Les splendeurs de la foi
Saint Paul a dit dans sa seconde épître à Timothée, ch. m, V. 16 : « Toute rÉcriture, divinement inspirée, est utile pour enseigner, pour reprendre, pour corriger, pour former à la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et parfaitement capable de toute bonne œuvre. »
Le Concile de Trente a formulé le décret suivant : « Si quelqu'un ne reçoit pas pour sacrés et canoniques ces livres (de l'Ancien et du Nouveau Testament, puisque Dieu est l'auteur de l'un et de l'autre), tels qu'ils ont coutume d'être lus dans l'Église catholique, et qu'ils se trouvent dans l'ancienne édition Vulgate,... qu'il soit anathèrae (1). »
On doit tenir pour certain : 1° que Dieu a l'èvélé immédiatement aux auteurs sacrés, non-seulement les prophéties qu'ils ont faites, mais toutes les vérités qu'ils ne pouvaient pas
(t) Voyez à la fin du chapitre les décrets du Concile du Vatican.
connaître par les seules lumières naturelles, ou par des moyens humains; 2° que par une inspiration particulière de la grâce, il les a portés à écrire, et les a dirigés dans le choix des choses qu'ils devaient mettre par écrit; 3^ que par une assistance spéciale de TEsprit-Saint il a veillé sur eux et les a préservés de toute erreur, soit sur les faits essentiels, soit sur !e dogme, soit sur la morale.
Nous bornant plus spécialement à la science nous pouvons dire sans hésitation que l'inspiration donnée aux écrivains sacrés n'a pas eu pour but direct de les constituer à l'état de savants, de faire sortir de leur plume la connaissance dogmatique des phénomènes de l'univers et de leurs causes. Nous pourrions aussi accorder qu'ils énoncent simplement les faits et les lois de la nature comme le ferait un écrivain qui raconte ses observations et exprime ses pensées avec la seule volonté de se faire entendre de ceux à qui ils parlent, et que l'assistance spéciale qu'ils ont reçue s'est bornée à les préserver de l'erreur.
On pourrait même admettre avec saint Jérôme « que beaucoup de faits sont rapportés dans la sainte Écriture, d'après l'opinion reçue à l'époque où ils furent accomplis, et non d'après la vérité intrinsèque des choses; » avec saint Thomas « que certains passages de la Bible sont seulement l'expression d'une opinion populaire, qu'il ne faut pas trop presser; » avec Kepler « que la sainte Écriture se sert des locutions usuelles et des termes employés par le commun des hommes; » avec des écrivains considérés comme orthodoxes, «qu'elle s'accommode aux idées du temps, à celles des auteurs^et des multitudes, se conformant dans l'expression à leur manière de représenter les phénomènes de la nature. » Mais j'ose aller beaucoup plus loin avec Ampère et M. Marcel de Serres : dans ma conviction profonde, comme dans la leur, la science des
divines écritures suppose souvent ou une révélation venue den-haut, ou du moins ce coup d'œil du génie qui devine les mystères de la nature^ perce les ténèbres dont ils sont environnés, et constitue la véritable inspiration qui apporte aux hommes un rayon de Véternelle vérité. »
En effet, les livres sacrés, dans une multitude de passades, énoncent les faits ou font allusion aux théories de plusieurs des sciences, la cosmogonie, Fetlinologie, l'astronomie, la physique et la chimie, la météorologie, l'histoire naturelle, l'histoire et la géographie physique, en termes vraiment extraordinaires.; et je montrerai en les rappelant que toutes ces pages savantes des livres saints sont si étonnantes de vérité et de majesté, en si parfaite harmonie avec les oracles de la science la plus avancée, qu'on ne peut se défendre de les regarder comme divinement inspirées.
En elles-mêmes, les sciences humaines qui sont exclusivement l'étude des faits et des lois de la nature, ont leur domaine à part, distinct du domaine de la foi. Elles peuvent et elles doivent marcher droit devant elles, sans arrièrepensée, sans s'inquiéter directement des rapports que leurs résultats peuvent avoir avec la foi ; mais elles lui restent forcément subordonnées comme à Dieu; c'est un devoir rigoureux pour elles d'en tenir compte, de se défier de leurs conclusions quand elles tendent à la négation d'un fait ou d'une vérité affirmée dans la sainte Écriture, et de les rejeter quand l'autorité suprême et infaillible de l'Église les déclare inadmissibles.
