.
(Arehivis des Comm., n» 832.)
xvn
L'an 1718, le ly" jour de mars, nous Jofeph Aubert, etc., fur le réquifitoire de dame Catherine Vondrebecq, époufe non commune en biens de meffire Pierre Chartier, confeiller au Châtelet, nous fommes, fur les iix heures du foir, tranfporté dans la loge des fieur et dame St-Edme, fous le nom dudit Alard, préau de la foire St-Germain, où étant il nous ed apparu et avons remarqué que dans l'orcheftre il y avoit trois joueurs de violons, un de bade de violon et un de hautbois, lefquels jouoient différens airs pendant la danfe de corde ; laquelle étant finie, la toile qui ferme le théâtre a été levée. Le théâtre étoit orné de décorations. Le fond repréfentoit une montagne de rochers et un foleil ardent. Un Arlequin a paru avec une corde à la main et à haute voix, en parlant, a fait des lazzis comme pour s'étrangler, difant entre autres chofes que cette corde étoit une falade de Gafcon. Quelques écriteaux fur lefquels étoient des couplets de chanfons ont paru. Enfuite un folitaire philofophe a forti de ces rochers, a empêché Arlequin de s'étrangler et à haute voix lui a demandé la raifon de fon prétendu défefpoir. Il lui a aufïi répondu à haute voix que fon défefpoir étoit la perte de Colombine et par de pareils écriteaux, foutenus par deux petits garçons, que Ton defcend du plafond du théâtre, s'eft expliqué plus au long. Ce folitaire et Arlequin parlent enfemble à haute voix fur ce fujct. Une fée paroît forti r de ces rochers et par de mêmes écriteaux dont les couplets de chanfons font chantés
(i) Cette pièce est intitulée Arlequin-Orphée le cadet; elle est de Lcsagc, et a trois actes.
Saint-Edme. 365
par les fpectateurs fur Pair que les violons jouent, fait entendre fon arrivée. Des fauteurs fortent de ces mêmes rochers et après avoir fait leurs exercices fe retirent par Tordre de la fée, laquelle dit à Arlequin de s'approcher et à haute voix lui explique fon ori&^ne qu'elle dit venir du dieu du foleil qui étoit devenu amoureux d'une petite actrice de l'Opéra, ce qui donne lieu à Arlequin de parler à haute voix au folitaire. Pendant lequel tems le foleil ardent s'élève imperceptiblement et fe cache. Le dieu du foleil fur un char defcend du haut des rochers par un chemin fait entre les rochers et par de pareils écriteaux fait entendre à Arlequin fa venue, lui donne un amufement d'enfant qu'il nomme lyre. Arlequin parle avec le folitaire très-peu de tems. Un homme déguifé en finge defcend auffi de ces rochers et fur le théâtre fait plufieurs figures et fauts de finge. Des amazones qui pourfuivent à la chafle un tigre defcendent pareillement de ces rochers. Le tigre, le finge et Arlequin font plufieurs podures et lazzis ; c'eft ce qui forme un premier acte.
Enfuite de quoi un docteur paroft et dit à haute voix à Colin qu'il veut marier fa fille ; Colin lui répond qu'il le fouhaite. Des écriteaux paroifient qui expliquent l'entretien muet qu'ils ont. Colombine arrive qui a un entretien à haute voix avec le docteur et s'expliquent plus au long par des écriteaux. Cette Colombine parle à haute voix à Arlequin afiez longtems au fujet de fa prétendue lyre qu'il dit que le dieu du foleil lui adonnée poiur enchanter tout le monde. Arlequin fait plufieurs lazzis avec des archers qui viennent pour l'arrêter. Un Pierrot paroft feul fur le théâtre et à haute voix parle de Colombine qui furvient. Ils ont un entretien enfemble, aufii â haute voix, afiez long mêlé d'écriteaux, ce qui forme un fécond acte.
Après l'entr'acte Arlequin, le docteur et Colombine paroifient, et après deux paroles qu'ils difent, on apporte une table avec des couverts ; ils fe mettent â table. Durant ce prétendu repas. Pierrot déguifé chante â haute voix plufieurs couplets de chanfons italiennes et françoifes qu'un joueur de violon, déguifé en femme, et un joueur de harpe accompagnent. Colombine, â la vue de l'ombre de Pierrot qui fort par une trappe faite fur le bord du théâtre, fe trouve mal et difparoit. Enfuite le docteur dit â Arlequin et le perfuade de defcendre aux enfers comme Orphée. A l'infiant une trappe s'ouvre au milieu du théâtre d'où il fort une fiamme après que Arlequin y efi defcendu. Le théâtre change et repréfente le pafiiage de la barque â Caron. Arlequin, Pierrot en Mercure paroifient. Ils ont un entretien enfemble â haute voix fur trois ombres qui viennent voilées fur le théâtre. Arlequin â haute voix leur demande féparément le fujet de leur trépas. A quoi ils répondent aufil â haute voix ; enfuite de quoi des fauteurs font leurs exercices dans une fête que Pluton et Proferpine ordonnent, ce qui met fin au fpectacle (i).
Dont et de tout ce que defius avons fait et drefiTé le préfent procès-verbal.
Signé : Aubert.
{Archiva des Comm., n» }}67.) (i) C'est la pUce intitulée ArUquin-Orphée te cadet, en trois actes et par écriteaui, par Lesage.
L'an 1718, le i8« jour de mars, nous Louîs Poget, etc., fur le réquifitoire des comédiens du Roi, nous nous fommes tranfporté ledit jour 18 mars fur les cinq heures du foir dans la loge du nommé St-£dme, fltuée dans le préau de la foire St-Germain, et, en y allant, avons remarqué tant au coin de plufleurs rues qu'à la principale porte de ladite loge plufieurs affiches portant que la troupe du fieur Alard doit repréfenter Arlequin-Orphée le cadet. Et étant entré dans ladite loge nous avons remarqué qu'après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de luflres et de décorations différentes, une pièce comique en trois actes qui a pour titre Arlequin- Orphie le cadet, laquelle pièce comique ed repréfentée par de grands écriteaux moulés et imprimés fur de grande toile que l'on fait defcendre dans le milieu du théâtre et fur laquelle font des chanfons qui forment des dialogues fur le fujet de la pièce qui eft repréfentée et qui font chantées à haute et intelligible voix par quelques particuliers qui font dans l'orcheffa'e et quelquefois même et très-fouvent accompagnées par l'acteur ou l'actrice qui devroit parler et au nom duquel ledit écriteau efl repréfenté, les noms des acteurs et actrices étant moulés et imprimés fur lefdits écriteaux. Et font aufH dans ledit orchefbre fix particuliers ou environ qui jouent enfemble de chacun un infbnment de mufîque pour donner Tair auxdites chanfons qui font chantées. Et nous avons remarqué que pendant tout le cours de ladite pièce le nommé Delaplace, qui fait le rôle d'Arlequin, le nommé Belloni qui fait celui de Pierrot, celui qui fait le rôle de docteur, celui qui fait le rôle de Colin, celle qui fait celui de Colombine et enfin tous les autres acteurs et actrices fe parlent et fe répondent en profe fur le fujet de la pièce qu'ils repréfentent fans aucune interruption que par les couplets des chanfons qui font chantées, et que ce qui eft porté dans lefdites chanfons donne lieu auxdits dialogues et à des colloques fort longs en profe entre tous les acteurs et actrices qui paroiffent pour lors fur le théâtre ; ce qui forme une pièce comique repréfentée en entier ainfi que les comédiens ordinaires du Roi en repréfentent fur leur théâtre. Et avons aufli remarqué qu'il y a eu plufieurs décorations différentes pendant le cours defdits trois actes de la pièce, ce qui a duré jufqu'à huit heures et demie du foir. Dont et de quoi nous avons fait et dreffé procèsverbal.
Signé : Poget.
(^Archives des Comm., n" 2738.)
Saînt-Edme. 367
L'an 17 18, le 30* jour de mars, nous Jofeph Aubert, etc., fur le réquifitoire de dame Catherine Vondrebecq, époufe non commune en biens de médire Pierre Chartier, confeiller au Chitelet, nous fommes, fur les ftx heures du foir, tranfporté dans la loge des fieur et dame St-Edme, fous le nom du fieur Alard, préau de la foire St-Germain, où étant il nous efl apparu et avons remarqué que dans Torcheftre il y avoit trois joueurs de violon, un de bafle de violon, un de hautbois et un de baffon, lefquels jouoient différens airs pendant la danfe de corde ; laquelle étant finie, une toile qui ferme le théâtre a été levée. Qjue ledit théâtre étoit orné de décorations et au fond repréfentoit une maifon de campagne. Qpe trois actrices, une fous le nom d*lfabelle, la féconde fous celui de Marinette et la troifième une petite fille ont paru et ont parlé hautement Tune après Tautre de ce que leur père les obligeoit de demeurer à la maifon de campagne. Des écriteaux fur lefquels étoient des couplets de chanfons ont paru. Ils étoient foutenus par des petits garçons qui pareillement foutenus en Tair les defcendoient du plafond du théâtre et expliquoient plus au long le fujet de leur entretien. Marinette a refté feule fur ledit théâtre et Scaramouche en pédagogue eft furvCDU. Leur converfation a été en partie â haute voix et en pareils écriteaux. Pierrot^ Ifabelle ont paru et leur entretien a été aufii â haute voix mêlé d'écriteaux. Ladite petite fille et Gilles font venus et ont dit â haute voix que des fauteurs et comédiens de foire étoient arrivés â leur maifon de campagne. Auflîtôt Arlequin en poftillon paroit et dit qu'il vient pour jouer la comédie, mais que F Opéra-Comique veut les empêcher de parler et de chanter et qu'auflitôt que les acteurs parlent ou chantent Ton drefie contre eux àts procès-verbaux. Cela forme une efpèce de prologue et de premier acte.
Enfuite des fauteurs ont fait leurs exercices. Enfuite de quoi le théâtre a été changé et repréfente une montagne de rochers. Sur cette montagne il apparut plufieurs efpèces d'animaux fauvages qui vont et viennent et entre autres un dragon avec des ailes. Marinette avec un acteur paroiffent et parlent enfemble à haute voix. Marinette apercevant tous les animaux a peur et eft raifiirée par cet acteur qui lui dit d'approcher de la grotte de Merlin. En s' approchant, tous ces animaux fe retirent et le dragon s'enlève en l'air. Ar» lequin et Merlin paroiffent. Merlin explique par àts écriteaux ce qu'il veut dire. Arlequin lui répond par des mots qu'il prononce hautement. Arlequin feul parle à haute voix et veut contrefaire Merlin, fon maître, ce qui forme une fcène de lazzis. Suivant la demande d'Arlequin â ceux qui font foumis aux volontés et à Tobéiffance de Merlin, il fe trouve dans l'appartement de la fultane du grand Sophi de Perfe qui eft aufiitôt formé par une décoration qui defcend du haut du théâtre. La fultane dans fon appartement eft furprife
d'y voir Arlequin ; elle le fait cacher fous le lit à la venue du roi. Arlequin fous le lit fait plufieurs lazzis. Le roi a un entretien à haute voix avec la fultane mêlé d'écriteaux. Le roi ayant trouvé Arlequin fous le lit veut le faire mourir et le met entre les mains des bourreaux. Pierrot, déguifé en bourreau, dit à Arlequin à haute voix qu'il ell venu pour le faire mourir ; il chante une chanfon italienne et joue de la guitare. Arlequin près de mourir a recours au livre de magie de Merlin, et en frappant deflus, les bourreaux difparoiffent. Le théâtre change et repréfente la montagne de rochers et la grotte de Merlin où les mêmes animaux fauvages paroiflent. Cet acte forme et conclut la pièce à! Arlequin valet de Merlin (i). Un particulier fait enfuite l'exercice de l'équilibre.
Dont et de tout ce que deflus nous avons fait et dreffé le préfent procèsverbal.
Signé : Aubert.
{Archives des Comm,, n» 5367.)
L'an 1 718, le dimanche 24« jour de juillet, quatre heures de relevée» eft comparu en l'hôtel de nous Jofeph Aubert, etc., Maurice Honoré, directeur et receveur du 6« et du 9* en fus accordé aux pauvres de l'Hôtel-Dieu et de l'hôpital général de cette ville dans tous les fpectacles publics qu'il pourra y avoir pendant le cours de l'année et notamment pendant la tenue de la foire St-Laurent et St-Germain : Lequel nous a dit qu'en exécution des ordonnances du Roi des 30 janvier 171 3 et 5 février 1716, il s'eft préfenté avec fes commis aux portes et bureaux du jeu des fieur et dame de St-£dme fis au petit préau de ladite foire, à l'effet de contrôler les receveurs par eux prépofés auxdites portes pour fureté de la perception defdits droits en faveur defdits hôpitaux, ainfi qu'il s'eft toujours pratiqué depuis lefdites ordonnances, lefdits fieur et dame de St-Edme ont refufé l'établifTement defdits commis et s'y font oppofés formellement, quoique M. de Machault, lieutenant général de police, le jour d'hier, en faifant l'ouverture de ladite foire, leur en eût ordonné de foufirir l'établiffement defdits commis, finon et à faute de ce, qu'il feroit fermer leur jeu. Pourquoi ledit comparant nous requiert pour l'exécution defdites ordonnances de nous tranfporter à ladite foire, à l'effet d'établir lefdits commis. Et a élu fon domicile en fon bureau, faubourg St-Lazare.
Signé : Honoré.
Sur quoi nous commifTaire fommes tranfporté avec ledit Honoré audit petit préau de la foire St-Laurent, où le nommé St-Edme et fa femme tiennent
(i) Arlequin valet de Merîin, pièce en un acte et par écriteaux, de Lcsage, prcccdée d'un pro* logue intitulé : les Filles ennuyées.
Saint-Edme. 369
leur jeu. Et étant entré dans ledit jeu nous avons fait entendre le fujet de notre tranfport auxdits fieur St-Edme et fa femme, comme au(E qu'ils ne pouvoient ignorer des ordres que M. le Lieutenant général de police nous a donnés le jour d'hier et qu'ils dévoient obéir auxdites ordonnances et à ceux de M. le Lieutenant général de police, fmon que nous ferions obligé défaire fermer leur jeu. A quoi lefdits fieur St-Edme et fa femme nous ont répondu qu'ils ne vouloient pas foufirir l'établifiement defdits commis parce qu'ils dévoient avoir des ordres contraires de M. de La Vrillière. A quoi nous leur avons répondu qu'ils dévoient obéir aux ordonnances du Roi en conformité de ce que la permifEon de jouer leur a été accordée par M. le Lieutenant général de police fur les conclufions de M. le Procureur général, jufqu'â ce qu'ils nous eufient exhibé de nouveaux ordres, et fouffrir Tétabliffement defdits commis, fans quoi nous ferions obligé de faire fermer leur jeu fuivant les ordres que nous avons reçus de mondit fieur le Lieutenant général de police. A quoi encore lefdits fieur et fa femme nous ont dit qu'ils ne vouloient fouffrir lefdits commb et nous défient de faire fermer leur jeu. A laquelle réponfe nous nous fommes retirés et avons requis les fieurs Figuier et Dumantel, fergens de garde à ladite foire, de pofer des fentinelles aux portes dudit jeu jufqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné par mondit fieur le Lieutenant général de police.
Signé : Honoré ; Aubert.
Et le jeudi 25* jour defdits mois et an, huit heures du matin, nous commifiaire fufdit fommes tranfporté par-devant mondit fieur le Lieutenant général de police auquel nous avons fait rapport du contenu au préfent procèsverbal. M. le Lieutenant 'général de police a ordonné et ordonne que les ordonnances du Roi des 30 janvier 171 3 et 5 février 1716 au fujet de la perception d'un quart en fus de ce qui fe reçoit pour les entrées aux fpectacles des foires St-Laurent et St-Germain, en faveur et au profit des pauvres de l'Hôtel-Dieu et de l'hôpital général de cette ville de Paris, feront exécutées, et en conféquence confirme ce que nous commifiaire avons fait en ce que nous avons fait fermer ledit jeu defdits St-Edme et fa femme, ainfi qu'il nous l'avoit ordonné, faute par eux d'avoir fouffert l'établifiement des commis dudit fieur Honoré, ainfi qu'il s'eft ci-devant pratiqué tant aux fpectacles de la dame de Baune qu'autres. En outre ordonne que lefdits fieur St-Edme et fa femme feront tenus de fouffrir l'établiffement defdits commis pour, par chaque jour et à la fin de chaque jeu, leur remettre ou audit Honoré ce qui revient au profit defdits pauvres ; finon et à faute de ce faire par lefdits fieur et dame St-Edme que leur dit jeu fera et demeurera fermé.
Enjoint au commiffaire Aubert de tenir la main à l'exécution de ladite ordonnance, laquelle fera exécutée nonobibmt oppofition ou appellation -quelconque.
Signé : De Machault.
(Arthivês des Comm., n" 3)67.)
Sp. — II. 24
L'intention de S. A. Royale eft qu'il en foit ufé à l'égard de la dame de St-Edme, ceffionnaire du privilège de l'Opéra, au fujet des pauvres, de la même manière que l'on en ufe à l'égard de l'Opéra môme, c*eft-à-dire que le quart ne fera pris qu'après que les frais auront été prélevés, et qu'en attendant que lefdits frais foient réglés par M. de Machault, lieutenant général de police, conformément à l'ordonnance du Roi du 9 de ce mois, ladite dame de St-Edme puifle faire donner au public les fpectacles que l'Opéra lui permet, en remettant un état de tout ce qu'elle aura reçu, ainfi qu'il fe pratique à l'Opéra, pour être fait droit ainfi qu'il appartiendra.
A Paris, ce 25* jour de juillet 1718.
Signé : Lavrillièrb.
(Archivts des Comm,, no 1641.)
L'an 17 18, le jeudi 29e jour de feptembre, cinq heures et demie de relevée» nous Jofeph Aubert, etc., étant dans la foire St-Laurent, les fleurs Jean- François Figuier et Louis-Charles Dumantel, fergens prépofés pour la garde d'icelle, feroient venus à nous et nous auroient dit, favoir ledit ûeur Dumantel, qu'étant dans le préau où les fieur et dame St-Edme tiennent et repréfentent le jeu d'Opéra-Comique, pendant que ledit fieur Figuier faifoît fa ronde dans ladite foire, il s'ed aperçu qu'à la porte dudit jeu pour monter au théâtre il y avoit du bruit et que l'on parloit fort haut. Il s'eft approché et a vu trois meflieurs, l'un vêtu de noir, fans épée, le deuxième vêtu de gris blanc, portant une épée, et le troifième vêtu de brun avec des agrémens d'argent, aufli portant épée, qui faifoient du bruit avec lefdits fieur et dame St-Edme et que ledit fieur St-Edme difoit : « Je voudrois bien favoir qui font ces meffieurs ! » Le particulier vêtu de noir et celui vêtu de brun lui ont répondu : « Nous vous le ferons connoître ! » Qu'ayant été dit quelques paroles infultantes, ne fâchant pas qui les avoit dites, il s'efl aperçu que ledit fieur particulier vêtu de brun avoit mis l'épée à la main et vouloit en pouffer un coup audit fieur St-Edme, ce qui a fait qu'il s'efl mis au-devant pour éviter quelque accident. Qu'à r infiant lefdits trois fieurs particuliers fe font dits être meflieurs de Berci, Berci de Charenton, lieutenant de vaiffeau, et le marquis de Maulevrier, et fe font plaints à lui que, redemandant leurs billets pour fortir du jeu, n'ayant pu trouver- de places, un particulier commis, au lieu de leur rendre
Saint-Edme. 371
leurs billets, leur auroit dit des injures et dit d'attendre. Que, voulant le réprimer de paroles, upe femme qu'ils ont appris fe nommer St-Edme et être maltrefTe dudit jeu, a pris le parti dudit conmiis en leur difant : « Qui font donc ces meUleurs ? Ne diroit-on pas que c'eft quelque chofe de grand ! » Et qu'ils faifoient bien les infolens. A quoi ledit fieur Berci de Charenton lui a demandé qu'eft-ce qu'elle vouloit et qu'ils ne parloient pas à elle. Ladite St-Edme ayant encore répété le mot d'infolent, ledit fieur de Charenton
l'avoit â la vérité appelé b et qu'elle s'allât promener; mais que ladite
St-Edme, au lieu de fe contenir, auroit eu l'infolence de donner audit fieur Berci de Charenton un foufflet dont il a faigné des dents, ce qui l'a mis fort en colère et que fans ledit fieur de Berci, fon frère, il auroit voulu en avoir vengeance. Que ledit fieur de Berci ayant demandé ledit fieur Figuier, lui fieur Dumantel feroit furvenu. Et ledit fieur Figuier, qu'étant arrivé dans le préau après ce bruit, le fieur de Berci eft venu à lui et lui a demandé â qui il falloit s'adreffer pour avoir juftice de l'infulte que la femme dudit St-Edme venoit de lui faire et à fon frère, auquel la femme dudit St-Edme avoit eu l'infolence de donner un foufflet. Et lui ayant répondu qu'il falloit s'adreficr à nous commiflfaire pour s'en faire rendre jufiicc par M. de Machault, lieutenant général de police, lefdits fieurs de Berci frères et Maulevricr auroient été au jeu du fieur Alard. Que lui fieur Figuier et Dumantel s'étant enquis A différens particuliers qui s'étoient trouvés à ce bruit, comment ce bruit s'étoit pafié et à quelle occafion il étoit arrivé, ils ont appris defdits particuliers que mefdits fieurs de Berci et de Maulevrier, n'ayant pu fe placer fur le théâtre ni dans les loges dudit jeu du fieur St-Edme, font defcendus â la porte où ledit fieur de Berci de Charenton a redemandé des billets pour fortir et aller retirer fon argent. Que au lieu par un des portiers qui délivre lefdits billets de lui rendre de bons billets, il lui en auroit donné d'autres et que ces meffieurs ayant été au bureau pour retirer leur argent, la femme qui ell dans le bureau leur a dit qu'il falloit d'autres billets pour qu'elle pût rendre l'argent. Que ledit fieur de Berci de Charenton ayant retourné à la porte, il a redemandé d'autres billets à un des portiers lequel, au lieu de lui rendre d'autres billets, lui a répondu infolemmcnt en lui difant qu'il fe donnât patience ; ce qui a fait que ledit fieur de Charenton s'eft emporté contre lui. Ladite St-Edme a pris le parti de fon portier et avec arrogance a dit : « On voit bien que ces mefiieurs-Ià ne font pas des gens de qualité, car ils font bien infolens. » Auxquelles paroles ledit fieur de Charenton a dit à la dame
St-Edme qu'elle étoit une b : dans lequel infiant ladite St-Edme a
donné un foufflet audit fieur de Berci de Charenton dont il faignoit des dents. Ledit fieur de Berci de Charenton étant demeuré interdit de cette infulte et ayant cependant dit quelques paroles injurieufes â ladite femme St-Edme, ledit fieur St-Edme, fon mari, qui eft furvenu, s'eft emporté contre ledit fieur de Charenton en difant : « Je voudrois bien connoitre ces petits meffieurs-lâ. » Auxquelles paroles ledit fieur de Charenton ayant voulu mettre l'épée à la main, il en a été empêché par fon frère pour éviter de plus grands
accidens. Que ledit fieur de St-Edme ayant continué de parler mal, ledit fieur de Maulevrier a mis l'épée à la main et a été empêché d'en porter aucun coup audit St-£dme.
Signé : Figuier; Dumantel; Aubbrt.
{Afchivts des Comm., n^ 3367.)
7 octobre 1718.
A M. de Machault, lieutenant général de police.
Monileur, vous avez fu l'intention de S. A. R. au fujet de la St-Edme par une lettre de M. de Maurepas et que devant faire hier repréfenter au Palais- Royal, l'ordre de la mettre en prifon ne devoit être exécuté qu'aujourd'hui et pour 24 heures feulement. Je vous l'aurois adrefliè en fon abfence fi M. le duc d'Orléans ne m'avoit ordonné ce matin de vous faire favoir que Madame lui ayant demandé fa grâce, il ne vouloit plus qu'elle fût mife effectivement en prifon, mais qu'étant à propos puifque M. de Berci a tant fait que de s'en plaindre, qu'il eût quelque forte de fatisfaction, il vouloit que vous lui marquaffiez avoir l'ordre de mettre cette femme en prifon et lui confeillaflîez en même tems de vous demander fa grâce comme tenant en deffous de lui une pareille aventure avec une femme de cette efpèce. Je ne doute pas que cette affaire entre vos mains ne fe termine félon l'intention de S. A. R. Je fuis toujours très-parfaitement.
{Lettra du ministre de U maison dn Roi. OI368.)
Voy. Letellier (Hippolyte Feuillet, femme).
SAINT-MARC, acteur forain, remplissait les rôles d*arlequins en 171 1, dans la troupe de Péclavé, au jeu du chevalier Pellegrin.
(Mém, sur les Spectacles de la Foire, I. 128.)
SAINT-MARTIN (Nicolas), entrepreneur d'un spectacle d*animaux appelé le Combat du Taureau, que Ton trouve déjà établi à la barrière de Sèvres en 1716. En 1747, ce spectacle donnait encore ses représentations au même endroit et avait pour
Saint-Martin. 373
directeur le fils de Nicolas Saint-Martin^ qui se faisait appeler Martin tout court et qui avertissait le public qu'il vendait « de l'huile d'ours pour les rhumatifmes et autres douleurs, qui fait croître les cheveux et fortifie les reins des enfans ». Plus tard, le Combat du Taureau fut transporté sur le chemin de Pantin, à Tendroit appelé aujourd'hui Barrière du Combat.
{Jjficbtt lU Paris, 1747.)
Uan 1727, le mercredi premier octobre, deux heures de relevée, en l'hôte et par-devant nous Charles Charles, etc., eft comparue Anne-Denife Leroux, femme, ayant charge et pouvoir ainfi qu'elle a dit de Nicolas de St-Martin, maître du combat à mort ou du taureau, demeurant rue de la Plume, paroiiTe St-Sulpice : Laquelle nous a dit qu'il y a environ une heure que quatre ou cinq particuliers inconnus dont l'un habillé de bleu avec petits boutons d'argent, portant bas gris, perruque blonde et l'épée, et les autres armés de cannes feulement, fe feroient préfentés â la porte du lieu où fe fait ledit combat, fitué hors et proche de la barrière rue de Sèvres, où fe feroient trouvés les nommés Jacques Moreau et le nommé Vigny, tous deux garçons dudit combat. Ces quatre ou cinq particuliers auroient voulu entrer dans ledit lieu du combat pour voir à ce qu'ils difoient le divertiflement, lefdits Moreau et Vigny leur ont répondu honnêtement que ce n'étoit point aujourd'hui, comme il eft vrai, ni le jour ni l'heure et qu'il n'y avoit rien â voir et conféquemment qu'ils ne pouvoient entrer. Ces quatre ou cinq particuliers, ainû que lefdits Moreau et Vigny s'en font aperçus et l'avoient ouï dire, étoient fouis et pleins de vin et avoient rôdé toute la nuit dernière dans le quartier où ils avoient rompu et cafTé les vitres et avoient fait pluûeurs autres extravagances en plufieurs endroits, c'efl pourquoi ils n'ont pas voulu avoir de querelles avec ces particuliers et n'ont pas voulu les aigrir. Cependant ces quatre ou cinq particuliers ont frappé et fait des violences conûdérables à la porte dudit
combat pour l'enfoncer, les ont traités de b de j... f et de mille autres
infamies; ils ont dit qu'ils vouloient abfolument entrer et qu'ils étoient et appartenoient à M»® la princefle, et fans autre raifon ont tombé, favoir l'habillé de bleu à coups d'épée et les autres à coups de cannes, fur lefdits Moreau et Vigny et les ont excédés et violentés, jufqu'au point que ledit Vigny en a le corps tout plein de contufions et le bras droit excorié près du poignet. A regard dudit Moreau, il lui eft refté une conmfion et enflure fur le dos aufti groffe qu'une corde â puits et longue de quatre à cinq pouces, fans compter beaucoup d'autres contufions et douleurs qu'ils lui ont caufées fur les parties de fon corps. Lefdits St-Martin et fa femme et Charles St-Martin, leur 61s ^ qui étoient chez eux en leur demeure ordinaire, rue de la Plume, ont appris ce défordre et ledit St-Martin fils, croyant y apporter quelque remède, s'y feroit auffitôt tranfporté ; mais bien loin d'apporter la paix, lefdits quatre ou
374 ^^^ Spectacles de la Foire,
cinq particuliers ont voulu le maltraiter, et fans le fecours du nommé Jacques Moreaux, vendeur de bière et carrier et proche voifm dudit combat, qui s'cft trouvé là préfent, et fi lefdits Moreau et Vigny ne s*étoient défendus du mieux qu'il leur a été poffible, iceux Moreau et Vigny et ledit St-Martin fils, qu'ils ont voulu percer d'un coup d'épée, feroient immanquablement reftés fur le carreau. Et comme ledit St-Martin prenant le fait et caufe dudit St-Martin, fon fils, et defdits Moreau et Vigny, a fenfiblement intérêt d'avoir une réparation de ces outrages, c'eft pourquoi ladite Leroux, fa femme, eft venue nous en porter plainte.
Signé : Charles.
{Archives des Comm., n» 30.)
Voy, Leleu.
SAINTE-COUR (Anne-Jeanne VANIN, dite de), née vers 1757, actrice de rAmbigu-Comique, où elle remplissait, en 1772, les rôles de gouvernantes et de poissardes. En 1789, M"* de Sainte-Cour était encore attachée à un théâtre du boulevard, mais j'ignore auquel.
(Jlmanoeb forain, 1773.)
1>^oy. Landais.
S AIN VILLE, acteur du spectacle des Variétés- Amusantes en 1779, jouait sur ce théâtre le rôle de Ragot dans Janot, ou les Battus payent V amende, pièce de Dorvigny. Sa femme fut actrice dans la même troupe jusqu'en avril 1780; cllea joué aux Variétés- Amusantes Briochette dans les Amours de Montmartre, tragédie burlesque de Fonpré de Fracansalle. Elle s'engagea ensuite, mais pour peu de temps, au théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où elle débuta le 26 avril 1780 par le rôle de Madeleine dans le Cerisier. Vers 1781, les époux Sainville quittèrent le théâtre et se firent marchands de vins. Le Chroniqueur désœuvré X^ur a consacré les quelques Hgnes qui suivent : « Ragot, un des héros des Battus payent Vamende, joué par un petit bamboche de trois pieds et demi, déteftable comédien, fripon aflez adroit et qui, pour donner l'eflbr à fon inclination, fe fit marchand de vin à la foire Saint-
Salle. 375
Laurent. Il tint fuivant Tufage b chez lui dans de petits cabinets fort commodes. M"* Sainville, fon époufe, fort obligeante au défaut des danfeufes^ actrices et directrices des fpectacles forains, prêtrefles habituelles de cet endroit, faifoit la befogne pour ne pas décréditer le bouchon. Sainville le fouloit, les garçons voloient; de cette innocente conduite provint la chute de la taverne et le vrai Ragot vint s'établir à la Courtille, où fa femme fert toujours le public avec le même empreflement. »
{Journal de Paris, $ mars ; 26 arril 1780. — L4 Chrontqutur d/sctuvré, II, 21.)
SALLE (M"*), actrice foraine et plus tard Tune des célébrités de l'Académie royale de musique, était la nièce de la femme de Francisque Molin, entrepreneur de spectacles et acteur forain. M"* Salle parut pour la première fois sur un théâtre à la foire Saint- Laurent de 17 18, dans la Princesse de Carisme, opéra comique en trois actes, de Lesage et Lafont, qui obtint un succès éclatant au spectacle de la dame Baron et de Saint-Edme, alors associés pour l'exploitation du privilège de l' Opéra-Comique. En 1722, on retrouve M"* Salle chez Francisque, où elle remplissait le rôle d!une Grâce dans Arlequin Deucalion, monologue en trois actes, de Pîron, qui fut si vivement applaudi. En 1724, elle faisait partie de la troupe de Delaplace et Dolet et remplissait le rôle d'une petite Thessalienne dans la Conquête de la Toison d'or, pièce de Lesage et Domeval, représentée à la foire Saint-Laurent de la même année. Elle passa ensuite à l'Académie royale de musique, où son talent de danseuse la rendit bientôt célèbre. Voltaire a fait sur M"' Salle des vers charmants qu'on ne peut s'empêcher de rapporter ici :
Ah ! Camargo que vous êtes brillante, Mais que Salle, grands dieux, eft ravilTante ! Que vos pas font légers et que les liens font doux I Elle cft inimitable et vous êtes nouvelle. Les Nymphes fautent comme vous.
Mais les Grâces danfent comme elle I
Et ceux-ci encore qu'il plaça au bas de son portrait :
De tous les cœurs et du fien la maitreflfe, Elle allume des feux qui lui font inconnus ; De Diane c'eft la prôtrefle, Danfant fous les traits de Vénus.
M"*^ Salle quitta le théâtre en 1741.
{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, iOS.^ Dictionnaire des Théâtres, IV, 243 ; V, 483. — Voltaire- Beucbot, XIV, 339. — Œnvres de Piron, Avtc préface de M. E. Fournier, x6i.)
SALLE, frère de la précédente, danseur forain, parut d'abord, en 1722, sur le théâtre de Francisque, son parent, en jouant le rôle de V Amour dans Arlequin Deucalion, monologue en trois actes, de Piron, puis fut engagé dans la troupe de Dolet et Delaplace, à la foire Saint-Laurent de 1 724, et remplit le rôle à! un petit Thessalien dans la Conquête de la Toison Xor, pièce en un acte, de Lesage et Domeval, représentée à cette époque sur ce spectacle. Il débuta plus tard à l'Opéra-Comique, à la foire Saint- Laurent de 1728, et remplaça ensuite Boudet comme maitre des ballets de ce théâtre.
{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, II, 46. — Dic" tionnaire des Théâtres, I, 470 ; V, 485. — Œuvres de Piron, avec préface de M. £. Fournier, 161.)
