‹ Les stalactites; Odelettes; Améthystes; Le forgeronChapitre 2 sur 10 · SS · texte numérisé non relu

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Les Tourterelles

Et voy CCS deux colombcUet, Qiii font luturcllemcnt, Doiicemciil,

l/.inKiiir lin l'c: cl Je* ailci.

V^EPENDANT qu'éirangèfc k la nature en fétc, Elle rêvait sans but sur sa couche défaite, Le soleil frissonnait sur l'or et les damas; Le doux air de l'été, qui chasse les frimas, Chargé de la couleur et du parfum des roses. Entrait, et redonnait la vie à mille choses. Le vin était de pourpre, et les cristaux de feu.

Alors, comme, en jouant, deux cygnes d'un lac bleu. Comme deux lys jumeaux que leur beauté protège. D'un vol silencieux, deux colombes de neige Franchirent l'azur vaste et vinrent se poser Sur la fenêtre ouverte, et dans un long baiser

Se becqueter sans fin en remuant les ailes.

Or, la douce beauté, voyant ces tourterelles, (Tandis que de la mousse et des feuillages verts S'exhalaient alentour mille parfums amers,) Laissait, l'àme enivrée à la brise fleurie, Dans le bleu de l'amour errer sa rêverie.

Dis-moi, que faisais-tu loin d'elle, ô bel enfant! Tandis que sur son col et sur son dos charmant Couraient à l'abandon ses tresses envolées. Que faisais-tu, perdu sous les longues saulécs. Et quête disaient donc, ô timide rêveur! Les brises de l'été si pleines de saveur?

Avril 184;.

Ronde sentimentale

Entrez dans la «LutM,

Vovez irmiiiiic nii iljnM !

Dur les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons.

Tout brûlant d'amour, le Ciel dit à l'Onde : Je ne puis descendre et baiser tes flots. Ni dans tes beaux yeux, par le soir déclos, Voir se refléter ton dmc profonde.

Sur les gazons verts, le soir nous dansons. Au clair de la lune, au bruit des chansons.

La Rose s'entr'ouvre et dit â l'Étoile : Que n'ai-je, ô ma fleur! des ailes d'oiseau, Puisque la madone, avec son fuseau.

File un blanc nuage, et t'en fait un voile !

Sur les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons.

L'Etoile scintille et dit à la Rose:

Je ne puis voler comme un papillon, Mais je puis, cher astre! au bout d'un rayon Boire tous tes pleurs, sans que l'on en cause.

Sur les gazons verts, le soir nous dansons. Au clair de la lune, au bruit des chansons.

Frémissante encor, l'Onde sous la flamme Apaise ses flots et dit à l'Azur:

Le meilleur de toi dans mon lit obscur Sommeille à demi sur mon sein qui pâme.

Sur les gazons verts, le soir nous dansons, .\u clair de la lune, au bruit des chansons,

Jlars 184; .

La hciniiu- aux r

Divini opu* AlcimcJouti Viaoïtt .

N u E, et ses beaux cheveux laissant en >ugue$ blondes

Courir à ses talons des nappes vagabondes.

Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas

Un sommeil embaume fermait ses grands yeux lis,

Et ses bras vigoureux, plies comme des ailes.

Reposaient mollement sur des flots de dentelles.

Or, la capricieuse avait, d'un doigt coquet. Sur elle et sur le lit parsemé son bouquet. Et, — fond éblouissant pour ces splendeurs cdoses ! — Son corps souple et superbe était jonché de roses. Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein. Sur ces coteaux neigeux qu'elle montre à dessein. Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères. Les boutons rougissants de ces fleurs cphcnières.

Mars 184;.

La Chanson du Vin

Un suir l'ùmc tiu vin chantait dans les bouteilles Charles Baudelaire.

1 ARMi les gazons Tout en floraisons

Dessous les treilles, J'écoute sans fin La clianson du Vin

Dans les bouteilles.

L'Ode à l'Idéal Au fond du cristal

Coule embaumée.

La strophe bruit, Et, limpide, suit

Sa sœur charmée.

