II
conslitiicnt les langues radicales et monosyllabiques, dont le chinois est le prototype, et dans lesquelles chaque racine est un mot, chaque mot est une racine...
En second lieu et comme deuxième catégorie, MuUcr prend les racines à l'état de juxtaposition et d'agglutination...
Deux, racines se réunissent pour former un mot; dans ce travail de rapprochement et de soudure, l'une d'elles, toujours distincte et invariable, se trouve liée à une autre ou à plusieurs autres racines, qui varient et qui perdent leur indépendance, en devenant des terminaisons et des désinences modificatives. Ce sont les langues agglutinantes. Elles embrassent les idiomes touraniens et comprennent en cuire les langues poiysyntiiétiques d'Amérique ; c'est le deuxième système.
En troisième lieu, enfin, deux racines, pour former un mot, arrivent à un tel état de fusion et d'amalgame, qu'elles perdent toutes les deux leur indépendance. C'est la période des flexions. Elle répond aux langues synthétiques anciennes et aux langues analytiques modernes ; langues organiques et amalgamantes, représentées par tous les idiomes aryens et sémitiques Telles sont les trois catégories d'une classification qui n'est que la conséquence de l'étude comparative des racines
. . . Cette classification morphologique n'est si vivement attaquée que parce que son caractère de généralisation, nous permettant de l'appliquer à toutes les langues connues, nous permet par là même de toucher à l'origine du langage
Arrivés à ce point de nos éludes, arrêtons-nous pour jeter un regard en arrière c": embrasser les innombrables langues, patois et dialectes qui se sont pariés et qui se parlent encore dans le monde. Nous pouvons les contempler dans leur ensemble, et en saisir à grands traits les principales lignes.
Près de nous, nous voyons l'italien, l'espagnol, le français, le portugais, le roman, le valaque dériver du latin, de la môme manière que le lalin, le grec, le celte, le slave et le teuton dérivent, avec les langues de Tlnde et de la Perse, d'une source commune, de la source aryenne, la source primitive de toute la famille des langues indo-européennes.
D'un autre côté, nous savons depuis fort longtemps, que l'hébreu, l'arabe, le syriaque, ne nous apparaissent que comme la reproduction d'un type unique, le type sémitique.
Si à ces deux familles on ajoute le groupe touranien,
groupe très-bien déterminé et formé de dialectes rayonnant d'un centre commun, appartenant aux races nomades du nord et du centre de l'Asie, le tongous, le mongol, le turc, le samoyède, le finnois..., les trois familles qui composent ainsi tout le langage humain ne nous apparaissent-elles pas alors comme les bras d'un immense fleuve partagé en trois branches, branches puissantes, branches se déroulant à travers les âges, remontant aux temps les plus lointains, au-delà des horizons les plus reculés? Du milieu môme des ténèbres d'où elles s'échappent, ces trois branches n'arrivent-elles pas à nous comme les témoins d'un autre âge, proclamant, de leur grande et primitive voix, sinon la certitude, du moins la possibilité, la vraisemblance, la probabilité de leur source commune et de leur unique point de départ ?
De la grammaire comparée, l'étude des racines nous conduit encore à l'étymologie comparée
« Pour que deux mots issus d'une même racine soient considérés comme identiques, il faut qu'ils représentent un même développement ou un même dérivé de cette racine ; il faut en outre, qu'entre la racine et ses dérivés , et même qu'entre les dérivés eux-mêmes il y ait unité de sens. Quant à la similitude des sons, elle importe peu... »
La méthode comparative nous initie aux besoins physiques et moraux de l'humanité, dans cette période rudimentaire de la civilisation
Gomme nous trouvons en grec, en latin, en sanscrit, aussi bien que dans les dialectes slave, celtique, germanique, le même mot pour house, maison, nous sommes pleinement autorisés à conclure que, bien avant la date où ces langues eurent une existence indépendante et isolée, mille ans au moins avant Agamemnon et Manou, les ancêtres de la race aryane ne campaient plus sous des tentes, mais construisaient des maisons durables. Comme nous trouvons le même nom pour town, ville, en sanscrit et en grec, nous pouvons en conclure avec la môme certitude que les villes étaient connues des Aryas, avant que l'on parlât grec et sanscrit. Gomme nous trouvons le même nom pour King, roi, en sanscrit, en latin, en germanique et en celtique, nous en déduisons que le gouvernement royal était adopté et reconnu par les Aryas, dans cette période préhistorique. N'est-ce pas là, dans sa simplicité technique, une page d'histoire détachée du livre de la
civilisiilion primitive?... L'rlat social y est des plus simples; la populalioii est purlagée en ti'ois classes : les seign(Mirs, les
tenanciei's, les laboureurs. Ils sont tous égaux devant Dieu
De la vie sauvage pas un mol ! L'auteur ou les auteurs des Gâlhas ne paraissent pas même en soupçonner rexislence !
La société politique y figure, au contraire, dans les traits les plus essentiels... La zoroaslrienne rafjhâ a quatre chefs : le chef de famille, le chef de village, le chef de la tribu et le chef de la contrée. » C'est la maison, le village, le district et la province, ou comme le traduit Spicgel dans le trente et unième chant, c'est le clan, la confédération et la contrée
Les peuples aryens n'ont point eu à leur berceau une mythologie primitive, commune, antérieure à la dispersion de leur race. Entre les dieux du Panthéon védique et ceux de la Grèce, une identité .généi'ale ne peut être établie. Toutefois, dans cette foule de héros et de dieux, il est un nom qui les domine tous. Il présente des coïncidences étranges et un rapprochement lumineux. C'est le nom donné à la puissance divine, dans le sens le plus immatériel et le plus élevé. C'est le nom même de Dieu !...
Deus, 0£oç, du sanscrit Deva, devas, en lithuanien Dieiuas, en ancien prussien Diewa
Mais Devas, Deiis, n'est pas une racine, c'est un dérivé de la racine sanscrite div ou dija, briller, s'élancer, rayonner. Un autre dérivé de div ou dija, c'est dyâiis, qui, en sanscrit, signifie ciel et jour, et est synonyme du Zeus des Grecs et des Djovis ou Jupiter latin...
Ces noms, Disans en sanscrit, Zeus en grec, Jovis en latin, Tiu en germain, ne sont pas seulement des mots, ils font revivre devant nous, avec tout le relief des scènes dont nous avons été nous-mêmes témoins, les actes des ancêtres de la race aryane ; grâce h ces noms, nous les voyons tels qu'ils furent dix siècles avant Homère et les Védas, adorant un être invisible, et lui donnant le nom le plus noble, le plus glorieux qu'ils pussent trouver dans leur vocabulaire, le nom de lumière et de ciel.
Et ne nous laissons pas égarer, ne nous laissons pas entraîner à dire que c'était là après tout un culte naturaliste et idolâtre...
Dyaiis ne signifiait pas le ciel bleu ; il n'était pas seulement le ciel personnifié, il voulait dire autre chose. Nous trouvons
dans les Védas l'invccation Dyaus-Pitar, le Zens Pater des Grecs, le Jupiter laliii ; et cela signifie dans ces trois langues, ce que cela signifiait avant qu'elles se séparassent ; cela
signifie « le Père qui est aux cieux »
« Des milliers d'années, dit Max Muller, se sont écoulées depuis le jour où les nations païennes se séparèrent pour émigrer vers le nord et le midi, vers l'ouest et Test : elles ont chacune créé une langue, elles ont fondé des empires et des philosophies, elles ont toutes construit des temples, et ensuite les ont rasés ; elles ont toutes vieilli, et sont devenues peutêtre plus sages et meilleures ; mais, lorsqu'elles cherchent un nom pour exprimer ce qu'il y a de plus élevé, et en même temps de plus cher à chacun de nous, lorsqu'elles veulent exprimer à la fois le respect et l'amour, l'infini et le fini, elles ne peuvent faire que ce que faisaient nos ancêtres, lorsque, levant leurs regards vers le ciel éternel, ils y sentaient la présence d'un être à la fois éloigné et voisin ; elles ne peuvent que combiner les mêmes mots et redire la prière primitive, l'invocation de Ciel Père, sous la forme qu'elle revêtira h travers les siècles : Notre Père qui êtes aux cieux ! »
Si dès l'origine, nous voyons Dyaus resplendir de tout l'éclat de la majesté et de la bonté souveraine : Notre Père qui êtes aux cieux, nous voyons aussi, parmi les autres appellations de la Divinité dans l'antique Iran, dans ce rameau asiatique de nos ancêtres indo-européens, nous voyons un autre nom porter en lui l'affirmation de l'essence incréée et de la nature spirituelle. C'est le nom d'Ormuzd, l'Ahura-Mazda de Zoroaslre, l'Aurmzda des cunéiformes, l'Oromane de Platon. Quel est le sens primitif et précis attaché à ce nom dans les antiques chants de l'Avesta ?
