‹ Les splendeurs de la foiChapitre 63 sur 110 · PRÉADAMITES · texte numérisé non relu

PRÉADAMITES

taire d'Etat des États-Unis d'Amérique, Cathoun, dans une note diplomatique aux puissances européennes, invoqua en faveur des doctrines slavistes les différences radicales qui séparent les groupes humains. Cette argumentation sopliistique, inspirée par les besoins delà cause, embarrassa peut-être la diplomatie, mais elle ne convainquit que les esprits déjà prévenus. Pour qui pénètre au fond des choses, la science américaine, encore jeune, d'ailleurs, est plus apparente que réelle ; elle jette de la poudre aux yeux, mais elle n'atteint pas les limites de la certitude.

Depuis que M. l'abbé Bourgeois a trouvé à Thénay, dans les calcaires d'eau douce de la Beauce ou fahluns du bassin de la Loire, de nombreux silex taillés; que M. Desnoyers et M. l'abbé Delaunay ont constaté sur des ossements fossiles de terrains prétendus tertiaires, à Pouancé et dans les environs de Chartres, des incisions artificielles, on a voulu que ces silex et ces incisions fussent l'œuvre d'êtres doués d'une intelligence analogue à celle dont ont fait preuve les hommes du commencement de l'âge de la pierre. Rien évidemment n'oblige à voir dans ces êtres des ancêtres ou représentants de l'homme actuel. Il y a plus, au jugement d'un géologue trèscompétent, M. V. Raulin, la communauté d'origine entre l'homme actuel et l'homme de Thénay serait contraire au fait admis par tous les paléontologistes, que les espèces d'ordre supérieur n'ont jamais appartenu à plus de deux époques successives; en effet, l'homme de Thénay aurait vécu dans cinq époques : calcaires de la Beauce , fahluns de la Touraine, terrain pliocène, diluvium, faune actuelle. Les esprits aventureux ont donc été amenés à conjecturer que le genre homo aurait été représenté pur plusieurs espèces successives, dont la dernière serait supérieure aux autres par son intelligence. Nous le dirons ailleurs : 1° nous sommes évi-

demment en droit de ne tenir aucun compte d'hypothèses fondées sur des silex informes, dans lesquels le plus grand nombre des géologues ont vu des jeux de la nature, qui ont pu être formés de bien des manières, qu'on a eu toutes les peines du monde à rapprocher des silex les plus grossiers du premier âge de pierre, etc., et sur des incisions qui ont pu avoir pour cause naturelle le fendillage spontané transversal ou longitudinal des os ou la dent des squales; 2° l'âge absolu des terrains de Saint-Prest et de Pouancé n'est nullement fixé, et Tantiquité démesurée qu'on leur attribue n'est pas démontrée, etc., etc. Bornons-nous aujourd'hui à demander s'il n'est pas nécessaire, ou du moins s'il n'est pas sage d'attendre, pour admettre l'existence réelle de cette race humaine primordiale, que des recherches poursuivies avec le plus grand soin aient fait rencontrer dans ces mêmes terrains tertiaires quelques débris humains. Car enfin, un si grand nombre de silex et d'incisions attesteraient la présence d'un certain nombre d'hommes, et, si l'on n'en trouve aucun vestige, n'est-ce pas parce qu'ils sont uniquement dans l'imagination des géologues? Ceux-ci admettent volontiers, d'ailleurs, que cette race humaine serait éteinte depuis longtemps, et n'a rien de commun avec la race adaniique venue la dernière, et appelée à la plus haute perfection progressive.

Seconde unité d'origine.

