CHAPITRE SEPTlÈxME
Antiquité de l'homme.
État de la question.
Là thèse que nous abordons dans ce chapitre est la plus grave de toutes celles que la science moderne ou plutôt la fausse science a soulevées, celle qu'elle a su le mieux embrouiller et obscurcir, sur laquelle elle se vante le plus d'avoir donné un démenti solennel à la sainte Bible et à la Piévélatiop; à l'occasion de laquelle, par conséquent, elle chante le plus victoire.
L'apparition de l'homme sur la terre, dit-elle, remonte à une antiquité incomparablement plus reculée que celle que la Bible permet de lui accorder : donc la Bible n'est ni un livre historique, ni surtout un livre inspiré, mais un simple recueil de légendes sans autorité, et avec lequel il est permis de ne plus compter.
Cette thèse, à un autre point de vue, est plus grave encore. Nous sommes, avons-nous dit souvent, à cette époque, prédite, hélas ! d'avance, où l'homme, je dirais presque l'humanité, comme saisi d'aversion pour la vérité, devait courir à la recherche des fables les plus propres à l'endormir dans son incrédulité volontaire et systématique. Or, d'une part, la fable qui endort le mieux l'incrédule est la fable de l'éternité du monde et de l'homme, parce qu'elle enlève, comme d'un coup de baguette, touie idée de création et de Dieu créateur. D'autre
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part, ce qui disposerait le mieux les esprits au rêve de Téternité du monde, à la fable que tout a toujours été et sera toujours ce que tout est maintenant, ce serait le dogme scientifique de l'antiquité indéfinie du genre humain.
Etvoilà pourquoi cette antiquité est devenue le grand cheval de bataille de la science insurgée contre la foi.
Allons plus loin encore, et que nos adversaires soient aussi francs qu'ils se- prétendent sincères. Ce qui domine chez eux, c'est un besoin mauvais d'athéisme ; ils ne veulent plus de Dieu, et ils ne font l'homme très-vieux que pour arriver à faire l'homme éternel. Toute doctrine qui ne fera pas l'homme éternel, ou du moins qui ne fera pas éternel le prototype dont l'homme descend par une série d'évolutions et de transformations dues au seul exercice des forces éternelles de la nature, ne les satisfera pas. Les trente mille, les cinquante mille, les cent raille, les deux cent mille années que les géologues et les archéologues prétendent conquérir pour l'humanité leur sont au fond très-indifférentes. Ils ne se plongent dans ce passé chimérique que pour moins voir l'origine divine du monde et de l'homme, que pour refouler Dieu dans un lointain inaccessible. Les six ou huit mille ans d'antiquité que la sainte Bible accorde à l'homme font Dieu trop près de nous; nous ne voulons pas de ce redoutable voisinage. En réalité, la question de l'antiquité de l'homme n'est qu'une feinte ou un prétexte, et nous pourrions presque nous dispenser de la discuter. Ce quel'on veut c'est l'éternité de l'homme, éternité au moins virtuelle et sans aucun rapport avec Dieu, sans aucune dépendance possible de Dieu.
Rappelons-nous le mot cruel de 3L GeorgesPouchet,vrai type du savant au xix^ siècle : « Le monde et l'homme ne peuvent plus être en tutelle; il ne peut y avoir ni cause finale, ni Dieu. »
La lutte, cette fois encore, est donc entre l'athéisme et le christianisme. Le déisme, lui, est un nuac^e dont on peut s'envelopper, que l'on peut traverser, mais où l'on ne peut pas séjourner. Or l'athéisme, c'est essentiellement l'effet sans cause, le mouvement sans force, le poëme sans poète, l'horloge sans horloger, le dîner sans cuisinier, l'œuf sans poule ou la poule sans œuf, c'est-à-dire que c'est l'ahsurde à sa plus suprême puissance, un fantôme avec lequel on est dispensé de lutter.
