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Les squatters australiens

J'ai déjà rctoiirné vingt [ilirases rlans mon esprit, cherchant par où conimeiK^er, de même qu'nn timide inconnu ohligc de s'annoncer devant nne imposante compagnie a pti vingt fois retourner son cJiapeau dans ses mains. Pourtant, la comparaison est en ma délavenr, car celui-ci vient peut-être envoyé par des amis ou chargé de quelque commission agréable pour ceux auxquels il se présente, tandis que moi tout aussi inconnu je ne suis envoyé par personne; bien plus, je fais payer la voiture qui 360 . 1

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m'amène et j'ai toute chance d'être ass^cz mal lecu dès l'abord.

Ainsi, je commencerai par une anecdote à laquelle mon lecteur trouvera peut-être une apj)îication.

Je venais de m'engoger au premier régiment de chasseurs, et j'arrivais avec une lettre de recommandation du général de Courtigis pour mon colonel, le comte de Noue, le plus brave, le plus brillant, le plus aimé des colonels.

Je fus introduit auprès de lui dans cette tenue uniforme qui fait de vous un homme et i-i(.'n de plus, de même qu'un livre signé, par un nom inconnu ne fait qu'un volume parmi tant d'autres. M. de Noue était devant son feu, renversé en arrière dans son fauteuil, et les pieds sur le manteau de la cheminée. J'arrivai jusqu'auprès de lui sans qu'il fît un mouvement , je portai ma main droite à mon schako et je lui dis en lui tendant ma lettre et me tenant immobile , les talons sur la même ligne :

«c Mon colonel, je vous apporte une lettre du général de Courtigis.

— C'est bien, mon ani', me répondit-il en tournant légèrement la tête de mon côté ; posez ça là, je lirai ça. ■»

Je sentis que j'étais tombé sur un mauvais jour. Mais comme l'occasion ne se serait peut-être pas retrouvée :

«c Pardon, mon colonel, repris-jc sans ùter la main de la visière de mon schako et tendant toujours ma lettre, je voudrais vous entretenir au sujet de ce que le général vous écrit ; permettez-moi de vous prier de le lire. »

Étonné de ma persistance, le colonel tourne tout à fait la tète de mon côté et me toise sévèrement : ensuite il prend ma lettre, descendant lentement une jambe après l'autre sur le plancher. Il rompit machinalement le cachet et se mit à parcourir le papier. — C'était une longue lettre : petit à petit sa figure se dérida, ii fit quelques légers signes d'assentiment qui devinrent plus fréquents, et quand il eut fini sa lecture : « Asseyez-vous , mon ami, » me dit-il en me faisant prendre un siège auprès de lui.

Dans cette lettre, le général disait à mon colonel qui j'étais et comment j'avais été amené à entrer dans son régiment : j'avais donc insisté pour en obtenir la lecture.

Si vous prenez aujourd'hui mon livre en main parce que sur sa couverture vous lisez le nom d'un pays nouveau, d'un Eldorado moderne, permettezmoi aussi de vous présenter quelques lignes d'introduction.

Ce ne sera point pour le sot plaisir de vous parler de moi que je commencerai par quelques détails personnels, mais plutôt pour vous aider à comprendre et à juger mes impressions, et me donner à moi-même plus d'entrain pour vous les raconter.

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