SALLE (Louis-Gabriel), acteur du boulevard et entrepreneur de spectacles, fit d'abord, comme arlequin, la parade chez Nicolet, puis, de concert avec le grimacier Vienne surnommé Visage, il prit, en 1 774, la direction du Spectacle des Associés, où l'on jouait des pièces de tous genres, y compris la tragédie classique. L'auteur du Chroniqueur désœuvré nous a laissé un portrait de Salle ainsi conçu : « Une petite figure noire et commune, tous les traits qui caractérifent la bafleffe et la trahifon, un œil de moins, un organe aigre et infupportable, voilà Salle quant à la
Salle. 377
forme. Refte à le faire connoître plus particulièrement. Le fieur Salle, n'en déplaife à fa prétendue génération, defcend en droite ligne d'un favetier dont l'échope étoit fife faubourg Saint-Honoré. Ses premières années furent confacrées à cet art illuftre, mais le libertinage l'en dégoûta. It fit des commifGons et débuta dans la carrière dramatique fur la parade à Nicolet par les arlequins. C'eft là que fa réputation fe rendit fameufe tant par fes débauches que fon arlequine renommée. Il a vécu avec plufieurs femmes, les grugea, les battit et leur fit partager l'indigence qu'il éprouvoit à caufe de fa paffion défordonnée pour le billard Avare à outrance, dur, ufurier, prêteur fur gages, de la plus mauvaife foi du monde, ce directeur inique fe fait un plaifir de gagner fur tout, force au befoin à des emprunts fes fujets par la modicité de leurs appointemens et ne leur rend fervice qu'en en retirant un intérêt
confidérable Tel eft le fieur Salle; il ne manque à ce portrdt
fi naturel qu'un expofé de fes talens. Une diction faufle; comme je l'ai déjà dit, un organe aigre et déteftable, un phyfique abfolument ingrat; un jeu abominable. Avec tous ces avantages il joue les rois, les arlequins et lès pères nobles, et fon très-digne afibcië (Vienne dit Vifage) les premiers rôles. Aufliî ces meffieurs ne tiennent aucun compte de leurs fujets et s'écrient avec l'orgueil le plus impudent : « Nous tenons les rênes de l'État ! » Patience, patience, attendons tout des plaintes qu'on a déjà formées contre eux. Ce feroit un abus de foufirir davantage de pareils tréteaux où l'on défigure journellement les meilleurs ouvrages des Corneille, des Racine et autres. » La femme de Salle, Françoise Asseline, était aussi actrice du théâtre des Associés ; c'était, dit toujours le Chroniqueur désœuvré, une « grande, blême, bégueule, méchante fans le paroître, amoureufe comme une chatte, ridicule à la fcène, firoide et ennuyeufe et bonne en rien. » En 1790, Salle, devenu seul propriétaire du Spectacle des Associés, lui donna le nom de Théâtre patriotique. Il est mort vers #79 5.
(Alkanoebs for»ims, 1773, I77S* — Le Chrani^ufr 44sttuvri, II, 87, 89. — CaUlogue d* SoUinnt, III.)
L'an 1764, le jeudi onze octobre, dix heures du foir, en Thôtel et pardevant nous Nicolas Maillot, etc., ell comparu Louis SalIé, acteur dans le fpectacle du fleur Nicolet Tainé fur le boulevard, y demeurant maifon du fieur Baron, maître jardinier, paroifTe St-Laurent : Lequel nous a rendu plainte et dit que, heure préfente, lui plaignant paflant rue Chariot, dans une maifon qui eft la féconde après la rue de Forez allant \ la rue de Bretagne, occupée par bas par un fruitier, il a été jeté d'une àits fenêtres de cette maifon une très-grande quantité d'urine et matière fécale qui lui eft tombée en plus grande partie fur le corps et lui a mouillé, taché et gâté en différens endroits une redingote neuve de gros drap gris-blanc dont il étoit vêtu, plus les deux bafques de devant d'un habit blanchâtre de drap d'Elbeuf prefque neuf et la doublure de toile grife d'une vefle aufli de drap couleur gris de fouris, galonnée en or, lefquels habit et vefte il portoit fous fon bras; le tout ainfi qu'il nous eft apparu. Se réfervant de fe pourvoir pour raifon de ce contre le propriétaire de ladite maifon ou autres qu'il appartiendra.
Signé : Salle ; Maillot.
{Archiva déS Comm., no 3777.)
L'an 1778, le jeudi 14 mai, dix heures et demie du foir, en Thôtel et pardevant nous Mathieu Vanglcnnc, etc., eft comparu fieur Charles Joflet St-Julien, bourgeois de Paris, y demeurant boulevard de la porte St-Martin, paroiffe St-Laurcnt : Lequel nous a rendu plainte contre le ficur Sallé, tenant fpectacle fur le boulevard du Temple, et nous a dit qu'au mois d'octobre dernier, cherchant un délaflement, il entra dans la falle des nommés Sallé et Vienne, entrepreneurs d'un des petits fpectacles du boulevard. Qu'il y vit repréfenter des opéras comiques tels que fur le théâtre italien. Que ce genre de fpectacle ayant plu^audit fieur plaignant, il forma dès lors le deffein de fe faire conftruire une petite loge fur ce théâtre pour n'être pas confondu avec la populace. Qu'ayant fait part de fon projet auxdits Sallé et Vienne, ceux-ci Taccueillirent avec d'autant plus de reconnoiffance que cette loge devoit contribuer à la décoration de leur théâtre. Qu'en conféquence de leur confentement le plaignant fit établir la loge qui eft du côté des boulevards, l'orna de franges en or et argent faux et la garnit de trois tabourets couverts de velours d'Utrecht cramoifi. Que cette loge fut conftruite aux feuls frais du
Sallé. 379
plaignant aux conditions de laifTer auxdits Sallé et Vienne tout ce qui feroit d'attache et fcellé au théâtre et d*en retirer le mobilier. Qu'il fut fait entre eux à cet égard une convention, à la vérité verbale, que le plaignant jouiroit gratuitement de fa loge en entier jufqu'à la foire St-Germain lors prochaine, c*eft-à-dire jufqu'au premier février dernier, fauf à faire de nouveaux arrangemens fi le plaignant vouloit en jouir au retour de ladite foire. Qu'en vertu de cette convention le plaignant a toujours gardé la clef de fa loge et en a joui paifiblement jufqu'au 26 janvier dernier qu'il s'y préfenta accompagné de deux perfonnes, ainfi qu'il l'avoit fait plufieurs fois. Qu'il entra avec fa compagnie dans fa loge fans aucune oppofition et il ne devoit pas y en avoir. Que ce fpectacle commence par le jeu de marionnettes. Que ce jeu exécuté et au moment de commencer la première pièce qui étoit Sanfon fuivi d'-4«nette et Luhin (i), Sallé fe préfenta à la loge du plaignant et lui dit qu'il vouloit lui parler. Que le plaignant fortit à deux pas fur le théâtre et qu'alors Sallé lui demanda une place pour une fille qui étoit dans la falle. Le plaignant lui répondit qu'il ne recevoit pas de fille, que fa loge étoit occupée et qu'il n'y avoit pas de place. Que Sallé perfiila à en vouloir une, et le plaignant ayant conftamment refufé 'de la donner, Sallé le menaça de le faire fortir et fa compagnie de la loge ou d'en payer les places en ajoutant qu'elle lui appartenoit. Que le plaignant lui répliqua qu'il ne le craignoit pas et cependant lui offrit le prix des places pour éviter du bruit. Sallé, fans accepter cette offre, apoflropha le plaignant de f.... drôle, de f.... polifTon, à quoi le plaignant ne répondit rien et rentra dans fa loge. Obferve le plaignant que d'après la convention il n'étoit pas tenu de payer pour les perfonnes qu'il menoit dans fa loge et que ce payement ne lui avoit jamais été demandé. Que tout étoit rentré dans le fein de la tranquillité lorfqu'on vint de nouveau appeler le plaignant. Qu'il fortit la tête de fa loge et il y vit Vienne dans le cofhime de Sanfon à qui il demanda ce qu'il vouloit. Que celui-ci répondit avec impudence au plaignant qu'il le trouvoit bien infolent d'avoir infulté Sallé, fon afTocié. Que le plaignant lui répliqua qu'il lui diroit cela dehors et lui réitéra l'offre qu'il avoit faite à Sallé de payer les places de fa loge, toujours dans les vues de ne pas caufer de trouble dans un lieu public : « Oui » dit Vienne, « payez fur-le-champ. » Qu'alors le plaignant lui paya les places de fa compagnie et la fienne môme et qu'après ce payement Vienne lui dit :
« C'efl bon I mais ici comme dehors je vous f. des coups de bâton. » Le
lieu interdifant la vengeance qu'infpire le premier mouvement, le plaignant fe renferma dans toute fa prudence, il fortit même après le fpectacle fans rien témoigner à fes agreffeurs. Que quelque tems après le retour de ces entrepreneurs de la foire St-Germain, le plaignant s'adreffa à Vienne, l'un d'eux, pour fe faire refiituer les tabourets que le plaignant avoit placés dans
(i) Annette et Luhin, opéra comique, paroles de M«rffloiitel, mutiqne de Ltborde, joué pour U première fois \ Choisy, sur un théâtre particulier. Samton, tragi-comédie en vers français et en cinq actes, par Romagnesi, représentée pour la première fois à U Comédie-Iulienne, le mardi 28 février 1720.
fa loge et qui dévoient lui être remis aux termes de leur convention, étant obligé feulement de laifTer tout ce qui feroit d'attache et fcellé au théâtre. Vienne répondit à cette demande qui lui fut faite dans les premiers jours de ce mois que Salle ayant la grande mam des décorations, c'étoit à lui que le plaignant devoit s'adreiTer pour les tabourets qu'il réclamoit. Que plufiears jours s*étoient écoulés fans que le plaignant eût rencontré Salle, lorfque cejourd*hui, entre neuf et dix heures du foir, le plaignant paflant fur le boulevard du Temple en fe retirant chez fon père rue St-Pierre où il va demeurer, il entendit la voix de Salle et l'aperçut dans la falle du billard qui eft à câté de celui attenant au café Turc, à la faveur de la porte qui s'en trouva ouverte. Que le plaignant crut devoir profiter de ce moment et que, fans entrer dans un lieu interdit à tout honnête homme, il appela Salle de deflus le boulevard. Que celui-ci fe rendant â la voix qui Tappeloit, fortit du billard. Que le plaignant s'avança alors près de SalIé et lui réitéra la demande qu'il avoit déjà faite à Vienne de fes tabourets, demande qu'il lui fit honnêtement. Que cet exemple d'honnêteté devoit guider 3^1é; mais celui-ci, loin de le fuivre, fe
fervit de b et de f..... en apoflrophant le plaignant des injures les plus
groflières, réclamant des falaires qui ne lui étoient pas dus et terminant fes mauvais propos en colletant le plaignant. Que ce dernier trait ayant mis fa patience à bout, le plaignant ne connut plus de bornes et il ne put fe retenir de punir la témérité de SalIé d'avoir porté fur lui une main ofTenfive, le plaignant fut provoqué dans fa défenfe et la canne qu'il avoit pour toute arme fut celle qu'il oppofa à l'attaque de Salle afin de fe dégager des violences que ce dernier exerçoit fur lui. Que les cris attirèrent ceux qui étoient dans le billard et alors les amis de Salle fe jetèrent fur le plaignant et le terraflèrent dans un folTé. Que la garde du polie de la barrière du Temple attellera l'état où étoit le plaignant qui reçut de la part du fergent le fervice de lui brofler fon habit. Que le plaignant s'étoit rendu lui-même au corps de garde et demanda à être conduit chez un commiffaire ainfi que Salle qui Tavoit fuivi, pour lui être fait droit fur l'infulte qu'il venoit de recevoir à l'inftant et celle qu'il avoit efluyée le 28 janvier. Et comme le plaignant a intérêt d'avoir raifon de ces voies de fait, il ell venu nous rendre la préfente plainte.
Signé : Josset; Vanglenne.
{Arthivts des Comm., no 49S}.)
L'an 1778, le jeudi 14 mai, dix heures et demie du foir, en l'hôtel et pardevant nous Mathieu Vanglenne, etc., eft comparu fieur Louis-Gabriel Salle, maître de danfe et tenant un fpectacle fur le boulevard du Temple, demeurant rue du Faubourg-du-Temple, paroiffe St-Laurent : Lequel nous a rendu
SalU. 381
plainte contre le fiear Charles Joflet de St-Julien, bourgeois de Paris, y demeurant au magafin de ville, fur le boulevard de la porte St-Martin, et nous a dit qu'il eft en inibmce avec le fieur JolTet de St-Juiien devant M. le Lieutenant général de police relativement à une loge qu'il avoit louée dans le fpectacle du plaignant, pour raifon de quoi il n'a pas fatisfait aux engagemens qu'il avoit contractés, ce qui fait l'objet de leur conteilation. QjLie ledit fieur JolTet de St-Julien a pris de l'animoûté contre le plaignant et a cherché à vouloir fe faire donner fes entrées libres dans le fpecucle du plaignant, ce à quoi il n'a pu réuifir vu leur conteftation. Qu'il y a un inlhmt ledit fieur Joflet de St-Julien l'a envoyé demander dans un billard où étoit le comparant. QjLi'il s'efl rendu fur le boulevard â l'invitation dudit fieur Joffet de St-Julien qui lui a d'abord parlé de l'affaire pour laquelle ils font en inibmce en lui difant qu'il n'avoit pas voulu pourfuivre cette affaire. Qu'après une converfation qu'il a tenue avec le plaignant, ledit fieur Joffet de St-Julien lui a dit que il lui Joffet de St-Julien n'étoit pas gentilhomme, il auroit eu une aflEùre avec ledit fieur plaignant et qu'au même infbmt il lui a porté plufieurs coups de canne fur le corps qui l'ont jeté dans un foffé où il lui a encore porté des coups de canne. Que le plaignant ayant appelé à fon fccours, plufieurs perfonnes font furvenues, ont empêché le fieur Joffet de St-Julien de continuer fes mauvais traitemens, l'ont remis entre les mains de la garde et les a amenés tous deux en notre hôtel où après les avoir entendus nous les avons renvoyés à fe pourvoir par les voies de droit.
Signé : Salle; Vanglennb.
{Jrtkivfs dis Cûmm., n^ 498}.)
L'an 1783, le famedi 24 mai du matin, efl comparue en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Françoife Affeline, femme de Louis-Gabriel Salé, nuftre de fpectacle fur les boulevards du Temple, y demeurant avec lui, paroiffe St-Laurent : Laquelle nous a rendu plainte contre ledit Salé, fon mari, et dit que depuis fon mariage avec lui, il y a quatorze ans ou environ, elle a toujours été traitée de lui fort rudement quoiqu'elle l'ait toujours traité avec la plus grande douceur. Que quelquefois, fur des chofes ne méritant pas la peine de parler, il la traitoit rudement, Tinjurioit et a même été jufqu'i lui porter quelques coups mal â propos et par vivacité. Qu'elle a toujours été du même caractère de douceur lorfqu'il s'agiffoit de quelques-unes de fes vivacités et cela ne l'a pas empêché de continuer. Que dans le mois de mars dernier il a dit à la plaignante et lui a reproché fur ce qu'on lui avoit dit feulement qu'elle fe débauchoit avec un nommé Ribié, acteur, qui avoit demeuré ches eux en cette qualité et qui étoit paffé chez le fieur Nicolet, auffi maître de fpectacle fur le boulevard ; que ce particulier avoit même loué une
chambre dans le quartier du Marais où elle Talloit trouver; et fur cela, nonobftant qu'elle lui certifiât que c'étoient de fort mauvais dictons et rapports qu'on avoit faits contre elle, il injuria beaucoup la plaignante et même lui porta plufieurs coups de poing en différentes fois. Que ces reproches, injures et voies de fait ont été continués par ledit Salé jufque au premier du préfent mois que ledit Ribié, qui avoit appris les mauvais traitemens que ledit Salé faifoit à fa femme relativement à ce que, difoit-on, il avoit dit lui-même à diflférentes perfonnes les faits ci-deffus reprochés par ledit Salé à fa femme, eft venu par-devant nous ledit jour premier mai préfent mois nous déclarer qu'il n' avoit jamais attaqué, ni eu intention d'attaquer l'honneur et la réputation de la plaignante ; qu'il n' avoit jamais tenu à qui que ce foit aucun mauvais propos d'elle et au contraire qu'il la connoiffoit pour une très-brave et honnête femme. Qu'il n'avoit jamais rien vu qui pût la déshonorer en aucune manière : s' étant même réfervé de fuivre ceux qui avoient mis en avant ce qu'ils avoient dit audit Salé et à d'autres perfonnes, difoit-il, de la manière et ainfî qu'il aviferoit bon être ; ce qu'elle plaignante a fu et a vu par l'expédition de cette déclaration qui a été retirée par fon mari. Que tout cela n'a pas empêché que fon mari n'ait continué de l'injurier et maltraiter même cruellement et indignement en faifant retirer fes enfans et fa domcftique loin du lieu où il couche avec la plaignante et après avoir fermé portes et doubles portes et même fenêtres, de lui porter différens coups, la faire déshabiller ou trouffer fes jupes et la fouetter indignement avec des verges, avec défenfe à elle de crier ni de fourciller, fous peine de lui en faire davantage ; ce qui eft arrivé pour la première fois le 20 du préfent mois et a continué ainfi pluûeurs fois jufqu'à aujourd'hui, en lui défendant de n'en rien dire à qui que ce foit fous peine des plus mauvais traitemens : Et cela, difoit-il, pour lui faire avouer qu'elle fe débauchoit avec ledit Ribié, ce qui n'étant pas, elle ne pouvoit fe foumettre jufqu'à lui faire un fi terrible aveu. Que voyant ces mauvais traitemens et ne pouvant les fupporter davantage, elle s'cft retirée chez le fieur AfTeline, fon frère, maître pâtiffier faubourg St-Dcnis, à qui elle n'a pu s'empêcher, ainfi qu'à fa bcUe-fœur, de dire la caufe pour laquelle elle fe retiroit ainfi chez eux. Que fon mari l'a été chercher chez fon frère, l'a ramenée chez lui en lui promettant de ne plus lui rien reprocher, ni de la maltraiter ; mais il n'a pas pour cela difcontinué fes reproches ni fes injures et eft toujours plus prêt à la maltraiter qu'à la traiter comme une femme aimée et refpectée doit l'être. Et comme la plaignante craint tout de la part dudit Salé, fon mari, qui ne cefle point fes injures ni fes infâmes reproches, elle fe réfervé de fe pourvoir de la manière et ainfi qu'elle avifera bon être.
Signé : F. Asseline.
Et le famedi 7 juin audit an 1783, dix heures du foir, eft encore comparue en l'hôtel et par-devant nous commiffaire fufdit, ladite Françoife Afleline, femme dudit Salé, étant et demeurant préfentcment chez ledit fieur Afleline,
Salli. 383
fon frère, maître pâtiflier à Paris, faubourg St-Denis, viJs-à-vis la maifon qui a pour enfeigne l'Échiquier, paroifle St-Laurent, où elle a été obligée de fe retirer cejourd'hui relativement aux faits dom va être queftion : Laquelle, en continuant la plainte qu'elle nous a déjà rendue contre fon mari le 24 mai dernier, nous rend d'abondant la préfeute contre lui et dit que, depuis qu'elle eft rentrée avec fon mari fous la promefle qu'il lui a fait de la bien traiter, il a continué au contraire de la maltraiter, injurier et frapper toujours en lui faifant les reproches portés dans la dernière plainte. Que jeudi dernier, cinq du préfent mois, il lui a porté des coups de poing fur le vifage qui lui ont fait contufion et extravafion de fang tant au nez qu'à l'œil gauche ; cette extravafion s' étendant même des deux côtés du nez et des yeux. Qu'il lui a auffi porté différens coups de pied et de poing fur les autres parties du corps dont au bras gauche et au bas de la cuiffe gauche où il y a auÛi extravafion de fang, le tout ainfi qu'il nous eft apparu, et, fans le fecours des fieur et dame Devienne, qui font leurs aflbciés, qui font venus la tirer de fes mains, il lui auroît apparemment fait un très-mauvais parti. Que cejourd'hui ayant continué les mêmes injures, elle a voulu d'abord fe retirer fi il ne lui promettoit pas, devant les perfonnes qui étoient là préfentes, de ne la plus frapper et maltraiter ; ce qu'il n'a pas abfolument voulu faire en lui difant formellement qu'il ne vouloit pas faire de conditions. Ce qui lui a fait prendre le parti de fe retirer cette après-midi chez ledit fieur fon frère avec propofition d'y refter jufqu'à ce qu'il en foit autrement ordonné fur les pourfuites qu'elle fe réferve de faire contre ledit Salé, fon mari, etc. Dont et de quoi elle nous requiert acte.
Signé ; Maillot ; F. Asseline.
{Archiva du Comm,, no 3790.)
L'an 1786, le vendredi 25 août, trois heures et demie de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Mathieu Vanglenne, etc., eft comparu fieur Nicolas Yon, marchand limonadier à Paris, y demeurant boulevard du Temple, paroifte St-Laurent : Lequel nous a rendu plainte contre le fieur Salle, directeur du Specude des Aflbciés, perfonnellement et encore contre lui comme civilement refponfable des faits de fes acteurs et nonmiément du fieur Pompée et encore contre ledit Pompée et nous a dit qu'à l'occafion de la fête du Roi il avoit mis des lampions en dedans de fa barrière, boulevard du Temple, hier au foir. Que la nuit dernière fur les une heure et demie ledit fieur Salle à la tête de fa troupe, profiunt des clartés que donnoient ces lampions, eft entré dans la barrière du comparant ; que ledit Pompée, qui étoit du nombre et qui tenoit à fa main une bouteille remplie d'eau-de-vie, a jeté à terre et cafté ces mêmes lampions, ce qui a dotmé lieu au comparant de porter fes plaintes
audit fleur Salle et audit fieur Pompée qui loin de Técouter fe font répandus en injures de toutes efpëces contre le plaignant et Ton époufe, l'ont traité de gueux, degredin, de banqueroutier, de jeanf...... de maq , et ledit Pompée a ajouté que fi le plaignant ne Te retiroit pas, il alloit lui f..... fa bouteille à la tête. Le comparant par prudence fe retira, mais ledit Pompée jeta derrière lui la bouteille qui s'eft cafTée et dont les teflbns ont rejailli fur une de fes domeftiques et fur un de fes garçons. Que non content de cette voie de fait, il a encore caflé les carreaux des jours de fouffrance de fon laboratoire qui efl au-deiTous de fa boutique, en proférant toutes fortes de juremens et d'invectives contre le plaignant et la dame fon époufe. Que Pompée a pouffé l'indécence jufqu'à mettre le poing fous le nez à ladite Yon en lui difant : « Tais-toi, facrée mâtine, retire-toi, tu n'es pasf..... pour mettre des lampions à ta porte I » Que cette fcène a duré jufqu'à quatre heures et demie du matin et qu'ils étoient tous munis les uns et notamment ledit Salle de cafferoles, les autres de bouteilles et de verres. Qu'il réfulte de ces faits que la domeflique du comparant a une bleiïure au bras gauche qui lui a été faite par un teiTon de bouteille.
Et comme le comparant a intérêt d'avoir raifon de pareilles injures et voies de fait, il a été confeiUé de venir nous rendre plainte.
Signé : Yon ; Vanglenne.
{Archives des Comm., no 5000.)
L'an 1789, le mardi 17 mars, minuit, eil comparu par-devant nous Achille- Charles Danzel, etc., le fieur Louis-Gabriel Salle, directeur du Spectacle des Aflbciés, demeurant boulevard du Temple : Lequel nous a rendu plainte contre le nommé Robin, ci-devant acteur attaché à fon fpectacle et actuellement à celui de Nicolet, et nous a dit et déclaré que depuis trois mois environ que ledit Robin a quitté le fpectacle du comparant il n'y a pas de propos qu'il n'ait tenus contre lui et d'efclandres qu'il ne lui ait faites ; qu'il a cru d'abord méprifer les infultes qui lui étoient faites, mais ledit Robin vient de renouveler, il y a environ une heure, une fcène que le comparant ne peut pas paffer fous filence. En effet, s' étant rendu fur les neuf heures chez le fieur Raoul, fourreur, rue Grenetat, pour y fouper, ledit Robin, qui en étoit, y eft venu également il y a environ deux heures pendant que l'on étoit à table, eft entré malgré les défenfes qu'on lui avoit faites et s'eft mis à table avec les autres, et a forcé fa femme, qui étoit avec lui, à en faire autant, quoiqu'ils ne fuffent pas invités ; qu'il s'eft mis auffitôt à plaifanter fur le compte du comparant et comme il vit que fa conduite déplaifoit au fieur Raoul et qu'elle alloit lui attirer des défagrémens de la part de ce dernier, il fe leva brufquement de table, prit fa canne dont il menaça le comparant, difant qu'il
Sanders. — Sandham. 385
étoit venu exprès pour rinfulter et fortit en le traitant de f.... voleur, de f.... coquin et de mouchard attaché à la police, et qu'il paiTeroit tôt ou tard par fes mains ; que comme le comparant a tout lieu de craindre les fuites de ces menaces et qu*il eft dans le cas de fe pourvoir pour avoir réparation des injures dudit Robin, il a pris le parti de prier deux des garçons de M. Raoul de raccompagner pour fa fureté et de fe tranfporter auflîtôt en notre hôtel pour nous rendre plainte contre ledit Robin.
Signé : Salle.
Et le premier avril audit an eft comparu le fieur Salle, ci-devant qualifié et dénommé : Lequel nous a dit qu*il fe déûfte de la plainte qu'il nous a rendue le 17 du préfent mois contre le fieur Robin. En conféquence confent qu'elle demeure nulle comme non faite et avenue, renonçant à pouvoir exercer aucune action ni répétition quelconque contre ledit ûeur Robin.
Signé : Salle ; Danzel.
(^Archivés its Comm., n* X089.)
Voy, RiBiÉ (!•' mai 1783).
SANDERS, danseur célèbre du théâtre Royal de Londres, où il exécutait ses exercices sur un fil d'archal, parut à Paris en 1784, sur le théâtre du manège d'Asthley.
(Journal de Paris, i) décembre 1784.)
SANDHAM (M"*), directrice d'une troupe pantomime qui donnait des représentations à la foire Saint-Germain de 1746, sur le théâtre de l'Opéra-Comique, alors momentanément supprimé. Voici les titres de quelques-unes des pièces qu'elle y fit représenter : Arlequin victorieux, pantomime ; l'Athée foudroyé, pantomime; la Fée Carabosse; Arlequin Jason, ou la Conquête de la Toison d'or et les Vendanges de Tempe, suivies d'un feu d'artifice de la composition du sieur Nilock, Anglais.
{DUlionnair* iês Thidlrtt, I, 197, }ii ; II, $01 ;
Sp. — II. 25
SARNI (Jean-Baptiste), acteur du spectacle des Variétés- Amusantes, où il débuta par le rôle de Colin dans le Nœud d* Amour, le jeudi 6 avril 1780.
(^Archives des Comm., n® joaj. ^Journal de Paris, 6 avril 1780.)
SARNI (Claudine-Catherine), sœur du précédent et comme lui actrice aux Variétés-Amusantes, où elle débuta, le 6 avril 1780, par le rôle de Babet dans le Nœud d'Amour.
{Archives des Comm., r\9 5022. — Journal de Paris, 6 avril 1780.)
AUNIER (M"*"), danseuse du théâtre des Grands-Danseurs du Roi en 1774.
{Aîmanach forain, 1775.)
SAURY, acteur du boulevard et entrepreneur de spectacles, était en 1772 sauteur et paillasse chez Nicolet et s'y distinguait par son habileté à faire la parade extérieure. En 1778, il avait un spectacle à la foire Saint-Laurent, et son personnel se composait d'une vingtaine d'acteurs payés en moyenne 2 livres par jour. Pendant le mois de septembre de cette dernière année sa plus forte recette fut de 106 livres, sa plus faible de 21 livres.
{Archives des Comm., n" i$o8. — Aîmavach I forain, 1773, 177$.)
AUVAGE (Anne-Madeleine), née vers 1727, actrice du spectacle de TOpéra-Comique en 1745.
L'an 1745, le famedi 17 avril, cinq heures de relevée, eft conaparuc en l'hôtel et par-devant nous Louis Cadot, etc., Anne-Madeleine Sauvage, fille,
Sauvage, 387
actrice de rOpéra-Comique, demeurante à Paris rue de TËvêque, paroiflTe St-Roch : Laquelle nous a dit que jeudi dernier, fur les trois à quatre heures de relevée, trois particuliers portant épée, jeunes d'âge, à elle inconnus, font, de deflein prémédité, entrés de force chez elle en l'appelant : Gogo, et en difant qu'ils vouloient y entrer et y ont fait un tapage étonnant ; qu'ils ont voulu cafler fes glaces, difant : « Faifons boucan », l'ont menacée de la faire renfermer à l'hôpital, en ajoutant par dérifion qu'ils lui fervoient d'écuyers comme elle defcendoit de chez elle pour fe fauver ; qu'il s'eft perdu une paire de bas de foie blancs neuve pendant ce bacchanal ; qu'elle a eu toutes les peines imaginables de fe retirer de chez elle pour s'efquiver d'entre leurs mains à l'effet d'aller rendre plainte chez l'un de nous et ayant paflTé par chez fon hôte et ayant appris que lefdits particuliers s'étoient retirés elle s'eft imaginé qu'étant détrompés fur fon compte, ils ne reviendroient plus chez elle : mais que cejourd'hui, il y a environ une heure, les mêmes particuliers, aÛiflés d'un autre particulier portant aufli épée, font revenus, ont enfoncé fa porte avec tout le fcandale imaginable, faifant un fi grand tapage qu'il n'eft pas poffible de l'exprimer ; qu'ils l'ont traitée publiquement comme la dernière des miférables, faifant amaffer tout le voifmage et les paflans, voulant encore cafler fes glaces à chaque parole qu'elle vouloit dire ; qu'elle croyoit que c'étoit le dernier moment de fa vie et qu'elle ne peut nous expliquer l'horreur et l'infamie de tout ce que lefdits particuliers ont commis chez elle ; que le plus méchant d'entre eux en habit d'officier blanchâtre s'étant douté, comme il étoit vrai, qu'elle avoit envoyé chercher la garde, eft defcendu dans la cour où il s'ed mis â crier de toute fa force les injures les plus épouvantables contre l'honneur et la réputation d'elle comparante ; que tous les voifins étoicnt à leur fenêtre et très-fcandalifés de la conduite defdits quatre particuliers qui ne fe font retirés que lorfqu'ils ont cru que la garde arrivoit et ont monté dans le carrofle de place dans lequel ils étoient venus chez elle en lui faifant toutes les menaces imaginables, difant qu'ils reviendroient au nombre de vingt aujourd'hui chez elle ; que lorfqu'ils y font entrés de force, ils fe font mis tous quatre à crier de toute leur force : « Ran tan plan tire lire 1 » comme s'ils avoient été dans un mauvais lieu, et fur ce qu'elle refuioit de les embrafler, ils ont caflé une glace et des flacons. Et comme elle n'eft pas en fureté de fa vie et qu'elle a intérêt de prévenir à l'avenir de pareilles scènes et d'obtenir raifon de ce que deflus, elle eft venue nous rendre plainte.
Signé : Cadot; A. M. Sauvage.
Et le mercredi 21 defdits mois et an, heure de midi, eft comparue derechef par-devant nous ladite demoifelle Sauvage : Laquelle nous a dit qu'elle vient d'apprendre que les quatre particuliers qui font venus chez elle, ainfi qu'il eft porté en la fufdite plainte, font les fieurs Leclerc, gendarme, rue du Bouloi ; Roland de la Jillièrc, demeurant rue St-Jacques ou du Plâtre, au Soleil-d'Or, en chambre garnie; Machon, lieutenant dans le régiment d'Artois, logé
rue de la Harpe au collège de Judice, et JelTé Jamin, écuyer, garde du corps, logé rue St-Jacques : Et qu'elle a auflî appris qu'ils alloient partout ainû qu'ils ont fait chez elle et qu'ils voloient tout ce qu'ils pouvoient emporter ; qu'ils ne payoient pas les carrofles qu'ils prenoient ni les foupers qu'ils alloient faire dans les cabarets et chez des traiteurs; qu'ils avoient fait une dépenfe de cent écus dans un cabaret à la porte Maillot où ils avoient fait venir des femmes et qu'ils en avoient fait dépouiller une ou plufieurs pour payer leur écot avec leurs robes. Dont et de quoi elle eft venue nous faire cette déclaration.
Signé : Â. M. Sauvage; Cadot.
{Archives its Comm., n'^ I4}0.)
SAUVAT, entrepreneur de spectacles, avait un jeu de marionnettes à la foire Saint-Germain de 1754. Voy, Maisonneuvb.
SAVIGNONI (la dame), Grecque de nation, tenait un jeu à la foire Saint-Laurent de 1717.
Voy. Terradoire.
SECOND (Pierre), acteur forain et entrepreneur de spectacles, était engagé dans la troupe de Nicolet cadet, en 1757. Dès 1 762 on le voit parcourir les foires avec un jeu de marionnettes. Incendié à la foire Saint-Germain, où il perdit, assura-t-il, 3,950 livres, il reçut une indemnité de 1,300 livres qui lui permit de rétablir son matériel théâtral et de rouvrir son spectacle à la foire Saint-Ovide. En 1774, associé à François Ribié, il montrait à la foire Saint-Germain un Polichinelle haut de cinq pieds deux pouces, des marionnettes qui parlaient et chantaient, et un jeune Polonais de 15 ans qui portait en équilibre une pyramide de 30 verres et 30 lumières sur la pointe d'un clou et exécutait en même temps un long roulement de tambour. Second donnait
Selles. 389
aussi des représentations en ville ; pour l'avoir, il suffisait de le prévenir la veille. En 1777, ce saltimbanque dirigeait encore une troupe de marionnettes qu'il appelait Porenquins ou Fantoccini français.
{Arehivtt dis Comm., no* 85), 1508. — Almûnach forain, 1775. — Mâgnin, Hisioir* iês marionntlUs, 177.)
Voy. NicoLET (François-Paul). Ribié.
SELLES (Christophe), dit Colbiche, acteur forain et entrepreneur de spectacles, reçut les leçons de Moritz von der Beek et devint sous sa direction un très-habile sauteur. En 1701 il forma une troupe et ouvrit, à la foire Saint-Laurent, un spectacle qu'il continua régulièrement pendant quelques années, tantôt seul, tantôt en société avec Alexandre Bertrand. Lors des procès que la jalousie de la Comédie-Française suscita aux comédiens forains. Selles fut comme les autres impliqué dans les poursuites, et en 1706 il fut l'un des plus persécutés. Il lutta alors avec une grande énergie et employa hardiment tous les moyens que la procédure d'alors mettait entre ses mains. Il se servit surtout du conflit de juridiction qu'il fit naître entre le Parlement et le grand Conseil et fut un moment sur le point de triompher. Mais finalement les comédiens français l'emportèrent, et le pauvre Selles, fatigué, dégoûté et vraisemblablement ruiné, quitta Paris pour tout à fait aux fêtes de Pâques de l'année 17 10.