Les nectars vermeils Chantent les soleils

De la jeunesse, Et tous les retours Qui font nos amours

Pleins de tristesse;

Et le dieu cornu, Le beau guerrier nu.

Dans les mêlées, Qpi guide en rêvant Des femmes au vent

Êchevelêes;

Le dieu des pressoirs Qui, sous les pins noirs

Du mont Mcnale, Fait, pendant la nuit, Courir à grand bruit

La bacchanale!

Et le tambourin

Des vierges sans frein

Dans leurs querelles, Qui, loin des regards.

Dans les bois cpars

S'aiment entre elles;

Et le chœur dansant Qui, rouge, et versant

Dans son délire Le sang et le vin, Brise le devin

Avec sa lyre!

Le Nectar nous dit :

O vous qu'engourdit

La Poésie, Plus de vains sanglots!

Buvez à mes flots

La fantaisie.

Ne réservez plus Vos vœux superflus

Et vos tendresses Pour les impudeurs Et pour les froideurs

De vos maîtresses.

Nos claires prisons Montrent aux raisons

Évanouies L'ame des couleurs, Du rhythme et des fleurs

Épanouies !

LES STALAT !

Nos secrets plaisirs.

Nés dans les loisirs.

Ont à s'accroitrc, Pour les sens domptés Plus de voluptés

Que k:cii\ du ^liiitrc.

Mais fuis, jeune élu.

Le bois chevelu.

Le flot rapide Et l'antre secret Où te rencontrait

L'Aganippidel

Le thyrse est levé.

Dans le lieu trouvé

Pour les mystères, Hurlent de fureur Les vierges en chœur

Et les panthères.

Prive de tombeaux, L'impie en lambeaux

Meurt comme Orphée.

Dans l'onde à la fois Sa lyre et sa voix

Pleure étouffée,

Tandis qu'au lointain Bondit, le matin,

Toute rougic, En vociférant Sur l'indifTcrent,

La sainte Orgie!

Septembre 1844.

A Charles Baudelaire

A eux la faute, pourquoi um d'orgueil?

Stihpii A I .

\J pocte, il le faut, lionorons la Matière; Mais ne l'honorons point d'une amitié grossière. Et gardons d'offenser, pour des plaisirs trop courts, L'Amour, qui se souvient, et se venge toujours.

Notre ame est trop souvent comme cette Bacchante Que, dans une attitude aimable et provocante, Le Satyre caresse et retient dans ses bras. Rouge de ses désirs et de son embarras, L.1 tête renversée et les lèvres mi-closes, — lit que l'enfant Amour châtie avec des roses.

Mars 184;.

v>HHRE, voici le mois de mai, Le mois du printemps parfumé

Q.ui, sous les branches, Fait vibrer des sons inconnus.

Et couvre les seins demi-nus

De robes blanches.

Voici la saison des doux nids, Le temps où les cieux rajeunis

Sont tout en flamme.

Où déjà, tout le long du jour.

Le doux rossignol de l'amour

Chante dans l'àme.

Ah! de quels suaves rayons Se dorent nos illusions

Les plus chéries, lît combien de charmants espoirs Nous jettent dans l'ombre des soirs

Leurs rêveries!

Parmi nos rèvcs à tous deux, Beaux projets souvent Iiasardcux

Qmï sont les mêmes, Songes pleins d'amour et de foi Que tu dois avoir comme moi,

Puisque tu m'aimes;

Il eu est un seul plus aimé.

Tel meurt un zéphyr embaumé

Sur votre bouche, Telle, par une ardente nuit, De quelque Séraphin, sans bruit,

L'aile vous touche.

Camille, as-tu rêvé parfois

Q.u'à l'heure où s'éveillent les bois

Et l'alouette, Où Roméo, vingt fois baisé, Enjambe le balcon brisé

De Juliette,

Nous partons tous les deux, tout seuls? Hors Paris, dans les grands tilleuls

Un rayon joue; L'air sent les lilas et le thym, Li fraîche brise du matin

Baise ta joue.

Après avoir passé tout près De vastes ombrages, plus frais

Qu'une glacière Ht tout pleins de charmants abords, Nous allons nous asseoir aux bords

De la rivière.

