‹ Les stalactites; Odelettes; Améthystes; Le forgeronChapitre 1 sur 10 · Les stalactites; Odelettes; Améthystes; Le forgeron · texte numérisé non relu

Les stalactites; Odelettes; Améthystes; Le forgeron

E dois tout à l'affection sans homes avec laquelle vous ave\ protégé, défendu, soutenu mon enfance, modelé et éclairé ma jeune âme; et si f ai jamais souhaité quelques modestes succès, c'est pour pouvoir vous donner un témoignage de ma reconnaissance.

Les Stalactites ont été conçues avec

maturité, exécutées ar '»«"«• grax'ité de

manière, et, par là, me scmlHcnt en qiulque sorte dignes de vous être offertes.

Agrèei l'assurance de mon profond respect et de ma tendresse filiale.

Paris, le 2; février 18)6.

PREFACE

X immense appétit de hoiil^eiir et d'esprntiice Cil au fond des àmcs. Reconquérir la joie perdue, remonter d'un pas intrépide l'escalier d'a:^ur qui mène aux deux, telle est l'aspiration incessante de l'ïxmme moderne, qui ne se sent plus ni condamné ni esclave, et qui de jour en jour comprend davantage la nécessité de croire à sa propre vertu et à l'incommensurahle amour de Dieu pour les créatures.

Si donc l'auteur de ce livre a chanté encore uiu fois, sous les divins nous que la Grèce leur a trouvés, la Beauté, la Force et l'Amour, c'est qu'il appartient

6 PRl'FACr.

èternellevient à la poésie lyrique de detaiicer comme une aurore la philosophie humaine.

L'auteur espère que les lecteurs des Cariatides remarqucrout avec plaisir dans Les Stalactites, non point un changement, mais une certaine modification de manière, qui, pour être légère, n'en est pas moins importante; les personnes dont l'esprit noblement curieux s'attache parfois aux lentes transformations et aux progrès d'un écrivain sauront sans doute gré à l'auteur des Cariatides d'aivir, dans son style primitivement taillé à angles trop droits et trop polis, apporté cette fois une certaine mollesse qui en adoucit la rude correction, une espèce d'étourderie qui tâche à faire oublier qu'un poète, quelqtu poète qu'il soit, contient toujours un pédant.

En effet, il ne serait pas plus sensé d'exclure le demijour de la poésie, qu'il ne serait raisonnable de U souhaiter absent de la nature; et il est tucessaire, pour laisser certains objets poétiques dans le crépuscule qui les enveloppe et dans l'atmosphère qui les baigne, de recourir aux artifices de la négligence. Cesl le métier qui enseigne à mépriser le métier; ce sont les règles de l'art qui apprennent à sortir des règles.

C'est surtout quand il s'agit d'appliquer des vers à de la musique qu'on sent vivement cette bixarre et délicate nécessité, et surtout encore lorsqu'il faut exprimer

en poésie un certain ordre de sensations et de sentiments qu'on pourrait appeler musicaux.

Les quelques chansons et imitations de rondes populaires que contient ce volume seront, pour le lecteur, comme pour l'auteur lui-même, une préparation, un acheminement vers un iwuveau livre qui aura pour titre: Chansons sur des airs connus.

L'auteur profite de cette occasion pour remercier toutes les personnes qui lui ont adressé de nombreuses marques de sympathie et quelqiufois même d'admiration, trop vives sans doute, mais aussi sincères qu'il l'est lui-même en les considérant comme exagérées.

Paris, le 25 fc^Ticr 1846.

Décor

L'AXS les grottes saus fin brillent les Stalactites.

Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites, Un clair jardin s'accroche au rocher spongieux, Lys de glace, roseaux, lianes, clématites.

Des thyrses pâlissants, bouquets prestigieux, Naissent, et leur éclat mystique divinise Des villes de féerie au vol prodigieux.

Voici les Alhambras où Grenade éternise

Le trèfle pur; voici les palais aux plafonds

En feu, d'où pendent clairs les lustres de Venise.

Lts a i AwAl. 1 1 1 LS

Transparents et pensifs, de grands sphinx, des griffons

Projettent des regards longs et mélancoliques

Sur des Dieux monstrueux aux costumes bouffons.

Dans un tendre cristal aux reflets métalliques S'élancent, dessinant le rhythnic essentiel. Vos clochetons à jour, ô sveltes ba^liques,

Et sous l'arbre sanglant et piuMùtntu.!

