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LE SIXIÈME LIVRE DES STANCES

Belle source, je veux me rappeler sans cesse Qu'un jour, guidé par l'amitié.

Ravi j'ai contemplé ton visage, ô déesse.

Perdu sous la mousse à moitié.

Que n'est-il demeuré, cet ami que je pleure, nymphe, à ton culte attaché,

Pour se mêler encore au souffle qui t'effleure Et répondre à ton flot caché !

Solitaire et pensif j'irai sur les chemins,

Sous le ciel sans chaleur que la joie abandonne.

Et, le cœur plein d'amour, je prendrai dans mes mains

Au pied des peupliers les feuilles de Tautomne.

J'écouterai la brise et le cri des oiseaux Qui volent par les champs où déjà la nuit tombe; Dans la morne prairie, au bord des tristes eaux. Longtemps je veux songer à la vie, à la tombe.

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L'air glacé fixera les nuages transis Et le couchant mourra doucement dans la brume. Alors, las de marcher, sur quelque borne assis, Tranquille, je romprai le pain de Tamertume.

Aux rayons du couchant, le long de cette ornière, Je vous vois, peupliers revêtus de lumière; Dans la pénombre, oiseaux, votre cri répété Pour la dernière fois a salué l'Été.

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Va, brode Thorizon, brume délicieuse, D'émeraude et d'onyx poussière précieuse :

Je veux me disperser ce soir dans le malheur De l'Automne qui vient, de l'Automne en sa fleur.

La lune sur le sol découpe la figure

Des tilleuls; à l'écart Je vais, et je rejette au loin, de ma nature,

La plus commune part.

Je sens mon rêve ici croître sans violence.

Comme mûrit le fruit.

Et du clocher du bourg, sur l'aile du silence.

Un son s'élève et fuit.

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Clartés du ciel, ô voix de l'heure, ombrage sombre,

Tranquille vétusté De ces lieux, liguez-vous pour assaillir en nombre

Mon cœur de tout côté.

Je vous entends glisser avec un secret bruit ^ Là-bas sur la pénombre verte.

Entrez dans ma maison^ ô souffles de la nuit, J*ai laissé la fenêtre ouverte.

souffles, pour mon cœur tout chargés à présent D'erreur, de remords, d'amertume,

Vous me parliez jadis lorsque avec le brisant Luttaient la tempête et Técume ;

Lorsque le long du sable aux flots harmonieux, Dans la crique et sur cette grève,

D'une amitié perfide et la terre et les cieux Remplissaient mon âme et mon rêve.

Mais quoi! vous vous taisez, esprits éoliens!

Un autre arpège se prolonge :

C'est la pluie, elle tombe et je me ressouviens

Tout à coup d'un autre mensonge.

Au milieu du jardin la fleur que je désire S'entr'ouvre en ce moment,

Et la brise tout bas sous les tilleuls soupire Dans un frissonnement.

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Errant entre ses bords, sur le gravier encore

L'eau brillante bruit ; Mais le rayon du jour, hélas ! qui s'évapore

Va céder à la nuit.

Ce canal qu'à cette heure une aube faible glace. Où je vois reflétés paisiblement les cieux.

Entre deux mornes quais, loin de la vaine audace Du fleuve dont il sort, croupit insoucieux.

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\a-t-il donc se flatter d'un destin sans réplique? L'un peine en son repos, l'autre gît en courant ; Et ce calme étendu sur cette eau métallique N'est pas plus assuré que l'onde du torrent.

L'insidieuse nuit m'a grisé trop longtemps!

Pensif à ma fenêtre, suave matin, je veille et je t'attends :

Hâte-toi de paraître.

Viens! au dedans de moi s'épandra ta clarté En élément tranquille :

Ainsi l'eau te reçoit, ainsi l'obscurité Des feuilles te distille.

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jour, ô frais rayons, immobilisez-vous, Mirés dans mes yeux sombres,

Maintenant que mon cœur à chacun de ses coups Se rapproche des ombres.

L'aube qui doucement se lève sur la ville Et se dissout dans l'air, annonce un jour serein. Que j'aime à contempler votre cime tranquille. Arbres fiers que nourrit un avare terrain!

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Je songe, en supputant tout le mal et le pire; Et malgré les détours dont m'abuse le sort.

Je sens que sur ma lèvre erre encore un sourire. Tant mon âme s'absorbe en son dieu sans effort.

Va-t-on songer à l'Automne, A l' Aquilon détesté, Quand la lumière environne La Vie et le fier Été !

De Farbre au profond feuillage, Des parterres du jardin, La brise tire un langage D'allégresse et de dédain.

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Vous qui passez sur la route, Saouls de la sève des bois.

Chantez» riez! Moi, j'écoute En secret une autre voix :

Qui soupire de la sorte?

mon âme, n'est-ce pas Une branche déjà morte Qui vient de parler tout bas?

Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes Qui couvriront l'étang du moulin ruiné; Quand le vent remplira le trou béant des portes Et l'inutile espace où la meule a tourné;

Je veux aller encor m'asseoir sur cette borne, Contre le mur tissé d'un vieux lierre vermeil. Et regarder longtemps dans l'eau glacée et morne S'éteindre mon image et le pâle soleil.

Hélas! cœur trop humain, homme de peu de foi, Aux regards éblouis d'une lumière en fête.

Tu ne sauras jamais comme elle éclaire en moi, L'ombre que cette allée au noir feuillage jette !

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