D'après M, Haugh, le nom même d'Âhura Mazda signifie : Esprit vivant et sage, seul véritable esprit à qui Zoroastre demande la vérité, père et créateur de la vérité, auteur du monde et de la loi
Ahura, pour le réformateur bactrien, est comme le Jéhovah du législateur des Hébreux ; c'est l'esprit vivant, la sagesse suprême, la puissance créatrice de toutes choses. 11 a tout créé, il règle et gouverne le monde... Un pareil nom tient aux sources mêmes de la vie et du langage ; sa racine en fait foi... Le Zind Âhura est identique avec le sanscrit Ahura, qui n'est qu'un dérivé de la racine As, Être. Ahura-Mazda ou Ormuzd,
38* LES SPLE^DEURS DE LA FOI.
c'est donc l'idée de l'Être, non pas de l'Être abstrait, mais de l'Être vivant, parfait, universel. Comme le Jéhovah biblique, « IL EST Celui qui est I »
Dans CCS langues sémitiques , les "noms de la Divinité signifiaient le puissant, le vénérable, V élevé, leroî, \e seigneur ; ... Il n'y a jamais que les mômes épithèlcs qui soient consacrées à exprimer le nom de la divinité. £/, la fort, le puissant dh ciel, se retrouve partout. Baal n'est pas moins fameux. Il est adoré chez les Assyriens et les Babyloniens, les Moabites et les Philistins, les Phéniciens et les Carthaginois. Sous le nom de Bel, il n'était point étranger aux Juifs
Dans la Bible, El, Élohim, Élion, Jéhovah, Shadaï et Adonaï sont autant de variétés de noms affectés au Dieu des Hébreux. C'est toujours l'Éternel, le Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Haut... Jéhovah ou Jah, comme dans Halielu-Jah, est-il le même que le Jao inscrit dans les cunéiformes ?...
Avant la séparation des branches sémitiques , il a donc existé pour elles une religion primitive commune, comme il y a eu une langue primitive commune, dans laquelle on invoquait le grand, le puissant, le seul vrai Dieu du ciel, longtemps avant les Chaldéens ou les Babyloniens, avant qu'il y ait eu des Phéniciens à Tyr et à Sidon, et des Juifs en Mésopotamie ou à Jérusalem...
Dans les livres sacrés et classiques des Chinois, il existe des textes authentiques relatifs à leur monothéisme primitif. Dans les poésies plus anciennes, l'esprit du ciel, seul, est le maître ; il est le créateur, le père et la mère de toutes choses...
Son nom, Tien, est celui du ciel. Le double signe qui le représente veut dire grand et unique à la fois. Comme il n'y a qu'un ciel, comment peut-il y avoir plusieurs dieux?...
On le voit, le Tien chinois, primitivement nom du ciel, ciel lumineux, ciel glorieux, esprit du ciel, passe par les mêmes phases que chez les autres branches touraniennes, partout et toujours, au-dessus du culte des esprits secondaires plane l'esprit supérieur; c'est le père, c'est l'antique, c'est le protecteur, c'est le Dieu du ciel ! . . .
Un monothéisme primitif serait donc la conclusion de l'étude des religions comparées, comme l'unité du langage a été la conséquence de la philologie comparée. De telles conclusions ,ne pouvaient passer inaperçues; elles ont soulevé des tempêtes. Le journal la République française les traite de com-
promis audacieux, de prestidigitation oratoire et de jongleries scientifiques.
Wax Muller avait prévu l'attaque, sinon l'injure ; dans sa huitième leçon, il dit : a J'ai été accusé de rn'être laissé influencer dans mes recherches par une croyance implicite à l'unité primitive de l'humanité. J'avoue que j'ai cette croyance; et si elle avait eu besoin d'être confirmée, elle l'aurait été par l'ouvrage de Darwin sur Voritjine des espèces. Mais je mets mes adversaires au défi de citer un seul passage où j'aie mêlé aux arguments scientifiques des arguments Ihéologiques. Seulement si l'on me dit « qu'aucun observateur impartial n'aurait jamais conçu l'idée de faire venir toute l'humanité d'un couple unique si le récit de Moïse n'avait affirmé ce fait, » on me permettra de répondre que cette idée est au contraire si naturelle, si bien en harmonie avec toutes les lois du raisonnement, qu'il n'y a jamais eu, que je sache, de nation sur la terre qui, ayant des traditions sur l'origine de la race humaine, ne l'ait pas tirée d'un seul couple, sinon d'une seule personne. Quand môme l'auteur du récit de la Genèse serait dépouillé, devant le tribunal des sciences physiques, de ses droits d'écrivain inspiré, il peut, du moins, prétendre au titre modeste d'observateur impartial ; et si l'on peut prouver que sa conception de l'unité physique de la race humaine soit fausse, c'est une erreur qu'il partage en commun avec d'autres observateurs impartiaux, tels que Humboldt, Bunsen, Pritchard et Owen, » Nous pourrions ajouter Blumenbach et Cuvier, les deux Geoffroy-Saint-Hilaire et M. de Quatrefages
En résumé, tout le langage humain a été circonscrit en trois familles de langues aboutissant à trois groupes de racines correspondantes, sanscrites, sémitiques, touraniennes. Ces racines ramenées h trois groupes, sont-elles réductibles ou irréductibles entre elles? Tout est là. C'est le premier point qui résume toute la question de l'origine du langage, et devant cette grande question de l'unité d'origine, nous avons passé successivement en revue tous les arguments qui ont autorisé Max Muller à se prononcer catégoriquement pour l'affirmative.
Dans aucun cas, et malgré tous ses efforts, la science n'a pu démontrer Y impossibilité de cette unité, c'est-à-dire l'impossibilité de la réduction et de l'identification des racines.
40* LKS SPLENDEURS DK I.\ FOI.
Dans sa Vie du laugcif/i', le doctcui- Wilhncy semble arriver par l'absurde h cette démonstration. Renversant la question, il admet que riinitc de race n'exclut pas, pour les langues, la diversité d'origine. Voici son raisonnement : « La linguistique ne peut se poi'tcr garant de la diversité des races humaines. Si nous admettons, par hypothèse, que les hommes ont créé les premiers cléments du langage, de même qu'ils en ont fait tous les développements subséquents, nous sommes forcés de convenir qu'une période de temps assez longue a dû s'écouler avant qu'ils aient vu se former une ceitaine somme de maté- . riaux. Et pendant ce temps, la race, fut-elle unique, a pu se '■ répandre et se diviser de façon que les germes primitifs de chaque langue aient été produits indépendamment dans les unes et dans les autres. Donc l'incompétence de la linguistique, pour décider de l'unité ou de la diversité des races humaines , paraît être complètement et irrévocisblcment démontrée. » (Page 222; Paris, 1875.) En présence d'une si magnifique synthèse, la philologie hétérogéniste et athée n'est plus qu'un bruit impuissant émis dans le vide.
Dans un beau volume intitulé Les Psaumes ou Etudes préparatoires à l'intelligence de ce livre sacré (in-8,xxxiv-49. Paris, Battenweck, 1876), leR.P. Champion, de la Société de Jésus, professeur d'Écriture sainte en Orient, n'a pas hésité à aller plus loin que M. Max Mulleret M. Julien; il ose affirmer que la langue hébraïque est la langue primitive, la mère et la nourrice de toutes les langues du monde. Une courte analyse de sa démonstration prouvera, mieux encore que ce qui précède, combien les assertions de M. Emile Chavé étaient hasardées et vaines.
« il est aujourd'hui démontré que les variations et les altérations d'une racine ou type radical, si grandes soient-elles, ne peuvent dépasser le nombre de trois, et qu'il ne peut exister qu-e trois familles de langues. En effet, 1° les racines peuvent être employées comme des mots ayant en eux-mêmes ou par eux-mêmes, une signification précise ; les significations complexes, les relations, les phrases, étant données par des réunions de racines: c'est le cas de la langue chinoise et de ses congénères, langues monosyllabiques ou dravidiennes ; 2° les racines et les signes des modifications grammaticale^ peuvent s'unir en un seul mot, mai- de manière à ce que la racine reste constamment inaltérée et parfaitement reconnais-
sable : ce sont les langues dites (I'agglutination, comme les LANGUES SÉMITIQUES ; 3° les mots grammaticaux, les désinences, les régimes peuvent s'unir à la racine en la modifiant, en l'absorbant, en s'identifiant avec elle, de manière à l'altérer et à la rendre presque méconnaissable : ce sont les langues a FLEXION, auxquelles appartient l'immense famille des langues indo-européennes ou Aryennes. Nous avons donc ; la famille sémitique, type primordial, l'hébreu de Moïse ; la famille touranienne, type primordial, le chinois ; la famille indo-germanique, type primordial, le sanscrit. Faut-il aller plus loin? Ces trois grandes familles sont-elles liées entre eHes par un lien d'unité? Ont-elles une mère commune? Max Muller avait déjà dit : On n'a jamais démontré qu'il est impossible que toutes les langues aient une origine commune. La possibilité de cette origine commune s'appuie sur deux fondements d'une solidité à toute épreuve; l'accord unanime de tous les philologues instruits à affirmer l'unité primordiale de toutes les langues, leur provenance à toutes d'une même source ; l'identité des quatre ou cinq cents racines primitives de toutes les langues. Au feu intelligent de son laboratoire, la chimie démontre que tous les corps de la nature sont inégalement composés des mûmes substances premières, et l'historien philosophe réduit facilement à l'unité des grands faits bibliques les innombrables variétés des traditions sur les origines du monde et de l'humanité. Ainsi en est-il des langues. Après les avoir décapées de la rouille ou de la fioriture des siècles ; après les avoir dépouillées des mélanges et des assortiments qui les divisent, le philosophe retrouve en chacune d'elles les mêmes éléments primitifs. Le principal argument qui ait été avancé contre l'unité d'origine, c'est qu'aucune langue monosyllabique n'a jamais passé à l'état agglulinalif: le chinois, dit-on, est encore aujourd'hui tel qu'il a été des le commencement, jamais on n'y a vu ni agglutination ni flexion. Or M. Edling, auteur d'une grammaire de chinois parlé, a très-bien établi que les idiomes mongoliques ou thibctains convergent vers un centre commun, à savoir, la langue primitive de la Chine, quand elle n'était pas encore réduite au monosyllabism'e actuel, lequel est dû à la culture, ou plutôt à la corruption mandarine de cette langue, immobilisée maintenant, grâce surtout à un système graphique dans un état d'imperfection qu'on ne doit plus avoir la tentation de regarder comme original et primitif. Une grande
At' LES SPLENDEUKS DE LA J OU
quanti le ûc mots mongols, le cinquième peut-être, appartiennonl au chinois, une moitié des adjociifs sont absolument les mêmes qu'en chinois. C'est dans îa première moitié des mots mongols que se marque l'idenlitô de la racine. Or le système touranien, dont le thibétain et le mongol font partie, était le seul qui oflVît une difficulté sérieuse pour la réduction h l'unité des difficultés de touleri les langues. La science et rEcviiure se donnent donc la main pour affirmer qu'il y eut une époque où le genre humain tout entier parlait la même langue. L'unité de la famille humaine est inséparable de l'unité de son langage primitif. Si toutes les langues se rapportent au même type, tous les peuples n'ont qu'un seul et même berceau, car la marche de l'ethnologie est celle de la linguistique ; elles suivent le même chemin et se développent parallèlement. Reste à prouver que cette langlie unique, primitive, est rhébreu.
