‹ Les stances libres dans Molière: étude sur les vers libres de Molière comparés à ceux de LaChapitre 1 sur 34 · A MON AMI · texte numérisé non relu

A MON AMI

Henri VILLARD, d'Angers

PLAN DE CETTE ÉTUDE (i).

I. — Chez Molière^ dans l'ensemble des pièces, parties de pièces on œuvres diverses écrites en vers, il faat distinguer, en dehors de ce qui est, comme le Tartuffe tout entier, en alexandrins à rimes suivies, les morceaux qui appartiennent aussi à une versification très régulière, comme, par exemple^ le Sonnet d*Oronte, dans Le Misanthrope (I^ 2), et la Lettre d'Ëlvire^ dans Dont Garde (II, 6; V. 614625).

Il faut aussi considérer à part ceux dont les vers, plus ou moins affranchis des lois d'un rythme uniforme, se rattachent à la versification des œuvres musicales, comme le duo de Clymène et de Philis, dans La Prin-

(1) Une grande partie de cette dissertation ayant été écrite pour une lecture public|ue, on ne s'étonnera pas d'y voir rappeler certaines notions c[ui pourront sembler trop élémentaires aux personnes familiarisées avec ce genre d'études. Comme on ne pèche jamais par excès de clarté, nous n'avons vu aucun inconvénient à conserver ces quelques passages ; mais nous avons multiplié, en vue de rimpression, les citations, les statistiques et les indications de rapprocbements à faire.

Nous citons Molière d*après l'édition Despois-Mesnard (Collection des Grands Ecrivains de la France) et La Fontaine d'après l'édition Henri Régnier (môme collection).

cesse (TÉlide (Inlerm. Y) et tout ie dialogue de la Pas^ torale comique,

•Si, enfin, en écartant les trois catégories qae nous venons d'indiquer, nous voulons étudier, chez Molière, les types d'une versification irrégulière on libre dans des vers destinés à être récités et non pas chantés, nous avons à examiner^ avec tout Amphitryon et les parties de Psyché qui sont de notre poète, le Remerciment au Roi et quelques passages du Dépit amoureux^ de Dom Garde et de YEcok des Femmes (1).

Gomme c'est en comparant ensemble le plus grand nombre possible de formes tirées d'une même œuvre que nous pouvons le mieux aboutir à une conclusion justifiée, nous étudierons principalement Amphitryon»

II. — Tous les traités de versification citent Amphitryon^ avec les Fables de La Fontaine, parmi les plus parfaits modèles du Vers libre. Tout d'abord, nous nous demanderons si c'est vraiment en vers libres qu'est écrite cette pièce.

En répondant oui, on ne ferait qu'affirmer une banalité; aussi donne-t-on à croire, rien qu'en se posant une telle question, qu'on veut, en répondant non, hasarder un paradoxe. On n'a que faire d'un paradoxe en métrique ; mais enfin, si, comparant les formes d* Amphitryon à celles du vers libre, nous trouvons entre les unes et les autres des difi'érences essentielles, n'aurons-nous pas le droit de chercher une appellation

(1) Le Dépit amoureux : Lettre de Lucile (i, 2; v. 135-142); Lettres de Lucile et d^Eraste (iv, 3; v. 1345-1348 et 1351-1354); Dom Garcie : Lettre d'Ignés (i, 3; v. 363-375); L'Ecole des Femmes : Maximes du Mariage (m, 2; y. 745-751 et 754-801); Psrfché : Prologue; v. 57-169; Acte i; v. 110-545; Acte ii. Scène première ; V. 571-732, Acte ui, Scène première; y. 925-994.

nouvelle pour des formes qui s'écartent du type admis par définition? Ici, comme ailleurs^ l'observation ne doit grouper sous un même nom que des faits identiques.

Or, quelle idée se fait-on du Vers libre? et quelle définition convient-il d'en donner? La versification de Molière dans Amphitryon répond-elle à cette définition? C'est ce que nous allons examiner.

Il faut considérer séparément les deux éléments principaux de notre versification : la mesure des syllabes et la rime. Nous ne dirons rien de la coupe du vers, troisième élément qu'il importe d'étudier pour bien connaître la versification d'un poète, mais qui ne saurait nous servir à faire distinguer le vers libre du vers régulier.

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