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MATÉRIALISTE

Vous voyez quelle barrière affreuse ces insensés élèvent entre la raison et la foi, et la peine qu'ils se donnent pour faire prendre leur science en dégoût, non-seulement par les âmes chrétiennes, mais par les âmes honnêtes. C'est horrible à penser et à dire! Heureusement aussi, tout le monde en conviendra, c'est ridicule jusqu'à la folie.

Pour prouver que telle est bien actuellement la disposition fatale d'un grand nombre d'esprits, qu'il me soit permis de

citer ici un passage de M. Renan ; il n'a pas assez fixé l'attention des iiommcs qui ont pris la peine inutile et dangereuse de le combattre.

« Si le miracle a quelque réalité, mon livre n'est qu'un « tissu d'erreurs!... Si le miracle est une chose inadmissible, « j'ai eu raison d'envisager les livres qui contiennent des « récits miraculeux comme des histoires mêlées de fictions, « comme des légendes pleines d'inexactitudes, d'erreurs, de « partis pris systématiques. Si les Evangiles sont des livres « comme d'autres, j'ai eu raison de les traiter de la même « manière que l'helléniste, l'arabisant et l'indianiste, traitent « les documents légendaires qu'ils étudient. La critique ne

« CONNAIT PAS DE TEXTES INFAILLIBLES ! LcS miraclcS SOnt dcS

«choses qui n'arrivent jamais!.. Les gens crédules seuls {( croient en voir... Aucune intervention particulière de la « divinité ni dans la confection d'un livre, ni dans quelque « événement que ce soit, n'a été prouvée! Par cela seul qu'on

« ADMET LE SURNATUREL ON EST EN DEHORS DE LA SCIENCE. NoUS

« repoussons le surnaturel par la même raison que nous « repoussons les centaures et les hippogriphes (1) : cette <c raison c'est qu'on ne les a jamais vus. Ce n'est pas parce

(1) Le surnaturel, le miracle, l'évangile assimilés aux centaures et aux hippogriphes! Ces monstres, la Fable seule leur attribue l'existence, et il en est à peine question dans un ou deux récits de visionnaires. Mais la révélation, les miracles de Jésus-Christ, sont attestés par des témoins oculaires, dont nous connaissons les noms et la vie, et par une tradition non interrompue. Ils ont été admis par une multitude d'hommes éclairés ; ils ont été confirmés par le sang de milliers de martyrs ; par les vertus héroïques de millions de saints ; par la science éloquente de millions de docteurs ; par le fait plus grand que le monde de sa conquête par le christianisme et de sa soumission pendant dix-huitcents ans ! Et vous osez comparer tout cela aux apparitions imaginaires des centaures et des hippogriphes! Je le répèle, ceux qui ont pris au sérieux vos excès d'audace et de folie, ont commis une grande faute.

« qu'il nVa été préalablement démontré que les évangélistes « ne méritent aucune créance que je rejette les miracles qu'ils « racontent ; c'est parce qu'ils racontent des miracles que je « dis : les évangiles sont des légendes. Ils peuvent contenir « de l'histoire, mais tout n'est pas historique... Ce n'est donc « pas au nom de telle ou telle philosophie que nous bannissons « le miracle de l'histoire; nous ne disons pas le miracle « est impossible ; nous disons il n'y a pas eu de miracle cens- , « taté. » {Vie de Jésus-Christ, 43^ édition. Préface.)

Vous l'entendez ; Par cela seul qu'on admet le surnaturm. ON EST EN dehors de LA SCIENCE. Dicu, OU dumoius Dieu, ayant une voix, et manifestant ses volontés à ses créatures, c'est un miracle, c'est du surnaturel, une chimère, nous invoquons contre lui la question préalable. S'il existe un Dieu, ce ne peut être que l'idole de bois, de pierre, ou de métal des païens, ou la nature abstraite du panthéiste, qui a des yeux et ne voit pas, des oreilles et n'entend pas, une langue, des lèvres et ne parle pas !