Argiiment biblique. Le langage est un fait de création divine; Adam s'est trouvé créature parlante ; dès le premier jour de sa création, il a parlé avec son créateur et son. créateur lui a parlé. Une même langue s'est rencontrée à la fois sur les lèvres du créateur et sur les lèvres de la créature. Cette langue n'a pas été anéantie ; elle n'a pas été ensevelie sous les ruines de la tour de Babel. Le texte sacré n'a pas un seul mot qui parle de l'anéantissement de la langue primitive. La confusion des langues à Babel fut un coup de la divine justice, une punition, formelle attirée par un crime. Les familles des hommes restés humblement fidèles à Dieu n'ont pas dii être frappées. Le juste Noé, le vertueux Sem, le pieux Hébor, Arphaxad, Ghaïnan, etc., n'avaient pas dévié d» droit chemin. Comment auraient-ils été enveloppés dans la confusion de Babel ? Le fait de nombreuses migrations antérieures à la tour de Babel paraît incontestable aux meilleurs historiens. Abraham, sorti de Ur en Chaldée, fait de nombreuses pérégrinations à travers et parmi toutes les tribus sémitiques et chamites de l'Asie méridionale, et jusqu'en Egypte, sans avoir jamais eu d'interprète. Pourquoi? si ce n'est que tous ces peuples parlaient la mêm& langue primitive sauvée dans la famille de Héoer, père de Phaleg, et qu'ils avaient emportée dans leurs migrations antérieures à la confusion des langues. Les explorateurs hébreux envoyés par Josué, conversent à première vue avec les Chananéens. Pourquoi? si ce n'est parce que le peuple de Josué parlait la même langue que les habitants du Moab, de l'Idu-
mée, de Jéricho, etc. La stèle moabite découverte par M. Ganeau, est la preuve directe de celte conjecture.
Argument traditionnel. La conviction que Thébreu est la langue primitive de riuimanité est un point sur lequel les Pères de l'Eglise n'ont jamais exprimé le moindre doute. «La langue donnée primitivement par Dieu à Adam, dit saint Augustin (De civitate Dei), resta dans la famille de Héber lorsque les nations furent dispersées. par la confusion des langues. »
Argument étymologique, La découverte encore récente de l'alphabet naturel ou physiologique, base solide de la classification des langues et des dialectes que les anciens ne connaissaient pas; la détermination, non moins récente, elle aussi, ni moins sûre des lois qui président aux divers changements d'articulation et de son d'un même radical dans le passage d'un peuple ù l'autre, e' de siècle en siècle; toutes ces conquêtes de la philologie moderne sont à la gloire de la langue hébraïque, lui ramènent, comme à leur mère, tous les parlers humains.
Argument historico-philologique . La langue de Moïse est substantiellement celle d'Abraham, qui fut celle de Phaleg, qui fut celle de Noé, qui fut cells d'Adam et d'Eve, qui fut celle de Dieu. Tous les noms propres des hommes, des choses, des lieux du monde antédiluvien, appartiennent essentiellement à la langue de Moïse ; donc, la langue de Moïse, de Noé et d'Adam sont une seule langue. Nos langues modernes invoquent les langues grecque et latine sans lesquelles elles ne seraient pas. Les langues grecque et latine donnent le nom de mères aux langues pélasgiques et sanscrites ; celles-ci s'avouent comme les filles aînées des idiomes sémitiques ; or les idiomes sémitiques sortent des entrailles de l'hébreu, et l'hébreu n'a d'autre origine que le genre humain.
Interrogeons la plus antique histoire. Voici la famille de Noé sur le chemin de la dispersio» avec sa langue et un dépôt pliis ou moins riche de traditions primitives. Les premiers empires de Ninive, de Babyloneet de Metzraïm sont fondés; or les langues de Ninive, de Babylone et de Metzraïm exhumées de leurs nécropoles cinquante fois séculaires, sont reconnues parla science d'une parenté très-étroite avec l'hébreu, bien que déjà phonétiquement et dialectiquement diverses.
Les enfants de Japhet s'avancent vers le nord et s'arrêtent quelque temps dans les pays qui sont plus tard la
Perse, la Médie, la Circassie, rArménie, première et commune patrie dos Aryas, avant qu'ils s'élancent dans l'Europe et dans le nord et Test de l'Asie. La langue qu'ils parlent est le zend que personne ne juge postérieur au sanscrit ; or les rapports du sanscrit et du zend n'ont échappé :\ personne. D'un autre côté, le zend, le pehlvi et le pâcrit qui lui ont succédé, sont pleins d'éléments hébraïques.
Cependant plusieurs li-ibus chamites se détachent de leurs frères qui descendaient au sud-ouest, et fondent les premiers Etals chananéens, prennent leur direction vers le sud-est, et pénètrent, par les rivages du golfe Persique et de la grande mer, jusque dans les Indes. Leur langage garde le dictionnaire hébreu avec sa forme intrinsèque d'agglutination et revêt une forme spéciale sous le nom de langue touranienne. On s'étonne de voir parler cette langue jusque dans les régions glacées des plateaux mongols de la Sibérie et sur les bords de la mer d'Okhols,du Japon et du Kamschalka, mais nous savons aujourd'hui que les belliqueux Aryas sont venus fondre sur cette race de Touran, et en ont semé les débris dans toutes les régions du nord oriental.
Une partie des peuples campés dans le vaste Iran s'acheminent, sous le nom de Celtes et d'Ibériens, vers l'ouest et pénètrent par plusieurs côtés dans les plages européennes. En s'éloignant et sous de nouvelles influences climatériques, ils modifient leur langue qui va se transformer dans les langues gallique, latine, grecque, teutonique, etc. Leurs frères font invasion dans les Indes, déjà peuplées parles fils du Kham Touranien, et fondent les puissantes nations qui parleront bientôt la langue sanscrite. Telle est la plus antique origine des langues indo-germaniques. Plus tard, encore, mille essaims de peuples de Chanaan, de l'Egypte, de Tyr et de Sidon, pénètrent en Europe par l'Asie Mineure, et les ports méditerranéens se fondent, non sans guerre, avec les peuples déjà établis en Grèce, en Italie et dans le midi de la Gaule; leur langue prend alors les derniers caractères qui en font des langues strictement européennes, le celte, l'ombrien, le toscan, le latin, le grec, etc.
Fait qui excite l'admiration des philologues les plus antibibliques, il se rencontre dans les idiomes les plus sauvages des formes grammaticales, des modes d'idées d'une perfection et d'une finesse inconnues aux langues les plus savantes. Donc
les idiomes barbares et les peuples sauvages sont tombés d'une antique civilisation, et ne sont pas sur la voie initiale d'un piogi'ès.
Ni l'homme ni la langue n'ont commencé à l'état sauvage.
Il n'est aucune langue, l'hébreu excepté, qui ne se rapporte h une autre langue.
La philologie actuelle l'avoue.
L'hébreu seul a sa raison grammaticale et historique , seul il s'explique el se développe sans aucun secours; donc l'hébreu est celte langue primitive, mère el nourrice de toutes les autres.
Appendice ÎLJ
ATSNÉE RELIGIEUSE d'ABRAHAM.
La chronologie biblique. — Il est par trop certain qu'en fait de chronologie exacte de la Bible, nous en sommes réduits à des conjectures ou à des systèmes, et qu'il est littéralement impossible, non-seulement d'assigner leur date véritable aux faits principaux de Thistoire sacrée, mais même de résoudre d'une manière pleinement satisfaisante certaines difficultés graves qui jettent une obscurité regrettable sur plusieurs événements importants de l'histoire de l'humanité. M. l'abbé Chevallier, curé de Mandres, diocèse de Versailles, croit avoir retrouvé dans la tradition et dans la Bible le souvenir d'une nouvelle unité chronologique. Vannée religieuse en usage dans la famille cU Abraham, qui fournirait le moyen d'éclairer d'un jour nouveau ces profondes ténèbres, de tout résoudre et de tout concilier. C'est tout un nouveau système de chronologie sacrée, que nous nous faisons un devoir de résumer ici fidèlement en analysant les six articles que M. l'abbé Chevallier a consacrés dans les Annales de Philosophie chrétienne de M. Bonnctty, de mars à août 1873, à l'exposé de sa découverte et des conséquences qu'il en a déduites.
