‹ Les splendeurs de la foiChapitre 100 sur 110 · L.\ r.ENESE · texte numérisé non relu

L.\ r.ENESE

lOo Cinqîii^me jour do la Genèse, et deuxième jour do la création des êtres orgp.niques ; il correspond aux terrains secondaires.

Dieu dit : Que les eaux produisent lesanimalculesqui grouillent dans les mers, et les oiseaux sur la terre sous l'étendue des cieux. Il créa aussi les grands monstres marins et tout ce qui remue, et que les eaux avaient produits selon leurs espèces. Ainsi Moïse fait venir dans leur ordre de gradation ascendante les infusoires, les mollusques, tout ce qui remue dan, les eaux, et les oiseaux ; des animaux ailés amphibies, et les grands monstres marins ou amphibies.

M" Remarque générale : sur toute la série animale, depuis les terrains paléozoïques jusqu'au dessus du terrain crétacé, la généralité des animaux sont des espèces marines ou fluviales, ou amphibies, et ce n'est qu'au sixième jour que les animaux purement terrestres font leur entrée dans le monde avec une admirable variété d'espèces.

A ceux qui nous diront que la Cenèse place la création des animaux seulement aux terrains pénéens, après la venue du soleil, lorsque cependant la géologie nous en mo-.ilre à partir du silurien, nous répondrons que Moïse s'est placé vis-à-vis du plnsgrand et du plus beau dévelûppement de celte première série d'animaux, lorsque les grands sauriens arrivent sur la scène ; d'ailleurs les Hébreux ne tenaient pas compte des petits animaux marins.

LES FAITS DE LA GEOLOGIE

humide et chaud, sont réduites à de petites proportions. Voilà des preuves multipliées que le soleil a apparu pendant l'époque pénéenne, juste au moment où le récit biblique marque la place de ce grand événement.

10° La géologie découvre que les animaux de la classe la plus infime paraissent les premiers, et après, les poissons les moins parfaits laissent leurs débris à la fin du silurien supérieur; les vertébrés de la classe des reptiles; qui sont d'un ordre plus élevé, viennent ensuite, et après ceux-ci les grands sauriens, dans l'ordre où Moïse les a placés

11" L'inspection des musées de géologie, dans le coup-d'œil général de toute la série, en excluant seulement le terrain tertiaire, n'offre au regard que des mollusques , des poissons, des reptiles amphibies, et même des volatiles amphibies. Ce sont les habitants des mers, des lacs et des rivières.

LA GENESE

De plus, Bl. Pozzi nous donne une autre explication acceptal)lc.

C'est que l'action de l'Esprit créateur, qui plane sur les eaux au commencement, a préparé la fécondation et les germes de ces premières et infimes classes d'animaux.

12" Sixième jour de la Genèse.

Troisième jour de la création des êtres organisés. Voici les créatures vivantes de celle époque.

Dieu dit aussi : Que la terre jiroduise des êlres vivants selon leurs genres; des bêles de somme, des repliles, et toutes les bêles sauvages selon leurs espèces. Voilà les mammifères, les grands et petits carnassiers, et toilles les espèces si variées de la dernière époque. Les êtres organisés sont plus riches et plus variés à mesure qu'on s'approche de l'arrivée de l'homme.

i3° Dans cette dernière création, ce sont particulièrement les habitants des continents, les animaux terrestres, qui figurent dans la liste de Moïse, et celte distinction est signalée très- heureusement par le mot divin : que la terre produise., etc., tandis qu'au troisième jour, pour les animaux marins et amphibies, il avait dit:

que les eaux produisent. Ainsi les verbes comme les substantifs sont caractéristiques pour les désignations des catégories.

14» Dernier acte de la création, l'Homme-Dieu dit : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Il lui donne l'empire du monde. Qu'il domine les animaux dos champs, les oiseaux qui volent dans l'air, et les reptiles qui nagent dans l'eau.

Dieu le montre énergiqiiement comme le but de tout ce qui a

LES FAITS DE LA GÉpLOGIE»

12« Terrain tertiaire. Ce terrain est remarquable par l'apparition et la variété des mammifères cl de toutes sortes d'espèces qui habitent les continents. Les grands repliles, dont la |)résence sur la terre aurait été incompatible avec la propagation humaine, avaient disparu. Ce sont surtout les espèces utiles à l'homme qui sont grandement multipliées.

13» C'est à partir de l'époque tertiaire que les musées de géologie nous montrent les fossiles des animaux qui peuplaient la terre; jusque-là l'œil ne rencontre que des coquilles, des carapaces d'animaux marins ou fluvialiles, ou des vertébrés marins et amphibies; mais, sauf d'insignifiantes exceptions dans cette dernière période, les mammifères, les carnassiers, les oiseaux plus parfaits, les plantes utiles à l'homme sont d'autant plus nombreux qu'on approche plus du moment où le roi de la création va paraître.

14" Les restes fossiles (!) de l'homme se trouvent à la clôture de toutes les créations. 11 arrive le dernier. Les géologues ont fait cette importante découverte dans ces derniers temps. On trouve les ustensiles travaillés par l'homme et ses ossements dans l'origine du terrain (piaternaire, et avant le grand déiugc (!) qui, la dernière

LA GENESE

été préparé de longue main sur notre planète.

lo'> D'après Moïse, il n'y a plus eu de création après Tapiiarilion de l'homme ; c'est le septième jour où Dieu se reposa. On ne peut cilcr une seule plante, un seul animal qui ne date de celte époque.

LES FAITS DE LA GEOLOGIE

fois, a bouleversé la partie supérieure des conlincnls, et on ne peut pas prouver que l'homme ait habité la terre pendant l'cpoque tertiaire.

15" La géologie, comme la Bible, ne conlestc pas la cessation dans l'œuvre créatrice à partir de l'apparition de l'homme. H y a des animaux un peu antérieurs ou ccniomporaiiis de l'homme, qui sont disparus, soit par le déluge, soit i)ar la chasse que l'homme leur a faile, soit par des changements de température; mais on ne peut attester une apparition d'espèces nouvelles dans aucun genre.

Ces rapports intimes, et reposant sur les faits de la géologie les plus foi:idamentauK et les plus universels, conduisent à d'autres harmonies plus générales. Ainsi, nous avons pu établir avec facilité : 1" une gradation ascendante dans Tordre où les êtres organisés apparaissent, en partant du moins parfait au plus parfait jusqu'à l'homme; 2" l'unité de plan du Créateur brille dans la connexion intelligente et providentielle de toutes les parties. Ce plan unique a visiblement pour point central, et comme point final, l'homme, la créature intelligente qui, seule au milieu de ces merveilles accumulées sur notre planète, a la conscience du Dieu créateur, et se s-ert de ces richesses pour en faire l'objet de sa reconnaissance comme de ses adorations. La Genèse dit ces choses formellement, et la géologie ne peut se refuser de trouver ces admirables pensées comme corollaire obligé de-ses faits, généralir ses par une saine philosophie.

Appendice B.

r.A Théorie Darwinienne et la Création dite indépendante. Lettre à M. Ch. Darwin, par Joseph Bianconi, ancien professeur à l'Université de Bologne. (Bologne, Nicolas Zanichelli, éditeur, 1874.) — Un des principaux, arguments de ce pauvre darwinisme, dont l'alhéisme enfle seul la voile, est celui-ci : Il y a unité de plan dans la création; or cette unité de plan, inexplicable dans la théorie des créations indépendantes, ne trouve sa raison que dans le principe de la descendance joint aux modifications apportées par la sélection naturelle !

« Dans la doctrine d'actes de création indépendants, demande Darwin, comment expliquer sur un plan commun la conformation de la main de l'homme, du pied du chien, de l'aile de la chauve-souris et de la palette du phoque ? »

C'est h. celte question, posée par le naturaliste anglais, que répond le naturaliste italien dans l'ouvrage dont ont vient de^ donner le litre.

