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RÉPUBLIQUE. DÉCLARÉE LE 4 SEPTEMBRE

LA RÉPUBLIQUE

une faubourienne énergique, calme et lorte dans le repos de la paix, virile et terrible aux jours sombres de la révolte. Ces deux statues, au point de vue exclusif de l’art, marquent deux antithèses de style comme d’époque. L’une s’inspire des dessins d’artistes de la première République, tels que Prudhon, Naigeon et David; l’autre, pour marquer l’époque actuelle d’un réalisme ou d’un sensualisme dont elle se réclame, dépose toute aspiration idéaliste et cherche ses formes dans la réalité de tous les jours et des milieux populaires.

La statue de Soitoux date de 1850. Elle a été inaugurée le 25 février 1880. Rentrée dans les magasins de l’Etat à l’avènement de l’Empire, elle n’en est sortie que ces dernières années pour trouver un emplacement définitif, sur la place de l’Institut, en face le pont des Arts. Soitoux, brillant élève de l’Ecole de sculpture du début de ce siècle, a fait montre dans son œuvre d’un goût exquis. On sait, en effet, qu’on était en 1830 tout au culte des antiques. On sent dans cette statue une réminiscence générale heureuse de l’étude des sources classiques : la tête est sévère et jolie tout ensemble, la pose pleine de naturel et de majesté. La République appuie sa main droite sur un glaive et peut aussi bien, dans cet état, représenter la Loi.

Le célèbre profil des monnaies, gravé par Oudinée, présente une grande analogie avec le buste de Soitoux. Il date du reste de la même époque. Pradier sans doute, en 1850, faisait déjà subir à la figure trop an-

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tique de la génération précédente une petite rectification romantique, mais cette nuance de changement n’était qu’une atténuation et n’affectait pas la nature d’un changement complet. Au lieu de représenter en sculpture, comme aujourd’hui, des têtes de femme, symboliques, avec des cheveux de grisettes, et des petits nez retroussés, on ne perdait pas de vue que le caractère grec devait observer des lignes pures et amples. Le type adopté par Soitoux a toujours été trouvé si beau qu’il est considéré comme l’étalon à donner aux établissements publics. D’excellents sculpteurs s’en sont inspirés d’autres fois pour des œuvres différentes. Bartholdi ne l’a-t-il pas un peu caressé pour sa Liberté éclairant le inonde? — Nous n’oserions le soutenir, bien que ce rapprochement n’ait rien que d’honorable pour l’un comme pour l’autre des deux artistes.

La République de Morice, fondue par Thiébault, orne le centre de l’ancienne place du Château-d’Eau. Sur un massif piédestal, décoré sur sa face des armes de la ville de Paris et d’un lion populaire symbolisant, avec l’urne, le suffrage universel, s’élève la forte femme décrite par Barbier, tenant de la main droite, mais du bout des doigts, une branche d’olivier. — Sa tête est coiffée du bonnet phrygien.

Faisant escorte à cette statue colossale, trois jeunes petites femmes du peuple, au type moderne, et d’une ample stature sont assises de trois côtés et représentent : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

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La Liberté porte dans une main une torche, emblème du progrès, et de l’autre une chaîne brisée, attribut delà délivrance. L’Egalité, aux traits un peu plus énergiques, est revêtue d’une cuirasse romaine. Elle élève de la main droite le drapeau de 89, de la gauche un niveau. La Fraternité, figurée sous l’aspect d’une femme des champs, est assise sur une charrue; une de ses mains tient une corne d’abondance d’où s’échappent des fleurs et des fruits. Deux enfants lisent à ses pieds, personnifiant l’instruction. Telles sont les statues qui complètent le groupe, tandis qu’ autour du piédestal se déroule une série de bas-reliefs, finement modelés par Dalou, représentant les grands jours des Révolutions de 1792, de 1848 et de 1870. On en jugera par l’énoncé suivant : le 20 juin 1789, le 14 juillet 1789, le 4 août 1789, le 14 juillet 1790, le 11 juillet 1792, le 21 septembre 1792, le 13 prairial an II , le 29 juillet 1830, le 4 mars 1848, le 4 septembre 1870, le 14 juillet 1880.

L’inauguration du monument de la République eut lieu le 14 juillet 1884, jour de la fête nationale. Toutes les autorités constituées y assistèrent, au milieu d’une foule immense. La musique de la garde républicaine, aux accents de la Marseillaise , salua la tombée du voile, puis un défilé de nombreuses corporations succéda immédiatement à la série des discours officiels.

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