Les stalactites
«^V^l-^r« E dois tout à V affection sans bornes hi^^l |%,rj avec laquelle vous ave^ protégé, défendu, sent tenu mon enfance, modelé et éclairé ma jeune dme; et si fdi jamais souhaité quelques modestes succès, c'est pour pouvoir vous donner un témoignage de ma reconinussance.
Les Stalactites ont été conçues avec
4 AMONP^RÊ
maturité, exécutées avec une certaine gravité de manière, et, par là, me semblent en quelque sorte dignes de vous être offertes.
Agrée:^ l'assurance de mon profond respect et de ma tetidresse filiale.
Théodore de Banville.
Paris, le 25 février i8^6.
PREFACE
f'Y7I/\,'fT\ ^' iinvteme appclil de honhcur et d'espé- ' '^^lii/ ^^nce est au fond des âmes. Reconquérir ia joie p'rdue, reinonfer d'un pas iutréi^V„^ (^\!L /"''^ l'escalier d'a-ur qui mené aux deux, telle est l'aspiration incessante de l'homme moderne, qui ne se sent plus ni condamné ni esclave, et qui de jour en pur comprend davantage la nécessité de croire à sa propre vertu et à V incommensurable amour de Dieu pour les créatures.
Si donc l'auteur de ce livre a chanté encore UKt fois, sous les divins noms que la Grèce leur a trouvés, la Beauté, la Force et l'Amour, c'est qu'il appartient
ilernellfmfnl à la poésie hrique de deiaucev connut- une aurore la philosophie humaine.
L'auteur espère que les lecteurs des Cariatides reviarqueront avec plaisir dans Les Stalactites, non point un changement, mais une certaine modification de manière, qui, pour être légère, n'en est pas moins importante; les personnes dont l'esprit noblement curieux s'attache parfois aux lentes transformations et aux progrès d'un écrivain sauront sans doute gré à l'auteur des Cariatides d'avoir, dans son style primitivement taillé à angles trop droits et trop polis, apporté cette fois une certaine mollesse qui en adoucit la rude correction, une espèce d^étourderie qui tâche à faire oublier qu'un poêle, quelque poète qu'il soit, contient toujours un pédant.
En effet, il ne serait pas plus sensé d'exclure le demijour de la poésie, qu'il ne serait raisonnable de le souhaiter absent de la nature; et il est tu'cessaire, pour laisser certains objets poétiques dans le crépuscule qui les enveloppe et dans l'atmosphère qui les baigne, de recourir aux artifices de la, négligence. C'est le métier qui enseigne à mépriser le métier; ce sont les règles de l'art qui apprennent à sortir des règles.
C'est surtout quand il s'agit d'appliquer des vers à de la muiique qu'on sent vivement cette bigarre et délimite nécessité, et surtout encore brsiju'il faut exprimer
en poésie un certain ordre de sensations et de sentiments qu'on pourrait appeler musicaux.
Les quelques chansons et imitations de rondes populaires que contient ce volume seront, pour le lecteur, connue pour l'auteur lui-même, une préparation, un acheminement vers un nouveau livre qui aura pour titre: Chansons sur des airs connus.
L'auteur profite de cette occasion pour remercier toutes les personnes qui lui ont adressé de nombreuses marques de sympathie et quelquefois même d'admiration, trop vives sans doute, mais aussi sincères qu'il Vest lui-même en les considérant comme exagérées.
Paris, le 25 t'cvrier 1S46.
Décor
s les grottes sans fin brillent les Stalactites
Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites, Un clair jardin s'accroche au rocher spongieux, Lys de glace, roseaux, lianes, clématites.
Des thyrses palissants, bouquets prestigieux, Naissent, et leur éclat mystique divinise Des villes de féerie au vol prodigieux.
Voici les Alhambras où Grenade éternise
Le trèfle pur; voici les palais aux plafonds
En feu, d'où pendent clairs les lustres de Venise.
lO LES STALACTITES
Transparentset pensifs, de grands sphinx, des griffons
Projettent des regards longs et mélancoliques
Sur des Dieux monstrueux aux costumes bouffons.
Dans un tendre cristal aux reflets métalliques S'élancent, dessinant le rhythme essentiel. Vos clochetons à jour, 6 sveltes basiliques,
Et sous l'arbre sanglant et providentiel
De la croix, sont éclos, énamourés des mythes,
Les vitraux où revit tout le peuple du ciel.
Stalactites tombant des voûtes, stalagmites Montant du sol, partout les orgueilleux glaçons Argenteat de splendeurs l'horizon sans limites.
Babels de diamants où courent des frissons, Colonnes à des Dieux inconnus dédiées.
Souterrains éblouis, miraculeux buissons,
Tout frémit : cent lueurs baignent, irradiées, Les coupoles qui sont pareilles à des cieux. Pourtant c'est le destin, voûtes incendiées I
Le voyageur, ravi dans ce lieu précieux
Et sachant qu'une Nymphe auguste est son hôtesse,
Parfois sur vos trésors lève un œil soucieux.
duel trouble appesanti sur leur délicatesse Pare de la langueur mourante du sommeil Ces merveilles du rêve, et d'où vient leur tristesse?
Hélas! Tardent soleil de Dieu, le vrai soleil
Ne les éclaire pas de son regard propice
Et fait voler plus haut ses flèches d'or vermeil.
Sous un mont que jamais le lierre ne tapisse, Vit cet enchantement qui tremble au son du cor. Gardé par la caverne et par le précipice.
Mais (chère nymphe, ô Muse inassouvie encor, Que devance le chœur ailé des Métaphores), Pour installer ce rare et flamboyant décor.
Sous ces blancs chapiteaux et ces arceaux sonores Où les métaux ont mis leur charme et leurs poisons, Il a fallu les pleurs des Soirs et des Aurores.
Cir, toi pour qui le roc orna ces floraisons De rose, de safran et d'azur constellées. Tu le sais. Poésie, ange de nos raisons.
Ces caprices divins sont des larmes gelées I Décembre 1846.
Ca
rmen
Dicere carmen.
HOBACE.
V-» A MILLE, en dénouant sur votre col de lait Vos cheveux radieux plus beaux que ceux d'Hélène, Égrenez tour à tour, ainsi qu'un chapelet. Ces guirlandes de fleurs sur ces tapis de laine.
Tandis que la bouilloire, éveillée à demi, Ronfle tout bas auprès du tison qui s'embrase, Et que le feu charmant, tout à l'heure endormi, Mélange l'améthyste avec la chrysoprase ;
Tandis qu'en murmurant, ces vins, célestes pleurs, Tombent à flots pressés des cruches ruisselantes, Et que ces chandeliers, semblables à des fleurs, Mettant des rayons d'or dans les coupes sanglantes;
L E s s r A L A c r rr E s 1 j
Que les Dieux de vieux Saxe et les Nymphes d'airain Semblent, en inclinant leur tête qui se penche, Parmi les plâtres grecs au visage serein, Se sourire de loin dans la lumière blanche;
Les bras et les pieds nus, laissez votre beau corps
Dont le peignoir trahit la courbe aérienne.
Sur ce lit de damas étaler ses accords,
Ainsi qu'un dieu foulant la pourpre tyrienne.
Que votre bouche en fleur se mette à l'unisson Du vin tiède et fumant, de la flamme azurée Et de l'eau qui s'épuise à chanter sa chanson, Et dites-nous des vers d'une voix mesurée.
Car il faut assouplir nos rhytlimes étrangers Aux cothurnes étroits de la Grèce natale. Pour attacher aux pas de l'Ode aux pieds légers Le nombre harmonieux d'une lyre idéale.
Il faut à l'hexamètre, ainsi qu'aux purs arceaux Des églises du ^Jord et des palais arabes, Le calme, pour pouvoir dérouler les anneaux Saints et mystérieux de ses douze syllabes 1
Janvier 1844.
IN o u y n'irons plus au doiV le?1aytîers sont co^ipesTc^ Les Amours des bassins, les Naïades en groupe O Voient reluire au soleil en cristaux découpés ^^
Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe. ° J-es^ lauriers sont coupés,^et le cerf aux abois ^
Tressaille au son du cor;(nous n'irons plus au boiv^ Où des enfants charmants riait la folle troupe .4,
Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés, '^ Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe. Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
Novembre 1845.
La Muse
muse est un oiseau, uisait un maître ancieu. Auguste VACauERiE.
1res du ruisseau, sous la feuilîée, Menons la Muse émerveillée Chanter avec le doux roseau.
Puisque la Muse est un oiseau.
Puisque la Muse est un oiseau.
Gardons que quelque damoiseau N'apprenne ses chansons nouvelles Pour aller les redire aux belles.
Un méchant aux plus fortes ailes Tend mille pièges infidèles.
Gardons-la bien de son reseau.
Puisque la Muse est un oiseau.
Puisque la Muse est un oiseau.
Empêchons qu'un fatal ciseau Ne la poursuive et ne s'engage Dans les plumes de son corsage.
Mère, veillez bien sur la cage Où la Muse rêve au bocage.
Veillez en tournant le fuseau, Puisque la Muse est un oiseau.
Avril 1844.
LE s STALACTITES I7
Wh! quand la Mort, que rien ne saurait apaiser. Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser Et jettera sur nous le manteau de ses ailes, Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles! Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés, Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes Se becqueter longtemps d'amoureuses colombes!
Avril 184,.
l8 LES STALACTITES
Chanson à boire
Allons en vendanges.
Les raisins sont bots
Chanson.
