JOBAB
Jobarilot
inexactitude. Le chapitre x de la Genèse est évidemment inspiré ou révélé.
Si, avec les plus éclairés des archéologues de notre temps, par exemple avec MM. Mariette, deSaulcy, Rawlinson, Lenormant, Robiou, etc., nous demandons aux grandes découvertes de la science moderne l'origine des antiques civilisations de l'Orient, nous les trouverons issues toutes de la dispersion des enfants de Noë. Nous ne pouvons donner place ici, évidemment, qu'à une simple nomenclature, en renvoyant pour les développements et les preuves au Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, de M. François Lenormant, 3 vol. in-12. Paris, A. Levy, 4 869.
Egyptiens. La population d'Egypte appartient à la race de Cham et à la descendance de Mizraïm, venue de l'Asie s'établir dans la vallée du Nil, par la route du désert de la Syrie; c'est un fait désormais acquis à la science, d'une manière certaine, et qui confirme pleinement les données de Moïse.
Assyriens et Babyloniens. Les Sémites de la race d'Assur demeurèrent longtemps mêlés aux Kouschites de la race de Cham, dans la Chaldée, et n'en sortirent qu'à une époque déjà historique, émigrant vers le nord, oîi ils fondèrent les villes de l'Assyrie et de la Babylonie. La première dynastie assyrienne commença en l'an 1314 avant Jésus-Christ. Babylone eut pour fondateur Nemrod, le fameux chasseur, descendant de Cham.
Mèdes et Perses. Ils sont issus de la race de Japhet, d'autres disent de Sem. Les plus antiques souvenirs des nations indo-européennes ne nous reportent pas beaucoup antérieurement à l'an 1500 avant l'ère chréiienne. La race japhétique était alors concentrée tout entière non loin du premier berceau de l'humanité postdiluvienne, sur les bords du fleuve Oxus, dans la Baclriane que l'on peut considérer comme la ruche d'où ses
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diverses tribus ont essaimé successivement. Cette grande race se donnait le nom commun d'Aryas les vénérables. L'empire médique, proprement dit, commence à l'an 788 avant Jésus-Christ, sousArdace, chef militaire; son premier roi fut Déjocès. L'empire perse commence avec Cyrus, en 559 avant Jésus-Christ.
Chananéens et Phéniciens. Ils s'affirmaient eux-mêmes, encore au temps de saint Augustin, descendants de Chanaan, petit-fils de Cham ; ils en furent le rameau le plus célèbre, celui qui se maintint le plus tard. Leurs principales colonies s'établirent dans la Grèce, 1700 avant Jésus-Christ; dans le Pont- Euxin, 1600; dans l'Afrique, 1600 ; dans la mer Rouge, 4600 ; dans Thèbes, Zeutigane et Byzance, après 1500.
Tyriens. Fugitifs de Sidon, 1209 ans avant Jésus-Christ ; colonies en Afrique, en Sicile, en Espagne, de 1158 à 1051 » dans la vallée Bétique, Malte, la Sicile, la Sardaigne, 869 avant Jésus-Christ.
Indiens. Les premiers occupants du sol de l'Inde, dans les temps primitifs de l'histoire de l'humanité, furent des tribus de la race noire, aux cheveux plats et non laineux, tout à fait analogues aux sauvages de l'Australie. Il est même très-probable que ces derniers ne sont autres que les descendants de ces tribus noires indigènes de l'Inde, chassés par des Dravidiens ou des Kouschites.
Dravidiens. Rameau de la grande race touranienne de la Chaldée.
Kouschites. De la race de Cham, se rendirent maîtres de^ bassins de l'Indus et du Gange, et en conservèrent la possession jusqu'à la conquête aryenne.
Africains nigrites. La migration des peuples de l'Asie et de l'Egypte vers la Nigritie est attestée par les traditions des peuples soudaniens et même par plusieurs tribus nègres qui en gardent le souvenir. Les Madingues, le peuple primitif abo-
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ligi'ne parrai les noirs, se disent descendants d'Esaii, qui s'était établi à Minde et (|iii est le père de toutes ces générations.
AuYAs. Leur entrée dans le Pendjab remonte à l'an 2500 avant Jésus-Christ. Les Védas datent de la même époque; les lois de Manou, de l'an 1200 ; le brahmanisme, de l'an 1000 ; le bouddhisme, de l'an 700 avant Jésus-Christ.
