‹ Les splendeurs de la foiChapitre 55 sur 110 · LA TERRE, CE?«TRE DU MONDE · texte numérisé non relu

LA TERRE, CE?«TRE DU MONDE

« que la terre ; elle embrasse rhiimanité, rien que riiuma- « nité, riiunianité descendue d'Adam et rachetée par le (( Christ... En dehors de cette grande économie du Christia- « nisme, atteignant rhiimanité adamique, doit-on admettre « dans les globes célestes des créatures intelligentes qui « aient avec la nôtre quelque analogie? Joseph de Maistre, « dont Taustère orthodoxie n'est un mystère pour personne, « inclinait à le croire ; de grands penseurs, dans la catho- « licite, y inclinent avec lui; et il importe trop peu de vous « dire ce que je pense moi-même pour vous exprimer sur ce « point mes préférences personnelles. Mais pour ce qui « concerne le dogme catholique, dont cette parole veut tou- « jours être un interprète fidèle, je n'éprouve, devant cette « grande hypothèse, aucun embarras ; je ne crains pas même « de dire que j'y trouve une ressource pour vous répondre à « vous-même, et une arme de plus pour le défendre contre « vos propres attaques. » Et en effet, le R. P. Félix opposait le secret de la pluralité des mondes aux scrupules que fait naître le dogme du petit nombre des élus. {Conférences de Notre-Dame de Paris, en 1863. Le mystère de la création et la science des Mondes.)

On aurait pu reprochera M. l'abbé Gratry, dans ses lettres SUR LA RELIGION, d'avoir vu avec Origène la pluralité des mondes habitables et habités, dans ces paroles de Jésus-Christ (saint Jean, ch. xetxiv): « J'ai encore d'autres brebis qui « ne sont point de cette bergerie. Elles aussi, je dois les « amener, pour qu'il n'y ait plus qu'une bergerie et qu'un ' « pasteur. 11 y a beaucoup de demeures dans la maison de « mon Père. Je vais vous préparer une place. » Mais on ne s'est pas effrayé d'entendre l'éloquent académicien s'écrier : « Je né puis penser aux habitants des autres mondes, sans <( qu'aussitôt ma raison et ma foi se redressent, et reprennent

« toute leur vigueur et leur élan. Je les vois, ces merveilleux « frères ; el dans cette multitude il en est, bien probablement, « de plus grands, de jlus beaux, de plus nobles et de plus « avancés que nous, plus capables d'amour indomptable et de « foi créatrice. Grâce à Dieu, déjà sur notre terre, quelles « nobles et splendides beautés, quels anges visibles, envoyés « de Dieu pour parler h. nos âmes et pour ouvrir nos cœurs ! « Que seront donc ces beautés plus grandes et plus nobles!» [Lettres sur la Religion, in-8°. Douniol, Paris, 18"69.)

Mais la question de la pluralité des mondes n'est pas une question de science, que Ton puisse opposer à la Foi ; et les analogies les plus vraisemblables ne vous donnent pas la certitude qu'il existe, en dehors de la terre, une créature intelligente dont on puisse affirmer, comme la Révélation l'affirme de l'homme, qu'il est si grand, que l'univers matériel, quoique immense, est moins grand que lui, puisque de faitil a su l'embrasser et le concentrer en lui.

Substituons l'homme à la terre et la prétendue erreur géocentrique devient une grande et consolante vérité. Ecoutons un témoin qui ne saurait être suspect, François Ârago, savant illustre entre tous, qui parlait le langage de la science pure, sans se douter même qu'il parlait le langage de la foi. {Notices historiques^ t. II, p. 278. Biogi^aphie de Bailly.) « Lorsque par des mesures dans lesquelles l'évidence de la « méthode marche l'égale de la précision des résultats, le « volume de la terre est réduit à moins de la millionième « partie du volume du soleil ; lorsque le soleil lui-même, « transporté dans la région des étoiles, va prendre une trèsce modeste place parmi les milliards de ces astres que le télesc( cope a signalés ; lorsque les 38 millions de lieues qui sépa- « rent la terre du soleil sont devenues, à raison de leur peti-

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« tesse comparative, une base totalement impropre à la «recherche des dimensions du monde visible; lorsque la « vitesse des rayons lumineux (70,000 lieues par seconde) « suffit à peine aux évaluations de la science ; lorsque, enfin, « par un enchaînement de preuves irrésistibles, certaines « étoiles sont reculées jusqu'à des distances que la lumière « ne franchirait pas en moins d'un million d'années, nous « restons comme anéantis sous cette immensité. En donnant « à l'homme, à la planète qu'il habite, une si petite place « dans le monde matériel, l'astronomie semble vraiment « n'avoir fait de progrès que pour nous humilier. Si, envisa- « géant ensuite la question d'un autre point de vue, on réflé- « chit sur la faiblesse extrême des moyens naturels à l'aide « desquels tant de grands problèmes ont été abordés et réso- « lus ; si l'on considère que pour saisir et mesurer la plupart « des quantités, formant aujourd'hui la base des calculs « astronomiques, l'homme a dû beaucoup perfectionner le « plus délicat de ses organes, et ajouter immensément à la « puissance de son œil ; si l'on remarque qu'il ne lui était pas « moins nécessaire de découvrir des méthodes propres à « mesurer de très-longs intervalles de temps, jusqu'à la pré- « cision d'un dixième ; de combattre les plus microscopiques « effets que des variations continuelles de température produi- « sent sur les métaux, et, dès lors, sur tous ses instruments ; « de se garantir des illusions sans nombre que sème sur la route « des rayons lumineux l'atmosphère froide ou chaude, sèche ou « humide, tranquille ou agitée, à travers laquelle se font « inévitablement ses observations, l'être débile reprend tous « ses avantages. A côté de ces œuvres merveilleuses de l'es- <( prit, qu'importe la faiblesse, la fragilité de notre corps ? « Qu'importent les dimensions de la planète notre demeure, « du grain de sable sur lequel il nous est échu d'apparaître

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« quelques instants ? » Voilà la science vraie et c'est aussi la foi! L'homme est une grande, une très-grande chose! Mayna res est homol Et M. Louis Buchner ose se vanter d'avoir doné

1>E BASE SCIEMIFIQUE A l'oPINION QUI COSIDÈRE l'iIÛMME SLM- PLEME.M COMME UN HEJETO.N DU MONDE ANLMAL AMBIANT ! QucUc

rage cependant que de s'obstiner ainsi à se rabaisser au niveau des bêtes de somme sans raison !

Pour quelques instants! Cette parole bien triste échappée à l'âme trop peu croyante de François Arago me rappelle une autre extravagance des apôtres de la fausse science. Le génie de l'homme a, en effet, sondé les profondeurs des cieux. Il y a découvert toute un* armée d'astres divers : des nébuleuses, mondes en voie de formation ou amas condensés d'étoiles ; des étoiles simples ou multiples, blanches ou colorées, à éclat fixe ou changeantes; le soleil avec sa chromosphère, sa photosphère, sa couronne, ses taches, ses facules, son pointillé, ses protubérances, etc., etc; des planètes avec leiii's bandes, leurs anneaux, leurs satellites ; des comètes, des bolides, des aérolithes, des étoiles filantes ; la matière cosmique, la lumière zodiacale, les aurores polaires, etc., etc. Mais ces astres, ou ces corps en nombre incalculable et de volumes souvent énormes, l'homme ne fait que les entrevoir; ils restent fatalement pour lui autant d'inconnues, de mystères, d'énigmes impénétrables. Les douze cents millions d'étoiles de la première à la quinzième grandeur que les astronomes ont pu discerner, à l'œil nu ou armé des magnifiques instruments créés par lui, sont restés pour lui de simples points lumineux ; et aujourd'hui encore je les vois réduits à s'écrier avec le Sage: « La splendeur des étoiles est la beauté du ciel, c'est le Seigneur qui illumine l'univers des hauteurs du firmament. » Que sont individuellement ces astres ou ces mondes? Nous n'en savons rien. Comme pour exciter notre curiosité, l'un d'eux.

