‹ Les stalactites (volume 2)Chapitre 1 sur 30 · A MON PERE · texte numérisé non relu

A MON PERE

f^ous êtes mon meilleur ami 9 et si y ai jamais souhaité quelques modestes succès y c^est pour pouwir vous donner un témoi-gnage de ma reconnaissance.

Lbs St4L4gtitbs Qnt été conçues as^ec ma--

turitéj exécutées as^ec une certaine grawté de manière et , par là , me semblent en quelque sorte dignes de vous être offertes.

Agréez Vassurance de mon profond res pect et de ma tendresse Jiliale.

Théodore de Banville,

l^aris , le 25 féYrier 1846,

Le temps n*est plus où Ton pouvait persuader à la foule qu'il faut passer par l'expiation pour arriver à rAmour.

Aujourd'hui, le devoir du poète est d'enseigner aux hommes que tous leurs instincts sont nobles et

légitimes, et que chacun de nous a droit sur cette terre à toutes les félicités .

Si donc l'auteur de ce livre a chanté encore une fois, sous les divins noms que la Grèce leur a trouvés, la Beauté, la Force et l'Amour, c'est qu'il appartient éternellement à la poésie lyrique de devancer comme une aurore la philosophie humaine.

L'auteur espère que les lecteurs des Cariatides remarqueront avec plaisir dans les Stalactites , non

point un changement, mais une certaine modification de manière y qui , pour être légère, n'en est pas moins importante; les personnes dont l'esprit noblement curieux s'attache parfois aux lentes transformations et aux progrès d'un écrivain, sauront sans doute gré à l'auteur des Cariatides d'avoir, dans son style primitivement taillé à angles trop droits et trop polis, apporté cette fois une certaine mollesse qui en adoucit la rude correction « une espèce d'étourderiô qui tâche à faire oublier qu'un poète , quelque poète qu'il soit , contient toujours un pédant.

En effet, il ne serait pas plus sensé d'exclure lo

demi-jour de la poésie, qu'il ne serait raisonnable de le souhaiter absent de ia- nature; et il est néces* saire , pour laisser certains objets poétiques dans Je crépuscule qui les enveloppe et dans l'atmosphère qui les baigne y de recourir aux artifices de la négligence. C'est le métier qui enseigne à mépriser le métier ; ce sont les règles de Tart qui apprennent à sortir des règles.

C'est surtout quand il s'agit d'appliquer des vers à de la musique qu'on sent vivement cette bizarre et délicate nécessité , et surtout encore lorsqu'il faut exprimer en poésie un certain ordre de sensations et de sentiments qu'on pourrait appeler musicaux.

Les quelques chansons et imitations de rondes populaires que contient ce volume seront, pour le lecteur, comme pour l'auteur lui-même, une préparation , un acheminement vers un nouveau livre qui aura pour titre : Chansons sur des airs connus.

L'auteur profite de cette occasion pour remercier toutes les personnes qui lui ont adressé de nom^

ïit

breuses marques de sympathie et <|uelqUefois même! d'admiration, trop vives sans doute, mais aussi sin<>-

cèfes qu'il Test lui-môme en les considérant comme

exagérées.

Paris , le 25 février 1S46.

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