‹ Les stalactites; Odelettes; Améthystes; Le forgeronChapitre 10 sur 10 · ou, tu rougis, pareil à ton brasier fumnnt · texte numérisé non relu

ou, tu rougis, pareil à ton brasier fumnnt

Dis, ne serais-tu pas délicieusement

Rafraîchi, dans ton cœur où saigne une blessure,

Si vers toi quelque vierge à la belle chaussure

Penchée et souriante et pliant le genou.

Essuyait la sueur qui perle sur ton cou ;

Et sur ton front, meurtri des baisers de la flamme,

Posait timidement, légère comme une âme.

Sa douce chevelure et son front parfumé?

Vulcain .

Qui m'aimerait, moi qui ne fus jamais aimer

Je pense avec tristesse à mon enfance amcre.

Car haï par mon père, hélas ! et par ma mère.

Tous les deux, — tu sauras mes peines, il le faut, —

M'ont, chacun à son tour, précipité du haut

De l'Olympe, à travers l'horreur des deux splendidcs.

Une première fois, les blanches Néréides

M'ont recueilli, tremblant, et la seconde fois.

Je tombai dans cette île affreuse, où tu me vois.

Plus tard, lorsque j'osai, comme un chevreau qui grimpe,

Jusqu'au royal festin remonter sur l'Olympe,

Les Dieux raillaient ma force et mon cou de taureau.

Et là, je fus d'abord victime, puis bourreau.

Cette main, grâce .i leur colère ensanglantée,

A cloué sur le roc infâme Prométhée.

Oui, moi son tourmenteur, j'ai vu des pleurs luisant

Dans les célestes yeux du Titan bienfaisant.

iji LtrORCEKUN

De ce martyrisé qu'avec orgueil tu nommes. Et l'ai juré d'aimer ceux qu'il aimait : les hommes! Or je les vis tremblants, tristes, ayant si peu De joie, et j'inventai pour eux les aru du feu. Reine, c'est grice ï moi d'abord que la charrue, Mère du pain, leur est comme en rêve apparue. C'est grâce à moi qu'ils ont sorti des feux ardents Les vases dont le flanc le courbe, les tridents, Et la griffe d'airain, qui sert aux lavandières Pour pendre les habits, et les vastes chaudières. Déjà leurs yeux ravis ont oublié les maux. Guerriers, ils ont sur leurs armures des émaux Et de joyeux lézards faisant traîner leurs queues Frétillantes, parmi les cannelures bleuet. Mais toujours les potiers au travail diligent. Toujours les forgerons de l'or et de l'argent, Penchés sur le métal en fusion qui coule, éviteront les vains murmures de la foule Et, muets, noirs, hideux, pensifs, travailleront A bien pétrir l'image éclosc dans leur front. Armés par leur fierté contre le vil oatrage.

yinus.

Oui, je le comprends, U beauté, c'est ton ouvrage ! Tu fais voir, moisson née entre tes doigts velus, Tes fleurs d'or, et tu n'as rien à dire de pins Pour châtier les froids mépris et l'insolence.

Mais, moi, j'ai quelque droit de haïr ton silence Et ton brillant renom si fièrement acquis.

Vénus descend du trône et s'approche de Vulcain.

Vulcain.

Toi, déesse!

Vénus ,

A l'instant céleste où je naquis, Splendide, et secouant sur la mer apaisée Ma chevelure d'or par le zéphyr baisée, Inépuisable orgueil des flots mélodieux; Lorsque mon sein de vierge apparut, tous les Dieux Etaient venus, et tous ils trouvèrent d'étranges Paroles, et, pour me célébrer, des louanges S'envolant fièrement dans les cieux éperdus, Et des mots qu'on n'avait pas encore entendus. Mais toi seul, tu restas muet, quand leur farouche Désir louait ainsi la pourpre de ma bouche Et mes yeux dont la flamme heureuse étincela. Ou plutôt, je crois bien que tu n'étais pas là. Et que tu n'as pas vu, courbé sur ton enclume, Cypris jaillir des flots et de la blanche écume!

Vulcain.

Si, j'étais là, divine! admirant les accords De ton harmonieux visage et de ton corps. Et tes yeux étoiles où tient le ciel nocturne.

38o Lr FORGERON'

Et tes bra« arrondi* comme des anses d'urne,

Et ta hanche flexible avec son pur dessin,

Et ce bouton rose, la rougeur de ton sciu.

Mais je me taisais, sœur des ardentes corolles!

Je ne suis pas de ceux qui disent des paroles.

Et je ne savais pas en quels mots te prier.

Mais je voulus, étant le tenace ouvrier

A qui les vains discours semblent fous et ri-*^'—

Offrir à ta beauté des louanges visibles.

J'ai voulu, ciselant la lumière et le jour,

Que l'Or te dit pour moi des paroles d'amour,

Qm'iI célébrât ton front, ta bouche et ta narine

Et ton ventre poli par la vague marine,

Qp'il chantit, mieux que la cithare, ton pouvoir.