LJe ce vieux vin que je révère Cherchez un flacon dans ce coin, Çà, qu'on le débouche avec soin, El qu'on emplisse mon grand verre.
Chantons lo Paean !
Le Léthé des soucis moroses Sous son^beau cristal est enclos, Et dans son cœur je veux à flots Boire du soleil et des roses.
La treille a ployé tout le long des murs. Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs 1
Jusqu'en la moindre gouttelette, La fraîche haleine de ce vin Exhale un parfum plus divin Qu'une touffe de violette,
Chantons lo Pxan 1
Et, dessus la lèvre endormie Des paies et tristes songeurs.
Met de plus ardentes rougeurs Que n'en a le sein de ma mie.
La treilje a ployé tout le long des murs. Allez, vendangeurs, les raisins sont mùrsl
A mes yeux, en nappes fleuries Dansantes sous le ciel en feu. L'air se teint de rose et de bleu Comme au théâtre des féeries;
Chantons lo Pxan 1
Je vois un cortège fantasque, Suivi de cors et de hautbois.
Tourbillonner, et joindre aux voix La fiùte et les tambours de basque!
L-i treille a ployé tout le long des murs. Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs!
C'est Galatée ou Vénus même Qui, dans l'éclat du flot profond, Se joue et me sourit au fond De mon grand verre de Bohême.
Chantons lo Paean !
Cette autre Cypris, plus galante, Nait du nectar si bien chanté, Et laisse voir sa nudité Sous une pourpre étincelante.
La treille a ployé tout le long des murs, Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs!
Plus d'amante froide ou traîtresse, Plus de poètes envieux!
Dans ce grand verre de vin vieux Pleure une immortelle maîtresse,
Chantons lo Paean !
Et, comme un ballet magnifique, Je vois, dans le flacon vermeil.
Couleur de lune et de soleil, Des rhythmes danser en musique I
La treille a ployé tout le long des murs, Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrsl
Septembre 1844.
V 1 1; N S. Sur tes cheveux noirs jette un cb.ipeau de paille. Avant l'heure du bruit, l'heure où chacun travaille Allons voir le matin se lever sur les monts Et cueillir par les prés les fleurs que nous aimons. Sur les bords de la source aux moires assouplies, Les nénufars dorés penchent des fleurs pâlies, Il reste dans les champs et dans les grands vergers Comme un écho lointain des chansons des bergers, Et, secouant pour nous leurs ailes odorantes, Les brises du matin, comme des sœurs errantes. Jettent déjà vers toi, tandis que tu souris, L'odeur du pécher rose et des pommiers fleuris.
Avril 1845.
La Chanson de ma Mie
Or, voyez qui je suis, ma mie.
Alfred de Musset.
L'eau dans les grands lacs bleus
Endormie, Est le miroir des cieux :
Mais j'aime mieux les yeux
De ma mie.
Pour que l'ombre parfois
Nous sourie, Un oiseau chante au bois :
Mais j'aime mieux la voix
De ma mie.
La rosée à la fleur
Défleurie Sait rendre sa couleur:
Mais j'aime mieux un pleur
De ma mie.
Le temps vient tout briser.
On l'oublie :
Moi, pour le mépriser, Je ne veux qu'un baiser
De ma mie.
La rose sur le lin
Meurt flétrie:
J'aime mieux pour coussin Les lèvres et le sein
De ma mie.
On change tour à tour
De folie :
Moi, jusqu'au dernier jour, Je m'en tiens à l'amour
De ma mie.
Mars :84^
-^Si»-
Les Tourterelles
Et voy ces deux colombelles, Qui font naturellement,
Doucement, L'amour du bec et des aile*.
Ronsard.
v> EPENDANT qu'étrangère à la nature en fête, Elle rêvait sans but sur sa couche défaite, Le soleil frissonnait sur l'or et les damas; Le doux air de l'été, qui chasse les frimas. Chargé de la couleur et du parfum des roses. Entrait, et redonnait la vie à mille choses. Le vin était de pourpre, et les cristaux de feu.
Alors, comme, en jouant, deux cygnes d'un lac bleu, Comme deux lys jumeaux que leur beauté protège, D'un vol silencieux, deux colombes de neige Franchirent l'azur vaste et vinrent se poser Sur la fenêtre ouverte, et dans un long baiser
Se becqueter sans fin en remuant les ailes.
Or, la douce beauté, voyant ces tourterelles, (Tandis que de la mousse et des feuillages vens S'exhalaient alentour mille parfums amers,) Laissait, l'âme enivrée à la brise fleurie, Dans le bleu de l'amour errer sa rêverie.
Dis-moi, que faisais-tu loin d'elle, ô bel enf^int! Tandis que sur son col et sur son dos charmant Couraient à l'abandon ses tresses envolées, Q.ue faisais-tu, perdu sous les longues saulées, El quête disaient donc, ô timide rêveur 1 Les brises de l'éte~si pTëTnes de saveur ?
Avril 184,.
Lt=; STALACTITES
Ronde sentimentale
Entrez dans la danse, Voyez comme on danse!
Rande.
O L'R les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons.
Tout brûlant d'amour, le Ciel dit à l'Onde : Je ne puis descendre et baiser tes flots, Ni dans tes beaux yeux, par le soir déclos, Voir se refléter ton âme profonde.
Sur les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons.
La Rose s'entr'ouvre et dit à l'Étoile : Que n'ai-je, ô ma fleur! des ailes d'oiseau, Puisque la madoue, avec son fuseau, File un blanc nuage, et t'en fait un voile I
Sur les gazons verts, le soir nous dansons. Au clair de la lune, au bruit des chansons.
L'Etoile scintille et dit à la Rose :
Je ne puis voler comme un papillon, AL-iis je puis, cher astre! au bout d'un raj-on Boire tous tes pleurs, sans que l'on en cause.
Sur les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons.
Frémissante encor, l'Onde sous la flamme Apaise ses flots et dit à l'Azur:
Le meilleur de toi dans mon lit obscur Sommeille à demi sur mon sein qui pâme.
Sur les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons,
Mars 1S4).
a8 LES STALACTITES
La Femme aux roses
Ne H,
Divini opus Alcimedontis.
Virgile.
etsesbeauxcheveux laissant en values blondes
Courir à ses talons des nappes vagabondes, ^ Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas - Un sommeil embaumé fermait ses grands yeux las, Et ses bras vigoureux, plies comme des ailes, Jleposaient mollement sur des flots de dentelles.
Or, la capricieuse avait, d'un doigt coquet, Sur elle et sur le lit parsemé son bouquet. Et, — fond éblouissant pour ces splendeurs écloses ! — Son corps souple et superbe était jonché de roses. Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein. Sur ces coteaux neigeux qu'elle mojitre à dessein, Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères. Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.
Murs 184;.
La Chanson du Vin
Un soir l'âme du vhi cliantait J.iiis les bouteilles.
CUARLES BaLUELAIRE.
1 AR.Mi les gazons Tout en floraisons
Dessous les treilles, J'écoute sans fin La chanson du Vin
Dans les bouteilles.
L'Ode à l'Idéal Au fond du cristal
Coule embaumée.
La strophe bruit, Et, limpide, suit
Sa sœur charmée.
Les nectars vermeils Chantent les soleils
De la jeunesse, Et tous les retours Qui font nos amours
Pleins de tristesse;
Et le dieu cornu, Le benu guerrier nu,
Dans les mêlées, Qui guide en rêvant Des femmes au vent
Échevelêes ;
Le dieu des pressoirs Qui, sous les pins noirs
Du mont Ménale, Fait, pendant la nuit.
Courir à grand bruit
La bacchanale I
Et le tambourin
Des vierges sans frein
Dans leurs querelles.
Qui, loin des regards, Dans les bois épars
S'aiment entre elles;
LES STALACTITES Jî
Et le chœur dansant Qui, rouge, et versant
Dans son délire Le sang et le vin, Brise le devin
Avec sa lyrel
Le Nectar nous dit :
O vous qu'engourdit
La Poésie, Plus de vains sanglots I Buvez à mes flots
La fantaisie.
Ne réservez plus Vos vœux superflus
Et vos tendresses Pour les impudeurs Et pour les froideurs
De vos maîtresses.
Nos claires prisons Montrent aux raisons
Évanouies L'âme des couleurs, Du rhythme et des fleur»
Épanouies 1
52 LhSSrALACTITEà
Nos secrets plaisirs, Kés dans les loisirs.
Ont à s'accroître.
Pour les sens domptés Plus de voluptés
Que ceux du cloître.
Mais fuis, jeune élu.
Le bois chevelu,
Le flot rapide Et l'antre secret Où te rencontrait
L'Aganippidel
Le thyrse est levé.
Dans le lieu trouvé
Pour les mystères, Hurlent de fureur Les vierges en chœur
Et les panthères.
Privé de tombeaux.
L'impie en lambeaux
Meurt comme Orphée.
Dans l'onde à la fois Sa lyre et sa voix
Pleure étouffée,
Tandis qu'au lointain Bondit, le matin,
Toute rougie, En vociférant Sur l'indifférent,
La sainte Orgie I
Septembre 1844.
A Charles Baudelaire
A eux la faute, pourquoi unt d'orgueil? Stendhal.
kJ poëte, il 'le faut, honorons la Matière; Mais ne l'honorons point d'une amitié grossière, Et gardons d'offenser, pour des plaisirs trop courts, L'Amour, qui se souvient, et se venge toujours.
