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PLACE DES VICTOIRES

Le quartier où est située la place des Victoires est un de ceux qui durent leur amélioration au règne de Louis XIV, car ses édifices principaux, dont plusieurs subsistent encore, datent de l’époque du Roi-Soleil. Le comte de Toulouse eut le mérite de terminer et de décorer le bel hôtel de La Vrillière, commencé en 1620 par Mansart; non loin de là, vers la rue Vivienne, s’élevaient les somptueuses habitations du duc de Penthièvre, de Colbert, de de Lionne et de Mazarin.

A l’endroit qu’occupe aujourd’hui la place des Victoires, exista jusqu’au milieu du dix-septième siècle un quartier désert et mal famé, où il n’était, paraît-il, pas bon de sortir la bourse garnie. On y volait en plein jour, malgré la proximité de demeures importantes et notamment de l’hôtel de Ferté-Senneterre. La rue voisine, contemporaine de ces faits, qui porte le nom de Vide-Gousset , nous apporte comme le parfum de cette petite forêt de Bondy.

Heureusement pour cette partie de Paris, figurait alors parmi les grands seigneurs, caracolant autour

LOUIS XIV

clu grand roi, un certain duc de La Feuillade, que ses exploits guerriers, remarqués du souverain, avaient peu à peu contribué à élever aux grades de maréchal et de gouverneur de la province du Dauphiné.

La Feuillade qui, entre autres vertus, avait celle de la reconnaissance pour le dispensateur de sa fortune, voulut par un hommage de haute flatterie, bien dans l’esprit de l’époque, offrir une statue de bronze à son maître. Ayant acheté des terrains dans ce vilain quartier, il en fit régulariser les abords et chargea Hardouin Mansart d’élever des constructions d’un style uniforme autour d’un emplacement de vaste dimension. Puis, comme il n’était pas grand seigneur à demi, sitôt les travaux terminés, il commanda une statue du roi et donna au quartier le nom de place des Victoires, pour perpétuer le souvenir de sa gloire militaire. Le roi ne s’était déjà pas oublié lui-même : il avait ordonné que sa statue équestre marquât le centre de la place Vendôme, et que celle-ci prît le nom de place des Conquêtes. La Feuillade, pour obtenir une variante, fit tailler une statue pédestre.

« Ce monument, détruit à la Révolution, se composait d’un groupe en bronze doré, œuvre de Vanden Bogaert, dit Desjardins, représentant Louis couronné par la Victoire; le piédestal était décoré de bas-reliefs retraçant les grandes actions royales jusqu’à la paix de Nimègue, et de quatre figures colossales de nations vaincues. Autour de ce groupe, étaient quatre colonnes

LOUIS XI Y

de marbre portant quatre fanaux destinés à l’éclairage. )>

L’inauguration solennelle eut lieu en 1686. Entre autres bizarreries on vit La Feuillade décrire trois tours à cheval à la tête du régiment des gardes, avec toutes les prosternations que les païens faisaient autrefois devant les statues de leurs empereurs. La flatterie sembla épuiser ses abaissements. On brûlait de l’encens devant l’idole , on s’agenouillait. « J’y étais, dit Saint-Simon, et je conclus, par les bassesses dont je fus témoin, que si le roi avait voulu se faire adorer, il aurait trouvé des adorateurs. »

A la Révolution, quelques jours avant la Fédération du 14 juillet, les figures des nations vaincues furent portées à l’ hôtel des Invalides, dont elles ornent encore la façade. La place des Victoires s’adjoignit désormais le qualificatif de Nationales , et on substitua, après le 10 août, à la statue du tyran, une pyramide en bois peint en porphyre rouge, due aux dessins de l’architecte Poyet, et portant sur ses faces, suivant les uns, les noms des départements, et ceux des hommes morts aux Tuileries; suivant les autres, et plus vraisemblablement les noms des départements et les victoires remportées par les armées françaises.

Au concours public ouvert en l’an III (1795) par le gouvernement pour la décoration définitive de cette place, le prix fut obtenu par l’architecte Sobre. La même idée que celle du monument provisoire, de rap-

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LOUIS XIV. 1638-1715

louis xi y

peler les noms des héros français morts pour la défense de leur pays, entrait dans le programme. Sobre avait imaginé, comme corps principal du monument, un sarcophage supporté par quatre éléphants. Ce sarcophage contenant les cendres chères à la patrie était couronné par un obélisque sur les faces duquel était gravés divers attributs en forme d’hiéroglyphes, pour indiquer le lieu ou les diverses circonstances du combat et de Faction éclatante qui avaient terminé la vie de chacun de ces guerriers.

L’artiste, dont le projet curieux ne fut pas exécuté, s’était inspiré de l’exemple de Rome où les obélisques , ramenés par les légions victorieuses, forment encore une décoration importante sur les places publiques.

Quant à la pyramide, elle dura jusqu’en 1800, année où le premier Consul décréta l’érection sur cette même place d’un monument à la gloire de Desaix, mort à Marengo. La statue colossale de Desaix, représenté nu (car on était alors tout à l’antique par les idées et le caractère), tenant un glaive, fut dressée en 1806; à côté du héros, une pyramide s’élevait portant l’inscription de ses victoires en Egypte.

Un des premiers actes du gouvernement de la Restauration fut de détruire l’impudique et trop républicain Desaix, et de rétablir Louis XIV. Dès 1816, un modèle en plâtre figura le grand roi, jusqu’au jour où la statue actuelle, œuvre de Bosio, fut inaugurée

LOUIS XIV

en 1822. L’architecte Alavoine avait été chargé clu piédestal.

Le mouvement du cheval et la statue du roi présentent un caractère de fierté triomphante, bien dans la note du sujet. Louis XIV est représenté en Achille ou en Mars; son costume est sobre et simplifié. Il a chaussé le cothurne, et sa tête laurée, très altière, semble regarder et fixer le soleil comme l’aigle. D’Apollon il semble avoir pris la beauté, et de Mars l’attitude hautaine. C’est bien là celui pour qui l ins cription latine commence par ces mots :

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