Chinois. Les savantes recherches de Klaproth et de William Jones ont démontré que la Chine a été peuplée par des migrations indiennes, formées elles-mêmes de coîonies asiatiques ou même européennes, dont la trace se retrouve dans les noms des Yavanas, descendants de Javan ; des Paradas, les Parthes; des Pichlavas, les anciens Persans, dont la langue se nomme aujourd'hui encore Pehlvi; des Saras, Saci, les Scythes primitifs; des Tichinas, les Chinois actuels.
A.MÉiucviNS. Les traditions primitives des Américains les représentent comme un peuple émigrant et descendant du nord-ouest vers le sud. Les peintures hiéroglyphiques qui figurent les migrations des Aztèques les montrent traversant la mer, peut-être le golfe de Californie ; l'on sait, en effet, aujourd'hui, que la Californie a été très-anciennement visitée et colonisée parles Chinois, de telle sorte que les indigènes de ces contrées pourraient s'attribuer une origine chinoise. Mungocapac, le plus célèbre des colons américains, le fondateur de la dynastie et de la religion des Incas, venait de la Tartarie et du Thibet, comme semblent l'indiquer toutes les données chronologiques, la nature de la religion qu'ils établirent, les monuments qu'ils érigèrent, etc., etc. La division du temps en grands cycles d'années, subdivisés en portions plus petites^ dont chacune porte un certain nom, division évidemment arbitraire, est, sauf des différences insignifiantes, celle adoptée par les Chinois, les Japonais, les Kalmouchs, les Mongols et les Mandchoux, aussi bien que les Toltèques,
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les Aztèques et autres nations américaines. Les noms donnés aux jours des mois sont les mêmes; en outre, coïncidence inexplicable autrement que par une origine commune, plusieurs signes, le tigre, le lièvre, le serpent, le singe, le chien, Toiseau, signes qu'aucune aptitude ou. signification naturelle n'a pu suggérer et imposer à la fois à des nations si diverses et séparées par de très-grandes mers, sont communs aux zodiaques américains, thLbétains, mongols, mandchoux. Il y a plus : quelques-uns des signes mexicains qui manquent dans le zodiaque tartare, une maison, une canne à sucre, un couteau, trois empreintes de pieds, signes noa moins arbitraires, se retrouvent à la même place dans les sliastras indous. {Vuesdes Cordillières.T^nY Humboldt, t. IL) Enfin: Les traditions conservées en traits si précis, si clairs, si vivants chez les Américains, sur l'histoire primitive de l'homme, sur le déluge et la dispersion, sont si exactement conformes à celles de l'ancien monde, qu'elles rendent impossible toute hésitation sur leur origine. (Humboldt, ibid.)
D'ailleurs, rien de plus évident que la possibilité de ces migrations asiatiques.
Au nord-est, le passage a dû être facile autrefois d'Asie en Amérique par le détroit de Behring. Pickeriiig, qui: a exploré ces parages avec le capitaine Wilkes, en était réduit à se demander oii commençaient et oîi finissaient l'Asie et l'Amérique. En effet, celui qui, longeant les îles Aléutiennes, se rend du Kamtschatka à la presqu'île d'Alask, doit être bien embarrassé pour déterminer la limite des deux continents. Au nord-est, les migrations en Amérique ne sont guère plus difficiles par l'Islande et le Groenland. Les Tchoutes étaient naguère campés à la, fois en Asie et en Amérique ; ils habitent encore en partie des deux côtés, et se visitent réciproquement pour traiter de leurs affaires ; ils-
rappellent, d'ailleurs, à la fois, les races blanches et les peaux rouges des Etats-Unis, Des peuples qui habitent les rivages elles îles asiatiques, le plus remarquable est celui des Aïnos; or, son culte national, le culte de la mer et des astres, est un reflet irrécusable des croyances des peuples les plus civilisés de l'Amérique. Jean Bremi affirme que, dès le x® siècle, les Scandinaves avaient à Terre-Neuve, ou dans le Labrador, une colonie appelée Vinland ; et l'on reconnaît que vers la fin du viii^ siècle les Islandais visitaient déjà régulièrement la partie méridionale de l'Amérique du Nord.