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un jour a brillé d'un éclat tout nouveau, pour s'éteindre quelques jours plus tard. Nous avons pu soupçonner qu'il avait ouvert ses flancs, et lancé dans l'espace des torrents d'hydrogène enflammé, dont la combustion se manifestait à nous, après plusieurs années. Mais que sont ces aperçus si lointains <L si vagues? N'est-il pas évident que dans les doctrines des Vogt, des Bucliner, etc., etc., le ciel étoile serait un cruel défi jeté à l'homme? non plus par Dieu (Dieu pour eux n'est qu'un mot vide de sens), mais par la nature qu'ils personnifient, et qui ne serait pour l'homme qu'une marâtre. Combien sont plus consolants les enseignements de la foi ! Fidèle interprète des desseins de Dieu, le roi-prophète a dit dans un saint transport : Je verilu donc les cieux, ouvrage de vos mains, la lune et LES étoiles que VOUS AVEZ AFFERMIES. )) « Ici-bas, disait de son « côté le grand apôtre, nous ne voyons que dans le miroir, et « tout reste pour nous une énigme, mais un jour nous verrons « Dieu face à face, et en elles-mêmes les créatures de Dieu. » Dans ma conviction profonde, le paradis des chrétiens n'aura pas ce caractère d'immobilité extatique, dans la reconnaissance, dans la louange, dans l'amour que quelques mystiques lui attribuent; il sera au contraire vivant, animé, grandement actif. Nous irons d'astre en astre, de monde en monde, et Dieu prendra plaisir à nous révéler les secrets des cieux. La foi m'autorii^e à prendre à la lettre cet oracle du prophète Daniel, ch. XII, V. 3 : Tous nous nous réveillerons de la poussière.., les uns dans la gloire, les autres dans l'opprobre. Ceux qui auront été savants de la science de Dieu brilleront de la splendeur du firmament ; et ceux qui auront appris à beaucoup la vérité et la justice brilleront comme des étoiles dans les perpétuelles éternités. Je le demande à tout homme de bon sens, ce sort, contre lequel on ne saurait protester que par excès d'aveuglement, n'est-il pas infiniment préférable à celui des

incrédules? Eux, hélas! après avoir joui i)eiitlant quelques iiistauts du mystérieux et émouvant spectacle delà voûte éloiléc, ils seront réduits à dire tristement avec Jonatlias... Goûtant, \ai (jouté un peu de miel, et voici que je meurs! Ils sont même déjà tant blasés que la voix des étoiles ne dit rien à leur cœur. Ils sont tombés au-dessous de ce pauvre Gaspard Hauser, condamné à Tidiotisme par la séquestration, et dont son historien, M.Feuerbach, a dit : « La première fois qu'il vit « le ciel parsemé d'étoiles, il témoigna la plus vive admiration ; « il exprimait en pleurant le regret que l'auteur de sa captivité « l'eût privé d'un si magnifique spectacle. »

Nous l'avons surabondamment prouvé ; tout est faux, tout est désespérant dans les doctrines ou plutôt dans les aspirations contre nature de nos adversaires. Au contraire, tout est vrai, tout est consolant, tout est ravissant dans les enseignements de la Révélation et de la Foi. La terre est autant le centre du monde que l'avait dit la Genèse. L'homme, lui, est vraiment le centre et l'interprète de la création tout entière; il le sera bien plus parfaitement encore quand il sera devenu semblable à Dieu qui lui sera apparu dans sa gloire.

L'homme, roi de la création. La royauté de l'homme sur toute la nature, royauté de droit, royauté de fait, est manifestement affirmée dès l'origine de l'humanité par les divines Écritures. Bénissant les animaux et l'homme dans le paradis terrestre, Dieu leur dit : « Croissez, multipliez-vous, remplissez la terre. Vous, homme, assujettissez-la, régnez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tous les autres êtres animés qui se meuvent sur la terre. » Racontant la création à son tour, le Sage a dit : « Dieu a créé l'homme, « et l'a fait à son image... 11 a imposé le sentiment de sa ter-

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« rem à toute chose, et lui a donné Tempire sur les bêtes et sur « les oiseaux. » Au moment solennel où Noé sortait de l'arche, encore effrayé du déchaînement de la justice divine, Dieu lui dit une seconde fois : « Croissez, multipliez-vous, « remplissez la terre. Que votre terreur, que votre crainte pèse « sur tous les animaux des champs, sur les oiseaux du ciel et « sur tous les êtres qui se meuvent à la surface de la terre. « Voici que je livre à votre bras tous les poissons des mers. »

En contemplant ce domaine suprême de l'homme sur toute la nature, le Psalmiste s'écriait: «Qu'est-ce que l'homme pour « que vous soyez tant préoccupé de lui? Vous l'avez presque « fait l'égal des anges (purs esprits, libres des entraîne- « ments de la chair), vous l'avez couronné de gloire et d'hon- « neur, vous l'avez établi souverain de toutes les œuvres de « vos mains ; vous avez tout mis à ses pieds, les brebis, « les animaux domestiques, et jusqu'aux bêtes des champs. » Après s'être fait l'écho de ces magnifiques paroles, saint Paul ajoutait : « Il n'est rien qui puisse échapper au domaine de « l'homme. » Saint Jacques enfin, résumant la tradition entière, constatait que « toutes les natures créées, les bêtes sauvages, « les oiseaux, les serpents, tous les êtres ont pu être domptés, « et ont été de fait domptés par la nature humaine. »

Voilà ce que devait être l'homme d'après la Révélation ! N'est-ce pas ce qu'il a été et ce qu'il est encore aujourd'hui? Cette royauté, cette domination de l'homme ne sont-elles pas un fait plus éclatant que le jour? Pielisez, page 228 de ce volume, le magnifique tableau que Cauchy faisait des prodiges de l'activité humaine, et vous vous écrierez forcément que l'homme est le maître et le roi de la nature; que rien, absolument rien, n'a pu se dérober à sa puissance. L'éléphant , le rhinocéros, l'hippopotame , le lion , le tigre , le léopard, l'ours, l'aigle, le condor, sont à sa merci. Il les

traque el les lue quand il veut ; ils disparaîtront de la terre entière quelques jours ou quelques mois après qu'il aura résolu de les exterminer. Ni leur force, ni leur adresse, ni leur vitesse, ni les obstacles accumulés par la nature ne les déroberont à ses coups. Voyez la baleine, Léviathan peut-être, (jui de son souffle puissant fait écumer au loin la surface de la mer, qui d'un choc de sa lète ou d'un mouvement de sa queue peut renverser un navire et le faire engloutir dans les flots. L'homme a soif, industriellement et commercialement, de son huile, faim de ses fanons et de ses chairs; il lui a juré une guerre à mort. Traquée dans toutes les mers européennes ou tempérées, elle a cru trouver un abri, sûr dans les mers froides des océans polaires, et elle s'y est enfuie. Mais l'homme l'a suivie, il l'a atteinte; chaque jour il la frappe de son harpon sanguinaire ; et parce que le harpon est trop lent, trop peu sûr, le baleinier, roi des mers, s'apprête à foudroyer le géant de la création avec ses balles explosibles.