Avant tout, l'auteur s'applique à fixer l'année de l'Exode... Il considère comme certaine et prend pour point de départ la date de l'an 1300, donnée comme la douzième du règne de Ramsès III, de la vingtième dynastie. Ce prince, dit M. Lenormant, fit graver sur le palais de Medinet-Abou un calendrier des fêtes religieuses, en commémoration de ce fait que l'an XII de Ramsès se trouvait être une de ces années ne se présentant qu'à de bien longs siècles d'intervalle, qui servaient de point de départ à la grande période astronomique des Égyptiens, et dans lesquelles leur année vague de trois cent soixante-cinq jours seulement concordait avec l'année solaire exacte. Or les calculs de l'illustre Biot ont établi que cette coïncidence rare et solennelle s'était produite en
rannée 1309 avant Jésus-Christ. Ceci mettrait ravénement de Raiï:"ès IIÏ en 1331.
La date de Fan 1300 permet c^ placer avec assez de certitude les rois do la dix-neuviprae dynastie, dont la durée totale fut très-probablement de cent soixante-quatorze ans, et qui a fini vers 1315 : si Ton prend 1311 pour la première année de LamsèslII, cette dynastie aurait commencé vers Tan 1489. Georges le Syncelle place entre Ramsès II, Sésostris et Ramsès III, plusieurs rois auxquels il donne un total d'années de règne de cinquante-quatre ans ; or du commencement de Ramsès III (1311) à la mort de Ramsès II (1365), il y a juste cinquante-quatre années. Ces cinquante-quatre ans sont occupés par Aménophis k^neptah qui succéda à Sésostris.
Ce n'est pas sous R.amsès II qu'eut lieu le grand ébranlement de TExode, il faut le chercher sous son successeur Aménophis. Blanéthon el, après lui, Josèphe parlent en effet de lépreux et de malades qui ne peuvent être que les Hébreux, employés aux travaux des carrières, auxquels Aménophis donna la ville d'Avaris, et qui eurent pour chef un prêtre d'Héliopolis appelé d'abord Osarsiph, puis Mosès, et qui ne peut être que Moïse. L'Exode eut donc lieu sous Aménophis Mérenpllia (1).
(1)M. F. Grég-oire,dans Li Revue des questions lùstoiiques {ï\\v?i\&oa de janvier 187o,i, résume plusieurs documents égyptiens qui jettent un cerlain jour sur la période de l'histoire des Hébreux correspondante à ce temps de l'Exode. La dynastie étrangère des Hycsos, ou rois pasteurs, de même origine que les Hébreux, et qui régnaient dans la basse Egypte du temps de Joseph, leur avait concédé la terre de Gessen; elle fut vaincue après trois cent cinquante ans de domination par les princes de Thcbes, les nouveaux pharaons qui ne connaissaient pas Joseph. Tout semble indiquer que la sortie d'Egypte, l'Exode, eut lieu sous la dix-neuvième dynastie. Mais pour qu'il en soit ainsi, il faut trouver dans cette dynastie un roi dont le règne ait été d'une longueur extraordinaire. La Bible, en elTet, raconte (luobligé de fuir la colère du pharaon, Moïse se réfugia dans le pays de Ghanaan et y demeura jus(ju'à la mort de ce pharaon, c'est-à-dire pendant quarante ans. Or les monuments égyptiens nous apprennent que parmi les pharaons de la dix-neuvième dynastie, l'un d'eux, et le plus fameux, Ramsès H, occupa le trône pendant soixante ans. Ce prince, en outre, comme le pharaon du livre de l'Exode, était un grand batailleur, il a couvert l'Egypte de ses monuments. D'après la Bible, le pharaon de l'Exode, le fondateur ou le restaurateur de la ville de Ramsès, entre autres travaux, condamnait les Hébreux à fabriquer des briques, dont ils devaient fournir un certain nombre par jour. Et voici que dans un papyrus célébrant la splendeur de la ville de Ramsès,
48* LES SPLEr<DEL'RS DE LA FOI.
Parti de rÉgypte dans la neuvième année de son règne, Ramsès III mit à la raison les peuples tributaires de»son empire, les Chiinanéens, les l'iiilistins, les Libyens, etc.; or, si le passage des Hébreux avait eu lieu avant la grande expédition de Kamsès, le récit des Égyptiens aurait nonmié les Hébreux, ^ et le récit de la Bible aurait parlé des Égyptiens; il faut donc j que l'entrée des Hébreux dans la Palestine ait eu lieu après i l'expédition de Ranisùs lil, laquelle, commencée la neuvième année de son règne, était complètement terminée en l'an 1301, xVinsi, date de l'Exode sous Aménopliis Mérenptha, 1340, et, sous Ramsès 111, date du passage du Jourdain sous la
on lit : « Ils ont à faire leur nombre de briques journellement et ils ne doivent pas se relâcher des travaux de la maison neuve. » La Bible dit qu'au conimenccmeiit de la persécution, les Egyptiens fournissaient aux Hébreux la paille qui servait à mouler les briques simplement cuites au soleil, et elle nous montre les Hébreux obligés de parcourir tout le pays pour ramasser de la paille. Or, l'on a découvert un papyrus dans lequel un Egyptien se plaint de ce qu'il n'y ait plus de paille dans la localité ; de même que la liible nous montre les Hébreux obligés de parcourir tout le pays pour s'en procurer... Tous les détails de la fabrication des briques sont représentés sur les monuments, qui sont une véritable illustration du texte bibli(iue. Parmi les ouvriers, et parmi ceux des étrangers (jue leur couleur distingue des indigènes, les uns sont occupés à extraire la terre avec la bêche, les autres à pétrir le limon ou l'argile, à façonner les briques dans des moules en bois, à les porter sur leurs épaules, etc. Des Egyptiens armés de bâtons les surveillent ; la légende leur fait dire aux travailleurs : « Le bâton est dans ma main , ne soyez pas paresseux. » Ce sont bien là les chefs de corvée, les madjams dont parle le récit bibliiiuc; et, rapprochement étonnant, ces madjains sont mentionnés dans un document du temps de Ramsès, document déchiffré par M. Chabas, et dans lequel le scribe Kaouscar rend compte d'un ordre qui lui avait été donné : « Délivre la nourriture aux soldats, ainsi qu'aux aperices qui charroient les pierres pour le grand Beiken du roi Hamsôs Meriamon. » Aperice est la traduction aussi exacte qu'on pouvait la faire en égyptien du moi Aperic les Hkbreux. Ces Aperices ne peuvent être que les Hébreux. Le vieux papyrus est sorti de terre pour rendre témoignage à la Bible.
Au musée de Berlin figure une statue colossale de Meneptah, dont le fds aîné, prince royal, corégcnt du royaume, le fils qu'il aime, est \nQseuié comme hroumis, justifié, dcfunt. 11 n'est pas besoin, dit M. Laulh, d'une cridulité aveugle pour voir dans ce prince, premier-né de Mencplali, mort avant son père, et dont le frère puîné parvint au trône, le tils du phaiaon dont Dieu dit dans le livre de l'Exode : « Voici que je vais faire [lérir ton fils aine, parce que tu ne veux pas laisser sortir d'Egypte mon lils prcmier-nc (le peuple d'Israël) » et que la Bible, plus loin, nous montre assis sur le trône de son père. Le pharaon de l'Exode est donc Meneptah, successeur de îuiuibès H.
conduite de Josué, en 1300, cette année si providentiellement déterminée par la science.
Mais la sortie d'Egypte au milieu du xiv* siècle est un fait qui trouble profondément la chronologie; il donnerait à la servitude en Egypte une durée d'environ quatre cents ans, ainsi que l'exige le verset 40 du chapitre xii de l'Exode : « L'habitation des fils d'Israël dans l'Egypte fut de quatre cent trente ans. » Or la tradition constante des Juifs ne compte que deux cent quinze ans de captivité, et donne quatre cent trente ans à la période qui s'étend de la vocation d'Abraham à la sortie d'Egypte. Il y a donc là une difficulté sérieuse qui demande une solution nette et fixe les dates de l'époque d'Abraham, de la servitude, de l'Exode et de la conquête de la Palestine.
Avant de l'aborder, M. Chevallier se demande quelles étaient, d'après la sainte Écriture, les conditions que devait remplir l'année 1340 avant Jésus-Christ prise pour date de l'Exode. Ces conditions sont : 1° que le premier jour du mois d'avril égyptien de l'an 1340 corresponde exactement avec une nouvelle lune; 2" que cette nouvelle lune tombe un jeudi. Et il constate que l'année 1340 assignée à l'Exode par les données historiques qui ont trait aux expéditions de Ramsès III, remplit exactement ces deux conditions (1).
Ces préliminaires posés, M. Chevallier aborde la partie délicate de son étude, ou plutôt de son système, qui consiste dans la détermination de ce que signifiait le mot année au sein de la famille d'Abraham. Sa conviction est que la durée de cette année est restée inconnue jusqu'à ce jour, et qu'elle n'était pas certainement de trois cent soixante-cinq jours solaires, mais beaucoup plus courte.