M. Buchner et M. Renan se sont placés sur un terrain inabordable, ils n'acceptent pas même l'inaccessible de l'école positiviste; mais ce terrain heureusement ne peut être que le terrain de la déraison et de la haine. 11 n'y a pas à les réfuter, il serait absurde de vouloir défendre la foi contre la science telle qu'ils la comprennent. Comment discuter avec celui qui n'admet que des convictions dont on puisse changer comme de vêtements? Comment plaider la cause de Jésus-Christ et de l'Evangile avec l'esprit prévenu pour lequel le surnaturel, Dieu, le ciel, la vie éternelle, etc., sont des chimères, des centaures ou des hippogriphes? Leur place est évidemment dans la catégorie des idéalistes, on ne peut que leur répéter ce que disait le g^and Euler, si savant et si chrétien, aux philosophes

acharnés à nier la réalité des corps : « Quand mon cerveau excite dans mon âme la sensation d'un arbre, ou d'une maison, je prononce hardiment qu'il existe réellement hors de moi un arbre ou une maison, dont je connais même le lieu, la grandeur et les autres propriétés. Aussi ne trouve-t-on ni homme, ni bête qui doutent de cette vérité. Si un paysan voulait en douter ; s'il disait, par exemple, qu'il ne croit pas que son bailli existe, quoiqu'il soit devant lui, on le prendrait pour fou et avec raison. Mais quand un philosophe avance de tels sentiments, il veut qu'on admire son esprit et ses lumières qui surpassent infiniment celles du peuple. Aussi me paraît-il très-certain qu'on n'a jamais soutenu des sentiments si bizarres que par orgueil, ou pour se distinguer du commun, et Votre Altesse conviendra facilement que le paysan est à cet égard bien plus de bon sens que ces savants qui ne retirent d'autres fruits de leurs études qu'un esprit égaré. » {Lettre à une princesse d'Allemagne, tome I", lettre XGVIP.)

Je me trouve relativement à MM. Buchner et Renan dans la situation que me fit, il y a longtemps, un philosophe en sabots. Il habitait un petit village de Picardie et souffrait cruellement depuis de longues années. L'absence de toute consolation religieuse ajoutait beaucoup à sa douleur, et je le pressais de revenir à Dieu. Mais sa tête était toute farcie des objections que l'opposition religieuse de 1829 et de 1830 avait multipliées comme à l'infini. Je l'invitai à me proposer ses doutes, en lui faisant espérer que je parviendrais peut-être à les résoudre. Mais il avait, lui aussi, sa fin de non-recevoir ; et il m'arrêta tout court par cette déclaration étrange : « Vous êtes savant, Monsieur l'abbé, mais à moins que vous ne soyez par trop orgueilleux, vous conviendrez sans peine qu'il existe dans le monde un homme plus savant que vous, qui combattraiti4)ar

conséquent, vos arguments, les plus concluants en apparence, aussi victorieusement que vous ferez des miens. Oii réside cet homme plus savant que vous? Je n'en sais rien. Mais il me suffit qu'il existe, et que vous conveniez vous-même de son existence. Il ferait beau jeu de vos réponses à mes objections, c'en est assez ; je puis me dispenser de les formuler, et vous prier de m'abandonner à mon incrédulité, comme à mes douleurs ; vous ne pouvez rien contre l'une, ni contre les autres. » C'était un sourd volontaire comme M. Buchner, que le mot seul de foi révolte, comme M. Renan, auquel l'ombre seulement du surnaturel inspire une répugnance invindble.

Qu'il me soit permis au moins de constater que nous catholiques, nous traitons la science avec tous les égards imaginables, avec tout le respect qui lui est dû, tandis que MM. Buchner et Renan n'opposent à notre foi qu'un dédain cruel. Nous aimons, nous honorons la science. Ils haïssent ou ils méprisent notre foi. Nous disons à la science qu'elle est la sœur de notre foi, et nous l'invitons à grandir de plus en plus. Ils disent, eux, à notre foi : il n'y a pas de place pour toi au foyer de la science. Alors qu'ils ne veulent pas même nous entendre, nous crions aux savants avec Augustin Cauchy, l'un des plus illustres. « Cultivez avec ardeur les sciences abstraites et les sciences naturelles ; décomposez la matière ; dévoilez à nos regards surpris les merveilles de la nature ; explorez, s'il se peut, toutes les parties de cet univers ; fouillez ensuite les annales des nations, les histoires des anciens peuples, consultez sur toute la surface du globe, les vieux monuments des siècles passés. Loin d'être alarmé de ces recherches, je les provoquerai sans cesse, je les encouragerai de mes efforts et de mes vœux ; je ne craindrai pas que la vérité se trouve en contradiction avec elle-même, ou que les faits et les documents, par vous