{Mimoirts sur Itt SptettuUs dt /« Foire, I, 24. — Dûticnitdir* des Thidîrts, V, 104.)
L'an 1707, le mardi 15* jour de février» deux heures de relevée, en Thôtel de nous Charles Bizoton, etc., font comparus Pierre-Louis Villot-Dufey et Paul Poiflbn, comédiens du Roi, tant pour eux que pour leurs aflbciés en la Comédie : Lefquels nous ont fait plainte et dit que, au préjudice du privilège à eux accordé par Sa Majefté pour la repréfentation de la comédie, exclufif à toutes autres perfonnes, et de la fentence rendue le 5 mars 1706 entre eux,
la veuve Maurice, les nommés Chriftophe Selles, Reftier , Bertrand et autres danfeurs de corde, lefdits veuve Maurice, Selles et autres continuent toujours la repréfentation de pièces de comédie fur \ts théâtres qu'ils ont édifiés tant rue des Quatre- Vents que préau de la foire, ce qui eft'une contravention précife à leur privilège et défobéiflance à la fentence rendue par M. le Lieutenant général de police ledit jour 5 mars 1706, à eux fignifiée le 13 dudit mois de mars, avec plufieurs commandemens faits en conféquence ; et comme ils ont intérêt d'aflurer la récidive de la contravention auxdits privilège et fentence, ils nous ont requis de nous vouloir tranfporter cejourd*hui, fur les fix heures du foir, dans les loges et théâtres que lefdits veuve Maurice, Selles et autres ont fait édifier, à l'effet de dreffer procès-verbal de leur contravention et de leur donner acte comme lefdits Selles, Bertrand et autres jouent fur leurs théâtres des pièces en dialogues en forme de comédie au préjudice defdites défenfes, pour, icelui fait, être par M. le Lieutenant général de police ordonné ce qu'il appartiendra.
Signé : Poisson; Villot-Dufey.
Sur quoi nous commiJaire avons donné auxdits comparans acte de leurs comparution, dire, réquifition et repréfentation qu'ils nous ont faite de ladite fentence portant défenfe de faire et dire aucun dialogue et pièce en forme de comédie ; en conféquence de laquelle nous étant, fur les fix heures du foir, affifté d'Etienne Biétrix et d'Eutrope Larcher, tranfporté dans le préau de la foire St-Germain, dans une grande loge occupée par Chriftophe Selles, auquel ayant fait favoir le fujet de notre tranfport, montré et exhibé ladite fentence, la femme dudit Selles nous a conduit dans une première loge ayant vue fur le théâtre où nous aurions trouvé plufieurs perfonnes affifes, ainfi que dans les loges, et quantité de monde dans le parterre. Et avons remarqué deux voltigeurs de corde, l'un en l'air fur une corde au-delTus du théâtre et l'autre au-deffus du parterre ; qu'après avoir voltigé pendant un quart d'heure, avons vu qu'ils ont tiré un grand rideau, qui partage le théâtre, et qu'auflltôt a paru fur icelui deux acteurs, l'un nommé Marforio et l'autre Pafquin, vêtus en arlequin, et un troifième nommé Pierrot qui a attiré un tonneau d'où eft forti au milieu du théâtre ledit Marforio ; qu'ils ont fait plufieurs dialogues enfemble de propos interrompus et fans fuite ; qu'il a paru enfuite deux femmes dans une autre fcène avec un docteur qui ont pareillement fait plufieurs dialogues de femblables propos, plufieurs danfeurs dans les entr'actes et plufieurs fcènes où lefdites femmes ont chanté avec lefdits Marforio et Pafquin et ledit Pierrot ; que fur la fin plufieurs fauteurs ont fait divers fauts au milieu du théâtre avec quelques jeunes enfans et enfuite ont fini par un dialogue entre lefdits Marforio et Pafquin (i), aufli fans fuite, et toutes fcènes
(i) Pasquin et Marforio, médecin des mœurs, comédie de l'ancien Théâtre-Italien, en trois actes, en prose française et en vers libres, avec spectacle, chant et danse, par Dufresny et Brugiére de Barante, représentée le ) février 1697.
Selles. 391
différentes et coupées de plufieurs dialogues qui ont fini après huit heures par une annonce faite par ledit Pafquin qu'ils joueroient demain la pièce des Chinois, Dont et de ce que deffus avons donné acte auxdits plaignans et dreflé le préfent procès-verbal.
Et le lendemain mercredi, 16* février audit an 1707, dix heures du matin, font comparus lefdits Dufey et Poiflbn, lefquels, ayant pris communication du procès-verbal par nous fait et drelFé le jour d'hier en la loge dudit Selles, ils nous ont dit que la contravention eft bien prononcée. Pourquoi ils nous requièrent qu'il en foit par nous référé à M. le Lieutenant général de police pour être par lui (latué ce qu'il appartiendra.
Signé : Poisson ; Villot-Dufey.
En conféquence duquel réquifitoire nous étant, avec lefdits fîeurs PoifTon et Dufey, tranfporté en l'hôtel et par-devant M. le Lieutenant général de police auquel ayant fait rapport des dire, réquiiîtion et procès-verbal ci-deflus, M. le Lieutenant général de police a ordonné que ledit Selles fera adigné à vendredi prochain en la chambre de police pour répondre fur le contenu au préfent procès-verbal et la préfente ordonnance exécutée nonobftant oppofitions ou appellations quelconques fans préjudice de l'appel.
Signé : De Voyer d'Argenson.
{Archivés des Cemm., n9 2467.)
L'an 1708, le premier jour de mars, quatre heures de relevée, en l'hôtel de nous Simon-Mathurin Nicollct, etc., font comparus fieurs Pierre-Louis Villot, fieur Dufey, et Marc-Antoine Legrand, comédiens du Roi, tant pour eux que pour les autres comédiens du Roi, leurs confrères, qui nous ont dit que, par brevet à eux accordé par Sa Majefté, arrêts et règlemcns de police, ils font établis et ont feuls le droit de faire des repréfentations des tragédies, comédies et pièces de théâtre en cette ville de Paris ; cependant plufieurs particuliers fe font introduits et s'introduifent depuis un tems fous différens prétextes de danfes de corde, jeux de marionnettes et autres femblables que leur permet M. le Lieutenant général de police, de repréfenter des comédies et pièces de théâtre de la même manière que peuvent faire lefdits fieurs comparans, ce qui e(l tout â fait contraire aux intentions du Roi et directement contre leur établilTement et leur caufe un dommage confidérable. Lefdits comédiens du Roi fe font pourvus par-devant M. le Lieutenant général de police qui, par plufieurs fentences confirmées par arrêts du Parlement, a fait défenfe auxdits particuliers de repréfenter des comédies. Cependant, au mépris de ces fentences et arrêts, ils continuent journellement leurs repréfenta-
tions de comédies différentes fur des théâtres publics qu'ils ont fait élever et condruire dans le préau de la foire St-Germain, qu'ils annoncent par des affiches et placards publics femblables à ceux defdits comparans. C'eft pourquoi ils nous requièrent de préfentement nous tranfporter chez le nommé Selle, dans le préau de ladite foire où il a fait élever un théâtre public fur lequel il fait faire lefdites repréfentations de comédies, pour leur en donner acte et defdites contraventions auxdites fentences et arrêts et en drefler notre procèsverbal, etc.
Signé : Legrand ; Villot-Dufey ; Nicollet.
Sur quoi nous commifTaire, etc., fommes ledit jour, fur les fix heures de relevée ou environ, tranfporté dans le préau de ladite foire St-Germain, chez ledit Selle, où nous avons vu un théâtre public et dans la falle d'icelui quantité de perfonnes. Et après des danfes de corde et les fauts fur le théâtre, la toile étant levée et coulifTe tirée, a paru trois acteurs, l'un fous le nom de Neptune, les autres fous les noms d'Arlequin et Mezzetin, qui ont joué et repréfenté la fcène de Protée et de Glaucus ; enfuite de laquelle feroit pani ledit Arlequin fous la figure d'un marchand forain ayant une valife et une caflette, et un aubergiile et une aubergifte, lefquels ont joué et repréfenté^ fcène d'un marchand joaillier ; celle du comédien repréfentée par Arlequin et Mezzetin fous d'autres noms; celle de l'incendie jouée et repréfentée par Colombine et Arlequin. La première fcène de parodie a été jouée par Ifabelle feule ; la féconde repréfentée par Ifabelle et Colombine, la troifième par Arlequin en Titus et Scaramouche en Paulin ; la quatrième par Colombine en Bérénice et Arlequin en Titus : et enfuite auroit été joué et repréfenté le Plaidoyer de Protée par un juge et plufieurs officiers, Pillardin et Laruine, procureurs, et les autres une épée au côté fous le nom de Griffons et le Docteur ; ce qui nous a fait connoître que ladite pièce étoit celle à* Arlequin Protée (i), jouée autrefois fur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Dans toutes les fcènes de laquelle pièce nous avons remarqué que lefdits acteurs et actrices fe parloient et répondoient tout haut, enfemble, par dialogues fur le théâtre, de la même manière qu'il fe fait fur le théâtre de la Comédie-Françoife.
Dont et de quoi nous avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Villot-Dufey ; Legrand ; Nicollet.
(^Archives des Comm,, no 3470.)
Voy, Bertrand (Alexandre); Francassani; Lajoute; Maurice (19 février 1706).
(i) ArUquin Protée, comédie de l'ancien Théâtre-Julien, en trois actes italiens, coupés de prose française et de vers, par de Fatouville, représentée le lundi ii octobre 1683 ^^ reprise à la nouvelle Comédie-Italienne en 1719. Cette pièce renfermait une parodie de la Bérénice de Racine.
Séraphin. 393
SÉRAPHIN (Dominique-Séraphin FRANÇOIS, dit), né en 1747, mort en 1800, entrepreneur de spectacles aux foires et au Palais-Royal, commença sa carrière par jouer du violon dans les cabarets en vogue de Belleville et des Porcherons. En 1772, il établit à Versailles un petit théâtre de marionnettes qu'il appela d'abord Us Ombres chinoises et ensuite Spectacle des Enfants de France, à cause des représentations qu'il avait données devant les enfants de la famille royale. En 1774, Séraphin vint à Paris et ouvrit son théâtre, pendant les mois de juiHet et d'août, à la foire Saint-Laurent. Au mois de septembre suivant, il s'installa définitivement au Palais-Royal, où les Ombres chinoises et les Feux arabesques du sieur Séraphin, breveté de Sa Majesté, donnèrent leur première représentation le 12, à six heures et demie. « Cefpectacle, dit le Guide des amateurs à Paris, eft fitué au premier étage des bâtimens neufs du Palais-Royal et a fon entrée par l'arcade n* 127. L'on y voit des feux arabefques d'un nouveau genre et des tableaux où fe paflent des fcènes nouvelles et amufantes. Les ombres chinoifes produites par diflférentes combinaifons de lumières et d'ombres y repréfentent au naturel toutes les attitudes de l'homme et y exécutent des danfes de corde et de caractère avec une précifion étonnante. Des animaux de toute efpècey paffent en revue et font auffi tous les mou vemens qui leur font propres fans qu'on aperçoive ni fil, ni cordon pour les foutenir ou les diriger. Ce fpectacle, plaifant, agréable et varié, commence tous les jours à fix heures du foir. Il y a deux repréfentations les dimanches et fêtes, l'une à cinq heures et l'autre à fix heures et demie. Premières places I livre 4 fols et 12 fols les fécondes. » Les auteurs les plus connus qui ont composé des pièces pour le théâtre de Séraphin sont Dorvigny, Gabiot de Salins, Guillemain et Maillé de Marencourt.
(Journal d* Paris, juUlct, âoftt et septembre 1784. — GuùU dêt ûmûlêurs *t dts étr*mgtrs voyagturs à Pûrit, par Thiéry, I, 28$. — Mâgnin, Hirtoirt (Us MûrionmgUts, 18), — Jal, DUtionnairt i* Hêgraphit «f d'bittcirt, 1123.)
394 ^^^ Spectacles de la Foire,
L'an 1767, le dimanche 23 août, du matin, eft comparu en l'hôtel et pardevant nous, Nicolas Maillot, etc., Séraphin François, muficien, demeurant au Lion d'Or à la Courtille, au cabaret tenu par le nommé Tonneau, paroifle de Belleville : Lequel nous a déclaré et dit que s'étant endormi hier au foir dans une barrière fur le boulevard du Temple, lorfqu'il s'eft réveillé il s*e(l trouvé volé de fon chapeau de caftor à bourdaloue, bouton et ganfe d'or, de fa tabatière de carton peinte en violet et vernie, de fon mouchoir à carreaux bleus et blancs, qui étoient dans Tes poches, et de Tes boucles de fouliers et de jarretières de ûmilor, à l'exception d'une des boucles de Tes jarretières du côté droit fur lequel apparemment il étoit couché, ne lui ayant été rien pris dans fes poches droites. Faifant la préfente déclaration pour fervir et valoir ce que de raifon.
Signé : Maillot ; Séraphin François.
(Archives i«s Comm., n^ 37740
SERIN SAVANT, oiseau que faisait voir le sieur Lemoîne à la foire Saint- Germain de 1774. Cet animal désignait l'heure, savait les quatre règles et répondait aux questions en désignant sur un alphabet les lettres convenables aux mots qu'il avait à dire. Il y avait trois représentations par jour : à quatre heures, à six heures, à huit heures. Les premières places coûtaient 24 sols, les deuxièmes 12 sols.
{A Imanach forain, 177$.)
SERVANDONI (Jean-Nicolas), peintre, architecte et entrepreneur de spectacles, né en 1695, mort en 1766, a donné pendant plusieurs années, sur le grand théâtre des Tuileries, différentes pièces à machines qui furent très-goûtées du public. Le théâtre de Servandoni n'était ouvert que pendant le temps pascal, au moment où les autres scènes étaient fermées. Voici les titres des pièces qui y furent exécutées et qui sont de sa composition : la Représentation de l'église Saint-Pierre de Rome (1738), Pandore (^ij-^^), la Descente d'Énée aux Enfers Ç1J40), les Travaux d'Ulysse (1741), Léandre et Héro (1742), la Forêt enchantée, spec-
Servandoni, 395
tacle en cinq actes, orné de machines, animé par des acteurs pantomimes et accompagné de musique du sieur Geminiani, tiré de h, Jérusalem délivrée, du Tasse (1754); le Triomphe de V amour conjugal (1755), pantomime où Rousselet, ancien acteur de la Comédie-Française et de TOpéra-Comique, avait un rôle. Il faut encore y ajouter la Conquête du Mogol par Thomas Kouli Kan, roi de Perse, et son triomphe, pantomime en cinq actes, et la Constance couronnée, pantomime en cinq actes.
(Dictionmsir* des Thiâlres, V, 13c ; VI, 615, 726. — CatalogMt dt M. d* Soleiniu, III.)
L'an 1740, le 21 avril, fix heures et demie de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Charles de La^ergée, etc., eft comparu fieur François-Noêl Lemarié, artificier du Roi, demeurant rue de la Harpe, paroifle St-Severin : Lequel nous a dit et déclaré que depuis le 5 du préfent mois jufqu'au jour d'hier, lui comparant a toujours repréfenté l'artifice qui fert à la pièce que le fieur Servandoni fait repréfcnter au palais des Tuileries, et ce fuivant les ordres du fieur Servandoni et les prix qu'ils font convenus entre eux par chaque repréfentation et dont lui comparant convient avoir été payé jufqu'à ce jour i raifon de 36 livres par repréfentation. Et quoique lui comparant ait fatisfait à tout et que ledit fieur Servandoni ait lieu d'être content de lui, cependant il a été furpris que cejourd'hui, il y a une demi-heure, lui comparant s'étant préfenté dans la falle où fe repréfenté ladite pièce, de trouver un autre artificier nommé le fieur Guérin, artificier du Roi, pour faire l'artifice de la repréfentation de cejourd'hui, et que les fuiffes et l'époufe du fieur Servandoni lui ont refufé la porte et dit que l'on n'avoit que faire de lui quoiqu'il y fût avec l'artifice ordinaire et ce dont il n'avoit pas été averti par le fieur Servandoni ni perfonne de fa part, et qu'au contraire ledit fieur Servandoni a envoyé ce matin chez lui comparant une perfonne à lui inconnue qui lui a donné neuf louis en argent, dont lui comparant a donné quittance par-devant notaire, et cette perfonne lui a dit de la part dudit fieur Servandoni de ne pas manquer de venir ce foir avec l'artifice ordinaire, ce qu'il a fait. Et attendu le refus et la fubditution d'un autre artificier en fon lieu et place, il eft venu nous requérir acte de ce que deflus et nous a repréfenté 21 pièces d'artifices, favoir, huit gros jets en brillans, quatre petits jets en pluie d'or à efcopetterie, un pot à étoiles, un pot à aigrette à étoiles et huit gros pots à feu qui étoient dans deux facs de toile portés par un de fes garçons.
Signé : Lemarié ; de La Vergée.
{Archives des Comm., n« 5021.)
39^ L^s Spectacles de la Foire.
Interrogatoire fubi par Servandoni devant le commijfaire Demortain à la requête de JacqtuS'Philippe-Auguftin Douchet, bourgeois de Paris.
Mardi 23 août 1740.
Interrogé de Tes noms, âge, qualité, demeure ?
A dit s'appeler Jean Servandoni, âgé de 46 ans, architecte et peintre da Roi, demeurant rue St-Thomas-du-Louvre, à Thôtel de Longueville.
S'il connoît le fieur Douchet ?
A dit qu'il ne le connoit point, mais peut le connoitre de vue.
S'il n'eft pas vrai que le fleur de Laboulaie ait procuré audit fieur Douchet la connoiJance du fieur Servandoni il y a environ un an ?
A dit qu'il ne fe reiTouvient pas de cela.
S'il n'eft pas vrai que le fieur Servandoni, iyant vu une pièce en vers faite par le iîeur Douchet, parut s'attacher à lui et le regarder comme un ami ?
A dit qu'il n'a pas vu la pièce de vers dont on lui parle, ne s'eft pas attaché au fieur Douchet puifqu'il ne le connott point et n'a pu le regarder comme fon ami.
S'il n'eft pas vrai que le fieur Servandoni propofa au fieur Douchet, vers la fin du mois de février 1740, de l'aider dans fon fpectacle de la DefcenU d*Ènée aux enfers en ce qui regardoit la littérature ?
A dit qu'il n'a point chargé le fieur Douchet d'aucune chofe et que cela a été le fieur Roy, poète, qui lui a donné le fujet et a fait les ouvrages néceffaires pour parfaire la pièce de la Defcente d'Énée aux enfers.
S'il n*eft pas vrai que le fieur Servandoni chargea le fieur Douchet de lui faire quatre feuilles où le fieur Douchet mettroit par ordre les noms des acteurs, des figures et des monftres qui dévoient entrer dans ce fpectacle et les caractériferoit félon l'idée de Virgile et Thiftoire poétique ?
A dit que non et qu'il ne Ta chargé de rien.
A lui repréfenté quatre feuilles de papier fur lefquclles font écrits les noms des figures, les converfations que l'on fait tenir aux acteurs et les monllres qui font entrés dans la pièce de la Defcente d'Énée aux enfers, fommé de reconnoître lefdites feuilles pour être le projet de ladite pièce et être fait par ledit Douchet pour ledit fieur Servandoni ?
A dit qu'il ne connoît point lefdites feuilles ; qu'il étoit libre audit Douchet, ainfi qu'à tout autre, de traiter le même fujet que lui, puifqu'il n'y a qu'à prendre Virgile et à le fuivre.
S'il n'eft pas vrai que le fieur Servandoni promit audit Douchet de le récompenfer de fes peines, foins et travaux ?
A dit qu'il n'a rien promis audit Douchet ; qu'il ne le connoît même pas ;
Servandoni. 397
que c'efl un impofteur et que lui répondant peut prouver par tous ceux qui ont été employés audit fpectade, que ledit Douchet n*a eu aucune part audit ouvrage dont la conduite a été faite par lui répondant, le fieur Roy, poète, et le (leur Meimbré (i) qui a diftribué les rôles et inftruit les acteurs.
S'il n'eft pas vrai que le fieur Servandoni chargea le fieur Douchet d*expofer tout Ton projet dans cinq actes, marquer dans chacun des rôles des acteurs les différentes imprellions et mouvemens qu'ils dévoient prendre félon ridée de Virgile ?
A dit que le fait efl faux.
S'il n'a pas connoiflTance d'un billet que lui a fait voir le fieur Douchet écrit de la main du fieur de Laboulaie, conçu dans ces termes : u Je ne fais fi vous fongez à faire compofer le livret ; û c'eft de votre goût comme du mien, je trouve le fieur Douchet en état de le compofer? »
A dit qu'il n'a rien vu de tout cela.
S'il n'eft pas vrai que le fieur Servandoni chargea le fieur Douchet de compofer k livret ?
A dit que non.
S'il n'eil pas vrai qu'il foit convenu que le profit feroit partagé entre lui et le fieur Douchet ?
A dit que non, ne l'ayant chargé de rien.
Interpellé de dire s'il n'eft pas vrai que lui Servandoni a commandé audit fieur Roy le livret que lui Douchet avoit fait de ladite pièce en cinq actes, contenant les rôles des acteurs, et que c'eft fur le projet dudit Douchet que le fieur Roy a fait celui qui a paru imprimé ?
A dit que non.
S'il n'a pas connoifiance que M"* Servandoni chargea le fieur Douchet d'un billet écrit de fa main pour M"« Piflbt, conçu en ces termes : « Je prie Madame Piiïbtde donner à M. Douchet un livre del'hiftoire de Panior^ pour compofer celui de la Défunte d'Ènie aux enfers : Elle obligera, etc. »
A dit qu'il n'a pas de connoifTance du fait et qu'il fe peut faire que la dame fon époufe ait fait préfcnt d'un livre audit Douchet.
S'il n'eft pas vrai qu'il lui fît envoyer des livres pour le compofer dont le fieur Douchet a encore quelques-uns entre les mains ?
A dit qu'il ne lui a envoyé aucun livre de fa part.
S'il n'eft pas vrai que le fieur Servandoni fit faire le livret par un autre ?
A dit qu'il l'a fait faire par le fieur Roy qui lui en a donné le fujet.
Pour quel motif le fieur Servandoni a fait faire le livret par un autre après en avoir chargé le fieur Douchet et après que le fieur Douchet l'eut compofé?
(1) Mjtinbrty, de Londres, auteur de plusieurs pantomimes représentées avec succès en 1740, 1741 et 174a, à la foire Saint-Germain, sur le théître de Jean Restier et de la TeuTe Lavigae, par U Gfnd» Tronp* étr*ngére.
A dit qu'il n'a pas chargé le (ieur Douchet de faire le livret, ni ne l'a chargé d'aucune chofe concernant Ton fpectacle.
Interpellé de dire s'il n'eft pas vrai que lorfque le fieur Servandoni a follicité la révocation de la permiffion d'imprimer ce livret compofé par ledit Douchet, il a dit à des perfonnes refpectables que ledit Douchet n'avoit pas travaillé pour lui, qu'il ne le connoiflbit pas et que le livret du fieur Douchet étoit un vol qui lui avoit été fait ?
A dit qu'il convient d'avoir dit ce qui eft porté par la demande et le foutient.
S'il n'eft pas vrai qu'il a dit au fieur de Lamagnière, premier valet de chambre de M. le duc de Gefvres, que ledit fieur Douchet avoit travaillé pour lui ?
A dit qu'il ne peut avoir dit pareille chofe au fieur de Lamagnière puifqu'il ne le connoît pas.
S'il n'eft pas vrai qu'il a choifi le fieur de St-Léon pour copier l'ouvrage du fieur Douchet ?
A dit que le fieur de St-Léon eft fon copifte ordinaire ; qu'il ne lui a pas fait copier l'ouvrage dudit fieur Douchet ne l'ayant pas chargé d'en faire, et que fi il a copié quelque ouvrage dudit Douchet, cela a été par l'ordre du fieur Douchet.
S'il n'eft pas vrai qu'il ait envoyé le fieur de la Force, maître tailleur, chercher le fieur Douchet à dix heures du foir pour avoir le corps de la pièce, le faire voir et le remettre au fieur de Mainbray qui a exercé les acteurs ?
A dit que non.
Interpellé de dire s'il n'a pas fait propofer un accommodement audit fieur Douchet par le miniftère du fieur de Laboulaie après que ledit Douchet eut fait affigner le fieur Servandoni ?
A dit que non et que le fieur de Laboulaie eft même indigné du procédé dudit Douchet.
Interpellé de dire par quel motif il a fait arrêter Timpreffion et le débit du livre compofé par ledit Douchet ?
A dit que c'eft parce qu'ayant appris par M. le Lieutenant général de police qu'il avoit accordé la permiffion d'imprimer le livret de la Defcmte d*Ènée aux enfers et lui répondant n'ayant pas connoiffance dudit ouvrage, il a prié le Lieutenant général de police d'en empêcher Timpreflion, ne fâchant pas ce que contenoit ce livret.
Interpellé de dire s'il n'eft pas vrai qu'au mois de novembre de l'année dernière ledit fieur Douchet lui a prêté huit louis d'or ?
A dit que non.
Interpellé de dire s'il entend récompcnfer ledit Douchet des peines et foins qu'il a pris pour la conduite de fon fpectacle ?
A dit qu'il ne le connoît point, qu'il n'a rien fait pour lui, qu'il ne lui doit rien et au contraire demande des dommages et intérêts pour fon tems perdu.
Seureite. — Silli. 399
S'il n'eft pas vrai que le fleur Servandoni n'a pas rempli les promefles et conventions faites entre lui et le fleur Douchet ? A dit qu'il ne lui a rien promis et qu'il n'a fait aucune convention avec lui.
Signé : Le Chevalier Servandoni ; Demortain.
{Archivas dis Comm., n» 3365.)
SEURETTE (M"« GEOFFRION, dite), sœur de M"» Geoffrion, dite Lafrance, et comme elle actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi. Elle y a joué, entre autres rôles, celui de Peggy dahs Gack Pudding, le 19 février 1780.
(Journal de Paris, 19 février 1780. — Le Chroniqueur disauvri, !• ^4*)
EVIN (Jean), né vers 1758, acteur de TAmbigu-Comique, y jouait dès 1772 et remplissait les rôles àQ paysans.
(Almamoeh forain f 177}.)
Lundi 8 janvier 1781, fept heures du foir.
Jean Sevin et Louis Neveu, acteurs du fpectacle de l'Ambigu-Comique, arrêtés par le fieur Seigneur, officier de la garde de Paris, à la réquifition du fieur Audinot, directeur dudit fpectacle, pour avoir manqué de fe trouver à l'heure du fpectacle (i). Au For-l'Évêque, au fecrct, par Maflbn, fergent.
{Archives des Comm., n^ S*'''*)
SIAMOIS (François CHANDERI, dit), joueur de gobelets à la foire Saint-Laurent de 171 3.
Voy. Terradoire.
SILLÉ (Julie), née en 1764,* actrice au spectacle des Associés en 1784.
(Archives des Comm., n« 3791.)
(1) On jouait, le 8 janvier 1781, à rAmbijçu-Comique, spectacle demandé : le Prince noir et hlanc, pantomime à spectacles mêlée de dialogues, féerie en deux actes, par Audinot et Arnould Mussot, précédée du Remède à l'ennui, pièce en un acte, et des Pins courtes Folies, proverbe joué par des enfants.
SILVESTRE (Guillaume), né en 1729, danseur de corde du jeu de Gaudon en 1760.
Mercredi i«' octobre 1760.
Arreftation de Guillaume Silveftre, âgé de 3 1 ans, danfeur du jeu de Gaudon, demeurant faubourg St-Lazare, prévenu d'avoir volé et fait vendre à fon profit des plats et afiiettes en étain appartenant à un marchand de vins qui lui foumifloit à manger.
{Archives des Comm., n" 2671.}
SILVESTRE (M"*), danseuse au jeu de l'Artificier hollandais à la foire Saint-Laurent de 1757.
Voy. Artificier hollandois (1').
SIMONET (M"*), actrice du boulevard, faisait, en 1782, partie de la troupe de l'Ambigu-Comique, où elle a joué Julie dans le Cabinet des figures y ou le Sculpteur en bois, comédie en un acte, en prose, par Mague de Saint-Aubin, représentée le jeudi 25 juillet de cette même année. Quelques mois plus tard. M"* Simonet fiit engagée au spectacle des Grands-Danseurs du Roi, où elle joua avec un grand succès, le 7 juin 1783, Isabelle dans le Calendrier des vieillards,
(Journal de Paris, 7 juin 1783. — Brochure intitulée : le Cabinet des figures, Paris, Cailleau, 1784.)
SINGE MUSICIEN. On montrait à la foire Saint-Germain de 1772 un singe qui jouait de la vielle et qui exécutait dans la perfection un air sur cet instrument. Son maître l'accompagnait avec une mandoline.
{Mémoires secrets, VI, lia.)
Sadi. — SordU. 40 1
SODI, danseur de rAcadémie royale de musique et maître des ballets de la Comédie-Française, parut sur le théâtre de rOpéra-Comique pendant la foire Saint-Laurent de 1752 et y dansa, avec Cosimo Maranesi et M*^^ Bugiani, le pas de trois des Batteurs en grange.
{DMmnnin du ThUtru, V, x8x ; VI, |^)
SOLANGE (Marie ROUSSELOT, dite), femme du sieur Bernard Lecat, dit Pompée, actrice du spectacle des Associés en 1787.
Foy. Pompée.
SOLDI, directeur d'une ménagerie, montrait des animaux à la foire Saint-Germain de 1774 et entre autres un buffle à une corne, des génisses jumelles attachées ensemble, un singe de cinq pieds, un cheval n'ayant que trois jambes, deipc chiens jumeaux dont l'un n'avait que deux pattes et l'autre six, et un bélier sachant compter et connaissant la valeur des monnaies.
SOPHIE (M"')> ^^^ ^ ï7^^> actrice du thatre de TAmbigu- Comique, où elle débuta dès 1772, était encore attachée à ce specude en 1782, époque où elle joua le rôle de Madame Mistanfiute, femme de charge, amante de Carmagnole, dans Carmagnole et Guillot Gorju, tragédie pour rire, de Dorvigny et Dancourt, représentée le 2 janvier de cette même année.
(Alménmeh foraim, 1773. — Brochare iminilée : OirmufncU 4t GuiUo» Gcrjm, ATignon, 1791O
SORELLE (Marie), femme de Jean-Pierre-Adrien Dérissart, dit Derci, actrice du spectacle des Associés en 1787. Voy, Pompée.
Sp. — II. 26
SORIN, acteur forain, débuta en 1707 au jeu de Nivellon et y joua les me:(:(etins, les travestis, les sultans et les pères. Il y fit connaissance de Richard Baxter, acteur de la même troupe, et le suivit, de 1713 à 171 6, chez la dame Baron, à qui il servit de prête-nom en 171 3, époque où elle se trouvait sous le coup de poursuites de nombreux créanciers. En 1 718, il alla donner des représentations en province avec Baxter et revint avec lui à Paris en 1721, époque où il entra comme lui dans l'association faite pour l'exploitation d'un Opéra-Comique à la foire Saint-Laurent, par Pierre Alard, Lalauze, M"* d'Aigremont, Maillard et sa femme. Cette entreprise ne réussit pas et Sorin se retira chez ses parents. Il est mort vers 1730.
{Mémoires sur Us Spectacles de la Foire^ I, 120.)
L'an 1714, le io« jour de feptembre, environ les cinq heures de relevée, en Thôtel de nous François Dubois, etc., eft venu fieur Etienne Milache fieur de Moligni, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, defquels il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous a fait plainte et dit que, au préjudice de plufieurs fentences de police, arrêts du Confeil et arrêts et règlemens du Parlement qui font défenfe aux danfeurs de corde de jouer ou faire jouer et repréfenter fur des théâtres publics aucune pièce ni comédie par dialogues, colloques, monologues ni autrement de quelque manière que ce puiffe être, fous les peines y portées, même de démolition des théâtres ; néanmoins les fieurs Sorin, Baxter, leurs aflbciés et autres chefs de troupes de danfeurs de ^corde, au mépris defdits arrêts, ne laiffent pas de faire jouer et repréfenter publiquement et journellement des pièces de théâtre et comédies fuivies et par fcènes et actes fur des théâtres publics qu'ils ont fait élever à cet effet es environs de la foire St-Laurent, dans lefquelles pièces les acteurs et actrices fe parlent et fc répondent les uns aux autres en profe félon le fujet de la pièce comique qu'ils repréfentent et jouent ; ce qui forme des comédies complètes et eft directement contraire auxdits arrêts. Pourquoi il nous requiert de préfentement nous tranfporter dans la loge et falle defdits Sorin et Baxter à ladite foire St-Laurent où fe font et fe jouent lefdites comédies, à l'effet d'en dreifer procès-verbal et lui en donner acte defdites contraventions auxdits arrêts et règlemens qui font un préjudice notable auxdits comédiens du Roi et font contraires au
Sorin. 403
privilège qu'il a plu au Roi d'accorder auxdits comédiens de Sa Majefté pour leur établilfement qu'ils font obligés de foutenir avec grands frais et dépenfes, fe trouvant tous engagés dans un fonds de plus de 300,000 livres pour leur hôtel de la Comédie, rue des Fossés-St-Germain.
Signé : E. Milache de Moligni.
Sur quoi nous commiflaire, etc., fommes ledit jour, environ les (ix heures de relevée, tranfporté en la falle et jeu de danfe de corde defdits Sorin et Baxter à la foire St-Laurent, où, après le jeu de danfes de corde fini, il a été repréfenté fur un théâtre orné de décorations, de ludres et de machines différentes, ifne pièce comique qui a pour titre : Je Tombeau de Noftradamus et Ar- Uquin Mahomet (i), en plufieurs fcènes que les acteurs et actrices chantent, et pendant le cours de la pièce la plupart des acteurs et actrices fe parlent et fe répondent fur le môme fujet de la pièce par de courts dialogues et colloques en profe environ en vingt endroits de la pièce, Porchedre rempli et compofé de douze particuliers qui jouent enfemble de chacun un infiniment de mufique. De quoi nous avons fait et drcffé le préfcnt procès-verbal.
Signé : Dubois.
