AVOCAT. — GRAMMAIRIEN
Olivier Patru naquit à Paris le 13 août 160û. Il était fils de Jean Patru, procureur au Châtelet de Paris.
Il fut élevé par sa mère qui, lui voyant de l’aversion pour ses cahiers de philosophie, lui donna des romans à lire.
A dix-neuf ans, il alla voyager en Italie où, toujours préoccupé de la forme littéraire et des inventions romanesques, il reçut avidement les conseils du poète d’Urfé, dont le fameux roman de VAstrée venait d’obtenir un immense succès.
Ayant débuté au barreau peu après son retour, Patru s’y fit justement remarquer, malgré le désavantage de son extérieur et la faiblesse de sa voix.
Néanmoins, il quitta le Palais de bonne heure pour se livrer exclusivement à la littérature.
Patru fut, avec Balzac, Yaugelas et d’Ablancourt, un des réformateurs de notre langue.
Reçu à l’Académie en 16ZiO, il fit, en y entrant, un discours de remerciement qui parut si beau qu’on obligea, ensuite, tous les récipiendaires à faire un discours de réception.
On sait que cet usage s’est conservé pour l’admission des nouveaux académiciens.
Pendant la Fronde, il suivit le cardinal de Retz et composa pour ce chef de parti la Lettre du curé au marguillier sur la conduite de M. le Coadjuteur (1651), en réponse à la Lettre du marguillier à son curé, pamphlet du poète Sarrasin, secrétaire du prince de Conti.
Estimé comme grammairien et comme critique, les écrivains les plus distingués de son temps recherchèrent son suffrage et le consultèrent comme un oracle.
Cependant il conseilla à Boileau de ne pas faire VArt poétique et à La Fontaine de ne pas composer de Fables^ ne croyant pas que ces ouvrages pussent se prêter aux ornements de la poésie.
Vaugelas ne lui donna pas moins le titre de Quintilien^ français,
Patru passa les dernières années de sa vie dans une grande indigence, qu’il supporta courageusement, et qui ne, lui enleva rien de sa gaieté.
Il était sur le point de voir sa bibliothèque tomber aux mains d’un de ses créanciers, lorsque Boileau la lui acheta, en mettant pour condition qu’il en conserverait la jouissance sa vie durant.
Patru garda toujours^ avec la réputation d’un honnête homme, un caractère indépendant. Un riche seigneur « sans lettres » ayant osé prétendre à la place de l’académicien Conrart, Patru, sollicité de donner son appui à ce candidat peu recommandable, répondit en enveloppant son avis sous la forme d’un apologue :
« Un ancien, dit-il, avait une lyre à laquelle se rompit une corde; au lieu d’en ajouter une de boyau, il en voulut une d’argent, et la lyre perdit son harmonie. »
Ce franc laconisme produisit l’effet qu’il en attendait : l’homme de cour fut écarté.
Patru mourut le 16 janvier 1681, à l’âge de soixante-dix-sept ans.
Il a laissé de nombreux écrits : plaidoiries, mémoires et lettres sur le droit, la critique et la grammaire.