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recueillis, puissent jamais être en désaccord avec nos livres sacrés. Ce que je vous demande seulement, c'est d'apporter dans la recherche de la vérité, cette candeur, cette bonne foi qui aplanissent les voies pour arriver jusqu'à elle... Nous sommes à une époque extraordinaire, où une activité sans cesse renaissante dévore tous les esprits. L'homme a mesuré les cieux, et sondé les profondeurs de l'abîme ; il a consulté les débris des vieux monuments, et leur a demandé de lui raconter l'histoire des générations qui dorment ensevelies dans la poussière du tombeau ; il a visité les sommets des monts les plus inaccessibles, les plages les plus reculées, les déserts brûlants où régnent les feux du tropique, et les arides rochers qu'environnent les glaces des pôles. Il s'est élevé dans la région des tempêtes et est descendu jusque dans les entrailles de la terré, afin d'y assister, s'il était possible, à la création même de notre planète ; il a décomposé les éléments et les a fait servir à ses besoins ou h ses caprices; il a forcé la vapeur et les gaz de guider ses vaisseaux sur les plaines de l'océan, ou de transporter sa nacelle au milieu des airs. Enfin, après avoir scruté la nature, il a porté un œil investigateur sur les bases mêmes de l'ordre moral et de la société, et il a cité au tribunal de la raison, le Dieu qui lui a donné l'être... Il a interrogé Talgcbre, épuisé toutes les ressources de l'analyse, et demandé à une formule de lui apprend;'e les lois qui régissent le cours des astres, ou la propagation des vibrations insensibles des dernières particules de la matière. » {La vie et les travaux du baron Cauchy, par C. A. Vallon, tome P*", pages 77 et suivantes.)

De tant de courses lointaines, de tant de fatigues, de tant de travaux, de tant de spéculations audacieuses est-il résulté une objection sérieuse contre la foi, une vérité contradictoire ou contraire aux vérités de la Révélation ; la démonstration

d'une erreur évidente ou certaine commise par les livres saints? Cauchy, mon maître, affirmait que non. Je Taffirme avec lui, et, plus que lui, en pleine connaissance de cause, parce que je lis depuis quarante ans, par vocation ou par devoir, tout ce qui touche de près ou de loin à la grande question de l'accord de la science avecla Révélation. Comme Cauchy encore je ne crains nullement pour la foi qu'elle soit jamais en opposition avec la science ; mais je tremble pour les savants quand je les vois dans leurs conclusions en désaccord avec la foi. « L'esprit de l'homme, disait ailleurs le grand mathématicien, est sujet à l'erreur. Combien de fois n'est-il pas arrivé que des faits aient été mal observés, et que de raisonnements inexacts on ait déduit de fausses conséquences. Même dans les sciences purement mathématiques, n'a-t-on pas vu des théories d'abord admises sur la foi des géomètres les plus habiles, puis rejetées comme incomplètes ou mêmes fausses? Un savant pourrait donc craindre de s'égarer, même dans l'établissement des théories qui lui paraîtraient les plus incontestables, et, s'il est raisonnable, il prendra les précautions nécessaires pour se rassurer à cet égard. Premièrement, il soumettra les fruits de ses veilles à l'examen et à l'autorité des autres savants : quand il verra ses expériences répétées avec succès, ses théories généralement admises par ceux qui cultivent les mêmes sciences, il pourra se confier davantage à ses propres lumières et se flatter d'être parvenu à la vérité ! Ce n'est pas assez encore s'il cherche vraiment la vérité, qu'il rejette sans hésiter toute hypothèse qui serait en contradiction avec les vérités révélées. Ce point est capital, je ne dirai pas dans l'intérêt de la religion, mais dans l'intérêt des sciences, puisque jamais la vérité ne saurait se contredire elle-même. C'est pour avoir négligé cette règle que quelques savants ont eu le malheur de consumer en vains efforts un temps précieux qui aurait pu être heu-

reusement employé à faire d'uliles découvertes... Oui, on est forcé de le reconnaître, de même qu'en réglant le cœur et lui interdisant de faux plaisirs, la religion ne fait que lui ouvrir une nouvelle source de joies ineffables, et préparer son bonheur ; de même, en imposant à l'esprit du savant certaines règles, elle ne fait que contenir son imagination dans de justes limites, et lui épargner le regret de s'être laissé abuser par de faux systèmes et dje funestes illusions... Soyons donc certain que nous n'aurons point rétrogradé dans le chemin de la science, pour nous être fiés à la parole de Celui qui voit tout, qui connaît l'univers ; «t dans l'étude de la nature rappelonsnous ce que dit Bacon : si un peu de philosophie peut nous rendre incrédules, beaucoup de philosophie nous ramènera nécessairement à être chrétien. [Sept leçons de physique générale par Augustin Cauchy, pages 16 et suivantes.)