Son premier argument est tiré des longues vies, cinq cents, huit cents, neuf cents ans, accordées aux patriarches (2) :
(1) Je suis tout disposé à accepter celte date fondamentale, d'autant plus qu'en outre des coïncidences frappantes que nous venons de constater, elle donne à Irès-peu près les 430 ans exigés pour la durée de la captivité. Ce que je ne comprends pas. c'est que M. Chevallier se crée comme à plaisir une diliicaiié qui n'existe pas, en adoptant l'opinion contraire au texte sacré, qui n'accorde que 21o ans à la durée de la captivité.
(2; La longévité des patriarches n'est peut-être pas un dogme de foi.
Elle est cependant aftirmée d'une manière si précise par la Genèse, qu'il
y a certainement quelque témérilé à la nier, ou même à la révoquer ea
doute au point de prendre sa prétendue impossibilité, ainsi que le fait
« Aussi haut qu'on remonte dans l'histoire des peuples, la vie humaine apparaît dans les conditions où nous la voyons aujourd'hui. La parole du psalmisle est toujours vraie : pour les forts quatre-vinijts ans !... les cenlenaires sont rares, et celte parole paraît combattre la longévité que les chronologistes attribuent aux patriarches (1). »
Lesccond argument contre la chronologie classique, est qu'elle est en pleine coiiti'adiclion avec la Bible dans rhis-loii'e (TEsaii et de Jacob, d'Ismaël et de Moïse. Nous ne le suivrons pas dans cette discussion dont les données sont insuffisantes et qui nous semble sans portée. Il entre ensuite dans le fond de sa thèse, et se demande directement quelle est l'année dont s'est servi 3Ioïse dans le récit particulier de la vie d'Abraham et de ses descendants. Voici son argumentation :
Les mesures du temps sont basées essentielhMncnt sur le cours des astres : la première période observée fut certainement le mois lunaire, point de départ et base de l'année lunaire.
De combien de mois lunaires se composait l'année solaire? Si Ton recherche dans la Bible et dans les monuments antiques une trace du culte primitif dont cette année ait pu garder Tempreinle, on n'en trouve qu'une seule, la semaine. Le nombre sept se retrouve partout, il enti'c constamment daiis la
M. Chevalier, pour base ou point de départ d'un nouveau syslèmc de clirouolof;ie. Je sais que M. Chabas, savant écrivain calholiiiue, dans ses Études historiques d'après les sources égyptiennes et les monuments iépulés prdlihtoriijues, a dil : « Si dans l'iiibluiro Irès-sommaire des pau-iarchcs el du déluge, on se décide à ne voir (|ue le souvenir des Iribus |irimiiiv --, personnifiées dans (iuel([ucs individualiiés, la croyance en Dien v'c'. sera aucunement affaiblie, et Ton aura mis hors du débat, el au dessus du débat, le livre sacré qui fait notre loi morale et religieuse. >/ .'e sais que celte concession grave a été faite même par quclpies prêtres savants. Mais je ne m'^' associerai j;imais. Pour moi, tous les patriarches nommés dans la généalogie de Jésus- Christ sont des individualités réelles, et il s'agit bien non pas de représentants llclifs de iribus priniiiives, mais bien de simples générations successives. Le mystère de la longévité des patriarches, que j'ai du reste discuté ailleurs m'elTraye d'autant moins qu'elle se retrouve dans les traditions de tous les peuples.
(1) Se peut-il que M. Chevallier étende à l'époque du déluge et même d'avant le déluge, la parole du roi-prophète, qui ne s'appli jue qu'aux lemi)S relativement modernes? 11 va jusqu'à oublier l'arrêt signilié par Dieu à Noé sortant de l'Arche : u Le nombre des jours de l'homme sur la Icrrc sera de 120 ;.ns. » Vdilà la Iransilion qui sujipose lavérilédes longues années attribuées aux patriarches.
division du temps: on trouve une semaine de joiirs, une semaine d'a)iiiées, une semaine de semaines d'années jusqu'aux septante semaines de Daniel. Les jours, les années seraient groupés en semaines, et la plus nnportante des divisions du temps, la plus apparente, la plus facile à saisir, les lunaisons, le mois lunaire ne l'aurait pas été ! Cela n'est pas probable ; il y a eu, sans aucun doute, des semaines de lunaisons, des années de sept mois lunaires, comme il y avait des semaines de jours et d'années solaires. Tous les érudils qui se sont occupés de chronologie ont constaté chez les peuples anciens deux sortes d'années, l'une religieuse ou sacerdotale, l'autre civile- La famille d'Abraham, composée de pasteurs vivant sous leur tente, complètement indépendante et profondément religieuse, n'a pas pu ne pas avoir son année religieuse, réglée par les idées et les traditions dont le principal est la semaine de sept jours. Donc l'année religieuse de la famille d'Abraham a été Vannée de sept mois lunaires... Sans doute qu'à l'époque d'Abraham, l'année de douze mois solaires était en usage chez les peuples voisins ; mais dans l'évaluation de leur âge, le patriarche et ses enfants faisaient usage de Vannée religieuse
de la famille Le souvenir de cette tradition était si peu
effacé, que l'on comptait, dans la suite, les années du règne des rois, non point d'après les années civiles^ mais d'après les années religieuses.
Le mois synodique lunaire est de vingt-neuf jours douze heures quarante-quatre minutes quatre secondes sept dixièmes, soit, en chiffres décimaux, 29\3o8 : les sept mois synodiques donnent 206,714 ; c'est la valeur exacte et mathématique de l'année religieuse d'Abraham, presque toujours employée, mais qui, dans la pratique, selon les besoins des divers calculs, a pu être de deux cent six jours, deux cent six jours et demij deux cent six jours trois quarts, ou môme de deux cent sept jours. Comparée à l'année solaire de trois cent soixante-cinq jours, elle est 0', 56634; comparée à l'année tropique de 365J,2o ou 36oJ,2422, elle est à peu près 0^,5667 : si on avait fait l'année religieuse égale à deux cent soixantesept jours, ses valeurs en années solaire et tropique seraient respectivement 0^567, et 0\o667. La méthode rigoureuse pour déterminer en années solaires un nombre d'années exprimé en années religieuses, est de multiplier l'année religieuse avec toutes ses décimales par le chiffre d'années écrit par Moïse, et
de diviser par 365, nombre des jours de Tannée ordinaire. Voici maintenant le tableau des principales époques marquées par Moïse.
Etablissement d'Abraham dans le pays de Chanaan. 1584
Naissance d'Isaac 1560
Naissance de Jacob et d'Esaii 1535
Mort d'Abraham îi l'âge de cent soixante-quinze ans,
( quali-e-vingt-dix-neuf ans. ) 1528
Naissance de Josepii 1498
Joseph ministre de Pharaon 1468
Jacob en Egypte 1460
Mort de Jacob 1460
Naissance de Moïse 1386
Exode ' 1340
Passage du Jourdain 1300
Pioyauté de Saul 1098
La vie des patriarches, bien que longue encore, n'excède pas notablement les limites naturelles. Abraham meurt dan<^ sa . quatre-vingt-dix-neuvième année. Isaac dans sa cen« deuxième ; Jacob atteint sa quatre-vingt-quatrième année. Ils ne se marient plus à quarante ou même à quatre-vingtquatre ans, mais à vingt-deux ou quarante ans.
L'histoire de Jacob et celle d'Esaù ne sont plus en contradiction comme dans la chronologie classique : Jacob s'enfuit à vingt-deux ans, quelques jours après la bénédiction; il se marie à vingt-neuf ans; il quitte Laban à quarante-deux ans; il arrive en Egypte dans sa soixante-quatorzième année solaire ou dans sa cent trentième année religieuse, ce qui l'autorise à dire à Pharaon : « Les jours de mon pèlerinage court et mauvais sont de cent trente ans. » Ismaël, dans le système des années religieuses, né en 1578, mort en 1500, avait seulement soixante-cinq ans lorsqu'enlol2 ou 1511, au plus tard, Esaiî alla le trouver, et l'âge de Maheleth ne dépassait certainement pas celui où une tille peut encore se marier Ismaël
ii'a plus seize ou dix-huit ans, mais seulement neuf ou dix ans, quand Agar va dans le désert tenant son enfant par la main... Moïse n'a que quarante-cinq ans et non quatre-vingts ans, quand il revient après quarante ans de séjour chez son beaupère, et il est naturel que ses fiis soient encore des enfants...
Sarah a non pas quatre-vingt-dix ans, mais cinquante et un ans, quand elle devient mère dlsaac. Elle n'a pas soixantequinze ou quatre-vingt-dix ans, quand elle est enlevée par
le Roi, mais de quarante à cinquante ans
L'effet caractéristique de cette détermination de l'année d'Abraham, c'est qu'elle place l'apparition en Arabie de la descendance d'Abraham par Ismaël dans le xvi* siècle. Et l'on a en effet retrouvé cette descendance dans la population qui a couvert et dominé l'Arabie dans ce qu'on appelle les derniers Arabes. Il n'est pas même possible de faire remonter au-delà de la deuxième moitié du xvi" siècle, l'établissement des derniers Arabes, et surtout d'Ismaël leur chef, leur patriarche par excellence. Il faut en réalité lutter contre les faits de l'histoire et de la Bible, pour maintenir la chronologie classique qui place Abraham dans le xix^ siècle avant Jésus-Christ. Force est de faire lutter les descendants d'Abraham pendant quatre ou cinq siècles contre les populations qu'ils ont remplacées, quand les lieux se montrent h nous portant depuis longtemps les noms de ses enfants ou du moins de ses petits-enfants.