ÇArehivts dei Comm,, n^ 3705 •)
L'an 1718, le 1 5« jour de mars, nous Louis Poget etc., fur le réquifitoire des Comédiens-François, nous fommes tranfporté ledit jour 15e de mars, fur les cinq heures du foir en une falle et loge fituée rue des Quatre- Vents à côté de la porte de la foire et faifant face à la rue de Toumon, et en y allant avons remarqué tant au coin de plufieurs rues qu'à la principale porte de ladite falle plofieurs affiches ayant pour infcription : Opéra-Comique de Bel^Air, et que Ton doit repréfenter dans ladite falle plufieurs pièces comiques ayant pour titres : la Gageure de Pierrot (2), le Pharaon (3) et Pierrot furieux (4). Et étant entré dans ladite falle, nous avons remarqué qu'il n'y a eu aucune danfe de corde et que fur les fix heures du foir il a été repréfenté fur un théâtre orné de luflres et de décorations différentes, une pièce comique en trois actes ; que le premier acte avoit pour fujet la Gageure de Pierrot ; que dans ledit acte jouoient le nommé Sorin fous le nom de Gros-Lucas, le nommé Dolet fous le nom de Nicaifc, un Arlequin, un Pierrot et plufieurs autres acteurs et ac-
(i) Arltquin Mabomet, opéra comique en un acte et en vaudevilles, par Letage, précédé d*ua prologue intitulé : la Foire de Guihray; le Tomheau deNostradamus, pièce en un acte, par Lesage. (a) La Gageure dr Pierrot, opéra comique en un acte, de Fuzelier. ()) Pharaon, opéra comique en un acte, par le même. (4) Pierrot furieux, parodie, par le même, de la tragédie lyrique de Roland, par Quinault et LoUy.
trices ; que le Second adte a^t pour Aijet k Pharooê, dans lequel jouoient le nommé Molin foas le nom de Crifpin et de vicomte de Badtudancoort, ledit Sorin fous le nom de MaufTadinet avec plufieurs autres acteurs et actrices, et que le troiûème acte avoit pour fujet Pierrùt le furieux, dans lequel jouoient pareillement ledit Sorin fous le nom de Gros-Jean, ledit Pierrot et ledit Arlequin et plufieurs autres acteurs et actrices ; que dans lefdits trois aaes les acteurs et actrices chantent pour repréfenter le fujet de la pièce et que pendant le cours d'iceux tous lefdits acteurs et actrices fe parlent et fe répondent quelquefois et très-fouvent fur le même fujet de la pièce qu'ils repréfentent, par de courts dialogues et colloques en profe et ce dans prefque toutes les fcèaes de ladite pièce et particulièrement lefdits Sorin, Dolet et Molin, Arlequin ec Pierrot qui fe parlent les uns aux autres et lient leur difcours au fujet de la pièce qu'ils repréfentent, en forte qu'ils parlât beaucoup plus qu'ils ne chantent, ce qui forme une pièce complète ainfi qu'il en eft repréfenté fur le théâtre des Comédiens du Roi. Et avons auili remarqué qu'il y a eu plufieurs changemens de décoration pendant le cours defdits trois actes et qu'il y avoit dans ladite falle on orchelbe rempli de douée particuliers ou environ qui jouoient enfemble de chacun un infiniment de mufique et qu'il y a eu aufli plufieurs danfes différentes fur ledit théâtre pendant le cours defdits trois actes, ce qui a duré jufqu'â huit heures et demie du foir. Dont et de quoi nous avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Poget.
Archivés du Comm., n« 2758.)
L'an 17 18, le 28^ mars, environ les cinq heures de relevée, en Thôtel de nous François Dubois, etc., font comparus fîeurs Georges-Guillaume Lavoy, Charles Botot-Dangeville, Antoine Chantrelle-Duboccage et Jean-Baptifte- Maurice Quinault, comédiens ordinaires du Roi : Lefquels tant pour eux que pour les autres comédiens ordinaires du Roi dont ils nous ont dit avoir charge et pouvoir, nous ont fait plainte et dit que, quoique par plufieurs fentences rendues par M. le Lieutenant général de police et arrêts confirraatifs d'icelles, règlemens de la Cour et arrêts du Confeil, il foit défendu à tous danfeurs de corde et autres de repréfenter fur des théâtres publics aucune comédie et autres pièces de théâtre par dialogues, colloques, monologues, ni de quelque autre façon que ce foit, fous les peines y portées, même démolition de leurs théâtres ; néanmoins plufieurs chefs de danfeurs de corde et autres, au mépris defdites fentences, arrêts et règlements, ne laifTcnt pas de jouer et faire repréfenter journellement et publiquement, fur des théâtres publics qu'ils ont fait élever aux environs de la foire St-Germain, des pièces de théâtre et comédies fui vies par fcènes et actes, dans lefquelles pièces les ac-
spectacle hydrauHque. 405
teurs et actrices fe parlent et fe répondent les uns aux autres félon le fujet de la pièce qu'ils repréfentent» ce qui compofe des comédies complètes et eft abfolument contraire auxdits arrêts et règlemens, même font pofer des affiches aux coins des rues et aux portes des loges où ils jouent, indiquant les pièces qu'ils doivent repréfenter : Ce qui eft contraire au privilège qui leur a été accordé pour leur établiflement et leur caufe un préjudice d'autant plus coniîdérable qu'ils font obligés de foutenir avec de grands frais et dépenfes rhôtel de la Comédie, dans le fonds duquel ils fe trouvent tous engagés pour plus de 300,000 livres. Et conune ils ont im intérêt fenfible d'empêcher la fuite de ces fortes d'abus et de fe maîntgmr dans leur privilège, ils nous reo* dent la préfente plainte, nous requérant de nous tranfporter préfentement dans la loge et falle où jouent les nonmiés Sorin et Dolet et plufieurs autres, foe des Quatre-Vents au jeu appelé Bel-Air, où fe repréfentent kfdites comédies, pour drefler notre proc^verbai des contraventions*
Signé : Lavoy; Dangsville; Duboccage; Q,uinaui,t.
Sur quoi, nous commiflaire, etc., fommes ledit jour, environ les (ix heures de relevée, tranfporté rue des Qjaatre- Vents, faubourg St-Germain, dans une maifon appelée le jeu de Bel-Air où nous avons vu repréfenter trois petites pièces comiques ayant pour titre, ainfi que le portent les affiches publiques : l'une, la Gageure de Pierrot; l'autre. Pierrot i^ /urfhix, et la troifième, les Animaux raifonnables (i). Lefquelles comédies ont été repréfentées par plufieurs acteurs et actrices tant en profe récitée qu'en vers chantés, fcène par fcène» et fuivies et complètes fuivant le fujet de la pièce, fur un théâtre public orné de loges des deux côtés et de décorations de théâtre, changemens de décorations et de luftres; avec un orcheftre rempli de huit particuliers jouant chacun d'an in(brument de mufique et fans aucune danfe de corde. De quoi nous avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Dubois.
{Archiva ia Comm., n« 3709.)
SPECTACLE HYDRAULIQUE. On voyait à la foire Saint- Germain de 1749 un spectacle hydraulique dont le détail est consigné dans l'annonce que l'on va lire : « Avis au public. On eft averti qu'il eft arrivé en cette ville une machine hydraulique qui fait agir par un feul tuyau toutes fortes de figures. Il y en a qui travaillent, d'autres qui fe battent et chafTent le cerf. Elle
(1) Lfs Animaux raisonnables, opéra comique en un acte, avec un dWcrtitsemcnta musique de GUUcrs, par Lejçrand et Fuielier.
4o6 Les Spectacles de la Foire,
forme un parafol d'eau avec deux chandelles allumées par-defTous fans qu'elles s'éteignent. Elle forme auffi un fanal d'eau où il y a une chandelle allumée dans le milieu. L'on fait voir un moulin à vent avec un rémouleur des mieux imités. L'on verra aufli voltiger en l'air au-deflus de l'eau plufieurs figures et cinq chandelles allumées qui montent jufqu'au plancher avec une boule de cuivre qui danfe en l'air au-deffus de l'eau, une figure qui tourne avec des épées, deux étoiles avec un cadran qui ont leur mouvement, deux petites barques qui marchent fur l'eau et quatre figures à cheval qui jouent à la bague comme au carroufel. L'on voit auili la vis fans fin où il y a deux boules de marbre qui defcendent continuellement, le tout très-curieux à voir. L'on voit un homme qui n'a qu'un feul bras qui fait mille tours nouveaux de gibecière dans la dernière perfection. »
{Affiches de Paris, 1749.)
SPECTACLE MARIN, théâtre ouvert sur le boulevard du Temple et qui était en pleine activité en 1756. L'année suivante, Antoine Fouré s'établit dans le local occupé par le Spectacle marin, qui avait fermé, et y installa son spectacle mécanique. Voy. Fouré.
SPECTACLE MILITAIRE, théâtre situé sur le boulevard du Temple et dirigé, en 1767, par un sieur Baldini. Voy, MioN.
SPECTACLES RELIGIEUX. Deux fois par an, à Noël et à Pâques, des représentations pieuses, faites au moyen de figures de cire mouvantes, attiraient la foule rue de la Bucherie, près le pont de THô tel-Dieu. De 1720 à 1725 elles furent dirigées par
Spinacuta. 407
un habile joueur de marionnettes, Alexandre Bertrand, et après lui, de 1725 à 1728, par Anne Bertrand, sa fille, et Nicolas Bertrand, son fils. A Noël, on montrait la Crèche; à Pâques, la Passion de Notre-Seigneur. En 1746, les figures de cire des Bertrand edstaient encore et les représentations avaient encore lieu au même endroit. Mais qui dirigeait ces pieux spectacles ? C'est ce que ne nous dit pas l'annonce qu'on en trouve dans les journaux du temps et qui est ainsi conçue : « Mellieurs et dames, la Pallion de Notre-Seigneur Jéfus-Chrift, en figures de cire mouvantes comme le naturel, fe repréfente depuis le dimanche de la Paffion et continue jufqu'au jour de la Quafimodo indufivement. Ce fpectacle eft digne de l'attention du public, tant par h dignité de fon fujet que par le changement de fes décorations. C'efl toujours fur le pont de THôtel-Dieu, rue de la Bucherie, où de tout tems s'eft repréfentée la Crèche. » A peu près à la même époque, en 1743, on voyait un autre spectacle pieux à l'hôtel de Soissons ; il était dirigé par une dame Bardasse et représentait la Création du monde. Plus tard, en 1777, un sieur Josse, domicilié rue Greneta, faisait voir « V Origine du monde et la chute du premier homme, fpectacle de peinture, de mécanique et de mufique, en cinq actes, tiré du Paradis perdu de Milton » .
(^Archives des Comm., no« 1418, 4109. — Mâgntn, Histoirt dis MûrionnttUs, p. lis*)
Voy, Bertrand (Anne); Garnier.
SPINACUTA (Laurent), habile danseur de corde du théâtre de Nicolet et entrepreneur de spectacles forains, est célèbre non-seulement par sa merveilleuse agilité, mais encore par son habileté extraordinaire à dresser les animaux. Deux de ses plus £uneux élèves, le chien Caraby et le singe Turco, parurent sur le théâtre de Nicolet et y obtinrent un grand succès. Il montra aussi des ménageries aux foires. En 1765, à la foire Saint-Ovide, dans la ménagerie d'un nommé Hali, il exhibait un casoar qui attirait
4P8 Les Spectachs de la Foire.
h foule; en 1774, il disait voir à la foire Saint-^rmain deux tigres, un singe, un armadille ou catou, un ocelot ou chat-tigr^ un poreux d'Asie, un grand condor. Enfin Spinacuta ne se boor* naît pas à £dre des élèves dans l'espèce animale, il dressait aussi des en^ts à jouer la comédie et il les prenait en pension cher lui à cet effet.
{AlmamMh fatmim, X77f.)
Voy, Casoar.
SPINACUTA (M"«), peut^tre les filles du précédent, dansèrent en 1779 au ^ctacle des Élèves de TOpéra. En avril 1780, Audinot les engagea au théâtre de rAmbigu*C(»mque,
{U CkroniqHnr déunmC h il.)
Foy. BoKVBT (Mlle).
STORKINFELD (les époux), danseurs du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où ils parurent en 1786, exécutaient le pas du Marchand d'oignons hongrois, avec des bottes et des éperons, le 27 août de cette même année.
(Journal de Paris, vj août 1786.)
ABARI, danseur de l'Opéra-Comique à la foire Saint- Laurent de 17^6.
(«/■«m nr In Sfuluhi it U Ftin, n, i lé.)
TABRAIZE (Jacques), né en 1772, était danseur au spectacle des Petits-Comédiens du comte de Beaujolais ea 1789. Foy. DoTTEL,
TABRAIZE (Geneviève-Henriette), sœur du précédent, née en 1769, morte en 1809, actrice du boulevard, débuta fort jeune au spectacle des Élèves de l'Opéra en 1779. En avril 1780, elle fut engagée à rAmbigu-Comiquc, où elle resta jusqu'en 1783, L'année suivante, elle entra aux Variétés-Amusantes et y remplit l'emploi des amoureuses. Elle a joué sur cette scène, entre autres rôles : Gusulbec dans le Vannier et son Seigneur, pièce avec ballet (27 avril 1784); Cécile dans le Danger des liaisons, comédie en un acte, de Céline Cheval, plus connue sous ie nom de
M"* de Beaunoir (4 mai 1784); une bergère dans les Caprices de Proserpine, ou les Enfers à la moderne, pièce épisodi-comique en un acte, en vers, de Pujouk (i 6 juin 1 784), et Sarah dans le Duc de Monmouth, comédie héroïque en trois actes, en prose, de Bodard de Tézay (4 novembre 1788).
{Le CbroMtqutur iisauvrif I, 28. — Journal it Paris, 27 avril, 4 mai 1784. — Brochures intitulées : Ut Caprices de Proserpine, Paris, Cailleau, 1785 ; le Duc de Mont^ moutb, Paris et Bruxelles, Deboubers, 1789. — • GaUrie historique de la troupe de Nicolel, par de Manne et Ménétrier, 2)9.)
Voy, Bonnet (M»c).
TABRAIZE (Adélaïde-Françoise-Élisabeth), sœur des précédents, fut, comme Geneviève-Henriette, successivement actrice au spectacle des Élèves de l'Opéra en 1779, à l'Ambigu- Comique en 1780 et aux Variétés- Amusantes en 1784. Elle a joué à ce dernier théâtre Y Ombre d'une orgueilleuse dans les Caprices de Proserpine, ou les Enfers à la moderne, pièce épisodicomique en un acte, en vers, par Pujoulx (16 juin 1784). M"* Tabraize cadette est morte en 1804.
{Le Chroniqueur désenivré, I, a8. — Brochure intitulée : les Caprices de Proserpine, Paris, Cailleau, 178$. — Galerie historique de la troupe de Nicolet, par de Manne et Ménétrier, 239.)
Voy, Bonnet (M"c).
TABRAIZE (Sophie), sœur des précédents, née en 1777, était danseuse au spectacle des Petits-Comédiens de S. A. S. le comte de Beaujolais en 1789.
Voy, DOTTEL.
ACONET (Toussaint-Gaspard), auteur dramatique et acteur du boulevard, né le 3 juillet 1730, mort le 29 décembre
Taconet. 41 1
1774 à Thôpital delà Charité, commença par être machiniste à rOpéra, puis souffleur à la Comédie-Française et à l'Opéra-Comique. Lors de la réunion de ce spectacle à la Comédie-Italiennç (1762), Taconet, qui avait déjà £ait représenter plusieurs pièces sur le théâtre de Nicolet, entre autres Y Ombre de Vadi (foire Saint- Germain de 1 7 5 8) , sollicita de lui un engagement qui lui fut accordé et devint bientôt l'un des acteurs les plus aimés de ce théâtre, où il brillait particulièrement dans les savetiers et les ivrognes. Cet artiste, d'un talent réel, a joué pendant douze ans une multitude de rôles ; il s'est surtout distingué dans le Savetier avocat, V Avocat sans étude, le Procès du Chat, le Savetier gentilhomme, le Savetier amoureux de la belle Bourbonnaise, le Savetier petit maître à la foire, pièces de sa composition, et dans Y Estropié, ou la Belle Famille, les Ribotteurs de la Râpée, le Gueux revitu, etc., etc. MM. de Manne et Ménétrier portent à quatre-vingts, dont vingtquatre seulement imprimées, le nombre de ses pièces de théâtre. L'une d'entre elles, la Momie, lui fut inspirée par une bévue assez forte commise par le commissaire au Châtelet Rochebrune et que les Mémoires secrets racontent en ces termes : « 18 octobre 1767. H vient d'arriver une aventure très-comique et très-vraie : un particuUer venant du grand Caire a rapporté une momie, comme un objet de curiofité, pour orner un cabinet. Paffant par Fontainebleau, il a pris le coche d'eau de la cour pour fe rendre à Paris. Mais^ par oubli, en faifant emporter fes bagages, il a laiffé la boite quicontenoit la momie. Les commis l'ont ouverte, ont cru y voir un jeune homme étouffé à deflein, ont requis un commiffaire, qui s'efl rendu fur les lieux avec im chirurgien auffî ignorant que lui. Ils ont dreffé un procès-verbal et ordonné que le cadavre feroit porté à la Morgue pour y être expofé et reconnu par fes parens ou autres, et qu'on informeroit contre les auteurs du meurtre. Cela a excité une grande rumeur dans le peuple, indigné de l'atrocité du crime dont on Ta infbruit et fur lequel on a forgé cent conjectures plus criminelles les unes que les autres. Le propriétaire de la momie, s'éunt aperçu de fon étourderie, a retourné
au coche réckmer fa boîte. On l'y a arrêté, on Ta conduit chez le commiifaire, qu'il a rendu bien honteux en lui démontrant fk bévue, fon ignorance et celle du chirurgien. Pour retirer de la Morgue le cadavre prétendu, il a fallu fe pourvoh: devant M. le Lieutenant criminel : ce qui a rendu très-publique cette hiiloire» qui fait l'entretien de la Cour et de la ville. »
Qiimoktt stertts, III, 379. — Gahrk M»fif%g é^ ia troupe de Nicolet, par de llanne et Ménétrier, aj.}
L'an 175^ le mardi 19 décembre, fept heures du foir, en Thoftel et par^ devant nous François-Simon Leblanc, etc., e(l comparu (leur Guillaume Bouchot, cy-devant valet de chambre, mattre d'hôtel de M. le marquis de Gamaches, demeurant rue des Vieilles-Étuves, chez la dame fa mère, paroifle St-Hu(Uche, lequel nous a rendu plainte contre le ûeur Taconet, fans qualité et cy-devant foufReur à la Comédie-Françoife, demeurant rue des Quatre-Vents, et ayant Ton père qui eft menuifier rue des Cannettes, et nous a dit que depuis nombre d'années, il connoit une demoifelle et la voit journellement chez fes père et mère d'elle dans les vues de l'époufer; que ledit Taconet s'eft introduit dans la maifon de cette demoifelle et a voulu fupplanter le plaignant pendant une abfence de deux années de la part du plaignant de cette ville ; qu'à fon retour ayant de nouveau vu cette demoifelle qui n'avoit point voulu écouter les propofitions dudit Taconet et l'a eUe-> même congédié ainfy que fes père et mère, qui ont voulu laifler leur fille maîtrefle de fon fort; que ledit Taconet picqué de cela a fait différentes menaces contre le plaignant et a fuivy obftinément cette demoifelle dans différentes maifons où elle alloit, et là y trouvant le plaignant, il lui a fait nombre d*infultes et défis de fe battre, difant entre autres que s'il le trouvoit avec cette demoifelle, qu'il lui donneroit un coup d'épée dans le dos ; que le vendredy dernier quinze du préfent mois, vers l'heure de mîdy et deniy, luy plaignant étant fur la porte d'un cabaret, faifant l'encoignure des rues du Bacq et de l'Univerfité, à la Tour-d'Argent, à attendre une perfonne, ledit Taconet étant venu à palTer, luy plaignant l'a falué, que fur cela il eft venu à luy et luy a d'abord demandé s'il étoit feul, que luy ayant répondu qu'il étoit feul, mais qu'il attendoit du monde et que s'il vouloit luy faire l'honneur d'accepter un verre de vin il n'avoit qu'à monter et étoit le maître. Ledit Taconet luy a dit qu'il y avoit longtems qu'il en cherchoit Toccafion ; qu'auffitôt qu'ils ont été montés dans une chambre de ce cabaret, ledit Taconet a commencé par luy dire qu'il n'auroit point cette demoifelle en mariage et qu'il luy défendoit d'aller chez fes père et mère : que fur cela^ il
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Ivy a répondu, en badinim, qu'il s*y prenoit trop tard ; que ledit Taconet luy a de nouveau dit qu'il en étoit fâché mais qu'il falloit qu'ils (e coupaflent la gorge enfemble s'il voyoit davantage cette dcmoifelle et qu'il ne le quitteroit pas fans cela ; que luy ayant repréfenté qu'ils n'étoient point gens à fe battre ainfy, mais à cette demoifelle à décider entre eux, ledit Taconet a toujours perfide à vouloir fe battre et luy a propofé avec vivacité d'aller fe battre vers l'École militaire, ce que le plaignant a refufé, et enfuite de fe trouver encore à la Glacière le même jour fur les trois heures ; que ledit Taconet voyant cela, eft defcendu et eft tout de fuite remonté en lui difant avec fureur pourquoy il ne defcendoit pas, et qu'il vouloit abfolument fe battre avec luy ; que le plaignant pour éviter les fuites de fes fureurs a 6té de deffus la table un couteau qui y étoit, ce que voyant ledit Taconet, il a pris une bouteille en criant : « Je fuis bien malheureux d'être dans un cabaret 1 » Que le plaignant pour éviter ce qui pouvoit arriver de la part dudit Taconet dans ce quartier-li où il eft fort connu, il a feint d'aller avec lui à l'École militaire et à cet efiet a fuivy la rue du Bacq pour paiTer dans la rue de Sèvres où il a une perfonne qu'il connoft et chez laquelle il s'eft propofé d'entrer pour éviter de fe battre ; qu'en route, ledit Taconet lui a propofé de paiTer par difiérentes rues détournées et que le plaignant a refufé toujours pour éviter de fe battre ; qu'enfin étant parvenus dans la rue de Sèvres, il eft entré chez le fleur Béton, boulanger, qu'il connoft, et là il a dit audit Taconet qu'il pouvoit aller faire fes affaires, que pour luy il ne vouloit point fe battre ; ce que voyant ledit Taconet, il eft entré chez un marchand de bière à côté où il eft refté environ une heure, au bout duquel tems il eft venu fans chapeau et fans épée trouver le plaignant chez ledit Béton et luy a dit : « Vous voilà encore icy, apparemment que vous ne voulez point venir », et luy ayant dit que non, il luy a répliqué d'un ton goguenard : « Je venois vous rendre les armes et vous prier de ne point parler du diftérend que nous avons eu et que cela n'aille pas plus loin » ; qu'il a quitté encore pendant quelque tems le plaignant qui, pour éviter fa rencontre, a refté chez ledit Béton une partie de l'après-midy ; que cejourd'huy, fur les quatre heures et demie, le plaignant étant dans la rue Dauphine avec deux de fes amis, ledit Taconet eft venu à luy et a été pour luy prendre la main en luy difant d'un air goguenard : « Nous nous fommes quittés fingulièrement le dernier jour, mais les hommes fe rencontrent. » Que luy plaignant ne luy a répondu autre chofe finon qu'il n'avoit affaire à luy, de forte que ledit Taconet l'a quitté et ne luy a point dit autre chofe ; que ledit Taconet eft un homme fur le pavé de Paris qui y eft regardé comme un tapageur fe faifant fort de fon épée, que même il y a environ quinze jours, il a forcé un des amis du plaignant à mettre l'épée à la main fous l'arcade du Palais, du côté du quay des Morfondus, et cela fur ce que le plaignant s'eft trouvé une fois avec cette demoifelle et plufieurs autres chez cet amy et la dame fon époufe ; et comme le plaignant ne veut point fe battre avec ledit Taconet ainfy qu'il luy a provoqué et qu'il y a lieu d'appréhender les menaces qu'il
lui a faites, il a été confeillé de fe retirer par-devant nous pour nous faire fa préfente déclaration et nous rendre plainte, etc.
Signé : Bouchot; Leblanc.
{Archives des Comm,, no 54.)
L'an 1766, le vendredi 21 novembre, huit heures du foir, eft comparu en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., fieur Jacques Couturier, infpecteur des foires et boulevards et officier de la garde de Paris : Lequel nous a dit que, en vertu des ordres à lui donnés par M. le Lieutenant général de police, d'arrêter le nommé Taconet, acteur de Nicolet, maître de fpectacle fur le boulevard, pour caufe d'indécence et de paroles obfcènes par lui dites et débitées fur le théâtre dudit Nicolet en public et de nous l'amener pour l'envoyer par la garde en prifon, il vient d'arrêter ledit Taconet et nous l'a £ut conduire pour l'entendre.
Signé : Couturier.
Sur quoi nous commifTaire, etc., avons fait comparoître ledit particulier arrêté, et fur les interpellations par nous à lui faites, il nous a dit fe nommer ToufTaint-Gafpard Taconet, natif de Paris, âgé de 35 ans, acteur chez Nicolet, maître de fpectacle fur le boulevard, logeant chez la veuve Gode, logeufc, rue du Temple. Nous a ajouté qu'il peut avoir dit fur le théâtre dudit Nicolet en repréfentant et en jouant fes rôles, quelque chofc qui ait bleîTé les oreilles des fpectateurs, mais qu'il ne l'a pas fait à mauvaife intention et que ce ne peut être que par diftraction et inattention.
Signé : Taconet.
Ce fait, nous avons remis ledit Taconet es mains de Charles-Denis Chartron, fcrgent de la garde de Paris depoftc aux Enfans-Rouges, pour, par lui, le conduire es prifons du For-l'Évêque et l'y faire écrouer de police par le premier officier du guet requis.
Signé : Maillot; Ciiartron.
{Archives des Comm., n'» 3773.)
L'an 1767, le vendredi 15 mai, neuf heures du foir, eft comparu en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., ficur Jacques Couturier,
Taconet, 415
officier de la garde de Paris, infpecteur des foires et des boulevards : Lequel nous a dit que, fur le rapport qu'il a fait ce matin à M. le Lieutenant général de police fur celui qui lui avoit été fait par le (ieur Olonde, fous-fergent d*infpection, qu'hier au foir le nommé Taconet, acteur de Nicolet, maître de fpectacle fur le boulevard, avoit dit fur la fcène, jouant chez Nicolet dans le Beau Léandre lorfqu'il fe couche à fa porte rentrant ivre chez lui, qu'il falloit qu'il prît garde à lui, que le guet venant à pafler il feroit volé; M. le Lieutenant général de police lui avoit ordonné d'arrêter ledit Taconet, de le conduire par-devant nous pour l'entendre et enfuite le conduire au For-l'Évèque. Qu'en conféquence de ces ordres, il vient d'arrêter ledit Taconet et l'a conduit par-devant nous pour l'entendre : Nous requérant de le lui remettre es mains après l'avoir entendu pour exécuter ledit ordre. Et ayant fait comparoître ledit particulier arrêté, il nous a dit fe nonlmer Touffaint-Gafpard Taconet, natif de Paris, âgé de 36 ans, acteur chez ledit Nicolet, logeant rue du Temple, chez le nommé Pacard, débitant de tabac et logeur. Nous a ajouté qu'il n'a point dit hier dans la pièce en queftion : « Si le guet pafle je ferai volé I » mais bien : « Si le guet pafle il va me voir. » Ce qu'il eft à portée de faire prouver par différentes perfonnes et qu'il faut qu'on ait mal entendu et compris ce qu'il a dit. Ce fait, nous avons laiflé ledit Taconet es mains dudit Couturier pour, par lui, le conduire au Forl'Évêque fuivant l'ordre qu'il déclare avoir de M. le Lieutenant général de police. Dont et du tout nous avons fait et dreflé le préfent procès-verbal.
Signé : Maillot ; Couturier ; Taconet.
{Archivts des Comm,, n° 3774-)
L'an 1768, le mardi premier mars, neuf heures du matin, en notre hôtel et par-devant nous Antoine-Joachim Thiot, etc., eft comparu fieur Antoine- Jofeph Laroche, étudiant en droit et employé dans les bureaux de M. le procureur général au Parlement de Paris, y demeurant rue du Cherche-Midi, faubourg St-Gcrmain, paroifle St-Sulpice : Lequel nous a rendu plainte contre le nommé Taconet, auteur et acteur du théâtre de Nicolet, foire St-Germain, demeurant rue et échelle du Temple, et nous a dit que le jour d'hier, fur les neuf heures et demie du foir, il a reconduit d'une maifon du paflage du Riche-Laboureur, rue des Foffés-M'-le-Prince, la demoifelle Mazure chez le fieur fon père, marchand de vins, rue des Quatre-Vents, dont la maifon perce rue du Petit-Lion ; que c'eft par cette dernière rue qu'il a ramené cette demoifelle, mais la porte de ce côté-là s'eft trouvée fermée. Que dans ce moment, un locataire de la même maifon vouloit y entrer auîTi et n'ayant pas de pafTe-partout, non plus que cette demoifelle, il a demandé â l'aubcrgiftc d'à côté, dont le logement eft auffi de cette maifon, le paflage par
chez lui qu'il lui a livré. Q.ue le plaignant a confeillé i ladite demoUelle Mazure d'en profiter. Que dans ce moment même ledit Taconet, qui fe tfosvolt derrière le plaignant et ladite demoifelle et qui vouloit auffi entrer daas ladite maifon, s'eil préfenté pour palTer par le logis de cet aubergifte et en même tems faciliter à cette demoifelle qu'il connoiflbit, une pareille entrée; mais l'aubergifle s'y eft oppofé fortement et a repouflé avec brutalité ledit Taconet, ce qui a éloigné ladite demoifelle Marure. Que le plaignant, qui avoit différé pour voir û la rentrée fe feroit par le logement de cet aubërgifle, s'eft trouvé fpectateur de cette ficheufe fcëne en laquelle ledit Taconet cherchoit à fe venger fur ledit aubergifte de fes emportemens; mais cette demoifelle, fe trouvant près dudit Taconet, effrayée de cette action vive et encore plus de fes fuites, fit des efforts pour retenir ledit Taconet que Taubergiffe pourfuivoit toujours, ne le remettant pas dans la nuit qu'il £aifoit, car il le connoiffoit et n'avoit pas de haine contre lui. En effet, quelques moments après, l'ayant reconnu au milieu de la rue, il lui confefla s'être trompé et lui fit connoftre que c'étoit une méprife qu'il avoit faite de lui au plaignant, qui étoit toujours reffé pour voir la fin et que cet aubergifte aperçut et montra au doigt en difant : « C'eft lui qui en eft caufe, parce qu'il m'a une fois traité de drôle et que je croyois que c'étoit lui qui ramenoît la demoifelle Mazure, étant communément dans l'ufage de le faire. » Reproche que le plaignant a prudemment laiffé tomber ne voulant pas expliquer le jufte fujet qui l'avoit forcé à le traiter effectivement ainfi pour éviter des fuites fàcheufes et éviter des défagrémens i ladite demoifelle Mazure. Mais ledit Taconet, peu content de cette méprife et voulant en jeter le tort fur le plaignant qui en étoit pourtant fort innocent, puifqu'il n'avoit pas été en lui d'empêcher l'étourderie brufque de l'aubergifte quand il a commencé à fe jeter fur ledit Taconet, ce dernier a cherché querelle au plaignant qui a cependant eu l'honnêteté de lui marquer combien il étoit fâché de l'effet de cette méprife. Malgré cette attention du plaignant, ledit Taconet a continué fa querelle contre lui et a porté la chaleur de fon reffentiment jufqu'à le provoquer à venir fe battre en lui difant qu'il avoit affaire à lui et qu'il falloit que le plaignant le fuivît d'un côté ou d'un autre. Ce dernier, ne croyant nullement fon honneur engagé fur la provocation à lui faite par un acteur de Nicolet, lui a marqué le dédain qu'elle méritoit fans cependant l'offenfer. Auflitôt ledit Taconet lui a dit qu'il falloit que cela fût, et pour le néceiîiter, s'eft livré à fa pétulance et s'eft permis l'audace de porter un foufflet au plaignant en tirant, fur-le-champ, fon épée nue dont il a préfenté la pointe à ce dernier qui, de fon côté, dans le tranfport où ce foufflet reçu le jeta, a pris la Tienne pareillement nue avec laquelle il a voulu fondre fur ledit Taconet pour tirer une jufte vengeance du public affront qu'il vcnoit de lui faire ; mais ledit Taconet ayant oppofé fon arme à celle du plaignant en fe tenant fur la défenfive, ce dernier a effayé, par un coup de fouet donné avec fon épée fur celle de fon adverfaire, de le défarmer pour pouvoir le frapper à grands coups de plat d'icelle, ne voulant pas le tuer quoiqu'il l'eût
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mérité et pour enfuite le faire arrêter et févèrement punir de fa téméraire infolence ; que le plaignant fut empêché d'en venir à fes fins par le grand nombre de voifms qui font accourus et qui fe font emparés d'eux, en forte que le plaignant n'a plus été le maître de pouvoir rejoindre ledit Taconet comme il le défiroit dans la fureur où il étoît; mais aujourd'hui, revenu i lui de l'infulte qu'il lui a faite, dont il n'a pu avoir fatisfaction par lui-même et ne voulant pas la chercher de cette façon, il eft venu de l'attaque ci-deflus nous rendre plainte.
Signé : Laroche; Thiot.
(Anhives tUt Comm., n^ 30$ i.)
