LA FONTAINE DE JOUVENCE
Il est une fontaine à la blanche sculpture , Dont la nappe d'argent tombe dans la verdure ; L'eau de sa coupe, avec de clairs rayonnements, Sur les dauphins de marbre éclate en diamants.
Elle rend aux vieillards la jeunesse et la force. Mille jeunes Vénus , fières de leur bea\i torse, Sur Tazur de ses flots , qui ne sont point amers, Lèvent un pied plus blanc que ia perle des mers.
Celles qui n'aimaient plus les tourterelles blanches, Et ne tressaillaient pas dans le mois des pervenches , Ceux que laissaient glacés la Lyre et le bon vin , Sortent joyeux et beaux de ce Léthé divin;
Non beaux comme autrefois d'une beauté sévère , Mais semblables aux dieux qui boivent à plein verre Le feu que le Titan pour nous a dérobé , Et qui puisent le vin dans la coupe d'Hébé.
La Naïade aux yeux bleus, qui pleure goutte à goutte, Noie au fond de leurs cœurs la tristesse et le doute, Et, tournant leur esprit vers les biens éternels , Leur montre Tldéal dans les plaisirs charnels.
Voyez-les 9 souriants» fiers de lear b^Ue taille, Dans ces riches habits de fête et de bataille Qui relèvent )a mine , et qu'aux siècles anciens Peignaient avec a^u>ur les maUres Vénitiens.
Les couples sont épars : de blanches jeunes femn^s Dont les yeux rallumés se remplissent de flammes , Avec leurs amoureux assis sur le gazop , Effeuillent les bouquets de leur jeune saison.
L'une parle à mi-voix , et , comme en un méandre, £rre par les sentiers de la carte du Tendre ; Celle-ià , fière enfin de vivre et de se voir, Tantôt joue, et ternit Tacier de son miroir.
Tandis qu'à ses genoux son co;mpagnon étale La poitrine d' Alcide et les grâces d'Omphale , Une verse du vin dans le verre sculpté D un jeune cavalier debout à ison côté.
n LSS STALAGTITBS.
Plus loin , deux rajeunis , sur la mousse des plaines , Mêlent dans un baiser les fleurs de leurs haleines ; Une vierge au sein nu , digne de Phidias j Tord ses cheveux luisants qui pleurent sur ses bras.
Dans Thumide vapeur de sa métamorphose , Blanche encore à demi comme une jeune rose , Une autre natt au monde , et ses beaux yeux voilés Argentent Teau d'azur de rayons étoiles.
Dans les vagues lointains Tuue l'autre s'enchantent, Agitant leurs tambours dont les clochettes chantent, De galantes beautés qui semblent des péris , Et teignent Tair limpide à leur rose souris.
Et tous ces nouveaux-nés de qui Tâme ravie Connaît le prix des biens qui font aimer la vie , Sans trouble et sans froideur cèdent à leurs désirs , Et vident lentement la coupe des plaisirs.
doux cygnes chanteurs , vous que la poésie Retrempe incessamment dans son onde choisie • Amis ! soyons pareils à ces beaux jeunes gens : Créons autour de nous des cieux intelligents.
Cherchons au fond du vin les sciences rebelles , Et l'amour idéal sur les lèvres des belles, Et dans leurs bras , qu'anime une calme fierté ^ Rêvons la Jouissance et Tlmmortalité.
Mal 1844.