M. Chevallier croit trouver une preuve mathématique de sa théorie dans son application à la période des Juges si confuse, si embrouillée, et même si contradictoire... Le livre des Juges donne les chiffres d'années des servitudes et des judicatures ; l'addition de tous ces chiffres donne le nombre de quatre cent douze années, auxquelles il faut ajouter le temps de Josué, vingt-cinq ans, des vieillards douze ans, de Samuel douze ans; ce serait donc un total de quatre cent soixante et un ans pour le temps écoulé depuis le passage du Jourdain. Mais il est trois autres chiffres inconciliables entre eux et avec le premier chiffVe : 1° Jephté assailli par le roi des Ammonites qui, prétendant reprendre les terres dont ceux-ci, sous la conduite de Josué, s'étaient emparés, répond à ces exigences par cette fin de non-recevoir : « Voici trois cenîs ans qu'Israël habite les bords du Jourdain, pourquoi avoir attendu si longtemps pour faire cette réclamation? » [Juges, ch. II, V. 26.) Il y a donc eu trois cents ans jusqu'à Jephté. 2" Le livre des Rois (chap. v, v. 1) compte quatre cent quatre-vingts ans de la sortie d'Egypte au jour oîi l'on commença à édifier le temple du Seigneur, la quatrième année, le deuxième mois du règne de Salomon. Si l'on retranche les quarante années
K4" LES SPLENDEUnS DE LA FOI.
du dr'sort, les quatre-vingts ans des règnes de Saùl et de David, et les quatre premières années du règne de Salomon, en tout cent vingt-quatre ans, il reste pour l'époque des Juges trois cent cinquante-six ans seulement. 3" Saint Paul (Actes des Apôtres, ch. xiii, v. 20), dit : « Après le partage des terres, pendant environ quatre cent cinquante ans. Dieu donna des juges jusqu'à Samuel;» il est très-probable qu'au lieu de quatre cent cinquante il faut lire trois cent cinquante ans, chiffre qui s'accorde avec celui des Rois... Comment faire entrer les quatre cent soixante et un ans assignés par le livre des Juges au temps écoulé depuis l'entrée dans la Palestine jusqu'au règne de Saûl, dans les trois cent cinquante-six ans de Jephté, du livre des Rois et de saint Paul? En recourant à l'année religieuse.
Les trois cents années religieuses de Jephté font cent soixante-dix ans, ajoutez six ans pour Jephté, sept ans pour Abesan, dix ans pour Ahialon, huit ans pour Abdon, total : deux cent un ans.
Les trois cent cinquante-six années religieuses du livre des Rois font deux cent deux ans.
Les trois cent cinquante-six années religieuses de saint Paul font cent quatre-vingt-dix-huit ans et demi.
« L'accord est donc établi autant qu'il peut l'être. »
Oui, mais à la condition d'admettre que le chiffre de quatre cent quatre-vingts ans du livre des Rois comprend des années de valeurs différentes, années religieuses et années civiles à la fois. C'est une objection grave que M. Chevallier n'essaye pas de résoudre.
Comme seconde preuve mathématique, M. Chevallier invoque l'accord établi par l'introduction de l'année religieuse entre les trois chronologies di^ la Rible.
Le texte hébreu compte avant le déluge 1636 ans.
Le texte samaritain 43o6
Le texte grec 22o6
Après le déluge, le texte hébreu compte jusqu'à
ïharé 225!
Le texte samaritain 922
Le texte grec 1052
Si on les prend comme des années vulgaires, les mille six cent cinquante-six ans avant le déluge et les deux cent vingt-deux
ans après le déluge font raille huit cent soixante-dix-huil ans.
Prises pour des années religieuses, les trois mille trois cent huit années des Septante font également mille huit cent soixante-seize ans.
Enfin, si pour le texte samaritain on compte les treize cent cinquante-six années avant le déluge comme des années civiles, les neuf cent vingt-deux années après le déluge comme des années religieuses, ce qui donne cinq cent vingt-deux années civiles, on aura encore mille huit cent soixante-seize ans.
L'accord est donc rétabli ! S'écrie l'abbé Chevallier. « Et qui pourrait dire qu'il Test par le hasard? L'année religieuse est donc une réalité. »
Mais comment concevoir qu'une même version , dans le même texte, donne au mot année deux valeurs si différentes ? Comment un môme chiffre d'années comprend-il deux sortes d'années? M. Chevallier ne s'effraye pas d'une aussi forte objection. « Il nous est impossible, dit-il, de répondre autrement à cette question qu'en avouant notre ignorance. Les deux sortes d'années y sont évidemment, ou ces chiffres n'ont aucune raison d'être, c'est le fait. »
Il n'est pas jusqu'à la chronologie des Chaldéens qui ne fournisse à M. l'abbé Chevallier une troisième preuve mathématique de la réalité de son année religieuse d'Abraham... Il est vrai que les origines des Hébreux et des Chaldéens sont communes, et que les deux peuples ont entre eux des rapports intimes et singuliers. On peut donc regarder comme assez certaines les particularités suivantes : 1* les Chaldéens sont les inventeurs de la division du cercle en trois cent soixante degrés, leur système était sexagésimal et ils procédaient par soixante ; 2" ils avaient un grand cycle de quarante-trois mille deux cents ans; 3"^ ils partageaient le temps, depuis la création jusqu'au déluge de Xisuthre, comme la Bible, en dix générations de douze saros chacune, formant un total de cent vingt saros, équivalant à quarante-trois mille deux cents ans. Le saros serait la période lunaire de deux cent vingt-trois lunaisons. Cent vingt saros ou quatre cent vingt révolutions lunaires auraient produit quarante-trois mille deux cents ans. Le raisonnement de M. Chevallier a pour point de départ ce chiffre de quarante-trois mille deux cents ans dans lequel on a cru trouver la précession des équinoxes. « Si la précession, dit-il, équivalait juste à une minute d'arc, la période
serait de 360x60 ou de vini^t et un mille ans; si elle n'était que d'une demi-minuto, trente second<'S, la période serait de quarante-trois mille deux cents ans, chitTre de la période chaldécnne ; et si cette période représentait la grande période de la précession des équinoxes, il faudrait en conclure que les Chaldéens auraient évalué la précession k trente secondes au lieu de cinquante , qui est le chiffre véritable, ou qu'ils se seraient trompés des deux cinquièmes de la valeur, ce que l'on ne peut pas admettre, dit l'abbé Chevallier, de la part d'observateurs si patients et si consciencieux!.. Mais qu'on fasse intervenir Tannée religieuse, elle a dû exister aussi chez les Chaldéens qui ont eu avec les Hébreux des rapports si étonnants au point de vue des traditions antiques et de l'usage du nombre sept; tout alors s'explique : quarante-trois mille deux cents années de sept mois lunaires équivalent exactement à vingt-quatre mille quatre cent quarante-neuf années tropiques et une fraction ; or c'est le chitîVe admis pour la précession, puisque, presque dans les derniers temps, l'accord alors est rétabli. Les Chaldéens auraient évalué la précession à 53" au lieu de 06", 103, chilïre aujourd'hui généralement admis ; c'est une ditïérence de 2", 9. Ils auraient trouvé leur année tropique plus courte que l'année sidérale de Sl'oOSO? ; tandisque Delambre l'a trouvée plus courte de 20'33", 136, c'est une difiérence de l',17ool. M. Chevallier ajoute : il est probable que les Chaldéens ont choisi ce chiffre de cinquante-trois secondes, parce que cela donnait 30" juste à leur année religieuse et rentrait admirablement dans leur calcul sexagésimal.
Hérodote parle de calculs par lesquels les Chaldéens remonteraient à quatre cent soixante-treize mille ans, chiffre fabuleux dont Cicéron relève sévèrement la vanité et l'impudence. Mais, dit M. Chevallier, la période de quatre cent soixante-treize mille est la traduction exacte des quarantetrois mille deux cents années religieuses en périodes usuelles d'un degré, du cycle lunaire, et formant les vingt-quatre mille quatre cent cinquante ans de la précession des équinoxes.
Pour M. Chevallier le saros serait le cycle lunaire ou le temps de la révolution des nœuds de la lune. Ce cycle est aujourd'hui de 6793, 39 jours ; on le fait en moyenne égal à 18, 8 années moyennes; dix saros feraient donc cent quatre-vingthuit ans, et cent vingt saros deux mille deux cent cinquante-six
ans. Or, rapprochement singulier, deux mille deux cent cinquante-six est, d'après les Septante, le nombre des années écoulées avant le déluge. D'oii vient cette évaluation qui ne répond à rien ni dans l'hébreu ni dans le samaritain ? c'est sans doute que les Septante ont fait usage des saros. Plus tard, quand la valeur de la révolution synodale de la lune a été mieux connue, on a remplacé le chitiVe 22o(i par 2'242. Transformé en année religieuse égyptienne de neuf mois, le nombre deux mille deux cent quarante-deux donne exactement mille six cent cinquante-sept ans de trois cent soixante-cinq jours et un quart : c'est, d'après Moïse, le nombre des années avant le déluge, en y comprenant Tannée même du déluge. Enfin deux mille deux cent quarante- deux années religieuses d'Abraham, de sept mois, font mille trois cent sept années de douze mois : c'est le chiffre accepté par les Samaritains.
