LES RIMES DANS LES AUTRES MORCEAUX EN VERS LIBRES
XXIV. — Le mi^'lange des rimes, dans le Remerciment au Roi, dont nous avons parlé déjà, et dont l'étude ne serait plus autrement intéressante, nous présente maint exemple de ces libertés que Molière s'est interdites dans Amphitryon^ régulièrement, et dans Psyché même, presque toujours. Le Remerciment au Roi peut donc servir à nous faire mieux comprendre encore^ par le contraste, l'idée que Molière se faisait du vers libre dans une œuvre dramatique.
La rime plate n'y est nullement évitée ; et on ne saurait la faire rentrer dans des combinaisons analogues à celles des stances ou des strophes :
Cette familianté Donne à qaiconqae en use an air de qualité,
Faites tout le trajet de la salle des gardes ;
Et vous peignant galamment^ Portez de tous côtés vos regards brusquement; Et ceux que vous pourrez connoltre,
Ne manquez pas, d'un haut ton, De les saluer par leur nom,...
Vous savez bien pourquoi ; Et ce vous est une honte De n'avoir pas été plus prompte
A le remercier de ses fameux bienfaits; Mais il vant mieux t-ird que jamais (1).
Le dernier exemple contient une phrase à rime excédante. En voici une autre :
Tâchez d*ea être des plus proches En y gagnant le terrain pas à pas ; Et si des assiégeants le prévenant amas En bouche toutes les approches, Prenez le parti doucement D'attendre le prince au passage .*...
D*une façon générale, les groupes de rimes sont enchaînés les uns aux autres par le sens aussi fréquemment que dans les Rimes mêlées de La Fontaine.
Grattez du peigne à la porte
De la chambre du Roi ; Ou si, comme je prévoi, La presse s'y trouve forte,
Montrez de loin voire chapeau.
Ou montez sur quelque chose Pour faire voir votre museau, Et criez sans aucune pause.
D'un ton rien moins que naturel :
(( Monsieur rhuissier, pour le marquis un tel (2). »
Un (el mélange n'a rien qui annonce les stances libres d'Amphitryon, ni même les vers libres de Psyché,
Quant aux Lettres en vers du Dépit amoureux, à la Lettre d'Ignés dans Dom Garcie et aux Maocimes du Mariage dans (École des Femmes {3), ces morceaux, étant
(1) Cf. V. 48-49, 57-58, 84-85, 94-95.
\2) Cf. V. 5-6, 23-24, 33-34, 56-57, 58-59, 68 69, 80-81, 85-86, 95-96.
(3) Voir page 2, note.
au contraire écrits pour la scène, sont on stances libres, semblables^ pour renchaînement des rimes, à celles dH Amphitryon :
— « Vous m'avez dit que votre amour Eioit capable de tout faire :
Il se couronnera lui-même dans ce jour.
S'il peut avoir l'aveu d'un père.
Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur , Je vous en donne la licence ; Et si c'est en votre faveur.
Je vous réponds de mon obéissance. »
(bépit AmoureuXf I, 2 ; v. 13o-i4"2.)