EST UNE SORTE DE PRÉVISION DIVINE, ET LE MONDE, DA>S CETTE
HYPOTHÈSE, EST ENCORE EN TUTELLE ! Un Dieu créateuF, un Dieu législateur, une Providence, ce serait un attentat contre le monde, ce serait faire du monde un esclave ou un enfant. » Quelle folie ! Et pounjuoi M. Georges Pouchet ne rojette-t-il pas de même le principe de la paternité, pourquoi ne maudit-il pas son glorieux père? Un père est aussi, et forcément, une finalité, une tutelle. Il n'est pas de savant qu'il exalte autant qu'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, parce que son incrédulité trouve beaucoup à glaner dans la hardiesse exubérante d'idées du père de la philosophie de l'histoire naturelle; mais l'infatigable penseur s'est laissé aller un jour à dire en pleine Académie (séance du lundi 15 janvier 1837. Comptes rendus, t. IV, p. 78) : « C'est après y avoir réfléchi profondément que j'ai, il y a quelques semaines, imprimé que la science confirme, plutôt qu'elle ne nie, que les révélations de nos livres sacrés sont oeuvres émanées ou de Dieu directement, ou provenant sous son inspiration de l'enfantement providentiel de la philosophie rationnelle. » Et le jeune homme ardent, qui a beaucoup lu, sans avoir nullement observé par lui-même, mais qui tient cependant à se former une opinion, ose reprocher au noble vieillard de n'avoir pas pu s'affranchir complètement de l'influence fâcheuse du christianisme {IHuralité des races humaines, p. 4). Quelle outrecuidance ! M. Paul Broca, autre jeune chef de l'école polvgéniste françâ'se, est encore plus audacieux et plus injuste. Il est le premier à faire remarquer que la doctrine polygéniste date à peine d'un siècle, tandis que la doctrine non pas du monogénisme, mais de l'unité de souche du genre humain, a été posée de tout temps ; et cependant il ose {Recherches sur lliybridité animale et humaine, p. 660) nous accuser d'opposer notre foi à sa science. « Il est toujours téméraire de faire
AUTORITÉS EN FAVEUR DU MONOGÉÎSISME. o2'l
intervenir les arguments ihéolosiques dans les débats de ce genre, et de stigmatiser, au nom de la religion, telle ou telle opinion scientifique, parce que si cette opiaiott Tenait à triompher plus tard, on aurait à se reprocher d'avoir compromis la Religion... Pourquoi mettre ainsi les hommes en demeure de choisir entre la science et la foi ? » Se peut-il qu'on intervertisse à ce point les rôles de la Révélation et de la science! La Révélation a précédé la science d'une longue série de siècles ; elle a professé, dès son berceau, la doctrine, non pas, je le répète, du monogénisme ou de l'unité d'espèce humaine, mais, ce qui est toute autre chose, surtout dans les idées de nos adversaires, qui admettent la possibilité delà transmutation ou de l'évolution des espèces, l'unité de souche ou l'unité adaraique de toutes les races humaines. Non-seulement la Religion était en possession de cette doctrine ; mais cette doctrine, MM. Pouchet et Broca le déclarent avec une certaine solennité, était celle de tous les savants; c'est récemment que des positivistes libres-penseurs, confondant maladroitement et de mauvaise foi, nous sommes autorisés à le dire, la question d'unité de souche avec la question d'unité d'espèce, aspirentà renverser le dogme chrétien. Etilsosent nous accuser d'opposer notre foi à leur prétendue science ! Ils n'ont évidemment inventé le polygénisme que pour renverser le monogénisme, qu'ils confondent avec le dogme chrétien de l'origine adamique de l'humanité. Ils seraient certainement monogénistes, si d'une part leur science était véritable, et si, de l'autre, l'unité de l'espèce humaine n'avait aucun point de contact avec la Révélation ; car, nous le prouverons bientôt jusqu'à l'évidence, l'unité de l'espèce humaine est un fait scientifique incontestable, comme l'unité d'origine adamique est un fait hislcî'ique ou ethnographique éclatant, El qu'on le remarque une bonne fois pour toutes, bien loin de vouloir interdire aux
savants l'examen sérieux et approfondi, au point de vue scientifique, des doctrines opposées de Tuniléoude la pluralité de l'espèce humaine, nous les y convions au contraire ; et nous admettons que si, ce qui ne peut pas être et ne sera jamais, V impossibilité de l'unité, non pas d'espèce seulement, mais d'origine, était scientifiquement et rigoureusement démontrée, la Révélation serait gravement compromise : car, nous aussi, nous admettons avec M. Broca {ibidem), ou plutôt avec la raison, quil n'est pas de croyance si respectable, quil nest pas d'intérêt si légitime qui ne doive s accommoder aux progrès des connaissances humaines^ et fléchir devant la Vérité, quand la Vérité est démontrée.
