‹ Les splendeurs de la foiChapitre 105 sur 110 · IV. Des monuments primitifs de la Gaule. — Monuments dits · texte numérisé non relu

IV. Des monuments primitifs de la Gaule. — Monuments dits

celtiques, tumulus et dolmens. — Réservé peut-être à l'excès,

M. Bertrand se contente d'énoncer, comme hypothèses,

plus en rapport avec les faits, les affirmations suivantes ;

8iî* I.ES SPLENDEURS DE LV FOI.

Les dolmens sont des tombeaux ; ils appartiennent à l'ûge delà pierre. Les lumulus sont des tombeaux ; ils appartiennent à IMge du bronze. Les dolmens sont précelliques, cl les tumulus sontceltiques. Les monuments dits celtiques ont couvert autrefois, inégalement sans doute, mais sans exception cependant, la surface de la Gaule.

Les lumulus agglomérés sont sur les emplacements des grandes batailles. Les dolmens appartiennent à une population de mœurs beaucoup plus primitives, et qui paraît n'avoir occupé que le cours supérieur des rivières et les bords de rOcéan, mais seulement dans l'ouest delà Gaule jusqu'à la Gironde. Il est probable que ce sont ces mêmes populations qui, à une époque plus rapprochée de nous, ont élevé les grands alignements... Nous croyons que le moment n'est pas loin où, cessant de regarder les Celles (Galates ou Gaulois) comme des sauvages, .et de leur attribuer les monumcnls les plus primitifs du monde, on reconnaîtra, dans les ruines du passé, ce qui peut leur être allribué légitimement.

V. Les monuments dits celtiques dans la jjrovince de Constantine. — Ces monuments, remarquables par leur accumulation sur des points déterminés, paraissent plus complets que ceux mêmes des contrées de l'ouest de la France. Il faudrait aller jusqu'en Danemark, le pays classique des dolmens, des cromlechs et des tumulus, pour retrouver un ensemble aussi satisfaisant de constructions semblables. Tous ces monuments sont des tombeaux ; les corps y ont élé ensevelis, non brûlés, les bras croisés, les jambes ployées, de telle sorte que les genoux touchent le n)enton. Il est assez vraisemblable que tous les monuments dits celtiques, sont les monuments non d'une époque, d'un âge particulier, mais ceux de tribus qui, rebelles à toute transformation et à toute absorption par les races supérieures qui ont peuplé de bonne heure l'Europe, après avoir été refoulées de l'Asie centrale vers les contrées du Nord, avoir suivi les bords de la mer Baltique et séjourné au Danemark, ont élé de nouveau chassées, ont remonié jusqu'aux Orcades, puis, redescendant par le canal qui sépare l'Irlande de l'Angleterre, sont arrivées d'étape en étape, d'abord en Gaule, puis en Portugal, puis enfin jusqu'en Afrique, où elles se sont éteintes, éioufféespar la civilisation, qui ne leur laissait plus de place nulle part.

VI. Vallée couverte de Conflans et les dolmens troiie's. — Cclla allée, acquise par le musée de Saint-Germain, comprenait deux chambres et un vestibule. On y a reconnu la présence d'une vingtaine de corps, avec plusieurs haches en pierre polie, dont une en diorite. Un détail de construction remarquable, c'est que la pierre d'entrée ou principale portait un trou circulaire accompagné de son bouchon. Les monuments à pierre trouée se retrouvent en dehors de la France, et dans des régions trcs-éloignées les unes des autres, le Caucase, l'Angleterre, la Syrie et jusque dans l'Inde.. Le hasard n'est pas l'auteur de ces coïncidences.

VIL Un mot sur Vorigine des dolmens et des allées couvertes.— Il semble prouvé que l'allée couverte, dont le dolmen n'est qu'un diminutif, est bien réellement une habitation souterraine à l'usage des morts, faite à l'imitation de l'habitation des vivants, mais en matériaux plus durables... Or les peuples à habitations souterraines ne peuvent être que dos populations septentrionales... La civilisation de la pierre polie est donc nécessairement une civilisation hyperboréenne.

VIII. Ère celtique, la Gaule après les métaux. — Vère celtique est, surtout pour la Gaule et la haute Italie, une expression bien plus juste que ïâge du bronze. Nous la substituons donc à cette première période historique de nos annales : nous avons ainsi la série logique : ère celtique, ère gauloise, ère romaine, ère franque ou mérovingienne, le tout précédé d'une ère innomée à laquelle nous laissons l'appellation de temps primitif de la Gaule.

IX. Le bronze dans les pays transalpins. — L'Europe occidentale tout entière, sauf l'Espagne peut-être, a dû, à une époque qui remonte au moins au dixième siècle avant notre ère, connaître l'importation d'armes, de bijoux et d'ustensiles en bronze de toutes sortes. Ces objets ont un cachet évident d'origine commune ; leur ornementation, qui n'admet que des lignes géométriques, à l'exclusion de toute représentation d'êtres animés, indiquant ou qu'ils venaient tous d'un même centre, ou que les pays où on les trouve pratiquaient des religions analogues, ces bronzes que nous trouvons en Gaule, en Germanie, en Danemark, en Angleterre, enirlande et jusqu'en

Ilalio, ne sont ni lielh'niques ni ëtrmquea. Ils sont le prodnit d'une civilisation antique antérieure, pélasgique, ombrienne ou celtique.