Les voyageurs et les missionnaires sont unanimes à reconnaître l'accomplissement de cet oracle divin : fim/primerai votre terreur à tous les êtres. Ils ont vu de leurs yeux l'éléphant, le lion, le tigre, le serpent, l'orang-outang, tous les animaux les plus capables de l'emporter sur l'homme pai' la force, ou du moins de lutter avec lui, éviter sa présence, sans jamais l'attaquer, à moins de circonstances exceptionnelles ou irrésistibles, la rage, ou la faim à son dernier paroxysme. De telle sorte que, suivant le langage étrange du prophète Ezéchiel, pour apprendre à dévorer les hommes, k faire des veuves, et à désoler des villes, le lion a besoin d'un apprentissage spécial et miraculeux. 11 y a plus, et il faut bien que je le dise, quand l'homme est redevenu semblable à Dieu par une vertu héroïque, quand il a su s'élever à la sainteté des Paul, des Antoine, des François d'Assise, des Anchiéta, il redevient

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littéralement roi de la nature. Les animaux même les plr.s farouches et les plus cruels redeviennent pour lui des esclaves soumis, des serviteurs fidèles, des amis dévoués.

La place de l'homme dans la nature. L" homme dans sa synthèse. Pour quiconque ouvre les yeux de bonne foi et sans idées j)réconçues, il est dans la création ou dans la nature quatre degrés évidents d'être : les minéraux qui sont purement eî simplement ; les végétaux qui sont et qui vivent ; les animaux qui sont, qui vivent et qui sentent ; l'homme enfin qui est, qui vit, qui sent, qui raisonne.

L'être, la vie, la sensibilité ou le sentir, la raison sont bien évidemment quatre gradations distinctes de l'existence.

La Révélation les accorde toutes quatre à l'homme, elle refuse à l'animal la raison. Or le bon sens et le sens commun sont incontestablement d'accord avec la Révélation ; car si vous ouvrez au mot Raison le Dictionnaire de l'Académie française et de toutes les académies du monde, vous ylirez: Raison: Faculté intellectuelle, par laquelle Ih&mme est distingué des bêtes. Il est si universellement et si invinciblement admis que la raison est l'apanage propre et exclusif de l'homme, que jamais encore personne n'a osé dire d'un animal qu'il eût atteint l'âge de raison, ou qu'il eût PERDU LA RAISON ; qu'il fût devcnu fou! L'animal ne perd pas la raison, c'est donc qu'il n'a pas la raison ! L'homme perd la raison et devient fou, c'est donc qu'il a la raison. Cet argument est invincible; il suffit à confondre éternellement nos adversaires. Le P. Rarruel l'a admirablement développé dans ses helviën- NES ou LETTRES PROVINCIALES, sixièmc édition, t. II, p. 370; on me saura gré de rappeler ces belles paroles, parce qu'elles jettent un jour éclatant sur une question plus controversée encore de nos jours que de son temps i . « Entrez avec moi dans ces sombres réduits oii il ne reste

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lilus (le rhomme que l'animal ; observez ces mortels, victimes «riiii délire habituel et d'un cerveau blessé ; ce qui reste en eux, vous le verrez supérieur à tout ce que vous pourriez admirer dans la bête. L'homme a disparu tout entier : cependant, comme la bête encore, et bien mieux qu'elle, ils commandent à leur corps de s'abriter, et à leurs mains de servir à leurs besoins physiques; comme elle, et bien mieux qu'elle, ils combinent les moyens d'éviter la douleur et de se procurer des plaisirs-, comme elle, ils sont tantôt rebelles à la voix et tantôt dociles à à la verge ; comme elle, ils sollicitent vos secours, vos générosités, ils flatteront la main qui les dispense; comme elle, ils tromperont celui qui les surveille, ils aspireront à la liberté, ils emploieront les instruments de l'homme pour l'acquérir; bien mieux qu'elle, souvent ils auront leur ruse, leur industrie et leur intelligence. Cette intelligence, si vous l'aviez trouvée dans la bête au même degré, si vous aviez vu l'animal, non plus imiter simplement et répéter les sons de l'homme, mais donner à votre langage le même sens que vous, solliciter du pain quand il a faim, de l'eau quand il a soif, du feu quand il a froid, ne jamais se méprendre à l'expression de ses besoins et de ses désirs, c'est bien alors que vous auriez cru voir dans la bête la liberté et la raison de l'homme ! Mais que votre erreur aurait été grossière ! L'homme ne paraît point encore, vous croyez l'avoir vu tout entier. Non, cette liberté qui se réduit à tendre et à retirer la main pour les besoins du corps, à fuir la prison, à plier sous le joug ou à le rompre ; cette intelligence dont les opérations se bornent à connaître, à comparer dans la matière ce qui flatte le goût, apaise l'estomac, satisfait l'appétit et réjouit les sens ; cette mémoire qui ne conserve des traces distinctes que de l'objet terrestre; cet entendement qui ne saisit plus rien que de relatif aux organes ; cette volonté qui ne sait plus vouloir quandjl'homme est satisfait ; cette

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langue même qui n'articule plus de sons quand tous les besoins du corps sont remplis; non rien de tout cela n'est ni la liberté, ni l'intelligence, ni la mémoire, ni la volonté, ni la raison, ni la langue de l'homme. Penser, parler, agir, être libre en homme, c'est sacrifier l'erreur à la vérité, le vice à la vertu, tous les sens à l'âme ; connaître, voir, choisir non ce qui est flatteur pour les organes, utile à la santé et à la conservation ; du corps, mais ce qui est honnête, utile à l'esprit et conservateur de l'âme. L'insensé dans un asile de fous, c'est plus que la bête, mais ce n'est pas l'homme ! Le martyr au tribunal d'un tyran et qui se joue de ses menaces, voilà l'homme dans sa synthèse divine. «

La raison sépare complètement l'homme de l'animal. Elle en fait, sinon matériellement, du moins moralement, un être à part, et de l'humanité un règne à part, le règne humain, couronnement des trois autres règnes de la nature : règne minéral, règne végétal, règne animal, règne humain. Elle explique le fait, plus éclatant que le jour, de la royauté de l'homme sur toute la nature. Elle met l'homme à une distance réellement infinie de l'animal, parce que le rapport de la raison de l'homme, toute finie qu'elle soit, à la raison nulle de l'animal, constitue mathématiquement un rapport rigoureusement infini. Cette distance infinie, cette distinction non pas seulement de quantité, mais de qualité, ne fait pas le compte de l'impiété, et par conséquent de la fausse science, auxiliaire forcée de l'incrédulité. Bossuet disait déjà de son temps : « L'homme voit aux animaux un corps semblable au sien, les mêmes organes, les mêmes mouvements; il les voit naître, vivre, souffrir et mourir, manger, boire, aller et venir à propos, éviter les périls, chercher ses commodités, attaquer et défendre, ruser même, prévenir les finesses et montrer une subtilité exquise. On les dresse, on les instruit, ils s'instruisent les

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uns les autres; on les entend s'appeler, se rappeler, s'avertir. Cette ressemblance d'action trompe les hommes ; ils veulent, à quelque pri.\ que ce soit, que les animaux raisonnent: ils semblent s'acharner à élever les animaux jusqu'à euxMwémes,

AFIN d'avoir le DROIT DE s' ABAISSER JUSQc'.\L'X AMMAUX ET DE

poirvoiR VIVRE COMME EUX. )) Bossuct rappelaft cos douloureuses paroles qui sont la clef de tant de mystères d'igiiominie. a Élevé au comble de f honneur, l'homme na pas compris; il s'est comparé aux animaux sans raison, et il s est fait semblable à eux. » Il ajoutait avec une profonde tristesse : « Chose étrange! L'homme, animal superbe, qui s'attribue à lui-même tout ce qu'il connaît d'excellent, et ne veut rien céder à son semblable, fait des efforts inouïs pour que les l>èlt's le valent bien, ou qu'il y ait peu de différence entre elles el lui.» La doctrine qui égarait quelques esprits au dix-seplième siècle tend à envahir tous les esprits au dix-neuvième. Prenons cependant acte de ce fait incontestable, que leszoaulhropes .sont encore rares, qu'on les com})te, que le nombre des Vogt, des Buchner, des Huxley, des Brown, des Daily, des Sanson est encore très-limité, et qu'ils sont reniés par les savants les plus illustres de l'ancien et du nouveau monde. Oui, ils sont rares ceux qui osent dire, avec M. Buchner: «Aujourd'hui, si, en s'ap- « puyant sur la science et sur les plus grandes découvertes « modernes, on cherche la place de l'homme dans la hiérarchie « des êtres, on arrive aussitôt à des conclusions diainétrale- « meut opposées aux idées anciennes. On trouve,ouronrecoii- « naît que l'homme, non-seulement par ses propriétés physi- « ques, mais aussi par ses propriétés intellectuelles, est uni de « la façon la plus intime avec la nature ambiante ; que, s'il « s'élève au-dessus d'elle, c'est seulement par un perfectionne- « ment plus grand et plus varié de ses foixieset de ses facultés. » [L'homme selon la science, p. 11.)

