‹ Les splendeurs de la foi (volume 2)Chapitre 24 sur 40 · Chapitre lY. — De la Foi et de la Raison · texte numérisé non relu

Chapitre lY. — De la Foi et de la Raison

a Le consentement perpétuel de l'Église catholique a tenu aussi et lient qu'il y a deux ordres de connaissance, et que ces deux ordres sont distincts, non-seulement par leur principe,

mais encore par leur objet : par leur principe d'aboî-d, parce que dans l'un c'est par la lumière naturelle de notre raison, et dans l'autre par la foi divine, que nous connaissons. Par leur objet ensuite, parce que, indépendamment de ce que peut atteindre la raison naturelle, des mystères cachés en Dieu sont proposés à notre croyance, et ces mystères ne peuvent être connus à moins que Dieu ne daigne les révéler. C'est pourquoi l'Apôtre, qui assure que Dieu a été connu des Gentils par ses œuvres, lorsqu'il disserte sur la grâce et la vérité que nous a apportées Jésus-Christ, s'écrie : Nous prêchons la sagesse de Dieu dans son mystère, qui est demeurée cachée, que Dieu a prédestinée, préparée avant tous les siècles pour notre gloire, qu'aucun des princes de ce monde n'a connue, mais que Dieu nous a révélée par son Saint-Esprit : car l'Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu. Et le Fils unique de Dieu rend à son Père ce témoignage qu'il a caché ces mystères aux sages et aux prudents, et qu'il les a révélés aux petits.

« Mais la raison, il est vrai, illuminée par la foi, lorsqu'elle cherche avec soin, avec piété et modération, acquiert à l'aide de Dieu une certaine intelligence des mystères, et cette intelligence est très-fructueuse. La raison acquiert celte intelligence, soit par analogie avec les choses qu'elle connaît naturellement, soit par le lien que les mystères ont entre eux et avec la fin dernière de l'homme; toutefois elle n'est jamais rendue capable de les voir à l'instar des vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins dépassent tellement par leur nature l'intelligence créée, que, même après qu'ils nous ont été transmis par la révélation, et que nous les avons reçus par la foi, ils demeurent cependant couverts du voile de la foi et comme enveloppés d'un certain nuage, tant que nous voyageons dans celte vie mortelle, loin du Seigneur; car nous marchons vers lui par la foi et nous ne le voyons pas à découvert.

« Mais quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir entre la foi et la raison un désaccord, une opposition véritable. Car c'est le même Dieu qui révèle les mystères et infuse la foi, et qui a donné à l'esprit de l'homme la lumière de la raison. Or Dieu ne peut se nier lui-même, et le vrai ne saurait jamais contredire le vrai. Les vaines apparences d'une telle contradiction viennent surtout ou de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris et exposés au sens de j'Église, ou que de fausses opinions sont prises pour les don-

nies mêmes de la raison. Nous définissons donc que toulj assertion contraire à la vérilé connue par la foi est absolument fausse. L'Église, qui a reçu, avec la charge apostolique d'enseigner, l'ordre de garder le dApôl de la foi, a aussi la mission et le droit divin de proscrire toute fausse science, pour que personne ne soit trompé par la philosophie et les vaines subtilités. C'est pourquoi, quant à ces sortes d'opinions connues pour êire contraires à la doctrine de la foi, surtout si elles ont été réprouvées par l'Église, non-seulement il est interdit à tous les chrétiens fidèles de les soutenir comme des conclusions légitimes de la science, mais ils sont absolument obligés de les tenir pour autant d'erreurs qui portent le masque trompeur de la vérité.

« Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais se combattre, mais elles se portent un mutuel secours, puisque la droite raison démontre les fondements de la foi, et qu'éclairée par sa lumière elle cultive la science des choses divines. Quant à la foi, elle délivre et préserve la raison des erreurs, et lui fournit d'amples connaissances. Tant s'en faut donc que l'Église s'opposexà la culture des arts et des sciences, qu'au contraire elle aide cette culture et la fait progresser de mille manières. Ni elle n'ignore en effet, ni elle ne méprise les avantages qu'apportent aux hommes les sciences et les arts; bien plus, elle avoue que, de même que ces grandes choses viennent de Dieu, qui est le Seigneur des sciences, de même elles doivent, si elles sont traitées ainsi qu'il convient, avec le secours de la grâce, nous ramener à Dieu. La religion n'empêche certes pas que ces sortes de sciences n'usent dans leur domaine des principes et des méthodes qui leur sont propres; mais, tout en reconnaissant cette juste liberté, elle est pleine de vigilance, et prend garde que les sciences dans leur opposition à la doctrine divine, n'embrassent des erreurs, ou que, franchissant leurs propres frontières, elles ne se jettent, pour y porter la perturbation, sur le terrain de la foi.

« Ce n'est pas, en effet, comme une découverte philosophique susceptible de recevoir les perfectionnements de l'esprit humain, que la doctrine de la foi révélée de Dieu nous a été proposée, mais c'est comme un dépôt divin confié à l'épouse de Jésus-Christ pour qu'elle le garde et le proclame intailliblement. 11 suit de là qu'on doit retenir k jamais pour les dogmes saints le sens qu'a une fois défini notre sainte

mère l'Église; et jamais, sous le faux prétexte demies mieux entendre, il ne faut s'écarter de ce sens. Qu'elles croissent donc et progressent magnifiquement et rapidement, avec le progrès des âges et des siècles, rintelligence, la science, la sagesse de chacun el celles de tous, celles d'un seul homme comme celles de toute l'Église, pourvu que ce soit seuleraen ^ans l'ordre établi, c'est-à-dire, dans l'unilé de dogme, de sens et de sentiment. »

XVIÏ. CANONS.

I, — De Dieu créateur de toutes choses.

« 1° Si quelqu'un nie un vrai Dieu créateur el maître des chose visibles et invisibles, qu'il soit anathème.

« 2" Si quelqu'un ne rougit point d'affirmer qu'en dehors de la matière il n'existe rien, qu'il soit anathème.

« 3" Si quelqu'un dit qu'il n'y a qu'une seule et même substance ou essence de Dieu et de toutes choses, qu'il soit anathème.

« 4° Si quelqu'un dit que les choses finies, tant corporelles <jue spirituelles, ou les spirituelles du moins, sont des émanations de la substance divine ;

« Ou que la divine essence par ses manifestations ou évolutions, devient toutes choses ;

« Ou enfin que Dieu est l'être universel ou indéfini qui, par sa détermination, constitue l'universalité des choses distinctes en genres, espèces et individus, qu'il soit anathème.

« 5° Si quelqu'un ne confesse pas que le monde et toutes les choses qui sont dans le monde, tant les spirituelles que les ihatérielles, ont été, quant à toute leur suljstance, produites par Dieu ;

« Ou dit que Dieu a créé non par une volonté exempte de toute nécessité, mais qu'il a créé aussi nécessairement qu'il s'aime lui-même nécessairement ;

« Ou nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème.

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