X. De rexpreasion àgc du bronze appliquée à la Gaule. — M. Bertrand atTirme qu'il n'y a pas eu en Gaule d'âge du bronze, et il adjure les savants d'abandonner définitivement cette malheureuse expression û'ûge, qui dépasse presque toujours, par les idées accessoires qu'elle entraîne avec elle, la portée des faits. On rencontre en France des objets en bronze comparables à ceux du Nord, mais ces objets ne sont pas le fait d'un développement indigène el spontané, ils ne répondent pas à un état social général ; c'est ressource de commerce et d'importation.

XI. Deux mors de cheval en bronze trouvés à Mévigen et Vaudrev anges. — La présence de ces simples mors au milieu des autres objets lacustres entraîne pour conséquence presque nécessaire que les stations lacustres de la Suisse seraient loin de remonter à l'antiquité reculée que quelques esprits, aventureux peut-être, leur ont attribuée. Voici, en effet, que, dans cette même couche archéologique de la station suisse de Mé linges, au grand étonnement des archéologues russes, on vient de découvrir une épée de fer h poignée de bronze. Les mors trouvés sont très-petits, et le cheval auquel on les appliquait devait être lui-même de très-petite taille. Or, en remontant dans l'histoire écrite, on trouve en effet le souvenir de petits chevaux que les Ligules appelaient syginnes; et d'autre part, M. André Sanson aftirme que nos petits chevaux, nos chevaux bretons, en particulier, appartiennent à une race orientale amenée en Gaule par des tribus asiatiques; on peut même suivre avec Strabon la présence de ces petits chevaux

syginnes jusque dans le Caucase Il y a là de quoi donner

à réfléchira ceux qui font àc?,\(ivc\\>?, préhistoriques wxva époque à part, et antérieure à tx)ute histoire.

XII . L'incinération en Italie pendant l'ère étrusque. Sépultures préétrusques de Pogio-Renzo, près Chiusi. — Trois villes : Chiusi, Core, Albano, offrent des caractères identiques (urnes funéraires ayant pour principal ornement la croix gemmée) appartenant à une époque reculée préétrusque ou iulraétrus-

que. Les trois villes sont dans TEnéide de celles dont le sort se trouve lié à celui d'Énée. N'y aurait-il pas là une coïncidence bien singulière, s'il ne fallait y voir le souvenir et l'écho de faits réels ? Et si aucune ville de l'Étrurie centrale ne figure dans l'Enéide, n'est-ce pas qu'à l'époque où nous transportent les traditions et les légendes, les Étrusques, les vrais Tusci, n'avaient point encore paru sur la scène ? Agyllas Comars, Albalonga, villes pélasgiques, jouaient seules alors le rôle principal.

XIII. Les Celtes. Premières trihis celtiques connues des Grecs. — Des témoignages authentiques d'Hécatée, de Scylax, etc., et la légende argonautique nous permettent d'affirmer qu'au milieu du troisième siècle avant notre ère, les Celtes de l'Éridan et des vallées du haut Rhône, les Celles des grands lacs entre la forêt Hircinienne et la Ligurie, avaient déjà une réputation légendaire bien élablie, qui leur permettait de jouer un rôle à côté des Lygiens dans des événements remontant au temps d'Hercule. Plusieurs passages des écrivains anciens concernant les Hyperboréens, ont trait réellement aux Celtes du Rhône. Diodore, cinquante ans avant notre ère, disait : On appelle Celtes les peuples qui habitent au-dessus de Marseille, entre les Alpes et les Pyrénées. Il ajoutait : les populations situées "plus au nord sont distinctes des Celles, et de race différente : ce sont les Galates.

XIV. Ère gauloise. Les armes de fer. — A l'ère celtique succède l'ère gauloise, caractérisée par la prédominance du fer, et plusieurs autres modifications dans les habitudes, les mœurs, l'industrie et les costumes, etc. L'épée de bronze disparaît, l'inhumation sous lumulus ou en pleine terre remplace l'inhumation daus les chambres mégalithiques. La région par excellence de l'ère gauloise est l'est de la Gaule, la région qu'occupèrent plus lard les Francs et les Bourguignons.

XV. Tumulus gaulois de la commune de Magmj-Lambert, Côte-d'Or. — Deux faits sont arrivés à la certitude : 1° la série des objets recueillis en Gaule à partir des temps les plus reculés, jusqu'à la fin de l'époque mérovingienne, forme un nombre inappréciable de couches ou assises successives dis-

tinctes, de caractère Irès-lranché, h l'aide desquelles on peut former une sorte de coupe stratigraphinue ; 2° le caractère lypitliie de chaque couche ne provient pas de l'évolution ou épanouissement d'un germe qui se développe régulièrement» comme fait l'embryon dans les êtres vivants, mais bien plutôt par des modifications successives ou diverses, que des influences étrangères à notre pays et faciles à saisir ont imprimées à l'élément indigène. Ainsi, dans la fouille de 3Iagny- Lambert, on trouve h côté de l'épée, du bracelet et du vase en argile gaulois, un ciste ou sceau et une coupe qui forcent à tourner les regards du côté delà vallée du Danube ou de la "haute Italie ; une mince feuille d'or repoussée et une perle émaillée rappelant les îles de la Grèce; un anneau de jambe à enrouletnent qui a des analogues en Hongrie, en Mecklem- Lourg ou en Danemark. La Gaule, à cette époque, était donc en relation avec des contrées très-diverses, et particulièrement avec le monde grec et étrusque.