L'an 1774, le lundi 26 décembre, cinq heures du foir, nous Antoine- Joachim Thiot, etc., ayant été requis, fommes tranfporté en l'hôpital de la Charité de cette ville, fitué rue des Saints-Pères, où étant, nous avons trouvé en la grande falle St-Louis le père procureur de ladite maifon : Lequel nous a dit nous avoir fait requérir pour raifon d'une déclaration à recevoir d'un malade dudit hôpital qui eft en la falle de la Vierge, au lit numéroté 17 et où il nous a conduit. Et y étant arrivé, nous y avons trouvé un particulier qui nous a dit fe nommer et être Touflaint-Gafpard Taconet, employé au fpectade du fieur Nicolet, tenant différens jeux fur les boulevarts et aux foires de Paris, lui fieur Taconet, demeurant à Paris, rue et vis-à-vis le Temple, chez le fieur Deville, marchand de vins, paroifTe St-NicoIas-des-Champs : Lequel nous a dit avoir demandé aux religieux dudit hôpital i faire fa déclaration d'une remife par lui faite au ci-après nommé, en conféquence de quoi nous avons été appelé et il nous déclare de fait qu'il a remis, par confiance, ao fieur Rouftagnen, élève en chirurgie et gagnant-mattrife audit hôpital, une fomme de 2 louis faifant 48 livres et une brochure in-folio de difiérens plans de places et fêtes projetées fous le règne et à la gloire de Louis XV, intitulée : Monumens de Louis XV par M. Patte, directeur et architecte de S. A. S. monfeigneur l'Électeur palatin, et couverte d'un papier doré ; parti que le déclarant a pris faute d'avoir quelqu'un à qui il pût faire cette remife, ni d'endroits fûrs pour ferrer lefdites fomme et brochure qu'il a ainfi dépofées H mains du fieur Rouftagnen comme le connoififant depuis du tems pour un jeune homme rempli de probité, dont il vient d'apprendre la mort malheureufe arrivée dans la nuit dernière à la fuite d'une inopinée et courte maladie. Faifant la préfente déclaration pour afturer de fa part lefdites fomme et brochure et prévenir toute demande et recours à ce fujet contre les religieux dudit hôpiul. Nous requérant acte à cet effet de la préfente déclaration.
Signé : T. G. Taconet ; Thiot.
(Ârehivtt éts Ccmm., n'* 3603.)
Sp. — II. 27
TACONET (Jacques), frère du précédent, né en 1739, fiit aussi acteur au spectacle de Nicolet, où il a fait représenter une pièce en un acte intitulée : le Congé de semestre.
{Biographie Did0i,)
TALON (Jean-Thomas), acteur du boulevard, né vers 1755, faisait partie dès 1772 de la troupe de rAmbîgu-Comîque, où il remplissait les rôles à' amoureux et d'abbis. En 1775, il ^^^ attaché au spectacle des Grands-Danseurs du Roi et y tenait le même emploi. Il a joué à ce théâtre François dans Biaise le hargneux, comédie en un acte, en prose, de Dorvigny, représentée le 7 novembre 1782. En 1786, Talon était rentré à rAmbigu-Comique et il y a créé les rôles de Valtre dans les Trois Liandre, ou les Noms changés, comédie en un acte, en prose, deM. S. .., représentée le vendredi 22 avril 1786, et de Lisidor dans Tout comme il vous plaira, on la Gageure favorable , comédie en un acte, en prose, par Sedaine le jeune, représentée le vendredi 5 mai de la même année. Un pamphlet du temps, le Chroniqueur désœuvré, nous donne quelques renseignements intéressants sur cet acteur : « Ce petit bonhomme eft d'une impudence extrême et a l'air de chercher chaque jour à l'augmenter. Il feroit beaucoup mieux d'employer fon tems à corriger fon jeu roide et maniéré. C'eft furtout dans les momens où il veut copier Mole qu'il eft déteftable. Mayeur, dans la préface de fon Élève de nature, fait un éloge de Talon qui, je crois, n'eft qu'une ironie adroite. Cependant il lui reproche auflî
de faire le petit Mole Talon commença à jouer la comédie
chez Audinot tout petit et avec quelque intelligence ; il paffa pour un phénix. Que le fort de ces enfans précoces eft à plaindre ! ils finiffent tous par devenir déteftables. Talon n'a pas démenti cette vérité. Son jeu, autrefois féduifant et naturel, eft devenu pefant, maniéré et ennuyeux. Peut-être en a-t-il toujours été de môme; mais il étoit jeune, la jeunefle a bien des droits à l'indulgence.
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Maintenant qu'il eft dans l'âge de la cenfure, les gentilleflTes qu'il avoit alors ne paroiflent que des niaiferies, et fes défauts que fes dix années excufoient ne font plus à nos yeux qu'une infuffifance de talent. Qu'il fe conferve à fes tréteaux tant qu'il pourra puisqu'on daigne l'y fupporter, car en province il feroit infupportable. Ce n'eft pas en ricanant et en braillant qu'on joue la bonne comédie. Je lui confeille aufli de ne pas mener une vie auffi débordée. Il femble que les gens attachés à ces fpectacles ne fe diflinguent que par là. » Et plus loin... « Ce n'eft plus cet enfant qui faifoit les délices du théâtre d'Audinot et qui fous le manteau d'abbé enchantoit par fa grâce et fon ingénuité. C'eft actuellement un libertin fans goût, fans délicatefle et qui réunit à la plus fale dé- . bauche tout ce que la fubtilité la plus raffinée peut inventer pour mettre en défaut la confiance et la bonne foi. Dans le tems où moins dérangé fon état Toccupoit davantage, Talon apprit une partie de fon emploi, mais depuis, convaincu de l'inutilité de fes travaux, il y renonça pour s'occuper à boire, courir les filles et fe réunir à la refpectable fociété des Vifage, Placide, Pol, etc., et n'a retiré pour fruit de l'étude férieufe qu'il avoit entreprife, qu'un bégaiement ridicule, des grimaces révoltantes et un jeu bas et emprunté. L'ivrognerie, ce vice fi fort en vénération chez ces mefiieurs, étoit le feul qui lui manquoit ; mais ne voulant pas fe fingularifer. Talon fait actuellement comme les autres, il fe foule et vient offrir au public, qui fûrement a trop d'indulgence pour lui, une figure abattue par les veilles et la fatigue des plaifirs et un organe altéré par la débauche. » Talon est mort en 1826.
(Almmmtuh formin, 177)1 177^* "" ^ Chroniqmtmr désemvré, I, 66 ; II, 74. — Brochures intitulées : Biais* le hargneux, AmsterdAm et Paris, CaUleau, 1783 ; les trois Liandre, Paris, Caillcau, 1786 ; Tout eomm» il vous plaira^ Paris, Cailleau, 1795.)
L'an 1778, le mercredi 19 août, une heure et demie du matin, en Thôtel et par-devant nous Mathieu Vanglenne, etc., eft comparu Antoine Chavonnet, fergent de la garde de Paris, de pofte aux Enfans-Rouges : Lequel nous a dit qu*il vient d'arrêter deux particuliers dont un acteur du fieur Nicolet, qui fe font plaints Tun et Tautre d*avoir été maltraités et Tun d'avoir reçu
un coup d'épée à la main ; qu'il les a amenés en notre hôtel pour être par nous ordonné.
Signé : Chavonnet.
Eft auin comparu fieur Jean-Baptifte Martin de la Salle, bourgeois de Paris, y demeurant à T abbaye St-Germain-des-Prés : Lequel nous a dit que Taprèsmidi dernier, fur les cinq heures, le comparant fut dans la loge de la demoifelle Lafrance, actrice du fieur Nicolet, pour lui porter des nœuds qu'elle lui avoit demandés ; qu'il y trouva le fieur Talon, acteur dudit fieur Nicolet. Que le comparant dit audit fieur Talon qu'il étoit fort aife de le trouver li et le pria très-honnétement de vouloir bien ne point faire des injures à ladite Lafrance ni la pincer aux bras et aux jambes comme il avoit coutume de le faire lorfqu'il étoit fur la fcène. A quoi ledit Talon lui répondit avec un ris moqueur tout à fait infolent et en regardant le comparant par-deflus Fépaule par des hein, des quoi, des qui eft-ce et des plaft-il. Que le plaignant dit une féconde fois en ces termes : « Monfieur Talon, je vous prie, lorfque vous vous trouverez avec mademoifelle Lafrance, de ne point la pincer et la meurtrir comme vous l'avez fait jufqu'à préfent. » Et que ledit Talon continua toujours fur un ton de perfiflage {çs rires moqueurs et impertinens, et Ç^s hein, quoi, qui ed-ce, plaft-iL Que le plaignant lui annonça que puifqu'il fe comportoit ainfi, la première fois qu'il s'apercevroit que ladite Lafrance auroit été pincée ou meurtrie, ce feroit à lui plaignant qu'il auroit affaire. Qu'alors lui plaignant fe fentit piqué des mauvais propos et du mauvais ton infolent que lui tenoit ledit Talon qui, en regardant par-defius fon épaule le comparant, lui tenoit toujours le même langage ; le plaignant ne put fe retenir et donna une chiquenaude audit Talon fur le nez, ledit Talon mit auffitôt la main fur fon épée et fit le commencement de la tirer, mais en fut empêché par un magafinier qui fe trouvoit pour lors dans la loge de ladite Lafrance et qui repoufla ledit Talon hors de la loge. Qu'on a averti à l'inftant le fieur Amblard, officier de la garde, qui s'eft préfenté au plaignant dans la loge de ladite demoifelle Lafrance pour tâcher d'arranger cette affaire. Qu'après qu'il en fut inftruit, il dit au plaignant qu'il parleroit audit Talon et qu'il falloit remettre après le jeu pour arranger cette affaire (i). Que le plaignant refta pour lors dans la loge de la demoifelle Lafrance et en fortit un quart d*heure après, mais qu'étant fur le théâtre et ledit Talon l'ayant vu fortir de ladite loge ce dernier a, fur-le-champ, tiré fon épée et a pourfuivi le plaignant avec fureur et lui a porté un coup d'épée fur le deffus de la main droite au-deflus du petit doigt, ainfi qu'il nous eft apparu par la piqûre qui y cft encore et qu'heureufement le plaignant a pris une autre couliffe que celle où ledit Talon entroit pour lui porter ce coup d'épée, fans quoi il l'eût bleffé bien plus dangereufement. Que le plaignant a appris qu'avant que ledit fieur
(i) On jouait ce soir-U aux Grands-Danseurs du Roi : la Folie par amour, ou la TarentmU • U Château astiégé, pantomime; le Prétendu sans le savoir; la Noce hollandaise.
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Amblard vint dans la loge de ladite Lafrance pour lui parler, il avoit eu un entretien aflez long avec ledit Talon et que, fur ce que ledit Talon lui avoit témoigné combien il étoit outré d'avoir reçu une chiquenaude et que, pour s'en venger, partout où il trouveroit ledit (leur de la Salle, il lui pafleroit fon épée au travers du corps, ledit (ieur Amblard avoit fait fentir audit Talon tous fes torts, defquels il paroiflbit convaincu, et que c^eft quelque tems après que le calme fut rétabli que ledit Talon fe porta vis-i-vis du plaignant à ces voies de fait.
Pourquoi il nous rend plainte contre ledit Talon.
Eft aulfi comparu fieur Jean-Thomas Talon, acteur du fieur Nicolet, demeurant rue du Temple : Lequel nous a dit qu'étant l'après-midi dernier, fur les cinq heures, dans la loge de la demoifelle Lafrance pour lui demander une cocarde pour fon rôle, ledit fieur de la Salle eft venu et lui a tenu de fort mauvais propos, qu'il lui a même donné un foufflet et que c'eft ce qui l'a contraint, fe voyant infulté de cette manière, à tirer fon épée. Qu'il eft vrai qu'il en a piqué i la main ledit fieur de la Salle, mais qu'il n'avoit pas l'intention de le blefler dangereufement.
Signé : Talon.
Sur quoi, attendu que c'eft ledit Talon qui a eu le plus grand tort, nous Pavons remis audit Chavonnet qui s'en eft chargé pour le conduire es prifons du For-l'Évêque et y être écroué de notre ordonnance.
Signé : Chavoknet ; Vanglennb.
(Archivistes C»mm., n** 4983.)
TALON (Claude-Jacques), frère du précédent, né en 1757, faisait partie, dès 1772, de la troupe de FAmbigu-Comique, y remplissait les rôles à caractère et faisait les pères et les pédants. En 1775, il était, comme son frère, engagé au théâtre des Grands- Danseurs du Roi. L'année suivante, il fut impliqué dans une affaire criminelle dont on lira plus loin les détails et qui parait avoir interrompu sa carrière dramatique.
{Almanach jerain, 1773, 1776. — Le Chr»miqÊUur disauvri, II, 69.)
L'an 1776, le fept octobre, huit heures du foir, en Phôtel et par-devant nous Charles-Alexandre Ferrand, etc., e(l comparu fieur Marc- Antoine Fulconis de Beaumont, infpecteur de police : Lequel nous a dit qu'en vertu des ordres du Roi dont il eft porteur, il vient d'arrêter, place Louis XV, un particulier nommé Talon, comédien chez Nicolet, fufpecté de complicité de différens vols d'argenterie faits par les nommés MaroUes et autres ; qu'il l'a
fait conduire en notre hôtel pour être par nous interpellé de fes noms, furnoms, âge, pays, qualité et demeure, être drefTé procès-verbal de fa capture et lui être enfuite remis à l'effet de le transférer où befoin fera.
En conféquence, ayant fait comparoir le particulier arrêté et l'ayant interpellé conformément au réquifitoire, il a dit fe nommer Claude-Jacques Talon, âgé de i8 ans, natif de Paris, comédien chez Nicolet, demeurant chez fon père, ouvrier luthier, rue Notre-Dame-de-Nazareth, maifon du ûeur Bemiery fculpteur.
L'ayant fait fouiller, s'eft trouvé fur lui une bague d'une pierre verte entourée de pierres blanches faufles montées en cuivre, laquelle ledit Talon nous a dit lui avoir été donnée par le nommé Marolles.
Signé : Talon; Ferrand.
Interrogatoire fubi par Talon, détenu es prifons du petit ChdteJei,
le 9 octobre 1776.
Premièrement, après ferment par lui fait de dire vérité, enquis de fes noms, fumoms, âge, qualité, pays et demeure ?
A dit fe nommer Claude-Jacques Talon, âgé de 18 ans, natif de Paris, comédien chez Nicolet, demeurant chez fon père, ouvrier luthier, rue Notre- Dame-de-Nazareth, maifon du fieur Bemier, fculpteur.
Interrogé depuis quel tems il connoît les nommés Marolles, Dariucourt, Matard, Huguet, Aubert, Bié et autres particuliers, tous amis et liés enfemble, et quelles font leurs qualités et demeures ?
A dit qu'il connoît ledit Marolles pour l'avoir vu une fois, il y a environ deux mois, au Luxembourg où lui, répondant, étoit avec le nommé Meflin, lors vêtu d'une redingote bleue, qui lui dit que ledit Marolles étoit un de fes amis. Qu'ils allèrent tous trois et avec un particulier qu'il a appris fe nommer Darincourt et étoit de la compagnie dudit Marolles, boire une bouteille de vin. Qu'à la foire St-Ovide de la prcfcntc année, il a rencontré ledit Marolles à la fin du fpectacle qui lui a propofé de venir prendre quelque clîofe avec lui au café, et un autre particulier qu'il a appris, durant ladite foire, fe nommer Aubert. Que voyant fouvent ledit Marolles au fpectacle de Nicolet, ils ont lié connoiffance enfemble il y a environ quinze jours. Que ce dernier lui propofa de louer une chambre ù eux deux en lui difant que cela éviteroit du loyer au répondant et à lui bien des fiacres. Qu'ayant accepté la propofition, ils ont loué enfemble une chambre rue St-Honoré, chez Hamille, traiteur, vis-à-vis St-Roch, où ils font reftés fix jours pendant Icfquels ledit Marolles n'y cft venu coucher que quatre nuits ainfi que lui répondant. Qu'il ne connoît lefdits Huguet, Aubert et Matard que depuis l'ouverture de la foire et ne connoît point ledit Bié.
Interrogé où lui repondant a été les deux nuits que ledit Marolles et lui n'ont pas couché chez ledit Hamille et s'ils n'étoient pas lefdiies deux nuits enfemble ?
Talott. 423
A dit qu*ils n*étoient pas enfemble et que lui répondant a été coucher à l'hôtel de Compiègne, rue Jean-St-Denis.
S'il n'ed pas vrai qu'il a fait pluûeurs parties de plaifir avec ledit MaroUes et autres ?
A dit qu'il y a environ huit jours, ne fe rappelle lequel, en fortant du fpecucle, ledit Marolles lui propofa d'aller fouper à Neuilli. Qu'ils montèrent dans un fiacre avec lefdits Matard, Huguet, ledit Meflin et fa foeur. Que le cocher ne voulut les mener qu'à la grille de Chaillot, d'où ils allèrent à pied à Neuilli dans une auberge où ils ont foupé et couché et où ledit Marolles étoit connu. Que le lendemain, après avoir diné enfemble, il s'eft en allé vers les deux heures et demie trois heures, pour arriver à tems pour jouer au fpectacle. Que le foir du même jour ledit Marolles et ledit MefEn lui ayant propofé d'aller encore fouper dans ladite auberge, ils y font allés après le dernier jeu et y ont foupé et couché. Q^e le lendemain ledit Marolles lui ayant dit qu'il rederoit i dîner audit Neuilli, lui répondant dit qu'il étoit obligé de s'en aller pour la répétition, le laiffa ainfi que ledit Meflin audit Neuilli et en partit vers les dix heures ou environ du matin. Que depuis il n'a fait aucune partie avec lefdits Marolles et autres ; ne les a même pas vus.
S'il n'efl pas vrai que lui répondant, lefdits Marolles, Meflin et autres étoient d'intelligence pour faire différens vols d'argenterie et autres effets et û le dernier jour que lui répondant a été fouper et coucher i Neuilli avec lefdits Marolles et Meflin , ils n'avoient pas concerté de voler à l'aubergifte fon argenterie, lequel vol a été effectué fur le foir, pendant que l'aubergifte préparoit un fouper commandé par ledit Marolles qui eft difparu ainfi que ledit Meffin, après avoir pris douze couverts et deux cuillers à ragoût d'argent qui étoient fur la table où devoit fe faire ce fouper ?
A dit qu'il n'a jamais eu d'intelligence ni concerté avec eux ou avec d'autres aucun vol ; qu'il n'en a jamais eu la penfée et que la preuve en eft bien claire parce que s'il en eût eu l'idée, il n'auroit pas dit i la fille de l'aubergifte qu'il fe nommoit Talon, qu'il étoit comédien chez Nicolet, que lorfqu'elle voudroit venir au fpectacle, elle n'avoit qu'i le demander, qu'il lui donneroit un billet et qu'il n'a aucune connoifliance dudit vol.
A lui repréfenté 26 pièces d'argenterie dont deux cuillers à ragoût, huit cuillers à bouche, fix fourchettes aufli i bouche, paroiflant nouvellement limées et démarquées, quatre autres cuillers marquées des lettres P M et fix fourchettes marquées de celles L F et interpellé de les reconnoitre pour les avoir vues ou partie d'icelles chez ledit aubergifte à Neuilli et pour la totalité ou partie provenir du vol fait chez lui ?
A dit que lorfqu'il a mangé chez ledit aubergifte, il a été fervi de l'argenterie, mais qu'il ne peut dire fi c'cft elle, ni fi elle lui a été volée. Sait feulement qu'il n'eft capable d'aucun vol.
S'il fait ce qu'eft devenu ledit Marolles depuis qu'il l'a quitté audit Neuilli ?
A dit que non et qu'il ne Va pas vu depuis.
A lui repréfenté une bague d'une pierre verte entourée de pierres blanches fauffes montées en cuivre ; interpellé de la reconnoître pour s'être trouvée fur lui lors de fa capture et de nous déclarer d'où elle lui provient ?
A dit qu'il la reconnoit pour s'être trouvée fur lui lorfqu'il a été arrêté. Qu'elle lui a été donnée par ledit Marolles lorfqu'ils logeoient enfemble rue St-Honoré. Qu'il a prêté audit Marolles une paire de boucles à pierres montées en argent, et payé pour lui 10 livres à un cordonnier rue St-Nicaife, qu'il ne lui a pas rendu lefdites dix livres ni fes boucles. C2u'il a cru ledit Marolles honnête homme. Que ce dernier lui a dit qu'il avoit 2,400 livres de rente, qu'il avoit une tante dans la rue St-Honoré dont il efpéroit plus de 20,000 livres et qu'il étoit connu de tout le quartier.
Interrogé s'il n'a pas vu ledit Marolles porter à la boutonnière de Ton habit foit un ruban noir de croix de Malte, foit un ruban de croix de St-Louis ?
A dit que non.
S'il a été en prifon ?
A dit qu'il y a été une fois pour avoir manqué au fpectacle.
Signé : Ferrand ; Talon.
Second interrogatoire de Claude-Jacques Talon,
Du 5 décembre 1776.
Avons fait venir de la prifon du grand Châtelet le nommé Talon : Lequel après ferment a dit fe nommer Jacques Talon, âgé de 18 ans, natif de Paris, comédien, demeurant rue Notre-Dame-de-Nazareth.
Interrogé fi au mois de juin dernier, un dimanche, il n'a pas entré chez Ramponeaux, marchand de vin à Clichi. Si, fous le prétexte qu'il attendoit du monde, il n'a pas demandé fîx couverts d'argent qu'il a emportés furtivement ?
A dit qu'il n'a jamais vu ce marchand de vins et ne fait ce qu'on veut lui dire.
A lui remontré qu'il eft pofitivement reconnu par la domeftique qui lui a fcrvi lefdits fix couverts et que l'autre procès dans lequel il eft inculpé avec Marolles de vols de pareille nature, le rendent juftement fufpect de ce vol ?
A dit qu'il eft vrai qu'une femme, qui eft venue à la prifon, a dit le reconnoître et qu'il eft perfuadé qu'elle fe rétractera et dira qu'elle l'a pris pour un autre. Qu'il eft innocent de ce vol et Teft pareillement de tous ceux dont on l'accufe avec Marolles.
S'il a jamais été en prifon ?
A dit qu'il y eft détenu pour l'affaire de Marolles (i).
Signé : Talon ; Bachois.
{ChdteUt dt Paris, n" 10373.)
(i) Le Chitclet condamna Marolles aux galères et Talon à un plus ample informé de trois mois pendant l'espace duquel il demeurait libre, mais à la charge de se représenter. 11 en appela au Parlement qui, le II mars 1777, le condamna k un plus ample informé de six mois et à tenir prisoa pendant ce temps. Au bout des six mois, il fut mis en liberté par arrêt du ao septembre 1777.
Talon. — Tamponnât . 425
TALON (M"'), née vers 1764, sœur des précédents et actrice du boulevard, faisait partie, dès 1772, de la troupe de TAmbigu-Comique, où elle jouait les rôles accessoires. En 1775, elle suivit ses frères au théâtre des Grands-Danseurs du Roi, et en 1781 elle rentra à l'Ambigu-Comique, où elle a joué entre autres rôles : Sus^on, confidente de Margot, dans Carmagnole et Guillot Gorju, tragédie pour rire par Dorvigny et Dancourt, représentée le 2 janvier 1782; Honora, gouvernante, dans les Trois Liandre, ou les Noms changés, comédie en un acte, en prose, par M. S..., représentée le vendredi 22 avril 1786; et Araminte, sœur de Lisidor, dans Tout comme il vous plaira, ou la Gageure favorable, comédie en un acte, en prose, par Sedaine le jeune, représentée le vendredi 5 mai 1786. M"* Talon passait pour mauvaise comédienne, et le Chroniqueur disoeuvré dit qu'elle n'était « abfolument bonne à rien ».
(Almanaeh jorain, 1773* — Brochures intitulcet : Carma^noh *t Guillot Gorju, Avignon, 1791 ; Ut Troit Liandrf, Paris, Cftilleau, 1786 ; Tout commt il vous plaira, Paris, Cailleau, 179$. — L* Chroniqueur désœuvré, II, 75.)
TAMPONNET, acteur forain, fît partie de la troupe d'Alexandre Bertrand, de 1701 à 1708, et joua entre autres le rôle de Tremblotin dans les Amours de Tremhlotin et de Marinette, pièce de Fuzelier, représentée à la foire Saint-Germain de 1701. En 1708, Alexandre Benrand congédia Tamponnet parce qu'il remplissait très-mal ses devoirs et qu'il buvait énormément. Le pauvre acteur se trouvant ainsi sans ressources, imagina alors pour vivre de se décorer d'une croix de Saint-Louis et de demander l'aumône dans les rues en se faisant passer pour un chevalier de l'ordre à qui le gouvernement ne payait pas sa pension et que la misère forçait à recourir à la charité publique. Pris une première fois en flagrant délit, il fut enfermé à Bicêtre, où il resta trois ans ; rendu ensuite à la liberté, il recommença la même comédie, et
ayant été arrêté de nouveau, il fut, attendu la récidive, envoyé aux Iles où il mourut.
{Mémoires sur les Speclûcles de la Foire, I, 35.)
TÉLOCIN, mécanicien anglais, faisait voir à la foire Saint- Germain de 1 77 5 un spectacle mécanique représentant les Fêtes de Pluton, et qui était précédé par une représentation de marionnettes jouées par François-Paul Nicolet.
{Jlmanacb forain, 1776.)
TERRADOIRE (Pierre), joueur de marionnettes et montreur de curiosités aux foires, où il faisait voir en 1 7 1 3 , entre autres choses, un singe dressé par Catherine Goguet, sa femme. En 1717, il avait encore un jeu à la foire Saint-Laurent.
L'an 171 3, le mardi 29 août, environ les fept heures du foir, eft venue par-devers nous Céfar- Vincent Lefrançois, etc., Catherine Goguet, femme de Pierre Tcrradoire, joueur des menus plaifirs de Sa Majeftc, ayant une loge à la foire St-Laurent pour montrer un fmge, demeurante fur le pont au Change en la maifon où eft pour cnfeigne la Victoire : Laquelle ayant le front égratigné, fes cornettes chiffonnées, nous a fait plainte et dit qu'il y a environ une heure, ayant été trouver une lingère, qui eft à côté de la loge occupée par François Chandéri dit Siamois, joueur de gobelets à ladite foire St-Laurent, pour s'expliquer avec elle de ce que Madeleine Buquet, ci-devant une des gagiftes de la plaignante, avoit été prifonnière et qu'au fortir de prifon elle étoit venue dire à la plaignante qu'elle lui avoit rendu de mauvais fervices, ayant dit qu'elle avoit été obligée de la mettre dehors à caufe de iits friponneries. La plaignante, affurant ladite lingère qu'elle n'avoit pas été mécontente de ladite Buquet, a été furprife que ladite femme Chandéri eft furvenue toute en furie difant à la plaignante qu'elle ne devoit pas faire de comparaifon avec elle puifque fon mari avoit été aux galères, lui préfentant le poing fous le nez; ce qui a obligé la plaignante de la repouffer en lui difant qu'elle eût à fe retirer. Au lieu de ce elle s'eft jetée à la gorge et au
Terradoire. 427
vifage de la plaignante, Ta égratignée, pris par fes coiffures qu'elle lui a arrachées de deflus fa tète, Ta frappée de coups de pied et de poing, lui a emporté le bonnet de deflbus fa coiffure. Le garçon de ladite femme Chandéri, s'étant joint à elle, a pareillement battu et maltraité la plaignante de plulieurs coups de pied et de poing et l'ont traitée de gueufe, de malhcureufe et de refte de galères ; et, fans le fecours des marchands et paffans dans la foire qui les ont retirés de deffus la plaignante, ils Tauroient affommée. De ce que deflus elle nous requiert acte.
Signé : Lefrançois.
(Archives tUs Comm,, n** 3S15.)
L*an 1717, le mercredi i8« jour d'août, une heure de relevée, eft comparu en l'hôtel de nous Jofeph Aubert, etc., Maurice Honoré, directeur et receveur des droits de fixième et neuvième accordés à l'Hôtel-Dieu et hôpital général, à prendre fur la recette de tous les fpectacles et notamment de ceux des foires St-Laurent et St-Germain : Lequel nous a dit que fuivant les ordres qu'il a reçus de monfeigneur le premier préddent et de M. d'Argenfon, Lieutenant général de police, ainû qu'il eft porté au bas du mémoire qui lui a été préfenté en date du 5 août préfente année, qui eft es mains de mondit Heur d'Argenfon pour l'établiflement des troncs dans les petits jeux de la foire St-Laurent, il nous requiert de nous tranfporter, heure préfente, avec lui à ladite foire St-Laurent, aux loges des nommés Terradoire, Alexandre Bertrand, veuve Letellier et Savignoni, grecque, à l'effet de faire mettre lefdits troncs dans leurs jeux, et au cas que les maîtres defdits jeux refufent de les laiffer mettre, nous requiert de faire fermer leurs loges.
Signé : Honoré.
Adhérant auquel dire et réquiHtoire, nous commiflaire fommes, avec ledit Honoré, allifté des fieurs Bazin, lieutenant de la compagnie de M. le Lieutenant criminel de robe courte. Figuier et Lagarde, fergens de garde à ladite foire, tranfporté à ladite foire St-Laurent avant l'ouverture des jeux, et étant dans le préau où font établis lefdits Terradoire, Alexandre Bertrand et la veuve Letellier, qui y ont des loges et théâtres, leur avons fait entendre chacun féparément le fujet de notre tranfport, ils nous ont dit qu'ils ne s*oppofent pas à l'établiflement des troncs, confentant même qu'ils foicnt établis pourvu que la dame de Baune, qui y tient jeux comme eux, en ait auflî, n'étant pas jude qu'ils foient plus vexés qu'elle puifqu'ils ont toujours payé exactement tous les foirs le droit des 6* et 9* dûs aux pauvres fur le produit de leur recette, fuivant les quittances qu'ils en ont, et fe foumettent de
continuer à payer exactement lefdits droits tous les foirs audit fleur Honoré et ont ûgné excepté lefdits Terradoire et Savignoni, qui ont déclaré ne favoir écrire ni figner.
Signé : A. Letellier ; A. Bertrand.
Et à rinflant voulant faire mettre lefdits troncs, ledit fieur Honoré nous a dit qu'attendu la foumillion que lefdits Terradoire, Bertrand, veuve Letellier et Savignoni font de payer exactement tous les foirs lefdits droits, il nous requiert de fupercéder à rétabliflement defdits troncs jufqu'à ce qu'il en ait rendu compte à monfeigneur le premier préfident et à MM. les autres magiftrats.
Signé : Honoré.
(^Archives d*s Comm,, no 3366.)
TEISSIER (M"<^), actrice de rOpéra-Comiqueàlafoire Saint- Laurent de 1739, avait un rôle dans le Repas allégorique, ou la Gaudriole, opéra comique en un acte, avec prologue, de Panard, représenté le 30 juin de cette année.
{DictionnaiiM des Théâtres , IV, 431.)
TESSIER, auteur dramatique, ancien comédien de province et directeur-fondateur du spectacle des Élèves pour la danse de rOpéra, ouvert sur le boulevard du Temple, le 7 janvier 1779.
(^Mémoires secrets, XII, 24.)
Voy. Élèves de l'Opéra (Spectacle des).
TÊTE PARLANTE, curiosité montrée, à la foire Saint-Laurent de 1689, T?^^ 1^ sieur Cadet et Susanne Quetteville, associés.
TÊTES PARLANTES, figures mécaniques de l'invention de Tabbé Mical, se voyaient à Paris dès 1778; Tune d'entre elles prononçait distinctement ces paroles : Le Roi fait le bonheur de
Tites parlantes. 429
ses peuples et le bonheur de ses peuples fait celui du Roi. En 1784, les têtes parlantes furent montrées de nouveau au public et voici en quels termes les Mémoires secrets s'expriment à ce propos : « 27 feptembre 1784. M. l'abbé Mical continue à montrer au public fes deux tètes parlantes^ mais comme il n'eft pas intrigant, qu'il eft ifolé, fans parti formé, fans cabale, qu'il n'a pas foudoyé de prôneurs, qu'il n'a pas capté la bienveillance des joumaliftes, on a peu parlé de cette mécanique, l'admiration générale des phyficiens. En effet, quelque imparfaite que foit encore fa machine, celui-ci a réfolu le problème que depuis Archimède jufqu'à Vaucanfon l'on avoit jugé infoluble. Ces deux têtes font de grandeur naturelle, très-bien faites , elles font dorées, ce qui efl de trèsmauvais goût. On les voit à côté l'une de l'autre fur une efpèce de petit théâtre, au bas duquel efl à découvert le buffet de tous les refforts qui les font mouvoir au moyen d'une manivelle. Dans les quatre phrafes qu'elles articulent fucceflivement et en imitant à l'extérieur le mouvement des lèvres, il efl des mots qu'elles ne prononcent pas parfaitement, des lettres qu'elles mangent en entier ; leur fon de voix eft rauque, leur articulation lente, et malgré tous ces défauts, elles en difent affez pour qu'on ne puiffe fe refufer à leur accorder le don de la parole.
Le pourtour de la fcène, qui fe paffe fous un riche baldaquin fupporté par quatre colonnes, eft très-décoré.
C'eft M. l'abbé Mical qui a travaillé de fes mains tous les détails de fon fuperbe ouvrage. Il avoit autrefois compofé deux figures d'Annette et Lubin jouant de la flûte et pouvant exécuter pendant 24 heures de fuite des morceaux de mufique toujours variés; on lui a fait un fcrupule de ces figures nues, et contre l'ordinaire, ce favant mécanicien a brifé fon ouvrage, objet de fcandale. On en voit encore des débris au pied de fon nouveau fpectade. »
(Jomrm*ide Péris, !•«■ mfti 1778. — Mémoirtt seerett,
XXVI, a$6.)
THÉÂTRE DE CHASSE, spectacle établi sur le boulevard du Temple en 1775. On faisait passer sous les yeux des spectateurs de véritables lapins et lièvres qui traversaient rapidement la scène ornée de décors en carton, représentant des coteaux ou des vallées, et ceux qui le désiraient, avaient le droit de tirer avec une arbalète sur ces animaux. Les six premières personnes entrées avaient les premières places, six autres les remplaçaient et ainsi de suite jusqu'à ce que tous ceux qui étaient entrés dans la salle eussent essayé leur adresse sur les malheureux animaux qu'on lâchait devant eux. Ce spectacle bizarre n'eut, est-il besoin de le dire, aucun succès.
{Almanacb forain, 1776.)
THÉÂTRE-FRANÇAIS COMIQUE ET LYRIQUE, spectacle ouvert par Clément deLomaizon, le 21 juin 1790, dans l'ancienne salle des Variétés- Amusantes , au coin des rues de Bondy et de Lancry. Le Théâtre-Français comique et lyrique fit de mauvaises affaires et ferma en 1793.
THÉODORE (Susanne-Théodore TAILLANDET, dite), actrice des Grands-Danseurs du Roi en 1787.
Voy. DURANXY.
THIEMET, acteur du boulevard, faisait partie de la troupe des Variétés-Amusantes en 1781 et jouait à cette époque le rôle de Jacques Spleen dans le Fou raisonnable, de Patrat. En 1788, il était engagé, comme l'indique le document transcrit ici, au théâtre de TAmbigu-Comique.
(^Journal de Paris, 28 novembre 1781.)