Et j'inventai pour toi les Joyaux.

f'i- Il II t .

Fais-les voiri

Vil le a in.

Reine vierge aux yeux noirs, les Grices , tes servantes, Viennent, portant le coffre où sont les fleurs vivantes. Puis, de leurs doigts de rose, elles t'en pareront Avec joie, et tandis qu'elles s'empareront De toutes les blancheurs dont ta gloire suprême Est composée, afin que tu puisses toi-mémc Admirer l'art vaincu par ton front souverain,

Il montre à Vénus un grand miroir.

Tu le regarderas dans ce miroir d'airain.

Entrent les Grâces, portant le riche coflret dans lequel sont enfermés les présents de Vukain. Elles en tirent un à un les joyaux, et, à mesure qu'elles les nomment, elles en parent a%-ec vénération la déesse.

Aglaé.

Ce que nous attachons sur ton front, cet emblème

De la victoire, c'est le sacré Diadème.

Ce signe décisif et que rien ne dément.

Atteste le pouvoir et le commandement,

Et montre, pour charmer l'humanité craintive,

Les liens où tu tiens la grande Nuit captive.

Tbalie.

La flexible chaînette a lié par ses bouts Ces plaques figurant des tètes de hiboux : —

Euphrosyne.

Plus bas, un autre rang met des feuilles de saule Tout près de tes yeux noirs, —

Tbalie .

Et jusqu'à ton épaule Tombe la pendeloque, impérieusement.

sSa LB FORCEXON

huphrosyne,

Voi' !

irilani au miroir.

Le Diadème I Ohl quel ébloaissenient !

AgUi.

Tes Colliers.

liupbrosjHt.

Celui-ci, £iit de boules d'or creuses, Sonne et frissonne, —

AgUi.

Car ces perles amoureuses Sonnant dedans, le bruit de leurs petiu sanglots Imite la chanson foUtre des grelots.

Tbalit.

Celui-U qui frémit, undis que tu le touches, Semble vivre.

Aglai.

Il est fait d'un rang pressé de mouches.

Tbalit.

Mouches d'or, on a peur que vous vous envoliez Parmi la chair de neige.

LE FOKGEROM 285

Vénus.

Oh ! les divins Colliers!

Euphrosyne.

Ces colombes d'argent, toutes blanches, sans nulles Taches, qui doucement boivent à des urnules D'or, s'ouvrant à leur bec de rose, et d'où, par un Art merveilleux, s'enfuit goutte à goutte un parfum, Sont tes riches Pendants d'Oreilles, où se joue Un rayon clair.

Vé nus .

Ah! ces colombes sur ma joue!

De ton souffle, zéphyr léger, caresse-les!

Tbalie .

Nous attachons sur tes bras purs les Bracelets.

Euphrosyne .

Les uns sont des serpents roulés, dont les nœuds courent En replis onduleux sur ta chair, et l'entourent; —

Aglaé.

Celui-ci fait briller sa turquoise, au milieu D'une rosace d'or qui semble tout en feu. Où l'ornement léger dans sa grâce foisonne Comme des fleurs, et qu'un double cercle emprisonne.

384 I-^ POMOBRON

Tbalif.

Ceus-Iiisur tes poignets, d'un cun^»..» i....ail, Sont des sphinx affrontés, mêles d'or et d'émail.

Aglar .

Et cet autre, courbe sur ton bras de naïade, Est fait de perles d'or, de turquoise et de jade,—

Tbalit.

Et fait en même temps briller parmi tes lys Des lueurs de coraux sanglants et de lapis.

Vinus.

Ainsi la mer frissonne avec toutes ses vagues I

Eupbrosynt.

O déesse, à présent, nous te mettons les Bagues, —

Tbalit.

Afin qu'en remuant ta main blanche et tes doigts, Tu puisses resplendir, ainsi que tu le dois.

Eupbrosyne.

Pour faire ces anneaux, l'industrieux artiste Creusa profondément le jaspe et raméthj-stc, —

.iglaé.

Ou courba les métaux qui, de feux arrosés, Avec un doux orgueil baisent tes doigts rosés.

LK lORGEROX 28î

Vénus, extasiée.

Triomphe de la femme, ornements, pierreries! O gemmes, diamants, joyaux, flammes fleuries! Tant que nos cheveux d'or et nos yeux brilleront, Vous chanterez ainsi la gloire d'un beau front Et nos brns et nos cous de neige et tous nos charmes Et vous serez toujours mon trésor et mes armes, Et l'amour et la joie immense du ciel bleu.

Les Grâces sortent.

Merci, Vulcain, merci, brillant dompteur du feu. Qui se tord sous tes doigts, ainsi qu'une couleuvre.

Vulcain.