L'unité de souche ou d'origine adamique de la famille humaine ne s'applique donc qu'à l'homme actuel, et pour l'homme actuel il y eut nécessairement une seconde unité de souche ou d'origine. L'humanité a dû sortir aussi tout entière de Noë et de ses enfants, après qu'elle eut été anéantie par le déluge universel. Il est de foi, en eflel, que le déluge détruisit tous les êtres vivants delà terre, au moins de la terre

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habitée par le genre humain, depuis l'homme jusqu'aux bêtes, et que Noë resta seul avec ce qu'il avait renfermé dans l'arche. Aussi, de même que saint Luc, dans sa divine généalogie, remonte de Joseph, époux de Marie, à Adam qui fut de Dieu, de même la Genèse, ch. x, v. 5 et suiv., nous montre la souche des races humaines dans Noë et ses enfants. En effet, v. 11, après ce début plein à la fois de simplicité et de grandeur : « Les fils de Noë qui sortirent de l'arche étaient Sem, Cham et Japhet; d'eux et par eux le genre humain tout entier s'est disséminé sur la terre, » elle énumère la descendance de ces trois enfants de Noë, en désignant par leurs noms les familles et les nations qui en sont sorties, sans en excepter les populations des îles habitées par les gentils ; puis elle termine par ce résumé saisissant : « Telles sont les familles de Noë, divisées en tribus et en peuples. D'elles sont sorties toutes les nations de la terre après le déluge. »

Ce n'est pas assez encore; la Genèse a tenu à nous raconter comment se fit, au temps de Phaleg, petit-fils de Sem, la dispersion des peuples. Le genre humain, réuni dans les plaines de Sennaar, nom à la fois géographique et historique, ne parlant qu'une seule et même langue, semblait répugner à se séparer. Forcées, pour se nourrir, comme nous l'avons déjà dit, de s'éloigner à d'assez grandes distances, les diverses familles ou tribus résolurent de bâtir une tour très-élevée qui leur servît de signal ou de centre de ralliement ; et pour les contraindre à remplir la terre, comme il le leur avait autrefois ordonné, Dieu dut intervenir directement. Il confondit leurs langues; il fit que les diverses familles ou tribus, ne pouvant plus s'entendre, consentissent enfin à se séparer et à se disperser ; c'est ainsi que chacune alla de son côté, emportant sa langue ou son idiome propre, formé tout d'une pièce.

Ainsi définies et comprises, l'unité de souche de la grande

famille humaine et la dispersion des jteuples sont des faits historiques racontés par le plus véridique des historiens, dans un livre qui n'a encore re^u aucun démenti, et dont Adrien Balbi, rillustre auteur de V Atlas (jéographique du globe, n'a pas craint de dire : « Jusqu'à présent aucun monument soit historique, soit astronomique, n'a pu prouver que les récits de MoKse fussent faux ; mais, au contraire, ils sont d'accord de la manière la plus remarquable avec les résultats obtenus par les philologues les plus savants et les géomètres les plus profonds. » Constatons en outre que, pour disperser le genre humain, la révélation fait intervenir un véritable miracle, dont le célèbre Niebuhr a dit dans son Histoire romaine (3* édition, l""* partie, page 60) : « Ceux qui remontent à un couple humain unique, doivent supposer un miracle pour expliquer l'existence d'idiomes de structures différentes... Ils doivent admettre le prodige de la confusion des langues. L'admission d'un semblable miracle n'offense pas la raison. » Nous prou verons bientôt sa réalité par les principes mêmes de la philologie comparée, tels qu'ils sont formulés par les adversaires les plus déclarés de l'unité de souche de la famille humaine.

Le récit de Moïse, en ce qui regarde l'unité d'origine et la dispersion, est-il confirmé par l'histoire telle que l'ont faite les progrès de la géographie et de l'ethnologie modernes? Oui, incontestablement, et nous allons le démontrer complètement, quoique très-rapidement.

Remontons jusqu'à la prophétie de Noë, aux promesses faites par lui à chacun de ses trois enfants : Sem, Cham et Japhet; Genèse, ch. ix, v. 25-27. «Maudit soit Cham; il sera à l'égard de ses frères l'esclave des esclaves!... Que le Seigneur Dieu de Sem soit béni, et que Chanaan soit son esclave!... Que Jéhovah dilate les possessions de Japhet, qu'il habite les tentes de Sem, et que Chanaan soit son esclave. »

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Cette prophétie ou ces vœux se sont-ils accomplis? La race sémitique a-t-elle été le peuple religieux par excellence? le Dieu unique, Jéliovah, a-t-il habité tout particulièrement ses tentes? Oui évidemment, à ce point même que l'un des ennemis les plus acharnés de la Révélation, M. Renan, s'est vu fatalement entraîné à exagérer, outre mesure, le Monothéisme des races sémitiques.