Vérité à priori du monogénisme.
A l'époque où la doctrine de l'immutabilité ou delà fixité absolue des espèces étaitun dogmede la science, comme elle semble êtreundogmereligieux, on pouvait sans témérité sedemander s'il n'était pas impossible, en raison des différences considérables qui les séparent, que les diverses races humaines fussent toutes issues d'un même père commun, d'Adam. Mais aujourd'hui que les idées d'évolution, de transformation, de transmutation des espèces remplissent toutes les tètes ; que le très-grand nombre des savants sans foi est disposé à admettre avec Darwin que l'universalité des espèces existantes a pu provenir de trois ou quatre types primordiaux, et même avec Lamarck que le monde entier, inorganique et organique, est le produit des évolutions successives d'une seule et même vésicule éternellement existante, ou spontanément engendrée, contester la possibilité de l'unité d'origine de toutes les races humaines, si distantes qu'elles soient en apparence les unes des autres, ce serait arborer le drapeau de la réaction et tourner le dos au
progrès (1). A ce point de vue, et pour prouver jusqu'à l'évidence combien nos doctrines sont raisonnables, nous croyons le moment venu de prendre acte de ce fait que nos adversaires les plus acharnés, dès qu'ils aspirent à soulever un coin du voile qui couvre le mystère des origines humaines, reviennent, mais à travers mille hypothèses, gratuites presque jusqu'au ridicule, à affirmer eux-mêmes l'unité de souche. Personne n'a repoussé avec plus de dédain que M. Georges Pouchet l'idée de la création et du Dieu créateur ; personne n'a affiché avec plus d'audace la prétention d'émanciper le monde de toute tutelle exercée en dehors de lui; personne, enfin, n'a défendu plus brutalementl'impossibilité absolue de l'unité des races humaines ; et tout cela pour aboutir à un système d'unité génésique un million de fois plus mystérieux et plus effrayant que le monogénisme divin, que l'origine adamique de la Révélation. Il nous suffira de l'exposer aussi brièvement que possible pour ouvrir les yeux à tous les esprits qui ne se sont pas volontairement fermés aux lumières de la raison. Prenons acte avant tout de cet aveu capital que
(1) Ce n'est pas que j'admette la possibilit(5 de cette transmutation ; je reste fidèle à la thèse de la fixité des espèces que le génie du grand Buffon avait pressentie et formulée avant même qu'elle fût soumise à la discussion et à l'expérience dans des termes qu'il ne faut pas oublier : « Quel nombre immense et peut-être infini de combinaisons ne faudrait-il pas pour pouvoir seulement supposer que deux animaux mâle et femelle, d'une certaine espèce, ont non-seulement assez dégénéré pour n'être plus de cette espèce, c'est-à-dire pour ne pouvoir plus produire avec ceux auxquels ils étaient semblables; mais encore dégénéré tous deux précisément au même point, et à ce point nécessaire pour ne pouvoir produire ensemble ; et ensuite, quelle autre prodigieuse immensité de combinaisons ne faudrait-il pas encore pour que cette nouvelle production des animaux dégénérés suivît exactement les mêmes lois qui s'observent dans la production des animaux parfaits!... Quoiqu'on ne puisse donc pas dém.ontrer que la production d'une espèce par la dégénération soit une chose impossible à la nature, le nombre des probabilités contraires est si énorme, que, philosophiquement même, on n'en peut guère douter. »
tj'îlï LES SPLENDEURS DE L\ FOI.