XVI. Les vases étrusques découverts au-delà des Alpes. — La présence de beaux vases, peints, en bronze ou en terre, en Suisse, en Bavière, en France, etc., ne peut s'expliquer que comme étant le fruit des rapines de ces peuplades barbares; ces vases apparaissent à une certaine date, disparaissent aune autre, en parfait accord avec ce que l'histoire nous apprend des Gaulois ouGalates en-deçi^ ou au-deh\ des Alpes. L'accumulation de ces vases dans la vallée de la Sarre rend probable que là était l'établissement central des bandes gauloises les plus riches et les plus hardies.

XVII. Découvertes d'objets gaulois en Italie. Armes et fibules. — On retrouve dans le cimetière de Marzabotto (Apennins) le pendant des vases et coupes étrusques découverts au nord des Alpes au milieu des armes étrusques, c'est-à-dire des armes gauloises enterrées au sud des Alpes à côté d'armes étrusques. Les sépultures gauloises de la Marne, et les sépultures étrusques de Marzabotto, sont vraisemblablement contemporaines et remontent à une date qui peut flotter de 300 environ à 2o0 avant J.-G. Cette date est en rapport parfait avec les événements historiques que tout le monde connaît ; la défaite des Gaulois et des Étrusques près du lac de Vadimon, par Dolabella, en 283, le pillage de Delphes, en 278, etc.

XVIII, Le casque de Berrii. — Au mois do septembre 1872, au lieu dit le Terrage, à 2 kilomètres de Berru, un cultivateur découvrit une fosse orientée, renfermant le squelette d'un homme enseveli en grand costume, couché très-probablement sur son char de guerre ou de parade. Vers les pieds du squelette se trouvaient un grand nombre d'objets en métal, parmi lesquels un casque de forme conique, orné sur son pourtour de dessins fort originaux gravés à la pointe. Ce n'est pas un casque gaulois, ce n'est pas un casque romain ; ni le travail, ni Fornementation n'indiquent un casque étrusque ; ce n'est pas non plus un casque grec, et rien n'autorise à le considérer comme un produit de l'art indigène. Force est donc de lui donner une origine ou une inspiration orientale directe; d'autant plus qu'il rappelle les casques assyriens du palais de Sargon, cônes surmontés d'un bouton.

XIX. Les Galates ou Gaulois. — Les termes Galli ou Galatœ apparaissent dans l'histoire à un moment dont on peut déterminer la date avec une approximation suffisante. Ce sont les bandes guerrières qui, après avoir envahi la haute Italie, s'étaient avancées jusqu'à Rome, l'an 390 avant notre ère. Elles occupaient le sud de la Gaule et s'étendaient de l'autre côté des Alpes. Le nom des Galli fut très-précis à l'origine. D'après Polybe et d'autres historiens, c'étaient des hommes du Nord. Il faut absolument faire des Celtes et des Galates (Galli, Gaulois) deux branches distinctes. Les Celtes mentionnés par Hécatée 500 ans avant Jésus-Christ, qui occupaient en majorité les régions du couchant, sont bien une antique et puissante race, qui prit possession de oOO à 600 ans avant notre ère, par quelques-unes de ses tribus, des contrées de la haute Italie. Les Gaulois au contraire, partis des rives du Cher, de l'Allier, du Rhône, n'ont pu occuper la Cisalpine avant l'an 300. L'archéologie est d'accord avec l'histoire pour faire des Gaulois ou Galates un anneau particulier de la série formant la chaîne de notre histoire nationale. En résumé, dans le classement de nos antiquités nationales, aux époques déjà reçues par l'usage, renaissance^ moyen âge, me'rovingienne ou franqiie^ romaine, gauloise, force est d'ajouter désormais une période antérieure celtique, aussi distincte de la période gauloise que la période gauloise l'est de la période romaine.

8b* LES SPLENDEULS DE LA FOI.

XX. De la valeur des expressions Celtes ou Galates dans Polij'^e. — Dans les trente-sept derniers livres de Poljbe, le terme « Galates » a un sens propre et distinct du mot «Celles », et s'applique à des populations de race celtique, sans doute, mais ayant certainement une organisation particulière, et que l'on peut délimiter géographiquement. Le centre d'action de ces tribus, la ruche principale d'oii partent les essaims, doit être placée sur le haut Danube, en Thrace, vers les rives du Bosphore, et plus tard dans l'Asie Mineure. Partout pour Polybe, les Galates senties bandes armées des Transalpins, qui descendus en Italie, à plusieurs reprises, depuis l'an 370, se trouvent mêlés aux Celles dans les combats contre Rome.

Ce bel et bon ouvrage se termine par deux annexes bien précieuses. Annexe A. Liste des cavernes habitées ou sépulcrales de laFrance, classées par ordre de département, d'après le Dictionnaire d'archéologie de la Gaule. — Annexe B. Liste des dolmens et allées couvertes de la Gaule, rangées par ordre de département, d'après les documenls recueillis par la Commission de la topographie des Gaules.

La lettre que M. Alexandre Bertrand a bien voulu m'écrire donne une plus grande portée encore à son livre : « Votre appréciation de V Archéologie celtique et gauloise me confirme dans la pensée que mon livre ne sera pas inutile à la vulgarisation d'une science très-compromise par les exagérations systématiques. Mon principal, je dirais volontiers mon seul mérite, est d'avoir cherché patiemment la vérité, avec une entière bonne foi et sans aucun parti pris. Depuis quinze

ans j'ai dit successivement, sans me laisser enchaîner à

aucune doctrine, et avec une indépendance qui m'a valu plus d'une inimitié, ce qui me paraissait vrai, ou au moins vraisemblable. Il s'est trouvé à la fin que ces parcelles de vérité s'attiraient pour ainsi dire l'une l'autre par des liens secrets.