La descendance de Chanaan est, de l'aveu de tous, la race africaine ou noire, écrasée encore aujourd'hui sous le poids de la malédiction de Noë, vouée au trafic de l'homme vendu comme un vil bétail, qui a fourni des esclaves à toute la descendance de Sem et de Japhet.

N'est-il pas tout aussi notoire que Dieu a dilaté à l'excès les tentes de Japhet ; que sa postérité s'est étendue sur tous les champs du monde et de l'histoire ; qu'elle a couvert de ses rameaux vigoureux l'Europe, l'Asie septentrionale et les contrées les plus peuplées de l'ancien continent ; qu'elle a envoyé ses fils comme un flot inépuisable sur toutes les plages de la terre? Il serait bien aveugle et bien coupable celui qui fermerait les yeux à ces lumières éclatantes de la Révélation et de l'histoire. Les traditions de tous les peuples soit orales, soit écrites et consignées dans les plus anciens livres, qui se perdent, par conséquent, dans la nuit des temps, s'accordent de la manière la plus remarquable à faire descendre le genre humain tout entier d'un couple unique, d'Adam et d'Eve; de Noë, issu d'Adam et d'Eve, et des enfants de Noë.

La tradition indienne donne pour fils à Satyavrata, roi ou père de toute la terre, qui s'endormit ivre, après avoir bu du vin nouveau, Serma, Charma et Yapete, c'est-à-dire, évidemment et dans le même ordre, Sem, Cham et Japhet. (W.Jones, Asiatic Researches, t. III, p. 262.)

Qui ne reconnaîtrait l'histoire de Noë et de ses enfants

dans le Saturne des Grecs, le premier cultivateur de la vigne; dans ses trois fils, Jupiter, Neptune et Pluton ; dans la scandaleuse conduite de Jupiter envers Saturne?

Josèphe cite ce passage d'IIestiaius, le plus ancien historien de la Pliénicie, simple écho des traditions primitives : « Tous les hommes n'avaient alors qu'une langue. Ils bâtirent une tour si élevée qu'elle semblait devoir monter jusqu'au ciel. Mais les dieux excitèrent contre elle une si violente tempête, qu'elle en fut renversée, et que ceux qui la construisirent parlèrent subitement diverses langues. C'est en souvenir de cet événement qu'on donna le nom de Babylone (ville de la confusion) à la cité qui fut, depuis, fondée en ce lieu. » Polyhistor, Abydène, Eupolème, cités par Eusèbe {Préparation évangèlique, livre IX, ch. xiv), racontent cette même légende. Volney cite avec admiration ce passage de Moyse de Khoren : « La sibylle Bérosienne donne trois fils à Xisathrus, Sim ou Zérorun. Titan et Yapéthoste. Ils se séparèrent et se partagèrent le monde... Ils étaient terribles et brillants..., ils conçurent le dessein impie de bâtir une tour...; un vent terrible et divin détruisit cette masse immense et jeta parmi les hommes des paroles inconnues qui causèrent le tumulte et la confusion. Sim, Titan (qui est l'équivalent grammatical de Gham) et Yapéthoste ne sont-ils pas évidemment les trois fils de Noë? Et n'est-il pas certain que dans le génie poétique des Grecs, : le souvenir de la tour de Babel est devenu la lutte gigantes- ; que des Titans?» {Recherches sur Thistoire ancienne, t. I", p. 146.)