Au sud, nos marins ont découvert de nouveaux fleuves coulant au sein des mers, et, en particulier, dans l'océan Pacifique, un second Gulf-Stream qui, passant au sud du Japon, se dirige vers l'Amérique, de même que le premier va de Terre- Neuve aux côtes de l'ancien continent. Le courant de Tessan a pu entraîner sur les côtes de la Californie des jonques livrées à elles-mêmes, comme le Gulf-Stream avait jeté sur la plage des Açores les fruits, les poutres travaillées, les canots chavirés, qui, dit-on, portèrent dans le cœur de Christophe Colomb la conviction qu'il existait un autre monde. Ce même courant a pu faire aborder en Amérique les flottes de l'Asie, par exemple, les navires à proues dorées et à vergues argentées que les Espagnols, ainsi que l'affirme Gomara, trouvèrent près de la côte, chargés de marchandises asiatiques. Il a pu même jeter en Californie les embarcations primitives des peuplades moins habiles à lutter contre la mer, ce qui expliquerait pourquoi la Californie est le seul point de cette partie de l'Amérique où les indigènes ont réellement le teint foncé.
Ainsi que nous l'avons déjà montré en passant, lorsque nous traitions du centre unique de création de l'homme, la géographie et la physique générale du globe attestent la possibilité de l'introduction en Amérique des trois races blanche, jaune et
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noire, que l'on y a trouvées à l'époque de la découverte. La doctrine de l'unité de souche et du peuplement par migrations successives explique, d'ailleurs, de la manière la plus simple, la rareté des populations, leur état social peu avancé, l'existence par phases de civilisations étrangères les unes aux autres, ayant chacune leur caractère propre, mais accusant toutes l'importation de germes venus du dehors, et dont aucune n'offrait une antiquité comparable, même de loin, à celle des vieilles sociétés de l'Asie.
Polynésiens. Je me borne à citer les conclusions du beau volume in-4° que M. de Quatrefages a publié à la librairie Arthus Bertrand sous ce titre : Les Polynésiens et leurs migrations successives : elles sont le dernier mot de la science moderne. « 1° Les Polynésiens n'ont pas été créés par nations et sur place ; ils ne sont pas le produit spontané des îles sur lesquelles on les a trouvés. '2,° Ils ne sont pas les restes d'une population préexistante engloutie en partie par quelque cataclysme. 3° Quelle que soit l'origine des îles où on les a trouvés, ils y sont arrivés par voie de migration volontaire ou de dissémination involontaii^e, successivement, et en procédant de l'ouest à l'est, au moins pour l'ensemble. 4° Ils sont partis des archipels orientaux de l'Asie. 5" On retrouve encore dans ces derniers la race souche, parfaitement reconnaissable à ses caractères physiques, aussi bien qu'à son langage. 6° Les Polynésiens se sont établis et constitués d'abord à Samoa et à Tonga, de là ils sont passés dans les autres archipels de l'immense océan ouvert devant eux. 7" En abordant les îles qu'ils venaient peupler, tantôt les émigrants les ont trouvées entièrement désertes, tantôt ils y ont rencontré quelques rares tribus de sang plus ou moins noir, évidemment arrivées là par quelques-uns de ces accidents de navigation qu'ont pu constater presque tous les voyageurs européens. 8" Soit purs
soil alliés à ces tribus nègres asiatirpies, ils ont formé des centres secondaires d'oii sont parties de nouvelles colonies qui ont étendu de jdus en plus Taire polynésienne. 9° Aucune de ces migrations ne remonte au delà des temps historiques. 10° Quelques-^unes des principales ont eu lieu soit peu avant, soit peu après Tère chrétienne; d'autres sont bien plus récentes; il en est de tout à fait modernes. »
Nous ne jugeons pas nécessaire d'étendre cet aperçu rapide des origines aux peuples de l'Occident. Personne n'a eu la pensée de faire des premiers habitants de notre Europe des races autochthones, engendrées ou apparues sur place. Tout le monde admet que l'Occident tout entier a été peuplé par migrations successives. 11 était de mode, il y a quelques années, de chercher nos ancêtres dans l'extrême Orient, de nous faire descendre des Aryas. Aujourd'hui les Aryas tendent à devenir un mythe, et les adversaires les plus prévenus de la Révélation semblent revenir, malgré eux, à la tradition biblique qui reporte vers les rivages méditerranéens l'origine de la civilisation européenne, et nous montre nos ancêtres parmi les Phéniciens ou les Tyriens que le commerce de l'airain et de l'ambre entraînait sur le rivage des Gaules ou de la mer Baltique.
