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INSTITUTION DES JEUNES AVEUGLES

Sur le boulevard des Invalides, presque au coin de la rue de Sèvres, le passant curieux aperçoit un vaste édifice régulièrement bâti, flanqué d’ailes encadrant une cour d’honneur fermée par une grille sur la voie publique. C’est l’institution des Jeunes-Aveugles.

Au centre de cette cour sur un piédestal de granit se dresse un personnage en marbre, habillé à la mode du temps de Louis XYI : culotte courte, souliers à boucle, chemise à jabot, perruque poudrée. Son nom modeste inscrit dans la pierre fait sans doute rêver plus d’un flâneur, ignorant que Valentin Haüy est un des bienfaiteurs de l’humanité.

L’artiste, M. Badion de la Tronchère, a représenté Haüy debout, dans l’attitude du savant méditant son problème. La tête penchée et soutenue par le bras droit observe attentivement un jeune aveugle accroupi à ses pieds. La main gauche relève vers le spectateur le visage du pauvre petit malheureux, dont l’artiste fait ressortir avec simplicité et sentiment la situation douloureusement émouvante.

Cette statue, objet de la reconnaissance publique,

peut être rapprochée du fronton du bâtiment central de l’Institution dû au ciseau de Jouffroy et représentant Valentin Haüy inspiré par la charité, donnant V instruction aux aveugles.

C’est à cela, en effet, que cet homme distingué consacra sa vie. Frère cadet du célèbre minéralogiste, l’abbé René-Just Haüy, ami de Lhomond, et devenu l’émule de Daubenton, membre de l’Institut, Valentin était parti, comme son illustre frère, de sa petite ville de Saint-Just en Picardie, où le père, brave et modeste tisserand de son état, avait de la peine à les nourrir. On arriva à Paris très jeune, on travailla sans relâche et, dès 1784, Valentin expérimentait sa théorie d’instruction des aveugles par l’emploi des signes en relief appréciables au doigt.

Trouvant, un jour, un enfant de seize ans, aveugle dès le bas âge, mendiant à la porte d’une église, Haüy le recueillit et en fît son premier sujet d’expérience. Les résultats furent tellement favorables que la Société philanthropique, qui secourait alors douze enfants atteints de cécité, voulut aussitôt les confier aux soins de ce novateur. Haüy fit fondre des caractères en relief que l’aveugle s’accoutume à reconnaître, à toucher, comme l’enfant apprenant à lire retrouve à la vue les caractères qu’on lui montre. Il suivit la même méthode pour enseigner les chiffres, les signes de la musique, etc.

Son premier établissement fut installé rue Sainte-

H AU Y

Avoye en 1784.

Deux ans plus tard le 26 décembrel7 86 , les enfants aveugles instruits par lui furent admis devant le roi et la famille royale, qui se montrèrent à ce point satisfaits de leurs exercices qu’ils le firent loger et héberger pendant huit jours au palais de Versailles.

Ces malheureux déshérités , privés de l’organe le plus nécessaire au travail, pouvaient donc devenir capables d’exercer un métier, un art ou une profession libérale,suivant leur apti-

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