SIX MILLE ANS
Avec la meilleure volonté possible, on ne peut placer l'existence de la civilisation égyptienne au delà de 4 000 ans avant Jésus-Christ; celle de la Chine, au delà de 3 000 ans ; celle de laBabylonie, au delà de 2 600 ans ; celle de l'Inde, au delà de
2 000 ans ; celle de la Syrie, au delà de 1 339 ans ; celle de la Grèce, au delà de 1 250 ans; celle de la Phénicie, au delà de 1 229 ans; celle de Sparte, au delà de 1 200 ans; celle de Carthage, au delà de 880 ans ; celle de Rome, au delà de 752 ans ; celle des Mèdes, au delà de 708 ans avant Jésus- Christ.
Moïse, le plus ancien des historiens, est vieux à peu près de
3 448 ans; Sanchoniaton, de 3 222; Confucius, de 2 422; Hérodote, le père de l'histoire profane, de 2 356 ; Bérose, de 2 228 ; Manéthon, de 2 122.
Le plus ancien monument de l'Egypte ne remonte pas à
4 1 00 ans; le plus ancien monument de Babylone, à 3 800 ans ; le plus ancien monument cyclopéen, à 3 000 ans.
On le voit, huit mille ans d'antiquité! c'est déjà un défi jeté à l'intelligence humaine, qui la dépasse et la confond.
Et il y a des insensés qui, rêvant pour Tliomme une antiquité de cent, deux cent, trois cent mille ans, se résignent fatalement, quand ils l'interrogeront, à voir ce passé immense leur répondre par un silence de mort, et dresser devant eux un vide ou un néant désespérant.
Si le bon sens ne s'éclipsait pas quand il s'agit de questions qui touchent de près ou de loin à la religion, personne ne pourrait comprendre que des hommes de science et d'esprit aient osé invoquer une antiquité indéfinie pour amener l'homme à la civilisation avec une lenteur par trop humiliante.
Evidemment, à un groupe humain resté toujours sur place, confiné par exemple dans une île ou sur un continent bien circonscrit, isolé du monde entier, des milliers d'années de durée n'apporteront rien, n'apprendront rien qui n'ait déjà été " conquis ou appris dans les premiers siècles, ou même dans les premières années de son existence. Il n'y a donc aucune raison pour qu'il sorte un jour de l'état sauvage s'il n'en est pas sorti tout d'abord. La civilisation est une question de temps, parce qu'elle est une question d'importation ou d'invasion; parce que l'impulsion, en un mot, qui fait passer de l'état sauvage à l'état civilisé, doit venir du dehors, et peut, par conséquent, se faire longtemps attendre. J'espère que cette remarque bien simple éclairera quelques bons esprits et leur fera mieux comprendre qu'on n'attaque jamais la Révélation sans faire plus ou moins le sacrifice de sa raison.
Chronologie des peuples.
Constatons d'abord, chezl'hommeen général, un amour extraordinaire de l'inconnu, du merveilleux, du mystère ; et chez l'homme ultracivilisé une manie étrange, celle de déprécier ce qu'il possède, mais alors seulement que ce qu'il possède estfavo-