M. Joseph Bianconi ne nie point l'unité de plan, bien comprise et circonscrite dans ses véritables limites; mais il prouve que loin d'être le résultat d'une idée préconçue, elle est une simple conséquence des conditions mécaniques pour l'existence des animaux. Il est, en effet, de la plus claire évidence, que pour faire des machines vivantes, tirées des mêmes éléments, destinées à fonctionner dans les mêmes milieux, soumises aux mêmes lois générales de tous ordres, on ne pouvait éviter les répétitions générales dans les combinaisons et adaptations particulières. D'où il résulte qu'au lieu de cette locution impropre : l'unité de plan, on devrait employer celle-ci : répétition par nécessité mécanique.

a La question, dit Bianconi, portée sur cette base, qui est la base logique, s'évanouit toute surprise en voyant se répéter les parties similaires dans les différents groupes des êtres organisés; ou au moins l'explication de leur présence ne se fait pas attendre. Si ces parties se répètent, c'est que des organes semblables se répèlent, et par là se répèle aussi la

nécessité de leur présence et de leur action. Leur présence est rigoureusement liée à la machine qu'elles complètent, ou, plus exactement, qu'elles seules rendent possible. Les fonctions communes indispensables chez certains animaux imposent bien quelque communauté d'organes. Peut-on supposer, en effet, des animaux plongés dans l'atmosphère sans poumons similaires, ou des animaux noyés dans l'eau sans des branchies similaires? Serait-ce une juste appréciation des faits que de s'étonner de la répétition perpétuelle d'un carpe toujours à la même place dans les extrémités d'animaux qui doivent subir des mouvements violents, ou qui doivent tomber • tout à coup, à l'occasion d'un bond, avec tout le poids de leurs corps, sur leurs quatre extrémités?

« Si la théorie de Yunité deplan, qui a tant appelé l'attention des savants, se fonde sur les uniformités d'organisation, après les cons'dérations que nous venons d'exposer, cette théorie se présente sous un autre point de vue. Elle devient alors une simple et stricte conséquence des conditions mécaniques pour l'existence des animaux. Elle suit la constitution fondamentale des machines organiques, mais elle ne la préside pas, elle ne la domine pas. h'unité de plan ou l'unité de type, comme preuve générique de l'affinité des animaux, s'évanouit entièrement. Il reste seulement une preuve de l'affinité mécanique qui règne dans toutes Jes machines du même ordre, soit celles du petit art humain, soit celles du grand art de la nature. »

Après avoir ainsi prouvé que l'unité de plan n'est pas inconciliable avec la doctrine des actes de création indépendants, M. Bianconi prend l'offensive et demande à son tour à Darwin et à ses principaux disciples comment, dans la théorie des transformations indéfinies, il explique la perfection mécanique achevée de la main de l'homme ou de la patte d'un animal quelconque.

« Une patte, dit-il, est une machine parfaite où il n'y a rien k reprendre. Or, dans l'hypothèse darwinienne des transformations successives et perpétuelles, il ne saurait en être ainsi. Rien ne peut être complet, car rien n'est fini. » Puis il ajoute, non sans quelque ironie : « Si M. Huxley et M. Vogt le nient, alors il appartiendra à ces savants de proposer des types exemplaires plus rationnels, plus scientifiques de la patte du chien, du cheval et de la taupe. Ils pourront, en

'10' LES SPLENDEURS bl-: I A FOI.

môme temps, nonç illuminer, nous autres petits mortels, sur les pitoyaliles défauts el erreurs de constitution qu'ils trouveront sans doute dans plusieurs cxlrémitcs des vertébrés. Car soit qu'un dessein capricieux ait régb' les serviles modifications des créations indépendantes, soit que tout vertébré dérive d'une seule souche avec variation par sélection naturelle, dans les deux cas on aura des parties inutiles ou fautives appartenant aux transitions d'une forme à l'autre. »

En attendant la critique qu'il provoque, le savant naturaliste italien nous fait voir dans des descriptions savantes que la patte du chien, celle du cheval, celle de la taupe, et pardessus tout la main de l'homme, sont les machines différentes, mais complètes, et qui produisent, sans jamais y faillir, les effets voulus par le mécanicien dont elles émanent.

Et d'ailleurs pourrait-il en être autrement? Est-ce que des êtres incomplets et qui ne trouveraient dans leurs organes des machines en parfaite hai-monie avec leur essence el leur genre de vie, pourraient vivre et se conserver? — Oui, répondent les transformistes. — Non, répond M. Joseph Biancoui, et le savant professeur de Bologne prouve ainsi que suit son sentiment :

« Pour peu, dit-il, que l'on examine les transitions instrumentales entre deux types, on voit que bien des fois elles impliquent une contradiction, car leurs intermédiaires sont des absurdités, ou des impossibilités.

« Pour expliquer notre pensée par un exemple matériel, je suppose une roue sur son essieu. iMais je puis supposer deux cas bien ditlerents. Si je veux la roue mobile sur son axe, je fais l'essieu cylindrique et la cavité du moyeu circulaire : c'est le mécanisme de toute voiture. Si je veux la roue immobile sur son axe, je fais l'essieu à quatre faces, et la cavité du moyeu à section carrée : c'est le mécanisme adopté toutes les fois que l'on veut entraîner l'essieu dans le mouvement de la roue.

« Voilà deux types extrêmes a et d. Les intermédiaires nous manquent, ou bien il nous manque les petites modifications de passage. Je puis pourtant les construire. D'abord j'éraousse les quatre angles de l'essieu, et si l'émoussement est assez profond, l'essieu devient octangulaire. J'émousse encore les huit angles, il devient à seize angles, c'est-à-dire qu'il est déjà plus cylindrique que carré. El l'on voit que par des

émoiissements toujours répétés, l'essieu va devenir à section polygone, co qui est presque absolument cylindrique.

« Résumons-nous : l'essieu' à section carrée et l'autre à section cylindrique, voilà les extrêmes. Les essieux à angles émoussés par degrés et par nuances, voilà les intermédiaires.

« Mais qu'avons-nous fait par les modifications apportées à l'essieu? Voyons. Dans l'essieu à seize ou à trente-deux émoussures on n'a plus ni le quadrangulaire, ni le cylindrique. Il ne jouit plus des qualités du premier, et n'a pas encore acquis les qualités du second; il ne donne plus à la roue ni la fermeté du premier, ni la volubilité du second. Sauf quelques exceptions que nous ne chercherons pas ici, l'essieu à trente-deux ou à soixante-quatre angles n'a pas une fonction définie relativement aux buts énoncés, ni une conformation rationnelle.

« J'ai énoncé de pareilles observations à propos de la transition du singe en homme. J'ai dit, et je répète, que le pied ambulatoire de l'homme et le pied préhensile du singe, sont deux instruments mécaniquement éloignés l'un de l'autre. Des instruments intermédiaires ou de passage n'ont pas de possibilité mécanique. Un pied qui cesse d'être préhensile et va être ambulatoire, n'est ni préhensile, ni ambulatoire; et l'animal ne peut ni ramper, ni se promener; il n'est ni acrobate, ni pédestre. Sa construction serait une absurdité, et l'animal n'aurait pas ses conditions d'existence. »

Si la mutabilité instrumentale est inconciliable avec la conservation des êtres, la mutabilité fonctionnelle ne l'est pas moins.