Vogt, dans le discours qu'il a prononcé au sein du Congrès des naturalistes et médecins allemands réunis à Inspruck, en 1868, et qui avait pour thèse d'invoquer pour l'homme une antiquité indéfinie, dit en propres termes : « Nous pouvons démontrer avec certitude que noire première civilisation n'est pas, comme on nous l'avait jadis enseigné, originaire de l'Asie, mais qu'elle vient évidemment de l'Afrique, c'està-dire du sud du bassin de la mer Méditerranée. D'une part, nous pouvons peut-être démontrer par l'étude des plus anciennes couches que l'émigration humaine est venue peu à
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peiï de cette région ; d'autre part, nous pouvons maintenant, en suivant la civilisation primitive, établir, ainsi que Hur l'a fait par l'étude des plantes anciennement cultivées dans les habitations lacustres, qu'elle ne vient pas de la haute Asie, comme on le disait jadis, et comme on est convenu de le répéter dans tant de livres, mais bien de l'Afrique, c'est-à-dire de la région méridionale, et en partie de l'Egypte. » {Revue des Cours publics, t. VI, 1868-1869, p. 816.) y
Unité d'origine et unité d'espèce.
Qu'on le remarque bien, la Révélation énonce le dogme de l'unité de souche de la famille humaine, comme un fait historique, et ce fait, quoique précédant de beaucoup l'époque à laquelle commencent les annales des nations, est tellement éclatant, qu'il est impossible de le méconnaître. On voit partout inscrit à la surface du globe, et jaillissant en quelque sorte de tous les lieux foulés par le pied humain, ces grands mots ou plutôt ces grandes choses : dispersion, migrations, qui se traduisent forcément en ces choses plus grandes encore : unité de berceau, unité d'origine, unité de souche. J'ai dit fait historique et non pas fait scientifique, unité d'origine ou de souche et non pas unité d'espèce. Autres choses sont, en effet, en elles-mêmes, la question d'unité de souche et la question d'unité d'espèce.
Si avec M. Chevreul on limite l'espèce à l'ensemble de tous les individus qui, issus d'un même père et d'une même mère, se ressemblent autant que possible, relativement aux individus des autres espèces, caractérisés par la similitude d'un certain ensemble de rapports naturels existant entre des organes de même nom, la question de l'unité de souche se confond, il est vrai, avec la question de l'unité d'espèce. Mais si, avec M. de Quatrefages, on étend l'espèce à l'ensemble des individus plus ou moins semblables entre eux qui sont descendus ou qui
peuvent être considérés comme descendus d'une paire primitive, par une succession non interrompue de familles, la question d'unité de l'espèce humaine ne sera plus identique avec la question de l'unité de souche.
Nous avons admis pour les végétaux et pour les animaux la possibilité, la probabilité de centres divers de création ; et, par là même, deux êtres du règne végétal ou animal peuvent appartenir à la même espèce sans remonter à la même souche.
D'un autre côté, si l'on admet les doctrines récentes de révolution, de la dérivation, de la transformation des espèces, les modifications produites par les croisements ou l'action incessante des milieux ont pu être telles que deux êtres de même origine ou de même souche puissent aujourd'hui ne plus appartenir à la même espèce. Aussi Lamarck mettait-il à la reproduction d'êtres semblables d'une même espèce cette restriction : « Tant que les conditions dans lesquelles elles vivent ne subissent pas de changements suffisants pour faire varier leurs habitudes, leurs caractères et leurs formes. »
Autre est donc la question d'unité de souche, autre est la question d'unité d'espèce. Les hommes pourraient descendre d'un même couple, comme le veut la Révélation, sans former une seule et même espèce animale ; et nous pourrions à la rigueur refuser de faire intervenir la science dans le débat soulevé entre les partisans et les adversaires de la Révélation. Nous ne le ferons pas cependant; au contraire, nous prouverons, jusqu'à l'évidence, que même sur le terrain de l'histoire naturelle, ou de l'unité d'espèce humaine, la Révélation et la sciencevéritablesont parfaitement d'accord.
Autorités en faveur du monogénisme.