LA PLACE DE l'iîOMME D\ISS LA NATURE. 41o

Avec M. Daily : « La comparaisoTi des aptitudes isolées est <( loin de nous permettre de nous croire d'une autre essence « que le règ-ne animal tout entier; et il est facile de montrer <( que certains animaux possèdent souvent à un degré supé- « rieur certaines facultés spéciales. Il est difficile qu'il reste « un doute sur l'identité de la nature des opérations mentales « dans toute la série animale. » {De la place de l'homme dans kl nature, introduction, pages 90 et 91.)

Avec M. André Sanson : « Toutes les facultés qu'il nous est c( possible de discerner par leurs manifestations existent éga- « lement dans toute la série animale. Il n'y a de différence aux « diverses hauteurs de la série que par le degré de leur déve-

« lopperaent Entre les manifestations intellectuelles, il n'y

« a du plus infime au plus élevé sur l'échelle de l'organisation, « que des différences de quantité, non des différences de qua- « lité. » {Philosophie jjositlviste, livraison de mai-juin 1870, p. 437.)

Avec M. Huxley : « Les hommes ressemblent aux animaux f( dans la proportion suivant laquelle ils se ressemblent. « Les hommes diffèrent des animaux dans la proportion sui-

« vaut laquelle ils différent entre eux Aucun signe

(( anatomique de démarcation plus profonde que celles qui « existent parmi les animaux qui sont immédiatement « au-dessous ne peut être tracé entre le règne animal et « nous-mêmes. Et j'ajouterai ici l'expression de ma croyance, « que toute tentative en vue d'établir une distinction psychique (( est également futile, et que même les facultés les plus élevées « du sentiment et de l'intelligence commencent à germer dans « les formes inférieures de la vie. »

Ce ne sont là évidemment que des assertions gratuites, des croyances sans fondement, des efforts étranges de volontés égarées, et tout cela pour arriver à dire que, comparé aux ani-

maux, riiomme est simplement le premier entre ses semblables ou ses pairs, primus inter pares ! Mais quand on y regarde de plus près, on voit très-clairement que, à part cbezquclquesénergumènes,la conscience de cette trisleparZ/e est inquiète et troublée. Ce trouble même leur arrache h chaque instant, à M, Huxley surtout, ces aveux éloquents... : « Il y a une distance énorme entre le pouvoir mental de l'homme le plus inférieur et celui du singe le plus élevé ; il existe entre eux un gouffre énorme. . . » « La possession du langage articulé est la cause première de V immense, et, dans la pratique, infinie divergence de la souche humaine. » « Aucun intermédiaire ne comble la brèche qui sépare Thomme du troglodyte. » « L'homme est le seul être à intelligence consciente dans le monde. » « L'immensité du golfe entre l'homme civilisé et les animaux est infranchissable, etc., etc. » Ces réserves de M. Huxley sont tellement incessantes, qu'elles finissent par agacer son traducteur français, M. Daily (un traître aussi, celui-là, comme M'"^ Clémence Royer). Il n'y tient plus, et il s'écrie, p. 238 : « Les motsmmense différence, grand golfe, hauteur, abîme, gouffre, qui reviennent souvent dans le texte de M. Huxley, m'ont quelquefois paru peu en rapport avec sa pensée... Il n'y a pas plus de différence entre certains singes et certains Australiens qu'entre ceux-ci et les hommes les plus éminents de l'Occident... Il serait grand temps de renoncer à ces abîmes et à ces gouffres. »

Cette sortie de M. Daily nous met heureusement sur la voie de la cause véritable de tous ces égarements d'esprit. Il est seul conséquent avec lui-même, car, avant de procéder à la comparaison de l'homme avecl'animal, il pose ce principe : «L'homme faible et chétif, errant et nu, sans industrie, et presque sans armes, voilà l'homme qu'il faut comparer aux animaux, et non celui qui, poussé par l'instinct de son développement souverain,

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agrandit chaque jour la distance qui l'en sépare, en détruisant tous ceux qu'il peut utiliser pour ses besoins (p. 90). » Mais ce principe est le renversement du bon sens. En effet, quand il s'agit de comparer deux êtres, ce sont les deux natures qu'il faut mettre en présence, et non les accidents des deux natures. Or l'homme faible et chétif, errant et nu à l'état sauvage, c'est l'accident, une chute, une décadence. Nous l'avons prouvé, l'homme à son berceau n'était pas chétif et nu; l'eût-il été d'ailleurs, sa faiblesse et sa nudité ne seraient encore que des accidents, puisqu'il est incontestable pour tous qu'avec le changement de milieu, le temps, les soins, l'éducation, l'instruction, le Mincupie le plus abruti peut, après un nombre suffisant de générations, devenir le père d'une race tout à fait comparable à la race anglo-saxonne (1). Et la preuve invincible, au moins dans l'ordre d'idées oii se placent nos adversaires, est que les Anglo -Saxons eux-mêmes sont les descendants en ligne directe d'une race sauvage. M. Daily n'a pas protesté et aurait protesté en vain contre cette phrase de M. Huxley qui exprime indirectement, mais très-nettement, cett^ vérité capi-

(1) On objectf>, dit M. Floiirens dans son Ontologie naturelle, p. 73, ^uc la race nègre n'a pas pu s'élever jusqu'à la culture des sciences. C'est là une très-réelle infériorité de nature, mais ce nest qu'une infériorité accidentelle, temporaire; ce n'est point une infériorité de nature, ^^l l'on ose croire que, placée dans des circonstances plus heureuses, la race nègre pourra s'élever un jour au niveau intellectuel des peuples civilisés.

31. de Quatrefages dit dans son Unité de respèce humaine, pages 164 et suivantes:» Les individus de la race australienne, la plus dégradée de toutes, apprennent à lire et à écrire presque aussi vite que les Européens; tous comprennent et parlent très-bien l'anglais. Ceux qui, comme Daniel et Benilong , ont été conduits en Angleterre et introduits dans la société élégante, sont devenus de vrais gentlemen, de l'aveu même des écrivains les plus polj-gcnistes. M. Bateman, et quelques Anglais venus à Port-Philips, sur la côte méridionale de l'Australie, furent frappés de la civilisation des habitants de cette côte, qu'ils trouvèrent beaucoup mieux logés, meublés et pourvus de tous les objets nécessaires (qu'aucuns de leurs compatriotes. Peu de jours après, ce phé-