« Je prépare maintenant un ouvrage d'ensemble sur le même sujet. Les encouragements que je reçois de toutes parts me font espérer que je le mènerai à bonne tin. »

Appendice î.

LES ÉTUDES PRÉHISTORIQUES DE LA LIBRE PENSÉE DEVANT LA SCIENCE. — LES FOUILLEURS DE SOLUTRÉ PAR M. CHABAS. — • LE GISEMENT PRÉHISTORIQUE DU MONT-DOL PAR M. l'aBBÉ HAMARD.

Études historiques de la libre pensée. — Réponse à M. G. de Mortillet, par M. F. C/iabas, correspondant de l'Institut de France.

« En août 1872, j'ai publié un ouvrage intitulé : Études sur Vantiquité historique d'après les sources égyptiennes et les monuments préhistoriques

« Frappé de l'assurance avec laquelle les disciples de votre école tranchent les questions d'histoire et de chronologie, j'ai cherché à déterminer, d'une part, les limites les plus reculées de la véritable histoire, et, d'autre part, les points de contact entre l'histoire et ce que vous appelez la préhistoire (âges de pierre, de bronze et de fer). J'ai pu reculer les limites de la civilisation historique jusqu'au xl« siècle avant notre ère, sans faire un pas dans le domaine de la mythologie. Puis, j'ai montré l'antiquité de l'usage des métaux sur les rives du Nil, et la variété de leurs emplois comme outils aux époques les plus reculées

« Par des faits dont les preuves sont saisissables pour tous, il est bien établi que les peuples des îles et du littoral de la Méditerranée ont pu avoir, il y a plus de cinquante siècles, des contacts avec les Egyptiens, et par conséquent apprendre à connaître tous les métaux y compris le fer

« Ayant ainsi déterminé la date possible de l'introduction des métaux en Europe, j'ai recherché dans un chapitre spécial les traces historiques de l'emploi des outils de pierre et d'os à des époques oîi les métaux étaient vulgairement connus. Des faits que j'ai cités, tels que l'usage des tlèches de silex à tranchants droits à une époque presque récente de l'histoire d'Egypte, etc.;

il esl aisé de conclure que la vulgarisation du fer et de ses emplois n'avait pas extirpé complélcment l'usage de la pierre...

« J'ai traité des résultats acquis par les découvertes faites dans les gisements réputés préhistoriques, et discuté les traces historiques de l'existence d'un âge de pierre. Je conclus de cette étude que ni la Bible ni aucun historien no nous parlent d'une époque de ce genre...

« Puis j'étudie les stations dites de la pierre polie, principalement celles des bords de la Saône...

« Les dépôts romains coupent à peu prés en deux parties égales l'épaisseur des alluvions que la Saône a déposées, depuis le premier gisement de silex travaillés jusqu'à nos jours. Si l'accroissement périodique a suivi une marche semblable dans les deux périodes, aux quinze cents ans de date moyenne de l'époque romaine dans nos localités, il faut ajouter quinze cents ans pour arriver aux plus anciens dépôts de la pierre polie qui remonteraient ainsi à trois mille années...

« Que l'on admette, si l'on veut, trente-cinq siècles, ce qui me paraît invraisemblable, nous ne serons pas pour cela rejetés hors des limites de l'histoire, et l'âge de pierre, en Bourgogne du moins, n'exigera nulle modification de nos idées classiques sur la chronologie, en tant qu'il s'agit de la période pendant laquelle la hachette polie et les flèches à ailerons étaient d'usage habituel...

« Il n'est en aucune manière nécessaire d'admettre un long intervalle entre deux époques paléolithique et néolithique qui ont tant de points d'analogie.

« L'homme de la période dite paléolithique n'apparaît en aucune manière inférieur en adresse et en intelligence à celui des temps de la hache polie.

« La seule circonstance qui soit de nature à entraîner l'idée d'une antiquité uu peu reculée, c'est la coexistence avec l'homme, dans nos climats, d'animaux dont la race a disparu ou qui ont émigré. J'ai consacré un long paragraphe- à ce sujet important, et me suis efforcé de démontrer que cette modification de la faune ne nécessite pas l'intervention de chiffres d'années bien considérables.

« Le très-savant et Irès-respectablo M. E. Lartet n'ajoutait pas foi à la haute antiquité de la disparition du renne.

« M. Gosse a trouvé le renne dans une sépulture, avec des bâtons de commandement, des silex grossiers et des plaques

d'or portant des dessins au trait. Tout cela ne semble pas nous reporter h une date bien reculée.

« Des autres espèces de la faune quaternaire, les unes se sont éloignées et ont émigré dans toutes les directions, ou môme simplement en altitude, d'autres ont disparu et sont aujourd'hui considérées comme espèces éteintes. Mais des animaux des mêmes genres : éléphants, rhinocéros, hippopotames, lions vivent aujourd'hui sous des latitudes méridionales ; les cerfs se trouvent encore au nord comme au sud. L'ours a émigré vers le Nord, ou au moins- vers les régions élevées et froides. Enfin d'autres espèces quaternaires habitent toujours les localités où nous trouvons leurs restes fossiles...

« La poterie était connue à l'époque du renne...

« De la poterie d'aspect semblable à la poterie néolithique a été trouvée dans des foyers non remaniés de l'âge du renne,

« M. Perrault ausi a trouvé de la poterie au fond de la grotte de RuUy (renne, mammouth, etc.).