Je le demande k tout honnête homme. De quel côté est le bon sens et le bon droit? Du côté de Buchner ou du côté de Cauchy ?

J'ose aller encore plus loin, et je ne crains pas d'affirmer que si sur certains points la révélation et la science sont en désaccord, c'est souvent, c'est surtout, parce que la science n'est pas faite encore, ou qu'elle n'est pas assez avancée. Citons quelques exemples.

1° Deutéronome, ch. xii, v. 23. « Gardez-vous de manger le sang des animaux, car leur sang est leur vie^ et vous ne devez pas manger leur vie. » Levit. ch. xv, v. 14. «.La vie de tout animal est dans le sang. » Ces textes, évidemment, renfermaient un mystère qui n'a été dévoilé pleinement que par les célèbres expériences de M. Brown-Séquard. L'éminent physiologiste a en effet vu, le premier, le sang artificiellement injecté dans les veines rendre la vie à des tissus qui parais-

saient l'avoir perdue ou qui l'auraient certainement perdue sans lui. Il a le premier rendu la contractilité à des muscles déjà frappés de rigidité cadavérique, et entretenu l'irritabilité musculaire et nerveuse, pendant plusieurs heures sur un membre, alors que le corps était en putréfaction : le sang est donc vraiment la vie de l'animal.

2° VEcclésiaste, ch. i, v. S et 7 ; je cite en latin pour mieux faire sentir la différence : Oritur sol et occidit, et ad locum suum rêver titur; ibiquerenascens, gyrat per meridiem et flectitur ad aquilonem ; lustrans universa, in circuitu pergit spiritus et in circulas suos revertitur. Omnia flumina intrant in mare, et mare non redundat; ad locum undeexeunt flumina revertuntur ut iterum fluant. Je crois pouvoir affirmer que ce passage n'a pu être compris, ni même ponctué correctement, que lorsqu'on a connu la théorie des vents alizés, et qu'on peut le traduire comme il suit : Le soleil se lève et se couche; il revient au lieu d'où il était parti et il y renaît. Le vent s'élève en' tourhillonnant quand le soleil passe au méridien, s'incline vers le septentrion, parcourant tous les lieux, et revenant par une circulation continue. Tous les fleuves entrent dans la mer, et la mer ne déhorde pas ; ils reviennent au lieu d'où, ils sont sortis pour couler encore. Ainsi compris ces trois versets expriment avec une netteté vraiment extraordinaire le grand fait de la circulation aérotellurique des eaux. Parties de la mer, les eaux s'élèvent en vapeur dans les airs, tombent en pluie, forment les ruisseaux et les fleuves, et reviennent à la mer pour s'évaporer encore. Et comme pour éclairer d'un nouveau jour ce difficile problème dont la science moderne a seule eu tout le secret, la sainte Bible ajoute ailleurs : si la mer se desséchait, que deviendraient les fleuves ? Job, xiv, 11 ; et. Qui appelle en haut les eaux de la mer et les répand sur la terre. Amos, v.8 et ix, 6,

enlevant ainsi tout prétexte à rinterprétation de cenx «|ni voudraient imposer aux livres saints la fausse hypothèse de l'origine souterraine des fleuves. Ils parlent au contraire partout de l'eau vaporisée dans l'atmosphère, de l'origine marine des fleuves, de la précipitation des pluies sur les montagnes, des rivières qui en descendent et qui retournent h la mer.

3° Psaume CXXXIV, v. 7. Amenant les nuées de Vexlrémitè de la terre, il transforme la foudre en pluie. Que peuvent signifier ces paroles mystérieuses? Peut-être ce fait d'observation très-réel, quoique nos traités de météorologie le signalent à peine : chaque éclair, chaque coup de tonnerre est souvent suivi d'un redoublement de pluie. Mais quand une expérience de physique encore trop peu connue fut venue démontrer que la décharge électrique survenant au sein de la vapeur ou d'un nuage détermine un refroidissement, avec passage de la vapeur de l'état visible à l'état invisible, la transformation de la foudre en eau, la causation de la pRiie par la foudre, affirmée par le prophète, est mieux apparue dans toute sa vérité.