« Quelle transition, ou mieux quel état intermédiaire imaginera-t-on entre le dernier animal non-ruminant et le premier rmninant? Si la rumination demande plusieurs poches stomacales disposées sur deux rangs, et la non-riimination une seule ou plusieurs placées sur une même ligne, quelle forme donnera-t-on à l'estomac d'un demi-ruminant., d'un animal qui se trouverait au début et à l'aurore de la rumination?... Chacun voit que ces états intermédiaires, qui donneraient seulement une fraction de fonction, par exemple une moitié, ou un quart de rumination, seraient un non-sens dans l'économie de la nature!... Je remarque en finissant que si l'animal a une bouche pour broyer ses aliments emmagasinés dans la panse et dans le bonnet, il lui faut d'autres bourses

12* LES SPLENDEURS DE l.A FOI.

pour y mettre ce qu'il a ruminé, ce qu'il a déjà réduit en pâte et préparé pour la course tout Je long du tube intestinal. Cela est clair, je crois. Mais il est également clair qu'un mammifère n'arrivera jamais à acquérir par petits degrés l'étal ruminant. Il lui faut être d'abord ruminant en totalité. S'il ne l'est d'abord, il ne le deviendra jamais. »

Et M. Bianconi aurait pu ajouter que si l'homme veut, par voie de sélection artificielle, transformer un animal en un autre d'une espèce différente, il se heurte à des impossibilités invincibles. Il peut détériorer, améliorer dans une certaine limite un type soit végétal, soit animal, mais changer, jamais. Quand on l'atteint dans son essence, quand on le trouble trop profondément dans son harmonie, il meurt.

Après avoir répondu h la question un peu puérile de Darwin et lui avoir prouvé que les organismes animaux étaient des machines vivantes créées selon les lois de la plus rigoureuse et la plus savante mécanique, l'auteur a demandé quel était le mécanicien, et il a répondu : C'est Dieu.

Et nous sommes persuadé que tout homme de bonne foi qui lira et méditera le beau livre de M. Joseph Bianconi arrivera à la même conclusion que lui.

Appendice G.

l'évolution et la création.

En lisant le discours inaugural des séances de la section de Biologie de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, prononcé par M. Alfred Russel Wallace, l'un des auteurs de la théorie de l'évolution et du Darwinisme, je fus tout surpris et inquiet d'y trouver cette phrase : a La question de la simple antiquité de l'homme, à une certaine période de son développement, devient tout à fait insignifiante auprès du problème incomparablement plus imposant et plus saisissant du développement de l'homme par l'évolution de quelque forme animale inférieure que les théories de M. Charles Darwin et de M. Herbert Spencer ont déjà prouvé lui être inséparablement uni. Ce développement a été et est encore aujourd'hui jusqu'à un certain point le sujet d'un violent conflit. Mais la controverse, au moins quant au fait même du développement, touche aujourd'hui presque à sa fin, puisque l'un des représentants les plus capables de la théologie catholique, en même temps anatomiste éminent, M. Saint-Georges Mivart, professeur à l'Université catholique de Londres (Kensington), l'adopte pleinement, quant à la structure physique, réservant son opposition pour les parties de la théorie qui voudrait faire dériver de la même source la nature entière morale et intellectuelle de l'homme, en l'attribuant à un même mode de développement. » {Nature Anglaise ^1 septembre 1876, p. 409.)

Fallait-il conclure de cette affirmation de M. Wallace, qu'un savant catholique de grande autorité n'hésitait pas à, admettre la descendance simienne de l'homme ? J'étais impatient jle le savoir. Un de mes amis d'Angleterre votilut bien écrirg à M. le professeur Saint-Georges Mivart, ,et j'appris ainsi qug celui-ci avait développé son idée dans deux puyrageg : l'un Genesis of species, volume grand inrl8 ^e xii-442 pageg. Macmillan et G'% 1871 ; l'autre Lessons gf nature, Marray, 1876. J'ai pu me procurer immédiatement le premier â§ çë§ ouvrages, je l'ai lu attentivement; j'en ai fait, la plume à la

main, l'analyse que je me fais un devoir de publier ici, parce que je manquerais à ma mission, si j'omellais volontairement une solution possible des difiicullés graves soulevées contre la révélation. Il est faux que M. le professeur iMivart aftirme que l'homme soit un singe transformé et perfectionné. Il admet seulement que le corps de l'homme a pu être le résultat du développement d'un animal d'ordre inférieur, et pour moi c'est déjà trop! Au fond, le savant professeur est plus hostile que favorable au Darwinisme, nulle part il n'afiirme la possibilité ou la réalité de la transformation d'une espèce dans l'autre, et je crois pouvoir maintenir avec plus de conviction encore, malgré les semblants de preuves accumulés par M. Wallace, que le fait qui domine la nature entière est la persistance des espèces, et à plus forte raison des genres ; ou que, comme l'afiirrae la Genèse, chaque être se perpétue par l'œuf ou le germe pi'imitivement créé de Dieu suivant son genre et suivant son espèce-

S'il est dans la Genèse une création immédiate, directe et indépendante, c'est évidemment celle de l'homme, animal raisonnable, corps et âme. Cependant je n'ai aucune répugnance à admettre que le corps du premier homme est le produit d'une évolution mystérieuse, telle que l'avait entrevue M. Naudin dans la note que j'ai été si heureux de publier. Plus heureux que moi, mes lecteurs sympathiseront peut-être avec les concessions de M. iVlivart, et je n'ai pas hésité à m'en faire récho.

« Le problème est celui-ci : Par quelle combinaison de lois naturelles, une nouvelle nature commune, une nouvelle forme substantielle, apparaît-elle sur la scène des existences réelles? Comment est produit un individu doué de ces caractères nouveaux"? Nous sommes surtout redevables de la solution approchée de ce problème aux travaux inestimables et à l'activité

cérébrale intense de Charles Darwin et d'Alfred Wallace

Mais si les vues développées dans cet ouvrage sont exactes, la solution détinitive se présentera sous une forme et avec un caractère différents de celle issue de la plume de ces deux écrivains. Nous pouvons nous attendre au prochain développement d'une troisième théorie qui s'harmonisera parfaitement avec les enseignements de la science, de la philosophie et de la religion. Cette harmonisation est d'autant plus désirable que la question de l'origine des espèces n'est pas seule-

APPEISDICE C. 15*

ment d'un grand intérêt, mais qu'elle a de très-graves conséquences... La théorie générale de l'évolution a certainement gagné beaucoup de chemin. Mais sa prévalence ne doit alarmer personne, car, sans aucun doute, elle se concilie parfaiteixient avec la théologie chrétienne la plus rigoureuse et la plus orthodoxe. De plus, elle a ses obscurités et ne peut pas être encore considérée comme pleinement démontrée. Le Darwinisme en particulier, ou la sélection naturelle, présente des difficultés insurmontables. Sans doute que la sélection naturelle doit agir et agit, mais le but de ce livre est de prouver que pour pouvoir produire de nouveaux genres d'animaux et de plantes, elle a besoin d'être supplémenlée par l'action d'une autre loi inconnue, non encore découverte; et aussi que les conséquences tirées de l'évolution darwinienne ou autre, au préjudice de la religion, n'en découlent nullement, et qu'en fait elles sont illégitimes. On ne saurait nier que la sélection naturelle de Darwin est une des plus intéressantes conceptions nées dans ce siècle, en ce sens qu'elle groupe ensemble des séries très-étendues et très-variées de faits biologiques, et qu'elle donne une explication au moins apparente de faits

vraiment paradoxaux Mais l'explication apparente facile

de phénomènes complexes, ou ce qu'on pourrait appeler la simplicité du Darwinisme, n'est nullement un caractère certain de vérité; cette siraplicl'é n'est le plus souvent qu'un trompe-l'œil, et il faut s'en détier. En tout cas, il n'existe aucun antagonisme nécessaire entre les deux idées de création et d'ÉvoLUTioN. Il est patent et notoire que beaucoup de penseurs chrétiens ont accepté et acceptent ces deux idées comme parfaitement conciliables. Dans la pensée de beaucoup de Pères de l'Église la création était, non une dérogation miraculeuse aux lois de la nature, mais l'institution même de ces lois. Loi et régularité, et non pas interveniion arbitraire, était l'idée patristique de la création. Beaucoup d'hommes, aussi versés dans la théologie que Darwin dans l'histoire naturelle, ' ne se sentiraient nullement troublés, si sa théorie venait à être entièrement démontrée. Ils ne seraient pas même désagiéablement affectés s'ils devenaient témoins de la génération d'animaux d'une organisation complexe, par la mise en jeu intelligente des forces de la nature. Mais cette démonstration est loin d'être faite, et l'auteur entreprend de prouver dans autant de chapitres les propositions suivantes :

La sélection naturelle est incompétente h rendre compte des phases incipientes des structures usuelles. Elle ne s'harmonise pas avec la coexistence de structures très- semblables de diverses origines.