L*an 1788, le jeudi 17 janvier, huit heures du foir, en notre hôtel et pardevant nous Mathieu Vanglenne, etc., eft comparu fieur Jean-Baptifte Mau-
Timon. — Tiphaine. 431
rin Pompigni, prépofé par les entrepreneurs de rAmbigu-Comique au bon ordre et au fervice de leur théâtre, demeurant à Paris, enclos et paroifle Ste-Marie-du-Temple : Lequel nous a rendu plainte contre le fieur Thiemet, acteur dudit fpectacle, et nous a dit qu'il y a environ une heure, étant avec le copiile et fouffleur dudit fpectacle, au café de l'Ambigu-Comique, ledit Thiemet, qui y étoît aufli, s'eft permis de dire hautement et publiquement que le comparant étoit un escroc, un poliûbn et un gredin et autres injures de cette efpèce.
Et comme ces propos calomnieux ne tendent qu'à nuire à l'honneur et à la réputation du comparant, qu'il a le plus grand intérêt d'en avoir raifon et de fe pourvoir pour en obtenir la réparation et des dommages et intérêts, il a été confeillé de venir nous rendre plainte.
Signé : Maurin Pompigki ; Vanglenne.
{Archives Jtt Comm., n° 500).)
TIMON (Charles-Marie), né en 1755, compagnon bijoutier et acteur des Grands-Danseurs du Roi en 1778. Voy. Becquet (Marie-Charlotte).
TIPHAINE, danseur de corde, était attaché en cette qualité à la troupe d'Alard dès 1697; sa femme, une demoiselle Regnault, était à la même époque joueuse de gobelets dans la même troupe. Le Regnault, joueur d'instruments, dont il est question dans la pièce ci-dessous, était donc le beau-frère de Tiphaine ; c*est peut-être ce Regnault qui jouait les arlequins chez la veuve Maurice en 1698 et qu'on trouve plus haut sous le nom de Renaud.
(Mémoires sur les SptetûeUs i* /« Foire, I, $.)
L'an 1698, le famedi 6* jour de feptembre, onze heures et demie du matin, nous Charles Bizoton, etc., ayant été requis, nous fommes tranfporté rue de Seine, en la maifon de Jean Petit, maître cordonnier, où étant monté dans une chambre au premier étage, y avons trouvé couché au lit François Regnault, joueur des Menus-Plaifirs du Roi, demeurant en ladite chambre : Lequel nous a fait plainte et dit que le jour d'hier, fur les huit à neuf heures du foir, étant au cabaret de la Croix-de-Fer près la foire St-Laurent, le
nommé Tiphaine, danfeur, y furvint, lequel, fans autre lujet, fit querelle audit plaignant et Tinfulta d'une manière furprenante, le traita d'abord plufieors fois de crafleux, laquais et autres injures auxquelles le plaignant ne voulut rien répondre, même mit Tépée nue à la main dont il lui pouffa un coup au bras gauche qu*il lui vouloit donner dans le corps et qu'il para avec fa canne. Duquel coup il a été bleflé au défaut du poignet. Enfuite ledit Tiphaine lui en poussa un coup au côté droit qui lui a fait une plaie confidérable dont il a perdu beaucoup de fang. Après lequel coup il fe retira et lui plaignant fut porté chez un chirurgien, dont il ne fait le nom, chez lequel, pendant que Ton panfoit lui plaignant, ledit Tiphaine eft venu heurter plufîeurs fois et fans que lui plaignant lui eût dit aucune chofe, Ta infulté et menacé de lui donner des coups d*épée. Pour raifon de quoi et attendu qu'il eft confidérablement bleifé, il nous rend la préfente plainte.
Signé : Bkoton.
(Archivts des Comm., no 2458.)
TIQUET (Gilles), dit Dubreuil, entrepreneur de spectacle aux foires, ouvrit en société avec Pierre Michu de Rochefon un jeu de marionnettes et de danses de corde depuis le commencement de la foire Saint-Laurent de 1705, jusqu'à la fin de la foire Saint-Laurent de 1708. A cette époque, l'association fut rom^pue. Rochefort s'en alla en province et Tiquet continua seul son jeu de marionnettes jusqu'à la fin de Tannée 171 1.
{^Mémoires sur Us Spectacles de la Foire , I, 4^, — Dictionnaire des Théâtres, V, 46;.)
TONNERRE (machine imitant le), pièce mécanique exécutée par un sieur Michel, qui la montrait en 1784, rue des Boucheries et à la foire Saint-Laurent. L'annonce faite par cet industriel était conçue en ces termes :
« Le fieur Michel, machinifte, prévient le public qu'il vient d'exécuter une machine nouvelle imitant parfaitement le tonnerre dans les plus grands orages et dans fes effets les plus terribles. Cette machine a l'approbation de l'Académie des fciences. Le fieur Michel, éloigné de toute idée d'abufer le public, croit devoir
Tonton. — Toscan. 433
prévenir les perfonnes qui voudroîent Thonorer de leur préfence qu'elles feront libres de reprendre leur argent fi Teffet de cette machine ne répond pas à ce qu'il promet. Ce fpectacle fe tiendra rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain, à la falle du jardin royal, vis-à-vis le Saint-Efprit, et commencera demain 27 mai à onze heures du matin et à trois heures, à cinq heures et à fept de l'après-diner et jours fuivans jufqu'au famedi 5 juin indufivement. L'on prendra 5 livres par perfonne. Le bureau pour avoir des billets eft à l'entrée de la falle de ce fpectacle. »
(Journal di Paris, 26 mai, juillet 1784.)
ONTON (M"*), actrice du spectacle de l' Ambigu-Comique, où elle jouait tout enfant vers 1772.
(Lt Cbr^niqugur dùamvré, I, 90.)
TORRÉ (Jean-Baptiste) , artificier italien , directeur d'un spectacle pyrrhique ouvert en 1764 sur le boulevard Saint- Martin, et fondateur de l'établissement connu sous le nom de Wauxhall de Torré.
Voy» Wauxhall.
TORSE, danseur anglais, parut à l'Opéra-Comique pendant la foire Saint-Germain de 1739, et se fit applaudir dans les divertissements exécutés à la suite du Hasard, opéra comique de Ponteau, et dans la Fite des Anglais, pantomime.
{Mémoires sur les SptctacUs d* U Foire, II, 134, 547 ; III, 64.)
TOSCAN (OGIMBEL, dit) montrait au public un oiseau curieux sur le quai Le Peletier en 1750. Vay. Manfredi.
Sp. — n. 28
434 ^^ Spectacles de la Foire.
TOSCANI, entrepreneur de spectacles aux foires, montra de 1744 à 1748, aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, son Nouveau Théâtre pittoresque. Toscani a expliqué lui-même ce que c'était que ce spectacle : « Le fleur Tofcani, polonois, inventeur du Nouveau Théâtre pittorefque qui a fait l'admiration de toute ritalie, de l'Allemagne et des autres pays où il a paffé, avertît les curieux qu'il eft arrivé en cette ville et qu'il y a Élit l'ouverture de fon théâtre, fur lequel on voit en point de perfpective des montagnes, des châteaux, des marines, des places, des maifons, des amphithéâtres, etc., le tout dans le plus grand point d'architecture et de deffin. On y voit auffi de petites figures qui imitent parfaitement tous les mouvemens naturels et tout ce qui repréfente le théâtre du monde fans qu'elles paroiffent tirées par aucun fil de fer et autres moyens. On y voit un magicien qui fait divers changemens tous variés, et, ce qui eft le plus furprenant, on y voit une tempête, la pluie, le tonnerre, des vaiflTeaux qui périflent, des matelots qui nagent, etc., le tout exécuté au naturel, avec la plus grande ponctualité. C'eft à la foire Saint-Germain, à l'entrée de la rue de Paris, vis-à-vis la Grande Troupe étrangère. »
{A§Uh€s d4 Péris, 1748.)
TOSCANO (Grégoire), danseur de Tancienne Comédie- Italienne, alla jouer en province après la fermeture de ce théâtre (1697), et ne revint à Paris qu'à la fin de 171 5 ; l'année suivante, il entra au jeu de la dame Baron et y remplit les rôles à' arlequins, mais sans grand succès. Dégoûté de la scène, il quitta alors Paris et se mit à courir les provinces comme opérateur, c'est-à-dire charlatan.
(^Mémoires sur Us Spectacles de la Foire, I, 182.)
OSCANO, fils cadet du précédent, célèbre par son talent sur le violon, parut à TOpéra-Comique, à la foire Saint-Ger-
Touchard. — Tourneuse. 435
main de i734> dans les rôles à^ arlequins; mais le public le trouva tellement mauvais qu*il dut se retirer et renoncer au théâtre.
{Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, i8a«)
TOUCHARD (NEUVILLE, dit), comédien du boulevard, jouant chez Delahogue en 1772.
Voy, Delahogue.
TOURIN (Nicolas), fils du portier de TAmbigu-Comique, fut engagé à ce théâtre dès 1772, et à cette époque y jouait les rôles accessoires.
(Almanaeh forain, 177).)
Samedi 24 juillet 1784, 9 heures et demie du foir.
Nicolas Tourin, acteur du fpectacle de TAmbigu-Comique, arrêté par Martin Tellier, caporal, à la requête de Thérèfe Couvreur, fa mère, femme de Jean-Louis Tourin, concierge dudit fpectacle, pour libertinage et inconduite (i). A Thôtel de la Force.
{Archives des Comm., n*> $022.)
TOURNEUSE (la), équilibriste du spectacle des Grands^- Danseurs du Roi, faisait à ce théâtre, au mois de février 1780, « le tour des épées, l'équilibre de la paille et du paon, les affiettes, enfiloit une aiguille, etc., etc. »
(Journal de Paris, février 17S0.)
Vay, BooN (Gertrude).
(i) Tourin s'était présenté ce soir-là au théâtre dans un état complet d'ivresse. Comme pareille ftute avait été souvent commise par lui, il fut puni. On jouait ce soir*là, à l'Ambigu^Comique, la 26" représentation du Repentir de Figaro, comédie en un acte, en prose, de Parisau, terminée par la Romance de Chérubin, mise en action, divertissement*pantomtme. Le spectacle commençait par le Manteau écarlate, ou le Rive supposé, comédie-proverbe par Sedaine de Sarcy, suivi de la 5* représentation du Tripot comique, pièce en deux actes, en prose.
TOUSSAINT, acteur du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, faisait partie, en 1778, de la troupe de Léduze, comme l'indique la pièce suivante.
(Aîm»nach forMtM, 1775.)
Monfîeur,
Hier, 10 du courant, le nommé ToufTaint, le plus petit des deux acteurs qui jouent le rôle de Baldaquin, en recevant Tes appointemens, fe vit retenir par moi 12 livres d'amende, favoir : 6 livres pour avoir manqué une répétition générale et 6 livres pour avoir joué dans l'état d'ivreffe. Au Heu de fe corriger de ce dernier défaut dont il venoit de fubir la peine, il eft arrivé au théâtre pour y jouer Ton rôle (i) avec trois degrés de plus que la dernière fois et s'eft donné les tons au théâtre de tourner en plaifanterie ces amendes qui n'ont point de rapport à fon rôle en le jouant.
Comme je veux qu'on refpecte le public et maintenir le bon ordre dans ma troupe, ne voulant pas l'impofer à une amende au moins d'un louis, je vous prie de vouloir bien le faire paiTer en prifon. Son exemple fervira 1 corriger le fieur Carlu, qui joue le rôle de Capricorne dans la comédie du Coffre, qui s'eft mis plufieurs fois dans ce cas et dont la récidive le conduiroit à la réforme ; ce feroit dommage, car il eft fort bon acteur.
Pai l'honneur d'être, Monfieur, votre très-humble et très-obéiflant ferviteur.
Lécluse de Tuxoy.
Paris ce II octobre 1778.
Nota hene. Qu'à Tinftant où j'allois fermer ma lettre, j'apprends par plufieurs de fes camarades qu'il avoit projeté dès le matin de faire cette mauvaife plaifanterie à Monfieur le commiffaire Mutel.
{Archives dis Comm,, n© 150S.)
TOUSSAINT (M"0, actrice du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, où elle jouait, le i8 avril 1782, le rôle de V amoureuse, dans le Mariage par méprise, ou le Quiproquo de l'hôtellerie.
{Journal de Paris, avril 1782.)
(i) Le 10 octobre 1778, la troupe de Lécluze représenta le Haud d'amour, précédé de la. Soirèt du bois de Boulogne, par Cholet de Jctphort, et de la Fête deSaint-Cloud, par Plancber^VaJcour
Toutou. — Trével. 437
TOUTOU (Marguerite MASSON, dite), petîte fille engagée dans la troupe des sauteurs et voltigeurs hollandais qui parut à la foire Saint-Germain de 1767. Voy. RiCHER (Etienne-Charles).
TRACISCO, acteur de la troupe du Nouveau Spectacle pantomime qui donna des représentations sur le théâtre de l'Opéra-Comique, alors momentanément supprimé, depuis la foire Saint-Laurent de 1746 jusqu*à la fin de la foire Saint-Germain de 1749, joua le rôle à^ Apollon et exécuta un concerto de violon dans \t Jugement de Midas, ou le Nouveau Parnasse lyrique, pantomime ornée de quatre divertissements, représentée le 4 septembre 1746.
{Dictionnmir* d*t Théâtrts, V, 494 ; VI, jéo.)
TRÉVEL (Pierre), peintre et acteur de la troupe d*Alexandrc Benrand en 1706.
L*an 1707, le mardi 16 août, trois heures de relevée, eft venu par-devers nous Céfar- Vincent Lefrançois, etc., en notre hôtel fis rue Montorgueil, Jeanne Tiremarche, femme de Pierre Trével, travaillant en peinture, elle blanchifleufc, demeurant rue Aumaire : Laquelle nous a fait plainte et dit que ledit Trével, Ton mari, ne trouvant pas d*ouvrage, s*e(l engagé par un acte paffé par-devant Lefébure et Ponnier, notaires, le !•' octobre 170s, avec Alexandre Bertrand, joueur des Menus-Plaifirs du Roi, pour déclamer auxdits jeux, y faire les perfonnages qu'il conviendra, aider à mettre les pièces fur pied, pendant le tems et efpace de ûx foires confécutives, à favoir : trois i la foire St-Germain-des-Prés et trois à la foire St-Laurent, à commencer par la foire St-Germain-des*Prés de Tannée 1706, moyennant 20 fols par chacun jour que tient la foire, foit qu*on joue ou qu'on ne joue pas ; et, en cas de contravention, eft un dédit de 600 livres. Dans Tentretems de la foire de St-Germain finie à la foire St-Laurent qui commence cette préfente année, ledit Trével, fon mari, s*e(l engagé avec les nommés Francanfal et Belloni» qui prennent la qualité de chefs de troupe de comédiens italiens, avec lefquels il a joué en différens endroits, entre autres en la ville de Rennes, A la charge de revenir pour la foire St-Laurent exécuter le traité qu'il a fait avec ledit Bertrand. Ledit Francanfal, qui eft engagé avec la veuve Maurice pour faire
périr le jeu dudit Bertrand et empêcher le plaignant d* aller ailleurs, ont furpris une fentence du maire et échevin de la ville de Rennes, par laquelle ils l'ont fait condamner par corps à payer une fomme de i,qoo livres. Étant en cette ville ont furpris un pareatis de M. le Lieutenant général de police du 8 de ce mois; et, le 13 de ce mois, ledit Francanfal, faute de payement de la prétendue fomme de 1,000 livres, a fait conftituer ledit Trével dans les prifons de St-Martin où perfonne ne peut lui parler. Ce qui eft une vexation pour Tempêcher de gagner fa vie pendant que lefdits Francanfal et Belloni font au fervice de ladite dame veuve Maurice ; n'ayant aucune connoi (Tance de s'être engagé avec ledit Francanfal qui le détient induement prifonnîer. Pourquoi elle fe voit obligée de nous rendre plainte et pour avoir fa liberté, requiert qu'il en foit par nous référé à M. le Lieutenant général de police, etc.
Signé ; Lefrançois.
Et le 23 août audit an, etc., nous commilTaire fufdit, nous étant tranfporté en l'hôtel de M. le Lieutenant général de police, lui ayant fait rapport de ce que deiïus; après avoir ouï les parties, M. le Lieutenant général de police a ordonné que, fur l'appel interjeté par ledit Trével, les parties fe pourvoiront ainfi qu'elles aviferont bon être. Et cependant ledit Trével, conduit dans les prifons de St-Martin, fera mis en liberté à la caution de la veuve Trével, fa mère, etc.
Signé : M. R. de Voyer d'Argenson; Lefrançois.
{Archives des Comm., n° 3821.)
TRÉZEL (Adrien-Jean), né vers 1752, acteur du boulevard en 1771.
6 juillet 1771.
Arreftation d'ordre du Roi d'Adrien-Jean Trézcl, âgé de 19 ans, natif de Paris, faifant le rôle de Pierrot à l'un des fpcctacles des boulevards.
(Archives des Comm., n" 2264.)
TURC MÉCANIQUE, figure que Ton voyait à la foire Saint- Germain de 1772, représentait un Turc devant son comptoir et servait aux spectateurs toutes les épiceries qu'ils demandaient.
ÇA ïmanach forain, 177J.)
Turco. 439
TURCO, singe fameux dressé par le danseur de corde Laurent Spinacuta, parut sur le théâtre de Nicolet en 1766, et mourut vers 1768 d'une indigestion de dragées. En 1767, l'acteur Mole ayant fait une grave maladie, Turco parodiait sur la scène sa convalescence et paraissait sur le théâtre en bonnet de nuit et en pantoufles. Cette facétie eut un succès fou et le public se porta en masse chez Nicolet, dont le singe devint bientôt célèbre.
(Mémoires sicrtls, III, 168, 172.
Voy, Spinacuta (Laurent).
I ACHE EXTRAORDINAIRE, animal curieux que ll'on montrait à la foire Saint-Germain de 1748. [ L'annonce fùte par l'entrepreneur de spectacles à ] qui elle appartenait est ainsi conçue : « Mcflieurs et dames, il cft arrivé en cette ville une vache fans pareille et qui D'à jamais paru. Elle vient de l'Amérique et eH âgée de 26 ans. Elle eft née ayant deux têtes et 5 jambes. L'une de fes tètes reffemble i un homme vivant dont les cheveux font blancs comme neige et la barbe noire qu'on rafe tous les huit jours comme un homme. Au bout du bras elle a une jambe de cerf et un pied d'ébn, et fous le bout de la jambe de cerf il y a deux griffes d'atgle ; le tout vivant comme la vache. Cette vache a fait 12 veaux, favoir I r comme les veaux ordinaires et le 12' que l'on montre ell des plus extraordinaires. Il ell né ayant la tête et la queue d'un lièvre, fans fondement, 3 pieds de veau et au quatrième une patte de loup dont les griffes font tombées. Il a le derrière d'une véritable biche. C'cft à la foire Saint-Germain, rue Traverfe. »
i^f^l». i, Pmtù, 174).)
VALEVAUDE (Marie, dite aussi VADEVANI), femme d'Antomc Travisani, associée à Pterre-Toussaint Gagneur
pour faire voir un éléphant sur le boulevard du Temple en 1773, et directrice d'un spectacle d'animaux en 1778.
Du famedi 11 juillet 1778, huit heures et demie du foir, au corps de garde de la garde particulière du boulevard du Temple.
Trouvé en ce corps de garde Jacques Legros, demeurant chez fon père, rue Guifarde, faubourg St-Germain, qui s'eft plaint d'avoir été mordu à la jambe par le (Inge de la nommée Vadevani, montreufe d'animaux fur le même boulevard, qui étoit audit corps de garde et qui a prétendu que ce n'étoit qu'un coup d'épingle et non une morfure. Renvoya à fe pourvoir et défenfe à ladite Vadevani de ne plus mettre à fa porte aucun animal.
{Archives des Comm,, qo 378$.)
Voy. Gagneur.
VALLIENNE, aaeur du spectacle des Variétés du * «.^.^ Royal, a joué à ce théâtre Auguste dans V Amour et la Raison, comédie en un acte, en prose, de Pigault-Lebrun, représentée le samedi 30 octobre 1790.
(Brochure intitulée : V Amont et l« raison, P«ris, Cailleau, 1791.)
VALLIÈRE, habile joueur de tambour, se fit entendre à la foire Saint-Laurent de 174 1, au théâtre de rOpéra-Comique.
(Mémoires sur les Spectacles de la Foire, II, 152.)
VALLOIS, acteur du spectacle des Variétés du Palais-Royal, a joué à ce théâtre le duc de Montmouth dans le Duc de Montmouth, comédie en trois actes et en prose, de Bodard de Tézay, représentée le 4 novembre 1788.
(Brochure intitulée : le Duc de Montmouth^ Paris et Bruxelles, Dcboubers, 1789.)
Varermes. 443
VARENNES (Claude-Charles SANTERRE de), acteur du boulevard, était attaché, en 1779, au spectacle des Élèves de rOpéra. En 1782, il faisait partie de la troupe des Grands- Danseurs du Roi, et a joué à ce théâtre : Lafleur dans En amour argent ne fait rien (18 avril 1782); le;«(/ dans les Girandoles de Ribié (8 juin 1783); huit rôles dans Pourquoi pas ? proverbe de Plancher- Valcour (28 février 1783), et le procureur d^ins h Dinde du Mans, pièce de Parisau (15 juin 1783). Il passa ensuite à TAmbigu-Comique et a joué entre autres rôles sur cette scène : Liandre, amant de Julie, dans les Trois Liandre, ou Us Noms changés, comédie en un acte, en prose, de M. S..., représentée le 22 avril 1786, et Alhihrac, Gascon, amant d'Égli, dans Tout comme il vous plaira, ou la Gageure favorable, comédie en un acte, en prose, par Sedaine le jeune, représentée le 5 mai 1786. Au mois de septembre suivant, Varennes était rentré au théâtre des Grands-Danseurs du Roi.
(Journal i* Paris, x8 avril 1782 ; a8 février, 8, 1$ juin 1783. — Brochures intitulées : U$ Trois Liatidre , Paris, Csilleau, 178e ; Tout commt il vous plaira , Paris, Cailleau, 179$.)
Jeudi 2 feptembre 1779, 9 heures du foir.
Claude-Charles Varennes et Anne Fleuri dite Rivière, acteurs des Élèves, arrêtés par le fieur Gabriel, officier de la garde de Paris, pour avoir manqué au public en jouant leur rôle (i). Ladite Rivière relaxée et Varennes au ForrÉvôque.
(Archives d*s Comm., n» $02S.)
VARENNES (Marie-Jacqueline SANTERRE de), sœur du précédent, aarice du spectacle des Bleuettes en 1787.
Mardi 9 novembre 1787, 9 heures du foir.
Jean-Baptifte Brunet, fergent de pofte aux Récollets, â la réquifltion du fieur Clément de Lomaifon, directeur du fpectacle des Bluettes, a arrêté
(i) Le a décembre 1779, on jouait au speeude des ÊlèrM de TOpéra, la 2$* représentation de Fini, vidi, viti, ou la Prise de Grenade, pièce de Parisau, précédée du Sansonnet vengé, et suivie de VÉpidémie du four.
Marie-Jacqueline Santoire de Varenne, actrice dudit fpectacle, demeurant rue de Bretagne, pour querelle. Renvoyée à fe pourvoir.
(Archivts dts Coimmt., n** 501a.)
VARIÉTÉS-AMUSANTES (Spectacle des). En 1778, un anden acteur de T Opéra-Comique, devenu dentiste, nommé Lécluze, ouvrit à la foire Saint-Laurent un théâtre qu'il installa quelque temps après sur le boulevard, au coin des rues de Lancry et de Bondy. Malheureusement les frais exigés par cette entreprise dépassaient les ressources de Lécluze, qui dut se retirer et céder son théâtre et sa troupe à une société composée de trois anciens danseurs de l'Opéra, Fierville fils, Malter et Hamoire, et d'un bailleur de fonds, nommé Lemercier. Ces quatre associés donnèrent à leur spectacle, dont ils prirent possession le 12 avril 1779, le nom de Théâtre des Variétés-Amusantes et surent y attirer le public par des pièces agréables et bien jouées, dont une surtout, Janot, ou les Battus payent l'amende, par Dorvigny, eut un succès éclatant, grâce au jeu du principal acteur, Volange, qui remplissait le rôle de Janot. En 1784, Malter, Hamoire et Lemercier (Fierville fils s'était retiré) se virent dépossédés de leur privilège par un arrêt du Conseil d'État, qui attribua à TAcadémie royale de musique l'exploitation de tous les spectacles forains, avec permission de les faire gérer par qui bon lui semblerait. Deux anciens directeurs de théâtres de province, Gaillard et Dorfeuille, furent placés à la tête du spectacle des Variétés-Amusantes, qu'ils transportèrent du boulevard Saint-Martin au Palais-Royal, où il ouvrit, le i*^ janvier 1785, sous le nom de Variétés du Palais- Royal. L'installation de Gaillard et Dorfeuille ne se fit pas sans peine. Les directeurs si arbitrairement évincés s'adressèrent à h justice, mais en vain, et après plusieurs mois d'un procès au cours duquel les parties s'accablèrent réciproquement de factums et de mémoires, leurs prétentions furent définitivement repoussées. Restés possesseurs du privilège. Gaillard et Dorfeuille, une fois établis au Palais-Royal, modifièrent peu à peu le genre du réper-
Vaucanson. 445
toire qui avait jusqu'alors défrayé les Variétés- Amusantes et substituèrent des comédies aux farces qui y étaient représentées. Le public d'ailleurs n'était plus le même et il fallait se conformer à son goût. Les acteurs aussi durent se débarrasser des habitudes qu'ils avaient contractées au boulevard et devenir des comédiens plus sérieux. Ils y parvinrent si bien que quand le théâtre des Variétés du Palais-Royal eut ouvert ses portes à deux transfuges de la Comédie-Française, Monvel et M"* Julie Candeille, leur jeu ne parut pas déplacé sur cette scène. En 1791, lors de la scission opérée entre les acteurs de la Comédie-Française, Talma, Dugazon et M"* Vestris, vinrent s'engager au théâtre des Variétés du Palais-Royal, qui changea alors de nom et s'appela Théâtre- Français de la rue de Richelieu. L'année suivante, il modifia de nouveau son titre et s'intitula Théâtre de la République. C'est la Comédie-Française actuelle. Les principaux auteurs des Variétés- Amusantes et des Variétés du Palais-Royal sont : Bérard, Bodard de Tézay, Desbuissons, Dorvigny, Dumaniant, Fonpré de Fracansalle, Guillemain, Landrin, Lécluze, Maurin de Pompigny, Moline, Patrat, Pigault-Lebrun, Renout, Sedaine de Sarcy, etc. Quant au répertoire des pièces qui furent représentées à ce théâtre, on pourrait le reconstituer au moyen des programmes imprimés dans \q Journal de Paris, de 1778 à 179 1, et du tome III du Catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne.
(^Archivés its Comm,, no 499$. — Rtg. du Conseil tPÉtat, E, 2607. ~ Mémoires ucrets, XII, s 8 ; XIV, 22 ; XXVIII, 7.)
Voy. Gaillard; Lécluze; Lemercier; Malter (François-Duval).
VAUCANSON (Jacques de), né en 1709, mort en 1782, célèbre mécanicien, fit voir au public, en 1738, son Flûteur automate, imitant les mouvements de Tinstrumentiste et toutes les modulations de Tinstrument. On lira plus bas une pièce intéressante par les deuils qu'elle donne sur la fabrication de cette statue. Vaucanson a fait encore un automate exécutant sur lega-
loubet, en s'accompagnant du tambourin, une vingtaine de menuets et contredanses, et le fameux canard artificiel^ barbotant^ mangeant, secouant le col, faisant claquer son bec, digérant les aliments et les rendant comme pourrait les rendre un canard bien vivant. En 1787, les automates de Vaucanson étaient à Nuremberg et on lit à ce propos, dans le Journal de Paris du 8 février, la lettre suivante : « Vous favez, monfieur, que le fameux Vaucanfon fit autrefois trois automates connus fous le nom de Flûteur, du Canard et du Provençal (c'eft le joueur de galoubet) : on les vit à Paris en 1738 et enfuite dans les principales villes de la France, ainfi qu'en Angleterre. Un orfèvre, nommé Dumoulin, qiû s'adonnoit à la mécanique, en fiit enfuite pofleffeur, on ne fait par quel hafard, et fe rendit avec ces figures en Allemagne, où il les faifoit voir à prix d'argent. Étant à Nuremberg en 1752 ou 1753, il fut fur le point de les vendre au margrave de Bareuth, mais le marché n'ayant pas été conclu et Dumoulin (e trouvant prcflé par fes créanciers, il prit le parti de fe rendre à Pétersbourg, efpérant d'y vendre avantageufement fes automates. Mais il ne put les emporter avec lui ayant été obligé de les laifFer à Nuremberg pour cautionnement de fes dettes. Ses talens en mécanique lui firent obtenir en Rufiie la place de msutre des machines à Mofcou, où il mourut en 1765, fans avoir vendu ni réclamé fes automates, qui jufqu'à ce jour font reftés chez un banquier dans l'état où il les y avoit dépofés, c'cft-à-dire bien empaquetés. Les dettes du fieur Dumoulin montent à la fomme de 3,000 florins (environ 6,000 livres de France), et c'eft pour ce prix modique qu'on propofe de les livrer au premier curieux qui défirera fe procurer ces trois chefs-d'œuvre renfermés dans des caiffes qui n'ont pas été ouvertes depuis près de 32 ans. » Les Mémoires se^ crets, à la date du 27 février 1787, confirment pleinement ces détails et de plus ils donnent le nom du banquier de Nuremberg, chez lequel les automates étaient déposés : il s'appelait Pflûger.
(Journal de Paris, 8 février 1787. — Mémoires secrets, XXXIV, ioj. — Biographie Didot.)
Vaucanson. 447
L'an 1738, le 25* jour d'avril, trois heures de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Charles de la Vergée, etc., eft comparu (ieur Jofeph Mathieu, bourgeois de Paris, nommé féqueftre au bureau de recette de la machine repréfentant un faune jouant de la flûte traverfière ezpofé à Thôtel de Longueville, par ordonnance de M. le Lieutenant civil du 21 du préfent mois, fous le cautionnement du (leur Marquin, établi par procès-verbal du jour d'hier dans ledit bureau de recette : Lequel nous a déclaré que dans le reliant de la journée d'hier, il s'eft préfenté plufleurs perfonnes pour voir jouer ladite machine qui ont été refufées par le nommé Jannin, fui (Te établi à la porte où eft ladite machine, par les (leurs de Vaucanfon et Marquin, aflbciés, lequel dit qu'il avoit ordre dudit (leur de Vaucanfon perfonnellement de refufer tous ceux qui fe préfenteroient. Et cejourd'hui de relevée, s'étant préfentées pluileurs perfonnes pour voir jouer ladite machine, ledit Jannin leur a dit qu'on ne jouoit pas et ne joueroit point : et lui fieur Mathieu lui ayant demandé pourquoi cela, ledit Jannin lui auroit répondu qu'il ne le connoiffoit pas non plus que le fieur Marquin, qui eft cependant l'affocié du ficur de Vaucanfon. Et comme le comparant voit que cela n'efl fait que pour dépérir la fociété et ruiner, par ce moyen, le (leur Marquin auquel il ne veut rendre aucun compte de la fociété, il a été confeiUé de nous faire la préfente déclaration.
Signé : Mathieu.
(Archiva des Comm., n» 3021.)
Sur la requête préfentée au Roi, éunt en fon Confeil, par Jacques Vaucanfon, contenant que s'étant appliqué, dès fa jeuneffe, aux fciences, il a confumé pour s'y perfectionner le peu de fortune qu'il tenoit de fes pères ; c'eft dans cet eut d'épuifement qu'il fentit l'impolfibilité de mettre à fin des anatomies mouvantes qu'il avoit commencées et qu'il fongea â tirer du fecours du produit de quelque machine capable d'exciter la curiofité du public, il conçut le deffein de faire une fiatue jouant de la flûte traverfière avec embouchure et par Taaion des doigts. Il y travailla en effet et avec le peu qui lui reftoit et les emprunts qu'il a été obligé de faire, il eft parvenu à finir cette machine dont le public connoit le fuccès ; mais il en tireroit peu d'avantage fi Sa Majcfté ne le mettoit à couvert de l'un de fes créanciers, c'eft le fieur Marquin qui, fous pr^xte d'aimer les arts et après avoir attiré le fuppliant chez lui, a fait
pafTer au fuppliant deux actes aufTi illicites qu'onéreux. Le premier concerne un prêt qu'il lui fit de la fomme de 3,000 livres le 13 décembre 1736, à condition que ce feroit en forme de fociété. Le fieur Marquin fe chargea de faire rédiger Tacte chez fon notaire et il y inféra qu'au moyen de cette avance de 3,000 livres, il prélèvcroit moitié du produit journalier de l'expoûtioa de la machine jufqu'à ce que ces 3,000 1. fuflent triplées, enfuite qu'il auroit un tiers dans tout le relie du produit à perpétuité et enfin un tiers du prix de la machine en cas de vente. Il fuppofa dans l'acte qu'il reftoit Tes 3,000 1. (Jic) quoique, dès lors, la (latue folfidt, Ht les cadences, les ports de voix et autres agrémens de la flûte. Au mois de feptembre 1737, la figure finie et n'ayant plus bcfoin que de quelques décorations extérieures, le fuppliant fut encore obligé d'avoir recours au fieur Marquin ; il étoit d'ailleurs prelTé par un créancier d'une fomme de 500 livres. Le fieur Marquin lui prêta encore 3,000 livres, mais toujours à condition d'employer comme fonds fur la machine ce prêt qui y étoit prefque étranger et même d'y comprendre les nourritures et logement qu'il avoit d'abord fi généreufement offerts au fuppliant. L'acte en fut paflfé le 30 feptembre 1737; il eft aifé de fentir combien ces claufes font odieufes. Le fieur Marquin, moyennant 6;ooo livres dont partie en logement et nourriture, veut abforber le produit d'une machine qui a coûté plus de 12,000 livres au fuppliant qui, d'ailleurs, y a confàcré fes talens et un travail affidu de plus de deux ans. Cependant le (leur Marquin, pour foutenir fon injufiice, vient de le faire afiigner au Châtelet de Paris par exploit du 17 du préfent mois d'avril; mais le fuppliant efpère que Sa Majefté, protectrice des fciences et des arts, ne permettra pas qu'il foit expofé à des pourfuites qui, en confumant fon tems et les fecours qu'il peut tirer de fa machine, l'empêcheroient de fuivre fes travaux et de fc rendre utile au public ; requéroit à ces caufes qu'il plût à Sa Majefté fur ce lui pourvoir : Vu ladite requête, les actes du 13 décembre 1736 et 30 feptembre 1757, ledit exploit du 17 du préfent mois d'avril, ouï le rapport : Le Roi étant en fon Confeil, a évoqué et évoque à foi et à fon Confeil la demande formée au Chdtclet de Paris par ledit fieur Marquin contre ledit Vaucanfon par requête et exploit du préfent mois d'avril et icclle, circonftanccs et dépendances, a renvoyé et renvoie devant le fieur Hérault, confeillcr d'Éta: ordinaire, lieutenant général de police, pour y faire droit dcfmitivemcn: et en dernier reffort, Sa Majefté lui en attribuant toute cour, juridiction et connoiflancc qu'elle a interdite à toutes fes cours et juges (i).
