‹ Les stalactites (volume 2)Chapitre 15 sur 30 · CHANSON D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSON D'AMOUR

Qui veut , avant le point du jour , Vers le bien-aimé de mon âme , — Parce que je languis d'amour, Porter le secret de ma flamme ?

mon cœur » à quel cœur discret Peux-tu te confier encore ? — Si Falouette a mon secret , Elle ira le dire à TAurore.

Le désir de son javelot A percé mon cœur qui se brise.

Si je dis mon secret au flot , Le flot rira dire à la brise.

Un frisson glisse sur mon col , Et glace ma lèvre déclose. — Si je le dis au rossignol Il ira le dire à la rose.

Qui donc saura le supplier De finir mes peines mortelles? — Si je le dis au blanc raioiôr , Il Tira dire aux tourterelles.

Je me ploie aiâsi qu'un roseau Et ma beauté penche flétrie. — Si je le dis au bleu ruisseau Il Tira dire à la prairie.

Vous qui voyez mon désespoir , Flots , ailes , brises des montagnes ! — Si je le dis à mon miroir, 11 Tira dire à mes compagnes.

Parce que je languis d'amour , Vous qui voyez que je me pâme.

Allez, allez de ce séjour Vers le bien-aimé de mon âme !

Juillet 1844.

Camille , quand la Nuit t'endort sous ses grands voiles Et qu'un rêve céleste emplit tes yeux d'étoiles, Quand tes regards, lassés des fatigues du jour, Se reposent partout sur des routes fleuries Dans le pays charmant des molles rêveries , Camille , que vois*tu dans tes songes d'amour?

Nous vois-lu , revenant par les noires allées , Tous doux, donner des pleurs aux choses envolées

Que l'oubli dédaigneux couvre de flots dormants , Ou dans le vieux manoir, au fond des parcs superbes , Pousser de l'éperon parmi les hautes herbes Los pas précipités de nos chevaux fumants?

Dans les moires de Teau dont l'azur étincelle, Nous vois-tu laissant fuir une frêle nacelle Sur le lac amoureux et frémissant d*accords, Oii, sur le flot bordé par des coteaux de vignes , Glisse aux vagues lointains la blancheur des beaux cygnes. Aux accents mariés des harpes et des cors?

Moi , je vois rayonner tes yeux dans la nuit sombre , Et je songe à ce jour où je sentis dans l'ombre, Pour la première fois, de ton col renversé S'échappant à longs flots en boucles ruisselantes; Tes cheveux déroulés emplir mes mains tremblantes, Et ta lèvre de feu baiser mon front glacé.

Août 1844.

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