L'eau frémit, le poisson changeant Émaille la vague d'argent

D'écaillés blondes; Le saule, arbre des tristes vœux.

Pleure, et baigne ses longs cheveux

Parmi les ondes.

Tout est calme et silencieux.

Etoiles que la terre aux cieux

A dérobées.

On voit briller d'un éclat pur Les corsages d'or et d'azur

Des scarabées.

Nos yeux s'enivrent, assouplis, A voir l'eau dérouler les plis

De sa ceinture.

Je baise en pleurant tes genoux.

Et nous sommes seuls, rien que nous

Et la nature!

j8 LES STALACTITES

Tout alors, les flots enchanteurs, L'arbre ému, les oiseaux chanteurs

Et les fcuillées, Et les voix aux accords touchants Q.ue le silence dans les champs

Tient éveillées,

La brise aux parfums caressants.

Les horizons éblouissants

De fantaisie, Les serments dans nos coeurs écrits.

Tout en nous demande â grands cris

La Poésie.

Nous sommes heureux sans froideur.

Plus de bouderie ou d'humeur

Triste ou chagrine; Tu poses d'un air triomphant Ta petite tête d'enfant

Sur ma poitrine;

Tu m'écoutes, et je te lis.

Quoique ta bouche aux coins pâlis

S'ouvre et soupire.

Quelques stances d'Alighieri, Ronsard, le poëte chéri.

Ou bien Shakspere.

Mais je jette le livre ouvert, Tandis que ton regard se perd

Parmi les mousses, Et je préfère, en vrai jaloux, A nos poètes les plus doux

Tes lèvres douces!

Tiens, voici qu'un couple charmant, Comme nous jeune et bien aimant,

Vient et regarde.

due de bonheur rien qu'à leur pas!

Ils passent et ne nous voient pas :

Que Dieu les garde!

Ce sont des frères, mon cher cœur, Que, comme nous, l'amour vainqueur

Fit l'un pour l'autre.

Ah! qu'ils soient heureux à leur tour!

Embrassons-nous pour leur amour

Et pour le nôtre!

Chère, quel ineffable émoi, Sur ce rivage où près de moi

Tu te recueilles.

De mêler d'amoureux sanglots Aux douces plaintes que les flots

Disent aux feuilles !

Dis, quel bonheur d'être enlacés Par des bras forts, jamais lassés !

Avec quels charmes.

Après tous nos mortels exils, Je savoure au bout de tes cils

De fraîches larmes!

Avril 184^.

Le Démêloir

Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'Aurore lorsqu'elle se lève, qui est belle comme la Lune et éclatante comme le Soleil, et qui est terrible comme une armée rangée en bataille ?

Cantique da canliques.

Je sais qu'elle est pareille aux Anges de lumière. Elle a des rayons d'astre cclos sous sa paupière, Et je vois aux candeurs de son pied calme et pur Qu'il a marché longtemps sur les tapis d'azur. Sa bouche harmonieuse et de charme inondée Semble, à son doux parfum de roses de Judée, Avoir vidé la coupe aux noces de Cana, Et chanté dans les cieux le Salve Regina. Mais ces tempes de marbre et ce sourcil t'arouclic, La superbe fierté du front et de la bouche,

Ces rougeurs, ce duvet pleius de défis mordants. L'insolente fraîcheur de ces tons discordants, Ces ongles lumineux et ces dents de tigressc A des insunts furtifs trahissent la Déesse.

Quand, pareille aux Vénus que je chante *..■ ...^^ .. Sous un grand dcmcloir d'écaillé aux reflets verts Elle fait ruisseler, en sortant de l'alcôve, Cette ample chevelure à l'or sanglant et fauve, Quand ses mains de statue achèvent d'y verser Le flot d'huile épandu, le soleil fait glisser Sur ces âpres trésors, qu'à loisir elle baigne, Un rayon rose au bout de chaque dent du peigne.

Février 1844.

A la Font-Gcorgcs

Voici les lieux charmans où mon âme ravie

P.issoit à contempler Sylvie Ces tranquilles momeiis si doucement perdus.

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