A^ Le plus mystérieux, le plus inintelligible des textes de la sainte Écriture est sans contredit celui qui fait apparaître le soleil, la lune et les étoiles, au quatrième jour seulement de la cosmogonie mosaïque : Dieu fit deux grands luminaires; le plus grand, le soleil, pour présider au jour, le moins grand, la lune, pour présider à la nuit, et les étoiles. Gen. , ch . i , v. 14. Comment expliquer ce renversement singulier des choses ? Si l'hypothèse cosmogonique de Laplace, qu'on a considérée comme une brillante conquête de la science, est vraie, rien de plus facile surtout quand on constate que Moïse ne dit pas : Dieu créa alors le soleil, la lune et les étoiles, mais Dieu fit, c'est-à-dire fît appa7'attre deux grands luminaires, et les étoiles.

Dans riiypothèse de Laplace, en effet, le Soleil était primitivement une nébuleuse immense qui s'est condensée peu à peu, en produisant par cette condensation même, la chaleur et la lumière solaire, en même temps que des zones ou couches annulaires, s' échappant d'elle successivement, allaient donner naissance aux planètes : Neptune, Saturne et Jupiter avec leurs satellites, les astéroïdes, Mars, la Terre et la Lune, Vénus, Mercure, la matière cosmique. Le Soleil et la Lune n'ont donc pas été toujours constitués à l'état de luminaires, tels que nous les voyons aujourd'hui, avec un diamètre de 30 à 32 minutes. Au contraire, l'existence tout récemment constatée dans les régions polaires, à 75° de latitude nord, d'une faune et d'une flore tropicales, a amené cette conjecture que, à l'époque où ces plantes et ces animaux vivaient, le diamètre du Soleil pouvait atteindre le chiffre énorme de 45". En outre, pour que la lumière du Soleil, de la Lune et des étoiles pût arriver à la terre, qui n'était primitivement qu'un amas de vapeurs ou d'éléments dissociés, il a fallu qu'elle se condensât à son tour, pendant que du Soleil s'échappaient les couches annulaires qui ont fait naître Vénus, Mercure et la matière cosmique. Donc, dans cette théorie, sur laquelle nous ne nous prononçons pas, que l'on a regardée comme le plus sublime effort du génie humain, il a fallu un temps très-long avant que le Soleil et la Lune devinssent les luminaires de la terre, et que la lumière des étoiles brillât comme elle le fait aujourd'hui. Tout s'explique alors, avec une facilité merveilleuse ; et l'impossible, l'incompréhensible serait que la Terre eût été créée avant ou avec le Soleil d'où elle est sortie, ou que le Soleil et la Lune fussent devenus les luminaires de la Terre avant de s'être condensés, avant que la Terre, elle aussi, se fût dépouillée des voiles qui auraient arrêté leurs rayons.

5° La demi-science a trouvé étrange que la Genèse fît

ai)paraître rarc-en-ciel après le déluge, comme un phénomène nouveau. La véritable science fait évanouir jusqu'à l'ombre de cette objection téméraire. Elle nous apprend en effet que rarc-en-ciel naît des gouttes d'eau de la pluie. Or, Moïse déclare formellement qu'à une époque même où la végétation était très-abondante, il n'avait pas encore plu sur la terre, mais que la terre était arrosée par des vapeurs qui s'élevaient du sol encore chaud, se condensaient dans l'air, et retombaient sous forme de rosée abondante. On peut admettre, en outre, que cette absence de pluie se soit continuée jusqu'au déluge ; et que .c'est même, cette atmosphère chaude, et assez chargée d'acide carbonique pour avoir fait naître les terrains houillers, qui en abandonnant l'immense quantité de vapeur d'eau qu'elle contenait, a causé la grande inondation du déluge de Noé. Dans CCS conditions si simples, si naturelles, l'arc-en-ciel était réellement pour Noë un phénomène nouveau.

6° Enfin, il est fait allusion plusieurs fois, dans les divines Ecritures, à un feu associé aux ténèbres, et brûlant sans aliment matériel. C'était encore une de ces naïvetés, ou de ces impossibilités que la demi-science' nous jetait à la face. La véritable science est venue, et l'arme imprudente s'est brisée dans ses mains. Nous avons vu le plus célèbre des physiciens anglais faire naître, du simple mouvement vibratoire de l'éther, un rayon de chaleur assez ardent pour fondre le platine, le lancer dans l'espace vide, le faire tomber sur la rétine de son œil, en prenant soin qu'il traversât bien le centre de la pupille sans loucher les membranes environnantes, et constater à sa très-grande surprise qu'il ne produisait aucune sensation de lumière. Plus récemment, le même physicien, M. Tyndall, a démontré qu'il n'y a rien de plus invisible que la lumière en elle-même, que son invisibilité ne cesse que lorsqu'elle rencontre sur la route des particules matérielles, que Moïse par

conséquent, était bien inspiré quand il laissait subsister les ténèbres, après la création delà lumière ou du fluide lumineux.