taie : « Le poëte, le philosophe, ou rartiste dont le génie est la gloire de son temps, est-il déchu de sa haute dignité, à cause de la probabilité historique, pour ne pas dire la certitude, qu'il Bst le descendant de quelque sauvage nu ou brutal, dont Tintelligence suffisait à peine pour le rendre un peu plus rusé, un peu plus dangereux que le tigre? » {De la 'place de l'homme dans la Nature, p. 248.) L'homme était sorti parfait des mains du Créateur; Fliomme sauvage est un homme déchu, et sa déchéance est un accident, puisqu'il est revenu, et qu'il peut toujours revenir à l'état parfait. Dans l'existence de l'animal, au contraire, il n'y a eu ni chute, ni accident, il est resté ce qu'il était et ce qu'il sera. Et il devient évident que, dans la comparaison à établir entre l'animal et l'homme, prendre chez l'homme l'accident, la décadence, l'état sauvage ou la folie, c'est le comble de la déraison et de la mauvaise foi. Voilà cependant ce que font les adversaires de la Révélation, et voilà comment ils arrivent à la conclusion étrange et honteuse de la parité, ou d'une simple différence de quantité, mais non de qualité. Bossuet l'avait dit avant moi dans son Traité de la

nomène de perfectionnement relatif fut expliqué par Tapparilion d'un homme blanc, vêtu d'une redingote en peau de kanguroo. C'était un grenadier des armées anglaises, nommé Witham Buckley, qui, envoyé sur les lieux, lors d'une première tentative de colonisation, en 1803, s'était échappé et avait vécu trente-trois ans avecles indigènes. Un' avait pas tardé à devenir leur chef, et, sous sa direction, ils en étaient arrivés au point qui étonnait si fort les nouveaux colons. On voit ce qu'avait produit cht'Z ces sauvages déclarés incapables de tout progrès l'intluence isolée d'un simple soldat. A côté de ces populations australiennes, entrées dans la voie de la civilisation, on montre la postérité des Convicts échappée aux lois pénales, éparse d'îlots en îlots, et bien plus près de l'état sauvage que de la civilisation dégradée. Ainsi, eu Australie, l'homme blanc s'abaisse, en même temps que l'homme noir s'élève. Ces témoignages sont certainement la réfutation complète de toutes les assertions polygénistes, et ils sont d'autant plus décisifs, que celui qui les apporte ne songeait même pas, en traçant les lignes qu'on vient de lire, à la question que nous traitons ici. »

LA PLACE DE l'iIOMME DANS LA NATURE. 419

connaissance de Dieu et de soi-même, ch. v, § 7 : « A propos du raisonnement qui compare les hommes stupides avec les animaux, il y a deux choses à remarquer, Tune que les hommes les plus stupides ont des choses supérieures au plus parfait des animaux; l'autre que tous les hommes étant sans contestation de même nature, la perfection de l'âme humaine doit être considérée dans toute la capacité où l'espèce peut s'étendre, et qu'au contraire ce qu'on ne voit dans aucun des animaux n'a son principe ni dans aucune des espèces, ni dans tout le genre.» Évidemment, ce qu'il faut comparer, pour être juste et vrai, c'est le plus complet des hommes, ou du moins ce que nous pourrions appeler l'homme moyen, physique, intelligent, moral, au plus parfait des animaux, je ne dirai pas à l'animal moyen, car chez l'animal de la nature il y a partout identité essentielle et absolue, la domestication crée seule des différences. Si elle était ainsi établie, la comparaison concluraitelle à une similitude affligeante, à une parité brutale? Évidemment non, mais à une différence essentielle et absolue. Qui oserait dire que l'Apollon du Belvédère et la Vénus de Milo sont les pareils du gorille ou de la femelle du chimpanzé? Les deux beaux vers d'Ovide cai^actérisent à eux seuls une différence du jour à la nuit :

Os homini sublime dédit cœlumque tueri Jussit et erectos ad sidéra tollere vultus.

« Il donna à l'homme une bouche sublime; et il lui commanda de regarder le ciel, d'élever vers le firmament son visage droit et fier. » Au seul aspect d'un Anglo-Saxon, homme ou femme, on a le sentiment de sa royauté sur la nature entière : Incessu patuit Deal La pensée viendrait-elle au savant le plus matérialisé, Moleschott, Buchner, Vogt, Daily, de pousser le même cri à l'aspect d'une guenon !

420 LES SPLENDEURS Uli LA FOI.

L'homme physique et physiologique. Je n'incrimine en aucune manière les innombrables recherches (signe caractéristique cependant des aspirations animales des temps modernes) entreprises dans le seul but d'établir une étroite analogie de forme et d'organisme entre le singe et l'homme. Je suis tout disposé à admettre avec mon illustre maître et ami, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, l'unité de plan dans la nature et la création, l'unité de composition organique, la progression souvent insensible de l'être informe à l'être qui a une forme, de l'inorganique à l'organique, de la force aveugle même h l'intelligence consciente, à la volonté, toutefois avec quatre sauts infranchissables pour tout autre que pour le Dieu créateur : du NÉANT à l'ÉTRE, dc I'étre à la vie, de la vie au sentir, de la sensibilité à la raison. Il ne me répugne nullement d'admettre que Yhomme est un animal mammifère de l'ordre des primates^ famille des bimanes, caractérisé taxinomiquement 'par une peau à duvet ou à poil très-rare. (Article Homme du Dictionnaire de Nysten, édition de Littré et Robin.) Mais entre les caractères physiques et physiologiques de l'homme et du singe, il n'en existe pas moins un gouffre, un abîme tel, que M. Flourens était parfaitement autorisé à dire dans son éloge de Tiedeman : « L'espèce humaine exclut toutes les autres, et elle en est exclue. Elle n'a point de parents, elle est seule ; et tout ce que les observateurs superflciels ont pu dire de sa prétendue conformité avec l'orang-outang est essentiellement faux. L'orang ne marche pas debout, et il n'est pas conformé pour cela; sa colonne vertébrale manque de ces courbures alternatives, en sens contraires, nécessaires à la station verticale ; il ne se tient droit, un moment, qu'appuyé sur un bâton; dès qu'il veut courir, il se jette à quatre pattes; son pied est une seconde main, ce pied n'a pas de talon, et ne pose à terre que par son traucliant; les bras de l'orang sont presque

l'homme physique et physiologique. 421

aussi longs que ses jambes, ils servent à sa marche ; mais sa marche même n'est qu'accidentelle; il se tient ordinairement sur les arbres, et c'est pour cela qu'il a quatre mains, qu'il est quadrumane. Buffon a dit : « Les organes de la voix sont les mêmes dans l'homme que dans l'orang-outang. »> On ne pouvait pas se tromper plus complètement. Tous les singes ont dans leur larynx, et quelques-uns même dans le corps de leur hyoïde, des poches où s'engouffre l'air, et d'où l'air ne peut sortir qu'avec un murmure sourd qui s'oppose à toute articulation distincte, à tout langage. « Enfin, dit Buffon, le cerveau de l'orang-outang est absolument de la même forme et de la même proportion que celui de l'homme. » La réfutation complète et absolue de cette erreur est l'un des plus beaux titres de gloire de Tiedeman. La capacité du crâne de l'orang-outang est loin d'égaler celle du crâne de l'homme. Le cerveau de l'homme, de tous les hommes, diffère en tout de celui de l'orang-outang par son volume, et plus encore par la prédominance relative de celles de ses parties qui sont le siège exclusif de l'intelligence, les lobes ou hémisphères cérébraux... Aussi l'homme seul conçoit Tordre moral et conçoit Dieu ; mais tous les hommes conçoivent l'ordre moral et conçoivent Dieu. Sur ces deux points, l'intelligence est la dernière et définitive preuve de l'unité humaine. »

Je ne m'arrêterai pas à discuter en détail les résultats des efforts tentés dans la plus déplorable et la plus douloureuse des voies, la parité anatomique et physiologique à établir entre le singe et l'homme. C'est bien de ces efforts qu'il faut dire : Quanti gressus sed extra viam ! J'ai lu les livres et les mémoires des Huxley, des Vogt, des Buchner, des Moleschott, des Broca : à quoi ont abouti leurs comparaisons si acharnées? D'abord à la constatation éclatante d'un fait capital, Téritablement écrasant pour la nouvelle école : La capacité cra^; y.