« On a fouillé près de Schafiouse des grottes caractérisées par des débris d'industrie paléolithique et une faune quaternaire, avec des ossements d'animaux domestiques...

a Dans la caverne de Wierzchen, M. Zavisza a trouvé des ossements quaternaires mêlés à des objets de l'époque néolithique. M. le chevalier de Rossi a trouvé le renne néolithique à la caverne du Monte del Gioie et dans les tombeaux de Cantalupo, et ce savant éminent considère comme prouvé jusqu'à l'évidence que l'âge néolithique ne peut pas être très-éloigné de la vraie histoire...

« Si les silex de Thenay ont été travaillés par l'homme, vos lois paléontologiques sont renversées, et, si c'est par un animal anthropoïde, vous devrez convenir que cette quasi-brute qui savait allumer le feu pour faire éclater ses silex, avait dans sa vie habituelle besoin d'instruments assez délicats, de grattoirs pour dépouiller les peaux, de poinçons pour les coudre, etc. En quoi était-il donc inférieur aux sauvages de l'Australie, dont certaines tribus n'ont pas su jusqu'à présent tailler le silex, et ne possèdent ni armes ni outils?...

« L'homme issu de l'anlhropopithèque réside encore dans le domaine des plus vagues hypothèses, eJ c'est sur cette hypothèse que repose l'enchaînement des âges préhistoriques ; car si au lieu de tout attribuer au développement des forces de la nature, dontles archives sont en si mauvais étal, et de n'expli-

92* LES SPLENDEURS DE LA lOI.

quer par là aucune des causes premières nous admettons l'intervention d'un créateur qui aurait établi ces lois et en réglerait incessamment Tapplicalion, nous ne pouvons plus guère poser en principe le fait du dénuement et de la barbarie originelle du premier ou des premiers hommes...

« Les traditionshumaines qui partout ont conservé le souvenir d'époques fabuleuses, d'événements surnaturels, ne mentionnent en aucune maniwe ces longues périodes d'élal sauvage par lesquelles l'humanité aurait débuté sur la terre. »

Les Fouilleurs de Solutré. Lettre de M. Chabas enrépoyise aune lettre ouverte de M. Arcelin et Ducros. — A propos du squelelle découvei-t dans les fouilles de Solutré, en présence des membres de l'Association française pour l'avancement des sciences, squelette dont Carll Vogt avait osé dire qu'il était celui d'un homme plus vieux que le prétendu juif appelé Adam, JL Chabas n'hésite pas à dire : l'assemblage d'objets caractéristiques de l'époque du renne manquait à la sépulture; s'il existait des traces de foyer, il faut songer aux inhumations postérieures qui, d'après l'abbé Ducrost, ont pu se continuer dans ces conditions jusqu'au temps gallo-romain. L'orienlalion était celle des sépultures burgondes ou franques, de l'antiquité chrétienne et du moyen âge. Je regrette de n'avoir pas reçu à temps pour pouvoir le publier, le rapport sur l'inhumation à Solutré en présence de M. Etienne Recomar d'un squelette en tout semblable à celui de Vogt et qui portait entre ses doigts un anneau de bronze. L'homme de Solutré appartenait donc à l'iigc de bronze.

Le Gisement préhistorique du Mont-Dol, par M. l'abbé Hamard. Conclusions. — Le gisement du Mont-Dol, préhistorique en ce sens qu'il est étranger a l'histoire, ne lui est cependant pas antérieur. Deux motifs tendraient, à première vue, à lui faire altiibuer une haute antiquité : la forme grossière de ses instruments de pierre et la nature de ses ossements qui, pour la plupart, appartiennent à des animaux disparus de la contrée. Or ni l'un ni l'autre de ces motifs ne nous semblent déterminants. El d'abord si, d'une part, il est très-probable, qu'il y a eu en France un temn>; où l'homme ne faisait usage que d'instruments de pierre t;!.;. ■. il est plus certain encore que cet usage s'est continué [icudant l'ère celtique, à une

époque où déjà Ton polissait la pierre, et dès lors, si la pierre caractérise une période récente, la pierre taillée n'en caractérise aucune. De tout temps, en effet, Thomme privé des métaux, a dû employer de préférence certaines substances minérales à Fétat brut ; les polir, c'eût été en rendre l'usage impossible. Aussi, quand on pense combien il était difticile d'utiliser pour un travail quelconque la plupart des «-.«/fœ on haches polies, que renferment nos musées, on est tenté de se demander si jamais elles ont été destinées à servir, si toutes n'étaient point des armes de luxe et de fantaisie, des bijoux ou di'S objets votifs, et, par suite, s'il ne faut point rayer complètement de la chronologie préhistorique la prétendue période de la pierre polie. L'homme qui, par exemple, avait le silex sous la main, allait-il s'amuser à le polir pour en faire un instrument plus que médiocre, alors que pour en obtenir un couteau excellent, une lame tranchante, un poinçon aigu, il lui suffisait d'en détacher un éclat?

Or si l'âge du silex du Monl-Dol ne prouve pas' l'antiquité du gisement, la présence en ce lieu d'ossements appartenant à des animaux ne l'établit pas davaniage. Les documents historiques, si confus qu'ils soient, que nous possédons sur les premiers temps de notre ère, nous laissent entrevoir tous ces animaux vivant en liberté dans les vastes forêts qui recouvraient alors une grande partie de notre territoire, surtout en Bretagne.

La découverte de leurs ossements n'a donc pas lieu de nous surprendre exlraordinairement.

Ces difficultés écartées, reste les arguments directs.