Je pourrais mullîplier ces exemples à l'infini, mais ce que je viens de dire suffit surabondamment pour prouver à la demiscience qu'elle doit bien se garder de se mettre en opposition avec les livres saints ; que c'est d'elle-même avant tout, qu'elle doit se défier, et que ses audaces seront tôt ou tard sévèrement punies. Le désaccord entre la science et la révélation ne peut être qu'apparent et passager ; s'il existe, c'est que la science n'a pas encore dit son dernier mot. Quand la lumière se fera pour elle, elle se fera en même temps pour la révélation.

C'est une science aussi, que la philologie. Ses imperfections, ou, si nous l'aimons mieux, son impuissance à nous donner la véritable signification des mots du texte hébreu, soulèvent à leur tour des difficultés quelquefois insurmontables ; mais en apparence seulement. Elles font croire à des erreurs commises par les écrivains sacrés, alors qu'elles n'existent pas en réalité.

Ainsi le mot hébreu que la Vulgate a traduit par l'expression latine abijssus n'avait certainement pas la signification que nous donnons au mot français abîme, et pouvait trèsbien signifier un amas de vapeurs ou d'éléments dissociés. Les fontaines de Vahîme n'indiquent pas nécessairement des réservoirs d'eau souterraine, mais bien les masses de vapeurs chaudes et humides, précipitables en eau. En effet, dans le récit du déluge, quand les fontaines de l'abîme s'ouvrent, la pluie commence à tomber ; quand les fontaines de l'abirae se ferment, la pluie cesse de tomber. Les fontaines de l'abîme ont donc pu être les vapeurs atmosphériques que recelaient les flancs de l'atmosphère primitive ou lancées par les volcans.

De même encore dans la pensée de Moïse, le mot Ronah pouvait indiquer non le vent, mais le jeu des forces moléculaires qu'on peut très-bien appeler le souffle de Dieu.

C'est bien à tort qu'on a voulu voir dans le mot linrjinh, firmamentum, un firmament ou voûte solide de cristal ou déglace, que l'on ne rencontre nulle part dans les livres saints, quoiqu'on le trouvât encore, il y a trois cents ans, dans les livres des astronomes. Il s'agit tout simplement de l'atmosphère aérienne, avec ses limites mystérieuses mais réelles, très-bien formulées par ces paroles étonnantes que le livre des Proverbes met dans la bouche de la Sagesse, ch. viii, v. 28 : Où étais-tu, quand je donnais à Catmosphère sa stabilité, quand je mettais en équilibre dans Vair les fontaines des eaux, quand [établissais la terre sur ses fondations.

On rendait complètement inintelligible ce texte de la Genèse : Dieu sépara les eaux qui sont sous le firmament de celles qui sont au-dessus du firmament, quand on donnait au mot E\ux la signification de deux amas d'eau liquide ou solide séparés par le firmament, et qui pèseraient en partie sur lui: Pour Moïse, ces deux espèces d'eaux pouvaient être deux masses de substances gazeuses : les unes, les vapeurs d'eau, contenues dans l'air, au-dessous des limites de l'atmosphère ; les autres, des vapeurs plus légères, une atmosphère d'hydrogène convertible en eau par sa combinaison avec l'oxygène, située au delà des limites de l'atmosphère aérienne, et dont la science moderne entrevoit déjà l'existence, ainsi que l'affirment des savants illustres, sir John Hèrschel et M. Quételet.

De même, il n'est douteux pour personne que la fontaine, fons, qui s'élevait de la terre pour l'arroser avant qu'il ne plût, s'explique par des vapeurs aqueuses qui se condensaient en rosée.

Le mot hébreu Yôm du premier livre de la Genèse, traduit par jour, formé d'un soir et d'un matin, enveloppait d'un épais nuage la cosmogonie de Moïse, aussi longtemps qu'on a voulu y voir un jour ordinaire, il est aujourd'hui presque universellement admis qu'il peut signifier une période de temps plus ou moins longue, peut-être de plusieurs milliers ou millions d'années, mais nécessairement finie , ayant eu son commencement et sa fin. Dès lors, comme nous le prouverons jusqu'à l'évidence, la cosmogonie de Moïse n'est plus en rien combattue parla géologie.