Nous n'avons aucun intérêt à suivre M. Chevallier dans tous les détails de sa discussion de la chronologie des Babyloniens, de la chronologie des Égyptiens, de la vieille chronique égyptienne, dos dynasties égyptiennes, de la chronologie des Chinois et des Indous, de la chronologie du peuple hébreu d'après le chapitre xi'' de la Genèse, Il nous suffira, pour notre but, de constater que la prise en considération de l'année religieuse, soit biblique de sept mois lunaires, soit égyptienne de neuf mois lunaires, le conduit au tableau synoptique suivant, qui fait sauter aux yeux la concordance des chronologies de Moïse, des Chaluéeus, des Egyptiens et des Chinois :
Avant le déluge.
Chaldéens, 120 saros, ou 43200 périodes 22o6 ou 24i2 ans- Septante, années de 7 lunaisons 2256 ou 2242 Samaritains, 1307 années solaires en années religieuses 2242
Moïse, 16o8 années formant en années religieuses, 2242 Egypte, 31900 périodes ou 1656 ans, en années
religieuses 2242
De Vère vulgaire au déluge.
Moïse, y compris l'année du déluge. ... ... 4293 av.J.C.
Égyptiens 4293
Chaldéens, peut-être 4280
Fondation des empires.
Cbaldôcns -4^20
Égyptiens ! 4229
Naissance de Chus, peut-èlre i^SO
Depuis la création jusqu'à Jésus-Christ.
1° Pour le temps écoulé avant le déluge 46o6
2° Du déluge à la naissance du Sauveur 4293
Total des années 6949
Mort de Jésus-Christ 33
Or, d'après une tradition de la maison d'Élic, dans le ïalniud, le Messie davait naître à la fin du sixième millésime.
En résumé, la date de l'Exode, fixée d'après les données égyptienne et hébraïque, a trouvé sa justification complète dans l'application qu'on lui a faite de l'année d'Abraham. Cette sorte d'année, déterminée à priori dans sa valeur par des considérations philosophiques, historiques et religieuses, s'est trouvée mathématiquement confirmée par les chifl'res du livre des Rois, de Jephlé, de saint Paul, et par l'harmonie qu'elle établit dans le récit de Moïse, depuis la naissance d'Abraham jusqu'à TExode. La valeur de cette année a rendu compte, mathématiquement aussi, des trois textes grec, hébreu, samaritain, dont la divergence avait fait longtemps le désespoir des interprètes. Elle s'est retrouvée exacte dans la grande précession des équinoxes des Chaldéens, Elle a parfaitement rétabli la concordance des chronologies de Moïse, des Chaldéens, des Égyptiens et des Chinois. Elle nous a permis de fixer la date du déluge à l'an 4293 avant Jésus-Christ. Dans ces conditions, tous les monuments de l'antiquité, loin de contredire Moïse, mettent en évidence sa sincérité et son étonnante exactitude. La vérité seule a guidé son esprit, et sa main tient le vrai flambeau de l'histoire.
La clef de voûte du système de M. l'abbé Chevallier est la fixation de l'Exode h l'année 1340 et du passage du Jourdain à l'an 1300 avant J.-C. Il était donc intéressant de rechercher d'après Thisloire et les monuments de l'Egypte, h quelle époque il est permis de placer la présence du peuple hébreu
en Palestine. C'est ce que M. Chevallier a fait dans un appendice qui mérite une courte analyse. La Palestine garde les portes de rÉgyple, de telle sorte que les Égyptiens ne peuvent pas sortii' de chez eux sans mettre le pied sur cette terre d'Israël. Ils ne pouvaient faire la guerre ni en Phénicie, ni en Syrie, ni en Mésopotamie, ni en Arménie, sans traverser la Palestine à l'aller et au retour. Or la lecture du livre des Juges ne permet pas d'admettre le passage des armées égyptiennes sur cette terre, parce qu'ils ne supposent nulle part qu'ils aient eu quelque contact avec les Hébreux. Et cette indication est pleinement confirmée par l'histoire et les monuments de l'Egypte. Elle a, en effet, soumis la plus grande partie de l'Asie au prix de guerres extérieures formidables et nombreuses, d'expéditions militaires sans cesse renouvelées et conduites jusqu'au sein des montagnes de l'Arménie. Les Thoutmés, les Amenhotep, les Séti, les Ramsès-Sésostris ont couvert les murailles des temples du récit circonstancié de leurs combats, véritables épopées de pierre, oii sont retracées les gloires d'une période de plus de trois siècles. S'il n'est pas possible d'assigner l'année de chaque guerre, il est du moins certain que les trois grands si(;cles guerriers de l'Egypte ont été le X!v*, lexv% le xvi* et une partie du xvII^
Toutmès III monté sur le trône vers l'an 1600, entre en campagne la vingt-deuxième année de son règne; ses exploits sont écrits sur les murs de Karnach. Il va jusqu'au-delà de l'Euphrate, dans la Célésyrie, la vallée d'Oronte, à Cadesch, la ville forte des Chananéens ; en Mésopotamie, et toujoars en traversant la Palestine. Son successeur et Amenhotep III firent de même. Comment, si les enfants d'Israël avaient alors occupé la Palestine, leur histoire n'aurait-elle pas gardé le souvenir du passage de tant d'armées? Ils n'étaient donc pas en Palestine au xvi" siècle.
Dans le xv% Ramsès I", puis ëéti son successeur, réduisent de nouveau les princes et les villes de l'Oronte avec Cadesh, les Araméniens d'en-deçà et d'au-delà de l'Euphrate, les Arméniens des montagnes, etc. Piamsès II, le Sésostris léfïendaire, envahit la Syrie, subjugue les Amorrhéens, les villes de la Pérée, les Phéniciens, la Célésyrie et jusqu'aux Dardanans de Troie. Tous deux traversèrent plusieurs lois la Palestine, qui fut nécessairement le théâtre de celte lutte acharnée. Les Hébreux ne l'habitaient donc pas encore au xv^ siècle.
60* LES SPLE.NDEUIiS DE LA FOI.
Pondant le xiv" siècle, eu ll:{40, après l'Exode, Icsrèvohés de rÉgypte appelèrent à leur secours sur les bords du Nil, les Chananécns de la Palestine ; Ramsès III, vers la fin de ce siècle, renouvela les expédi lions de ses pères, dompta pour longtemps les Chananèens et prépara provid<intielIement les voies aux Hébreux, (jui passèrent l'année suivante le Jourdain et s'établirent sans de trop grands eiTorts au milieu des populations épuisées par les guerres et domptées par Ramsès HI.
A partir de l'an 1300, l'Egypte, pendant plus de trois cents ans, ne sort pas do chez elle ; elle ne franchit pas l'isthme de Suez. Dieu l'a muselée à sbn tour pour établir son peuple dans la terre promise. .. S'il veut punir momentanément son peuple, il prendra non plus le lourd fléau de l'Egypte, mais la force brutale des populations voisines: jusqu'au jour où de grands crimes appelant de grands chûliments, Sésac quittera les bords du Nil avec douze cents chars, soixante mille chevaux et une infanterie innombrable pour piller Jérusalem.
Ou ne peut le nier, ces rapprochements sont une conârmalion frappante de la chronologie adoptée par M. i'abbé Chevallier pour l'Exode et le passage du Jourdain.
Mais comment expliquer la vie relativement paisible des Patriarches, dans ces mêmes pays traversés par tant d'armées formidables? M. Chevallier résout sans trop de peine cette difficulté. Vers l'an 1600, l'empire chaldéen tombait en dissolution, et il est naturel qu'au sein de ces populations de toutes races, sémites, couchites, aryennes, élamites, assyriennes, etc., dès que l'autorité ne fut plus que nominale, il se fût formé une foule de petites royautés indépendantes ; les rois que dut combattre Abraham peuvent en donner une idée. C'est vers cette époque que la famille de Tharé quitta Er, en Chaldée, pour aller chercher un peu de sécurité dans le Hauran. En 1584, Dieu appela Abraham et le confina dans le sud de la Palestine, autour de Borsabée, aux portes de l'Egypte, mais assez loin du littoral et de la route militaire dont les étapes sont marquées par les grandes villes, gardées par des garnisons sédentaires , pour que la famille du patriarche entendit à peine dans la solitude l'écho lointain des formidables expéditions de ce siècle... Il vit en paix avec ses nombreux troupeaux. Vers lo:î0, les grandes guerres ont cessé ; Jacob est ramené par la Providence dans le Hauran et y reste jusqu'en 1492. Â peine est-il rentré dans ce coin paisible, dépen-
dant de FÉgypte et protégé par elle, que les guerres reprennent et se poursuivent de nouveau dans les lieux mômes que Jacob vient de quitter. Celui-ci vit en paix comme ses pères jusqu'au jour où il entre dans le pays de Gessen, pour se mettre à Tabri de la famine , avec son douar, composé de tentes nombreuses, de serviteurs et de troupeaux.
31oïse tire d'Egypte les enfants d'Israël, en 1340 ; une invasion formidable (et aussi le désastre de la mer Rouge) retiennent l'Egypte chez elle et assurent la sécurité aux Hébreux dans le désert. Quand quarante ans après Dieu ramène son peuple aux bords du Jourdain, il lui a préalablement préparé la place et rendu son invasion facile par les victoires de RamsèsIII. Le rôle de l'Egypte est alors terminé, celui d'Israël commence.