Notre âme est trop souvent comme cette Bacchante Que, dans une attitude aimable et provocante, Le Sat^'re caresse et retient dans ses bras. Rouge de ses désirs et de son embarras, La tête renversée et les lèvres mi-closes, — Et que l'enfant Amour châtie avec des roses.
Mars 1843.
LES STALACTITES JÇ
V^HÈRE, voici le mois de mai.
Le mois du printemps parfumé
Qui, 'sous 'les branches, Fait vibrer des sons inconnus, > • El couvre les seins demi-nus
De robes blanches.
Voici la saison des doux nids, ■'^ Le temps où les cieux rajeunis f"
Sont tout en flamme, Où déjà, tout le long du jour, Le doux rossignol de l'amour
Chante dans l'ame.
Ah! de quels suaves rayons Se dorent nos illusions
Les plus chéries, Et combien de charmants espoirs Nous jettent dans l'ombre des soirs
Leurs rêveries 1
Parmi nos rêves à tous deux, Beaux projets souvent hasard.ux
Qui sont les mêmes, Songes pleins d'amour et de foi Que tu dois avoir comme moi.
Puisque tu m'aimes;
Il en est un seul plus aimé.
Tel meurt un zéphyr embaumé
Sur votre bouche.
Telle, par une ardente nuit.
De quelque Séraphin, sans bruit,
L'aiîe vous touche.
Camille, as-tu rêvé parfois
Qu'à l'heure où s'éveillent les bois
Et l'alouette.
Où Roméo, vingt fois baisé, Enjambe le balcon brisé
De Juliette,
Nous partons tous les deux, tout seuls? Hors Paris, dans les grands tilleuls
Un rayon joue; L'air sent les lilas et le thym, La fraîche brise du matin
Baise ta joue.
LES STALACnrES 57
Après avoir passé tout près De vastes ombrages, plus frais
Qu'une glacière Et tout pleins de charmants abords, Nous allons nous asseoir aux bords
De la rivière.
L'eau frémit, le poisson changeant Émaille la vague d'argent
D'écaillés blondes; Le saule, arbre des tristes vœux, Pleure, et baigne ses longs cheveux
Parmi les ondes.
Tout est calme et silencieux.
Étoiles que la terre aux cieux
A dérobées, On voit briller d'un éclat pur Les corsages d'or et d'azur
Des scarabées.
Nos yeux s'enivrent, assouplis, A voir l'eau dérouler les plis
De sa ceinture.
Je baise en pleurant tes genoux, Et nous sommes seuls, rien que nous
Et la naturel
Tout alors, les flots enchanteurs.
L'arbre ému, les oiseaux chanteurs
Et les feuillées.
Et les voix aux accords touchants Que le silence dans les champs
Tient éveillées,
La brise aux parfums caressants, Les horizons éblouissants
De fantaisie, Les serments dans nos cœurs écrits, Tout en nous demande à grands cris
La Poésie.
Nous sommes heureux sans froideur.
Plus de bouderie ou d'humeur
Triste ou chagrine; Tu poses d'un air triomphant Ta petite tête d'enfant
Sur ma poitrine;
Tu m'écoutes, et je te lis, Quoique ta bouche aux coins pâlis
S'ouvre et soupire, Quelques stances d'Alighieri, Ronsard, le poète chéri,
Ou bien Shakspere.
Mais je jette le livre ouvert, Tandis que ton regard se perd
Parmi les mousses.
Et je préfère, en vrai jaloux, A nos poètes les plus doux
Tes lèvres douces!
Tiens, voici qu'un couple charmant, Comme nous jeune et bien aimant,
Vient et regarde.
Que de bonheur rien qu'à leur pas!
Us passent et ne nous voient pas :
Que Dieu les garde!
Ce sont des frères, mon cher coeur.
Que, comme nous, l'amour vainqueur
Fit l'un pour l'autre.
Ah! qu'ils soient heureux à leur tour!
Embrassons-nous pour leur amour
Et pour le nôtre!
Chère, quel ineffable émoi, Sur ce rivage où près de moi
Tu te recueilles.
De mêler d'amoureux sanglots Aux douces plaintes que les flots
Disent aux feuilles !
40 LESSTALACriTES
Dis, quel bonheur d'être enlacés Par des bras forts, jamais lassés I
Avec quels charmes.
Après tous nos mortels exils, Je savoure au bout de tes cib
De fraîches larmes I
Avril 1844.
Le Dcmcloir
Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'Aurore lorsqu'elle se lève, qui est belle comme la Lune et éclatante comme le Soleil, et qui est terrible comme une armée rangée en bataille ?
Cantique des cantiques.
Je sais qu'elle est pareille aux Anges de lumière. Elle a des rayons d'astre éclos sous sa paupière, Et je vois aux candeurs de son pied calme et pur Qiril a marché longtemps sur les tapis d'azur. Sa bouche harmonieuse et de charme inondée Semble, à son doux parfum de roses de Judée, Avoir vidé la coupe aux noces de Cana, Et chanté dans les cieux le Salve Regina. Mais ces tempes de marbre et ce sourcil farouche, La superbe fierté du front et de la bouche.
Ces rougeurs, ce duvet pleins de défis mordants, L'insolente fraicheur de ces tons discordants. Ces ongles lumineux et ces dents de tigresse A des instants furlifs trahissent la Déesse.
Quand, pareille aux Vénus que je cîiante en mes -. Sous un grand démêloir d'écaillé aux reflets verts Elle fait ruisseler, en sortant de l'alcôve. Cette ample chevelure à l'or sanglant et fauve, Cluand ses mains de statue achèvent d'y verser Le flot d'huile épandu, le soleil fait glisser Sur ces âpres trésors, qu'à loisir elle baigne, Un rayon rose au bout de chaque dent du peigne.
Février 1S44.
LES STALACTITES 4î
A la Font-Georges
Voici les lieux charmans où mon âme ravie
Possoit à contempler Sylvie Ces tranquilles moniLUS si doucement perdus.
Boi LEAU.
V-/ champs pleins de silence, Où mon heureuse enfance Avait des jours encor Tout filés d'or!
O ma vieille Font-Georges, Vers qui les rouges-gorges Et le doux rossignol Prenaient leur vol !
Maison blanche où la vigne Tordait en longue ligne Son feuillage qui boit Les pleurs du loitl
O claire source froide, Q.u'ombrageait, vieux et roide, Un noyer vigoureux A moitié creux!
Sources! fraîches fontaines I Qui, douces â mes peines, Frémissiez autrefois Rien qu'à ma voix!
Bassin où les laveuses Chantaient insoucieuses En battant sur leur banc Le linge blanc!
O sorbier centenaire, Dont trois coups de tonnerre Avaient laissé tout nu Le front chenu!
Tonnelles et coudrettes, Verdoyantes retraites De peupliers mouvants A tous les vents!
O vignes purpurines, Dont, le long des collines, Les ceps accumulés Ployaient gonflés;
Où, l'automne venue, La Vendange mi-nue A l'entour du pressoir Dansait le soir!
O buissons d'églantines, Jetant dans les ravines, Comme un chêne le gland, Leur fruit sanglant!
Murmurante oseraie.
Où le ramier s'effraie.
Saule au feuillage bleu, Lointains en feu !
Rameaux lourds de cerises I Moissonneuses surprises A mi-jambe dans l'eau Du clair ruisseau!
Antres, chemins, fontaines, Acres parfums et plaines, Ombrages et rochers Souvent cherchés!
Ruisseaux! forêts! silence!
O mes amours d'enfance !
Mon âme, sans témoins.
Vous aime moins
40 Les stALACtiTr.s
due ce j.udin morose Sans verdure et sans rose Et ces sombres massifs D'antiques ifs.
Et ce chemin de sable.
Où j'eus l'heur ineffable, Pour la première fois, D'ouir sa voix
Où rêveuse, l'amie Doucement obéie, S'appuyant à mon bras.
Parlait tout bas,
Pensive et recueillie, Et d'une fleur cueillie Brisant le cœur discret D'un doigt distrait,
A l'heure où les étoiles Frissonnant sous leurs voiles Brodent le ciel changeant De fieurs d'argent.
Octobre 1844.
La Fontaine de Jouvence
Magnus ab integro sxclorum nascitur orJo. Virgile.
Il est une Tontnine heureuse, dont l'eau tombe Dans un bassin plus blanc qu'une aile de colombe; Cette eau limpide, avec de clairs rayonnements, Sur les dauphins de marbre éclate en diamants.
Elle rend aux vieillards la jeunesse et la force. Mille jeunes Cypris, fières de leur beau torse, Sur l'azur de ses flots qui ne sont point amers Lèvent un pied plus blanc que la perle des mers.
Celles qui n'aimaient plus les tourterelles blanches, Et ne tressaillaient pas dans le mois des pers-enches, Ceux que laissaient glacés la Lj're et le bon vin, Sortent joyeux et beaux de ce Léthé divin;
Non beaux comme autrefois d'une beauté sévère, Mais semblables aux Dieux qui boivent à plein verre Le feu que le Titan pour nous a dérobé, Et qui puisent le vin dans la coupe d'Hébé.
La Naïade aux yeux bleus, qui pleure goutte à goutte, Noie au fond de leur cœur la tristesse et le doute. Et, tournant leur esprit vers les biens éternels, Leur montre l'Idéal dans les plaisirs charnels.
Voyez-les, souriants, fiers de leur belle taille, Dans ces riches habits de fête et de bataille Qui relèvent la mine, et qu'aux siècles anciens Peignaient avec amour les grands Vénitiens.