Les oscillations du sol que nous avons trouvées inscrites pour ainsi dire dans le gisement du Mout-Dol, nous les avons trouvées également mentionnées par les traditions, confirmées par de nombreuses découvertes et rapportées par les unes et les autres à une même époque. Nous savons quelle est cette époque ; nous savons, d'autre part, que l'origine du gisement lui est antérieure ; nous pouvons donc en fixer la date approximative; c'est, avons-nous dit, le commencement de l'ère actuelle.

Quelques considérations sont venues confirmer cette date. Nous savons d'une façon certaine que deux des animaux dont on a découvert les ossements au Mont-Dol ont vécu dans cette localité pendant les premiers siècles de notre ère. N'est-il

pas permis d'en conclure que les autres animaux dont les restes font partie du même gisement ont vécu îi la même époque?

Nous avons montré, en outre, que selon toute apparence, notre gisement était contemporain des monuments mégalithiques de la Bretagne ; nous avons vu, d'autre part, que ces monuments, presque tous d'origine celtique, appartiennent pour le plus grand nombre, selon M. Fergunon, k l'ère chrétienne. N'est-ce pas là encore un puissant argument à l'appui de notre opinion?

Répélons-le cependant, en terminant. Nous n'avons point prétendu fixer d'une façon absolument précise l'origine du gisement du Mont-Dol. Tout ce que nous prétendons, c'est qu'il est contemporain de cette ancienne forêt de Lciny qui couvrit jadis le pays de Dol et la baie actuelle du Mont-S'aint- Michel. 11 ne saurait donc être postérieur h l'époque de la submersion de ce pays par la mer, c'est-à-dire vraisemblablement aâ vil** siècle ; mais il peut lui être de beaucoup antérieur.

Est-ce à dire que l'on puisse reporter l'origine de ce gisement jusqu'au temps d'Homère, comme le proposait naguère le R. P. de Vali'oger, de si regrettable mémoire. Nous ne le pensons pas, et les lignes qui précèdent nous semblent justifier celle manière de voir. La date plus rapprochée que nous proposons doit paraître moins arbitraire ; si, d'un côté, elle heurte plus de préjugés, elle a, de l'autre, l'avanlage de s'appuyer sur quelques raisons. Nous n'espérons pas que tout le monde approuve noire argumentation ; mais on ne saurait le nier, elle constitue en faveur de notre date une probabilité qui n'existe pour aucune autre ; elle tend à rajeunir les espèces dites quaternaires et, conséquemment, l'homme lui-même, leur compagnon dans les temps préhistoriques. Que d'autres découvertes semblables se produisent, et bientôt Ton sera forcé de reconnaître que ces animaux, dont la coexistence avec l'homme était tout récemment en question, ont vécu pour ainsi dire de nos jours. Nous n'avons aujourd'hui encore qu'une probabilité, espérons que demain nous aurons une certitude.

Appendice J.

L'espèce humaine, par M. de Quatrefages, membre de VJnstitut {Académie des sciences), professeur d'anthropologie au Muséum dliistoire naturelle. '■ — Ce résumé, lu par l'auteur luimême en pleine séance de l'Académie des sciences, prouvera que cette grande autorité zoologique et paléontologique est, dans les conclusions essentielles : unité d'origine, d'espèce, de berceau, de création de toutes les races humaines, en parfait accord avec la Révélation, ou que ses conclusions sont les nôtres. Il admet l'apparition relativement récente de Thomme sur la terre ; il reste quelque vague à la date qu'il assigne à l'antiquité absolue, sept à huit mille ans, parce que, contrairement à sa première opinion, il a cru devoir faire intervenir la géologie, qui n'avait rien â y voir.

« Je me suis efforcé de condenser, dans ce livre, un ensemble de faits et d'idées représentant environ trois années de mon enseignement au Muséum, et comprenant presque toutes les principales questions générales de l'anthropologie. C'est dire qu'il s'agit d'une esquisse et non d'un ouvrage développé ; mais peut-être la brièveté même de ce travail permettra-t-elie de mieux saisir l'enchaînement des faits et la fdialion des idées. Ici, comme dans mon enseignement, je me suis strictement maintenu dans les limites du terrain scientifique. Pour tout ce qui n'est pas exclusivement humain, c'est-à-dire pour tout ce qui est en dehors des phénomènes de moralité et de religiosité, l'homme doit rentrer dans les lois générales. A mes yeux, toute solution, pour être bonne, c'est-à-dire vraie, doit ramener l'homme aux lois générales reconnues chez les autres êtres organisés et vivants.

« La première question qui se présente en anthropologie est celle de l'unité ou de la multiplicité spécifique de l'homme : j'ai dCi la traiter avec quelque développement. On sait que cette question partage les anlhropologistes en deux camps : les