On a appelé monogénistesles savants qui affirment l'unité de l'espèce humaine ; polygénistes, les défenseurs de la multiplicité
de l'espèce humaine. Ces dénominations, que nous emploierons désormais, s'appliquent mieux encore aux partisans et aux adversaires de l'unité de souche, d'origine, d'espèce humaine. De Taveu de ses défjnseurs les plus acharnés, de MM. Paul Broca et Georges Pouchet, la doctrine polygéniste est relativement moderne ; elle remonte à peine à un siècle, ou même, scientifiquement parlant, elle ne date que de quelques années. Les fondateurs de l'Anthropologie, lesBlumenbach, les Pritchard; leurs prédécesseurs et leurs successeurs immédiats : Linnée, Buffon, Cuvier, Stephens, Schubert, Budolph et André Wagner, Von Baer, Von Meyer, Burdach, Wilbrand, Etienne et Isidore Geoffroy Sain t-Hilaire, de Blainville,Hugh Miller, Serres, Flourens, de Quatrefages, Milne Edwards, Lyell, Huxley, etc., etc., sont tous monogénistes ; ils professent tous l'unité d'espèce humaine, et presque tous l'unité de souche ou l'unité adamique de l'homme. La liste des hétérogénistes, au contraire, est incomparablement moins nombreuse et moins imposante. Il est donc faux, absolument faux, que, sur ce point capital, la science et la Bévélation soient en désaccord ; au contraire, l'immense majorité des savants affirme nettement le dogme chrétien. Il nous serait impossible de reproduire ici les déclarations solennelles de toutes les illustrations scientifiques que nous venons de nommer, elles rempliraient un volume ; nous en citerons seulement quelques-unes ; personne, au reste, n'osera suspecter notre pleine bonne foi. Alexandre de Humboldt, le voyageur intrépide, l'observateur éclairé et intelligent, dit, page 430 du t. P' de son Cosmos : « En maintenant l'unité de l'espèce humaine, nous rejetons par une conséquence nécessaire la distinction désolante de races supérieures et de races inférieures. Sans doute, il est des familles de peuples plus susceptibles de culture, plus civilisées, plus éclairées ; mais il n'en est pas de plus nobles que
les autres... Une idée qui se révèle à travers l'histoire, en étendant chaque jour son salutaire empire, l'idée de l'humanité, de la perfectibilité générale de l'espèce humaine... tend à faire tomber les barrières que des préjugés et des vues intéressées de toutes sortes ont élevées entre les hommes, et à faire envisager l'humanité dans son ensemble, sans distinction de religion, de nation, de couleur, comme une grande famille de frères, comme un corps unique, marchant vers un seul et même but, le développement des forces morales... Tant que l'on ne s'occupait que des variations extrêmes, on fut i)orté à considérer les races, non comme de simples variétés, mais comme des souches humaines originairement distinctes. Mais dans mon opinion, des raisons plus puissantes militent en faveur de l'unité de l'espèce humaine, savoir : les nombreuses gradations de la couleur de la peau et de la structure du crâne, que les progrès rapides de la science géographique ont fait connaître dans les temps modernes. La plus grande partie des contrastes dont on était si frappé jadis, s'est évanouie devant le travail approfondi de Tiedemann, sur le cerveau des nègres, et devant les études anatomiques de Vrolik et de Weber, sur la configuration du bassin, de Flourens, sur la peau. »
Jean Muller {Physiologie deVhomme, t. II, p. 768) : «Les races humaines sont les formes d'une race unique, qui s'accouplent en restant fécondes, et se perpétuent par la génération. Ce ne sont point les espèces d'un genre ; car, si elles l'étaient, en se croisant, elles deviendraient stériles. »
Serres {Com'ptes rendus de V Académie des sciences, t. XXX, p. 680 et suivantes) : « Quand à la filiation directe on substitue, dans la transformation des races et des langues, la recherche de leur parenté, on arrive, à travers même leurs différences, à reconnaître leur unité de souche, leur unité de rayonnement et, par conséquent, leur unité décentre de
création. C'est le terme commun vers lequel se dirigent, par des routes si différentes et en apparence si opposées, l'anthropologie d'une part et l'ethnologie de l'autre... De la réunion des divers types humains, faite d'après les principes modernes de l'anthropogénie, ressortiront avec plus ou moins d'évidence : en premier lieu, V unité de r espèce humaine, au milieu de ses races ; en second lieu, l'unité de foyer et de rayonnement de ses diverses races, d'où dérive la détermination du point du globe qui a servi de berceau au genre humain ; en troisième lieu, enfin, la marche de la dispersion, afin d'établir les termes du problème posé par Hippocrate, il y a plus de deux mille ans : déterminer jusqu'à quel degré les caractères des races humaines dépendent de ceux des contrées où elles vivent... Plus on étudie, sous le point de vue d'ensemble, les races noires (les plus dégradées), congo-guinéennes, cafro-béchuanes et ostro-nègres, plus l'unité d'origine de l'homme se dégage et se constitue scientifiquement. » Cette dernière proposition était la conclusion des études faites sur les lieux, par M. de Froberville, des races nègres de l'Afrique orientale, au sud de l'Equateur, et elle a reçu, après le rapport de M. Serres, l'approbation unanime de l'Académie des sciences de Paris, séance du 7 janvier 1850.