L'Église, en effet, ne peut pas rester étrangère aux progrès des sciences humaines. Elle croit à l'inspiration et à la vérité des livres sacrés, et ces livres sur un grand nombre de points, quelquefois fondamentaux, sont en contact avec les don-
nées des sciences naturelles ou de Thistoire. S'il survient une contradiction ou une attaque; si les savants s'obstinent à proclamer vérité ce qui est pour la révélation une erreur; le droit et le devoir de l'Eglise sont nécessairement d'intervenir, de proscrire ces conclusions téméraires, comme contraires au sens que la tradition et son autorité ont toujours donnée au texte controversé de la Sainte Écriture. Mais ce jugement de l'Église est soumis à une condition essentielle : la question en litige ne devra pas être une question de science pure, par exemple, la rotation de la terre autour du soleil, l'existence des antipodes, etc., parce qu'il est admis universellement que l'inspiration divine n'a pas pour objet d'élever une question de science pure à la hauteur d'un dogme sacré.
Mais il est des faits que la science tendrait à ranger parmi les questions de science pure, et qui sont en même temps des vérités de foi : par exemple, l'unité des races humaines, le fait que tous les hommes de la terre actuelle, la terre de la Genèse, sont descendus d'Adam; l'apparition relativement récente de l'homme sur la terre, en ce sens que les ancêtres de l'homme actuel ne peuvent pas être antérieurs et étrangers à Adam ; et c'est à l'Eglise à donner en définitive à chaque fait sa qualification de fait de science pure ou de fait révélé.
La situation d'esprit dans laquelle je voudrais voir entrer chacun de mes lecteurs, fut très-nettement définie par un écrivain anglais dont le nom est resté caché sous le voile de l'anonyme :
« Celui qui reste convaincu que le Dieu de toute vérité est en même temps le Dieu de la nature et de la révélation, peut-il croire un moment que ses deux voix seront en contradiction l'une avec l'autre, et qu'il prenne plaisir à mettre en opposition ouverte le croyant et le savant, la foi et la science. Nier
SCIENCE ET BÉVÉLÂTION. 213
les faits qui s'accomplissent dans le domaine de la nature, parce qu'ils semblent être en opposition avec la révélation ; ou les dénaturer, leur faire violence, pour les contraindre à se montrer sous le jour dont la Bible les éclaire, ne serait-ce pas une forme déguisée de cette déloyauté intéressée et à courte vue qui ment dans l'intérêt de Dieu, et veut, par toutes sortes de tromperies ou de subterfuges, que l'erreur devienne la vérité ? Le véritable chrétien chemine au milieu des œuvres de la nature avec des vues incomparablement plus droites et plus éclairées. Les paroles que nous lisons sur les roches antiques de notre globe sont les paroles de Dieu, et elles ont été gravées de ses mains. Elles ne peuvent pas être en contradiction avec les paroles écrites sous son inspiration dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'homme pourra trouver qu'il est difficile de concilier ces deux voix, mais qu'iraporte? Ne sait-il pas que son intelligence est bornée, et que le jour viendra où toutes les contradictions qui l'inquiètent seront évanouies? Qu'il se rassure donc, qu'il se réjouisse pleinement de la lumière déjà reçue, sans s'inquiéter de ce que couvrent encore les voiles d'une science toujours au berceau. Un homme dont la piété et la bienveillance ont longtemps brillé à la face du monde, dont une critique railleuse n'essaya jamais de révoquer en doute la droiture et la sincérité, le docteur Chalmers, disait, il y a trente-cinq ans, au sein de la première réunion de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, en prenant à témoin les savants illustres qui l'écoutaient : « Dans ma conviction profonde le christianisme a tout à espérer et rien à craindre du progrès des sciences physiques. » [Quaterhj Review. July 1860.) Je retrouve cette même disposition d'esprit dans une ^ déclaration que deux cent dix amis de la science et de la foi signèrent en septembre 1864, à l'occasion des
objections soulevées au nom de la science par le révérend docteur Colenso, évêque de Natal, et des poursuites dont ces objections furent l'objet devant la cour du banc de la Reine; « Nous concevons qu'il est impossible à la parole de Dieu, telle quelle est écrite dans les livres saints et à la parole de Dieu telle qu'elle est écrite dans le livre de la nature, de se contredire l'une l'autre, si différentes qu'elles puissent paraître. Nous n'oublions pas que les sciences physiques ne sont pas complètes, qu'elles sont seulement dans un état de progrès ; qu'à présent notre raison bornée ne nous permet de voir qu'à travers un verre obscurci; et nous croyons fermement qu'un temps viendra où les deux enseignements se montreront d'accord dans tous leurs détails. Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer que les sciences naturelles soient mises en suspicion par plusieurs hommes religieux qui n'en ont pas fait une étude sérieuse, à cause de la manie inconsidérée qui porte quelques savants à se mettre en opposition avec l'Écriture sainte. C'est un devoir pour chaque savant d'étudier la nature dans le seul but de découvrir la vérité, de faire de la science pour elle-même; mais s'il se trouve que quelques-uns de ses résultats semblent être en contradiction avec la parole divine, ou plutôt avec les interprétations qu'on a faites de la parole divine, et qui peuvent très-bien être rectifiées, le savant doit bien se garder d'affirmer présomptueusement que ses conclusions sont seules justes, et que l'enseignement de l'Écriture est faux. Il doit bien plutôt les laisser subsister à côté l'un de l'autre sans les juger, en attendant qu'il plaise à Dieu de nous mettre à même de découvrir la manière dont ils peuvent et doivent être conciliés. Loin de s'appesantir sur les différences apparentes entre la science et les divines Écritures, tout esprit sage doit ne s'arrêter qu'aux points où toutes les deux sont d'accord {Athenœum anglais, septembre 1864).
