‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 61 sur 142 · ÉRUDIT · texte numérisé non relu

ÉRUDIT

Nicolas Fréret est né à Paris le 15 février 1688. Élève de Rollin, il commença, dès le collège, les travaux d’érudition où il devait se montrer si remarquable par la variété et la profondeur de ses connaissances. A seize ans, il avait déjà entrepris, pour son usage particulier, un Dictionnaire mythologique que l’on trouva, plus tard, dans ses papiers.

Forcé par son père, procureur au Parlement, d’étudier la juris prudence, Fréret ne fit que paraître au Palais et abandonna le barreau pour se livrer à ses études favorites.

Les langues, l’iiistoire, les sciences lui furent bientôt familières, et il fut reçu, le 20 mars 171Zi, élève à l’Académie des inscriptions dont il devint, plus tard, membre et secrétaire perpétuel. Il lut, le 11 novembre de la même année, un Mémoire sur VOrigine des Français, où il renversait hardiment les fables adoptées jusque-là et établissait, avec une étonnante exactitude, les points obscurs ou délicats de l’iiistoire de la Gaule au iv® et au v siècle.

« Si cet homme de génie, dit Augustin Thierry, eût rencontré de son temps la liberté du nôtre, la science de nos origines, de nos vieilles mœurs, de nos institutions, aurait avancé d’un siècle. »

Toute l’Académie applaudit à la lecture de Fréret, excepté l’abbé de Verlot qui le dénonça au ministre comme ayant, dans son mémoire, émis des opinions qui blessaient le pouvoir. Quinze jours après, Fréret fut arrêté et enfermé pendant quatre mois à la Bastille.

11 occupa le temps de sa captivité à relire les auteurs anciens, et à composer une grammaire chinoise.

Rendu à la liberté, il inséra dans le Recueil des Mémoires à VAcadémie une foule de travaux importants qui lui donnent une place également distinguée comme chronologiste, géographe, philosophe, grammairien et philologue.

Le premier, il sentit le besoin de l’histoire critique de la géographie et de ses sources comme base de toutes les recherches sur cette science. Fréret dessina 1,357 cartes contenant des descriptions détaillées de la Grèce, de l’Archipel, de l’Asie Mineure, etc.

On a encore de lui des réflexions sur l’étude des anciennes histoires et sur le degré de certitude de leurs preuves, une dissertation sur les principes généraux de l’art d’écrire; en outre des langues classiques, il possédait l’italien, l’anglais, l’espagnol.

Fréret, qui avait étudié la grammaire de toutes les langues du Nord et de l’Orient, put fournir des remarques et apporter des corrections à trente-deux vocabulaires étrangers.

Le nombre et l’importance des ouvrages de ce savant sont tels qu’il est impossible de les énumérer ici. Les œuvres de littérature de tous les temps lui étaient également familières, et sa prodigieuse mémoire émerveilla plus d’une fois ses contemporains.

Fréret se tua, absolument, par un travail opiniâtre et incessant, par une réclusion presque absolue, par des labeurs intellectuels et des veilles excessives que surexcitait l’abus du café, et qui lui causèrent une maladie nerveuse. Le travail pouvait, seul, le distraire de ses souffrances en les aggravant.

Cette puissante intelligence s’éteignit le 8 mars 17Zi9, à l’âge de soixante et un ans, avant que sa prodigieuse fécondité fût épuisée.

FRÉRET (Nicolas)

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