Les couples sont épars : de jeunes femmes rousses Dont les yeux rallumés sont pleins de clartés douces, Avec leurs amoureux assis sur le gazon Effeuillent les bouquets de leur jeune saison.
L'une parle à mi-voix, et, comme en un méandre, Erre par les sentiers de la carte du Tendre; Celle-là, fière enfin de vivre et de se voir, Tantôt joue, et ternit l'acier de son miroir.
Tandis qu'à ses genoux son compagnon étale, Jeune et fort comme un dieu, la grâce orientale, Une verse du vin dans le verre incrusté D'un jeune cavalier debout à son côté.
* lks<;tai.actites 49
Plus loin, deux rajeunis, sur la mousse des plaines, Mêlent dans un baiser les fleurs de leurs haleines; Et, seins nus, une vierge en fleur, sans embarras. Tord ses cheveux luisants qui pleurent sur ses bras.
Dans l'humide vapeur de sa métamorphose. Blanche encore à demi comme une jeune rose. Une autre nait au monde, et ses beaux yeux voiles Argentent l'eau d'azur de rayons étoiles.
Dans les vagues lointains l'une l'autre s'enchantent. Agitant leurs tambours dont les clochettes chantent, De galantes beautés, honneur de ces pourpris. Qui teignent l'air limpide à leur rose souris.
Et tous ces nouveau-nés de qui l'âme ravie Connait le prix des biens qui font aimer la vie. Sans trouble et sans froideur cèdent à leurs désirs, Et vident lentement la coupe des plaisirs,
O doux cygnes chanteurs, vous que la Poésie Retrempe incessamment dans son onde choisie. Amis, soyons pareils à ces beaux jeunes gens: Créons autour de nous des cieux intelligents.
Cherchons au fond du vin les sciences rebelles. Et l'amour idéal sur les lèV-res des belles, Et dans leurs bras, qu'anime une calme fierté, Rêvons la Jouissance et l'Immortalité.
Mai 1844.
LKS STALACTITES
Chanson d'amour
Si je l'dis à l'alouette, L'alouette le dira.
La violett' se double, double, La violett' se doublera.
V^ui veut avant le point du joïïr^ r^^
Vers lel)ien-ain"ie de mon âme,
Parce que je languis d'amour,
Po/ter 4e 'secret de ma flamme ? ^3/3
O mon coeur, à quel cœur discret Pcux-tu te confier encore ? — Si l'alouette a mon secret, Elle ira le dire à l'Aurore.
I^ désir de son javelot A percé mon cœur qui se brise. — Si je dis mon secret au flot, ^ Le flot rira dire à la brise.
Un frisson glisse sur mon col.
Et glace ma lèvre déclose. — Si je le dis au rossignol.
Il ira le dire à la rose.
Qui donc saura le supplier De finir mes peines mortelles? — Si je le dis au blanc ramier, 11 Tira dire aux tourterelles.
Je me ploie ainsi qu'un roseau Et ma beauté penche flétrie. — Si je le dis au bleu ruisseau, Il Tira dire à la prairie.
Vous qui voyez mon désespoir, Flots, ailes, brises des mont.igncs !
Si je le dis à mon miroir.
Il Tira dire â mes compagnes.
Parce que je languis d'amour.
Vous qui voyez que je me pâme, - Allez, allez de ce séjour Vers le bien-aimé de mon âme I -'
Juillet 1S44.
V^ A MILLE , quand la Nuit t'endort sous ses grands voi duand un rêve céleste emplit tes yeux d'étoiles ; duand tes regards, lassés des fatigues du jour, Se reposent partout sur des routes fleuries Dans le pays charmant des molles rêveries, Camille, que vois-tu dans tes songes d'amour ?
Nous vois-tu, revenant par les noires allées, Tous deux, donner des pleurs aux choses envolées due l'oubli dédaigneux couvre de flots dormants, Ou dans le vieux manoir, au fond des parcs superbes, Pousser de l'éperon parmi les hautes herbes Les pas précipités de nos chevaux fumants?
Dans les moires de l'eau dont l'azur étincelle, Nous vois-tu laissant fuir une frêle nacelle Sur le grand lac paisible et frémissant d'accords. Où devant les grands bois et les coteaux de vignes, Glisse amoureusement la blancheur des beaux cygnes, Aux accents mariés des harpes et des cors?
Moi, je vois rayonner tes yeux dans la nuit sombre, Et je songe à ce jour où je sentis dans l'ombre, Pour la première fois, de ton col renversé Tombant à larges flots avec leur splendeur fière, Tes cheveux d'or emplir mes deux mains de lumière, El ta lèvre de feu baiser mon front glacé.
Août i844«
Chanson de bateau
Et vogue la nacelle Qui porte mes amours.
Chanson,
Le canal endort ses flots,
Ses échos,
Ht le zéphyr nous verse
Des parfums purs et doux.
Le flot nous berce.
Endormons-nous !
Les voix emplissent les airs
De concerts.
Et le vent les disperse
Avec nos baisers fous.
Le flot nous berce,
Endormons-nousl
En vain ton époux caduc, Comte ou duc.
Se jette à la traverse De nos gais rendez-vous.
Le flot nous berce, Endormons-nous 1
Ah! que les cieux étoiles
Soient voilés,
Tandis que je renverse
Ton front sur mes genoux I
Le flot nous berce,
Endormons-nous!
Qu'importe si, dans la nuit Qui s'enfuit.
L'orage bouleverse Les éléments jaloux !
Le flot nous berce, Endormons-nous 1
Juillet 1S44.
Pour mademoiselle
22. Car la fille d'Hcrodiade y étant entrée et ayant dansé devant le roi, elle lui plut tellement, et à ceux qui étaient à table avec lui, qu'il lui dit : Demandez-moi ce que vous voudrez, et je vous le donnerai.
25. Et il ajouta avec serment : Oui, je vous donnerai tout ce que vous me demanderez, quand ce serait la moitié de mon royaume.
24. Elle, étant sortie, dit a sa mère : Que demanderai- je r Sa mère lui répondit : La tète de Jean-Baptiste.
Evangile selon saint Marc.
A. M o u RS des his-TçfUfsi à Nymphes et Bâchantes,* Q.ui, sur rida nocturne, au bruit d'un tambourin^ irr Les'front/éclievdés en tresses provocantes, -r Dansiez en agitant vos crotales d'airain! y^-i
Vous, plus belles déjà que ces filles du Pinde, Bayadères d'ébène aux bras purs et nerveux. Qui bondissez sans bruit sur les tapis de l'Inde! Avec des sequins d'or passés dans vos cheveux i
Elssler! Taglionil Girlotta! sœurs divines Aux corselets de guêpe, aux regards de houri, Qui fouliez, en quittant le gazon des collines, Le splendide outremer des ciels de Cicéril
O reines du ballet, toutes les trois si belles! du'un Honicre ébloui fera nymphes un jour, Ce n'est plus vous la Danse, allons, coupez vos ailes! ÉteigîîÇz vos regards, ce n'est plus vous l'Amour 1
Février 184J.
A une petite Chanteuse des rues
Mon père est oiseau,
Ma mère est oiselle,
Je passe l'eau sans nacelle,
Je passe Teau sans bateau
Victor Hugo.
il x F A NT au hasard vêtu,
D'où viens-tu Avec ta chanson bizarre?
D'où viennent à l'unisson
Ta chanson, Ta chanson et ta guitare?
Tu livres au doigt vermeil
Du soleil, Qui les dore et les caresse, Tes longs cheveux emmêles,
Crespelés Comme ceux d'une Déesse.
D'où vient ce front soucieux,
Ces grands yeux, Ces chairs dont la transparence Fait voir parmi les couleurs
De cent fleurs Des tons dignes de Lawrence?
Viens-tu du pays serein
Où le Rhin Baise les coteaux de vignes.
Dont le feuillage mouvant
Tremble au vent, £p serpente en longues lignes?
Viens-tu du pa,ys riant
D'Orient, De Sorrcnte aux blondes grèv , Ou de Venise au ciel bleu
Tout en feu, Ou du blond pays des rêves?
Avec son hardi carmin,
Q.ielle main A pourpré pour les féeries Tes lèvres, ces fruits brûlants,
Plus sanglants Que des grenades fleuries?
bO LES STALACTITES
Est-ce bien toi, cet enfant
Triomphant, Dont le père, ouvrant son aile, Au fond d'un nid de roseau
Fut oiseau.
Dont la mère fut oiselle?
Belle fille aux cheveux d'or,
Est-ce encor Toi, qui, rieuse et fantasque, Faisais voltiger en l'air
Un éclair Avec ton tambour de basque?
Toi, la Bohême à l'oeil noir
Q.ui, le soir, D'une dorure fanée Serrais ton ample chignon, —
Et Mignon Est-elle ta sœur ainée?
Ou plutôt, courant au bois,
Et sans voix Pour un brin d'herbe qui bouge.
Interdite à chaque pas.
N'es-tu pas Le petit Chaperon-Rouge,
LES STALACTITES 6t
Q.ui fit même des jaloux
Chez les loups, Et qui, portant sa galette Chez la bonne mère grand,
En entrant Faisait choir la bobinette?
Mais non, aux divins attraits
De tes traits Et de ta voix, je devine L'enfant comblé des faveurs
Des rêveurs, La folâtre Colombine.
Mais où sont tes beaux souliers,
Tes colliers Qui font rêver les fillettes? Où sont le bel or changeant
Et l'argent De tes jupes à paillettes?