422 Li:S SPLENDEURS DE LA FOI.

nienne de l homme le flus inférieur est double de la capacité crânienne du singe le plus supérieur. Ce fait déconcerte M. Huxley, et il essaye aussitôt d'en atténuer la portée : d'abord en constatant, ce qui au fond ne signifie rien, 1° que la différence dans le poids du cerveau entre l'homme le plus élevé et le singe le plus supérieur est moins grande relativement et absolument que celle qui existe entre le singe le plus inférieur et le singe le plus élevé; 2° qu'après tout, le pouvoir intellectuel ne dépend pas exclusivement du cerveau, et que le cerveau n'est que l'une des nombreuses conditions dont dépendent les manifestations intellectuelles (p. 237). Mais en parlant ainsi, M. Huxley rompt de front avec nos adversaires, avec l'école anthropologique moderne, pour laquelle cette concession est, dit M. Daily, une réminis cence de ces époques barbares où la science anatomique n existait pas, et qui fait du dogme de la pensée fonction du cerveau, un dogme fondamental. La seconde conclusion sans portée de M. Huxley et de tous ses émules était : « pour les squelettes, le crâne, les pieds, les mains, comme pour le cerveau, les différences entre l'homme et le gorille sont d'une importance moindre que celle qui existe entre le gorille et d'autres singes. Je dis sans portée, parce que les singes forment des espèces réellement différentes, tandis que l'homme est une espèce unique.

Si, refaisant pour les anthropologistes ce que j'ai fait pour les géologues, et me bornant aux plus célèbres, à ceux qui font le plus autorité, Buffon et de Blainville, Owen et Huxley, Pruner Bey et Broca, Gratiolet et Vogt, Tiedeman et Wagner, je dressais le tableau de leurs contradictions, sur tous les points, sans en excepter les plus fondamentaux, il serait démontré jusqu'à l'évidence que la prétendue parité anatomique et physiologique du singe avec l'homme, est largement

l'homme physique et physiologique, 423

controversée et plus que douteuse ; qu'il est infiniment probable qu'il s'agit de différences non pas accidentelles ou de quantité, mais essentielles ou de qualité!

Cette contradiction incessante de nos adversaires, qui accuse leur faiblesse et accentue notre force, est tellement habituelle et tellement flagrante, que, à l'occasion précisément de cette parité, M. Huxley se trouve tout étonné et tout ravi de voir M. Ovven déclarer, comme lui, très-difficile pourl'anatomiste la distinction entre l'homme et le Pithecus. On est encore si loin de s'entendre que nous voyons souvent les esprits les plus prévenus contre nos doctrines, amenés, sans qu'ils s'en doutent, par des recherches spéciales et tout à fait indépendantes, à les affirmer envers et contre tous. C'est ainsi, par exemple, que tout récemment M. le docteur Joulin, professeur d'accouchement à la Faculté de médecine, d'une étude très-attentive de Fanatomie du bassin de la femme conclut à l'exclusivité et à l'unité de l'espèce humaine. {Archives générales de médecine, iamieT 1861.) En résumé, l'anatomie et la physiologie sont trop encore des amas d'hypothèses et de contradictions; leurs dogmes, si tant est qu'on puisse les appeler ainsi, passent trop vite, c'est M. Daily qui l'affirme {Place del'homme dans la nature, p. 257, en note), pour qu'on puisse raisonnablement les opposer à la Révélation. M. Paul Broca, qui ne saurait être suspect à nos adversaires, quoiqu'il soit opposé au transformisme de Darwin et de Huxley, résume comme il suit son long mémoire sur l'ordre des primates (Parallèle anatomique de l'homme et des singes. Bulletin de la Société d'Anthropologie, 2" et 3^ fascicules, 1869) : « Je conclurai donc en disant avec Godman, Charles Bonaparte, Dugès et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire : L'homme constitue moins qu'un ordre et plus qu'un genre ; il forme à lui seul une famille, la première famille de l'ordre des prima-

424 LES SPLE.NnEUIlS UË LA KOI.

tes. L'homme (parce qu'il remplit seul les conditions d'un équilibre vertical parlait et d'une marche libre, facile, habituelle, sur les deux pieds) ne sera plus cooûné dans la forêt, il pourra parcourir la savane, traverser les steppes, habiter à son choix la plaine ou la montagne, et devenir le conquérant de la planète entière. Sa main, détachée du sol, ne sera plus qu'un merveilleux instrument de travail, instrument actif, à l'aide duquel il pourra se créer des instruments passifs, fabriquer et manier des outils, des armes offensives et défensives. Capable de courir partout, il pourra poursuivre et atteindre une proie vivante et ajouter à son régime végétal une nourriture animale.... La comparaison des organes montre des différences légères, la comparaison des fonctions en révèle de beaucoup plus grandes.... L'analomie vivante nous permet de dire, sans vain orgueil, que la famille humaine s'élève par son organisation à une grande distance au-dessus de celle qui en approche le plus.... Un collègue illustre que nous regrettons toujours, exposant un jour les analogies et les différences de l'homme et des singes, termina son éloquente leçon pai' ces paroles entraînantes... : Oui, par sa forme, par sa structure, par l'eusemble de ses dispositions organiques, l'homme est un singe ; mais par son intelligence, par les créations de la pensée, l'homme est un dieu.... Je ne suis pas assez versé dans la métaphysique, pour discuter les caractères auxquels on pourrait reconnaître dans Lacénaire la nature d'un dieu; mais sur le premier point je répondrai résolument: Non! l'homme n'est pas un singe, car il s'élève au-dessus du singe de toute la distance qui s'épare l'ébauche du type achevé. Et considérant froidement l'antithèse qu'un mouvement oratoire lit jaillir de la bouche plutôt que de la pensée de notre regretté collègue, je dirai à mon tour:

l'homme physique et physiologique. 425

Ni si haut, ni si bas, Thomme n'a mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.

a La zoologie, en lui assignant une place dans ses cadres, constate sa prééminence. Il est le premier des primates, le premier des premiers. »

Ce rang, fait à Thomme animal par le moins suspect de nos adversaires, suffirait presque à toutes les exigences de la Révélation.

Mais il n'a pas contenté M. Pruner-Bey, un des collègues les plus compétents de M. Broca à la Société d'anthropologie. J'ai sous les yeux sa protestation insérée dans le tome IV des bulletins des séances de 1869, et j'en extrais ces quelques lignes très-significatives : « Le singe diffère anatomiquement de l'homme, non-seulement par une simple dégradation, mais par un contraste évident en tout, par une modalité opposée dans

son développement à tout ce qui se passe chez l'homme

L'homme est la dernière expression réelle de la nature, quelle que soit la couleur de sa peau, quel que soit le degré de l'échelle morale ou intellectuelle qu'il ait atteint. Oui ! Boschiman déshérité ou citoyen privilégié, saint Vincent de Paul ou Lacénaire, bref, ange ou démon, il n'est en dernière analyse comparable qu'à lui-même... Toutes les fois que nous effleurons chez l'homme la grande, l'immense question du résultat fonctionnel qui ressort de sa conformation anatomique, est-ce le terme de famille, d'ordre, de sous-classe, de classe qui exprimerait au juste l'équivalent de la divergence? Assurément non, à ce point de vue l'homme ne constitue pas un régne, un empire; non, il représente un monde a part. »

M. deQuatrefages, membre à la fois de l'Académie des sciences et delà Société d'anthropologie, affirme le règne humain : «Pour moi, dit-il (et il n'est pas le seul de son avis, Isidore Geoffroy

