‹ Les stalactitesChapitre 2 sur 7 · I.a menthe, Trouveurs de loisir, Sachons y choisir · texte numérisé non relu

I.a menthe, Trouveurs de loisir, Sachons y choisir

L'amante!

Nymphe au regard bleu, Si sa lèvre en feu

Caresse Nos fronts sans témoins, Qu'elle soit au moins

Déesse !

Toi,. pâle et rêvant, Au bois que le vent

Assiège, Tu suis à desseijj La guerrière au sein

De neige !

ODELETTES

Moi, parmi nos jeux, Mon plus orageux

Délire Toujours s'en revient Vers celle qui tient

La lyre!

Sans doute elle a pris La foule en mépris,

Et porte Un peu trop souvent Sa crinière au vent.

Q.u'importe !

J'aime sa pâleur,

Et sa bouche en fleur

Est saine !

Son sang et sa cliair Les voilà, mon cher

Arsène.

O sens embrasés I Maîtresse aux baisers

Savante l Tendre et chère voix, Ici tu la vois

Vivante.

112 ODELETTES

Dos flexible -i :iu î Sourire ingénu

Qui m'aime I L'or de ses cheveux M'enivre, et je veux.

De même,

Dans mon sang qui bout Gardant jusqu'au bout

Ma fièvre Tout comme à présent.

Mourir en baisant

Sa lèvre 1

Mai ]8;>.

ODULETTliS II}

A Sainte-Beuve

i\ la porte d'un beau cliâteau Bâti pendant la Renaissance, Une dame au riche manteau, Les cheveux baignés d'une essence Divine, rit au vert coteau.

Elle a l'œil superbe et moqueur; Ses sourcils noirs aux courbes jointes Enivrent comme une liqueur, Et des rayons baisent les pointes Folâtres de sa bouche en cœur.

Elle montre l'un de ses seins

Nu. Plus souple qu'une liane,

Cette Nymphe, heureuse aux larcins,

A pris les armes de Diane

Qui lui servent pour ses desseins.

T4 ODELETTES

Son arc est d'un bois lisse et dur, Et ses flèches bien aiguisées, Cachant leurs pointes d'acier pur Sous la dorure déguisées, Sonnent dans le carquois d'azur.

Q.uand sa tresse inonde son cou, (Bien que cette amante farouche Vous plante là pour un bijou,) Pour les morsures de sa bouche On se résigne à mourir fou.

Cette chasseresse d'Amours

Dont il faut, même au prix d'un crime,

IdoL-itrer les fiers atours

Et les belles mains, c'est la Rime,

Délice et tourment de nos jours.

Quel bonheur, d'orner ses appas De joyaux! Au bois qu'avril dore, Quel bonheur de baiser ses pas!

Quand on l'a connue, on l'adore Pour jamais, et jusqu'au trépas.

Oh! pour moi, rien n'éclipsera Sa lèvre indignée et rieuse!

Sa voix seule me bercera Et mon sang tout entier sera Bu par cette victorieuse.

ODELr.TTES

Gir, s'il f;iut la fuir, quel tourmv;ni! Loin de son regard comme on jeûne 1 Ce que vaut ce clair diamant Tu le sais bien, toi qui, tout jeune.

As été son plus cher amant l

Mai iS;

:i6 ODELETTES

A Charles Assclinoau

V A I N r. M V. X T tu lui fais affront, Votre brouille m'amuse,

Car je reconnais sur ton front Le baiser de la Muse.

Tout est fini, si tu le veux;

Mais que le vent les bouge, Vite on le voit sous tes cheveux,

La place est encor rouge.

Tu fuis le bois des lauriers verts Et la troupe des cygnes,

Et, pour mieux laisser l'art des vers A des chanteurs plus dignes,

Tu ne t'égares plus jamais

Sous la lune blafarde.

La modestie est bonne, mais

Cette fois prends-y garde I

Par ces scrupules obligeants,

Trop souvent on conJ.uvinc

La fée amoureuse à des gens Coifics de tètes d'âne.

Firdusi ne vit plus à Tlius!

Toutes les nuits un ange Vient baiser les fleurs de lotus

Aux bords sacrés du Gange;

L'hyacinthe frissonne encor Dans les clairières lisses;

Toujours, faisant du soleil d'or Les plus chères délices,

La rose à sa douce senteur

- Enivre Polymnie, Mais je connais plus d'un auteur Qjui n'a pas de génie!

Viens! ne laisse pas galamment Notre gentille escrime

Aux sots, privés également De raison et de rime.

Au moins, reprends notre lien Pour une année entière!

Et d'ailleurs, ami, tu peux bien Chez le vieux Furetière

Il8 ODELETTES

Errer comme en un Sahara;

Acheter et revendre Des bouquins; Érato saura

Toujours où te reprendre 1

Au mois où s'ouvrent les boutons, Tous ceux qui l'ont aimée

Reviennent comme des moutons Sur sa trace charmée.

Or, justement, pris à l'attrait De mes rimes prolixes.

J'entends errer dans la forêt Les elfes et les nixes;

Et, dans le parc où nous songeons,

La sève, dont la force Croît, gonfle déjà les bourgeons

Prêts à rompre l'écorce.

Mai 1855.

ODELETTES II9

A Henry M'urgcr

v^OMME l'autre Ophélie, Dent la douce folie S'endort en murmurant Dans le torrent,

Pâle, déchevelée Et dans l'onde étoilée Éparpillant encor Ses tresses d'or,

Et comme Juliette, Q.ui craignait l'alouette Éveillée au matin Parmi le thym,

Elle est morte aussi jeune Au bel âge où l'on jeûne, Ta pensive Mimi Au front blêmi,

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