Et le souple casaquin
D'Arlequin?
Et Cassandre et sa fortune?
Où Pierrot, l'homme subtil,
Cache-t-il Sa face de clair de lune?
Mars 1S45.
ta LES STALACTITES
Idylle
Et qaum vidisti puero donata, dolebas.
Virgile.
XÊÈRE, MTPBHA.
Né ère.
Le soir est tiède et pur, le vent pleure. O Myrrlia, Notre jeune lollas, qui souvent t'admira, Va venir prèr, de nous, sous l'arbre qui soupire. Dénouer nos cheveux et caresser la Ij-re.
Myrrba.
Kècrc, c'est pour toi qu'il éveille, en songeant, Liiiouce lyre, auprès de ce ruisseau d'argent. Comme toi, dans mes yeux, ô Néère ! que n'aJ-je Ce tnît qui brûle un cœur codormi sous la neige !
LES STALACTITLS 6}
Néère.
Sa main silencieuse aime tes cheveux bruns,
D'où ses doigts pour longtemps s'en vont pleins de parfums,
Myrrba.
Les tiens, jouet charmant de la brise qui vole, Sont lisses et dorés comme un flot du Pactole.
Xécre,
Tes pieds charment la lèvre, et montrent au hasard Leurs ongles transparents arrondis avec art.
Myrrha .
Ta gorge est comme un marbre, et la lumière arrose Sur ses fermes contours deux frais boutons de rose.
Xéère.
Q.iie n'es-tu beau comme elle, ô bel enfant: Hélaal J'irais en suppliante adorer lollas!
Myrrba.
lollas ! pour un jour sois semblable à Néère, Et je n'aurai pour toi nulle froideur amère.
Néère.
La bouche des Zéphyrs aux souffles embaumés S'enivre en s'égarant sous tes bras parfumés.
Myrrba.
Quelle autre ivresse attend les deux lèvres choisies Qui, goûtant de ton cou les blanches ambroisies Et buvant à longs traits les flammes que j'y sens, Y feront circuler des frissons rougissants I
Vois comme l'onde est calme, et comme la Naïade,
Dont la molle fraîcheur invite et persuade,
Semble tourner vers nous l'azur de ses yeux bleus,
Myrrba .
Dans ses bras palpitants descendons toutes deux. Confions notre tête à son bruit qui fascine, Et notre épaule blonde à sa douce poitrine.
Xéère.
Goûtons auparavant ce doux vin. Pour nos jeux La grappe y mit la force et l'emplit de ses feux.
Myrrba.
Oui, mais la coupe d'or est froide à qui la touche. Quel or vaut, ô ma sœur, les roses de ta bouche!
Kéère.
Tenons-nous par la main. Ah! ce flot est glacé I Entoure bien mon cou de ton bras enlacé.
LES STALACTITES ÔJ
Myrrba.
Comme l'eau, sœur du ciel, qui flottait indécise, Me presse avec amour! Je suis toute surprise.
Xrère.
Chacune bien serrée avec deux bras tremblants, O Mvrrha! nous voguons comme deux cygnes blancs, El sur nos fronts jumeaux aux poses familières Se mêlent toutes deux nos guirlandes de lierres.
M\ri ha .
Le floî rasséréné, qui court sans se lasser, M'enivre, et je ne sais, me sentant caresser Voluptueusement dans cette paix profonde, Si c'est ta chair polie, ou le zéphyr, ou l'onde!
Néère.
lollas va venir de ses doigts enjoués Tresser en folâtrant nos cheveux dénoués.
Mai 1S43.
1 OU TE cette nuit nous avons Relu le vieil ami Shaksperc Aux beaux endroits que nous savons, Et voici que la nuit expire.
Nous avons longtemps veillé, mais Nous lisions le poëte unique.
Et la sombre nuit n'eut jamais Plus d'étoiles à sa tunique.
Phœbé, qu'en riant nous troublons, Va s'enfuir, et le jour va naître.
Et ma voisine aux cheveux blonds Viendra se mettre à sa fenêtre.
Ah! lorsque vous allez venir, Ma voisine, en jupe de toile.
Nous ne suivrons du souvenir Aucun beau vers, aucune étoile.
Avril 1843.
Vous apparaîtrez comme un lys.
Avec votre guimpe croisée, Au milieu des volubilis Qui couronnent votre croisée;
Et nous, nous analyserons, Sans redouter qu'elle nous mente, Sous son rideau de liserons Votre tête simple et charmante.
68 Lr.S STALACTITES
L'arbre de Judée
Mais ne serait-ce pas plutôt un jeune rameau du délicieux arbuste consacré à l'Amour, lorsque, consumé par Siva dans un accès de colère, il vint à reuaitre mille fois plus charmant encore, grâce à la céleste ambroisie dont l'arrosèrent les dieux?
Caliuasa.
Lorsque Mai rougissant rassérène les coeurs Ht que sourit à tous la terre fécondée, Q.u..nd sur les verts gazons Cliloris mène des chœurs. Il fleurit dans le parc un arbre de Judée.
C'est un arbre tout rose, et sans feuilles d'abord, Un tout liarmonieux que rien autre n'égale. Ses longs rameaux, groupés dans un parfait accord, Ont l'air de supporter des roses du Bengale.
LES SIALACTITES 69
Qu.ui»J îa feuille leur met son beau sitin ojvert. Ils sont plus doux encore aux regards de l'artiste; La pourpre s'adoucit près du feuillage vert, Et la tendre émeraude encadre l'améihysie.
Puisque c'est à présent que mon arbre fleurit, Je veux, couché sur l'herbe, oubliant toutes choses, Dans ses vivants écrins égarer mon esprit, Et pendant un moment faire des songes roses.
Voyez comme l'azur est calme et reposé,
Comme on se sent heureux sans en savoir les causes,
Comme l'herbe frémit sur le sol arrosé,
Comme le ciel couchant est riche en fleurs écloses!
Sous ces bosquets charmants, épanouis pour eux. Pleins d'ombrages secrets et de faibles murmures, Voyez ces beaux enfants, ces couples amoureux Q.ui vont en écartant les épaisses ramures.
C'est toi, belle Rosine! Hélas! le vert rideau Nous dérobe tes pieds, les plus charmants du monde. C'est toi, folle Rosette avec ton Orlando! Pauvre morte amoureuse, est-ce toi, Rosemonde?
Quel est ce bruit de cor qui passe dans les bois? C'est la chasse qui vient : salut, blanches marquises! Mettez les cœurs en flamme et le cerf aux abois, Vos paniers de satin ont des façons exquises.
Près de ce rocher blanc taillé comme un autel, Ainsi qu'un lévrier l'eau folâtre et se dresse. Pardieu! c'est la marquise, avec son air cruel, Qui se baigne là-bas en nj'mphe chasseresse.
Il manque un Actéon, ce sera le mari :
Il a tout ce qu'il faut, et pourrait en revendre.
Abbé! votre musique est un charivari!
Vous soupirez, Églé! Que vous a fait Silvandre?
C'est ainsi que je rêve aux temps des Pompadours. Et lorsqu'un bruit aigu, comme un cri de cigale. Fait envoler le rêve, il me reste toujours Mon arbre de Judée aux roses du Bengale.
Mai 1S44.
Elcg
le
Gallus et Hesperiis, et Gallus notas EoTs Et sua cum Gallo nota Lycoris erit.
O V I Li B .
1 OMBEZ dans mon cœur, souvenirs confus, Du haut des branches touffues!
Ohl parlez-moi d'elle, antres et rochers, Retraites à tous cachées!
Parlez, parlez d'elle, ô sentiers fleuris! Bois, ruisseaux, vertes prairies!
O charmes amers ! dans ce frais décor Elle m'apparait encore.
C'est elle, ô mon cœur! sur ces gazons verts. Au milieu des primevères I
y2 LES STALACTITE!
Je vois s'envoler ses fins cheveux d'or Au zéphyr qui les adore,
Et notre amandier couvre son beau cou Des blanches fleurs qu'il secoue 1
Sur mon bras frémit son bras ingénu, Et frissonne sa main nue.
Le feuillage est noir, le ciel étoile, Viens, suivons la noire allée I
La belle-de-nuit s'ouvre toute en feu, La voûte du ciel est bleue.
Ecoutez, ma mie, au coin du vieux mur. Le rossignol qui murmure.
Chante ta chanson, ô doux rossignol I Ta chanson qui nous console,
Et que pour toi seul, à côté du lys, La rose ouvre son calice !
Des yeux tant aimés tombe un divin p^eur Sur ma tempe qu'il effleure.
O larme d'amour, trésor sans pareil!
Dites-moi si je som.mcille?
LtS STALACTITES
Qui t'envoie, hélas! charmant souvenir, Briser mon cœur qui soupire?
Hélas! je suis seul dans ces bois épars Où résonnaient les guitares.
Une illusion, songe évanoui.
Charmait mon àme éblouie.
Je fatigue seul le flot de cristal.
L'herbe où la fleur d'or s'étale.
L'antre et la fontaine où croit le glaïeui, Et ma voix fatigue seule
La forêt tremblante et l'azur du h; De ma plainte élégiaqucl
Août 1S44.
XO
La Symphonie de la Neige
Chaque année, au printemps, elles reviennent chargées de neige ;
Dans la cour de la salle qu'embellissent les fleurs du Haitang, elles rivalisent de blancheur avec la lune;
Douze jalousies ornées de perles les enveloppent en se relevant ;
Un couple d'hirondelles blanches vole en haut et en bas.
