‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 30 sur 142 · MAGISTRAT. — PREMIER PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

MAGISTRAT. — PREMIER PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE PARIS

Mathieu Molé est né à Paris en 158Zj. 11 était fils d’Édouard Molé, magistrat illustre, qui fut président à mortier.

11 reçut une brillante éducation et s’adonna à l’étude du droit.

Successivement conseiller au Parlement de Paris en 1606 et procureur général en 161Zi, il fut nommé premier président en 1641.

Molé exerça cette charge pendant dix ans avec beaucoup de dignité et de fermeté.

Pendant les troubles de la Fronde, à la tête des membres du Parlement, il alla à pied, à travers les barricades et au risque de sa vie, réclamer, à la Cour, les deux conseillers Blancmesnil et Broussel, arbitrairement arrêtés.

Il ne put obtenir de la reine qu’une promesse vague de relâcher les détenus à la condition que le Parlement cessât ses assemblées. On prit le parti de délibérer sur cette réponse^ et on se mit en chemin pour retourner au Palais de Justice.

Les deux premières barricades s’abaissèrent assez paisiblement^ mais, à la troisième, l’effervescence populaire éclata de la manière la plus violente. Des cris furieux qui redemandaient les deux magistrats et surtout Broussel, des attroupements formidables arrêtèrent la marche et forcèrent de rétrograder. Un marchand de fer, capitaine du quartier, saisit Molé par le bras et, le menaçant de son pistolet, lui dit : « Tourne, traître, si tu ne veux pas être massacré, toi et les tiens; ramène-nous Broussel, ou Mazarin en otage! »

Plusieurs des membres du Parlement prennent la fuite, d’autres hésitent, incertains s’ils doiventsuivre cet exemple ou s’ils resteront près de leur chef que les mutins menacent : « Pour lui, dit le cardinal de Retz dans ses Mémoires, conservant la dignité de la magistrature dans ses paroles et dans ses démarches, il rallia tout ce qu’il put de sa compagnie et revint au Palais-Royal, au 'petit pas^ dans le feu des injures, des exécrations et des blasphèmes. »

Molé, reçu de nouveau par la reine, revint à la charge, parla avec force et arracha à la régente l’ordre d’élargissement des deux magistrats. A son retour au Palais de Justice, la députation fut acclamée par la foule qui s’était montrée hostile auparavant; les barricades disparurent, et, suivant l’expression du cardinal de Retz, tout sembla plus tranquille qu’un jour de vendredi saint.

Cependant la régente, peu disposée à accueillir toutes les réformes demandées par la chambre d’union, espérait profiter des vacances du Parlement pour se débarrasser de ses importunités; il n’en prit point et resta assemblé.

La cour quitta Paris et les Frondeurs reprirent tous leurs avantages auprès du peuple et du Parlement. Il fallut négocier, et Molé fut chargé de cette lâche délicate. Il porta à la cour, retirée à Saint-Germain, des propositions d’accommodement et signa le traité de Ruel, s’opposa dans Paris aux violences du Parlement et des Frondeurs, faillit plusieurs fois être massacré, mais resta toujours grand et calme.

Mommé garde des sceaux en 1651, il les résigna bientôt pour n’être pas un obstacle à la réconciliation des partis, mais on les lui rendit, et il les conserva jusqu’au jour de sa mort, le 3 juin 1656.

Telle fut la carrière de cet homme illustre dont les contemporains, même ses adversaires, ont constaté la noblesse de caractère, le courage et la dignité.

Mathieu MOLÉ

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