Plus heureux que les savants anglais, dans les cas douloureux de désaccord entre la signification reçue du texte d(;s livres saints et la signification affirmée par la science, nous avons, pour mettre un terme à nos incertitudes, l'autorité infaillible de rÉglise.
La foi n'a rien à redouter de la science véritable, de la science adulte, de la science arrivée à Fétat de certitude absolue ! Elle lui crie, au contraire, sans hésitation aucune : Vous êtes ma sœur hien-aimée, croissez et croissez sans cesse. La science vraie est la perfection de l'esprit, comme la vertu est la perfection du cœur.
Mais, parce qu'elle ne cesse pas d'être humaine, la science, comme toutes les choses humaines, a ses travers et ses faiblesses. Si elle est l'arbre du bien, elle est aussi l'arbre du mal ; c'est même le fol amour de la science qui a perdu le genre humain ; ses dangers sont nombreux et considérables , et nous nous faisons un devoir de les énumérer.
1° La science est trop naturellement vaine et orgueilleuse. Elle enfle, elle gonfle, et la première condition indispensable de la foi est la simplicité et l'humilité. Saint Paul constatait déjà de son temps, que parmi les premiers chrétiens on comptait bien peu de savants et de philosophes. La science qui rend surtout vain et orgueilleux, qui amène à s'insurger contre la foi et à la repousser, c'est la science naissante, la demi-science. Je la comparerais volontiers au gamin de Paris, qui attaque et insulte tout ce qui n'est pas lui, mais qui, devenu homme, se range à son tour dans l'école du respect. Le vrai savant sait avant tout qu'il ne sait rien ou que ce qu'il sait est bien peu de chose ; il est humble et il peut rester chrétien. La foi chrétienne et catholi;[ue a compté et compte
encore dans son sein un irès-grand nonibie de savants illustres.
2° La science est exclusive. Nous vivons au sein d'une aberration véritable, conséquence d'un matérialisme grossier. On s'obstine à ne considérer comme sciences que les sciences d'observation, les sciences des faits de la nature et de la vie. Il est dans le monde, évidemment, d'autres êtres que les êtres physiques et simplement vivants; donc la science, qui est essentiellement la connaissance des êtres et de leurs rapports, n'est pas limitée au domaine des sciences naturelles.
La science est exclusive encore, et c'est un de ses jdus grands dangers, par l'abus de ses procédés de démonstration. Elle ne veut croire qu'à ce qui peut entrer dans ses équations et ses formules ; qu'à ce que son scalpel peut toucher et trancher ; qu'à ce qu'elle peut voir de ses yeux armés des merveilleux instruments qu'elle a créés.
La science est exclusive enfin, parce qu'elle finit quelquefois par absorber entièrement celui qui s'y livre avec trop d'ardeur. Nous n'avons tous à dépenser ici-bas qu'une quantité très-limitée de force vive; si nous l'épuisons sur un ordre d'idées ou d'études, il ne nous en reste plus pour les autres. On a vu souvent de grands géomètres perdre jusqu'au sentiment de la famille : une épouse, des enfants n'étaient plus rien pour eux, comment ne seraient-ils pas devenus étrangers à toute pensée de foi ? Leur science devient pour ces esprits abstraits le milieu indispensable à leur existence, ce que l'eau est au poisson, l'air à l'oiseau ; vouloir les ramener au milieu du surnaturel et de la foi, c'est provoquer une réaction violente.