Cette antiquité de l'homme reculée bien au delà des limites posées par les livres saints, la science, quoique au fond elle y tienne fort peu, a-t-elle réussi à l'établir? Non ! Elle a dressé devant la vérité un tel amas de faits, qu'elle a fini par la dérober aux. regards. Les meilleurs esprits se sont perdus dans le dédale des données incohérentes qu'elle a recueillies sur toute la surface de la terre. L'entraînement a été général. Mais en réalité, et nous le prouverons victorieusement, sur cette question délicate, comme sur toutes les autres, la sainte Bible et la Révélation n'ont pas été entamées. Il ne leur a pas été fait la moindre brèche. J'ose même ajouter que s'il a existé, que s'il existe encore quelque doute, c'est que la question a été mal posée, que nous chrétiens et catholiques, comme aussi les représentants de la science vraie , nous n'avons pas su maintenir la discussion sur son. véritable terrain. Ce terrain le voici.
Dieu a créé l'homme il n'y a pas longtemps, il y a environ six mille ans. Nous possédons cette grande vérité dans des conditions imposantes. C'est d'abord Moïse, un grand homme, dont le souvenir est encore vivant dans le monde entier, qui, voulant résumer l'histoire de Thumanité, rompt avec les habitudes fatales de tous les historiens des nations, et, loin de
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s'envelopper d'obscurités et de ténèbres, comme Hérodote, comme Manéthon, comme Bérose, etc., affirme nettement la création dWdam père de tout le genre humain, donne la généalogie de tous les patriarches, et montre la terre entière peuplée par la dispersion des descendants de Noé.
Puis c'est saint Luc qui, condensant toutes les traditions de la nation juive, nation qui subsiste encore aujourd'hui, plus nombreuse que jamais et gardant son autonomie, esquisse en traits vraiment divins cette généalogie sublime de Jésus- Christ, depuis Joseph, QUI FUT DE Jacob, jusqu'à Adam, qui fut DE Dieu. Pour ne pas s'incliner confondu devant tant de simplicité et de grandeur, il faut vraiment avoir perdu le sentiment du vrai et du beau.
Le fait de l'apparition récente de l'homme sur la terre ou de sa néo-antiquité est évidemment un fait historique, puisque l'homme actuel est relié au premier homme par une série non interrompue de personnages historiques. C'est, en outre, un fait historique implicitement et explicitement compris dans deux autres faits non moins éclatants, que nous avons longuement et invinciblement démontré : Vunité de souche de F espèce humaine, tous les hommes qui habitent la surface de la terre sont descendus d'Adam et d'Eve, de Noé et de ses enfants ; V unité de centre de création de l'homme^ la terre s'est peuplée tout entière par l'émigration et la dispersion des descendants de Noé. L'homme du xix^ siècle est donc, bon gré, mal gré, forcé de compter ses ancêtres dans cette nation juive qui n'a jamais cessé d'exister, partout distincte, partout visible, et visible de manière à constituer un témoin irrécusable et universel de l'origine moderne de l'humanité.
Nulle part encore on. n'a trouvé de peuple, né sur place, dont l'origine^ soit un mystère impénétrable. L'homme
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autoclilhone ne pourrait être que 1 homme fossile ou tertiaire ; or riiomme fossile ne serait pas une preuve de la haute antiquité de la race humaine actuelle; il i)rouverait tout au plus qu'il a existé dans la nuit des temps une autre sorte d'animal raisonnable; or la sainte Bible n'affirme l'apparition récente de l'homme sur la terre qu'en tant qu'il s'agit de l'homme issu d'Adam. Donc, alors même que l'homme tertiaire serait une réalité, ce qui n'est pas, le dogme chrétien ne serait nullement ébranlé.
En un mot, au point où nous en sommes , après les grandes thèses que nous avons successivement établies , la . question de l'antiquité de l'homme se ramène à ce seul terme :
L'existence d'Adam remonte-t-elle non à quelques milliers d'années, mais à quelques milliers de siècles? Sous cette fwme qui oserait la résoudre par l'affirmative ?
Il importe aussi de constater que si tant d'esprits aventureux ont été amenés à inventer ou à feindre l'aatiquité indéfinie de l'homme, ce fut toujours par l'entraînement d'idées préconçues et de systèmes forgés h plaisir qu'ils avaient fatalement faits leurs et qu'il fallait défendre à tout prix.
Ce furent d'abord des naturalistes comme Telliamed, Robinet, Lamarck, Darwin, partisans systématiques de l'unité d'origine de tous les êtres, qui comprenaient trop la nécessité tyranni(|ue de millions d'années et de siècles pour donner quelque apparence de raison aux évolutions et aux transformations qui ont amené la faune et la flore actuelles, ou qui sentaient que la nature n'a pu passer du premier organisme vivant au singe et du singe à l'homme qu'avec une lenteur en quelque sorte infinie.