Les deux jeunes tilles lettrées, roman chinois.
Lia neige qui s'amasse et tombe dans la neige, Du ciel, à gros flocons, sur la terre descend. Et, comme pour les pas d'un triomphal cortège, Sou glorieux tapis rayonne éblouissant.
D'autres regretteront, devant cette richesse. Les pourpris que l'Aurore arrose de ses pleurs, Le gazon aplani pour des pieds de duchesse. Et le rose printemps des oiseaux et des fleurs;
Lt de ne plus revoir, au soleil d'or qui baise Les grands coquelicots, orgueil mouvant des blés, Les gammes de Rubens et de Paul Véronèse Tourbillonner en chœur devant leurs yeux troubles.
Mais moi, j'aime à songer devant cette harmonie, Et toutes les blancheurs des rêves anciens Mettent d'accord leurs voix pour une symphonie. Et leur rhythme plaintif me prend dans ses liens.
C'est dans le mol oubli d'un ciel douteux et pâle Qui donne à toute chose un prestige charmant, Et qui passe en douceur le duvet et l'opale, Que le drame du jour s'agite vaguement.
Leurs six ailes au vent, pareilles à des voiles, Les Anges sont épars dans les chemins du ciel; Les nuages rêveurs font la cour aux étoiles. Et tout l'éther frémit d'un amour sensuel.
jb LUS STALACTITES
Les lacs sont habités par la troupe des cygnes, Q.ui semblent frissonner sous nos solefls pâlis. Et l'ombre du feuillage a les marbres insignes Dont un grêle rayon baise les pieds polis.
Ces filles de la Grèce aux allures profanes Écartent en riant les cheveux du bouleau ; Et, cherchant le repos dans les flots diaphanes, L'escalier des palais plonge son pied dans l'eau.
Sur la vague s'agite une légère écume, Comme celle où, parmi les dauphins entraînés. Pleine, ainsi que les flots, de charme et d'amertume, Aphrodite jaillit des flots rassérénés.
(Dans la conque de nacre, avec ses pieds timides, Vierge elle caressait les Grâces et les Jeux, Et les purs diamants et les perles humides Ruisselaient de sa bouche et de ses blonds cheveux.)
Voici les bois sacrés à la Mélancolie Où, mêlant à la brise un murmure confus. L'oranger, le laurier, le myrte d'Idalie Accueille mille oiseaux dans ses dômes toufTus.
^ LES S r A L A c 1 1 r I. s 77
C'est là que le pommier fleurit, et que la lose, Fière de son bouton suave, cncoi- tout blanc. Déjà pâmée, attend que l'Aurore l'arrose Ht que l'enfant au dard la teigne de son sang.
En cavalcade, au long des terrasses de brique, Des dames, dont Zéphyr baise le front mutin. Avec des cavaliers au sourire lubrique, Passent dans leurs habits d'hermine et de satin.
Les pages, les muguets langoureux et bravaches, Et les belles de cour, aux cheveux crespelés, Font briller dans la nuit, sous d'insolents panaches, Les fronts de leurs chevaux d'une flamme étoiles.
La nappe encore vierge est mise pour l'orgie. Et les flacons d'argent brillent sur le dressoir, Tandis qu'à la fenêtre, avec sa main rougie, Elvire désolée agite son mouchoir.
Et dans l'ombre, un fuyard, qu'une autre ombre accompagne, Les cheveux hérissés par le vent qui les suit. Rejoint ses compagnons dans l'immense campagne. Au galop d'uu coursier sombre comme la Nuit.
lîl.uic'ne, dans un massif, dort parmi les dentelles Dont le bouquet foisonne autour de ses beaux seins ; Elle rêve, et son corps, semblable aux tourterelles, Creuse en nid embaumé le duvet des coussins.
Auprès d'elle, à mi-voix, deux colombes mystiques, Au milieu des ardeurs du tiède renouveau. Se murmurent, ainsi que des lyres antiques, Des vers d'Anacréon, d'Orphée et de Sappho.
Ainsi la Rêverie en mon ame s'épanche, Et, le front caressé par ses folles fraiclieurs, J'entends s'épanouir en moi (divine Blanche!) L'accord mélodieux de toutes les blancheurs.
Mais ces pales amours de fleurs et de sculptures, Dont je mène en chantant le chœur étiolé, Sont encore à mes yeux moins blanches et moins pures Q.ue votre âme sereine, ô Lys inviolé I
Janvier 1044.
L^'ANS le vieux cimetière, où cette chaude pluie
Sur l'aubcpine en fleurs A versé, dans un flot que le soleil essuie,
Des parfums et des pleurs;
Au coucher du soleil, dans le vieux cimetière
Où, sur chaque tombeau.
Des bouquets de rayons empourprent l'humble pierre,
Entrons, il y fait beau 1
Le ciel, bariolé par la métamorphose
De son limpide azur, Borde joyeusement d'écume grise et rose
Son grand lac d'un bleu pur.
Puisqu'ils vivent encor dans ces riants calices
De soleil amoureux, Les morts qui sont couchés dans ce lieu de délices,
Ils doiveut être heureux!
Leur ame nous parfume, et la grande Nature,
Si pleine de raison, A fait avec leurs corps tombés en pourriture
Sa belle floraison.
Oui, c'est d'eux que nous vient cette ombre douce et triste
Et ce sont eux encor Ces bouquets de corail, ces thyrses d'améthyste,
Ces riches grappes d'or!
Ce sont eux ces rosiers aux mille roses blanches
Et ces amaryllis, Et ce bleuet céleste et ces tendres pervenches,
Et ce sont eux ces lys!
De même la Nature, avec mélancolie,
Jusqu'au matin vermeil Laisse la vaine cendre en nous ensevelie
Pourrir loin du soleil;
Haine, douleur, néant de ia gloire et du crime.
Illusion d'un jour; Et, baignant de rayons tout ce fumier sutl-me.
Elle en fait de l'amour I
Mai 1845,
L'Étang Màlo
Quand le froid de la mort enveloppe cette argile souffrante, où va l'âme immortelle?
Il est un triste lac à l'eau tranquille et noire Dont jamais le soleil ne vient broder la moire, El dont tous les oiseaux évitent les abords. Un chêne vigoureux a grandi sur ses bords, Et, courbé par l'e Temps jusqu'aux ondes, étale Sur la cime des flots sa masse horizontale. Son feuillage muet se tait malgré le vent; Le nvmphasa, l'iris, le nénufar mouvant, Le bleu myosotis et la pervenche sombre Penchent étiolés, ou meurent sous cette ombre. Ainsi, quand sur le cœur, dans sa jeune saison, Amour ! tu fais tomber ta large frondaison Et tes rameaux géants dont le fardeau l'accable. Tout s'étiole et meurt sous ton ombre implacable.
Août 1S44.
8a LFSSTALACTITES
Sonnet sur une Dame blonde
... velu: imer igccs Lima minores.
Horace.
^ CR la colline, Quand la splendeur Du ciel en fleur Au soir décline,
L'air illumine Ce front rêveur D'une lueur Triste et divine.
Dans un bleu ciel,
O Gabriel !
Tel tu rayonnes;
Telles encor Sont les madoi!*3 Dans les fonds d'or.
.\oût i844.
Le Triomphe de Bacchos
l SON RETOCK DES INDES
... sa face estoit comme d'un jeune enfant, pour ensei^ement que tous bons beuveurs jamais n'envicillissent, rouge comme un chérubin, sans aucun poil de barbe au menton : en teste ponoit cornes aiguës : au-dessus d'icelles uiu belle couronne faite de pampres et de raisin, avec une mitre rouge cramoisine, et estoit chaussé de brodequins dorez.
En sa compagnie n'estoit un seul homme, toute sa garde et toutes ses forces estoient des Bassarides , Evantes , Euhyades , Edonides, Trieterides, Og\gies, Mimalones, Ménades, Thyades et Bacchides, femmes forcenées, furieuses, enragées, ceintes de dragons et serpens vifs en lieu de ceintures : les cheveux voletans en Tair avecques fronteaux de vignes...
Rade LAI s.
Lie chant de l'Orgie avec des cris au loin proclame Le beau Lysios, le Dieu vermeil comme une flamme. Qui, le thyrse en main, passe rêveur et triomphant, A demi couché sur le dos nu d'un éléphant.
Le tigre indien, le lynx, les panthères tachées. Suivent devant lui, par des guirlandes attachées. Les chèvres des monts, que, réjouis par de doux vins, Mènent en dansant les Satyres et les Sylvains.
Après eux Silène, embrassant d'une lèvre avide Le museau vermeil d'une grande urne déjà vide, Use sans pitié les flancs de son âne en retard. Trop lent à servir la valeur du divin vieillard.
Sous leurs peaux de cerfs les Évantes et les Thyades, Le chœur furieux des Bacchides et les Ménades, En arrondissant l'arc vigoureux de leurs t»eaux reins, Sautent aux accords des flûtes et des tambourins.
La reine du chœur, déesse à la rouge paupière. Heurte, en agitant ses grands cheveux mêlés de lierre Sur ses seins meurtris par le vent de ces lieux déserts, Ses crotales' d'or dont le chant déchire les airs.
En l'honneur du dieu retentissent les dithyrambes; Le chœur en démence entre-choque ses mille jambes, Et, quittant la terre avec le rhythme forcené. Comme un tourbillon vole sur un mode efTrciié.