3° La science est taquine. Jamais la foi ne songerait à s'insurger contre la science, si celle-ci ne se posait pas incessamment en adversaire, ou même en ennemie acharnée et irré-
conciliable. C'est la demi-science qui va disant partout qu'elle est opposée à la foi, incompatible avec la foi, au point de rendre la foi de plus en plus impossible. Ses affirmations ou mieux ses prétentions sont fausses, absolument fausses, nous le prouverons jusqu'à l'évidence. Mais elle insiste tant, que nous ouvrons forcément les yeux. N'est-il pas tout naturel que nous soyons en défiance contre votre science insurgée, contre votre science hostile par là même qu'elle est insurgée, puisque vous en faites de propos délibéré un épouvantail contre notre foi.
Si vous n'étiez pas si provocateur, comment l'Église s'effrayerait-elle de vos progrès. C'est elle qui, après avoir vaincu la barbarie, a fait revivre la littérature et la philosophie au sein des sociétés modernes. Les premiers instituteurs du monde nouveau ont été des religieux et des prêtres. Si l'engouement païen n'avait pas arrêté brusquement son travail de régénération et de constitution, elle aurait fait l'Europe à la fois chrétienne et savante. Choisissez celle des branches de la science que vous voudrez et, parmi les grands maîtres de chacune, nous vous montrerons des chrétiens fervents ; tandis que nous vous défions de citer avant le seizième siècle un savant qui ne fût pas uni à l'Église par des liens étroits.
Ah ! si on ne l'avait pas dépouillée violemment de tous ses biens ! Si la subvention de l'État, qui suffît à peine à l'empêcher de mourir de faim, donnait au clergé une certaine aisance; s'il ne se recrutait pas, presque exclusivement, dans les classes pauvres ou moyennes de la société ; si, d'un autre côté, il n'était pas absorbé par les obligations du saint ministère ; si on lui accordait la liberté de l'enseignement supérieur ; si on laissait s'ouvrir des Universités libres où il pût s'initier à toutes les conquêtes de la science, sans sucer le poison mortel des doctrines dégradantes du matérialisme ; si en
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un mot, en confisquant renseignement et le laissant se faire irréigieux, on ne poursuivait pas de fait le résultat cherché par Julien l'Apostat, lorsqu'il interdisait aux chrétiens l'entrée des écoles de l'Empire romain, vous verriez avec quelle ardeur et quel succès l'Église catholique s'efforcerait de tenir la corde du progrès dans toutes les branches des connaissances humaines. Déjà en i846, dans une brochure intitulée : Principes fondamentaux d'après lesquels doivent se résoudre au moment présent les deux grandes questions : 4° Des rapports de l'Église et de l'État; 2° de la liberté et de V organisation de l'enseignement, je disais : « 11 faut que le Gouvernement autorise ou^ mêine provoque sur plusieurs points de la France la formation d'Universités libres, ayant leur organisation propre, leurs revenus, leurs droits, leurs grades, etc. La concurrence, alors, serait plus sérieuse et la rivalité plus féconde; les études fortes seraient efficacement encouragées ; les hommes vraiment instruits, les professeurs véritablement habiles verraient s'ouvrir devant eux des issues nouvelles ; ils pourraient se créer en dehors de l'État un avenir assuré : ce serait en même temps pour le Gouvernement une source d'économies importantes, puisque les universités libres ne demanderaient rien au budget. L'Université catholique de Louvain ne coûte pas un centime au gouvernement belge, et cependant, elle a déjà produit un bien considérable; elle a mis en évidence de grands talents qui, sans elle, seraient restés dans l'ombre; elle a groupé autour d'elle, comme un sénat de professeurs justement renommés ; elle a formé de brillants élèves, ses grades et ses dignités académiques sont en grand honneur, etc., etc. Pourquoi ne serait-il pas permis aux catholiques de France de suivre un si noble exemple? Ou plutôt à quel titre le Gouvernement s'opposerait-il à l'érection de semblables universités? L'enseignement, commel'industrie, comme le commerce,