Fait au Confeil d'État du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Vcrfailles le 26 avril mil fept cent trente-huit. Signé Phélypeaux avec paraphe,
(^Cotnmissiom extracrdinaires du Conseil, V*, n" S '0-)
(1) Le jugement rendu par M. Hérault ne se trouve pas au dossier. Peut-être y eut-il accommodement entre les parties.
Ventriloque, — Fermant. 449
VENTRILOQUE, se faisait voir, en 1784, rue de Bondy, puis au Palais-Royal, tous les jours de midi à deux heures et le soir de cinq à neuf heures, moyennant 24 sols par personne. Cet individu, âgé de 80 ans, était en même temps très-bon mime; il prenait dans ses bras un automate qu'il disait être un enfant malade, et sur ce thème il improvisait une petite scène dans laquelle il imitait merveilleusement les plaintes d'un enfant qui s*éveille, souflfre ou rit. Quand les exercices de ventriloquie étaient terminés, on portait l'automate sur une corde tendue dans la salle, et à l'instant même il dansait et exécutait tous les tours usités parmi les saltimbanques.
(Journal de Paris , 8 décembre 1784. — Mémoires stcrets» XXVI, 18a.)
VÉRITÉ (M"**), sœurs, actrices de l' Opéra-Comique. L'aînée a joué les rôles de Mathurine dans le Coq de village, opéra
comique en un acte, de Favart, représenté le 31 mars 1743, et de Palmire dans V Astrologue de village, parodie en un acte, du même auteur, représentée le 5 octobre de la même année. M"* Vérité cadette a joué Agathe dans V Amour paysan, opéra comique en un acte, de Carolet, représenté le 28 juin 1737, et Colette dznsh Ftte de Saint-Cloud, opéra comique en un aae, de Favart, représenté le 10 septembre 1741.
{Dictionnaire i*s Théâtres, I, m, 320, 389 ; II, 108.)
VERMONT (Marie-Nicole BÉCUÉ, dite), dite aussi Manette, née en 17S4, danseuse à la Comédie-Italienne, et en 1787 actrice aux Variétés du Palais-Royal. Elle a joué à ce théâtre le rôle de Su:(ette, femme de chambre, dans V Inconséquente, ou le Fat dupé, comédie en un acte, en prose, de Monnet, représentée le 20 août 1787.
(Brochure intitulée : l'Imconsêqntntif Pariii, Câilleau, 1787.)
Sp. — II. 29
A M. le Lieutenant civil au Chitelet de Paris.
Supplient humblement Marie- Angélique Izès, veuve du fieur Jean-Pierre Pujot, maître apothicaire à Paris , héritière quant aux meubles et acquêts du fieur Jean-Marie Pujot, fon fils, et Jean-Louis Girault» avocat en Paiiement, confeiller du Roi, commifTaire général voyer de la ville et faubourgs de Paris, et Marie-Jeanne-Françoife Pujot, fon époufe, elle héritière quant aux propres et en partie dudit feu fieur Jean-Marie Pujot, fon frère :
Difant qu'ils font en infiance devant vous avec la nommée Marie-Nicole Bécué dite Vermont, ci-devant Manette, ancienne figurante dans les ballets du théâtre Italien, à préfent remplifiant le double de l'emploi de foubrette au fpectacle des Variétés à Paris, fur la demande par elle formée contre les fupplians afin de condamnation au payement de la fonune de fix mille livres contenue en un billet qu'elle a trouvé le fecret de faire foufcrire audit Jean- Marie Pujot, quoique certainement il n'en ait jamais reçu aucune valeur; et défirant fe procurer l'aveu et la vérité de plufieurs faits décififs pour opérer leur décharge de la demande contre eux mal à propos formée, ils ont recours à votre autorité.
Ce confidéré, Monfieur, il vous plaife permettre auxdits fupplians de faire interroger par-devant tel commifiaire qu'il vous plaira commettre, ladite fille Bécué dite Manette et Vermont, fur faits et articles qui lui feront préalablement fignifiés fuivant l'ordonnance. Et vous ferez jufiice.
Permis de faire interroger par-devant le commifiaire Guyot.
Fait ce 15 novembre 1788.
Signé : Bellanger.
Interrogatoire subi par Marie-Nicole Bécué dite Vermont, actrice au tbédirs
des Variétés, le 2 décembre 1788.
Premièrement enquife de (os noms, âge, qualités et demeure ?
A répondu, après ferment par elle fait de dire vérité, fe nommer Marie- Nicole Bécué dite Vermont, âgée de 24 ans, actrice au théâtre des Variétés, demeurant rue du Faubourg-Montmartre.
Ce qu'elle faifoit avant d'être attachée au fpectacle des Variétés ?
A répondu qu'elle étoit danfeufe à la Comédie-Italienne.
Si elle n'a pas rempli au théâtre Italien l'emploi de figurante dans les ballets ?
A répondu que oui.
Quelle fomme lui produifoit l'emploi qu'elle rempliflbit aux Italiens ?
A répondu que fon emploi aux Italiens lui valoit 650 livres par an.
Où elle demeuroit dans ce tems ?
A répondu qu'elle demeuroit rue de Richelieu, cour St-Guillaume, chez le nommé Digard, marchand de vins.
Si elle avoit des domcdiques, en quel nombre et leurs noms ?
A répondu qu'elle avoit pour domeftiques un laquais et une cuifmicrc.
VermofU. 451
Interrogée du nom du propriétaire ou principal locataire de la maifon où elle demeuroit ?
A répondu qu'elle n'a jamais eu aflaire à lui.
Pour quelle fomme elle avoit de loyer et à quel étage, combien de chambres ?
A répondu qu'elle avoit pour 600 livres de loyer au troiûème, au-deilus de l'entrefol.
A quelle époque elle a quitté le théâtre Italien ?
A répondu qu'il y aura deux jms à Pâques.
Si elle a encore fes père et mère ?
A répondu que oui.
Quel eft et où étoit leur état ?
A répondu que cela n'a rien de commun â l'affaire, que cependant ils vivent bourgeoifement.
En cas de décès des père et mère, dans quel tems font-ils morts et quelle formne a-t-elle recueilli de leur fucceOion ?
A répondu que puifqu'ils exillent elle n'a rien recueilli de leur fucceOion. Elle les a quittés depuis l'âge de 12 ans.
En cas d'exiflence des père et mère, quelle eft â préfent leur pofition et ce qu'ils font ?
A répondu qu'ils vivent bourgeoifement.
Depuis quel tems elle eft entrée au fpectade des Variétés ?
A répondu depuis deux ans â fa fortie des Italiens.
Qjiels y font fes appointemens ?
A répondu trois mille livres.
Quel nom elle portoit aux Italiens ?
A répondu qu'elle portoit aux Italiens le nom de Vermont comme elle le porte aux Variétés.
Interrogée en quel endroit elle demeuroit en 1784 ?
A répondu qu'elle demeuroit rue de Richelieu, chez le fieur Digard, marchand de vins.
Dans quel tems elle a connu le fieur Pujot ?
A répondu qu'elle a connu le fieur Pujot en 1783.
A quelle occafion l'a-t-elle connu ?
A répondu â l'occafion de la fociété.
Qui l'a préfenté chez elle ?
A répondu qu'il n'a été préfenté par perfonne et y eft venu de lui-même.
A quelle époque pour la première fois ?
A répondu qu'elle ne fe rappelle pas l'époque.
Si c'en au théâtre des Italiens ou â cdui des Variétés ou chez elle ?
A répondu que c'ed en fociété chez une dame de fes amies d'elle répondante.
Interrogée d'office quelle eft cette dame de fes amies où elle répondante a trouvé ledit fieur Pujot ?
4S2 Les Spectacles de la Foire.
A répondu que c'eft chez la demoifelle MafTon, danfeufe aux Italiens, qui
demeuroit aufli cour St-Guillaume.
Interrogée d'office fi ledit Pujot étoit ami de la demoifelle Maflbn et fi elle y alloit fouvent ?
A répondu qu'elle n'en fait rien.
Interrogée d'office fi elle Ta vu fouvent chez la demoifelle Maffon avant qu'il vînt chez la répondante ?
A répondu que oui.
Interrogée d'office fi c'eft elle répondante qui l'a engagé à venir chez elle ou s*il y eft venu de lui-même ?
A répondu qu'il y eft venu de lui-même. Pour quel motif?
A répondu pour la fociété.
Interrogée d'office fi elle connoiflbit l'eut du (leur Pujot quand il s'eft préfenté chez elle pour la fociété ?
A répondu qu'il étoit commis à l'Intendance.
Interrogée d'office fi elle favoit quel étoit le revenu dudit fieur Pujot ?
A répondu qu'elle favoit qu'il avoit cent louis d'appointemens et que fes parens étoient aifés.
Interrogée d'office à quelle occafion ledit ûeur Pujot a emprunté de Targent à elle répondante ?
A répondu que c'eft qu'elle lui a dit qu'elle avoit de l'argent et qu*il le lui a demandé.
Interrogée d'office fi elle lui a demandé l'emploi qu'il en vouloit faire ? A répondu qu'elle ne lui a pas demandé. Interrogée d'office quelle fomme elle lui a prêtée ? A répondu deux mille écus.
Interrogée d'office s'il lui en a fait une obligation ou un billet ? A répondu qu'il lui en a fait un billet.
Interrogée d'office fi ledit fieur Pujot lui payoit l'intérêt de ces deux mille écus?
A répondu que non.
A elle repréfenté d'office qu'il ne paroît pas naturel de placer deux mille écus entre les mains d'un homme qui n'cft que connoiffance fans ftipuler l'intérêt, fans s'informer de l'emploi que doit faire de la fomme l'emprunteur, fans s'affurcr de fa folvabilité et fuivre l'emploi qu'il fait de cette fomme. Sommée de déclarer s'il n'eft pas vrai que le prêt qu'elle paraît avoir fait audit fieur Pujot, n'eft que fimulé et que ledit fieur Pujot ne lui a fait un billet que pour qu'elle fût récompenfée foit après fa mort, foit après fon mariage, de la complaifance qu'elle avoit pu avoir pour lui, furtout de l'avoir admis dans fa fociété?
A répondu que le prêt eft véritable, qu'elle favoit que ledit fieur Pujot étoit folvable.
Fermant. 453
Interrogée d'office (i lorfque ledit fieur Pujot lui a fait un billet de deux mille écus, elle avoit quelqu'un à qui elle étoit attachée de cœur ?
A répondu que oui.
Interrogée d'office fl ce n'étoit pas dans l'intention de déterminer la répondante à lui faire le facrifice de la perfonne à laquelle elle étoit attachée de cœur pour, enfuite, s'attacher à lui de la même manière, que ledit iieur Pujot lui a fait un billet de deux mille écus ?
A répondu que non. Qu'il lui a fait ce billet-U parce qu'elle lui a fourni l'argent.
A elle repréfenté d'office qu'il n'eft pas vraifemblable que, n'ayant alors que 650 livres d'appointemens, pas d'autre revenu et un loyer de (ix cens livres, ainû qu'elle l'a déclaré dans fes précédentes réponfes, elle ait pu être en état de prêter deux mille écus au ûeur Pujot. Sommée de nouveau de nous déclarer s'il n'eft pas vrai que le billet qu'il a fait à la répondante n'eft que fimulé ?
A répondu qu'on doit favoir qu'une femme de fpectade ne manque pas d'argent quand elle eft aimable.
Interrogée comment le fleur Pujot auroit pu favoir que la demoifelle Bécué avoit de l'argent à prêter ?
A répondu que c'eft parce qu'elle lui a dit.
Qui a pu le dire au fleur Pujot?
A répondu qu'elle l'a dit ci-deffiis.
Si elle lui a réellement prêté de l'argent ?
A répondu que oui.
Quel jour et à quelle heure lui a-t-elle fait ce prêt ?
A répondu qu'elle ne s'en refTouvient pas ; qu'au furplus la date du jour eft fur le billet.
£ft-ce le matin ou l'après-midi ?
A répondu qu'elle ne s'en refTouvient pas.
En quelles efpèces ?
A répondu en argent.
Combien y avoit-il de facs ?
A répondu fix.
Interrogée d'office combien on lui a rendu fur ces fix facs ?
A répondu rien du tout.
Qui a emporté l'argent de chez la demoifelle Bécué ?
A répondu que c'eft le fleur Pujot.
Quelles perfonnes autres que la demoifelle Bécué et le fleur Pujot étoient préfentes quand elle a remis cet argent ?
A répondu qu'ils étoient en tête à tète.
A elle demandé combien de tems elle a connu ledit (leur Pujot ?
A répondu qu'elle l'a connu tant qu'il a vécu.
Interrogée d'office fi c'eft au commencement de fa liaifon avec le fieur Pujot qu'elle lui a donné les fix mille livres qu'elle prétend lui avoir prêtées ?
454 ^^^ Spectacles de la Foire.
A répondu qu'elle les loi a prêtées un an après avoir fait fa coimoifijiicc.
Interpellée d'office de déclarer quelles font les perfonnes qui avoient counoiffance qu'elle eût en 1784 deux mille écus â placer et quelles font ks perfonnes qui pourroient rendre compte de la réalité du prêt et û elle a confuite quelqu'un avant de l'effectuer ?
A répondu qu'eUe n'a dit à perfonne qu'elle eût de Targept à placer. Qu'elle n'a confulté qui que ce foit fur l'emploi de fes fonds et que le toA s'eft paffé fecrètement entre le ficur Pnjot et elle.
Interrogée (i elle connott la mère dudit feu (ieur Pujot ?
A répondu qu'elle ne la connott point.
Si elle connoiiToit l'état et la fortune dudit fieor Pujot, même fon âge ?
A répondu qu'elle connaiifoit fon état ainfi qu'elle noos Fa déclaré. Qu'elle croit qu'il avoit Tj à 28 ans.
Interrogée fi elle a ceflé d'avoir des relations avec le fieur Pujot après hn avoir fait ce prétendu prêt ?
A répondu qu'elle a continué de le voir, mais qu'elle le V03roit très-pea.
S'ils n'ont pas été enfemble en commerce de lettres ? Qiael pcnvoit en être l'objet ?
A répondu que fi elle a écrit audit fieur Pujot, cela lui eft arrivé très-peo fou vent; que quant audit ficur Pujot, elle ne fe rappelle pas qa*il lui ait éôîL
A elle obfervé qu'il eft k la connoiflance de différentes perfonnes qu*il a été trouvé au décès dudit fieur Pujot différentes lettres fignées de fon nom ?
A répondu que cela eft poflibie. Qu'au refte il n'y a qu'à les lui repréfenter.
Interrogée fi elle connoît l'écriture dudit fieur Pujot ?
A répondu que oui.
Avons repréfenté d'office â la répondante une demi-feuille de papier étiquetée en marge : Copie d'une lettre écrite par le feu fieur Pujot à la fille Vermont, ladite demi-feuilIe écrite des deux côtés et commençant par ces
mots : « Vous m'avez fait efpérer, ma chère Vermont » et terminée i la
fin de l'autre page par ces mots : « Et furtout fi vous m'y tutoiez, c'eft-à-dire évitez le mot vous. » L'avons fommée de déclarer fi elle connoît ce projet de lettre pour être de l'écriture du fieur Pujot ?
A répondu qu'elle ne connoît pas aflez l'écriture dudit fieur Pujot pour favoir fi l'écrit que nous lui repréfentons eft de fa main ou non.
Après avoir fait lecture à la répondante de ce projet de lettre, l'avons fommée de déclarer fi elle entend la figner et parapher ?
A répondu que cela ne fert à rien et qu'elle ne s'en foucie pas.
Avons fommé la répondante de déclarer fi elle a reçu la lettre dont nous venons de lui lire le projet ou copie ?
A répondu que non.
A elle reprcfentc d'office que d'après ce projet il paroît que ledit fieur Pujot a eu des liaifons intimes avec la répondante. L'avons fommée de déclarer fi ce n'efi pas pour prix de ces liaifons ou dans la vue d'obtenir fes bonnes
Fermant. 455
grâces qu'il a foufcrit le billet de 6,000 livres au profit de la rendante et s'il n'eft pas vrai aufli qu'elle ne lui en a jamais fourni la valeur en efpèces ?
A répondu que ce n'eft pas pour tout cela que ledit fieur Pujot a foufcrit un billet de 2,000 écus à ion profit et qu'elle lui en a fourni la valeur en efpèces.
Interrogée d'office quels motifs ont pu la déterminer à prêter une fomme aufit confidérable à un jeune homme qu'elle ne connoifToit que depuis tiispeu de tems et qui, par le billet qu'il lui faifoit, annonçoit l'impuiflaiice où il étoit de pouvoir lui rendre cette fomme, que dans des circonflances fort éloignées et à une indication d'époque qui répugne aux boimes moeurs, circonflances qui toutes tendent à faire croire que le prêt qu'elle paroit avoir fait de fix mille livres, n'efl que ûmulé ; fommée de nouveau de déclarer û le prêt eft vrai ou faux et fi elle entend s'en faire payer ?
A répondu qu'elle a donné les fix mille livres audit fieur Pujot et qu'elle entend s'en faire payer.
Interrogée quel avantage elle pouvoit efpérer de tirer d'un pareil (acrifice, furtout la fomme prêtée ne portant pas d'intérêt et l'ouverture du rembotirfement étant fort incertaine ?
A répondu que le rembourfement n' étoit que reculé, mais n'étoit pas inceruin; que fi elle n'a pas fiipulé d'intérêts, c'ed qu'elle n'entendoit pas les affaires.
A elle repréfenté d'office que le fieur Pujot n'étoit pas même dans le cas d'avoir befoin d'argent puifque, lors de fon décès, au nombre des effets de fa fucccffion, il s' eft trouvé deux billets l'un de 4,500 livres, l'autre de 3,000 livres fur des particuliers très-folvables, et que, s'il eût eu befoin d'argent, il fe feroit fervi de fes propres fonds ou eût eu recours à fa famille, avec laquelle il a toujours été intimement lié, plutôt que d'emprunter à une étrangère ?
A répondu qu'elle n'eft pas obligée de favoir fes affaires; qu'au furplus il y.a quatre ans d'intervalle de la date du billet à l'époque de fa mort; qu'elle a réellement prêté l'argent qu'elle demande.
Interrogée pourquoi elle n'a pas fait d'oppofition aux fcellés appofés après le décts dudit fieur Pujot et pourquoi elle n'a formé fa demande qu'au bout de fix mois fans fe préfenter à aucun des héritiers ou des parens ?
A répondu qu'elle n'a fu fa mort que dans le tems où elle a formé fa demande.
Si elle a eu connoiffance du genre de mort du fieur Pujot ?
A répondu que non.
A quoi elle peut l'attribuer vu la foibleffe de fes organes et de fon caractère?
A répondu qu'elle n'en fait rien.
Si ce n'eft pas même à la rupture de fes liaifons avec elle ?
A répondu qu'elle ne l'avoit pas vu depuis longtems.
A quelle date elle a reçu la lettre à elle ci-deffus repréfentée ?
A répondu qu'elle ne fe rappelle pas avoir reçu rien de femblable.
4$6 Les Spectacles de 'la fioire.
A répondu que puifqu'elle ne l'a pas reçne d^ntfMty wvcàst
Interrogée d'office fi le fieur^Fujot n'a pas eu fiuteiitioo de hû £Ébe Hi>éralité en lui foufcrivant ie blUet de 6,000 livres; idnfiqde M looxûaÈ^êiCBt écrit et les conditions qu'il contient peuvent le £dre {tmpçomïtr a:wtc ndfiÉi ?
A répondu que non.
A elle remontré d'office que fi elle n'a pas réellement îoaxaî en «igeat la valeur de ce billet, il efi ccmtre la jufHce et l'honnêteté de s'en lervir pour dépouiller les héritiers Intimes du fieur Pujot de ce qm leur appartieiit ?
A répondu qu'elle ne demande que ce qui lui eft dû.
Intenrogée fi elle a fourni la valeur dttcâibiltel? ^^ ' ^ f"
A répondu que oui. »/
Interrogée quax|d et conuncot?
A répondu qu'elle a répondu à cette queffion dans fes précédentes TépoaftSf.
Signé : BécuÉ ; GvroT.
VERNEAU (Cathe&ine), née en 1676, femme de Pierre Olivier^ maître à danser, danseuse chez Alexandre Bertrand à la foire Saint-Laurent de 1699.
Koy. DUMOUSTIER.
VERNET, acteur de T Ambigu-Comique en 1782, a rempli le rôle de Guignolet, confident de Guillot Gorju, dans Carmagnole et Guillot Gorju, tragédie pour rire de Dorvîgny et Dancourt, représentée le 2 janvier de cette même année.
(Brochure intitulée : CarmagnoU et Gmilict Gorju, Avignon, Garrigau, 1791 •)
VERNEUIL (Nicolas), danseur dans la troupe de Lécluze en 1779.
Samedi 3 juillet 1779, une heure du matin.
Nicolas Veraeuil, danfeur chez TÉclufe, demeurant rue Montorguell, et Alexandre Schwartzbach, premier violon dudit Léclufe, demeurant fufdite
Verneuil. — Vienne. 457
rue Montorgueil, arrêtés par François MafTon, fergent de polie au marché St-Martin, à la réquifition de Nicolas Lecomte, garçon chez la dame Alexandre, limonadière, boulevard du Temple, qui.s'e{l plaint d'avoir été maltraité par lefdits Verneuil et Ton camarade, en voulant leur faire payer leur écot, parce qu'ils s'en alloient fans payer. Pourquoi nous les avons envoyés au Grand-Châtelet et leurs cannes cafFées au greffe (i).
{Arehivtt iês Comm., n® 501a.)
VERNEUIL (ÉLiSABETH-LouiSE VIVIEN, dite), actrice du boulevard, faisait partie, en 1780, de la troupe des Variétés- Amusantes, et en 1784 de celle du théâtre des Grands-Danseurs du Roi. Elle était fort jolie et ne manquait pas de talents. L'auteur du pamphlet intitulé: le Chroniqueur disœuvri,\uiz consacré dans son ouvrage deux articles tellement obscènes qu'il est impossible d'en reproduire une seule ligne.
{Le Cbroniqiunr d^sauvré, I, xo8 ; II, )S-)
Lundi 7 juin 1784, 9 heures du foir.
Jofeph Sanfei, caporal de la garde de Paris, a amené Jean-Baptifte Vivien, ancien fecrétaire, demeurant à Charenton, et Élifabeth-Louife Vivien dite Verneuil, actrice de Nicolet, demeurant rue Meflai, pour querelle. Renvoyés (2).
{Archivés des Comm,, n» S^si.)
VIENNE (Nicolas), dit Visage ou Beauvisage, acteur forain et entrepreneur de spectacles, commença par être commissionnaire, puis aboyeur à la porte du théâtre de Nicolet. C'est lui qui annonçait en ces termes le spectacle du soir : « Aujourd'hui le fieur Conftantin, fameux tacteur, fera zun compliment
(i) l's sortaient du théâtre, où Ton avait joué ce toir>Ià (a juillet 1779) : Us Bons amis, pièce «n un acte, en vert, avec set agréments, par Dorvigny, précédée des Folies d la Mode, comédie du même auteur, et de la Fête de Saint-Cloud, pièce de Plancher-Valcour.
(a) Ils s'étaient disputés en plein théâtre et cela avait causé quelque scandale. On jouait ce toir- U, au spectacle des Grands- Danseurs du Roi : la ir* représentation du Bienfait récompensé, on la Fille mal gardée, pantomime à machines en quatre actes, jouée par des enfants, avec un divertissement nouveau ; Madame Tintamarre, avec tout son spectacle ; Errenr n'est pas compte; Pierrg Bagnolet et Glande Bagnolet, oon fils, comédie en prose, par Devillc, et différents exercices pendant les entf'actes.
zau public de (a propre compofition et jouera don Jouan, dans le Fefiin de Pierre, avec toute fa garderobe et fes habits. » Il fut ensuite l'associé de Lorin, montreur de curiosités, pms comédien chez Second et enfin grimacier sur le boulevard. Il obtint un tel succès dans ce dernier emploi qu'il put bientôt entourer d'une baraque en planches la chaise en plein vent qui lui servait à donner ses représentations. Plus tard, le public affluant chez lui. Vienne eut l'idée de joindre à ses grimaces un jeu de marionnettes. Devenant de plus en plus audacieux, il remplaça ses marionnettes par des acteurs, et de concert avec Salle, comédien chez Nîcolet, il fonda le spectacle des Associés. Ce personnage bizarre a son article dans la<galerie de portraits que l'auteur du Chroniqueur dé-sœuvri a consacrés aux comédiens de son temps. Voici ce qu'il dit de Visage : « Du profond abîme de robfcurité parvenir au faîte de la grandeur, tel fut le fort d'Agathocle , et s'élever du fein de la crapule au rang illuflre de directeur de fpectacle forain, tel eft celui du feigneur Beauvifage, fans doute ainfi nommé à caufe de fon exceffive laideur, j'ignore et lui peut-être avec moi quels furent les auteurs de fa naiiïance et je ne date que du moment où le fallot à la main il attendoit à la porte des fpectades le
premier venu qui avoit befoin de fon miniftère Plus tard, le
fieur Vifage vendit dans les rues des mouchoirs et autres marchandifes de cette efpèce, jufqu'au moment qu'il obtint la place éminente d'aboyeur chez Nicolet. De là vient cette voix fonore, cet organe flatteur qu'on lui remarque et cette voix enchantereffe qui féduit tous ceux qui l'entendent. J'ai obfervé dans un autre endroit la manière dont il s'acquittoit de cet emploi; qu'on juge de fon élocution. Le cœur rempli de deffeins ambitieux, il s*affocia avec un nommé Lorin dont je dédaigne de parler, et ce gredin mit fon acolyte au fait du grand art de faire voir au public toutes les curiofités qui fc préfentoient. Il fe mit dans la tête de jouer la comédie, et le fieur Second le reçut au nombre de fes acteurs La feule faute qu'il ait commife dans fon avancement,
c'eft l'affociement qu'il contracta avec SalIé. Celui-ci le maîtrife
Vienne. 459
et ne tardera pas à envahir la portion qui lui revient. M. de Beauvifage efl le défenfeur-né du beau fexe^ et par des engagemens fimulés en impofe à la fagacité du foutien des mœurs. Trois ou quatre proftituées jouent de tems à autre fur Ton théâtre^ afin d'avoir un titre qui les mette à l'abri des pourfuites qui peuvent être faites contre leur libertinage. A l'exemple du directeur, fes penfionnaires font foudoyés par les raccrocheufes du boulevart ; l'un d'eux même, (ans autre état, gagne 10 fols par jour à ce fpectacle et porte des habits galonnés. En un mot, depuis le premier jufqu'au dernier, tout eft aflervi à ce genre de vie et ce fpectade efl à proprement parler un rendez-vous privilégié choifi dans la canaille de fes environs. Le fieur Vifage ne poflMe pas un fol, malgré le gain confidérable de fon état ; il eft ivrogne.... et Eût journellement de mauvaifes affaires pour fatisfaire fes mauvaifes inclinations. » Devenu propriétaire et direaeur du spectacle des Associés, Vienne ne se borna plus aux grimaces qui avaient commencé sa fortune, il voulut jouer aussi le drame et la tragédie. « Le plus divertiflant, dit le Chroniqueur diseeuvri, eft de voir jouer à mons Vifage le rôle de Mahomet ou celui de Beverley avec fa voix de taureau: Ce gredin braille à fe faire entendre du boulevart du Temple à Ménilmontant. Je me trouvois un jour à une repréfenution de Beverley ; à l'endroit où il fe mit à beugler : Nature, tu frémis I le maladroit caffa le verre, et déconcerté, ne fâchant comment &ire, eut la maladrefle de boire dans le creux de fa main. » Il faut cependant remarquer que Visage, pour éviter sans doute les poursuites de la Comédie-Française, avait soin de dénaturer les titres des pièces classiques qu'il représentait sur son théâtre. C'est ainsi qu'il appelait Zaïre, le Grand Turc mis à mort; le Père de famille, les Embarras du minage, et Beverley y la Cruelle Passion du jeu.
{Le Chrûniqm*»r iésmuvri, I, 4) ; H, 84. — Brasier : Hittoir* ietptîiU Théâtres de Ptris, 1, 49, 5$.)
4^0 Les SpeOades 4e la Faire.
VIENNE (Madeleine ]OLYiUmmé^,é6mm^iàa pti tenait en 1779 le specàide des fi^^ores de ôlie'de Ciinhis et était en même temps actrice du spectacle des Assodés^ 4oiit soù, mari était directeur. Voici comment elle est d^Mânte, en 1783^ |iar l'auteur du Chroniqueur désœuvré : « Madame Vlû^ poflè^ doit autrefois le plus charmant viÊige du moitié; mais lès fiéqueutes libations tant i Vénus qu'à Bacchus ront totaiéaicatfctf due..... Madame Vifâge joue les premiers i^Ales ec n'a fmh moindre idée de comédie, ne connoit nullemeàt £1 hiigpe et isft prefque toujours ivre à la fcène. »
"T TTEUXJOT, acteur forain, fils de Jlobm Vîeijcqo^ hoor V langer à Paris, débuta en 1698 dans la troupe d*jiatd^ {mis il entra chez la dame Baron. Marié à une fille cb Restior piè^y qu'on appelait la petite Catf». (diminutif de Cathmne), il jgxfA la profession paternelle, sans pourtant renoncer tcmi:; à £uit an théâtre qu'il ne quitu qu'en 1723. Vieuzjot avait un Èh qall avait fait élever par Brilla , équilibriste cél^reet gendre 4^, Âestier comme lui ; ce jeune homme, qui promettait de devenir: iça excellent sauteur, mourut pendant un voyage qu'il faisait avec son père en Italie. Vieuxjot père décéda peu après son fils.
{Archiva iâs Comm., o? 2469. — Mémoires sur Us SptetacUs de la Foire, l, 14. — Dicîionnmirg des Thiâtret, VI, 31$.)
L*an 171 3, le mercredi 23 août, de relevée, en l'hôtel de nous André Defacq, etc., eft comparue Élifabeth André, femme du fieur Héiux:, chirurgien, demeurant au faubourg St-Lazare, paroifîe St-Laurent : Laquelle nous a rendu plainte contre le nommé Vieux jau, danfeur de corde de la troupe de la veuve Baron, à la foire St-Lazare, et dit que ledit Vieuxjau feroit venu hier, fur les quatre heures du foir, dans la boutique d'elle plaignante pour fe faire rafer ; que comme le garçon de boutique étoit occupé à d'autres et qu'il ne pou voit pas le rafer fur-le-champ, ledit Vieuxjau en attendant feroit paflé dans une falle qui eft au fond de ladite boutique et feroit monté en une chambre où couche la fervante d'elle plaignante où icelle fervante étoit; qu'elle plaignante, étant aflife fur la porte de fa boutique et ayant eu befoin
Vieuxjot. 461
de fadite fervante, feroit entrée dans ladite falle pour l'appeler; qu'y étant, elle auroit entendu du bruit dans la chambre de ladite fervante ; qu'elle y feroit montée pour voir ce que c'étoit, mais qu'elle auroit été furprife d'y trouver ledit Vieuxjau, lequel étoit après ladite fervante pour la forcer; qu'icelle fervante à force de fe débattre et de fe défendre contre ledit Vieuxjau, lequel lui avoit bouché la bouche avec fa main pour l'empêcher de crier, étoit toute échevelée et toute délabrée ; qu'elle plaignante lui ayant demandé ce qu'il faifoit dans ladite chambre avec fa fervante, il feroit à l'indant defcendu dans ladite boutique et elle plaignante ayant demandé à fa fervante ce que lui vouloit ledit Vieuxjau et pourquoi elle n' avoit pas appelé elle plaignante, elle lui auroit dit qu'il étoit venu la trouver et qu'en entrant il fe feroit jeté fur elle, lui auroit bouché la bouche et lui auroit mis la main dans le fein et fous la jupe et l'auroit voulu forcer; qu'à l'inftant elle plaignante, étant defcendue dans la boutique, auroit dit audit Vieuxjau, que l'on rafoit pour lors, que cela étoit bien malhonnête à lui de venir chez elle plaignante, de monter dans la chambre de fa fervante fans rien dire et de l'avoir voulu forcer dans fa propre maifon ; que ledit Vieuxjau lui fit réponfe
qu'elle étoit une plaifante b de lui parler de la forte, et fur ce qu'elle
plaignante lui dit qu'il ne foit plus fi hardi de venir dans ia maifon et qu'elle
ne l'y fouffriroit pas, il la traita de b de g...., vieux refte de b et
qu'elle étoit jaloufe de ce qu'on ne la carefibit pas, mais qu'elle étoit trop laide et trop vieille et qu'elle étoit une vieille carcafle ; l'auroit voulu frapper et l'auroit menacée de la nultraiter partout où il la rencontreroit, non-feulement elle plaignante, mais encore fon mari et fon fils, qui n'étoient pas pour lors à la maifon, et dit que partout où il les rencontreroit, il leur donneroit
des coups de bâton; que c'étoient des b de gueux de garçons chirurgiens;
qu'il feroit fauter leur boutique, et que c'étoient des gens qu'on carefibit à coups de bâton, et a proféré toutes fortes d'injures atroces et fcandaleufes à l'honneur et réputation d'elle plaignante, de fon mari et de fon fils ; qu'il a menacé elle plaignante de venir dans fa maifon pour fe faire rafer malgré elle, et qu'étant un homme violent et dangereux elle a tout à craindre de lui, elle eft venue nous rendre plainte.
Signé : Élizabeth Andry ; Defacq.
{Archivés dit Comm,, n** 165 1.)