Enfin, combien de difficultés, combien d'objections, combien de reproches d'ignorance ou d'erreur adressés aux écrivains sacrés, n'ont pas eu d'autre origine que la presque impossibilité où nous sommes de discerner à quels animaux de la création s'appliquent les noms que leur donne le texte sacré. Qu'étaient en réalité, le dragon, le basilic, le monocorne, leléviathan, l'onagre, etc., etc.? Nous ne le savons pas, et nous ne le saurons peut-être jamais, parce qu'il est possible que quelques-uns de ces êtres mystérieux aient appartenu à des races aujourd'hui complètement éteintes. Mais chaque jour une science plus attentive ou plus avancée fait justice des prétentions de la demi-science. Le doyen de nos naturalistes, M. Milne-Edwards faisait remarquer, il y a quelques mois à peine, à l'Académie des sciences, qu'il faut être plus que réservé dans les conclusions à tirer des noms employés nonseulement par les traducteurs de la Bible, mais par tous les naturalistes anciens, lorsqu'ils parlent d'animaux qu'ils ne connaissaient qu'imparfaitement. « Il existe chez les demisavants, disait-il, une fatale tendance à appliquer aux espèces nouvelles pour eux des noms appartenant à des espèces déjà connues. » Et il ajoutait : aPour arriver à accuser Moïse d'avoir fait du lapin ou du lièvre un animal ruminant, il a fallu qu'on

traduisît faussement par lapin ou lièvre, le mol li('l)reu ipii (lésii^nait le Daman ou Vflyrax, petit animal d'un ordre tout à fait distinct de celui des rongeurs. »

Je le répète encore : que les sciences fassent des progrès incessants, que pour elles la lumière se fasse de plus en plus, et elle se fera aussi pour les livres saints, et les ténèbres ([u\ inquiètent encore quelques esprits deviendront chaque jour moins épaisses.

J'avais déjà lu, depuis quarante ans, tout ce qui a été écrit sur les rapports de la science avec la révélation, mais j'ai voulu, avant de donner à cette partie de mon livre sa rédaction dernière, consacrer de longs jours à relire la Bible entière, l'Ancien et le Nouveau Testament, arvec la volonté forte de me rendre compte, autant qu'il est possible, du sens véritable de toutes les phrases et de tous les mots. Je viens d'achever ce travail formidable, et je me crois autorisé à déclarer solennellement que si plusieurs passages sont restés encore obscurs, je n'ai constaté nulle part d'erreur ou de contradiction certaine avec les faits et les théories de la science de nos jours. Aussi, suis-je grandement tenté de m'indigner, ou du moins de sourire, quand j'entends des écrivains, des journalistes, des médecins sans science réelle, qui n'ont jamais lu que quelques pages poétiques des livres saints, s'écrier avec Sainte-Beuve, d'un ton hautain et tranchant : « Il ny a plus pour les esprits vigoureux et sensés (lisez faibles et prévenus), nourris de l'histoire, armés de critique, studieux des sciences naturelles ; il ny a plus moyen de croire aux vieilles histoires et aux vieilles Bibles. » (Lettre à un jeune catholique, page 34 de ce volume.)

Ce qui m'étonne au contraire, et m'étonne profondément, c'est le trésor de science renfermé dans la Bible. Il est pour

moi une énigme. Je serais tenté de croire à une inspiration directe et immédiate ; ou de me demander, si la science moderne n'existait pas déjà, en grande partie, dans l'antiquité ; si elle n'a pas été simplement retrouvée de nos jours. Pourquoi ne prendrions-nous pas à la lettre ces déclarations si formelles du Sage : Ecclésiaste, ch. i, v. 9 et suivant : Qu est-ce qui a été ? Cela même qui sera ! Qu est-ce qui a été fait ? Ce qui sera fait ! Rien nest nouveau sous le soleil ! Personne ne peut dire : voici qui est tout à fait récent ! Car on a déjà vu dans les siècles passés ce que nous voyons de notre temps ! Le souvenir des choses antérieures s'est entièrement effacé; il en sera de même du souvenir des choses à venir ! Il ne demeurera pas dans l'esprit de ceux qui nous succéderont.