J'ai résumé de mon mieux le système de chronologie de M. Chevallier, mais je medispenserai de lediscuter ;je ne l'approuverai pas et je ne le combattrai pas. Ses bases sont par trop chancelantes. On ne peut pas dire que la réalité d'institution et d'emploi de l'année religieuse d'Abraham soit rigoureusement démontrée ; on peut b peine dire ou même on n'oserait pas dire que sa probabilité soit établie. Il sera aussi toujours impossible de prouver qu'on soit en droit dans un même texte, sacré ou profane, d'une même version de distinguer deux sortes d'années, les unes religieuses de sept ou neuf mois lunaires, les autres civiles de douze mois solaires. Ce sera toujours faire acte d'arbitraire que de di\iser un nombre total d'années en deux autres nombres partiels exprimant, suivant la convenance du résultat à obtenir, l'un des années religieuses, l'autre des années civiles. Théoriquement donc, ou positivement parlant, M. l'abbé Chevallier n'en est encore qu'aux conjectures ; la théorie se fait toujours attendre et désirer.
Mais ce qu'on ne peut pas contester, c'est que son système est vraiment ingénieux et très-étonnant dans ses résullats. Il l'a conduit à une chronologie synthétique qui résout un grgnd nombre de difficultés et concilie bien des contradictions apparentes. S'il n'est pas vrai, il est du moins possible qu'il soit vrai, et c'en est assez pour qu'on puisse s'en servir au besoin, comme d'une lueur vague qui éclaire de quelques rayons ce qui n'est encore qu'un chaos ténébreux, ou comme d'un fil
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qui guide moUcmeut les pas dans un labyrinthe inextricable.
En tout cas, ce qui résulte autant des efforts surhumains de M. Chevallier que des objections soulevées contre son système, comme aussi de rensemble et des détails de Thistoire de tous les peuples, c'est : d'une part, que de toutes les chronologies, la moins incertaine ou même la moins contradicioire, est celle du peuple hébieu ou de la Bible; d'autre part, que la chronologie ou les dates assignées par les Septante aux faits fondamentaux de la création et du déluge, sont assez reculées pour expliquer sans peine l'existence de l'homme aux époques qui sembleraient indiquées par les élans les plus téméraires de la géologie, de la paléontologie et de l'archéologie.
P. i». — Un historien et égyploiogue très-estimé, M. Félix Robiou, a publié dans les Annales de philûsop/iie chrétienne^ de septembre 1873 à avril 1876, un examen en quatre articles, du système de chronologie biblique proposé par M. l'abbé Chevallier. Au fond, ses conclusions sont les mêmes que les nùtres (Deuxième série, tome XII, p. 95). « Parmi les arguments multiples, empruntés Ji tant d'études diverses, qui devaient appuyer les deux éléments du nouveau système, l'année abrahamique de sept mois et la période chaldéenne de dix-huit à dix-neuf jours, les uns présentent de graves invraisemblances, les autres, et ce sont les plus nombreux, sont contradictoires avec des faits manifestes ou démontrés, et même avec les lois de la nature et des nombres. Le système doit donc être abandonné complètement et sans retour; mais son apparition temporaire dans la science n'aura pas été inutile; et cet exemple d'une tentative hardie, faite par un homme instruit, pour ramener à l'éclaircissement de toute la chronologie antique les résultats des progrès obtenus par les études historiques faites dans tant de directions différentes, fait bien comprendre aux amis de la science, et surtout aux défenseurs de la science sacrée, que nul n'a le droit, après un examen rapide d'un ouvrage de seconde main, de tirer les conclusions de ses progrès ; nul n'a le pouvoir de marcher avec sûreté dans une pareille voie, oii il risque, à chaque pas, d'énoncer une aftlrmation démentie par les faits. »
Les extraits suivants d'un ouvrage récent de M. Chabas [Piccherches pour servir à Vhisloire de la XIX" dynastie, et spécialement à celle deVExode, in-4'', viii-176 pages. Paris,
Maisonncuvo, 1873) jettent un plus grand jour sur quelques points touchés par M. l'abbé Chevallier, et complètent ce que nous avons de l'insuftlsance des documents et dos monuments égyptiens. Ils coniirment notre thèse, qu'il est vraiment absurde et criminel d'opposer Hérodote ou J\îanélhon à Moïse.
M. Chabas reprend d'abord les textes et les traditions, sur lesquels, dans ses Mélanges égijplologiques (séries 1 et 2), il avait appuyé l'identification des Aperiou employés sous le règne de Meneptah I ■' à do rudes travaux avec les Hébreux. Cette identification a été remise en question par 31. Eisenlohe, le premier traducteur des papyrus Harris, et contestée d'une manière absolue, mais sans raison, par M. Maspéro. H conclut ainsi : Les Aperiou, que nous pouvons tout aussi bien nommer Hébéri-ou, étaient un peuple d'origine sémitique, soumis aux Égyptiens. Comme les Hébreux dont ils portaient le nom, ils travaillent à la construction de la ville de Ranisès: comme les Hébreux ils sont soumis aux tâches les plus rudes de leur profession; comme les Hébreux, encore, ils sont commandés par des préposés de leur race. Libi'e à M. Maspéro de nier une identification qui frappe les yeux ! 11 y a quelque chose d'aussi facile, c'est de nier l'Exode tout entier. Chose étrange, là où M. Chabas traduit les Hébreux qui traînent la pierre pour la demeure de Phra-Ramsès- Mariamom, M. Maspéro lit : que le maçon est un pion de dix coudées, sur sa puissance de case en case!!!
Page 'ii'2. — Un scribe rend compte de l'exécution de l'ordre suivant : Donne les rations aux hommes miliiaires ainsi qu'aux Aperiou (les Hébreux) qui sont à traîner la pierre pour l'habitation grande de Ramsès. Aimant la vérité au pouvoir générai des Madjaiou. H s'agit d'un peuple étranger comment ne pas y voir les Hébreux?
Page 132. — Des événements de ce genre (engloutissement de l'armée égyptienne dans la mer Rouge) n'ont pas dû être inscrits sur les monuments publics où l'on n'inscrit que des succès et des gloires. .Mais il serait possible qu'il y fût fait allusion dans la correspondance particulière. Nos richesses en papyrus du temps de l'Exode s'accroissant encore, nous aurions tort de renoncer à l'espérance de rencontrer dans les écritures égyptiennes le souvenir précis de cet événement.
En défiurtive, la Bible meniionne expressément deux rois ayant régné consécutivement dans la dernière période du
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séjour des Hébroux en Egypte. Elle constate que le règne du prince Ramsôs II fut trcs-iong, et s'acheva dans la paix ; que son successeur immédiat Meneplah, continuateur de la mènK; politique d'oppression h l'égard des Israélites, résista aux injonctions réitérées de Moïse, et subit le châtiment de sa résistance par la mort de son fils aîné, et par la perle de ses chars et de sa cavalerie, dans sa poursuite infructueuse des Hébreux. Il faut évidemment faire abstraction complète de la Bible, pour transporter les événements à une époque postérieure pendant laquelle TEgypte était en proie à une complète anarchie, qui dura de longues années ; ce système ne soutient, pas Fexamen, tandis que monuments et textes égyptiens coïncident admirablement avec la Bible. Nous trouvons même, sur un monument du musée de Berlin, le souvenir de l'existence d'un fils deMeneptah P% qui serait mort avant son père, comme celui du pharaon de l'Exode !
En ce qui touche les extraits des listes de Manclhon, qui attribuent au règne de Meneplah, tantôt huit ans, tantôt cinq ans, tantôt quarante ans, et qui varient toutes dans l'ordre des noms et dans leur distribution, ils exigent de tels remaniements pour s'accorder entre eux, que le mieux est de n'en tenir aucun compte. Quelle que puisse être l'habileté des commentateurs de ces documents altérés, ils n'aboutiront jamais qu'à l'erreur lorsqu'ils seront privés du fil conducteur des monuments. Manéihon, tel que nous le possédons, ne nous donne qu'un cadre général, la connaissance du système de la division en dynasties, et quelques sommes d'années de règnes qu'on peut utiliser lorsque les listes sont d'accord entre elles. Le très-petit nombre de faits particuliers que les premiers abréviateurs ont jugé à propos d'introduire dans leurs citations, pour les besoins de leurs théories et de leurs polémiques, sont le plus souvent contradictoires, et portent le plus souvent un caractère manifeste de fausseté ; les monuments authentiques ont démenU les plus considérables. Avant de se laisser impressionner par les fragments informes et corrompus de Manclhon, il faudrait au moins les autoriser par quelques données des monuments et des papyrus; or, monumenls et papyrus contredisent les fragments, puisque des successeui-s ont souvent fait leurs les monuments de leurs prédécesseurs. Ecoutons encore M. Chabas. « Mais les monuments eux-mêmes sont sujets à caution. Septa a gravé
ses cartouches et en surcharge sur ceux de l'un de ses prédécesseurs. Le martelage des cartouches d'un roi n'a pas toujours une signification sérieuse au point de vue de la mise en question de sa légitimité. Des pharaons se sont quelquefois appropriés les monuments et même les légendes glorieuses de leurs devanciers, sans y changer un seul mot, et cela sans aucun motif d'hostilité contre les rois ainsi dépouillés... Aucune table n'est complète; l'ordre des noms n'y est pas constant... Aucune des listes n'a été dressée pour former un canon des règnes... Les mêmes observations peuvent être faites même à propos des longues tables d'Abydos et de Saqquarahs. »
Ces considérations ont une immense portée ; il est désormais impossible qu'on puisse opposer aux affirmations de la Bible, les chroniques, les papyrus, les monuments de l'antique Egypte.
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