Il n'y a aucun fondement de'penser que les différences spécifiques peuvent avoir été développées instantanément plutôt que graduellement.

L'opinion que les espèces dans leur variabilité ont des limites définies, quoique ditîérentes d'une espèce à l'autre, est encore soutenable.

Certaines transitions fossiles que l'on devait s'attendre à voir présentes sont encore absentes.

Certains faits de distribution géographique donnent plus de valeur aux autres difficultés.

Les observations tirées des différences physiologiques entre les espèces et les races subsistent toujours.

Il est beaucoup de phénomènes remarquables des formes organiques sur lesquels la sélection naturelle ne jelte aucun jour, mais dont l'explication, si elle pouvait être obtenue, éclairerait au contraire la génération spécifique.

La Pangenèse qui se présente comme donnant la solution de grandes difficultés, semble ne le faire qu'en présentant des difficultés non moins grandes, elle n'est en réalité que l'explication de l'obscur par le plus obscur.

Le dernier chapitre que nous analysons a pour titre: La Théologie et l'Évolution, et il s'agit de prouver qu'elles sont loin d'être inconciliables, ou que l'évolution n'est pas incompatible avec la création. Dans sa signification la plus exacte et la plus élevée, la création est la génération absolue de toute chose par Dieu, sans moyens préexistants ou matière préexistante, et elle constitue un acte surnaturel.

Dans un sens secondaire et moins élevé, la création est la formation de toute chose dérivativement par Dieu : ce qui • signifie que la matière préexistante a été créée douée de la potentialité de faire évoluer d'elle, sous des conditions appropriées, toutes les diverses formes qu'elle prend subséquemment. Ce pouvoir ayant été conféré par Dieu dès le premier instant, et les lois ayant été constituées par lui, afin que leur action fasse naître les conditions favorables, on peut dire, dans un sens moins rigoureux, qu'il a créé ces diverses formes subséquentes. C'est l'action naturelle de Dieu dans le monde

APPENDICE C. là'

physique, en tant que distinguée de son action directe que Ton pourrait appeler ultra-naturelle.

Dans sa troisième signification, le mot création peut s'appliquer plus ou moins improprement à la constitution d'une forme ou d'un état complet par un être volontaire et conscient, faisant usage de la puissance et des lois que Dieu a données : c'est ainsi qu'on dit d'un homme qu'il est le créateur d'un musée oude sa propre fortune. Une semblable action d'un être intelligent et conscient est purement naturelle, mais plus que physique, et on pourrait l'appeler hyperphysique.

La science physique et l'évolution n'ont absolument rien à faire avec la création directe ou première, « L'idée d'un commencement ou d'une création, dit M. Baden-Powell, dans le sens de l'opération de la divine volonté constitutive de la nature et de la matière, est au-delà du domaine de la philosophie physique. »

La science physique est ainsi hors d'état d'entrer en lutte avec la création secondaire ou dérivative, parce qu'on ne peut lui opposer que des arguments métaphysiques.

La création dérivative n'est pas un acte surnaturel, mais simplement l'action divine s'exerçant par l'intermédiaire des lois. Le conflit entre la théologie et l'évolution est né d'un malentendu. Quelques-uns ont supposé que le mot création signifiait nécessairement création directe, c'est-à-dire absolue, ou du moins quelque action surnaturelle. Ils se sont ainsi opposés au dogme de la création, dans l'intérêt imaginaire de la science physique.

D'autres ont supposé que le mot évolution signifiait nécessairement la négation de l'action divine ou de la providence divine, et ils ont combattu l'évolution dans l'intérêt imaginaire de la religion.

Il nous semble que les penseurs chrétiens sont pleinement en droit d'accepter la théorie de l'évolution générale. Je le prouve par des autorités théologiques de tous les temps : saint Augustin, dans les premiers siècles de l'Église; saint Thomas d'Aquin au moyen âge; Suarez dans les temps modernes.

Saint Augustin dans son livre de Genesi ad litteram, livre V, chapitre v, numéro 44, dit expressément: « De même que dans la seule graine est contenu tout ce qui dans le temps doit s'élever sous forme d'arbre, de même quand on dit que Dieu créa tout ensemble, creavit omnia semel^ il faut comprendre le

monde entier, avec toul ce qui a été fait en lui et avec lui, lorsque le jour fut venu, non-seuleincnt le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles, mais aussi tous les êtres que la terre et l'eau ont produits potentiellement et causativement, avant qu'ils naquissent dans la suite des temps, tels qu'ils nous sont déjà connus dans les œuvres que Dieu opère encore aujourd'hui. » Et ailleurs : « Tous ces êtres, originairement et primordialenient, sont déjh créés dans une certaine texture des éléments, mais ils se produisent quand l'occasion favorable en estdonnée. »

Saint Thomas cite et approuve les textes de saint Augustin, et déclare formellement avec lui (Summa I, quœst. 67, aiH. iv, ad o), que « dans la première institution de la nature il ne faut pas regarder au miracle, mais aux lois de la nature. » Il dit encore avec saint Augustin que, «quoique les animaux soientla dernière création du monde, ils ont été créés d'abord potentiellement, pour apparaître visiblement dans la suite des temps par une création dérivative. » Et ailleurs encore : « Dans la première institution des choses, le Verbe de Dieu fut le principe actif qui de la matière élémentaire produisit les animaux actuellement ou virtuellement. {Quœst. 47, art. 8.) Cornélius à Lapide affirme que certains animaux au moins, n'ont pas été créés formellement mais potentiellement {Commentaire sur la Genèse, chap. iv). Suarez {De creatione, disp. xv, n"' 9, i3, 19) se fait l'écho de ces mêmes doctrines. Il est donc vrai que les autorités théologiques les plus respectables affirment la création dérivative, et qu'elles n'ont condamné ni l'évolution générale, ni même les générations spontanées.

Non-seulement il n'y a pas d'antagonisme nécessaire entre l'action divine et la théorie générale de révolution, mais leur compatibilité est soutenue par des naturalistes que l'on ne peut nullement suspecter de fortes sympathies théologiques. Dans son Histoire du Rationalisme, vol. I, (p. 375), M. Lecky dit sans hésiter : « Que la matière soit gouvernée par l'esprit, que les plans et les élaborations de l'univers soient les produits de l'intelligence, ce sont \h des propositions complètement inébranlables, que nous regardions ces plans comme le résultat ou d'un simple exercice momentané de la volonté divine, ou d'une évolution lente, continue et régulière. Les preuves d'une intelligence qui embrasse et développe tout, comme celle d'une intelligence qui combine et coordonne tout restent intactes, et

aucun progrès des sciences dans cette direction ne peut les ébranler. Si la fameuse suggestion que tout animal ou végétal est le résultat d'un seul germe vital, et que tous les différents animaux et végétaux existants se sont développés de ce germe, par un procédé naturel d'évolution, était une vérité démontrée, nous serions toujours en droit de mettre en évidence Tintelligence déployée dans ce développement mesuré et progressif de celte multitude de formes exquises et différentes de celles qu'engendrerait une chance aveugle. L'argument du dessein dans la nature serait réellement changé, et aurait besoin d'être établi sous formes nouvelles, mais il serait tout aussi irrésistible qu'auparavant. » Le docteur Asa Gray dit de son côté, dans son pamphlet sur le Darwinisme (p. 38) : « M. Darwin se sert d'expressions impliquant que toutes les formes naturelles qui nous entourent, ont été ou peuvent avoir été seulement l'objet d'un but ou d'un dessein général, mais non l'objet d'un dessein particulier, c'est là une idée superficielle et contradictoire, mais serait-elle vraie, cette hypothèse concernerait V ordre, la cause, le comment, et non le pourquoi, et elle laisserait la question du dessein telle qu'elle était auparavant. »