Ceci n'est rien. Viens voir à présent le chef-d'œuvre Q.ue j'ai cherché longtemps dans mon âme de roi. Le seul divin, le seul qui soit digne de toi, Le joyau radieux qui sur ta belle gorge Répandra ses lueurs d'astre. Viens dans ma forge! Les Dieux y sont déjà, soucieux en effet De mon labeur, voulant savoir ce que j'ai fait Pour effacer encor mes ouvrages sans nombre. Ils verront la merveille, et quelque projet sombre Que tentent de nourrir leurs cœurs insidieux, Tous adoreront ta royauté.

Ils sortent.

386 LE rOKi.

SCÈTtE SIXIÈa€E

La ciunïprc ou \ ins:a)n range »ci ciuvr4j;c5, et ^ui s uiivrc

sur U cour où c>t I4 for^e. Elle est toatc revètno de pUt)ues en cuivre rouge, retenues par des dons de fer brillant. Au fond, on aperçoit, ruisselant comme une mer, les métaux en fusion. Par moments Je grande* flammes rouges font itinceler tous Ica clou* d'cscarboucle.

Du câtè Je la cour se droacnt des colonnes d'or rouge aux chapiteaux de mbi*, po*é« tnr des bases de fer. Le long des murs, des statues, des chars, des trépieds, de* boucliers, des bijoux attachés aux colonnes. Sur des coffres et par terre des fouillis d'escarboncics et de pierres précieuses.

Tons les Dieux sont debout, attentifs et inquieu. — Devant

eux se déuche le groupe .'-- ''-••-•- -••• v- --t la

Ceinture, merveilleux ouvi liie

parait Vénus, amenée par Vu t. -ni,

et la parent Je l'héroTqne Ceinture.

Vulcain.

Salut, Dieux!

Cela, c'est l'immortelle et splendide Ceinture Où tiendront les buisers sacrés de la Nature, Tous les espoirs, tous les désirs, tous les tourments,

L'extase et la douleur et les ravissements,

Ce qui fait s'entr'ouvrir les fleurs, courir la sève,

L'amertume de vivre et la douceur du rêve

Et tout ce que l'Amour promet à son festin.

Car ainsi l'a voulu l'immuable Destin,

Et c'est par son pouvoir que Vénus de Cythcre

Dominera sur vous et sur toute la terre.

Enphrosyne.

La Ceinture, livrée à l'aile des zéphyrs. Est comme un clair tissu de perles, de saphirs, D'améthystes, sur un treillage d'or, qu'embrase La calcédoine et la mourante chrj'soprasc.

Aglaé.

Elle est l'enchantement et le signe.

T ha lie.

Au milieu De sa rosace d'or est un diamant bleu Qui, pareil au grand ciel, fait baisser vos paupières.

Aglac.

Autour du diamant s'ctagent les sept pierres.

Thalie.

Sept pendeloques sur le flanc pur de Cypris Mêlent rais;ue-marine et le fluide iris.

a88 LE ro*<

Eupbrosynt .

Et la rosace a pour soutiens, douce et fatale. Deux oiseaux transparents, deux colombes d'opale Dont les yeux enflammés sont des diamants noirs, —

Tbtti*.

Pour montrer que Vénus est la rciiic des soirs.

Et la riche Ceinture est sa gloire éternelle. Jupittr, k WétMt.

Oui, charmeresse, nous t'adorerons en elle

Q)>> baigne de rayons ta blancheur sans défaut;

Tu régneras et tu vaincras, puisqu'il le faut.

Mais nous t'avons longtemps cherchée entre tes villes

De Cytljère, et parmi les verdoyantes ilcs

D'où la colombe vers l'azur prend son essor.

Nous te trouvons enfin dans ces cavernes d'or

Où le soufflet gémit comme un chien qui va mordre,

Et le temps est venu d'obéir k mon ordre.

Car le Soir, qui fait nos regards s'extasier,

S'est couché, palpitant, dans son rouge brasier;

Déjà la grande Nuit, échevelce et nue.

Laisse traîner là-haut ses voiles sur la nue.

Et descend sur le Pinde et sur le Cithéron.

Qui prends-tu pour mari, Vénus?

LE FOUGUKON- 2S9

l'é nus .

y II le II i II .

Donc le Travail, qui montre une âpre cicatrice, Épouse avec amour la Force créatrice.

Malgré la nuit qui dort en ses replis hideux, Ils aviveront la lumière, et tous les deux Ils sauront, avec une ardeur inassouvie. Créer la vie et les images de la vie. Et maintenant, héros, poètes, ouvriers, Hommes mortels, ô vous qui vous enivriez D'espoir, pile troupeau courbé sur tes misères. Épouvanté, rongé de crimes et d'ulcères, Qui, n'oubliant jamais le but essentiel. Restes grand, malgré tout, par l'appétit du ciel; Malgré le noir Destin, redoutable et féroce. Malgré la Loi sans yeux, malgré la Règle atroce Qui jettent sur tes pas la douleur et l'effroi, Tandis que penseront et veilleront pour toi Le Forgeron de l'or et l'Anadyomène, Puisses-tu refleurir par nous, ô race humaine!

Page 1