‹ Les splendeurs de la foiChapitre 59 sur 110 · RÉSURRECTION DES COUPS · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION DES COUPS

Dans le corps de chaque homme il est quelque chose d'essentiel, et quelque chose d'adventif ou d'accidentel. Ce qu'il y a d'essentiel, ce qu'il possède et ce qu'il possédera à jamais tout seul, c'est ce qui existait de lui au moment où il a été animé et vivifié par son âme. Ces éléments essentiels, il les conservera toujours, lisseront toujours siens. Le reste, ce qui est amené par la nutrition, la digestion, l'assimilation, la circulation, n'est pas lui, il peut le perdre et il le perd sans cesser d'être lui. Et parce qu'il aura toujours été essentiellement lui, le corps ressuscité n'aura rien à demander à aucun autre corps. C'est avec ces éléments essentiels ou personnels que Dieu reconstituera le corps spirituel et glorieux du juste, comme l'immortelle corruption du corps du réprouvé. L'àme étant la même, le germe propre ou l'élément constitutif restant le même, le reste importe peu, et l'identité subsistera éternellement. Il est d'ailleurs rigoureusement démontré : 1° que dans un corps gros comme la terre, il y a assez de vides ou pores pour qu'on puisse le concevoir réduit au volume d'un grain de sable ; 2° réciproquement, que dans un grain de sable il y a assez de parties, molécules ou atomes, séparables ou même actuellement séparées , pour qu'on puisse en former un globe gros comme la terre, et dans lequel la distance entre deux molécules ou atomes contigus soit aussi petite qu'on voudra. En présence de ces deux mystères de la nature, mystères tout à fait écrasants, oserions-nous discuter la possibilité ou l'impossibilité de la reconstitution du corps humain avec ses éléments essentiels et primitifs?

Il est un autre système très-ancien et très-nouveau qui amoindrit considérablement l'objection des chimistes-physiciens. Platon et Berkeley veulent que le corps soit une sorte d'enveloppe limite donnée à l'âme, un mode de l'âme, un je ne sais quoi dont l'âme est la forme, qui est tel qu'e«

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enlevant l'âme, qui est la seule monade réelle et essentielle, on enlèverait tout. Dans cette liypotlièsc, que nous ne partageons point, mais que beaucoup d'adversaires de la Ilévélation détendent, il n'y a plus, dans l'acte de la vie, de passage réel d'éléments d'un corps à l'autre, par la génération et la nutrition. L'objection tirée de la matérialité du coips s'évanouit donc.

M. Darwin a mis à la mode, dans ces derniers temps, un nouveau système appelé Pangenèse, qui ramène le corps de chaque être à un élément infiniment petit ou cellule. Cette cellule, essentielle et primitive, en quittant l'être générateur, n'emporte pas seulement avec elle la faculté de produire un être semblable au père et à la mère ; elle emporte en elle la vertu de transmettre cette même faculté à toutes les cellules de l'être engendré, et ainsi de suite de générations en générations. La vie de chaque cellule, par conséquent, se reproduirait, se multiplierait dans une série indéfinie d'êtres rigoureusement limités et déterminés, parfaitement semblables aux ascendants. Chaque cellule, en outre, contiendrait des myriades d'atomes ou de gemmules, sorties de l'être-mère, douées aussi de la faculté de se multiplier et de circuler, mais dont le développement futur dépendra de leur affinité pour d'autres cellules développées partiellement dans un ordre convenable de successions individuelles. Celles de ces gemmules qui ne se développent pas à la première génération peuvent être transmises a travers des générations ultérieures, et produire des cas remarquables de retour et d'atavisme. Dans la Pangenèse enfin, une simple cellule ne contient pas seulement tous les éléments ou principes constituants du corps ; elle contient encore, sous forme de gemmules toxiques, les principes de leurs états morbides, des maladies héréditaires, des difformités, etc., etc.!!! C'est là certes un mystère, un mystère

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naturel, un mystère humain, qui épouvante l'imagination, et auquel cependant beaucoup se rallient! Inclinons-nous donc sans résistance devant le mystère surnaturel de la résurrection, qui trouve sa crédibilité nécessaire et suffisante, soit dans la vieille théorie des germes, soit dans l'hypothèse moderne de la cellule génératrice de la Pangenèse, et en tout cas dans la toute-puissance de Dieu dont elle est le secret.

Que substituent au dogme mystérieux mais si raisonnable de la résurrection des corps, ceux des savants et des librespenseurs du xix^ siècle qui admettent encore que Tàme ne meurt pas avec le corps ? J'ose à peine le dire ! Essayons cependant. Un écrivain à la mode, M. Louis Figuier, dans un ouvrage qui a fait grand bruit : Le lendemain de la mort ou la vie future selon la science (Paris, Hachette, 1872), formule en ces termes ce qu'il croit être le dernier mot de l'être humain :

(( Si, pendant son séjour ici-bas, l'âme humaine a perdu de sa force et de ses qualités, si elle a été le partage d'un individu pervers, elle ne quittera pas la terre. Apres la mort de cet individu, elle ira se loger dans un autre corps humain, en perdant le souvenir de son existence antérieure. Ces réincarnations dans un corps humain peuvent être nombreuses, - Elles doivent se répéter jusqu'au moment où les facultés de l'âme se sont assez développées, où ses instincts se sont assez améliorés et perfectionnés... Alors seulement cette âme pourra quitter la terre et s'élancer dans l'espace pour passer dans l'organisme nouveau qui fait suite à celui de l'homme, dans la hiérarchie de la nature... L'espace où habitent les âmes ainsi justifiées est occupé par l'éther, l'éther planétaire... Elles ont un corps..., mois ce corps doit être pourvu de qualités intuiiment supérieures à celles qui sont ra])anage du

corps humain... Après un intervalle dont nous n'essayerons pas de fixer la durée, l'êlre surhumain meurt et son âme entre dans un corps nouveau, orné de facultés encore plus puissantes... Et ce n'est pas aune troisième et à une quatrième génération que peut s'arrêter la chaîne des créations sublimes que nous entrevoyons flottant dans l'infini des cieux. Après avoir parcouru cette longue succession d'étapes et de stations dans les cieux, les êtres que nous considérons doivent arriver finalement en un lieu... Ce lieu, terme définitif de leur cycle immense à travers les espaces, selon nous, c'est le soleil!... Ce qui entretient la radiation solaire, ce sont les arrivées continuelles des âmes... dans le soleil. Ces ardents et purs esprits viennent remplacer les émanations continuellement envoyées par le soleil à travers l'espace sur les globes qui l'environnent... Les êtres spiritualisés réunis dans le soleil envoient sur la terre et sur les planètes des émanations de leur essence, c'est-à-dire des germes animés qui distribuent sur les planètes la vie, l'organisation, le sentiment et la pensée... » M. Figuier, tout content de lui, ajoute : « Notre système diffère de la métempsycose des anciens et des orientaux en ce que nous n'admettons pas que l'âme humaine puisse jamais revenir dans le corps d'un animal... La rétrogradation n'est pas notre doctrine ; l'âme peut, dans sa marche progressive, s'arrêter un instant, mais elle ne revient jamais en arrière. Le dogme oriental de la métempsycose méconnaît la grande loi du progrès, qui est au contraire le fond de notre doctrine... Quant aux doctrines de Darwin et autres transformistes, nous en différons parce qu'ils ne considèrent que la structure anatomique, tandis que nous ne considérons, nous, que les facultés de l'âme. Nous sommes guidé non par l'idée matérialiste qui dirige et inspire les savants, mais au contraire par un spiritualisme raisonné.»

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