Les aborigènes américains ont conservé intacte la tradition de Noë sortant du vaisseau libérateur, de son ivresse, de son sommeil, de sa nudité, des railleries de l'un de ses fils. Us disaient aux premiers Espagnols venus au Mexique :

« C'est sans doute parce que vous descendez du bon fils

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que VOUS êtes bien vêtus; tandis que nous, qui descendons du mauvais fils, nous sommes dans un état de nudité. » (Clavigero, Storia del Mexico, t. III, p. 462.)

M. de Humboldt a trouvé chez les indigènes de l'Amérique, dans la pyramide de Choiua, le souvenir vivant de la tour de Babel renversée par le feu du ciel. {Vues des Cordillières, t. I, p. 96 et 114.)

En dépit des témoignages que nous venons de rappeler, M. Renan avait osé dire en \S4:^ {Histoire des langues sémitiques, t. I, p. 52) : « La légende de la tour de Babel ne paraît pas fort ancienne, et elle s'explique par certaines particularités caractéristiques de la Babylonie, sans aucun rapport avec la confusion des langues. » Mais Dieu a voulu qu'il reçût un cruel démenti. Les ruines de Babel ont été retrouvées par M. Victor Place. L'orgueilleuse tour a perdu six de ses huit étages ; les deux qui restent se découvrent de vingt lieues ; sa base quadrangulaire a cent quatre-vingt-quatorze mètres de côté. Les briques qui la composent sont de l'argile la plus pure et d'un blanc à peine échauffé par une petite nuance fauve ; avant d'être cuites, elles ont été couvertes de caractères tracés avec la sûreté de main d'un calligraphe. Moïse affirme que dans cette audacieuse construction les enfants de Noë se servirent de briques en place de pierres, et de bitume au lieu de ciment. On se demandait où ils avaient pu trouver tant de bitume ! Eh bien, dit M. Place, la fontaine qui l'a fourni est encore là : il coule avec tant d'abondance qu'il forme un véritable fleuve ; il envahirait même une rivière voisine si les habitants ne se hâtaient de l'arrêter en l'enflammant. {Moniteur universel, février 1857.) Ce n'est pas assez encore; en 1856, M. Oppert, savant assyriologue, a pu lire dans l'inscription de Borseppa, dont l'original est au.Musée britannique de Londres, ce témoignage solennel de Nabuchodonosor,

667 ans avant Jésus-Christ : « Le temple des sept lumières de la terre, auquel se rattache la mémoire de Borseppa, et que le premier roi a commencé sans en avoir achevé le £aîte, avait été abandonné depuis de longues années. Ils y avaient proféré EN DÉSORDRE l' EXPRESSION DE LEURS PENSÉES. Lô tremblement de tciTcet le tonnerre avaient ébranlé la brique crue,, avaient fendu la brique cuite des revêtements ; la brique crue des étages s'était éboulée en formant des collines... A le refaire le grand Merodah a engagé son cœur. «

Le fait de la construction d'une tour dans la plaine de Sennaar, au lieu où s'éleva depuis la ville de Babylone, et de la confusion des langues est donc un des événements les plus retentissants des annales du monde, et des mieux attestés par rhistoire universelle. Il en est de même du fait plus grandiose encore du partage de la terre entre les trois fils de Noë et de la dispersion. Le chapitre x du livre de la Genèse est à la fois et une révélation, et une leçon imposante d'histoire et de géographie. 11 suffira pour le prouver de rapprocher des noms des fils et petits-fils de Noë, désignés dans la sainte Ecriture, les noms des peuples qui en sont descendus; ce rapprochement se fait plus éloquemment dans le tableau ci-contre que nous empruntons à ÏEistoire générale de VÉglise, de M. l'abbé Darras, t. Y\

On y verra que cent noms de peuples devenus successivement célèbres dans les différentes contrées du globe, cent noms d'empires dont la grandeur éveillera tant d'échos dans la mémoire des hommes, sont consignés dans ce x® chapitre de la Genèse, sans aucune prétention scientifique, mais avec une précision telle,, au point de vue ethnographique, que Volney la déclarait irréprochable, et que tous les efforts des philologues, des ethnographes et des géographes modernes n'ont pu y découvrir même l'apparence d'une inadvertance ou d'une

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