M. Flourens {Comptes rendus de l' Académie des sciences, t. XVII, p. 338) : « Lorsque nous comparons brusquement, et sans intermédiaire, la peau de l'homme blanc à celle de l'homme noir ou à celle de l'homme rouge, nous sommes très-portés à supposer pour chacune de ces races une origine distincte ; mais si nous passons de l'homme blanc à l'homme noir ou à l'homme rouge, par le Kabyle, par l'Arabe, par le Maure ; si nous faisons surtout attention aux parties colorées de la peau, dans l'homme de la race blanche, ce n'est plus la différence, c'est l'analogie qui nous frappe. Ceux qui ont voulu soutenir
blG LES SPLENDEURS DE LA FOI.
cette belle thèse de l'unité primitive de rhomme, n'ont procédé, jusqu'ici, que d'une manière indirecte. C'est toujours de quehiiies altérations observées sur les animaux, qu'ils ont conclu à des altérations semblables que pouvait éprouver l'espèce de rhomme. Ici, l'anatomie comparée de la peau nous donne, par l'analogie profonde et partout inscrite de la structure de cet organe, la preuve directe de l'origine commune des races humaines et de leur unité première. L'homme est donc un, ESSENTIELLEMENT UN. Je viens de le prouver par l'étude de la peau, je le prouverai dans un autre mémoire par l'élude du squelette et surtout par celle du crâne. »
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire {Éludes d'histoire naturelle, par Camille Delvailhe, in-8°, 1867. Germer-Baillière) : « Je verrais avec la plus grande satisfaction que M. de Quatrefages allât plus loin que moi sur la question capitale de l'origine commune des races humaines. Tous les hommes sont-ils frères? La Religion et la Tradition répondent oui. La science me paraissait condamnée, en se tenant dans le domaine qui lui est propre, et dont elle ne doit pas sortir, à n'aller jamais au delà de ces deux réponses : 1° Tous les hommes peuvent être frères ; la possibilité en est démontrable scientifiquement; 2° les faits sont plus favorables à l'hypothèse de la fraternité qu'à l'hypothèse contraire, et, par conséquent, à la possibilité s'ajoute la probabilité. Si M. de Quatrefages substitue à la possibilité et à la probabilité la réalité démontrée, il aura assurément rendu un grand service à l'anthropologie, et nonseulement à cette science, mais à la philosophie et à la morale. » Ces aveux sont de 1856; les doutes que conservait encore le savant naturaliste avaient surtout pour base, ce qu'on disait alors des léporides de M. Roux, le prétendu fait que l'unioii du lièvre cl du lapin donnait naissance à une espèce permanente ; or, Isidore Geoffroy fut le premier à annoncer
publiquement, le 14 décembre 1860, en pleine séance de la Société d'acclimatation, que ces hybrides revenaient rapidement au type lapin.