De la croix, sont éclos, énamourés des mythes,

Les vitraux où revit tout le peuple du ciel.

Stalactites tombant des voûtes, stalagmites Montant du sol, partout les orgueilleux glanons Argentent de splendeurs l'horison sans limites.

Babels de diamants où courent des frissons. Colonnes à des Dieux inconnus dédiées, Souterrains éblouis, miraculeux buisson».

Tout frémit : cent lueurs baignent, irradiées, Les coupoles qui sont pareilles a des cieux. Pourtant c'est le destin, voûtes inccmiiccs!

Le voyageur, ravi dans ce lieu précieux

£t sachant qu'une Nymphe auguste est son hôtesse,

Parfois sur vos trésors lève un osil soucieux.

I, ESSTAI.ACTITnS II

QmcI trouble appesanti sur leur délicatesse Pare de la langueur mourante du sommeil Ces merveilles du rêve, et d'où vient leur tristesse?

Hélas! l'ardent soleil de Dieu, le vrai soleil

Ne les éclaire pas de son regard propice

Et fait voler plus haut ses flèches d'or vermeil.

Sous un mont que jamais le lierre ne tapisse. Vit cet enchantement qui tremble au son du cor, Gardé par la caverne et par le précipice.

Mais (chère nymphe, ô Muse inassouvie cncor, due devance le chœur ailé des Métaphores), Pour installer ce rare et flamboyant décor,

Sous ces blancs chapiteaux et ces arceaux sonores Où les métaux ont mis leur charme et leurs poisons. Il a fallu les pleurs des Soirs et des Aurores.

Car, toi pour qui le roc orna ces floraisons De rose, de safran et d'azur constellées, Tu le sais. Poésie, ange de nos raisons.

Ces caprices divins sont des larmes gelées! Décembre 184 e.

LES STAI A

Carmen

Diccre cirmcn.

V>AMiLLi-, en dénouant sur votre col de lait Vos cheveux radieux plus beaux que ceux d'Hélène, Égrenez tour à tour, ainsi qu'un chapelet, Ces guirlandes de fleurs sur ces tapis de laine.

Tandis que la bouilloire, éveillée a demi, Ronfle tout bas auprès du tison qui s'embraSfc, Et que le feu charmant, tout à l'heure endormi, Mélange l'améthyste avec la clirysoprasc;

Tandis qu'en murmurant, ces vins, célestes pleurs, Tombent à flots pressés des cruches ruisselantes, Et que ces chandeliers, semblables à des fleurs, Mettent des rayons d'or dans les coupes sanglantes;

Que les Dieux de vieux Saxe et les Nymphes d'airain Semblent, en inclinant leur tête qui se penche, Parmi les plâtres grecs au visage serein, Se sourire de loin dans la lumière blanche;'

Les bras et les pieds nus, laissez votre beau corps Dont le peignoir trahit la courbe aérienne, Sur ce lit de damas étaler ses accords, Ainsi qu'un dieu foulant la pourpre tyrienne.

Que votre bouche en fleur se mette à l'unisson Du vin tiède et fumant, de la flamme azurée l:t de l'eau qui s'épuise à chanter sa chanson. Et dites-nous des vers d'une voix mesurée.

dr il faut assouplir nos rhythmes étrangers Aux cothurnes étroits de la Grèce natale, Pour attacher aux pas de l'Ode aux pieds légers Le nombre harmonieux d'une lyre idéale.

Il faut à l'hexamètre, ainsi qu'aux purs arceaux Des églises du Nord et des palais arabes, Le calme, pour pouvoir dérouler les anneaux Saints et mystérieux de ses douze syllabes!

janvier 18(4.

IN ous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés. Les Amours, des bassins, les Naïades en groupe Voient reluire au soleil en cristaux découpés Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe. Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois • Tressaille au son du cor; nous n'irons plus au boi;., Où des enfants charmants riait la folle troupe Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés, Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe. Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

Novembre 184;.

LLSSIALAClllUb I5

La Muse

La muse est un oiseau, disait un maître ancien. Auguste Vacquerie.

r RÈs du ruisseau, sous la feuillée, Menons la Muse émerveillée Chanter avec le doux roseau, Puisque la Muse est un oiseau.

Puisque la Muse est un oiseau.

Gardons que quelque damoiseau N'apprenne ses chansons nouvelles Pour aller les redire aux belles.

