PRÉADAMITES
que le genre humain, issu d'un seul, habitât toute la surface de la terre, définissant pour chaque peuple les temps de leur durée et les limites de leur demeure. »
L'Eglise catholique et toutes les communions chrétiennes entendent les paroles de la sainte Bible et de l'Evangile relatives à l'origine du genre humain dans le sens d'un seul couple primitif; elles nous font chercher la source de la fraternité humaine et chrétienne la plus parfaite qu'on puisse imaginer dans l'identité numérique de souche et de berceau. Cette fraternité chrétienne est double: l'une naturelle par l'unité du père commun; l'autre surnaturelle par l'unité du rédempteur commun. Nous sommes tous enfants d'Adam, nous avons tous péché dans notre commun père; nous avons tous été appelés à jouir du bienûiil de la réparation et de la restauration par Jésus-Christ. D'où il suit que tous, Juifs, Grecs, Barbares, nous sommes doublement frères, en Adam et en Jésus-Christ, dans le sens le plus rigoureux : unité de père, unité de rédempteur.
Prèadamites.
Nous avons limité l'énoncé de la vérité que nous venons établir, l'unité d'origine de la grande famille humaine, à l'humanité qui existe aujourd'hui, qui peuple actuellement la terre, parce que des novateurs ont rêvé d'autres humanités. En 16do, un écrivain protestant, La Peyrère, voulut interpréter la Bible autrement qu'on ne l'avait fait jusque-là. Comparant entre eux les deux récits de la création qu'on trouve dans la Genèse, ch. i et ii, il vit dans le premier l'origine des Gentils ou païens ; dans le second, l'origine du peuple que Dieu avait choisi entre tous les autres. Les Gentils, créés les premiers, en même temps que les animaux, appartiendraient en quelque sorte à la création générale ; ils seraient apparus en même temps sur la terre entière. Adam, le premier Juif tiré du limon de
la terre, et Eve, formée d'une côte d'Adam, seraient apparus après le repos du septième jour ; seuls, ils auraient habité le paradis terrestre ; seuls, ils se seraient rendus coupables de péché, en violant la loi qui leur avait été' faite, La Peyrère croyait trouver cette distinction des Gentils et des Juifs dans le ch. V de l'Épître de saint Paul aux Romains, où il serait question d'hommes ayant péché, après la loi, contre la loi, et d'hommes ayant péché, avant la loi, contre la nature. 11 interprétait aussi dans le sens de son hypothèse la crainte qu'avait Gain d'être tué par ceux qui le rencontreraient, et qui ne pouvaient être que des préadamites, comme aussi la distinction entre les fils de Dieu et les filles de la terre.
11 ne fut pas difficile de convaincre La Peyrère qu'il interprétait mal les divines Écritures ; son hypothèse, après avoir produit un moment d'étonnement, tomba devant le premier examen ; il se rétracta et se fit même catholique.
Lorsque la grande question de l'abolition de l'esclavage fut soulevée en Amérique, il y a quelques années, il se forma deux grands partis, le parti slaviste et le parti antislaviste. Le second professait hautement l'unité de souche de la famille humaine. Le premier se partagea en deux écoles : l'une voyait dans les nègres les fils de Gham, maudit par Noë, dont les descendants devaient être les serviteurs éternels des descendants de Sem et de Japhet, et pour eux l'esclavage est d'institution divine. L'autre école faisait revivre les hypothèses de La Peyrère : la race blanche seule était descendue d'Adam ; elle professait en outre scientifiquement la multiplicité de l'espèce humaine pour rapprocher autant que possible les nègres du singe, et se donneur le droit de les traiter comme des bêtes de somme. S'appuyant des prétendues démonstrations de M. Morton, auteur des Crania americana, et de MM. Nott et Gliddon, auteurs des Types of Mankind^ le ministre secré-