Voy, Delaplace (25 septembre 171 2).
VIEUXJOT, danseur de corde et voltigeur chez Restier en 1753.
Voy, Gagneur.
Les Speaaeksi* la Fmre,
V Roi en 1774.
VULEFORT (J&CQOSs CLÉMENT in)> actetir dn des Gnnds'Danseurs ^ Roi es 1780 et X781.
yan 1781J te vendredi 9 novembre, deux heures de relevée, eft c en l'hAcel et pu-devant nous Nicolas Maillot, etc., Rordie Lécuyer, fiUc coiffiBufe, demeiinate rue Notre-Damc-dc-Nuaredi, mairon du ficur Pocd, ifUffrryinA ^ tïiu, frit le pont aux Bicbes : Laquelle oous a rendu pUinK contre le oommi VUleforc, acteur chez le fieur Nicolel, demeurant même lue Notre-DuBC-de-Muarcth, maifon du fieur Leblanc, négociant, près U ne du Temple, et dit qu'il y a fix mois ou environ que ledit Villefoit WqoCDttdt la conçarante f^-difant pour le mariage ; niais la comparante s'étant Uentât aperçue de la mauvalfe conduite et du mauvais arrangemcai dndit ^niiefort, elle comparante lui a défendu expreffément de venir chez clic. Q|ie nonobftant les dtfeufcs qu'elle lui en avoit faites, il eft revenu frapper plnlîeun fus i fa porte et elle lui en a refuti l'entrée. Qjie depuis longtena elle »e le voyoit plus, mais hier au foir, fur les dix heures ou environ. Il i£L ttou dani U nutîibn de la comparante et il a dcmandiï après elle en difam
^'elle étoit une gueufe et use p , un mauvais fujel. Que le inonde d qui
il diToît ces fottiles de U plaignante l'a mis i la porte en lui dXfani ce qu'il méritoît en pareil cas; et, ttant ainfi dans la rue, il a rccommcticé de déclamer les fottires les plus atroces devant les croifécs de la plaignante, en lui
difuit de nouveau qu'elle étoit une p qu'il vouloit aller coucher »ec
elle et qu'il lui donneroit fix francs, et en fe joignant avec des gens de fa forte qu'il avoit amenés pour faire plus grand bruit et lui en dire davantage. Et comme la plaignante fe trouve ainfi infuliée et que fon honneur cfi attaqué, elle eft venue nous rendre plainte contre ledit Villefort.
Signé : Maillot ; Lécuter.
{ArAlvti i4i Cemw,., n° )7"8-)
Voy. Fourreau.
VILLEMONT (Marie-Aune GAUHIER, dire), actrice de rOpéra-Comique en 1759-
L'an 17 J9, le lundi 13 août, dix heures du matin, enl'hAtelet par-devant nous Jacques-François Charpentier, eft companie Marie-Anne Gauhyer dite
Villemont. 463
Villemont, chanteufe à rOpéra-Comique, demeannt faubourg St-Martin, vis-à-vis la croix des Marais : Laquelle nous a fait plainte contre le ûeur Haler, maître menuiiîer, et (a femme, demeurant rue Meflay, vis-à-vis le bureau des Coches, et dit qu'il y a environ une heure, ledit iîeur Haler eft venu lui demander de l'argent qu'elle lui doit pour de l'ouvrage de fa profeilîon qu'il a fait pour ladite demoifelle plaignante ; qu'elle lui a dit qu'elle ne pouvoit pas lui en donner pour le moment et qu'elle feroit fon poflible pour lui en donner dans la femaine, au moyen de quoi ledit Haler s'eft retiré poliment ; qu'un moment après la femme dudit (leur Haler efl venue chez la plaignante et lui a demandé de l'argent ; ladite plaignante lui a dit qu'elle n'avoit pas pu en donner à fon mari. Ladite Haler s'eft mife alors dans une fureur épouvantable en difant qu'elle alloit cafler les portes, ce qu'elle s'eft mife en devoir de faire. Ladite plaignante a voulu l'en empêcher, ce que
voyant elle lui a porté un foufBet en la traitant de p , d'excommuniée;
qu'elle l'avoit vue montée fur un âne ayant un écriteau devant et derrière ; qu'elle l'avoit ramaflée dans le ruifleau et l'avoit vêtue ; que toutes celles qui
venoient chez elle étoient des maq Ladite plaignante fe voyant (i fort
infultée a appelé fa domeftique, la dame Aubertio, maitrefîe cordonnière, et la femme du nommé Chatron, qui étoient lors dans fa cuifine : lefquelles font venues et lui ont repréfenté que ce n'étoit pas là comme on demandoit fon dû et l'ont attirée dans ladite cuifme. Où étant toutes, ladite femme
Haler a dit auxdites dames qu'elle voyoit bien qu'elles étoient fes maq
puifqu'elles prenoient (1 bien le parti de ladite plaignante, qu'elle a de nouveau traitée de gueufe et qu'elle faifoit tort à tout le monde. Ladite plaignante lui a dit qu'elle étoit une infolente de la traiter ainfi ; fur quoi elle lui a porté deux coups de pied dans le ventre, un coup de poing fur la tempe gauche et un fur la joue droite dont elle a les marques au vifage, ainfi qu'il nous eft apparu. La plaignante, ne voulant pas fe revancher contre ladite femme étant enceinte, elle a envoyé chercher fon mari pour faire cefler fon infultc, lequel eft venu et dans le moment de fon arrivée fadite femme lui a dit contre la vérité que la plaignante et celles qui étoient avec elle vouloient fe mettre fur elle pour la battre. Sur quoi ledit Haler a voulu donner un foufflet à la plaignante, mais fa femme l'en a empêché lui difant que cela lui feroit des affaires et qu'il la tienne, qu'elle alloit lui faire fon af&ire ; qu'étant grofle elle ne craignoit pas qu'on le lui rende, ce qu'elle a répété nombre de fois ; que la plaignante, s'étant débarraflée de leurs mains, eâ fortie fur le carré pour appeler fon hôteffe, que pendant ce tems-là laJite
femme Haler a dit à fon mari : « Voilà fa maq » (parlant de la femme
du fieur Aubertin, maftre cordonnier, qui étoit préfente) ; qu'auifitôt elle a fauté fur ladite femme Aubertin et lui a porté plufieurs coups de poing fur le vifage et sur la tête dont elle eft fort bleflfée et ce, pendant que fon mari tenoit ladite femme Aubertin ; qu'enfuite la plaignante a propofé un accommo, dément pour payer ledit Haler qui lui a répliqué qu'il n'en vouloit pas fairequ'il lui falloit de l'argent comptant finon qu'il lui feroit une avanie dans la
464 J^ Spectades4e la Foire.
me oa à rOpéra-Cpmiqtte, et fa fetnme a^it, 4e fa pan, qp'^le arradberaii
la montre de la plaignante dans le nûlieu de rOpéra-Gomiqiie, et fe foia retirés en difant beaucoup d'injures. Dont et de tout ce que defliis la^lê demoifdle Villemont eft venue nous Cidre la préfente ^^aiz^e. *
Signé : M. A. Gauhybr; Cbam¥MHTèem.
VIOLENTE Q/P^), danseuse de corde itaUenne, était eo^ gée chez Restier père à la foire Saint-Latirent de 1727. Dans la.pi^e intitulée: les Folies df Espagne, elle dansait sur une planche de huit pouces de large, posée simplement sur la corde» et £usait gracieusement et avec beaucoup de hardiesse difEhrente autres exercices surprenants.
(IliAM/rvf mr Ut SftttâUts éâ %m W*in» II» 43^
VOLANGE (Maurice-François ROCHET, dit)» oilèbie acteur forain, né i Nantes en 1756, mort vers 18x0» étak le iils d'un porte&ix, joua d'abord la comédie dans les Bes» pois revint en France et débuu, en 1778, dans la troupe de Lédbee; c'est lui qui créa le rôle de Janat dans Janot, ou les BaiHis paymi l'amende, pièce de Dorvîgny, qui fut représentée avec tant de succès sur ce théâtre. Enivré par les applaudissements qui lui étaient prodigués, Volange eut l'idée de paraître sur une scène plus relevée, et il débuta le 22 février 1780 à la Comédie-Italienne; il y fut peu goûté et revint, le 3 novembre de la même année, au théâtre des Variétés-Amusantes, où il resta jusqu'en 1785. Pendant cette période il a joué les principaux rôles dans Chacun son métier, V Avocat chansonnier, les Fausses Consultations, pièces de Dorvigny; Ésope à la foire, de Landrin, le Fou raisonnable, de Patrat, Boniface Pointu, de Guillemaîn, etc., etc. En 1785, ilaUa donner des représentations à l'étranger et resta deux années absent. Quand il revint à Paris (1787), ce fut à l'Ambigu-Comique qu'il s'engagea, et il parut dans Hurluberlu au régiment, pièce de Dor-
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vigny ; mais son véritable public n*était pas celui de l'Ambigu et il retourna à son ancien théâtre, devenu les Variétés tout court et installé au Palais-Royal. Le séjour qu'il y fit ne fut pas de longue durée, car en 1788 il avait encore quitté Paris et donnait des représentations en province. Il ne rentra dans la capitale qu'au mois de juin 1791 pour s'engager à un des nouveaux théâtres que la Révolution venait de créer. Voici en quels termes le pamphlet intitulé : le Chroniqueur désœuvré, s'exprime à propos de cet acteur : a On a trop parlé fur ce mauvais fujet pour que je m'en entretienne. Je dirai feulement que ce préfomptueux hiftrion a agi comme un imbécile en débutant au théâtre Italien et que fans cette balourdife il n'auroit pas eu la honte de réalifer l'anecdote d' Amoche, ancien acteur de l'Opéra-Comique, dont a parlé le Mercure du tems de fes débuts dans les Trois Jumeaux, qui a fait dire au maréchal de Richelieu à qui on demandoit fon fentiment fur fon jeu : « Ma foi, je ne l'ai vu que changer de perruque. » Volange, à ce que Ton aflure, a été fouetté et marqué. Plufieurs perfonnes le prouvent. Ce ppliffon, qui fe difoit libre et garçon, vient il y a quelques jours d'être forcé de reconnoître fa femme et deux enfans qu'il laiffoit mourir de faim en province depuis fon départ incognito pour Paris. Ce vagabond qui, fi la police le punifloit comme il le mérite, devroit finir fes jours dans un cachot, a eu la coquinerie, au fortir des Italiens, de faire un engagement avec Nicolet pour lui efcroquer 25 louis, tandis qu'il en avoit déjà contracté un avec les Mal ter des Variétés- Amufan tes. Le public, revenu fur fon compte, ne le voit déjà plus que comme un acteur très-ordinaire et bientôt il ne fera plus à fes yeux qu'un gredin digne de fon mépris et de fa haine. » Et plus loin le Chroniqueur désœuvré continue : « Qu'ajouter aux vérités conftantes que j'ai dites plus haut de cet ancien valet d'opérateur ? N'en déplaife à l'auteur du Revers de la médaille (i), Volange eft un fripon fans
(i) Le Détamvré mis en amvrty ou U Rtvers d* la midailU, est le titre d'un ouvrage compote par un acteur des Associés, nommé Dumont, en réponse au premier volume du Chroniqueur dùauvré. (Voy. DoMOirT.)
Sp. — II. 30
délicatefle, fans mœurs, et qui r^arde comme autant de plaifânteries les horfeurs qu'il commet tous les jours; ivrogne, joueur, je ne fais comment cet impudent coquin parvint à captiver les bonnes grâces de quelques perfonnes de diftinction qui le rendirent un fujet déteflable en l'accablant d'éloges complaifans et qu'il eft bien loin de mériter ; car qu'eft-ce que Volange en effet ? Un grimacier perpétuel qui doit à fa phyfîonomie laide et balle les trois quarts de f es fuccès. . . . O mes concitoyens, vous Tàvez vu, ce célèbre /an(7/, fur un des principaux théâtres de la capitale... Peut-on jouer plus ridiculement les Trois Fermiers, les Chajfeurs et la Laitière et quelques autres rôles qui lui furent confiés par bonté et que l'arrogance lui fit accepter ? Ombre de Colalto, l'événement du début de cet hiftrion nous rappelle bien vivement la perte que nous avons effuyée : Que n'avez-vous pas dû fouffrir en apprenant aux Champs-Élyfées que les Trois Jumeaux étaient joués par un échappé de la parade et que votre place étoit occupée par cet infolent orgueilleux ? Aufli le public vous rendit juftice ; l'affluence rendit fon déshonneur complet. Encore tout dégoûtant du tonneau d'immondices dont il venoit de fortir, Volange fut trop heureux de reprendre au foyer de la Comédie-Italienne le coftume vil et méprifable du favoyard élève de M. Ragot, qu'il avoit laiffé par précaution et que la circonftance lui rendit fort utile. Au milieu des huées de la populace, les yeux couverts de fon bonnet rouge, il regagna les tréteaux où il s'étoit rendu célèbre, et, fier de renthoufiafme public, il s'y maintient encore par l'infolence et la folle condefcendance que le directeur de cette efpèce d'antre de bohémiens a pour lui. Avec jufle raifon fes camarades le détellent. La manière indigne dont il les traite pour la plupart, fes procédés infâmes le rendent abfolument le rebut de ceux qui le connoiflent, et la prédiction que j'ai placée dans mon premier volume, à la fin de l'article qui le concerne, commence à fe réalifer. On ne lui pafle plus rien. Ce n'eft plus ce Volange, cet acteur féduifant, vanté, fêté ; ce n'eft plus qu'un bateleur ordinaire, et fes protecteurs étant détrompés, nous verrons fûrement
Volange. 467
mon s Euftache Pointu féjoumcr aux galères ou à Bicêtre en raifon de fes efcroqueries, et là réjouir les nobles habitans de ces endroits par de plates bouffonneries que Dorvigny aura foin de lui envoyer. Son abfence le fera oublier entièrement ; les proverbes ridicules des Variétés iront au diable ; nous y verrons avec plaifir la bonne comédie prendre la place de ces fottifes. Heureufe révolution tant défirée de tous les vrais connoiffeurs, quand arriverez-vous ? »
(Jpnmml de Paris, 18, 19, 27 novembre 1780. — Le ChrO' niqueur désœuvré, I, m ; II, 10. — Mémoires secrtts, XIV, 130, 367 ; XV, 7, «o, 94 ; XVI, 6$, 67, 3". — Galerie historique de la troupe de Nieolet, par de Manne et Ménétrier, 127.)
Lundi 19 juillet 1779, 9 heures du foir.
Nfaurice Volange, acteur du fpectacle des Variétés-Amufantes, demeurant porte St-Denis, arrêté par le Geur Suti, fergent de la divifion commandante, en vertu des ordres du magilbrat (i). Pourquoi nous Tavons envoyé au ForrÉvéque.
{Archives des Comm,, n" S^***)
Jeudi 28 octobre 1779, 8 heures et demie du foir.
Maurice Volange, acteur du fpectacle des Variétés-Amufantes, demeurant porte St-Denis, arrêté par le fieur Louvet, adjudant de la garde de Paris, pour être venu une demi-heure plus tard au fpectacle pour y remplir fon rôle, ce qui a été caufe que le fpectacle a été retardé et qu'on a été obligé de donner un ballet en attendant qu'il fût venu (2), ce qui a fait murmurer le public. Comme ledit Volange a déjà été envoyé par nous en prifon pour pareil fait le 19 juillet dernier, en vertu des ordres du magilbrat, nous l'avons envoyé au For-l'Évêque.
(^Archives des Comm,, n« S^''-)
(i) Volange était arriré trop tard au théâtre. On donnait ce soir-U à la représentation d'après souper, la seule où cet acteur jouât : Janot, ou les Battus payent Vamende, prorerbe par Dorrigny, précédé des Amours de Montmartre, tragédie burlesque, par Fonpré de Fracansalle, et le ballet àt% Jardiniers. «
(a) On jouait le 28 octobre 1779, aux Variétés-Amusantes '.Janot che^ le dégraisseur, ou A quelque chose malheur est bon, proverbe nouveau, de Dorvigny, précédé dt Janot, ou les Battus payent l'amende, proverbe par le môme auteur, et des Amours de Montmartre, tragédie burlesque, de Fon* pré de Fracansalle, suivie d'un ballet de caractère.
L'an 1782, le famedi 17 août, une heure de relevée, eft comparu en Thôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Maurice-François Rocher de Volange, acteur au fpectacle des Variétés-Amufantes, demeurant rue de BoutIkmi- Villeneuve, au coin de la rue St-Claude, maifon occupée par bas par une marchande de modes, paroilTe de Bonne-Nouvelle : Lequel nous a rendu plainte contre un fieur Tonnelier et dit que, le 12 du préfent mois dans la matinée, ledit fieur Tonnelier s'eft préfenté chez lui et lui plaignant loi a demandé qui il étoit et ce qu'il vouloit. A quoi il lui a répondu qu'il avoit été dans le commerce et même afTocié avec le fleur Léclufe et qu'il Un apportoit une pièce de comédie; et lui plaignant a examiné cette pièce de comédie même pendant que Ton perruquier le coiffoit. Et ledit Tonnelier, que lui plaignant ne connoilToit pas, étant debout et voyant le fils de In plaignant qui déjeûnoit, a dit avec un air de familiarité et de hardiefle : « Quand je vois manger, cela me donne appétit. 9 Et eft allé au buffet de lui dépofant, a pris du pain qui étoit fur ledit buffet, en a coupé et même a pris une prune fur une afliette et s'eft mis à manger et dans ce moment a dit à lui plaignant devant des perfonnes qui étoient Id : « Savez-vous une nouvelle ? Meffîeurs Tourton et Baur ont fait banqueroute ainfi que M. Séguin, caiflier de M. le duc de Chartres. » A quoi lui plaignant n'a fait aucune attention, étant occupé à lire la pièce que ce particulier lui avoit préfentée. Et un infiant après lui plaignant a remis la pièce de comédie en queâion audit Tonnelier qui s'efl retiré. Que lui plaignant a reçu hier dans la matinée une lettre de M« Vanglenne, commiffaire, qui le mandoit chez lui pour affaire. Que s'y étant rendu aujourd'hui à l'heure indiquée par la lettre il a été fort furpris de voir une lettre écrite par M. Tourton à M. Lcnoir dans laquelle il fe plaint que lui plaignant a tenu fur le compte de leur maifon des propos qui peuvent ternir leur réputation et faire grand tort à leur crédit pourquoi il s'en rapporte à la juftice du magiftrat fur la punition à infliger, et ce d'après les rapports dudit Tonnelier cxprcffémcnt nommé dans ladite lettre. Et comme cette inculpation fauffe devient une calomnie odieufe dans la bouche dudit fieur Tonnelier, qui lui fcul a tenu ce propos, et que lui fuppliant défirc fe juftifier tant à l'égard de Mcfficurs Tourton et Baur que devant le magiftrat et aux yeux du public, il s'cft retiré devant nous pour nous rendre la préfente plainte (i).
Signé : Maillot; Rocher Volange.
(i) Dans l'information qui fut faite en suite de cette plainte, on entendit un camarade de Volange, Barthélémy Bouché, .\gà de 28 ans, peintre et acteur aux Varictcs-Arausantes, demeurant rue Montmartre, maison du sieur Hébert, marchand de vin, à la Boule-Rouge.
AL, prestidigitateur habile que l'on voyait an Wauxhall d'été en 1789.
y«r«IJ. p.™. »«lil .,»,.)
WALMONT (Sophie), née en 1757, iêmme de Jean de Romainville, acteur de province, actrice du théâtre des Pygmées Français au Palais-Royal en 1785. Voy. Pygmées François (spectacle des).
WAUX-HALL. Plusieurs établissements ont porté ce nom, ce sont : 1° le Waux-hall de Torrè, boulevard Sûnt- Martin ; 2' le Waux-hall d'hiver i la foire Saint-Germain, et 3° le Waux-hall d'été, au bout de la rue de Bondy, près le boulevard. Occupons-nous d'abord du premier. En 1764, Jean-Baptiste Torré, artificier italien, obtint la pennisùon d'ouvrir un spectacle pyrrhique sur le boulevard de la porte Saint-Martin, et sut par son habileté y attirer la foule. Son théâtre était très-vaste et le parterre seul contenait 1,200 places. Parmi les pantomimes pyrrhiques qu'il représenU, deux surtout plurent smguUèrement aux spectateurs, c'étaient les Forges de Vuîcain sur le Mont Etna, pièce représentée en juillet 1766, et Orphée et Eurydice aux en-
fers, pièce représentée au mois d'octobre de la même année. Malheureusement, Tannée suivante, les voisins de Torré se plaignirent du danger auquel les exposait le voisinage d'un pareil spectacle, et l'autorité, leur donnant raison, en exigea la suppression. Ce fut alors que Torré (1768) s'imagina d'ouvrir un nouveau spectacle dans le goût du Waux-hall de Londres. Il l'appela les Fàes foraines, mais le public le nomma toujours le Waux-hall de Torré. C'était un établissement réunissant divers genres de distractions, telles que décorations brillantes, illuminations, concerts^ mits de cocagne au haut desquels pendaient des jambons et saucissons^ prix du vainqueur, scapinades ou danses pantomimes exécutées par des hommes enfermés dans des sacs, et surtout des boutiques de futilités tenues par une collection de jolies femmes choisies avec soin. A tous ces divertissements Torré ajouta encore la représentation de courtes scènes de parade jouées sur un petit théâtre par des acteurs assez bons et qui furent très-applaudis. A mesure que les recettes augmentaient, l'entrepreneur des Fites foraines ajoutait quelque embellissement nouveau à son Waux-hall, auqud il donna bientôt le nom de Fites de Tempi, et qu'il ouvrit avec une magnificence inouïe le 24 mai 1769. Le récit de cette soirée nous a été transmis par un contemporain et voici en quels termes il en est parlé dans les Mémoires secrets : « 24 mai 1769. Tous les princes du fang, tous les miniftres, les principaux magiftrats chargés de la police de Paris, fe font rendus hier à minuit chez le (ieur Torré dont le fpectacle devoit s'ouvrir aujourd'hui fous le nom des Fêtes de Tempe; on a fait un eflai de rUlumination et du coup d'oeil qui en réfulteroit. Il paroît que cet artiftc ingénieux a eu les fuffrages des grands du royaume et a reçu une approbation générale. Le public a vu avec une fatisfaction complète le gouvernement s'intérefler à fes plaifirs et les hommes d'État les plus occupés fe dérober à leurs travaux importans pour veiller fur cette partie de l'adminiflration, qui en étoit une eflentielle chez les Romains et que ne dédaignoicnt pas les fages et les héros.
« Ce fpectacle s'cft ouvert en effet ce foir avec le concours qu'at-
ïVauX'haU. 471
tire ordinairement dans ce pays-ci tout ce qui eft nouveau ou rajeuni. Les jolies femmes, les petits-maitres, les filles élégantes de Paris fe font empreffés d'embellir à l'envi ce fpectacle de volupté. Le goût et la magnificence ont également contribué aux omemens du local, qui n'eft pas encore à fon point de perfection. Le falon en rotonde n'eft pas affez éclairé ; cette partie ne répond pas au luxe des autres et il faudroit multiplier les lumières et les faire jouer davantage. Les peintures préfentent de toutes parts les attributs de la joie et des plaifirs. Les glaces répètent et reproduifent à Tinfini toutes les beautés qui viennent exciter et animer les défirs des fpectateurs. La mufique porte dans les fens l'émotion néceflaire à de pareilles fêtes. Les Allemandes, ces danfes pour lefquelles nos femmes ont pris un goût décidé, qui ofiirent et qui diverfifient toutes les attitudes de la lubricité, perpétuent dans les fpectateurs les premières impreifions, en forte que tout contribue à rendre ce féjour un féjour de délices et ces fêtes de véritables fêtes de Tempe. »
Bientôt cependant l'empressement du public se ralentit et le Waux-hall de Torré dut se fermer par ordre de l'autorité supérieure. On ouvrait alors le Colysée des Champs-Elysées et on voulait autant que possible augmenter les chances de réussite de cette colossale entreprise en supprimant les établissements analogues. Ce ne fiit qu'en 1773 que Torré put rouvrir son Waux-hall; mais le temps de la vogue était passé pour lui : malgré des concerts où on entendait des artistes comme Baër, Nioul, Dumoulin et Lebrun, malgré ses illuminations jadis si admirées, malgré des expositions de tableaux, la foule ne revint plus comme autrefois au Waux-hall. Torré, au reste, mourut peu après, au commencement de 1780.
2^ Waux'hall d'hiver. — Cet éublissement, ouvert en 1769 à la foire Saint-Germain, était exploité d'abord par Louis-Clair Maurin, bourgeois de Paris, qui périt plus tard sur l'échaÊiud révolutionnaire, par Nicolas Lenoir, architecte, et par Jacques-
47;% Les Spectacles de h Foire.
Gabriel Huguier. Il fait ensuite zibûûmsXJdL^fsitW^ secrétaire perpétuel de rAcadémie Royale 4e œiisique, corner sionnaire du privilège. Les distractions qu'offimt le Waiix-liaft d'hiver étaient de plusieurs sortes. On y tirait des lot^dies dont le gros lot valait 1,500 livres, on y donnât des bals^ on 7 eateoK dait des concerts. Comme au Waux-hall de Torré, le genre dr femmes qu'on y rencontrait attirait une grande quantité de jeimci gens. En 1785J le Palais-Royal étant devenu Teti^noit le fèisi la mode et le plus fréquenté de tout Paris/ le WauzThàll d'hiver crut devoir s'en rapprocher, et quittant la foire Saint-Germain, 3 se transporta dans un local situé rue Saint-ThpmasHdu-Louvreet prit le nom de Panthéon.
3^ Waux-^haU (Titi. — Il fut ouvert sur le boulevard Saint- Martin le 7 juillet. 1785, ainsi que nous reprennent les Af^nuw» 5^r^, qui s'expriment ainsi i ce sujet : « 7 juillet Z785. Le Waux-hall d'été a fait en effet fon ouverture aujourd'hui avec un tems peu favorable ; aulfi l'empreflement des amateurs n'a. pas été grand. Ce lieu confifte en un fuperbe £don d'aflemldée^ . dibs lequel eft un orcheftre pour la danfe, et en un jardin deftiné i des (êtes de différèns genres.
« Cet édifice eft conftruît fur les plans et la conduite du fieur Mélan, architecte. Le décor a été exécuté par le fieur Munich peintre décorateur. Ce font les mêmes artiftes qui ont travaillé à la Redoute chinoife.
« L'entrée du Waux-hall d'été eft fans nobleffe ; elle eft mefquine, étroite et trifte. Le falon eft en baignoire, dans le goût de celui de la foire Saint-Germain, mais plus en grand et avec des omemens plus févères. On n'y a pas trouvé affez de fiéges ni de commodité pour le public. L'emplacement, du refte, en eft bien ménagé et pas une fenêtre d'où l'on n'ait un point de vue. Au-deflus eft un café vafte et d'une tournure pittorefque. Le jardin n'eft pas affez étendu ; le terrain eft ménagé avec goût et l'on en a tiré tout le parti poffible.
Wildmann. 473
« Les directeurs, comptant fans doute fur la curiofité du public, ne fe font pas mis en frais d'aucune fête. Tout le fpectacle confiftoit dans l'illumination du falon et du jardin ; l'une et l'autre n'avoient rien de brillant. Du refte, des contredanfes exécutées par des enfans choifis de l'un et de l'autre fexe, deftinés à cet ufage et propres à amufer un inftant par un talent qui feroit admiré fi les théâtres de toute efpèce n'en oflfroient journellement de plus agréables et de plus fa vans.
« L'abord de ce nouveau Waux-hall, placé dans une efpèce de cul-de-fac, eft incommode et embarraflant. A moins que les directeurs n'imaginent des fêtes propres à leur attirer la foule, cet eflai ne leur promet pas un fuccès confidérable. »
(^Archives des Comm., n»* 86i, 879. — Mémoires secrets, II, 97 ; III, éj, 107 ; IV, II, 82, 107, 116 ; XIX, ai, 71, 76, 97, 114 ; XXIV, Î04, $23. 3»8 ; XXVII, 3)6 ; IX, 14J ; X, 8s ; XV, 164 ; XIX, 151 ; V, 255 ; XXIV, 152 ; X, «S ; XXVIII, 309 ; XXIX. 131.)
WILDMANN, naturaliste anglais, montrait à la foire Saint- Germain de 1774 des abeilles privées. A son commandement ces insectes sortaient de leur ruche et allaient se placer sur tel chapeau qu'il leur indiquait ; elles venaient s'entortiller autour de son bras en forme de manchon ; elles se plaçaient sur son visage et lui formaient un véritable masque ; enfin à son ordre elles partaient et retournaient à leur ruche.
{Mémoires seerets, VII, 136, 155.)
ALLER , entrepreneur de spectacles, montrait ci 1772, aux foires et sur le boulevard, un optique a prix de 24 sols par personne.
ZUIKER (Jeam-Jacques VAN), £iiseur de tours et directeur d'un spectacle d'automates établi, en 17; i, à Thâtel de Soissons.
L'an 1751, le lundi 7 juin, 6 heures du Toir, en l'hAtel de nous Pierre Regturd le jeuae, etc., efl comparu Jeaa-Louis Duricr, fergeut-major du guet ; Lequel nous a dit que, fuivant tes ordres qui lui font donoés par M. le Lieutenant général de police, pour maintenir le bon ordre eu l'hAlel de Soiffons, tant pour les jeui publics nouvellement éublis que pour les poliflbns qui s'y aflembleni jourocllcment, il feroil arrivé que deux paniculiers ci arrêtés, étant dans le jeu du Heur Jean-Jacques Van Zuiker, faifeur de tours d'adreOe, fe feroient avifés de faire agir par eux-mêmes des flatues dudit Von Zuiker fans fon confeniement, ce qui a fait que lefdites fUtues ont été cafTées; et comme lefdits particuliers n'ont voulu dédommager ledit fieur Van Zuiker des torts qu'ils lui caufeni, le comparant a fait requérir la garde du guet de porte à la barrière St-Honoté, commandée par le nommé perron, fergent, et a amené leTdits particuliers par-devant nous pour être ordormé ce qu'il appartiendra.
A l'inllant eu comparu ledit lîeur Jean-Jacques Van Zuiker, faifeur de tours d'adreiïe mécaniques, actuellement â l'hôtel de Soiffons, demeurant rue du Four, paroiOe St-Eufiache, chez un tomielier : Lequel nous a rendu plainte contre les deux particuliers amenés devant nous et dit que le monde étant en aflci grand nombre 1 fon théâtre ponr faite les repréfeatations de Tes tours, les deux particuliers ci-arrités étant dans les galeries de fon jeu
476 Les Spectacks de la Faire.
dont les places font à xa fols par perfonne» fe font avifés 4e voolotr toodier à des figures que le plaignant mettoit en ordre, malgré les déka£e» qo*il leur en fit, dont une de ces figures repréfente un Bacchus, ime autre un Tjrralicn et la troiûëme un drapier, le tout en bois et dre avec reflbrts ; ce qid a fini qu'une de ces figures qui repréfente le Bacchus ayant un tomieaa fur la tête dans lequel étoit de Teau, ladite figure eft tombée, et comme il voulait la retenir, il n'a pu le fûre , au contraire, il en eft tombé une autre qui eft celle repréfentant le Tyrolien, lefquelles font tombées par tme fenêtre dam la cour où elles ont été brifées. Qjie leur ayant demandé le payement defifites figures, qu'il eftime 12 louis, pour les faire rétablir, ils n'ont voulu le dure; au contraire, lui ont dit infolemment qu'ils lui donneroient 5 fols, ^'ils ne lui en donneroient pas davantage et lui dirent plufienrs injures, étant pris de vin. Raifon pourquoi il les a fait arrêter. Et comme le plaignant a intérêt d'avoir raifon du dommage caufé atadites deux figures, qu'il eftime quTil loi en coûtera au moins 12 louis pour les ùâxt rétablir, lui ayant coûté cent louis d'achat chaque figure, ce qui lui fait en outre nn tort confidérable n^ayant po continuer fes repréfentations qui lui rapportent environ 8 louis chaôme, en faifant ordinjdrement deux par jour, ayant été obligé de rendre Targem aux perfonnes de qui il avoit reçu pour la repréfentation de cejourcPhui, cinq heures du foir, d'autant qu'elle n'a pu être parachevée par rapport à ce délit, il nous rend contre lefdits deux particuliers la préfente plainte.
Signé : Johan-Jacob Van Zuiker ; Rbgnakd.
A l'inftant nous avons fait compardtre leidits deux particuliers arrêtés, lefquels après ferment par chacun d'eux fîdt de dire vérité, nous ont dit s'appeler l'un Pierre Desjardins, maître maçon à Paris, demeurant me St-Denis, paroifle St-Sauveur, et l'autre Jean-Martin Bergerat, infpecteor
des bàtimens du Roi, demeurant rue St-Denis, vis-i-vis les filles St-Chaumont, paroiffe St-Sauveur : Lefquels nous ont dit qu'il eft vrai qu'ils ont été au jeu dudit fleur Van Zuiker en l'hôtel de Soiffons, lui ayant, à cet effet, pajré chacun 12 fols. Q.u étant montés à leur place, ledit fieur Desjardins auroit malheureufement rencontré une chaife qui étoit dans fon chemin et étant tombé fur une figure qui étoit fur une fenêtre, elle eft tombée dans la rue et a été dérangée. Pourquoi ils n'entendent pas réparer le dommage d'autant qu'ils n'ont pas de tort.
Signé : Jean-Martin Bergerat; Desjardins; Regnard.
 l'inftant ledit fieur Van Zuiker nous a requis que lefdits fieurs Desjardins et Bergerat, attendu qu'ils n'entendent payer le dommage à lui caufé, foient conftitués prifonniers à fa requête es prifons du Grand-Châtelet.
Sur quoi nous commiflaire, etc., les avons remis es mains dudit fieur Durier pour les conduire es prifons du Grand-Châtelet, etc.
Signé : Regnard ; Johan-Jacob Van Zuiker.
Et le mardi 8 dudit mois de juin, en notre hâicl et par-devant nous commifTaÎTe rufdit, td comparu ledit fieur Jean-Jacques Van Zuîker, lequel s'eft
défifté purement ci fimplement de la plainte qu'il nous a rendue le jour d'hier contre les ficurs Desjardins et Bergerat, etc., confcntant qu'ils fortent defdites prifons au moyen de ce qu'il fe trouve dédommagé de toutes les pertes, dommages et intérêts.
Signé : Reckard; Johak-Jacob Van Zuîker.