426 LES SPI.EISDELIIS DE LA FOI.'

Saint-Hilaire Va très-hautement proclamé), l'homme diffère de l'animal tout autant et au même titre que celui-ci diffère du végétal; à lui seul il doit former un règne, le règne hommiïial ou règne humain, et ce règne est caractérisé tout aussi nettement, et par des caractères de même ordre, que ceux qui séparent les uns des autres les groupes ou règnes primordiaux, minéral, végétal, animal. L'homme est un être organisé, vivant, sentant, se mouvant spontanément, doué de moralité et de religiosité. » {Unité de Vespèce humaine, pages 17 et 31 .) Il y a dans l'homme, suivant les divines Écritures, deux hommes, l'homme animal et l'homme spirituel, animalis homo, spij'itdis homo. L'homme animal empêche qu'il soit un dieu, l'homme spirituel empêche qu'il soit un singe. Ce n'est que lorsque l'homme animal ou du péché a été anéanti ou transformé par la rédemption et la grâce que la foi dit des hommes : Vous êtes tous des dieux et les fils du Très- Haut, les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ! Sans parler de règne et de monde h part, M. Flourens est peut-être plus explicite encore. Il professe carrément l'exclusivité de l'espèce humaine. « L'homme seul n'a nulle espèce voisine; il n'a pas d'espèce consanguine. Sur ce dernier point on rougirait d'exprimer seulement un doute. L'homme est d'une nature propre, exclusive de toute autre..., le privilège de l'exclusivité n'appartenant qu'à l'espèce humaine.» {Ontologie naturelle, p. 70 et 71.)

l'homme psychique et spirituel.

Revenons sur la synthèse de l'homme et des mondes, comprise tout entière dans ces quatre grandes choses : ÊTRE, VIE, SENSIBILITÉ, RAISON ; ct voyous commcnt, par rapport à ces grandes choses, se comportent la Révélation et la Science.

l'être. 427

l'être.

La lévélation enseigne et impose Texistence de Dieu, être nécessaire, éternel, infini, qui possède la plénitude de l'être. Dieu donne de sa plénitude aux êtres contingents et finis qu'il a appelés àl'existence, non pas de toute éternité, mais dans le temps, puisque le temps commence immédiatement avec la créature, être essentiellement contingent et successif. Pour la fausse science, comme pour la fausse philosophie, l'être, même contingent, la matière et la vie seraient éternels et coéternels à Dieu. Non pas peut-être en ce sens que la matière soit nécessaire et éternelle ; mais en ce sens que l'être nécessaire aurait créé de tout éternité, que le monument serait contemporain de son éternel Architecte; comme si faire contemporain ou ne séparer par aucun intervalle de temps l'architecte et le monument, ce n'était pas nier équivalemment que le monument soit l'œuvre de l'architecte. L'être éternel est essentiellement l'être nécessaire, l'être nécessaire est essentiellement infini, puisqu'il n'est limité par rien. L'être, soit nécessaire, soit contingent, comme aussi le passage, pour l'être contingent, du néant à l'être, sont des mystères; mais la Révélation, en adorant dans l'être nécessaire l'Être éternel et infini, concilie, autant qu'on peut le faire, de la manière la plus honorable et la plus consolante, le mystère et la raison humaine. La fausse science, au contraire, en proclamant nécessaire et éternelle une matière inerte et limitée, qui pourrait être plus ou moins étendue, avoir telle ou telle forme, occuper tel ou tel lieu, condamne l'intelligence à des contradictions révoltantes et sans fin. Admettre un grain de sable éternel, ce serait admettre un grain de sable éternellement attaché à un même lieu, à une même forme, dont on ne pourrait le séparer qu'en lui faisant perdre l'existence, opération impossible quand on le fait exister nécessairement. La science veut que la matière

428 LES Sl'LEINUElRS DE LA FOI.

soitinertft; or comment concilier avec l'existence n(^ccssaire et éternelle, cette inertie (jui la rend iiulitïérente à tous les mouvements que je lui communique, h toutes les formes que je lui donne, à tous les lieux où je la place? Gomment une passivité absolue, c'est-à-dire l'indifférence même à l'être et au néant, comme au repos et au mouvement, se conciliera-t-elle avec l'existence nécessaire et éternelle? En un mot, la Révélation ne présente à ma raison qu'un mystère, la création, et ma raison s'y prête parce qu'elle le trouve possible et raisonnable. La fausse science, au contraire, en m'imposant un monde existant seul de toute éternité, de telle manière et non pas de telle autre, c'est-à-dire l'ordre sans modérateur, des lois sans législateur, des effets sans auteur et sans cause, le fini coexistant de toute éternité avec l'infini, le dépendant coéternel à Tindépendant, l'être qui ne peut rien subsistant par lui-même, comme l'être qui peut tout, dresse devant moi des montagnes d'incohérences, de contradictions et d'absurdités.

Qu'est-ce que la vie pour la Révélation? L'esprit dont Dieu anime la matière organisée, le souffle de Dieu, Spiritus vitœ^ spiraculum vitœ. Pour elle, dans tous les êtres vivants, la reproduction de la vie est l'effet d'une intervention divine, et cette reproduction se fait invariablement selon le genre et selon l'espèce. Dieu a mis en eux le germe qui doit les perpétuer; ce germe est indispensable, et jamais la vie ne pourra sortir d'une molécule de matière à laquelle Dieu ne l'aura pas donnée.

La vie, en outre, se montre à nous sous deux aspects trèsdifférents. Tantôt, végétale et purement organique, la vie se borne au développement et à la conservation de l'individu, par la respiration, la circulation, la digestion, les sécrétions, etc.

Tantôt animale ou de relation, la vie met l'être vivant en rapport avec les milieux extérieurs par la locomotion, les sens, rintelligence. La Révélation ne donne pas aux plantes une âme qu'on puisse appeler végétative ; elle serait plus disposée à expliquer les phénomènes de la vie des plantes comme les phénomènes de l'instinct, de la conservation, de la reproduction des animaux, par l'action incessante de la cause créatrice. Personne n'a mieux éclairé ce mystère que Bossuet. «Au-dessus de notre faible raison restreinte à certains objets, nous avons reconnu, d[it-il dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, ch. v, § 2, une raison première et universelle qui a tout conçu avant qu'il fût, qui a tout tiré du néant, qui rappelle tout à ses principes, qui forme tout sur la même idée, et fait tout mouvoir en concours. Cette raison est en Dieu, ou plutôt cette raison c'est Dieu. Il n'est forcé en rien; il est le maître de la matière, et la tourne comme il lui plaît ; le hasard n'a point de part à ses ouvrages, il n'est dominé par aucune nécessité; enfin la raison seule est sa loi. Aussi tout ce qu'il fait est suivi, et la raison y paraît partout. Il y a une raison qui fait que le plus grand poids emporte le moindre; qu'une pierre enfonce dans l'eau" plutôt que du bois ; qu'un arbre croît en un lieu plutôt qu'en un autre, et que chaque arbre tire de la terre, parmi une infinité de sucs, celui qui est propre à le nourrir : mais cette raison n'est pas dans toutes ces choses ; elle est dans celui qui les a faites et qui les a ordonnées. Si les arbres poussent leurs racines autant qu'il est convenable pour les soutenir, s'ils étendent leurs branches à proportion, et se couvrent d'une écorce si propre à les défendre contre les injures de l'air; si la vigne, le lierre et les autres plantes qui sont faites pour s'attacher aux grands arbres ou aux rochers, en choisissent si bien les petits creux, et s'entortillent si proprement aux endroits qui