Le principe de l'évolution peut-il s'étendre jusqu'à l'homme lui-même? C'est une doctrine généralement reçue que l'âme de chaque homme individuel est absolument créée dans la signification stricte et primaire du mot, qu'elle est produite par un acte direct et surnaturel, et que naturellement l'âme du premier homme a été ainsi créée. Il est donc important de rechercher si l'évolution n'est pas en opposition avec cette doctrine? Or ces deux croyances sont parfaitement compatibles et il en est ainsi, soit que l'on admette que le corps de l'homme a été créé autrement que celui des animaux, soit que l'on exige pour

le corps de l'homme une manière différente de création

L'homme, suivant la vieille définition scolastique, est un animal raisonnable, et son animalité est distincte en nature de sa rationalité, quoique toutes deux soient inséparablement unies pendant la vie, dans une personnalité commune. Le corps animal de l'homme doit avoir eu une origine différente de celle de l'âme spirituelle qui l'informe, en raison de la distinction des deux ordres auxquels ces existences appartiennent. La sainte Écriture semble l'indiquer clairement quand elle dit : « Dieu a fait l'homme de la poussière de la terre, et il a insufflé dans ses narines le souffle de la vie. «C'est une affirmation nette et directe

20' LES SPLE1NDEU/\S DB LA FOI.

que le corps de l'homme n'a pas été créé dans ce sens premier et absolu du mot, mais qu'il a été formé par évolution d'une matière préexistante (symbolisée par le terme poussière delà terre) et qu'en conséquence il était simplement créé dc'rivativement, c'est-à-dire par l'opération des lois secondaires. Son ûme, d'un autre côté, était créée d'une manière toute différente, non par aucun moyen préexistant, extérieur à Dieu luimême, mais par l'action directe du Tout-Puissant symbolisée par le mol souffle, vraie forme adoptée par le Christ, dans la collation des pouvoirs surnaturels et des grâces de la dispensation chrétienne, la forme aussi dont on se sert journellement dans les fêtes et les cérémonies de l'Eglise. Le fait que le premier homme doit avoir eu cette double origine, s'accorde parfaitement avec ce que nous expérimentons chaque jour, car en admettant que chaque âme hunjaine est immédiatement et directement créée, cependant chaque corps humain naît par évolution, de la mise enjeu ordinaire des lois physiques naturelles... Tout est en parfaite harmonie dans cette double nature de l'homme, sa rationalité faisant usage de son animalité et la prenant comme en sous-œuvre, son âme issue d'une création directe et immédiate, son corps formé tout d'abord (comme aujourd'hui dans chaque individu séparé) par une sorte de création secondaire, ou par l'opération intermédiaire des lois naturelles, encore en très-grande partie inconnues. Par cette même création secondaire, c'est-à-dire par l'exercice des lois naturelles... tous les divers genres d'animaux et de végétaux sont apparus sur celte planète. Que l'action divine ait opéré et opère concurremment avec les lois, nous le savons par une déduction de nos intuitions premières, et si }a science physique est impuissante à démontrer cette action, elle est au moins aussi impuissante à la nier. Isolés de ces déductions, les phénomènes de l'univers présentent un aspect vide de lout ce qui fait appel aux inspirations les plus nobles de l'homme, de !out ce qui stimule ses efforts vers le bien, et peut le consoler de la brièveté de sa vie terrestre. Reliées à ces mômes déductions, toute l'harmonie de la nature physique et la constance de ses lois ne sont en aucune manière auioiridries, tandis que la raison, la conscience et tous les intérêts esthétiques sont pleinement satisfaits. Nous avons alors et ainsi une réconciliation sincère de la science et de la religion, dans laquelle chacune gagne et nulle ne perd, chacune étant complétée par chacune.

Le second ouvrage de M, Saint-George Mivart a pour litre: Lessons from Nature, a Leçons de la Nature » ; je voudrais y puiser longuement, car il est consacré tout entier à l'accord de la Révélation et de la Science. Dans le chapitre quatorzième et dernier, Tauteur aborde la théorie de la création indépendante et la possibilité de l'évolution. Après avoir de nouveau cité les textes de saint Augustin, de saint Thomas, de Suarez, de Cornélius à Lapide, M. le professeur Mivart conclut ainsi triomphalement : « En présence de ces reliques justement vénérées, un esprit sérieux ne peut pas manquer d'être frappé d'étonnement, lorsqu'il pèse ce fait saisissant que , grâce à l'activité d'intelligences comme celles de saint Augustin et de saint Thomas, FEglise a été en quelque sorte préparée insciemment à l'acceptation des théories modernes, par l'énoncé de ces principes féconds et de ces définitions à grande portée, des siècles avant que ces théories fussent formulées, à une époque oîi des convictions directement contraires s'imposaient généralement même à quelques-uns des hommes considérables qui énonçaient les principes et les définitions en question. Cette circonstance si remarquable, cette coïncidence imprévue, qu'on ne peut nier comme fait incontestable, doit être acceptée par tous ceux qui, faisant profession de théisme, enseignent ou professent que l'ordre entier de l'évolution est gouverné par le dessein ou le but final, comme providentiel et prédestiné. Ils doivent admettre, en conséquence, que, quelle que ^it sa source et quel que soit son but, une puissance mystérieuse a veillé sur les définitions de l'Église, et qu'elle a été guidée dans son enseignement de manière à s'accorder avec les théories les plus modernes des sciences physiques et à se les assimiler.

Je me suis rappelé que j'avais moi-même exposé la création simultanée de saint Augustin dans l'article Création de l'Encyclopédie du XIX^ siècle. Voici ce que j'écrivais en 1846 bien avant l'explosion du Darwinisme : « Dans quelles conditions se trouvaient les êtres au moment de cette création simultanée? Saint Augustin semble admettre que les corps célestes, dès le premier moment, ont été formés d'une manière complète ; que, dès lors, les eaux sur la terre étaient séparées des continents; que la terre réunissait toutes les conditions requises pour devenir le séjour des êtres vivants et animés, mais que

la production de ces derniers êtres n'était complète et terminée que d'une certaine manière, dans leur principe et dans leur cause, en ce sens que la terre et les eaux, en passant du néant à l'être, avaient reçu en même temps le pouvoir d'amener au jour, à l'époque fixée, les êtres vivants destinés à répandre dans les airs, dans les abîmes des mers et sur tous les points du globe, la vie et le mouvement qui forment le plus bel ornement de la nature. Les êtres vivants, donc, n'ont apparu dans l'état actuel que dans le temps ou le déroulement des siècles : per volumina sœculorum. Ainsi, dit saint Augustin, le corps de l'homme formé dans le temps d'une manière visible, tel qu'il apparaît à nos regards, non par voie de naissance, mais du limon de la terre, aurait été, dans un sens réel, créé dès l'origine par la puissance déposée dès lors comme en germe dans le monde, par la parole divine, parole toute-puissante, qui avait comme concentré dans les choses déjà produites les causes des choses à produire.

Appendice D.

ÉTUDE ÉLÉMENTAIRE DE PHILOLOGIE COMPARÉE. ORIGINE DES LANGUES ET DES RELIGIONS.

Dans le corps de mon ouvrage, je ne pouvais, je ne devais envisager la philologie qu'à un seul point de vue : la diversité des langues n'est nullement en contradiction avec l'unité d'origine et d'espèce du genre humain. Je crois l'avoir prouvé surabondamment.

Je craignais cependant de n'avoir pas assez consacré de temps et d'espace à cette grande question, et qu'on pût me reprocher de n'avoir pas tenu assez compte des progrès dont la philologie comparée a été le but e^ l'objet dans ces dernières années ; j'ai eu à cœur de remplir celte lacune. Un écrivain très-estimable, M. Félix Julien, a eu l'heureuse idée de résumer dans un charmant volume intitulé : Voyage au pays de Babel,

ou EXPLORATION A TRAVERS LA SCIENCE DES LANGUES ET DES RELI- GIONS, ÉfMCfe <?7men^a2>e de philologie comparée (Paris, E. Pion, xii-231 pages), les cours de philologie comparée lails dans ces dernières années, à l'Université d'Oxford, par M. Max Muller, l'un des linguistes de notre époque les plus savants et les plus autorisés. C'est un grand service rendu à la science et à la religion dans ses rapports avec la science ; j'ai voulu en profiter et en faire profiter mes lecteurs, en publiant à mon tour un résumé rapide, mais complet, de l'excellent volume de M. Julien. C'est, lui réellement qui parle ou qui fait parler M. Max Muller, car j'ai respecté partout sa rédaction que je n'ai fait qu'abréger.