Ce furent ensuite les philosophes de l'école d'Horace et de
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Lucrèce, qui veulent que riiomnie soit apparu sur la terre à rêtat sauvage, et qu'il ait dû se civiliser lui-même, peu à peu, par une longue succession de temps. En voyant combien sous nos yeux s'écoulent de siècles sans qu'une tribu sauvage sorte par elle-même de la barbarie, ils ont dû nécessairement placer le berceau du genre humain à des distances inaccessibles, et revendiquer pour l'homme une antiquité incommensurable.
Cette immense durée jugée nécessaire pour expliquer le passage de l'état sauvage à la civilisation, nous en avons, d'ailleurs, démontré invinciblement l'inulilité, et par conséquent la fausseté, en établissant de la manière la plus certaine ces grands faits que nous nous croyons autorisé à considérer comme le résultat nécessaire et certain d'une expérience solennelle, qui est pour nos adversaires un devoir impérieux. L'homme a été créé à l'étal civilisé ; la sainte Bible a mille fois raison quand elle nous montre l'homme sortant des mains de Dieu avec le plein exercice de toutes ses facultés [ihysiques, intellectuelles et morales. La première condition de l'homme H été la civilisation, et pour l'homme sauvage abandonné à lui-même, le passage de la barbarie à la civilisation est rigoureusement impossible. 11 résulte de l'examen de tous les faits connus et des témoignages de tous les hommes compétents non prévenus, de Schelling et d'une multitude d'autres, qu'il n'y a point de barbarie qui ne soit le résultat d'une civilisation éteinte. Les tribus nomades et sauvages sont revenues à la vie presque purement animale, parce que des circonstances impérieuses leur ont fait perdre jusqu'au souvenir des éléments essentiels de la civilisation. Quelques descendants deNoé, par exemple, sont tombés à l'état sauvage, parce que, après la confusion des langues et la dispersion, ils se sont trouvés séparés de tout centre actif de science acquise et
de tradition. Pour les peuples sauvages la civilisation doit toujours venir du dehors; c'est ainsi que les tribus errantes des Gaules ou du Danemark ont été civilisées par les Phéniciens, que le commerce du cuivre ou de l'ambre entraînait vers les rivages de la Méditerranée ou de la Balti([ue. Abandonné de nouveau à lui-même, et livré à la vie nomade, en dehors de tout contact avec ses semblables, l'homme tinit par différer très-peu de la brute.
En résumé, la néo-antiquité de l'homme est déjà rigoureusement et invinciblement établie par la réfutation du système aventureux de l'origine des espèces; par la démonstration de l'unité de souche ou de l'origine adamique de toutes les races humaines qui sont essentiellement , comme nous l'avons prouvé par l'analyse des dernières conquêtes de l'histoire, sémitiques, japhétiques ou chamiques; par l'impossibilité absolue de l'état sauvage comme condition primitive du genre hurnain, etc.
Il nous reste à montrer que cette vérité certaine, à priori., n'est nullement niée ou obscurcie par les faits ou les découvertes de l'archéologie, de la géologie, de la paléontologie ou d'une autre science quelconque; que tous les efforts tentés depuis vingt ans par une nuée d'adversaires aussi nombreiLx qu'acharnés n'ont infirmé en rien le résumé saisissant qu'un observateur éminemment compétent, le créateur même de la paléontologie, le grand Cuvier, faisait de ces mêmes faits au terme de sa glorieuse carrière :
«Partout LANAïURE NOUS tient le même langage, partout elle
NOUS DIT que l'ordre ACTUEL DE CHOSES NE REMONTE PAS TRÈS- HAUT, ET, CE QUI EST PLUS REMARQUABLE, PARTOUT l'hOMME PARLE COMME LA NATURE, SoiT QUE NOUS EXAMINIONS LES VRAIES TRADI- TIONS DES PEUPLES, SOIT QUE NOUS CONSULTIONS LEUR ÉTAT MORAL ET LE DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL Qu'iLS AVAIENT ATTEINT AU