est un droit sacré ; nous ne comprendrions pas qu'on ne pût point former, pour la création d'une université libre, une société en commandite ou anonyme, comme on en forme tous les jours pour l'exploitation d'une industrie matérielle. En Allemagne, le système des universités indépendantes est pleinement réalisé, et c'est un fait éclatant que les études scientifiques sont, sur cette terre de la liberté d'enseignement, incomparablement plus fortes qne chez nous. »
Vingt-quatre années se sont écoulées, et l'enseignement supérieur est encore exclusivement donné par l'Etat ; et parce que l'Etat est forcé moralement de laisser aux professeurs, quoique nommés et rétribués par lui, la liberté de leurs doctrines ; parce que la science a fait un fatal divorce avec la foi ; parce que les maîtres actuels sont quelquefois libres-penseurs, trop souvent incrédules ou indifférents, l'État se voit condamné à faire peser sur ses sujets catholiques la tyrannie d'un enseignement matérialiste ou impie. C'est triste à dire, mais, dans un pays, chrétien en très-grande majorité, la haine de la religion et du clergé est telle que des amis de la science seraient disposés à ne plus en vouloir si elle devait être enseignée par les ministres de la religion ! Et cependant, l'enseignement chrétien est le plus efficace et le plus recherché de tous. Autrefois, sous la direction des Jésuites et des prêtres, les collèges des plus petites villes de France, de Vannes, de Quimper, de Dôle, de Clermont, de Billon, du Puy, comptaient sept, huit, neuf cents élèves. Ces élèves, riches d'une instruction étendue, d'une éducation forte et conservatrice, ne prenaient pas en dégoût la petite ville ou le hameau qui les avait vus naître; ils retrouvaient avec bonheur les goûts simples de leurs modestes familles ; ils ne s'effrayaient même pas des privations et des austérités de la vie des champs. Aujourd'hui ces mêmes collèges, devenus pour les villes une charge énorme,
réunissent de soixante à cent élèves, dont rinstriiction, je le (lirai courageusement, est inférieure en moyenne à celle de leurs aïeux, dont l'éducation est non pas seulement nulle, mais mauvaise ; et qui, honteux de la vie des champs, et dégoûtés de la vie de province, se précipitent emportés par une ambition factice, ou par des motifs moins nobles encore, vers les grands centres de population, aspirant avant tout à vivre ou mieux à végéter du budget de l'Etat !
Il n'y a pas dix ans encore que la liberté de l'enseignement secondaire a été octroyée, et plus de la moitié des élèves est venue se grouper dans les établissements fondés par les évêques ou par les congrégations religieuses. A l'heure qu'il est, l'institution qui fournit le plus de sujets aux écoles de l'Etat, à l'École polytechnique, à l'École militaire, à l'École navale, à l'École forestière, à l'École centrale des arts et manufactures, etc., est l'institution de Sainte- Geneviève dirigée par les Pères de la compagnie de .ïésus. Accordez-nous la liberté de l'enseignement supérieur, autorisez-nous à fonder des universités libres et vous verrez si l'Eglise est ennemie des lumières.
L'affirmer ce serait une odieuse calomnie. Pour le prouver qu'il me soit permis de résumer rapidement le mandement dans lequel Son Eminence le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, annonçait l'année dernière son projet de fonder une maison des hautes études du clergé. Il rappelait d'al)ord le vœu énoncé en ces termes par le concile provincial de Lyon : « Les évêques de cette province veulent qu'au plus tôt, et dès que la possibilité leur en sera offerte, par des soins communs et par l'union de toutes leurs forces, il soit érigé dans cette métropole, une école à laquelle seront envoyés de chaque diocèse des jeunes gens d'élite qui, ayant déjà parcouru avec honneur le cercle ordinaire des études, et ayant été jugés pro-
près aux fonctions de l'enseignement, puissent se livrer tout entiers à l'étude spéciale des lettres humaines, afin qu'un jour ils se distinguent dans toute espèce de sciences, et ne restent au-dessous d'aucun des maîtres qui pourraient venir d'ailleurs. » {Decretum XXV. De scholis.)
Le vénérable prélat entrait ensuite en matière.