LyeW {De rancienneté de l'homme, p. 409) dit en parlant de l'unité de souche de la famille humaine : « Doctrine à laquelle on n'a encore fait, que je sache, aucune objection sérieuse. »
De Quatrefages, dans son livre de V Unité de Vespèce humaine, 1864, et dans son Cou7^s d'anthropologie, publié par la Revue des cours scientifiques, en 1868 et 1869, s'exprime ainsi : if Concluons que les groupes humains les plus éloignés donnent naissance à des races métisses (et non hybrides) qui, dans des circonstances favorables, se multiplient rapidement et d'une manière continue... En tout et partout, les croisements humains nous offrent les caractères du métissage, et les objections mêmes qu'on a faites à cette opinion nous ramènent invinciblement à l'idée que les groupes humains sont autant de races d'une même espèce. Arriver à cotte conclusion était le but de mon enseignement. J'avais à vous faire partager sur ce point des conclusions auxquelles mon esprit s'attache d'une manière plus particulière de jour en jour. »
M. Milne Edwards : « L'ordre des bimanes ne se compose que d'un seul genre, formé à son tour par une espèce unique... Il n'existe dans le genre humain qu'une seule espèce. Mais, cependant, tous les hommes sont loin de se ressembler ; et les principales différences qu'ils présentent se transmettent sans interruption de génération en génération. Aussi on ne peut se refuser à admettre dans cette espèce unique plusieurs variétés ou races, au nombre de quatre : race blanche ou caucasique ; race jaune ou mongolique; race noire ou africaine ; race rouge ou américaine, »
Citons encore M. Alfred Maury, de rAcadémie des inscriptions et belles-lettres, savant très-érudit et très-indépendant, l'habile auteur de La Terre et l'Homme. Paris, édition de 1869. « Au point de vue de l'histoire naturelle, Thomme constitue une espèce zoologique unique. Mais cette espèce embrasse une foule de variétés. La civilisation, ou plutôt la vie sociale, qui correspond pour l'homme à ce qu'est la domesticité pour l'animal, engendre une grande diversité de traits physiques, et détruit en partie l'uniformité des caractères spécifiques. A travers la diversité des races, on retrouve toujours la même constitution physique et morale. Des individus de sexes différents, à quelque race qu'ils appartiennent, peuvent s'unir entre eux et procréer des rejetons. Tous les hommes sont susceptibles de s'entendre et de vivre en société commune ; tous enfin présentent la faculté du langage, qui sépare profondément l'homme des animaux, et est la source ou plutôt l'expression de son intelligence. On ne saurait donc répartir les hommes en un certain nombre de races d'une origine différente... »
M. Hirn [Conséquences philosophiques etmétaphysiques de la thermodynamique, p. 503) : « Si l'unité d'origine des diverses races actuelles est fort contestable, l'unité de l'espèce humaine ne l'est à aucun titre, et c'est sur ce point que la majorité des savants se prononce très-affirmativement. »
Il est donc vrai, absolument vrai, que l'autorité, comme la tradition, comme l'histoire, affirme la doctrine monogéniste, et condamne ou repousse le polygénisme. Cette unanimité des maîtres de la science embarrasse fort les polygénistes, et, pour l'amoindrir, ils les accusent de n'avoir pas eu le courage de secouer le joug suranné des croyances religieuses. « La plupart des monogénistes, dit M. Georges Puuchet, le plus audacieux, — j'oserais dire le plus
AUTORITÉS EN FWEUR DU MONOGÉINISME. 519
effronté des polygénistes de la jeune génération, — ont eu jusque dans le dernier temps le tort immense d'invoquer, comme preuve à leurs idées, une autorité qu'il n'est plus permis de discuter. » C'est une odieuse calomnie contre laquelle M. de Quatrefages s'est empressé de protester au nom de tous les hommes illustres que nous venons de citer. « Cette assertion est au moins étrange. Si, comme le polygénisme, mais pas plus que lui, le monogénisme a ses théologiens, il a aussi, et en plus grand nombre peut-être que ses antagonistes, des partisans qui n'ont jamais quitté le terrain des sciences naturelles. Pour ne citer que trois noms, Buffon, Millier, de Humboldt, n'ont certainement pas cherché leurs convictions ailleurs. Qu'on ouvre YHistoire naturelle, le Manuel de physiologie ou le Cosmos, on n'y trouvera guère d'arguments tirés de la Bible. » M. Burgmeister, polygéniste ardent, reconnaît même {Histoire de la Création, p. 504) que le nombre des défenseurs du monogénisme semble augmenter, depuis que la science a regardé le dogme de la création mosaïque comme sans intérêt pour elle. Ce qui est vrai, au contraire, absolument vrai, c'est que les polygénistes en général, et M. Pouchet en particulier, ne repoussent le dogme scientifique de l'unité de souche ou d'espèce humaine, que parce qu'il est formulé par la Révélation comme un fait historique. Ilestmême profondément triste de voir un jeune homme de vingt-cinq ans (M. G. Pouchet n'avait que vingt-cinq ans quand il écrivit la première édition de ]'à Pluralité des races humaines) rejeter, avec un acharnement à la fois colère et dédaigneux, tout ce qui confine, de près ou de loin, au surnaturel, à Dieu, à la création, au miracle, aux causes finales, etc. Le croirait-on, il va jusqu'à dire (p. 188, 2^ édit.) : « Devons-nous croire à une finalité quelconque, à un but assigné d'avance ? Nous ne le pensons pas. La finalité