CHRONOLOGIE DE LA BIBLE
MOMENT OU COMMENCENT LEURS MONUMENTS AUTHENTIQUES... La CHRONOLOGIE D AUCUN PEUPLE NE REMONTE PAR UN FIL CONTINU AU DELA DE TROIS MILLE ANS. »
Chronologie de la Bible.
Nous pouvons dire avec le plus grand nombre des interprètes et des commentateurs de la Bible que la chronologie de l'Ancien Testament n'est nullement fixée par elle-même, et qu'elle n'a jamais été définie par l'Eglise. Elle résulte de la combinaison de certaines dates, de l'interprétation de certains passages qui n'intéressent ni la foi ni les mœurs, et qui peuvent avoir été altérés. Il est même certain qu'il y a des lacunes, et que les données numériques des différentes versions autorisées ne s'accordent pas entre elles. Elles n'attachent aucune date certaine à la création de l'homme ; elles n'assignent de durée définie fixe ni à la période qui s'étend de la création au déluge, ni à celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham ; elles ne nous fournissent, en un mot, aucune donnée précise qui permette d'évaluer, même à quelques centaines ou milliers d'années près , la durée des âges anté et postdiluviens. Rien donc n'empêcherait, disons-le sans hésiter, d'ajouter quelques milliers d'années ou quelques dizaines de siècles à la date généralement acceptée de l'apparition de l'homme sur la terre, si la science arrivait à la fixer rigoureusement.
Nous pourrions même dire, avec M. l'abbé Le Hir, écrivain très-pieux et très-orthodoxe {Etudes religieuses, page 511) : « La chronologie biblique reste indécise; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre espèce. Seulement, que les savants attendent des preuves irrécusables, qu'ils évitent les exagérations, les iilu-
sions, qu'ils ne nous donnent pas comme certains des faits qui ne sont que probables, ou même qui ne le sont pas du tout. Quand on aura acquis la certitude à cet égard, toute discussion cessera, parce que toute divergence aura cessé. »
Les savants clirétiensles plus autorisés, et nous pourrions le dire, l'Église elle-même, reconnaissent donc sans hésiter que ni la sainte Ecriture, ni la tradition, ni les livres liturgiques ne déterminent la durée des temps écoulés de la création du monde au déluge, ou du déluge à la naissance de Jésus-Christ. Ils reconnaissent hautement qu'on est libre de chercher ailleurs cette durée encore inconnue.
Cette incertitude vient précisément de ce que les données ou durées consignées dans les versions anciennes de la Bible, hébraïque. Septante, samaritaine, ne s'accordent pas entre elles et diffèrent même beaucoup. En effet, la durée des générations antédiluviennes serait :
D'après le texte des Septante, 2 242 ans;
D'après le texte hébraïque, 1556 —
D'après le texte samaritain, 1307 —
La différence est, entre les deux premières, de 686 ans; entre la première et la troisième, de 935 ans.
Le temps écoulé entre le déluge et la naissance d'Abraham ne varie pas seulement, et d'une quantité considérable, d'une version à l'autre ; chaque version le laisse indéterminé ou incertain entre des limites assez étendues :
Septante, de 942 à 1 247 ans;
Hébraïque, de 922 à 1 352 —
Samaritaine, de 947 à 1 017 —
Il y a plus, alors même que les chiffres et les durées des trois versions seraient identi([ues, on ne pourraitpasaffirmerqu'elles donnent la date véritable de la création de l'homme, parce qu'il est très-possible que la liste des patriarches antédiluviens et
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postdiluviens ne soit nulle part complète, soit parce que quelques noms auraient été volontairement omis par des raisons de symétrie, d'abréviation ou autres ; soit parce que quelques-uns despatriarclies, ce qui n'est nullement impossible, n'auraient eu que des filles, et que la généalogie ne procède que par les mâles. Les auteurs des versions bibliques ont pu faire ce qu'a fait l'évangéliste saint Matthieu, qui semble avoir omis les noms de plusieurs personnages de la généalogie de Jésus-Christ, afin d'avoir trois séries de quatorze noms chacune : ils auraient réduit symétriquement à dix le nombre des générations anté et postdiluviennes.
Si des saintes Écritures nous passons aux Pères de l'Eglise, aux écrivains ecclésiastiques, aux livres liturgiques, nous retrouverons les mêmes incertitudes, les mêmes discordances.
Saint Augustin résumait ainsi la chronologie anté et postdiluvienne de la Vulgate et des Septante :
De la création du monde au déluge, 3 314 ans.
Du déluge à la vocation d'Abraham, 1 072 —
De la création du monde à Abraham, 4 386 —
Dessignoles, dans sa Chronologie de F Ecriture sainte^ 2 vol. in-8", Berlin, 1738, dit en termes formels : «J'ai recueilli plus de deux cents valeurs différentes du temps écoulé de la création du monde à Jésus-Christ. La plus petite est de 3 483 ans, la plus grande de 6 984 ans, avec une différence de 3 501 ans. »
D'Ortous de Mairan, physicien et astronome très-distingué du xvui^ siècle, est arrivé à un résultat semblable. Dans ses lettres au R. P. Parennin, il constate que, pour la supputation des temps qui ont précédé l'ère chrétienne, il s'est trouvé en présence de 75 systèmes chronologiques distincts, avec des différences de 3 000 ans entre les dates de la création du monde ; la moins reculée étant 3 700, la plus reculée, 7 OUO ans. La moyenne assignée par les écrivains ecclésiastiques à l'in-
lervalle entre la création du monde et la naissance de J.-C. est de 5 500 ans; Jules l'Africain admet 5 562 ans; Eusèbe, 5 300 ans; plusieurs autreshistoriens, 5 493, 5 591,5 509 ans; le Martyrologe romain, 5 199 ans; le P. Petau a adopté le chiffre rond de 5 000 ans. Origène, dans son Dialogue contre les marcionites, affirmait aussi qu'il y avait 5 000 ans que le monde était créé quand Jésus-Christ se manifesta. Panvinio enfin a pu se permettre, sans crainte d'être inquiété et de causer aucun scandale, de reculer la création du monde jusqu'à l'an 5311 avant Jésus-Christ, donnant ainsi à la présence de l'homme sur la terre une durée de plus de sept mille ans.
Le Concile de Trente n'a pas voulu trancher les questions de chronologies tant controversées entre les écoles catholiques ; il n'a restreint en rien la liberté des opinions; il n'était venu à la pensée d'aucun des Pères de demander qu'on fixât le nombre des générations et la durée des années patriarcales.
Les missionnaires jésuites craignant, à tort certainement, de ne pouvoir concilier la chronologie chinoise avec la chronologie plus restreinte du texte hébreu ou juif, écrivirent à Rome pour savoir s'ils ne pourraient pas suivre le texte des Septante. On leur répondit en 1537 que les saints Pères, le Martyrologe romain et le Saint-Siège leur assuraient pleinement cette liberté.
En résumé, la date exacte de la création de l'homme, de sa première apparition sur la terre, reste complètement incertaine ou inconnue, mais il y aurait quelque témérité à la reporter au delà de huit mille ans.
Huit mille ans ! c'est bien peu de chose pour les esprits qui aiment à se perdre dansleursaspirationsetleurs rêves. 3Iaisc'est beaucoup en réalité, c'est énorme pour un esprit sérieux qui, comme Guvier, a courageusement approfondi l'ensemble entier