Joignez à ces affirmations ce qui est dit de Salomon, l'auteur de V Ecclésiaste, dans le livre des Rois, ch. m, v. 20 : Dieu avait donné à Salomon une grande science et une grande sagesse, un esprit étendu et un cœur vaste. Sa science et sa sagesse surpassaient la science et la sagesse de tous les Orientaux et des Egyptiens. Il a raconté trois mille paraboles, et écrit cinq mille poèmes. Il a disserté de toutes les plantes, depuis le cèdre du Liban jusqu'à Ihysope qui jaillit de la pierre, des animaux domestiques et sauvages, des oiseaux, des reptiles et des poissons. Tous les peuples accouraient pour recueillir les oracles de sa science. Et demandez-vous si là n'est pas le secret de la science étonnante des livres sapientiaux. Il resterait h expliquer par l'inspiration telleque nous l'avons définie, la science aussi surprenante de David et de ses Psaumes.

Qu'il me soit enfin permis, en finissant, d'appeler encore l'attention sur deux des caractères de vérité les plus saillants et les plus imposants des faits principaux de la Bible. Le premier est qu'elle a pour elle la confirmation d'une tradition non inter-

iiiO LES SPLENDEURS DE LA FOI.

rompue depuis la Genèse jus(|ii'à l'Apocalypse. De Moïse h. Jean révani^vliste, quelle série plus étroilemcnt enchaînée de témoins éloquents de la vérité, patriarches, historiens, législateurs, poètes, philosophes, prophètes, apôtres, etc., etc., tous parfaitement d'accord, répétant tous avec la même fidélité les grands faits de la tradition et de l'histoire : de la création, du déluge, de la malédiction de Cham, de la confusion des langues, de la sortie d'Egypte, de la marche et du séjour dans le désert, du partage de la mer Rouge, de l'entrée dans la terre de Chanaan, etc., etc. Que l'on compare cette unanimité si parfaite avec les fables, les exagérations, les erreurs sans nombre, les contradictrons incessantes des historiens de la Grèce, dont le plus ancien, Hérodote, remonte à peine à cinq cents ans avant l'ère chrétienne, et l'on sera forcé invinciblement de s'écrier avec le roi-prophète : Vos témoignages, ô mon Dieu, sont admirables! Ils sont croyables au delà ce que nous aurions pu espérer. Psaume XCII, v. 5.

Le second caractère est plus saisissant encore. Prenez ce qu'il y a de plus extraordinaire dans la Bible, ce que Sainte- Beuve appellerait surtout vieilles histoires et vieux mythes, la création, le repos, la semaine, le premier homme, la mère des vivants, l'âge d'or, le paradis, le jardin, la chute, la pomme, le serpent, la malédiction, l'expulsion, les chérubins, la terre stérile ; les géants ou titans, les méchants, le déluge, l'arche ou vaisseau, l'homme du navire, le corbeau, la colombe, la retraite des eaux, l'olivier, l'arc-en-ciel, le sacrifice, la vigne; la tour, la confusion des langues, la séparation ; les patriarches, l'abrègement de la vie, les voyants ou prophètes; le culte, le chant, la prière, les sacrifices, le pain et le vin, la purification, les ablutions saintes ou baptêmes; la communion, etc., etc. Consultez maintenant les annales de

tous les peuples, aussi loin qu'elles peuvent remonter, et vous retrouverez épars, clairement indiqués, mais plus ou moins défigurés, les récits que vous avez trouvés formant dans la sainte Bible un enchaînement lumineux et continu. Yoilà comment un écrivain consciencieux et éclairé, M. l'abbé Gainet, a déjà pu reconstruire l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament par les seuls témoignages profanes, ou refaire la Bible sans la Bible. On constate en outre ce fait capital et vrai-' ment divin : plus on remonte vers les origines, plus la vérité devient une, en se dégageant des fables, plus on se rapproche de la simplicité biblique ou patriarcale; au contraire plus on s'éloigne du déluge, plus la couche d'erreurs et de superstitions s'étend et s'épaissit. Les échos fidèles de la création, de l'âge d'or, de la chute et du déluge, qui constituent le fond de l'histoire de la Genèse, se retrouvent absolument partout; les peuples de la plus haute antiquité, comme les peuples encore sauvages, nos contemporains, ont conservé un souvenir plus ou moins effacé de ces faits étonn-ants. Nous plaindrions celui qui ne verrait pas dans l'accord de tant de témoins de tous les temps, de toutes les langues, de tous les vents de l'horizon, la démonstration la plus palpable et la plus éloquente que l'on puisse imaginer de la vérité du fond historique des livres saints, de nos dogmes fondamentaux, la création, l'antiquité peu reculée du genre humain, l'unité de race ou d'origine de tous les peuples, etc., etc.

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