« Quelles que soient, dit M. Max Muller, nos vues sur l'origine du langage et sur son mode de diffusion, rien de nouveau n'a été ajouté à sa substance. Les changements n'ont porté que sur la forme. Et de même que, dans le cours des âges et dans le monde des corps, pas un atome n'a pu être ajouté à la matière, de même, dans le monde de l'esprit.

pas un seul ^'lôinenl primitif n'a été inventé, pas une seule racine n'a pu être ajoutée au langage. Dans un sens parfaitement exact, nous pouvons dire : les mots dont nous nous servons sont ceux qui furent employés par le premier homme, lorsque, sortant des mains du Créateur, il fut appelé « h. donner « lui-môme un nom aux animaux des champs, aux oiseaux d' « l'air et aux bêtes sauvages. »

Ces paroles de Muller nous ont frappé. Elles nous ont ébloui comme un trait de lumière.

Devant les innombrables idiomes répandus sur la terre, et pour ce qui touche à la confusion des langues, il n'y a rien à reprendre à la netteté du texte sacré : « Et le Seigneur dit : Descendons, confondons leur langage, pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. Et le Seigneur les dispersa ainsi sur toute la suiface de la terre et ils cessèrent de bâtir leur ville, et elle a été nommée Babel, parce que c'est là que Dieu confondit le langage des hommes. » Quant au premier verset, « il n'y avait sur la terre qu'une lèvre et qu'un langage, » nous nous trouvons sans détour en face de la question d'unité appliquée à l'origine du langage....

Cette idée d'unité d'origine n'est ni simple ni naturelle; elle est, au contraire, inexplicable, car elle a été parfaitement in connue des anciens....

L'humanité est un mot que vous chercheriez en vain dans Platon et dans Aristote. L'idée de l'humanité, formant une famille unique, une famille composée d'enfants du même Dieu, est une idée chrétienne. Sans le christianisme, la science de l'humanité, pas plus que la science des langues que cette humanité parle, n'aurait pu exister. Ce n'est que lorsqu'on a appris à regarder tous les hommes comme des frères, ce n'est qu'alors seulement que la variété du langage humain s'est présentée comme un problème soluble. Et c'est pour cela que je date du jour de la Pentecôte le début réel de la science du langage ...

Il est une hypothèse qui explique tout et sans efforts. Elle est conforme aux traditions des peuples civilisés et des peuples barbares. C'est l'hypothèse d'une première langue transmise par une première famille, se modifiant ensuite en idiomes divers chez tous les peuples. Nous n'avons nullement la prétention de démontrer la réalité de ce fait, c'est-à-dire la réalité d'une pareille famille unique, formant le genre humain et lui

transmettant sa langue. Toutefois, scientifiquement parlant, ce fait n'a rien d'inadmissible, puisque si une catastrophe venait à détruire l'humanité, il suffirait encore d'une seule famille épargnée pour recommencer le genre humain et lui conserver sa langue. Celte langue, sans doute, pourra s'altérer à la longue ainsi que s'altèrent les traits de la figure. Mais à travers les âges, à travers les variations et les idiomes, on retrouvera toujours les traits d'une commune origine. Cette hypothèse de la création naturelle du langage n'a contre elle que d'être trop conforme à la Bible. Elle est si simple, qu'elle contraste par sa simplicité avec l'hypothèse contraire, celle de l'invention du langage par les hommes. Cette seconde hypothèse de l'invention humaine du langage exige d'abord l'antiquité indéfinie du monde ; elle exige, en second lieu, la naissance spontanée de l'homme, sous une forme étrangère à son espèce. Enfin elle implique l'état insociable et brut du genre humain, dans son enfance

On n'a jamais rencontré une peuplade sauvage, quelque abrutie qu'elle pût être, qui ne possédât une langue articulée, perfectible, exactement de la même nature que la nôtre. Devant ce fait, dit M. Barthélémy Saint-Hilaire, pourquoi ne pas admettre qu'il en a toujours été ainsi, aux premiers âges du monde, aux jours même de la première apparition de l'homme sur la terre?....

L'Evangile ayant appris aux hommes qu'ils étaient frères, il était assez naturel de croire à l'existence d'une langue unique et primitive. Pour plusieurs Pères de l'Église et quelques théologiens du moyen âge, celte langue première ne pouvait être que l'hébreu ; c'était rationnel. L'hébreu, dit saint Jérôme, étant la langue de l'Ancien Testament, est naturellement le commencement de toute langue humaine ; Origène ne dit pas autre chose dans ses homélies. L'hébreu nous apparaît, en effet, à la limite des temps historiques comme une langue unique, exceptionnellement féconde pour exprimer toutes les idées morales. Dieu et son plan, l'homme et ses devoirs, l'humanité et ses destinées. Langue admirable, que, dès les premiers pas d'un peuple charnel et grossier, nous retrouvons, comme le dit Renan, coulée, une fois pour toutes, dans un moule immuable; langue pleine de feu et de poésie, de graves et suLlimes leçons, douée enfin, dans de justes limites, de ces riches Ûexions qui animent, qui personnifient la parole, et qui.

dans le f^rnnd sens des mots , sont l'image vivante de Dieu et de la nature. Prendre une telle langue pour la langue primitive de l'humanité, c'était donc naturel. Mais pour en donner la preuve rationnelle, c'était plus difficile. Toutes les tentatives faites à ce sujet ont coûté des efforts inouïs ; on ne peut les dire stériles pourtant, car après des siècles d'infructueuses recherches, tous ces essais conduisirent Leibnitz, de guerre lasse, à retourner le problème, et à se demander si l'hébreu en effet, sous sa forme actuelle, au lieu de nous représenter la langue primitive, n'est pas au contraire un des produits de la confusion des langues à Babel. — Pas un mot de l'Ancien ou du Nouveau Testament ne nous oblige à croire qu'elle a été la langue d'Adam et de toute la terre, alors que a la terre n'avait qu'une lèvre et qu'un langage. »

Ainsi posé, le problème était résolu. Le génie universel de Leibnitz, en déblayant le terrain scientifique de cet obstacle séculaire, faisait de la philologie une vraie science d'observation; il lui appliqua les pi'incipes d'une induction l'igoureuse. « Pourquoi, disait-il, commencer par l'inconnu, plutôt que par le connu ? Étudions d'abord les langues modernes pour les comparer entre elles et en découvrir les différences et les affinités. Passons ensuite aux langues qui les ont précédées, afin d'établir leur filiation, et remontons ainsi, de proche en proche, jusqu'aux dialectes les plus anciens... »

Convaincu de la nécessité de recueillir le plus grand nombre de faits possible, Leibnitz s'adresse tour à tour aux missionnaires et aux voyageurs , aux ambassadeurs , aux princes, aux empereurs même...

En 1767, le Père Cœurdoux, pressé de questions par l'abbé Barthélémy, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, écrivit de Pondichéry aux membres de cette Société savante, pour leur poser à son tour celte question : « D'où vient que, dans la langue sanscrite, il se trouve un grand nombre de mots qui lui sont communs avec le latin et le grec, avec le latin surtout? » El à l'appui de son assertion, le savant missionnaire donne un grand nombre de comparaisons, dont !a justesse est frappante, et dont la concordance n'a point été démentie par la philologie contemporaine. Il va plus loin : sortant du cercle des analogies, et procédant à l'examen des différentes hypothèses qui peuvent sei'vir à les expliquer, il démontre que ni le commerce, ni les relations litléraires, ni

le prosélytisme ne suffisent à rendre compte de ce fonds commun de mots qui se trouvent, à la fois et en si grande abondance, dans le sanscrit, le grec et le latin...