sont capables de les appuyer, si le.; feuilles et les fruits de toutes les plantes se réduisent à des figures si régulières, et s'ils prennent au juste avec la figure le goût et les auties qualités qui dérivent de la nature de la plante, tout cela se fait par raison, mais certes cette raison n'est pas dans les arbres. On a beau exalter l'adresse de l'hirondelle qui se fait un nid si propre, ou des abeilles qui ajustent avec tant de symétrie leurs petites niches; les grains d'une grenade ne sont pas ajustés moins proprement, et toutefois on ne s'avise pas de dire que les grenades ont de la raison. Tout se fait, dit-on, à propos, dans les animaux. Mais tout se fait peut-être encore plus à propos dans les plantes. Leurs fleurs tendres, délicates, et durant Thiver enveloppées comme dans un petit cocon, se déploient dans la saison la plus bénigne; les feuilles les environnent comme pour les garder; elles se tournent en fruit dans leur saison, et ces fruits servent d'enveloppe aux graines, d'où doivent sortir de nouvelles plantes. Chaque arbre porte des semences propres à engendrer son semblable ; en sorte que d'un orme il vient toujours un orme, et d'un chêne toujours un chêne. La nature agit en cela comme silre de son effet; ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité ; elles se détachent d'elles-mêmes, quand elles sont mûres; elles tombent au pied de leur arbre, et les feuilles tombent dessus ; les pluies viennent, les feuilles pourrissent et se mêlent à la terre qui, ramollie par les eaux, ouvre son sein aux semences, que la chaleur du soleil, jointe à l'humidité, fera germer en son temps. Certains arbres, comme les ormeaux et une infinité d'autres, renferment leurs semences dans des matières légères que le vent emporte ; la race se répand au loin par ce moyen. 11 ne faut donc plus s'étonner si tout se fait à propos chez les animaux, cela est commun à toute la nature ; il ne

sert de rien de prouver que leurs mouvements ont de la suite, de la convenance et de la raison, mais s'ils connaissent euxmêmes cette convenance et cette suite, si cette raison est en

EUX ou DANS CELUI QUI LES A FAITS. »

En tant donc qu'il s'agit de la vie organique, nutritive et reproductive, la plante, comme l'animal, dit Bossuet avec saint Thomas, peut être comparée à des horloges et autres machines ingénieuses, ou toutefois l'industrie réside non dans l'ouvrage mais dans l'artisan.

Qu'est-ce que la vie pour la science orthodoxe? L'état des êtres organisés et animés qui ont en eux le principe du développement, de la nutrition, de la reproduction.

Qu'est-ce que la vie pour la science positiviste? « La manifestation des propriétés inhérentes et spéciales à la substance organisée. » (Manifestation! La vie est en elle-même et non dans ses manifestations, ce n'est pas seulement quelque chose de relatif, c'est avant tout quelque chose d'absolu.) Elle ajoute : « La notion de vie est représentée par le phénomène le plus général qui se passe dans la matière organisée en action, par le phénomène qui se manifeste toujours et sans interruption dans tout être organisé vivant, la nutrition. C'est là tout ce que nous pouvons savoir de réel à cet égard ; toute idée métaphysique sur la nature intime, sur les causes premières, sur l'essence du phénomène, toute idée d'entité, de principe de vie se trouve et doit être tout à fait éloignée. » Dictionnaire de Nysten, édition de MM. Robin et Littré. Article Vie.) Manifestation, propriétés essentielles; vie sans principe, effets sans cause, c'est-à-dire mots vides de sens, ignorance volontaire ; mais rien qui soulève un coin du voile, rien aussi qui soit un argument ou même une objection contre les saines doctrines, voilà le positivisme.

A côté mais en dehors de l'école positiviste, nous trouvons

l'école physiologique, dont le représentant le plus illustre est, en France, M. Claude Bernard ; et voici le cruel démenti qu'il donne à ses sceptiques confrères. On sera tout étonné de voir que c'est sous une autre forme le langage de Bossuet. « S'il fallait définir la vie d'un seul mot qui, en exprimant bien sa pensée, mît en relief le caractère qui, selon moi, distingue nettement la science biologique, je dirais : La vie, c'est LA CRÉATION. Dcsortc que ce qui caractérise la machine vivante, ce n'est pas la nature de ses propriétés physico-chimiques, si complexes qu'elles soient, mais bien la création de cette machine qui se développe sous nos yeux dans des conditions qui lui sont propres, et d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie... Ce qui est essentiellement du domaine de la vie..., c'est l'idée directrice de cette évolution vitale. Dans tout germe vivant, il y a une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation. Pendant toute sa durée l'être vivant reste sous l'influence de cette force vitale créatrice, et la mort arrive lorsqu'elle ne peut plus se réaliser. Ici, comme partout, tout dérive de l'idée qui seule crée et dirige... Quand on considère l'évolution d'un être vivant, on voit clairement que l'organisation est la conséquence d'une loi organogénique qui préexiste. Nous savons que l'œuf est la première condition organique de manifestation de cette loi. C'est un centre nutritif qui, dans un milieu convenable, crée l'organisme. Il y a en quelque sorte des idées évolutives et des idées fonctionnelles qui se réalisent sous nos yeux. Ces idées sont virtuelles, et les existences physico-chimiques ne font que les manifester ; elles ne les engendrent pas. » {Rapport officiel de -physiologie générale.)

Ailleurs M. Claude Bernard dit avec une grande autorité : « La génération qui préside à la création organique des êtres

vivants a été regardée ajuste titre comme la fonction la plus mystérieuse de la physiologie. M. Pouchet a voulu établir qu'il n'y avait pas de génération spontanée de l'être adulte, mais génération de son œuf et de son germe. Cette vue me paraît tout à fait inadmissible, même comme hypothèse. Je considère que l'œuf représente une sorte de formule organique qui renferme les conditions évolutives d'un être déterminé, par cela même qu'il les possède. L'œuf n'est œuf que parce qu'il possède une virtualité qui lui a été donnée par une ou plusieurs évolutions antérieures, dont il garde en quelque sorte le souvenir. C'est cette direction originelle, qui n'est qu'un atavisme plus ou moins prononcé, que je regarde comme ne pouvant jamais se développer spontanément et d'emblée. Il faut nécessairement une influence héréditaire.... L'œuf est sans contredit de tous les éléments histologiques le plus merveilleux, car nous le voyons produire un organisme entier... Quoi déplus extraordinaire que cette création organique à laquelle nous assistons, et comment pouvons-nous la rattacher à des propriétés inhérentes A LA matière qui CONSTITUE l'(EUF...? L'œuf CSt UU

devenir; or comment concevoir qu'une matière ait pour faculté de renfermer des propriétés et des jeux de mécanisme qui n'existent point encore?... La matière n engendre pas les phénomènes quelle manifeste. Elle n'en est que le substraium^ et elle ne fait absolument que donner aux phénomènes leurs conditions de manifestation ; c'est à ce titre qu'elle fournit les conditions pour la réalisation d'une idée créatrice

QUI SE transmet PAR HÉRÉDITÉ. »

Que de témoignages illustres et éloquents nous pourrions invoquer en faveur de ces doctrines qui senties nôtres! Le grand Jean Muller a dit: « Lavieou l'activité des corps organiques... ne subsiste pas sans l'influence d'une force qui agit

sur le tout, ne dépend d'aucune des parties, et préexiste à ces dernières... Celles-ci ne sont créées qu'au moment où l'embryon se développe, et elles le sont par la force du germe. Cette force créatrice, intelligente, se manifeste, suivant une loi rigoureuse, comme l'exige la nature de clia(iiie animal. »

Étendant aux forces physiques et ciiimi(iues ce que M. Claude Bernard a dit de la matière, un géomètre philosophe, M. Hirn, et avec lui l'immense majorité des savants contemporains, ainsi que nous le montrerons tout à l'heure, n'hésitent pas un instant à dire: «L'affinité chimique, partout « et sans cesse en jeu, est dans le corps de l'être vivant au « service d'une puissance directrice qui en agrandit ou en « diminue l'énergie, et qui, ainsi, localise les produits « qu'elle seule peut engendrer. C'est l'idée créatrice de cha- « que être vivant qui organise cet être, qui lui donne ses for- « ces internes et externes, en appelant les éléments du « milieu ambiant, et en les arrangeant entre eux par l'action « directrice qu'elle exerce à l'aide de ces forces. »

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