Un méchant aux plus fortes ailes Tend mille pièges infidèles.

Gardons-la bien de son réseau.

Puisque la Muse est un oiseau.

Puisque la Musc est un oiseau, Empêchons qu'un fatal ciseau Ne la poursuive cl ne s'engage Dans les plumes de son corsage.

Mère, veillez bien sur la cage Où la Musc rêve au bocage.

Veillez en tournant le fuseau.

Puisque la Musc est un oiseau.

Avril i8t4.

v-/ H I quand la Mort, que rien ne saurait apaiser, Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser Et jettera sur nous le manteau de ses ailes, Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles! Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés, Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes Se becqueter longtemps d'amoureuses colombes!

Avril 184;.

l8 LES STALACTITES

Chanson à boire

Allons en vendange*. Le* raitint (ont bon» !

Chanion.

De ce vieux vin que je révère Cherchez un flacon dans ce coin.

Çà, qu'on le débouche avec soin.

Et qu'on emplisse mon grand verre.

Chantons lo PseanI

Le Lcthé des soucis moroses Sous son beau cristal est enclos.

Et dans son cœur je veux à flots Boire du soleil et des roses.

La treille a ployé tout le long des murs, Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs !

Jusqu'en la moindre gouttelette, La fraîche baleine de ce vin Exhale un parfum plus divin Qu'une touffe de violette,

Chantons lo Pxan !

Et, dessus la lèvre endormie Des pâles et tristes songeurs.

Met de plus ardentes rougeurs Que n'en a le sein de ma mie.

La treille a ployé tout le long des murs. Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs!

A mes yeux, en nappes fleuries Dansantes sous le ciel en feu, L'air se teint de rose et de bleu Comme au théâtre des féeries;

Chantons lo Pxan !

Je vois un cortège fantasque, Suivi de cors et de hautbois, Tourbillonner, et joindre aux voix La flûte et les tambours de basque 1

La treille a ployé tout le long des murs, Allez, vendangeurs, les raisins sont murs!

C'est Galatée ou Vénus incnie Qui, daus l'éclat du flot profond.

Se joue et me sourit au fond De mon grand verre de Bohême.

Chantons lo Pxan I

Cette autre Cypris, plus galante, Nait du nectar si bien chante.

Et laisse voir sa nudité Sous une pourpre étincclante.

La treille a ployé tout le long des murs, Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs!

Plus d'amante froide ou traîtresse.

Plus de poctcs envieux!

Dans ce grand verre de vin vieux Pleure une immortelle maîtresse,

Chantons lo PxanI

Et, comme un ballet magnifique.

Je vois, dans le flacon vermeil, Couleur de lune et de soleil, Des rhythmes danser en musique I

La treille a ployé tout le long des murs. Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs!

Septembre 1844.

Viens. Sur tes cheveux noirs jette un chapeau de paille. Avant l'heure du bruit, l'heure où chacun travaille Allons voir le matin se lever sur les monts Et cueillir par les prés les fleurs que nous aimons. Sur les bords de la source aux moires assouplies, Les nénufltrs dorés penchent des fleurs pâlies, II reste dans les champs et dans les grands vergers Comme un écho lointain des chansons des bergers, Et, secouant pour nous leurs ailes odorantes. Les brises du matin, comme des sœurs errantes, Jettent déjà vers toi, tandis que tu souris, L'odeur du pécher rose et des pommiers fleuris.

Avril 184;.

LBS STALACTITSS

La Chanson de ma Mie

Or, voyez ipi

A L l R >. Il DE M L i j 1 r .

i«'i- AU dans les grands lacs bleus

Endormie, Est le miroir des cieux :

Mais j'aime mieux les yeux

De ma mie.

Pour que l'ombre parfois

Nous sourie, Un oiseau chante au bois :

Mais j'aime mieux la voix

Ue ma mie.

LES STALACTITES ÎJ

La rosée à !a fleur

Défleurie Sait rendre sa couleur:

Mais j'aime mieux un pleur

De ma mie.

Le temps vient tout briser.

On roublie :

Moi, pour le mépriser.

Je ne veux qu'un baiser

De ma mie.

La rose sur le lin

Meurt flétrie:

J'aime mieux pour coussin Les lèvres et le sein

De ma mie.

On change tour à tour

De folie :

Moi, jusqu'au dernier jour, Je m'en tiens à l'amour

De ma mie.

Mars 184).

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