Cette affinité, signalée d'abord par le Père Cœurdoux, puis constatée et mise au grand jour par les travaux de Halhed, de Jones et de Wilkins , fut une des plus grandes découvertes du siècle...

Admettre que cette langue des Hindous, des Parias, des sujets du Grand Mongol, put être de la même nature, de la même famille que les purs dialectes de la Grèce et de Rome, était admettre Fexistence d'un idiome plus ancien, auquel toutes ces langues se rattachaient, comme autant de branches collatérales issues d'une même tige...

Frederick Schlegel eut l'idée de prendre une à une les langues de l'Inde et de la Perse, de la Grèce et de Tllalie, de l'Allemagne et de la Russie ; il les étudia isolément, puis entre elles ; et à la suite de ces comparaisons, il se demanda si elles ne pourraient pas constituer un seul faisceau, une seule et grande famille, la famille des langues indo-européennes...

François Bopp, dès 1816, commence son étude comparative, détaillée et vraiment méthodique, du sanscrit avec les langues connues. Sa grammaire comparée des langues indo-européennes est le point de départ d'une science nouvelle, le berceau de la science du langage, de la linguistique moderne et de la philologie comparée...

Bopp, au fond de son creuset, a retrouvé l'élément primitif; il a mis à jour la racine. La racine ! cet admirable corps simple, cet atome irréductible du langage qui , depuis les limites du chaos, et à travers les variations infinies de nos langues, est arrivé inaltérable jusqu'à nous, comme le moule vivant et éternel dans lequel a coulé la première pensée des pères de nos pères. Les racines ont été trouvées de deux sortes : en premier lieu , la racine verbale ou attributive, exprimant l'action, la substance, la manière d'être. D'origine mystérieuse, c'est-à-dire divine, elle ne doit rien à l'homme. Elle constitue la base de nos vocabulaires.

Dans le second cas, la racine est primordiale, démonstrative et indicative; de formation purement humaine, désignant les personnes, non comme abstraction, mais avec l'idée accessoire d'une situation particulière dans l'espace. Les racines de celte catégorie sont en petit nombre. Elles constituent la

grammaire ; et en se combinant avec les cinq ou six cents racines de la catégorie précédente, elles forment tout le mécanisme des langues indo-européennes : mécanisme véritablement merveilleux pour les personnes qui en saisissent pour la première fois les si modestes débuts...

Dans les langues modernes, nous trouvons une première application immédiate de la classification généalogique du langage. L'italien, le français, l'espagnol et le portugais ont, en commun, certaines formes grammaticales que chacun de ces dialectes, pris isolément, eût été parfaitement incapable de créer avec ses propres ressources, mais qui s'expliquent dès que par une filiation directe on remonte, comme l'a fait Bopp, à une époque antérieure, c'est-à-dire au latin...

Le critérium de la grammaire comparée a été appliqué par les fondateurs de la philologie moderne, non-seulement aux langues néo-latines, mais encore à toutes les langues de l'Europe et de l'Asie. Comme résultat de ce classement, ils sont ainsi parvenus à diviser ces langues en un très-petit nombre de familles, trois seulement, dans chacune desquelles ils ont pu distinguer différentes branches, composées à leur tour de nombreux dialectes, tant anciens que modernes...

C'est par la connaissance de cette langue sacrée , c'est à l'aide du sanscrit et de la philologie comparée, qu'un de nos savants compatriotes a pu, dans ces derniers temps, reconstituer, sous nos yeux, une langue éteinte depuis trois mille ans. Le texte de cette langue, inintelligible pour tous, n'avait été conservé et n'était parvenu jusqu'à nous que comme une indéchiffrable énigme : l'antique langue bactriennc, dans laquelle les livres de Zoroastre furent écrits il y a quarante siècles... Il existait un recueil des écrits zoroastriens connu sous le nom de Yaçna, dans lequel le texte zend est mis en regard du texte sanscrit... Ce double texte zend et sanscrit fut pour Eugène Burnouf le point de départ, la condition et l'instrument de succès de sa magnifique entreprise... Il put s'appliquer à comparer entre eux tous les passages dans lesquels chaque mot zend était employé, et il ne tarda pas à reconnaître que les flexions grammaticales de ces mots répondaient partout exactement à celles des mots sanscrits. Ainsi se trouva vérifiée scientifiquement la proposition émise sans démonstration, en 1826, par le Danois Rask, relative à l'étroite parenté qui unissait le zend, l'antique langue de la Perse,

avec le sanscrit védique, le dialecte antébrahmanique dn Rig-

Véda...

La découverte des cunéiformes, à notre époque, peut marcher de pair avec celle du sanscrit et des hiéroglyphes égyptiens. Elle nous a permis de relier à l'antique et primitive langue du temps de Zoroastre lousles dialectes iraniens que nous possédions déjà, tels que le pehlvi des Sassanides, le parsi du moyen âge et le persan moderne... Le Danois Niebuhr, sur des inscriptions copiées à Persépolis, soutient et démontre ce que le chevalier romain Piétro délia Valle avait avancé à leur égard deux siècles auparavant, c'est-à-dire que les signes qui les composent expriment des lettres. Elles se lisent de gauche à droite et représenent un alphabet bizarre, mais un véritable alphabet, dont les signes ne diflèrent que par la forme des autres alphabets. Niebuhr distingua ainsi trois genres d'écritures ; il constata. que les inscriptions se trouvaient groupées trois par trois, et que chacune d'elles était affectée à un système spécial de combinaisons de l'élément primitif. On ne tarda pas à reconnaître qu'à ces trois systèmes d'écritures répondaient trois systèmes de langues, différant complètement entre elles..- Après Niebuhr, Munter reconnut que dans le premier système d'écriture chaque mot était séparé par un clou oblique... En 1802, à l'Académie de Gœilingue, Grotefend admit que de telles inscriptions ne pouvaient manquer de contenir le nom et le titre des rois, et c'est sur la détermination de ces noms que se portèrent ses efforts...

L'inspiration de Grotefend fut heureuse, mais elle n'était encore qu'à l'état d'hypothèse. Il fallait laisser au temps et à l'expérience le soin de la vérifier.

Eugène Burnouf reconnut que la langue du premier système alphabétique des inscriptions achéménides n'avait rien de commun avec les langues sémitiques. C'est une langue aryenne s'écrivant de gauche à droite ; ce n'est point le zend, mais elle s'en rapproche encore plus que le sanscrit. C'est bien la langue de Cyrus et de Cambyse, de Darius et de Xerxès, la langue des Achéménides, parlée au sixième siècle -avant notre ère. A l'aide de son alphabet, Burnouf contrôla les caractères déjà découverts par Niebuhr et par Munter. . .

Cette langue aryenne qui s'offre ainsi à nous sous des traits cunéiformes du premier système des inscriptions des rois

achéménides, est devenue peu à peu une réalité, et a fini par servir à son tour de confirmation et de contrôle à l'aulhenticité de cet antique dialecte zend, dont Burnouf a été, parmi nous, l'initiateur. En établissant de plus en plus l'étroite affinité qui règne entre le zend et la langue du Rig-Véda, elle nous fait remonter d'un bond , et par-delà la Perse, aux temps primitifs des patriarches iraniens, à l'époque pastorale où le sanscrit védique était parlé par les Hindous, avant de franchir les gorges de l'Indou-Roush pour se répandre dans le bassin de Tlndus et vers les rives du Gange...

Burnouf et ses continuateurs nous permettent de toucher aux temps primitifs, et, pourquoi ne le dirions-nous pas, à l'origine même des Hindous et des Perses.