Folle, ayant encor du vin sur le coin de sa lèvre, Seule, Aganappé, la belle Nymphe aux pieds de chèvre, Pale de désir, et pleine de l'amour du Dieu, S'arrête, pensive, et tourne vers lui son œil bleu.
O Cypris! le cliœur la renverse dans la poussière, Son corps palpitant roule dans la fange grossière; Les vierges des bois marchent dans son sang et ses pleurs Et foulent aux pieds son sein qui ressemble à des fleurs.
S.i bouche frémit de désespoir et de tendresse; Fière d'expirer au milieu de sa double ivresse, Dans son sang plus pur que le vin coulant sur l'autf^l Voici qu'elle meurt, les yeux sur le jeune immortel.
Bicchos triomphant n'a pas vu, dans la sainte fièvre. Mourir à ses pieds la belle Nvmphe aux pieds de chèvre. Ni couler sjn sang, ni le vin, qui s'échappe à flots De l'urne d'airain, bouillonner avec des sanglots.
Il rêve à C.ima, l'Amour aux cinq flèches fleuries, Qui, lorsque soupire au milieu des roses prairies Le doux Vasanta, parmi les bosquets de santal, Lnvoie aux cinq sens les flèches du carquois fatdl.
11 vous voit errer le long des bords sacrés du G-.ngc, Lt plonger dans l'or que roule son azur étrange \'otre sein plus blanc que les neiges de l'Imaos, X'ierges de Nysa, qui vous couronnez de lotos !
Et, suivant le r;t, brisant leurs mouvantes colonnes, Li maie Bacchide et les hurlantes Mimalones Sautent avec rage autour du bois, et font encor Dans les airs lassés retentir les crotales d'or l
Juin 184;.
La dernière Pensée de Webcr
Je me promenais dans un jartiin délicieux ; sous l'épais gazon on voyait des violettes et des roses dont le doux parfum embaumait Tair. Un son doux et harmonieux se faisait entendre, et une tendre clarté éclairait le paysage. Les fleurs semblaient tressaillir de bonheur et exhaler de doux soupirs. Tout à coup, je crus m'apercevoir que j'étais moi-même le chant que j'entendais, et que je mourais.
Hoffmann.
IN u I T d'étoiles,
Sous tes voiles, Sous ta brise et tes parfums,
Triste lyre
Q.ui soupire, Je rêve aux amours défunts.
La sereine Mélancolie Vient éclore au fond de mon cœur, Et j'entends l'âme de ma mie Tressaillir dans le bois rêveur.
Nuit d'étoiles,
Sous tes voiles, Sous ta brise et tes parfums.
Triste lyre
Qui soupire, Je rêve aux amours défunts.
Dans les ombres de la feuillée, Quand tout bas je soupire seul, Tu reviens, pauvre âme éveillée, Toute blanche dans ton linceul.
Nuit d'étoiles.
Sous tes voiles, Sous ta brise et tes parfums.
Triste Ij're
Qui soupire, Je rêve aux amours défunt.'.
Je revois à notre fontaine
Tes regards bleus comme les cieiix;
Cette rose, c'est ton haleine,
Et ces à oiles sont tes yeux.
Nuit d'étoiles,
Sous tes voiles, Sous ta brise et tes parfums,
Triste lyre
Qui soupire, Je rêve aux amours défunts.
Jain 184;
L'Ame de la Lyre
Fille des hommes, je sais une parcelle de l'esprit de Dieu. Cette Lyre est mon corps.
Gforge Sano.
v,^AXD le premier sculpteur eut achevé la Lyre Kt caché dans son sein les chants harmonieux; Ouvrier sans défaut, lorsqu'il eut fait sourire Parmi ses ornements les figures des Dieux, Et qu'il eut couronné l'instrument de mar:vre Avec le vert rameau d'un laurier radieux;
L'indomptable Titan, à son désir fidèle,
Qui, tout brûlant encor, vers la voûte éternelle
Une seconde fois, tentait de s'envoler,
Fit, pareil au vautour qui devait l'immoler.
Tomber sur le chef-d'œuvre une blanche étincelle
Du feu resplendissant qu'il venait de voler.
C'est l'âme de la Lyre ; à notre âme invisible Elle se plaint souvent loin du monde réel, Souvent, dans une étreinte amoureuse et terrible, Vient la brûler aux feux de son œil immortel; Et, captive à jamais dans le rhythme inflexible, Elle aspire sans cesse à remonter au ciel.
Elle meurt du désir qui toujours la dévore Dans la froide prison des mètres et des vers. Et tâche, l'œil perdu parmi les cieux ouverts, D'entendre encor la voix de cet archet sonore Q.iii, si loin du désert où ses chants vont éclore. Mène dans l'infini le chœur de l'univers.
Juin 184S.
A mon Père
\-J mon père, solJnt obscur, âme angclique ! Juste qui vois le mal d'un œil mélancolique, Sois béni ! je te dois ma haine et mon mépris Pour tous les vils trésors dont le monde est épris. Oh ! tandis que je vais fouillant l'ombre éternelle. Si la Muse une fois me touchait de son aile ! Si ses mains avaient pris plaisir à marier Sur mon front orgueilleux la rose et le laurier Par lesquels le poète est souvent plus qu'un homme, Gîmrae je tomberais à tes genoux ! et comme Je ne serais jaloux de personne et de rien, Si tu disais : Mon fils, je suis content, c'est bien. C.\T ce cœur fier que rien de bas ne peut séduire, O père, est bien à toi, qui toujours as fait luire Devant moi, comme un triple et merveilleux flambeau, L'ardeur du bien, l'espoir du vrai, l'amour du beau 1
Février 1846.
A Olvmpio
C'est peu qu'avec son lait une mère amazone M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'etoane.
Racine.
\^ poëte! courbé sur mon œuvre lyrique.
Ambitieux du ciel, Je veux savoir par moi la hauteur chimérique
Où peut monter Babel.
Je ferai fourmiller dans mes architectures,
Tenace en mon dessein, Le chœur éblouissant des mille créatures
Q.ui vivent dans mon sein.
Je veux voir de mes yeux l'Olympe dont la ne'gc
Blanchit le front chenu, Et les Grâces que suit Éros, riant cortège,
Folâtrer le sein nu I
LES STALACTITES ÇJ
Comme dans les combats du superbe Eiicclade,
Ardent comme un lion.
Si ce n'est point assez d'Ossa pour l'escalade,
J'y mettrai Pélion.
"rai jusques au ciel, dans ses voûtes profoiul'^-.
Lui vcler pour mes vers L;; rhylhme qu'en dansant chantent en chœur les mondes Q.ui forment l'univers.
Je boirai le nectar de la force première,
Et dans la main du dieu, Impassible titan, chercheur de la lumière,
J'irai voler le feu.
.\'iors, vous que j'ai faits et d'une fange vile
Et de ce qui m'est cher, Vous vivrez de ma vie, ô colosses d'argile,
Et vous vous ferez chair !
Vous vivrez, ô mes fils! et comme d'un jeune arlrc
On secouerait les fleurs, Moi je ferai couler avec mon doigt de marbre
Votre sang et vos pleurs.
Comme une floraison par :e printemps lidtce,
Par l'effort de mon bras Tu sortiras du bloc, ô jeune Gaiatée l
Et tu me souriras 1
Moi-même dans tes yeux j'allumerai l'étoile
D'or et de diamant, Et, père enorgueilli, je te tjendrai sans voile
Sous mes lèvres d'amant !
Car je me sens élu pour ton amour étrange Qui me cherche et me fuit.
J'ai le cœur de Jacob, et je puis avec l'Ange Lutter toute une nuit.
La Muse me sait fort, et m'est souvent prodigue
De ses âpres baisers, Q.ui font que l'impuissant décroise de fatigue
Ses bras martyrisés.
Toi qu'elle aime, ô poète, à qui la voix de l'Ode
En ton berceau parlait !
Toi que, petit enfant, la fille d'Hésiode
A nourri de son lait !
Victorieux lutteur, qui tiens en main la palme,
Q.ui, déjà radieux.
Le front ceint de laurier, trônes dans le bleu calme
Pareil aux demi-dieux !
Si je te parle ainsi de la Déesse, ô maître !
C'est que dans ce moment, A la face du ciel, toi seul et moi peut-éire
L'aimons sincèrement.
Mai i84>.
LES STALACTTTES ÇJ
Sculpteur, cherche avec soin, en attendant l'cxiase,
Un marbre sans défaut pour en faire un beau vase;
Cherche longtemps sa forme et n'y retrace pas
D'amours mystérieux ni de divins combats.
Pas d'Héraklès vainqueur du monstre de Némée,
Ni de Cypris naissant sur la mer embaumée;
Pas de Titans vaincus dans leurs rébellions,
Ni de riant Bacchos attelant les lions
Avec un frein tressé de pampres et de vignes;
Pas de Léda jouant dans la troupe des cygnes
Sous l'ombre des lauriers en fleurs, ni d'Artcmis
Surprise au sein des eaux dans sa blancheur de lys.
Qii'autour du vase pur, trop beau pour la Bacchante,
La verveine mêlée à des feuilles d'acanthe
Fleurisse, et que plus bas des vierges lentement
S'avancent deux à deux, d'un pas sûr et charmant,
Les bras pendant le long de leurs tuniques droites
Et les cheveux tressés sur leurs téies étroites.
Février 1846.
ODELETTES
Ego Dis amicu.'c
Sœciilo festas referente luces Reddidi Carmen, docilis modoruB
Vatis Horati.
Horace, Odes, livre i H.