toutes les évolutions rêvées par M. Poiichet ont eu lieu dans un milieu tout à fait semblable au milieu actuel, ou au milieu dans lequel se sont opérées toutes les modifications des races humaines. Il dit en termes formels, p. 179 : « Après s'être bien rendu compte des phénomènes contemporains, sans doute on arriverait à lire simplement dans le passé géologique la trace d'une évolution lente accomplie sous l'empire des mêmes FORCES QUI PRÉPARENT aujourd'hui, pour l'avenir, de nouveaux terrains, de nouvelles saillies, de nouvelles dépressions et un nouveau monde organiq;ue à la surface de la terre... La comparaison des animaux qui existaient autrefois avec ceux qui existent aujourd'hui montre même que les conditions de
la vie n'ont pas sensiblement changé à la surface du globe
Nous pensons, en un mot, que les phénomènes géologiques de toutes sortes auxquels nous assistons aujourd'hui sont l'histoire exacte du passé, » et même « avec M. Lartet, que le jour où l'on proposera de rayer le mot catachjsme du vocabulaire de la géologie positive... approche de plus en plus...» Cela posé, voici la monogenèse de M, Georges Pouchet, dont le livre a reçu les honneurs d'une deuxième édition... (page 152) : « Tout animal, ses instincts et son intelligence compris! n'est à un moment donné qu'une masse de matière amorphe, qui, plus tard, se façonnera, ou au milieu de laquelle se développera spontanément un élément anatomique, c'est-à-dire un corps organisé. Admettre la genèse spontanée, c'est admettre, en dehors d'un corps déjà vivant, la formation d'une matière organique amorphe, primitive, aux dépens et au sein de laquelle puisse naître l'élément anatomique créateur d'un de ces animaux très-justement appelés protozoaires... » M. Pouchet se dispense, bien entendu, de nous dire comment le premier être vivant a pu être spontanément engendré au sein de la matière inerte; comment a pu s'opérer le redoutable passage
delà mort à la vie ou du néant à l'être ; de la matière inerte au végétal, du végétal au premier animal invertébré. Reconnaissons encore qu'il met en jeu le temps, mais seulement dans les mots ou en apparence, car il n'en a nul besoin. En effet, quand, comme Lamarck ou Darwin, on passe du premier être au dernier par une série de transformations insensibles et indéfinies, le temps devient un élément indispensable de l'évolution consécutive, force est d'appeler à son aide des millions de millions d'années; mais quand l'agent mystérieux de tontes les transformations est la genèse spontanée, le temps n'a plus de raison d'être ; ce qui sera spontanément engendré dans cent mille ans, peut être engendré spontanément aujourd'hui. Ces remarques préliminaires étaient indispensables. — Entrons en matière (page 181) : «'A l'origine du monde vertébré apparaît un blastème primordial, combinaison nouvelle et spéciale des matières organiques dérivant du monde invertébré qu'on peut croire avoir préexisté... Au sein de ce blastème serait apparu par genèse spontanée le premier organisme se rattachant au type vertébré. Celui-ci fut sans doute un simple élément anatomique, comme ceux que tous les jours l'histologiste voit se former dans certains liquides granuleux de l'économie (les leucocytes du pus)! Nous ne concevons pas qu'on se figure autrement les origines de la vie (étrange conception accompagnée d'un soufflet donné, sur les joues d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, à la création et aux miracles). Cet élément anatomique primordial, individu-élément, représente virtuellement un animal A'ertébré. Use serait d'abord produit simplement (monosexuel sans doute ! car s'il avait été spontanément engendré double, mâle et femelle, il y aurait finalité et le monde retomberait en tutelle!), puisses descendants auraient peu h peu, dans leur sphère d'activité propre, donné naissance à d'autres éléments juxtaposés à eux-mêmes, se perfection-
nant ainsi et sMdentifiant de plus en plus avec le type vertébré, tel qu'il s'offre à notre observation. Après un temps quelconque seraient apparus des vertébrés d'une organisation aussi simple que celle des murènes et des lamproies. Eniin, après un nouveau laps de temps quelconque..., ces animaux à vertèbres élémentaires auraient successivement donné naissance par transformation à tous les vertébrés qui peuplent aujourd'hui le globe. Mais... comment expliquer la variété ascendante créatrice ? Devons-nous croire à une finalité quelconque, à un but assigné d'avance?. .. Nous ne le pensons pas... Nous aimons mieux croire à l'intelligence créatrice ( de l'individu-élément et de ses congénères). L'organisme peut tendre à se modifier par un