Les beaux travaux du savant wurtembergeois Spiegel nous permettent à leur tour , par des transitions successives et à travers les siècles, de descendre des premiers chants iraniens au zend de l'Avesta, de là aux cunéiformes des rois achéménides, puis au pehlvi des Sassanides, au parsi de l'invasion musulmane, et enfin au persan moderne. L'enchaînement de ces dialectes semble continu, ou tout au moins ea dehors des lacunes et des transitions brusques que nous offrent encore les traditions historiques et religieuses.

Il n'y a plus qu'une seule langue aryenne qui nous reste à mentionner, c'est celle des Bohémiens. Gitanos, Zingaris ou Tziganes, comme on les appelle dans tout l'Orient. Cette langue appartient également à l'Asie et à l'Europe. Quoiqu'elle ait perdu presque toutes ses formes grammaticales, et que son vocabulaire soit composé de mots dérobés à tous les pays que les Tziganes ont traversés, nous reconnaissons encore clairement les liens qui rattachent cette langue à l'Hindoustan, la patrie d'oii elle est exilée...

On ne peut confondre l'ethnographie avec la science du langage. Dans l'un ou l'autre cas, les classifications diffèrent. On a vu des races changer de langues, et diverses races parler la même langue. Les listes généalogiques de la Bible nous en donnent l'exemple. Elles s'appliquent aux peuples et aux races, et nullement aux langues...

De ce que la langue biblique semble le centre d'un certain nombre de langues offrant un air de proche parenté, on a fait une famille divisée en trois classes : au midi, l'arabique

OU ancien éthiopien; au centre, la classe hébraïque, comprenant l'hébreu, le samaritain, le carthaginois et le phénicien; au nord, Taramaïque, répondant au chaldéen, au syriaque et aux cunéiformes... Les langues sémitiques forment une seconde famille de langues congénères, dont le caractère d'homogénéité n'est pas douteux. 11 était naturel de chercher les rapports qui peuvent exister entre les deux familles de langues homogènes, aryennes ou sémitiques. Rien d'étonnant donc à ce que, pour les linguistes de notre époque, cette comparaison soit devenue un sujet naturel de préoccupation.

... Les résultats de cette comparaison, d'après M. MuUer, autorisent pleinement à admettre la possibilité d'une commune origine ; la possibilité, remarquez-le bien, car le savant professeur d'Oxford ne s'aventure pas à démontrer la réalité du fait. Mais cette possibilité est évidente, incontestable, rigoureusement et scientifiquement établie : c'est là toute la thèse...

L'analyse technique et approfondie des racines nous conduit aux éléments primitifs et irréductibles des langues sémitiques, comme nous l'avons été pour les langues aryennes. Gomme pour elles de tels éléments permettent de supposer possible, h cette époque, l'existence d'une langue simple et monosyllabique, sans flexion et sans catégories grammaticales, exprimant les rapports des idées par la simple juxtaposition des mots : langue semblable au chinois, dans laquelle chaque racine isolée forme un mot et chaque mot une racine. On est conduit à admettre une période oii Aryens et Sémites vivaient ensemble, sans langage régulier, tout au plus avec le germe rudimentaire de ce qui est devenu plus tard le système indoeuropéen et le système sémitique...

La parole c'est la pensée, et la pensée c'est l'abstraction. Ce double caractère, les racines aryennes viennent le consacrer de leur plus éclatant témoignage. Elles ne sont pas seulement les mots, les véritables mots sortis tout formés des lèvres frémissantes de nos premiers parents ; les racines, dit Muller, sont encore des pensées. Chacune d'elles reste attachée à une abstraction, à une idée générale...

Tout en admettant, en effet, pour chacune de ces langues une origine indépendante, une naissance spontanée, complète et dans tout son entier développement, M. Renan lui-même

admet que celle distinction n'exclut pas une affinité primordiale, diis liens commuas et un rapprochemeut primitif.

Pour arriver à ce point de contact, il se demande si, en faisant servir les découvertes modernes à l'inlerprélation des plus anciens souvenirs des Sémites, il ne parviendra pas à retrouver, entre eux et les Aryens, les traces d'une parenté que les uns et les autres ont oubliée.

La plus ancienne géographie historique des Sémites se rapporte à l'A-rménie. C'est là que nous retrouvons cette race historiquement établie dès son premier pas, dès son premier mouvement vers la terre de Ghanaan... Ce premier fait historique est loin de nous autoriser à considérer l'Arménie comme le berceau de l'humaniLé..., l'antique Imaus, le lieu oîi, comme d'une source unique et puissante, s'échappent, dans quatre directions opposées, les quatre grands fleuves signalés dans l'Eden biblique, l'Indus, l'Helven, l'Iarxate et l'Oxus : de là encore l'on extrait l'or, les pierres précieuses et surtout le dellium du paradis terrestre.

D'après l'opinion de sir Henri Rawlinson, le nom d'Eden donné au jardin ou paradis terrestre, est le nom national de la province de Babylone... Les quatre rivières qui arrosaient le jardin étaient le double Euphrate et le'double Tigre, identifiant le Gilion biblique « qui embrasse la terre de Rousch » avec le bras gauche du Tigre, appelé Yuha, identifiant encore le Phison biblique avec le bras droit de l'Euphrate, appelé Ugni par les Assyriens...

MM. Renan et Lenormant font du centre de l'Asie le berceau de l'humanité, berceau vers lequel ou voit converger les traditions des deux grands peuples qui, dans le monde antique , ont conservé les souvenirs les plus nets et les plus circonstanciés des âges primitifs : les Hindous et les Perses...

Purnouf désigne la Bactriane comme offrant les conditions les plus favorables à la cohabitation des deux races...

C'est à ce point central du monde, à cet ombilicus terrarum, que les éludes simultanées du sanscrit et de l'hébreu nous conduisent, par des voies ditïérentes, comme au seuil même de l'univers...

Les deux familles des langues aryennes et des langues sémitiques, de l'aveu de M. Renan, sorties d'un même ber-

ceaii,ou tout au moins ayant subi un contact primitif, doivent avoir été forcément liées par une même langue, langue rudimentaire, monosyllabique et sans flexion. La séparation aurait eu lieu avant le développement des radicaux et l'adoption des formes de la grammaire. C'est Tépoguc antégrammaticale.

Cette opinion soutenue par Muller est aussi partagée par MM. Bopp, Ewald, Lassen, Guillaum.e de Humboldt, Lepsius, Bentley, Pott, Bunsen, Kunich, et par Emile Burnouf luimême...

Malgré les objections qu'elle soulève, cette opinion continue à prévaloir ; elle ne se borne déjà plus aux deux familles sémitique et indo-européenne ; elle s'étend , se généralise, et finit par s'appliquer à toutes les langues connues.

La science la plus autorisée ne recule pas devant une telle hypothèse, l'hypothèse d'une langue monosyllabique et rudimentaire, dans laquelle, avant de s'épanouir et de pousser d'innombrables rejetons, chaque racine, dans sa sécheresse première, a servi à l'échange de la parole humaine : langue primitive en vérité, dans laquelle chaque racine est un motet chaque mot une racine.

On n'en contestera pas la possioililé, car le chinois est là pour en attester l'existence. C'est l'existence même d'une pareille langue qui a été le point de départ de la nouvelle classification philologique suivie par Max xMuller.

Cherchant à démontrer cette possibilité, Max Muller abandonne la classification généalogique fondée sur l'histoire des langues et sur leur grammaire, et aborde la classification morphologique...

L'élément primitif qui sert de base à toute langue humaine, c'est cet atome irréductible qui brille inaltérable au fond de chaque mot, c'est la racine, la racine qui, à travers les âges, arrive jusqu'à nous, avec l'indélébile empreinte des premiers bégayements et des premiers sons articulés par les lèvres de l'homme...

Ces éléments ne sont pas nombreux : cinq ou six cents pour les Aryas. autant pour les Sémites, guère plus pour les touraniens. Ils sont ce qu'ils étaient au premier jour du monde; pas un seul n'a été ajouté dans le cours des âges historiques...

Max Muller saisit d'abord les racines à l'état isolé. Chacune d'elles conserve son individualité et son indépendance. Elles

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