folijgénistes, qui admettent rexistence de pluftienrs espèces d'hommes caractérisées par des ditïérences de taille, de traits, de teint, etc., que présentent les divers groupes humains ; et les monogénistes , qui ne voient dans ces mêmes groupes qu'autant de races iVune seule et même espèce. Ajoutons que les polygénistes sont en même temps autocld/ionistes, c'est-àdire qu'ils regardent leurs espèces humaines comme ayant pris naissance sur les divers points du globe où nous les avons rencontrées, ou sur lesquels l'histoire les montre pour la première fois. L'application rigoureuse de lois physiologiques communes aux animaux et aux végétaux, conduit invinciblement à regarder tous les groupes humains comme étant de même espèce et comme séparés seulement par des différences de races. Mais ces races ne pourraient-elles pas avoir pris naissance isolément? Cette opinion, espèce de compromis entre le monogéuisme et le polygénisme, a été soutenue par Agassiz, qui a admis pouf les populations humaines un véritable cosmopolitisme originel. Je ne puis néanmoins l'admettre, et j'ai le regret d'avoir à. combattre, sur ce point, un des hommes dont j'ai de tout temps estimé au plus haut point le savoir et le caractère. Pour résoudre cette question du lieu d'origine, ce n'est plus à la physiologie qu'il faut demander des renseignements : c'est à la géographie botanique et zoologique. Là aussi, nous trouvons des lois communes aux plantes aussi bien qu'aux animaux. L'homme doit rentrer dans ces lois. Or la théorie du cosmopolitisme initial le met en opposition avec elles ; donc elle ne peut être vraie. L'application à l'homme des lois qui régissent la distribution des autres êtres organisés conduit à admettre pour lui un cantonnement primitif, à le considérer, comme le type caractéristique d'un centre de création, ou mieux d'apparition unique et relativement Irès-restreint. Un ensemble de faits dont je ne puis aborder ici rénumération, permet de placer le centre d'apparition humain, soit dans le grand bassin que circonscrivent l'Himalava, le Bolor, l'Ala-Tau, l'Altaï ou ses dérivés, le Félina et le Kuen-Loun, soit au nord même de celte région. En tout cas, aucun des faits recueillis jusqu'ici ne permet de placer le berceau de notre espèce ailleurs qu'en Asie. Rien non plus n'autorise à le chercher dans les régions chaudes soit des continents actuels, soit d'une terre hypothétique qui aurait disparu. Cette pensée repose uniquement sur la croyance que

le climat du globe, au moment de l'appant'ion de l'homme, était ce qu'il est aujourd'hui. Mais les découvertes modernes ont montré que l'on se trompait. S'il nous est possible de former, dès à présent, quelques conjectures probables, relativement au point du globe oîi a paru d'abord l'espèce humaine, nous ne saurions encore présumer quoi que ce soit de plausible sur l'origine de celte espèce, non plus que d'aucune autre. J'ai dû exposer succinctement les théories fort diverses émises à ce sujet par MM. Darv/in, Wallace, G. Vogt, Haeckel, Naudin, etc.; mais j'ai dû aussi combattre toutes ces conceptions, au nom de la science reposant sur l'observation et l'expérience. Ce n'est pas que j'anathématise ou que je blâme outre mesure les hardiesses de ceu.'c qui cherchent dans l'action des causes secondes l'explication du monde organique; seulement j'ai dû montrer qu'ils ont vraiment fait la part trop large à l'hypothèse, qu'ils ont trop souvent oublié le savoir positif acquis par leurs devanciers, et, par suite, tiré de prémisses vraies des conséquenses erronées. C'est ainsi qu'ils ont cru avoir expliqué ce qui ne l'était pas. Voilà ce que j'ai voulu montrer, au risque d'être traité d'esprit timide ou routinier. Je me suis efforcé de résumer le débat : les lecteurs impartiaux, et sans préjugés choisiront entre nous. Quoi qu'il en soit, l'espèce humaine, primitivement cantonnée sur un point du globe, probablement situé au centre ou vers le nord de l'Asie, est aujourd'hui partout. Elle a donc dû se répandre en tous sens, et le peuplement du globe n'a pu se faire que par des migrations. Les polygénistes ont généralement déclaré cellesci impossibles. Pour répondre à cette objection, faite à la doctrine monogéniste, je n'ai eu que l'embarras du choix. L'exode des Kaimouks du Volga, l'histoire abrégée des migrations polynésiennes, aujourd'hui connues en partie jusque dans les moindres détails, celle des migrations en Amérique de populations asiatiques et européennes, attestées par des récits précis, par la linguistique, par l'histoire, répondent surabondamment à ce qu'on a pu alléguer en faveur de l'autochthonisme. Les migrations transportant l'homme de son centre d'apparition sur les points les plus opposés du globe» lui imposaient la nécessité de se faire aux milieux les plus divers. La plupart des polygénistes ont nié d'une manière plus ou moins absolue que les hommes pussent vivre et se propager dans des régions autres que celles oîi ont vécu leurs Il 7*

pères. Ici encore il est facile de répondre par des faits appuyés sur des chiffres. La rapidité du peuplement de l'Acadie, ce qui se passe de nos jours en Polynésie, témoignent que le blanc européen peut prospérer sous les climats les plus divers. Les voyages qui ont conduit l'homme de son point de départ partout où nous le trouvons aujourd'hui, ont commencé aune époque antérieure à Tépoque géologique actuelle. Que notre espèce ait traversé tous les temps quaternaires, qu'elle ait vécu en Europe pendant la période de transition qui relie ces temps à l'époque tertiaire, c'est ce qu'on ne peut plus nier aujourd'hui. Quant à son existence dans les temps plus reculés, elle est encore discutée ; et, si je crois personnellement à l'homme tertiaire, après avoir examiné de très-près les pièces recueillies par MM. Capcllini et l'abbé Bourgeois, je reconnais sans peine qu'il est permis de conserver encore des doutes à cet égard. Quoi qu'il en soit, l'homme tertiaire ne nous est connu que par quelques rares spécimens d'une industrie des plus primitives. Il en est autrement de l'homme quaternaire. L'Académie voudra bien se rappeler que nous lui avons soumis, M. Hamy et moi, la description d'un assez grand nombre de têtes datant de cette époque. Elle sait, d'ailleurs, que les renseignements recueillis sur ces races fossiles ne s'arrêtent pas là ; que l'on possède des squelettes entiers et de très-nombreux spécimens d'industries fort variées. En réunissant ces diverses données, j'ai pu esquisser une histoire assez détaillée de ces races. J'ai surtout insisté sur la magnifique race de Cro-Magnon, qui a dû ressembler beaucoup i\ nos Peaux-Rouges modernes, mais à laquelle ses aptitudes progressives et les instincts artistiques dont elle a laissé tant de preuves assignent une place à part parmi toutes les populations sauvages. Dans celte étude, en somme assez détaillée, j'ai toujours considéré les caractères au point de vue du botaniste et du zoologiste. J'ai eu, par conséquent, à réfuter parfois diverses appréciations, au moins prématurées, quant à la signification de certains traits considérés à tort comme indices tantôt de supériorité, tantôt d'infériorité. En particulier, j'ai dû combattre à diverses reprises les expressions de caractère simien, caractère d'animalité employés trop souvent par ceux-là mêmes qui repoussent les conséquences tirées de leurs ouvrages par des disciples trop aventureux ou insuffisamment instruits. En fait, l'organisme humain est construit