^ S^n-X.TE-'BEUFE
Ch:r Maître,
ou s ave:;;^ retrouvé la France des rimeurs d'odelettes, et c'est vous qui nous avei appris à lire dans Ronsard, Quand vous ave^ pratiqué votre critique, vous ave::^ fondu les plus rares suavités du senti)nent personnel dans une forme travaillée de inain d'ouvrier, et qui touche d'un côté à Calliniaque, de l'autre côté à Belleau. C'est à cause de cela que Je vous dédie ces quelques pages. Votre œuvre entière, n'est-ce pas l'odelette du dix-neuvième siècle ? Volupté, ce roman de toutes les dmes, ce n'est au fond que l'odelette d'un cœiir à trois cœurs. Les Consolations, cette Vie Nouvelle d'à présent,
lOO A SATN rn-Bïï.UVB
c'est Yodclctte d'un seul Dante à vingt Virgiles plus ou moins authentiques. Port-Royal, c'est Vodelette d'un quasi-sceptique à une hérésie! Les Critiques et Portraits, les Portraits de femmes, les Causeries du lundi, c'est la série des odelettes du critique-poëte à cet ami Protée qui s'appelle le inonde !
Si l'on m'accusait pour avoir repris quelques mètres passés de mode, pour avoir tâché d'innover là où vous et vos bairs semble^ avoir épuisé les audaces légitimes, ne trouverais-je pas en vous, cher maître, un défenseur naturel ? Les Pensées de Joseph Delorme m'ont enseigné mes théories, les Notes et Sonnets qui sont à la suite des Pensées d'août m'ont donné le type de mes formules.
Vous l'avei dit excellemment, soyons les derniers de notre ordre, les derniers des délicats. C'est justice que je vous rapporte ces grappes folles de ma vendange, à vous qui m'ave:( signalé Chanaan.
Théodore de Eanville.
Avril j8;6.
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PRÉFACE
^Y^r^'^^<J^ /i7r« de ce petit volume n'a pas été ^1 S»-^ W (^^■'oisi au hasard. Il représcnti' plus net- ^CA ^^ ^\ '^'"^"' qu'aucun autre tout un ordre de ^t[^ \j!^)\ compositions poétiques. L'Odelette, c'est une phrase d'ode-ipilre, une manière de propos familier relevé et discipliné par les cadences lyriques d'un rbythme précis et bref. C'est, si vous voule:^ une goutte d'essence de rose scellée sous une étroite agate dans le chaton d'une bague, cadeau d'anniversaire^ rappel quotidien d'une joie fugitive. C'est encore, si vous l'aime^ mieux, un de ces théines de valse ou de ma-urke favorite que le pianiste note en souvenir d'une affection on d'un amour, et qu'il appelle du nom qui lui dicta cette sincère inspiration du momsnt.
L'Odelettf est nce en Grèce, aux previien temps, pendant les heures perdues de la muse. Anacréon la dipèchail vers Balhylle sous l'aile de son pigeon messager. Elle a picore, abeille mélodieuse, de Syracuse à Alexatpdrie, du verger de Moscbos au jardin de Mélèagre, et son aile a palpité sur la quenouille que Tbéocrite envoyait à Kicias. Horace n'offrait ni airain de Corinthe ni coupes d'or aux patriciens, ses patrons et ses botes, mais il leur dédiait des odelettes. Ainsi firent à leur, tour, dans le cycle des croyants de l'Islam, tant de fumeurs de bacbicb, tant de buveurs d'opium, dont le Mètre solennisa les emportements et les extases. Lauréats de la foire d'Occadb ou courtisans des sultans de la Perse, exécutants de gba-els ou de pantoums, Hafii ou Rabiab ben al-Kouden, Ferideddin Aitar ou Cbemidbcrel-îslami, tous ces torrents de la poésie orientale ont disséminé dans le palais des souverains ou dans Us barems des Fathmas et des Aicbas les limpides ruisseaux de l'Odelette. Xe sont-ce pas des odelettes encore que se renvoient de la tente à la tente, à travers les échos jralerncls du désert, et les tolbas mélancoliques, et les chambis improvisateurs ? Sur les bords de la Loire, vers ce château qui se souvient d'Agnès Sorel, dans ces salles ou Henri de Guise, dans sa suprême nuit, et attendant les assassins, fredonnait aux pieds de sa maîtresse l'odelette qui Desportes avait riméeà ses frais : Rosette, pour un peu d'absence, Abd-el-Kader, prisonnier, a récité plus d'une odelette aux Agnès Sorel d'aujourd'hui I
PRÉFACE 103
i.i, liions l'hypothèse, l'histoire est asse^ loueur. En ance, Charles d'Orléans a préludé sur la lyre aux des d'argent. Au xvi* siècle, tous les virtuoses de a pléiade, Belleau, Balf, Despartes, et Ronsard plus lu'eux tous, dépensèrent le meilleur de leur art à acomplir l'ivuvre légère. Plus tard, l'Odelette ne fut mère en faveur : elle ne s'accommodait pas plus à la •rai ité froide de Boileau qu'au satis-gèue incorrect de 'ol faire. Serai-je asseï heureux pour avoir ressaisi 'écho de quelques-unes de ces chansons dont chacune a eu a minute d'harmonie et de gloire! fe ne l'espère pas. L'enreprise avait trop de difficultés. Une odelette ne dure pas >/i/i longtemps que la roulade d'un rossignol, mais, pour e jeu de ces trilles et de ces arpèges vite envolés, il audrait une voix d'un timbre toujours pur.
Ce livre sera éclairé du moins auprès du public par le ejlet des renommées fraternelles auxquelles je le conacre. Ainsi les chevaliers d'autrefois, à la veille de eurs lointains voyages, lâchaient à travers leurs parcs t leurs forêts quelque biche privée dont le collier poi tait e nom d'une dame enlacé avec le nom du su-erain. )'//i- n'échappaient pas aux dangers de la route, la lieuse inscription leur survivait et att.slait qu'ils vaicnt entretenu d.ms leur cœur ces deux grandes •ertus de l'homme : la tendresse et le respect.
Avril iSj6.
Verson ces roses en ce vm, En ce bon \-in verson ces roses.
Et boivon l'un et l'autre, afin Qu'au cœur nos tristesses encloses Prennent en boivant quelque fin.
Ronsard, Odes, livre iv.
ODELETTES
Loisir
IN o u s avons vu ce mois d'Avril Eiioourdi par un froid subtil:
Le printemps était en péril.
Enfin, tout se métamorphose!
Mai, comme un jeune sein, arrose De pourpre le bouton de rose.
Le vieil Hiver est aux abois.
Lauriers, c'est à vous que je bois :
Si, nous irons encore au bois !
Les pommiers sont couverts de neige.
Avec tout son riant cortège, Le nouveau soleil nous assiège.
I06 ODELETTES
Enfants blonds comme les épis.
Ébattez-vous, Amours, tapis Sur mes divans et mes tapis!
Voici les jours où tout me presse De chercher ta molle caresse, Poétique et sage Paresse!
L'utile est enfin négligé.
Depuis ce beau temps enragé.
Chacun prend un petit congé.
Chacun, dans le mois de la sève, A son dur labeur donne trêve, Pour dorloter un peu son rêve.
L'homme grave songe aux houris :
On le voit quêter les souris De mesdenioiseiles Souris.
On a du répit, même au bagne.
Le feuilletoniste en campagne Va revoir la Grèce ou l'Espagne.
Ploutos dédaigne son trésor, Et, pour six semaines encor, Défend qu'on lui montre de l'or.
Odelettes 107
Nous, par les mêmes théories, Nous fuyons les imprimeries, Le mélodrame et les féeries.
Le soir on ne boit plus de thé, Et notre journal endetté Entame les romans d'été.
Les théâtres n'ont plus de queues; Scapin court pendant quatre lieues Apres les petites fleurs bleues.
L'artiste, affolé de rayons, S'en va regarder les Troyons Que le bon Dieu fait sans crayons.
Rose sort à pied, sans berline, Sans fard, sans diamants. Céline Met sa robe de mousseline.
Le savant au cœur plein de foi Bouquine avec un tendre émoi Pour trouver un Estienne. Et moi.
Cependant que les violettes Ouvrent leurs fraîches cassolettes. Je rimerai des Odelettes.
Mai iS;;.
ODELETTES
A Arsène Houssaye
vJrace aux Dalilas, Nos rimeurs sont las
De gloire.
Et, comme un hochet, Ont jeté l'archet
D'ivoire!
Au rhythme ailé d'or Il fallait encor
Un maître Fou de volupté, Alors j'ai dompté
Le Mètre!
J'ai reprîs mon luth, Et, suivant le but
Féerique, Je m'en vais cherchant Le secret du cliauc
Lyrique.
ODELETTES I09
(Kil épanoui, Je peins ébloui
Ou triste.
Le ciel radieux, Et, mélodieux.
Artiste,
Près du fleuve grec Murmurant avec
Les cygnes Fiers de leur candeur, Je dis la splendeur
Des lignes.
Mon vin triomphant, Sais-tu quelle enfant
Le verse?
Viens, et tu verras.
Poète, quel bras
Me berce 1
O chasseur altier, Qjii fuis le sentier
Profppp.
Songeur qu'autretcis Rencontrait au bois
Diane 1
ÎIO ODELETTES
Comir.e toi, qui vins M jeuKC aux divins
Rivages, Ami, j'ai toujours Voulu des amours
Sauvages.
Ah ! quand Mai sourit Aux prés où fleurit