‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 31 sur 142 · CHRONIQUEUR · texte numérisé non relu

CHRONIQUEUR

Pierre de l’Estoile naquit à Paris en 15ZiO. Issu d’une noble famille dérobé, il fit ses études à Bourges, et revint à Paris pour y acheter une charge d’audiencier à la chancellerie de France.

Bourgeois prudent, l’Estoile resta en dehors des partis pendant les guerres de la Ligue, espérant vivre inaperçu au milieu du tumulte. Mais cette neutralité faillit lui être funeste, et, sans l’entrée d’Henri IV à Paris, il eût pu payer de sa liberté sa trop habile circonspection.

Il se défit aussitôt de sa charge pour vivre dans une condition plus modeste et échapper aux discussions par son obscurité. Toutefois, les procès qu’il eut à soutenir pour recouvrer le prix de sa charge et la vivacité de sa passion de bibliophile apportèrent le trouble et la gêne dans’^sa vieillesse.

Depuis 157Û jusqu’à sa mort, il nota toutes les nouvelles que ses fonctions le mettaient en position de recueillir, tous les bruits populaires, toutes les particularités relatives aux affaires de l’État ou même à des intérêts de famille. Il s’en servit pour écrire son Journal des choses advenues durant le règne de Ue^iri III^ roi de France et de Pologne. Ce recueil, qui formait cinq volumes in-folio et qui n’avait jamais été destiné à être publié, est une source précieuse de renseignements sur les règnes de Henri III et de Henri IV. La première partie fut publiée en 1621, la seconde parut en 17Zil. Elles figurent, toutes deux, dans la collection des Mémoires sur Vhistoire de France.

Ce ne sont pas les mémoires d’un homme politique ou d’un homme de guerre qui a pris part aux grands événements et qui peut en démêler les causes et les résultats; ce sont tout simplement les souvenirs d’un bourgeois de Paris qui les transcrit au jour le jour, raconte ce qu’il a vu et ce qu’il a entendu dire.

L’Estoile est un annaliste consciencieux, impartial, d’une grande franchise et d’une rare indépendance d’opinion.

Il s’est peint lui-même ainsi : « Mon âme est libre et toute mienne, accoutumée à se conduire à sa mode, non toutefois méchante et maligne, mais trop portée à une vaine curiosité et liberté dont je suis marri et à laquelle, toutefois, qui me voudrait retrancher ferait tort à ma santé et à ma vie, parce que, si je suis contraint, je ne vaux rien, estant extrêmement libre et par nature et par art; et me suis logé là^ avec le sieur Montagne [Montaigiie] mon vade mecum., que, sauf la santé et la vie, il n’est pas chose pourquoy je veuille me ronger les ongles et que je veuille acheter au prix du tourment de l’esprit et de la contrainte. »

L’Estoile écrit avec facilité et quelquefois avec esprit; il a du piquant, de l’imprévu, une bonhomie malicieuse. C’est lui qui, pour répondre à la bulle du pape Sixte-Quint excommuniant Henri IV, rédigea pour ce roi, l’énergique placard afilché à Rome, le 5 novembre 1585/ sur les murs des principales églises et jusque sur la porte du Vatican, et dans lequel il ne craignit pas de dire : « En ce qui touche le crime d’hérésie^ le roi dit et soutient que Monsieur Sixte, soi-disant pape (sauve Sa Sainteté), en a faussement et malicieusement menti, »

A l’âge de soixante et onze ans, il mourut à Paris, dans les premiers jours d’octobre 1611, et fut inhumé à l’église Saint-André-des- Arts, sa paroisse.

Pierre de L’ESTOILE

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