STATUE DE M. TH. GREIL
FAÇADE SUR LE QUAI
Pavillon de droite. — Second étage (en retour).
MARIVAUX (Pierre Garlet de Chamblain de)
AUTEUR DRAMATIQUE
Marivaux naquit à Paris en 1688. Il était d’une ancienne famille de robe qui avait fourni des magistrats au parlement de Rouen. Son père», directeur de la Monnaie à Riom, le fit élever avec soin, mais ne lui laissa guère pour fortune que les avantages de cette éducation. Marivaux fut admis, dans sa jeunesse, dans les salons de M“® de Tencin, rendez-vous des beaux esprits de son temps, où régnaient le savant Fontenelle et l’auteur dramatique Lamotte.
Tout d’abord il se mit du côté de ce dernier dans la fameuse querelle des anciens et des modernes (voir la biographie de Ch. Perrault), non qu’il dédaignât les Grecs et les Homains, mais il soutenait qu’il fallait être de son temps et bien garder de se créer des fétiches, sous prétexte de continuer des admirations traditionnelles. Après avoir débuté par quelques œuvres dramatiques de médiocre valeur et qu’il ne crut pas devoir livrer à la scène, Marivaux donna en 1720 une comédie en trois actes, PAmour et la Vérité, qui ne valait guère mieux et qui fit bâiller tout le monde, y compris l’auteur.
On raconte qu’il assistait à la première représentation de cette pièce, et que son voisin, qui ne le connaissait pas, lui ayant dit : « Voilà une pièce terriblement ennuyeuse! » il lui répondit ; « A qui le dites-vous, monsieur; je le sais mieux que tout autre, puisque j’en suis l’auteur ! »
Peu après, Marivaux travailla pour la Comédie italienne et entra ainsi dans sa voie véritable. Il composa un grand nombre de comédies, dont quelques-unes, passées des Italiens aux Français, sont encore au répertoire de ce théâtre. Telles sont : la Surprise de V Amour (1729), les Jeux de FA?nour et du Hasard (1730), le Legs (1736), les Fausses Confidences (1737).
Marivaux a composé des romans, dont deux, bien qu’inachevés, sont lus encore ; la Vie de Marianne et le Paysan parvenu. On lui doit encore le Spectateur français, recueil périodique, journal critique où la peinture des mœurs n’est, pour ainsi dire, présentée que dans la demi-teinte.
Cet auteur a un tour d’esprit d’une singulière originalité, une intelligence déliée des passions, un génie d’analyse d’une extrême subtilité; il tombe souvent dans une métaphysique alambiquée pour laquelle on a créé le nom de marivaudage.
C’est l’extrême ténuité de ses combinaisons variées à l’infini, toujours sur un thème unique, qui a fait dire à Voltaire que Marivaux (( pesait des riens dans des balances de toiles d’araignée ».
Quoi qu’il en soit, Marivaux est un écrivain éminemment spiri tuel, délicat et original, à qui on ne peut contester une influence sensible sur le goût de son siècle.
Il fut reçu de l’Académie française en 17/i2, et, ce qu’il y a de curieux, c’est que ce fut un prélat, l’cvêque de Sens, qui lui répondit. L’homme d’Eglise, à qui l’entrée d’un théâtre était interdite et qui devait ne pas avoir jeté les yeux sur « les œuvres du démon », fut obligé de feindre d’en parler par ouï-dire.
C’est peut-être la seule fois qu’à l’Académie le récipiendaire se se soit entendu dire : « Ceux qui ont lu vos œuvres assurent qu’elles sont fort belles; pour moi, je ne dois ni ne veux les connaître. »
Marivaux mourut à Paris le 12 février 1763, à l’âge de soixantequinze ans.
MARIVAUX (Pierre Carlet de Chamblain de)
AUTEUR DRAMATIQUE
STATUE DE M. Albert LEFEüVRE
FAÇADE SUR LE QUAI
Pavillon de droite. — Second étage.
LA ROCHEFOUCAULD (François, duc de)
AUTEUR des « maximes »
François de La Rochefoucauld naquit à Paris le 15 septembre 1613. Fils du comte François de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, conseiller et maître de la garde-robe du roi, il ne reçut pas une éducation conforme à sa naissance, mais les événements y suppléèrent, et son goût naturel pour l’instruction le mit plus tard à même de corriger, en partie, cet inconvénient de son enfance.
Il avait, ditM“^ de Maintenon,a une physionomie heureuse, l’air grand, beaucoup d’esprit et feu de savoir ».
Jeté, dès ses premières années, au milieu des intrigues, il y prit une part active ; aussi le cardinal de Richelieu l’éloigna-t-il de la Cour.
A la mort du ministre, La Rochefoucauld y reparut, brillant de jeunesse et d’ardeur. Une nouvelle carrière s’ouvrait devant lui, Louis XIII ne retenait plus qu’à peine les restes d’une vie languissante, et déjà surgissaient de tous les côtés les ambitions si longtemps contenues sous la main ferme et vigoureuse de Richelieu. On pressentait les embarras inséparables d’une minorité (Louis XIV avait cinq ans), et chacun se flattait de tirer parti des événements en se rendant nécessaire ou redoutable.
Louis XIII mort, la régente Anne d’Autriche prend les rênes de l’État, les conflits s’élèvent, et, avec la Journée des barricades, s’ouvre une période d’anarchie où les passions et les intérêts vont pouvoir se donner cours. La Rochefoucauld, qui s’était jusqu’alors tenu à l’écart, fut entraîné dans le parti de la Fronde. Au combat de la porte Saint-Antoine, il fut blessé d’un coup de mousquet qui le priva momentanément de la vue.
Lorsque les troubles s’apaisèrent, il s’éloigna définitivement des intrigues politiques et rentra en grâce auprès de Louis XÏV.
Déçu dans ses rêves ambitieux, La Rochefoucauld consacra désormais sa vie à des travaux littéraires. Le résultat de ces travaux fut la publication de deux ouvrages écrits dans un style brillant et sobre qui classe leur auteur parmi les meilleurs écrivains du xv!!*" siècle.
En 1662, il donna ses Mémoires, où l’histoire de la régence d’Anne d’Autriche est racontée avec netteté et élégance. En 1665, il publia, la première édition de ses Maximes morales, dont le succès fut tel que deux autres éditions parurent la même année.
Maximes ont été diversement appréciées, mais quelques efforts que l’on fasse pour les interpréter, on ne peut y voir que l’œuvre d’un esprit désillusionné, enfermé systématiquement dans la considération exclusive des mauvais côtés de la nature humaine; toutes les actions de l’homme y sont ramenées à un mobile : l’intérêt personnel. C’est le code de l’égoïsme.
J. -J. Rousseau, de Sacy, Proudhon, se sont élevés contre cette prétendue morale, et André Berthet, dans son remarquable ouvrage : Nos faux moralistes \ a, tout récemment, fait justice de «cette diffamation du cœur humain ».
En résumé, dans La Rochefoucauld, le philosophe rst loin de valoir l’écrivain.
Le 17 mars 1680, à l’âge de soixante-six ans, il succomba à Paris, dans son hôtel de la rue d>^ Seine, à une attaque de goutte dont il souffrait depuis quinze ans Son corps fut présenté à l’église Saint- Sulpice et porté, de là, chez les Cordeliers de Verteuil, en Poitou.