‹ Les statues de ParisChapitre 14 sur 51 · SQUARE DE LA T 0 UR- SAINT - J AC QU ES · texte numérisé non relu

SQUARE DE LA T 0 UR- SAINT - J AC QU ES

Parmi les grands ancêtres de la science qui ont leur statue à Paris, il convient de ne pas omettre Biaise Pascal. On se rappelle sans doute les particularités de l’esprit précoce de Pascal enfant, son application au travail, sa soif ardente de connaître les causes déterminantes des choses, son génie pour la géométrie qui se dévoilait dès l’âge de douze ans. Il nous offre le type d’une organisation humaine extraordinaire, curieuse avant tout des solutions exactes de la science, allant jusqu’à apprendre par intuition la géométrie, renouvelant les propositions d’Euclide. Pascal est par excellence un enfant célèbre, car à seize ans il compose un Traité des coniques , qui lit l’étonnement de son contemporain le philosophe Descartes, aupoint qu’il ne pouvait croire à ce prodige.

A dix-neuf ans il invente la machine d’arithmétique et continue sous la direction de son père, qui y prend un vif plaisir, ses études de latin et de grec. Mais, sa santé 11e tardant pas à s’altérer, sous l’influence d’une telle tension d’intelligence, il dut abandonner ses occupations scientifiques, et tourner son esprit vers les pensées religieuses.

PASCAL

Il ne quitta pas pourtant cette première et noble voie sans attacher son nom à des expériences de physique célèbres, sur la pesanteur de l’air. C’est ce souvenir mémorable dans la vie du jeune savant, — il avait alors vingt-trois ans seulement, — que rappelle à la postérité la statue placée au-dessous de la tour Saint-Jacques, ajoutant ainsi à ce curieux monument parisien du style ogival un titre de plus à la vénération publique. On sait, en effet, que c’est du sommet de cette tour, — bien qu’une opinion divergente se prononce pour la tour de l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, alors sa paroisse, — qu’en 1653, Pascal renouvela les expériences déjà faites par lui en 1648 près de Clermont, sa ville natale,

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pascal. 1 623-1662

PASCAL

sur rimpossibilité du vide et la pesanteur de l’air, vérités entrevues par Galilée, par Torricelli, par Descartes et qu’il lui était réservé de faire rayonner.

Si l’association ingénieuse de la statue de Pascal à la tour Saint-Jacques marque la consécration d’expériences éminemment utiles à la science, l’hommage doit aller au delà dans notre esprit. Pascal n’est-il pas en effet une des gloires littéraires de la France du dix-septième siècle? Penseur profond, rêvant d’appliquer à ses pensées l’exactitude mathématique, moraliste de premier ordre, émule des La Rochefoucauld, des La Bruyère et des Yauvenargues, Pascal n’est pas seulement le rénovateur de la géométrie, il est un des génies à qui la langue française doit son épanouissement.

Quand il vit ses forces physiques décroître, la mélancolie s’empara de son esprit et lui fit rechercher la solitude. Il alla s’enfermer à Port-Royal afin d’y étudier dans le silence. C’est dans ce lieu célèbre qu’épousant les doctrines jansénistes, il composa ses fameuses Lettres provinciales contre les jésuites, pamphlet religieux où sont renfermées toutes les sortes d’éloquence. Ses Pensées , dont le christianisme sévère est l’inspirateur, offrent aux philosophes, aux hommes politiques et aux théologiens, voire même aux simples lettrés, des jouissances pures et délicates tout ensemble. Aussi, le nom de Pascal estil gravé sur le livre d’or des écrivains marquants du

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règne de Louis XIV. L’homme n’avait eu qu’une courte existence. Pascal en effet expirait en 1662, à peine âgé de trente-neuf ans.

La statue, œuvre de M. Cavelier, apparaît noble et froide au centre inférieur de la tour Saint-Jacques, sous une voûte ogivale. Le grand savant est placé de façon à regarder la rue à laquelle a été donné le nom de Nicolas Flamel, le plus célèbre paroissien de l’antique église. Le Pascal de pierre de M. Cavelier, chef de file de toutes les statues de saints replacées sur la tour lors de la grande restauration de 1853, n’est plus maintenant que le témoin obligé des jeux d’enfants au milieu du square où s’élève l’altier vestige du temple; et là où jadis montaient vers le ciel les chants des fidèles ou les gémissements de la place de Grève, on n’entend guère sous la feuillée, à défaut de cloches disparues, que les gazouillis d’oiseaux mêlés au brouhaha des bruits de la ville.

LOUIS XIV

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