« A côté des apôtres qui s'immolent, l'Eglise a toujours eu ses docteurs qui enseignent, qui écrivent, qui dissertent, qui démontrent la vanité des attaques prétentieuses de la fausse science, ou la folie des blasphèmes de l'impiété. Or, ce ministère suppose de longues études, des travaux approfondis, des connaissances variées, et réclame dès lors des hommes spéciaux. Aujourd'hui, plus que jamaist, peut-être, la société chrétienne semble être en droit de demander à l'Eglise qu'elle lui donne ces hommes spéciaux. La science, en effet, aspire à devenir la reine du monde. Il n'est pas une branche des connaissances humaines où elle ne porte son regard scrutateur. Les services qu'elle pourra rendre un jour à la cause de la vérité, si elle est modeste et prudente, sont incalculables ; mais il est impossible de dire à quels funestes égarements elle nous entraînera, si elle se laisse emporter elle-même au souffle de l'orgueil. De quelle nécessité n'est-il donc pas, que l'Eglise tienne sa place dans ce grand mouvement, pour encourager, diriger et conduire les esprits dociles, comme pour opposer une barrière infranchissable aux envahissements de l'erreur,
«Le moment est venu de nous mettre à l'œuvre. De toutes parts s'élèvent des voix amies qui nous sollicitent et nous pressent ; nous nous rendons à ces invitations si conformes aux besoins de l'Eglise et aux désirs du clergé... Nous le dirons bien haut, notre vœu le plus profond et le plus cher, c'est que, dans notre si belle France, plusieurs créations semblables à celle que nous avons en vue préparent à nos familles, dans les
rangs du clergé, des maîtres qui se trouvent à la hauteur des exigences de notre siècle ; de telle sorte que nous possédions plusieurs centres d'action où les évèques puissent rencontrer abondamment ce que réclaflji la portion la plus studieuse de leur clergé. »
Oh non ! la foi n'est pas ennemie de la science, mais ce qui est vrai, trop vrai, c'est que ceux qui s'attribuent aujourd'hui le monopole de la science, les chefs de l'école positiviste ont de plus en plus horreur de la foi. Je n'ai pas lu sans frémir, dans le dernier ouvrage de M. le docteur Louis Buchner, l'HoMME SELON LA SCIENCE, soupassc^ soii présent^ son avenir, cette déclaration incroyable du docteur Page : « Quiconque « admet des formules ou des articles de foi, soit en philoso- « phie, soit en théologie, ne peut être un ami de la véuité, ni « même un juge impartial pour les opinions d'autrui, car son « parti pris le rend intolérant pour les convictions les plus « honorables. On peut avoir des convictions, on doit en avoir, «mais de telles qu'elles puissent change?^ suivant les progrès « de la science. De telles convictions n'entravent point le « progrès ; tandis qu'une opinion considérée comme une vérité « dernière, une croyance défendue avec violence, non-seule- « ment coupe court à toute recherche, mais inspire même de « la haine contre tout contradicteur. Cette haine, en admet- « tant même qu'elle ne soit guère redoutable, blesse et aigrit ; « de là vient la répugnance de tant de savants à proclamer « ouvertement leurs opinions (1).
(1) Quelle exagération, quelle hypocrisie! Ils aimeraient bien peu la science, convenez-en, les savants qui couperaient court à toutes recherches ou en tairaient les résultais, par crainte du démenti si inoffensif que la foi peut aujourd'liui leur donner! La science en outre n'est-elle pas plus comballuc par la science que par la foi ; n'est-cllepas sans cesse en contradiction avec elle-même et sur des points fondamentaux?
SCIEISCE ET RÉVÉLATION. 223
« II est temps d'en flmr avec ces ménagements, il est temps « de dire à ces hommes de foi, que le scepticisme et l'in- « FAMIE, s'il y en a, sont tout à fait de leur côté. Pas de scepti- « cisme plus fâcheux que celui-ïà, qui met en doute les « données les plus respectables de la plus consciencieuse « observation. Pas d'iNFAMiE plus grossière que celle qui « tient en méfiance les conclusions d'un arrêt bien fondé et « impartial. »
Et M. Buchner, la grande trompette de la science nouvelle, déclare solennellement que ces paroles d'or mériteraient d'être gravées sur Vairain, et affichées à Ventrée de toutes les ÉGLISES, de toutes les écoles, de tous les bureaux de rédaction !
Je savais depuis longtemps que c'était là, au fond, le sentiment des savants qui ne sont plus chrétiens, mais je ne les avais jamais vus exprimés si brutalement.
On n'est pas ami de la vérité, on est sceptique du scepticisme
LE plus FACHEUX, INFAME DE l'iNFAMIE LA PLUS GROSSIÈRE, si l'oU
croit fermement, irrévocablement, à Dieu créateur et souverain maître de l'univers, à une révélation faite par Dieu à ses créatures intelligentes, à la spiritualité et à l'immortalité de l'âme! La condition première et essentielle à remplir par celui qui aspire à la science, est de se faire lidre penseur, athée, et