‹ Les stances (volume 2)Chapitre 4 sur 5 · LE CINQUIÈME LIVRE DES STANCES · texte numérisé non relu

LE CINQUIÈME LIVRE DES STANCES

Le trésor du verger et le jardin en fête,

Les fleurs des champs, des bois.

Éclatent de plaisir, hélas ! et sur leur tête Le vent enfle sa voix.

Mais toi, noble Océan, que l'assaut des tourmentes

Ne saurait ravager, Certes, plus dignement, lorsque tu te lamentes.

Tu te prends à songer.

Dans le ciel est dressé le chêne séculaire.

Que vous me plaisez mieux.

Marronniers de Paris, qu'un bec de gaz éclaire

Dans ce soir pluvieux !

En vain il chante, enflant ses branches insensées,

La sève et le matin ; Mais votre triste front, où je lis vos pensées.

Surmonte le destin.

Pendant que Thomme court à sa tâche servile, Automne, souffle aqueux,

Disperse les brins morts des arbres de ma ville Et mon âme avec eux!

Qu'elle flotte dans Tair, Automne, où ta palette Pose un brouillard léger,

Et contre le bassin qui, sombre, te reflète, S'accoude pour songer !

Encor sur le pavé sonne mon pas nocturne;

Paris, tu me vois marcher A rheure où Ton entend dans Tombre taciturne

La charrette du maraîcher.

Paris, ô noir dormeur, Paris, chant sur renclume

Et sourire dans les sanglots.

Que ne suis-je couché, lorsque Vesper s'allume.

Sur les varechs au bord des flots!

Lieux où mes lentes nuits aiment à s'écouler,

chère porte De mon Paris, déjà le vent a fait rouler

La feuille morte.

Bientôt sous la lueur de la lampe, aux reflets

Du brasier sombre.

Pensif, j'écouterai heurter à mes volets

L'aile du Nombre.

Et, moi, que Tamitié, Tamour et la douceur,

Tout abandonne.

Je veux goûter, avec le .tabac, le berceur

Extrême automne.

Me faudra-t-il Thorreur de récume et du vent.

Et la bruyère et le mystère, Pour dire ta louange, à ton culte fervent.

Nuit fourmillante et solitaire?

Quand la ville s'endort sous les voiles flottants^ C'est assez d'ouvrir ma fenêtre :

Comme sur un grand fleuve, énorme, tu t'étends. Nuit, secrète nuit, en mon être!

Pendant que je médite, agitant les pensées

Où le noir destin m*a rivé, J'entends le bruit du vent dans les feuilles blessées

Qui viennent couvrir le pavé.

Déjà sur les rameaux, abusés du zéphire, Tu passes. Automne fumeux,

Et je m'évanouis dans le tendre délire

De mon cœur dépouillé comme eux.

Belle, vivant tes jours filés par Ion destin. Le souci de Cypris, ô rose, et de la lyre.

Tu t'épanouiras pour orner le jardin Et saturer d'odeur Tazur qui te respire.

Et puisqu'il faut qu'enfin s'achève le printemps, Quand la rouille viendra sur tes pétales lisses, Abandonnant ton cœur à la pluie, aux autans.

Tu goûteras la mort, ô fleur, avec délices.

Je ne regrette rien, ni des lauriers superbes L'honneur qui m'était dû,

Ni cet heureux plaisir fait de fruits et de gerbes. Comme un vin répandu :

Je vois dans tout ce deuil, dans la Parque sinistre

De mes plus chers amis, Que le ciel a bien su tenir à son ministre

Ce qu'il avait promis.

Puisque ainsi je m'emporte au-dessus de la tourbe Des rancœurs, des douceurs,

Que mon esprit encor peut imprimer leur courbe Aux fuseaux des trois sœurs ;

Ah! laissez que j'espère et que je me remembre :

La joie avec les maux Passeront sur mes jours comme un vent de septembre

Passe sur les rameaux.

Bien qu'ainsi tu te couronnes D'une écume au goût amer.

Étang qui, pâle, frissonnes, Tu n'es pas encor la mer.

Non, c'est la ligne menue De ce sombre azur là-bas Qui mon âme a seule émue, Mes yeux ne la quittent pas ;

Us dévorent la distance Mes yeux, coureurs sans repos, Mais mon amour les devance Et se mêle avec les flots.

Quand je viendrai m'asseoir dans le vent, dans la nuit,

Au bout du rocher solitaire; Que je n'entendrai plus, en t'écoutant, le bruit

Que fait mon cœur sur celte terre ;

Ne te contente pas. Océan, de jeter

Sur mon visage un peu d'écume :

D'un coup de lame alors il te faut m'emporter Pour dormir dans ton amertume.

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