sur le plan général de celui des mammifères, et les ressemblances qui le rapprochent de celui des singes sont incontestables ; mais il existe aussi des différences sensibles et constantes. Les modifications très-secondaires résultant chez nous de la formation des races accroissent ou diminuent quelque peu la distance qui nous sépare des animaux les plus élevés, sans jamais nous confondre avec eux, fût-ce par la forme du moindre de nos os. Huxley, malgré ses convictions darwinistes, est le premier à le proclamer. Pourquoi donc aller chercher chez les animaux un terme de comparaison pour l'opposer à je ne sais quel type humain que personne ne précise? Pourquoi surtout oublier l'embryon, le fœtus humain et l'enfant? C'est bien plutôt dans leurs états transitoires, dans leur évolution progressive, dans les phénomènes d'arrêt ou d'excès de développement, qu'il faut chercher l'explication des oscillations organiques présentées par les divers types de races. C'est ce que j'ai tâché de faire en opposant la théorie évolutive humaine h la théorie simienne. J'ai plus particulièrement insisté sur les caractères fournis par le corps, et examiné successivement ceux que l'on peut tirer de la morphologie, de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie. Toutefois, je ne pouvais passer sous silence les caractères intellectuels, non plus que les phénomènes exclusivement humains de la religiosité et de la moralité. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'en m'occupant de ces derniers, je suis resté exclusivement naturaliste, j'ai scrupuleusement respecté le terrain de la philosophie aussi bien que do la théologie. »

Le Darwinisme. Extrait du rapport de M. Blanchard sur les travaux des membres des sociétés savantes, en 1876.

M. Grand'Eury, mettant à profit la bonne fortune d'avoir pu recueillir des restes où la structure du végétal était intacte, s'est appliqué à saisir les ressemblances des plantes carbonifères avec les types qui s'en éloignent le moins dans la natul'e actuelle, et de cette application a surgi l'évidence de certains rapports.... Dans cette flore houillère, où manquent les dicotylédonées à fruit recouvert d'un péricarpe, l'observateur comparant les plantes éteintes aux plantes vivantes les plus analogueSjVoit des prêles et des fougères qui l'emportent sur les proies et les fougères des temps actuels par le déve-

loppement et la complexité de la structure. Dans les lépidodendrons il voit des lycopodes conilères devenus des arbres; dans les conifères, des espèces d'une organisation plus riche que les espèces de notre époque. M. Gr.ANu'EL'iiY montre donc

LA RÉALITÉ EN OPPOSITION COMPLÈTE AVEC l'hYPOTIIÈSK DU DÉVE- LOPPEMENT PROGRESSIF. {Journal officiel, samedi 7 avril 1877.)

Uâge de la pierre polie et du bronze, dans les environs de Saint-Nazaire. Résultats inattendus et de la plus hante importance, de M. Kerviller, ingénieur des ponts et chaussées, à Nantes, Note de M. Alexandre Bertrand. 1" A l'origine et jusqu'à une époque récente, les environs de Saint-Nazaire, entre Halluard et Méans, formaient une baie toute parsemée d'îles, h la manière du Morbihan. Le Brevet n'avait pas son embouchure en Loire, à Méans, mais à Penhouet. 2° Vers le V' siècle avant notre ère, l'anse de Penhouet était habitée par une population maritime.... Cette population au crâne dolichocéphale (allongé) vivait en même temps que l'aurochs et le cerf; elle se servait d'instruments en corne et en bronze, d'armes et d'instruments en pierre.... 3" Au iii« siècle de notre ère, les mêmes rives étaient occupées par des Gallo-Romains. L'anse de Penhouet servait de nouveau de port. Ptolémée désignait ce port sous le nom de Brevatis portus, le port du Brevet. 4° Vers le viii^ siècle de notre ère, le Brevet, rencontrant un obstacle dans son lit vaseux, de Penhouet, se détourna de sa route, à i^ kilomètres environ de son embouchure et vint se jeter à Méans. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 9 avril 1877.)

Age de l'homme des cavernes. — La Nature anglaise, du 17 mai 1877, reproduit et déclare très-importantes les conclusions suivantes des leçons actuellement faites à Edimbourg, par M. le docteur Mitchell. L'étude attentive des armes de guerre et de chasse, en pierre, en os et en corne des premiers habitants de l'Europe occidentale, comme aussi de la Faune qui les entourait, comparée à la Faune moderne, prouve que l'antiquité de ces peuples de l'âge de la pierre, au lieu de remonter à dix ou cent mille ans, date seulement de quelques milliers d'années. C'est notre thèse.

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